SenePlus | La Une | l'actualité, sport, politique et plus au Sénégal
5 avril 2025
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
BATTEZ, BATTEZ LE TAM-TAM DE LUMIÈRE, LE TAM-TAM DE NOTRE HISTOIRE
EXCLUSIF SENEPLUS - À travers l’histoire de la tradition ancestrale et celle des langues africaines, Doudou Ndiaye Rose Junior, héritier du Sabar paternel, partage ses connaissances dans un domaine qu’il maîtrise de tout son corps, de son esprit
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
Doudou Ndiaye Rose Junior fixe ici la transmission « je ne peux me permettre d’écrire cet ouvrage sans parler de mon père, celui sans qui je n’aurai aucune clé pour transmettre sur le Sabar. Cet homme, mon père, Doudou Ndiaye Coumba Rose, grand tambour major ».
En interprète savant, Doudou Ndiaye Rose Junior fait du Sabar un art majeur qu’il veut transmettre par son savoir, son savoir-faire et une pratique incroyable et multidimensionnelle.
Le sabar, l’art du tambour et de la danse au Sénégal, possède une histoire millénaire qui s’inscrit de manière belle dans notre patrimoine historique et culturel.
Cette pratique traditionnelle ancestrale est synonyme de symboles puissants du récit africain. C’est ce que nous fait redécouvrir Doudou Ndiaye Rose Junior dans son ouvrage intitulé De la vocalisation des tambours aux expressions dansées - L’essence du Sabar révélée dans tous ses états.
À travers l’histoire des groupes sociaux, de la tradition ancestrale et celle des langues africaines, Doudou Ndiaye Rose Junior, héritier du Sabar paternel, partage sa passion et ses connaissances dans un domaine qu’il maîtrise de tout son corps, de tout son cœur et de son esprit. Profondément artiste et enraciné dans le cercle ancestral de la transmission de cet héritage unique légué par une généalogie impressionnante, Doudou Ndiaye Rose Junior propose de rétablir la genèse du Sabar, véritable discipline artistique et culturelle, issue du rythme traditionnel africain et portant des valeurs et des symboles qui sont bien loin de l’imagerie du simple divertissement exotique souvent décrit par la société occidentale.
En effet, la pratique du Sabar appartient à des rites ancestraux qui avaient fonction d’éducation sociale et de transmission culturelle et patrimoniale. C’était également un rite fort de communication et d’échanges.
À travers le langage, le rythme, l’oralité, le corps et la danse, le Sabar est une expression artistique qui communique des symboles de l’histoire africaine. Quand on en saisit la complexité, on est émerveillé de cette combinaison transdisciplinaire qui va au-delà de la simple représentation. Le Sabar est histoire, le Sabar est rythme, le Sabar est langage, le Sabar est poésie, le Sabar est oralité, le Sabar est savoir, le Sabar est science. Et c’est cette alliance plurielle qui en fait sa beauté.
En effet, le Sabar s’inscrit dans un mouvement culturel de la société sénégalaise lors de nombreuses fêtes et cérémonies. Mais Doudou Ndiaye Rose Junior, en interprète savant, en fait un art majeur qu’il veut transmettre par son savoir, son savoir-faire et une pratique incroyable et multidimensionnelle.
Ainsi, il interroge les fonctions profondes du Sabar en nous plongeant dans son histoire qui s’attache à réveiller notre patrimoine social, culturel et artistique africain.
Ce livre est un trésor documentaire en la matière et je ne peux que saluer ce travail prodigieux qui, à travers notamment la richesse de nos langues nationales, décline toute l’expression combinatoire de cet art exceptionnel.
Le Sabar, cette danse traditionnelle alliée au tambour, instrument parlant et communiquant, est un tam-tam de lumière dans notre cosmogonie africaine. Il est pour moi incarnation, signification et poésie car il transmet notre tissu mémoriel de manière intemporelle et universelle.
Doudou Ndiaye Rose Junior souligne que « jouer du tambour, c’est forger » et cette image métaphorique me parle infiniment. Il dit encore que, dans l’art du sabar, « le cerveau et le corps ne font qu’un » et je partage amplement cette idée. Il dit aussi que pour parvenir à l’exercice absolu de son art, « il faut devenir son instrument », magnifique parole qui me transporte dans des ciels de rêve, dans des ciels de créativité.
Ce sont aussi pour lui « les mots du tambour et l’esprit de la danse » qui l’habitent en permanence, cette histoire se conjugue à mon verbe épris de liberté et de poésie.
Cet ouvrage est un livre indispensable pour reformer notre récit culturel patrimonial et je suis captivé par cette œuvre minutieuse, précise et transversale dans la compréhension de notre univers cosmogonique, et qui tient compte des va-et-vient culturels et spatio-temporels.
En fin de volume, Doudou Ndiaye Rose Junior indique plusieurs techniques de la danse du Sabar et ce lexique artistique et technique est celui d’un créateur expert qui partage sa connaissance profonde et son savoir-faire. Cette démarche, à la fois artistique et pédagogique, est selon moi inédite dans ce domaine.
En lisant ces lignes appartenant à notre héritage culturel ancestral, je suis ému de voir combien le grand artiste qu’est Doudou Ndiaye Rose Junior, qui brille telle une étoile transnationale, contribue à inscrire notre récit renouvelé, magnifié et participant ainsi à notre renaissance culturelle.
Amadou Elimane Kane est enseignant et poète, écrivain
De la vocalisation des tambours aux expressions dansées… L’essence du Sabar dans tous ses états, Doudou Ndiaye Rose Junior, essai, Lys Bleu éditions, 2024, ISBN : 979-10-422-3611-3
Huit mois après l'installation du nouveau régime, l'heure n'est pas encore au bilan selon Abdoul Aziz Tall. L'ancien ministre appelle plutôt à une prise de conscience collective sur l'importance du civisme dans la réussite des politiques publiques
L'ancien ministre en charge du Suivi du Plan Sénégal émergent (PSE) Abdoul Aziz Tall partage sa réflexion sur les premiers pas du nouveau régime. Dans cet entretien, il appelle à un changement de comportements, condition incontournable pour assurer les ruptures attendues du nouveau régime. M. Tall, également ancien délégué général à la Réforme de l'État, suggère quelques pistes à emprunter pour réussir « l'agenda national de transformation 'Sénégal 2050' ».
Dans une récente contribution parue dans la presse, vous avez écrit ceci : « Un régime qui vient à peine de s'installer doit prendre ses marques et fixer ses repères ». Est-ce que cela s'applique au nouveau régime en place depuis huit mois ?
Il me semble tout à fait prématuré de répondre de façon péremptoire. À la suite de l'élection présidentielle, la récente majorité acquise au niveau de l'Assemblée nationale constitue une étape à la fois critique et majeure dans la mise en place des balises institutionnelles. Permettez-moi d'utiliser une telle expression. Au-delà, il faut toujours considérer les aspects critiques dans la construction et l'évolution fonctionnelle d'une équipe. Il s'y ajoute que l'État du Sénégal s'est toujours reposé sur des ressorts extrêmement solides, au regard de son histoire et des acteurs qui ont construit la nation et l'État. Donc, les marques et repères que vous évoquez ne peuvent être déconnectés brutalement de l'exercice républicain qui a toujours existé, quelles que soient les ruptures annoncées. Autrement dit, il y a des principes incontournables et immuables qu'aucun État ne saurait ignorer parce que ces balises constituent le socle même de l'État et de la Nation. Il y a lieu, à présent, d'aller vers la « transformation de l'essai » pour emprunter un langage propre au rugby, c'est-à-dire passer de l'énorme espérance nourrie par un leadership charismatique et une légitimité incontestable à une adhésion fondée sur des réalisations au plan économique et social découlant de la mise en œuvre du projet « Sénégal 2050 ».
Comment jugez-vous le bilan d'action du nouveau régime après huit mois de gouvernance ?
Parler de bilan au sens managérial du terme me paraît tout aussi prématuré. En huit mois de gouvernance, il est difficile de se prononcer sur un bilan. Précisément, une période de huit mois reste dérisoire sur un mandat de cinq ans. En revanche, comme dans tout système qui fonctionne, il est impérieux d'assurer un suivi permanent qui permet de déceler très tôt les dysfonctionnements éventuels et de leur apporter les mesures correctives. Ce suivi est aussi l'occasion d'identifier les acquis positifs et de les renforcer. C'est le sens que les Anglo-saxons donnent au concept de « control » qui signifie une maîtrise de la situation au fur et à mesure que l'activité se déroule. À ne pas confondre avec une vérification qui s'effectue sur une période plus longue et qui peut donner lieu à des résultats dont les interprétations peuvent être à la fois plus larges et plus détaillées. C'est, du reste, cette dernière conception qui se prêterait le mieux à la notion de bilan. La mise en place récente d'une structure chargée du monitoring et de l'exécution des politiques publiques pourrait bien faciliter l'atteinte des objectifs et résultats attendus.
Le Premier ministre a annoncé, lors du dernier Conseil des ministres, qu'il va faire sa Déclaration de politique générale (DPG) dans le 27 Décembre. Qu'est-ce que vous attendez de ce rituel ?
La Déclaration de politique générale est un événement inscrit dans le calendrier républicain à chaque fois que la Primature a un nouveau locataire. Je dois avouer, pour avoir participé, par le passé, à la préparation de ce type de discours, qu'il s'agit plutôt d'annoncer au peuple, via le Parlement, une compilation des actions prioritaires de l'exécutif, qui s'inspire d'un programme. Ici, c'est l'agenda national de transformation « Sénégal 2050 ». C'est encore le lieu de rappeler la grande importance qu'il faut accorder au monitoring et à la mise en œuvre diligente des politiques publiques déclinées dans la DPG. Au-delà, c'est un événement rituel où chaque acteur (majorité et opposition) joue sa partition. Il est également question de préciser l'application du programme présidentiel en évoquant, autant que faire se peut, les détails, le calendrier et le financement des mesures envisagées.
Vous avez été ministre en charge du suivi du Plan Sénégal émergent (PSE). Y a-t-il des similitudes entre le PSE et la « Vision Sénégal 2050 » ?
Partons du principe que l'État évolue toujours dans une logique de continuité. Par conséquent, il est tout à fait normal de retrouver des points de convergence. Certes, les deux plans ne sont pas des frères siamois, mais leur principal objectif reste et demeure le développement économique et social du Sénégal. Le nouveau régime va forcément s'adosser sur les compétences en ressources humaines qui existent pour mener sa mission à bon port. Et c'est cela la cohérence institutionnelle qu'il faut observer, la vocation de l'agent de l'État étant de contribuer à la mise en œuvre diligente des politiques définies par le chef de l'État au-delà de toutes autres considérations.
Dans la même tribune, vous avez appelé à « un changement impératif de comportement des citoyens » si l'on veut atteindre la rupture tant chantée par les nouvelles autorités. Est-ce à dire que le civisme et la citoyenneté seront la clé de réussite du régime en place ?
Il est essentiel de rappeler et de souligner fortement que les questions stratégiques liées au civisme et à la citoyenneté doivent précéder toute culture et action de bonne gouvernance. De façon permanente, l'État, la société et, par extension, l'école et les médias, ainsi que la famille doivent constituer ce que j'appelle le triangle des valeurs républicaines en termes de promotion, d'éducation, de sensibilisation et de culture. Autrement, toute action, aussi performante soit-elle, est vouée à l'échec. Il ne faut pas se faire d'illusions : les conditions de réussite du nouveau régime sont intrinsèquement liées à un changement majeur des comportements de nos concitoyens. Quelle que soit la légitimité du désir de rupture, le citoyen doit être convaincu qu'il reste et demeure lui aussi au centre du processus transformationnel. À ce propos, le débat public relatif à la gouvernance doit d'abord questionner les contre-valeurs d'une société dont les dysfonctionnements découlent de ses propres comportements.
De cette introspection, il apparaît nettement que l'incivisme et l'incivilité de la plupart de nos compatriotes, qui dépassent tout entendement, devraient être au cœur des préoccupations. Le non-respect des valeurs et règles les plus élémentaires en termes de comportements civiques est plus que factuel. Ceci, à travers l'anarchie qui règne presque partout, notamment en milieu urbain. Les exemples sont légion. L'un des aspects les plus visibles de ces écarts de comportements porte sur l'utilisation des cyclomoteurs dans nos villes qui offrent un spectacle à la fois indigne et affligeant de conducteurs qui violent allègrement les exigences du Code de la route. Le défaut de port du casque est devenu une flagrante banalité. Pis encore, nombreuses sont les agressions des citoyens par des délinquants souvent primaires et qui se font constamment avec l'usage des cyclomoteurs. À côté de « ces engins de la mort », la valse des charrettes sur des artères à grande circulation fait désormais partie du mobilier urbain. Malheureusement, ce ne sont là que des échantillons d'actes d'indiscipline et de comportements à bannir pour accompagner les nouvelles autorités dans cette dynamique de rupture. À défaut, elles seront obligées, via les pouvoirs de délégataires du peuple, de passer plus de temps à corriger nos imperfections collectives en lieu et place d'une concentration sur l'essentiel de leurs missions régaliennes.
Selon vous, comment le nouveau régime peut-il mettre fin à ces dérives ?
En amont, il est essentiel de décliner un leadership par l'exemple. C'est le gage d'un effet d'entrainement et de contagion au niveau de la communauté. Il faudrait également esquisser une stratégie de sensibilisation, de communication et de mobilisation sociale. Qu'il s'agisse des radios, des télévisions ou des journaux et réseaux sociaux, les troupes de théâtre, les messages de rappel citoyen doivent être permanents à travers différents supports de communication. Relativement aux médias audiovisuels, il est grand temps, comme l'affirmait Salvador Dali, que nos télévisions cessent d'être « des instruments de crétinisation de notre société ».
Le cahier des charges des organes de presse qui bénéficient de l'appui de l'État devrait comporter une clause de participation à l'effort de restauration des valeurs civiques et républicaines. Par ailleurs, les programmes d'instruction civique dans les établissements scolaires devraient être systématisés et valorisés.
Manifestement, pour vous, le contenu des programmes de certaines télévisions, entre autres, ont un impact négatif par rapport à l'avènement d'un nouveau type de Sénégalais ?
Tout le monde peut le constater, nous sommes envahis, à longueur de semaine, par des séries télévisées et sketchs qui sont loin d'orienter les citoyens sénégalais vers les bonnes pratiques comportementales au sein de la société. Bien au contraire, elles regorgent d'inepties déconcertantes et où l'obscénité le dispute à la vulgarité, l'irrespect, l'indécence, la violence physique et verbale. Quand on regarde certains des programmes de nos télévisions, l'on ne peut s'empêcher de donner raison à ce psychologue qui affirmait que, dans ces images impudiques, tout ce qui concourait à l'intimité de la vie conjugale se trouve ravalé au rang de pratique banale aujourd'hui. Ainsi, nous constatons la perte progressive de nos valeurs de « Jom », « Kersa » et « Sutureu ».
Vous avez suggéré la création d'une institution chargée de la promotion du civisme. Quel doit être sa mission ?
Ce travail de sensibilisation pourrait être confié à une structure de promotion du civisme, qui serait logée à un niveau stratégique pour lui conférer le poids institutionnel nécessaire à l'accomplissement de sa mission. Mieux, il serait indiqué d'ériger un ministère en charge de la promotion de la citoyenneté. Dans ce cadre, le non-respect des règles et principes qui guident le comportement citoyen doit faire l'objet de sanctions sans discrimination de la part des services publics habilités.
Il y a manifestement une forte corrélation entre l'état de développement d'une Nation et le niveau d'élévation de l'esprit civique de ses citoyens !
Les pays asiatiques nous en ont administré la preuve. Nous ne pouvons pas déléguer à un pouvoir l'autorité de nous diriger pour nous comporter ensuite d'une façon qui ne peut qu'entraver l'exercice de sa mission. Les médias qui sont à la fois des relais et leaders d'opinion doivent accompagner le régime à l'avènement d'un comportement citoyen à l'opposé de ceux qui défient ouvertement les règles de civisme et violent les droits et l'intimité de leurs concitoyens.
L'ÉTAT EXCLUT TOUTE RESTRUCTURATION DE SA DETTE
Le message du gouvernement aux marchés financiers est sans ambiguïté. Il privilégie une approche stratégique de gestion de la dette, visant à optimiser les échéances tout en honorant ses engagements
(SenePlus) - Le gouvernement tient à rassurer les marchés : il "n'a aucune intention de renégocier ou de restructurer sa dette", comme le souligne fermement le ministère des Finances dans un communiqué rapporté par Bloomberg. Cette déclaration intervient alors même qu'un audit récent des finances publiques révèle une situation plus préoccupante qu'initialement annoncée.
Le ministère affirme vouloir plutôt "mettre en œuvre une approche proactive et stratégique de gestion de la dette publique visant à optimiser son profil de remboursement tout en honorant strictement ses engagements envers les investisseurs". Cette stratégie vise notamment à obtenir "un profil de remboursement plus approprié favorisant un rééchelonnement avec des échéances prolongées", selon les projets de documents budgétaires.
Cette position ferme sur le respect des engagements financiers intervient dans un contexte délicat : l'audit a mis en lumière que la dette publique dépasse 80% du PIB fin 2023, bien au-delà des 73% précédemment annoncés sous la présidence de Macky Sall. Plus inquiétant, le déficit budgétaire atteint plus de 10% du PIB, près du double des 5,5% initialement déclarés, ce qui a conduit le FMI à geler une enveloppe de prêts de 1,8 milliard de dollars.
Pour faire face à cette situation sans compromettre ses engagements, le Sénégal déploie une stratégie à plusieurs volets. Le pays prévoit notamment d'émettre des obligations de la diaspora pour 1,5 billion de francs CFA, visant à réduire sa dépendance aux financements externes. Il doit également gérer 3,2 milliards de dollars d'obligations en euros et en dollars arrivant à échéance dans les dix prochaines années.
Le gouvernement mise également sur des réformes structurelles, incluant une révision du code minier prévue pour mai et un renforcement du contenu local dans le secteur pétro-gazier. Ces mesures s'inscrivent dans le cadre d'un budget 2025 de 6,4 billions de francs CFA (10,2 milliards de dollars), avec un objectif de déficit ramené à 7%.
Les perspectives économiques demeurent positives malgré ces défis financiers. Le pays anticipe une croissance de 8,8% en 2025, portée par le démarrage de la production pétrolière et la future exploitation du champ gazier Grand Tortue Ahmeyim, un projet de 4,8 milliards de dollars opéré par BP. L'inflation devrait rester contenue à 1,9% l'année prochaine, selon le projet de budget.
La cour des comptes, qui examine actuellement ces révisions, devrait rendre ses conclusions prochainement. Le ministère des Finances prévoit déjà "une révision à la hausse de l'encours de la dette et du service de la dette" pour 2024-2025, avec un déficit budgétaire qui devrait dépasser 11% en 2024, tout en maintenant sa position ferme contre toute restructuration de la dette.
DAKAR SUFFOQUE SOUS LE NUAGE SAHARIEN
Les mesures de la qualité de l'air atteignent des sommets inquiétants, propulsant la capitale sénégalaise devant New Delhi au classement des villes les plus polluées
(SenePlus) - Selon les informations rapportées par Bloomberg, la capitale sénégalaise a grimpé au sommet du classement mondial des villes les plus polluées, dépassant même des mégapoles comme New Delhi et Dhaka. L'indice établi par la plateforme suisse IQAir a enregistré mercredi un score préoccupant de 392 pour Dakar, bien au-delà du seuil acceptable fixé à 101.
Cette situation critique s'explique par un phénomène naturel saisonnier : l'Harmattan, un vent sec chargé de poussières sahariennes qui souffle sur l'Afrique de l'Ouest de fin novembre à mars. Comme le précise Abdoulaye Diouf, ingénieur prévisionniste à l'Agence nationale de l'aviation civile, "un épisode de poussière" particulièrement intense affecte actuellement le nord du Sénégal et devrait s'étendre à l'ensemble du pays avant de se stabiliser ce weekend.
Les données sont alarmantes : "La concentration de particules dans l'air extérieur dépasse 1000 microgrammes par mètre cube", indique Diouf, soit le double de la moyenne habituelle et plus de 22 fois la recommandation de l'Organisation Mondiale de la Santé fixée à 45 microgrammes. La visibilité à Dakar devrait chuter à "500 mètres ou moins" selon les prévisions.
Les conséquences sanitaires inquiètent particulièrement les professionnels de santé. Le Dr Oumar Ba, du service de pneumologie de l'Hôpital Général de Yoff à Dakar, souligne que c'est "une réelle préoccupation, particulièrement pour les maladies respiratoires comme l'asthme et la bronchite, et chez les enfants qui sont souvent plus fragiles". Il estime qu'environ 10% de la population souffre de problèmes pulmonaires, une proportion probablement plus élevée dans la capitale.
L'impact économique est également significatif, notamment pour la communauté des pêcheurs. Omar Drame, secrétaire général d'un syndicat de pêcheurs de Dakar, explique les risques accrus : "Le risque d'échouage ou de collision avec d'autres bateaux augmente, sans parler de l'impact sur la santé des pêcheurs". À Soumbedioune, seuls quelques marins équipés de GPS osent encore prendre la mer, comme le confirme Issa Fall, coordinateur de l'association locale de pêche.
La vie quotidienne des Dakarois s'en trouve bouleversée. Mamadou Diop, octuple champion sénégalais de triathlon, a dû adapter ses activités : "Pousser son corps en extérieur dans ces conditions n'est vraiment pas une option". Les autorités sanitaires recommandent d'éviter les activités sportives en plein air et conseillent aux personnes vulnérables de rester à l'intérieur et de porter des masques.
Ce phénomène météorologique, qui peut persister plusieurs jours voire plusieurs semaines selon les conditions atmosphériques, continue d'affecter sévèrement la qualité de vie des habitants de la capitale sénégalaise, soulevant des inquiétudes croissantes quant à la détérioration de la qualité de l'air dans la région.
COMME UNE ALLIANCE DE PARIAS
Jean-Baptiste Placca tance des putschistes qui "assimilent leur orgueil à l'honneur de leur patrie", évoquant la rupture entre l'AES et la CEDEAO. "L'interdépendance est telle que les considérations d'amour-propre ne devraient pas y prévaloir"
(SenePlus) - Dans son éditorial de ce samedi 21 décembre 2024 sur RFI, Jean-Baptiste Placca analyse sans concession la sortie du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). L'éditorialiste y voit une décision aux conséquences dramatiques pour les populations, portée par des régimes militaires qui confondent "leur orgueil personnel avec l'honneur de leur patrie".
Cette rupture intervient alors même que la CEDEAO tente de maintenir ces trois pays dans l'organisation régionale. Le chef de la junte nigérienne a d'ailleurs rejeté cette semaine toute tentative de médiation, confirmant le caractère "irréversible" de leur départ. Une position que Jean-Baptiste Placca qualifie de "manœuvre grotesque", particulièrement dans leur décision d'accorder des exemptions de visa aux ressortissants des pays de la CEDEAO.
"Pourquoi n'appliquent-ils donc pas ces exemptions à toute l'Afrique ?", s'interroge l'éditorialiste, qui y voit une tentative de "quémander, par la force, une réciprocité" et d'anticiper "la réprobation de leurs concitoyens, qui ne manqueront pas de leur reprocher cette rupture, lorsqu'elle commencera à leur compliquer singulièrement l'existence".
L'analyse est d'autant plus sévère que le bilan des régimes militaires reste peu reluisant. "Plus de quatre ans après le renversement d'Ibrahim Boubacar Kéita, près de trois ans après le renversement de Roch Marc Christian Kaboré, et bientôt un an et demi après le coup d'État qui a renversé Mohamed Bazoum, ni les Maliens ni les Burkinabè et encore moins les Nigériens ne vous diront qu'ils sont un peuple heureux, en sécurité, à l'abri des privations et de la vie chère", souligne Jean-Baptiste Placca.
L'éditorialiste pointe également le manque de vision politique claire de ces régimes, dont les discours ne sont que "des tâtonnements truffés d'extraits picorés chez Rawlings, Sankara, ou même Sékou Touré". Une différence notable avec les putschistes historiques comme Rawlings au Ghana ou Sankara au Burkina Faso, qui "avaient une idée claire de ce qu'ils pensaient, et ce dont ils rêvaient pour leur peuple".
Si la CEDEAO n'est pas exempte de critiques - l'organisation s'étant "beaucoup discréditée aux yeux des populations" ces dernières années selon l'éditorialiste - la décision de ces trois pays apparaît comme "une diversion" particulièrement préjudiciable. "L'interdépendance est telle que les considérations d'amour-propre ne devraient pas y prévaloir", conclut Jean-Baptiste Placca, rappelant qu'"on ne quitte pas une organisation parce qu'elle vous applique les textes qui la fondent".
DIVERS SUJETS A LA UNE DES QUOTIDIENS
Les quotidiens du week-end dans leurs parutions sont partagés entre la visite d’Ousmane Sonko en Gambie, à la question foncière à des faits de société.
Les journaux du week-end consacrent leurs manchettes entre autres à la visite d’Ousmane Sonko en Gambie, à la question foncière à des faits de société.
Le quotidien nationale Le Soleil ouvre sa manchette avec une photo du Premier ministre sénégalais et du chef de l’Etat gambien se donnant la main avec le titre ‘’Relations Sénégal- Gambie : les axes d’un nouveau départ’’.
Le journal note que le Premier ministre Ousmane Sonko a bouclé hier (vendredi) sa visite de travail en Gambie, indiquant que les deux pays s’engagent à lever toutes les barrières entravant la libre circulation des personnes et des biens.
Dans le cadre de cette visite, le journal Vox Pop évoque ‘’le projet du pouvoir pour les Sénégalais de la Diaspora’’ dans un de ses titres à la Une.
‘’Le Président Bassirou Diomaye Faye va rassembler l’ensemble des ambassadeurs du Sénégal pour redéfinir notre politique à ce sujet’’, a annoncé le PM devant les Sénégalais établis en Gambie, selon Vox Pop.
Pendant ce temps L’AS quotidien choisit d’aborder la question de la gestion du foncier. Illustrant sa Une d’une photo du président de la République, la publication croit savoir que ‘’l’Etat se cherche’’.
Il souligne que ’Etat cherche des consensus forts’’ avec le Cadre de réflexion et d’action sur le foncier du Sénégal (CRAFS) qui a tenu une rencontre de partage des propositions législatives forum de haut niveau sur le pastoralisme.
Sud Quotidien évoque le même sujet en parlant d’un plaidoyer du CRAFS au sujet de ma réforme foncière.
Le journal rappelle qu’à la suite des promesses de réforme du foncier émises par le président de la République, les acteurs réunis autour du CRAFS ont tenu une rencontre pour ‘’réfléchir sur les mesures qui devront être prises pour une bonne gouvernance foncière’’.
Le cadre s’est dit ‘’inquiet face à la marchandisation du foncier et a plaidé pour des droits d’usage’’, rapporte Sud Quotidien.
Le journal Libération entretient ses lecteurs de l’audit financier annoncé par la SOMISEN avec le titre ‘’Sociétés minières, la bamboula’’.
‘’Malgré ses parts, l’Etat ne siégeait dans aucun des Conseils d’administration, Me Ngagne Demba Touré tape sur la table, 11 des 14 société s’exécutent : Grande côte opération, Dangote et les Industries chimiques du Sénégal font dans la résistance’’, rapporte le quotidien.
Sur les 14 sociétés, poursuit Libération, seules Sabodola et Grande Côte versaient des dividendes, là où Sabadola qui rapporte 400 milliards de francs l’Etat touche moins de 5 milliards de francs Cfa’’.
En 2022, Somiva a produit 600000 tonnes de phosphates mais elle veut verser à la SOMISEN la somme de… 80 millions de francs Cfa, ajoute le journal.
Toujours les questions d’économie, Walf Quotidien dans sa publication se penche sur le marché de la friperie, rapportant dans sa Une que c’est ‘’Un filon d’or’’.
En effet, pour le journal ‘’un conteneur de 40 pieds peut rapporter 50 millions’’ avec des habits de seconde main pour faire class’’.
Dans ses colonnes, il fait le portrait de Tamsir Mboup, ‘’le précurseur d’un business’’, avec aujourd’hui ‘’les réseaux sociaux, un nouveau marché’’.
De son côté, le journal Le Quotidien s’intéresse à la recherche scientifique et technique à l’Université Cheikh Anta Diop en dressant un profil des chercheurs.
‘’Une affaire d’hommes’’ titre le journal pour dire que 80% des diplômés de l’Ecole doctorale PCSUI sont des hommes’’, même si ‘’au niveau intérieur, les femmes sont dominantes’’.
Dans l’enseignement supérieur scientifique, le journal parle de ‘’déséquilibre hommes-femmes’’.
‘’Les hommes sont plus nombreux que les femmes dans le domaine des sciences et techniques notamment dans le supérieur et en dépit des efforts consentis pour résoudre le gap, cela persiste’’, estime la publication.
Enquête lance l’alerte sur la ‘’menace silencieuse’’ de l’érosion côtière de Bargny à Saly et le long de la côte. Le journal illustre sa Une par une photo montrant le reste des ruines d’une maison vraisemblablement détruite par le flot sans doute incessant des vagues.
Selon le journal, 718 km de littoral sont menacés par l’érosion côtière qui emporte maisons, terres agricoles et infrastructures depuis plusieurs années.
A Bargny, une commune de département de Rufisque l’érosion a entre autres provoqué ‘’exode et désespoir’’, alors que plus de 70% des activités dans cette localité reposent sur la pêche, renseigne l’Enquête.
Il fait savoir qu’à Saly Portudal, dans le département de Mbour) le projet de brise-lames financé par la Banque Mondiale, soulève des critiques.
D’autres journaux n’ont pas manqué d’évoquer l’actualité politique en rendant compte notamment de la décision de retrait de l’ancien ministre de la Santé, Abdoulaye Diouf Sarr, de l’Alliance pour la République (APR, le parti du président Macky Sall.
En sports, les parutions sont revenues sur les éliminatoires CHAN 2025 avec le match de ce dimanche Sénégal-Liberia.
‘’Les Lions locaux veulent négocier l’acte1 à Monrovia’’ (Le Soleil), ‘’Assurer l’Acte 1(Walf Quotidien), ‘’Les Lions en mission commando’’ (L’As).
Le championnat national occupe également la page sports des journaux avec l’affiche de la 9ème journée Tengueth FC- As Pikine de ce samedi
AVEC GCO, CE SONT DES PROMESSES NON TENUES, DES SOUFFRANCES POUR LES POPULATIONS…
aye, à cause de Grande Côte Opérations, filiale du français Eramet qui intervient dans la zone après Diogo, dans la région de Thiès, c’est tout l’écosystème de la zone qui est menacé
Propos recueillis par Mame Woury THIOUBOU |
Publication 21/12/2024
C’est un édile désespéré qui a fait face, il y a quelques jours, à la presse pour dénoncer les méfaits de l’exploitation de zircon dans le désert de Lompoul. Pour Gora Gaye, à cause de Grande Côte Opérations, filiale du français Eramet qui intervient dans la zone après Diogo, dans la région de Thiès, c’est tout l’écosystème de la zone qui est menacé.Est-ce qu’on peut savoir quelle est la situation aujourd’hui dans la commune de Diokoul avec la compagnie Grande Côte Opérations (Gco) ?
Bon, c’est difficile de faire la situation dans la commune de Diokoul, mais la situation de nos rapports avec la société, oui, on peut en parler. Gco, depuis fin 2022-2023, ils sont entrés dans la commune de Diokoul, en tout cas dans la zone entre Diokoul, Kab Gaye et Thieppe. Et jusqu’à présent, ils sont dans la commune de Diokoul, dans le désert, et je pense qu’ils vont durer là-bas. Et avec cette société-là, ce sont vraiment des promesses non tenues, des souffrances pour les populations, une dégradation de l’économie, une dégradation de l’écosystème, une dislocation du tissu social. Parce que ce sont des familles qui sont déplacées, des traditions qui sont emportées.
C’est vraiment un tissu de…, excusez-moi du terme utilisé, parce que depuis 2022, avec toutes les négociations, tous les échanges qu’on a eus avec eux, c’est une société qui ne respecte jamais ses engagements.
Et pourtant, c’est une société qui fait d’énormes bénéfices, des bénéfices vraiment extraordinaires. Et si je reprends les propos du ministre, ce sont 180 milliards de chiffre d’affaires en 2023 et 68 milliards de bénéfices. Pourtant, ils n’ont mis aucun franc en 2023 dans les communes, ni au niveau des communautés. Et 2024, c’est sûr qu’ils feront plus que ça.
Et jusqu’au moment où je vous parle, ils n’ont mis aucun franc. Donc avec eux, c’est vraiment un désastre. Vous avez fait un tour sur le site, c’est un désastre indescriptible qu’on a au niveau de la zone exploitée. Que ce soit au niveau des populations, au niveau de l’écosystème, au niveau des systèmes de production agricoles, pastorales, etc. Donc c’est vraiment l’hécatombe.
En fait, Gco, c’est une société qui se vante à chaque fois d’avoir une exploitation sans effets sur l’environnement.
C’est absolument faux. Et jusqu’à présent, ils cachent les résultats de l’étude d’impact environnemental. Nous ne l’avons pas reçue. Ils nous l’ont présentée en audience publique à Lompoul sur mer et nous l’avons rejetée. Et quand le sous-préfet avait déclaré en son temps qu’on valide l’étude sous réserve, c’est moi-même qui ai pris la parole pour dire «non, nous ne validons rien du tout, on rejette l’étude d’impact environnemental, allez refaire les observations capitales que nous avions faites sur l’étude et revenez».
Ils ne sont jamais revenus. Ils se sont calfeutrés entre quatre murs avec des soi-disant représentants de l’Etat pour dire qu’ils ont validé l’étude d’impact environnemental. Ils disent qu’ils n’utilisent pas de produits chimiques, ce dont je doute très fort parce que chez les populations qui sont là-bas, il y a l’apparition de certaines maladies qu’on n’avait pas vues avant l’arrivée de Gco, des maladies respiratoires, des maladies hydriques, etc. Et rien que la dégradation de l’écosystème des Niayes, ce sont des effets qu’on ne pourra jamais réparer.
En fait, vous ne croyez pas qu’ils pourront jamais restaurer, comme ils disent qu’ils l’ont déjà fait sur des dizaines d’hectares à Diogo ?
Moi, je suis parti à Diogo, j’ai vu ce qu’ils appellent restaurer. Dans ces zones-là, je ne suis pas sûr, et je suis même presque certain que les productions que ces zones-là donnaient, ils ne pourront même pas refaire le quart.
Et vous voyez, là où ils disent restaurer avec des filaos, ce sont des sols pauvres, des sols qui ne peuvent pas garantir une production agricole correcte. Donc, il nous faudra encore plusieurs décennies pour remettre en état cette zone.
Et le désert de Lompoul, c’est le comble du malheur parce que ce désert-là était un symbole pour la commune, un symbole pour Lompoul, un symbole pour la zone des Niayes, un écosystème unique dans toute l’Afrique occidentale. Et actuellement, ils l’ont complètement détruit.
Et ils ne pourront jamais restaurer ce désert-là, où il y avait au moins 7 à 8 campements qui employaient plus d’une centaine de personnes. Et ces gens-là actuellement sont tous au chômage.
Ils ont créé quand même une oasis artificielle quelque part.
(Rires) Cette oasis, vous verrez vous-même s’ils vont recevoir des touristes là-bas. Je suis allé voir moi-même. Et ils ne l’ont même pas créé dans le département de Kébemer. Ce n’est même pas dans la région de Louga, c’est dans la région de Thiès que se trouve ce qu’ils appellent «oasis». Donc, en quoi ça nous concerne ?
Donc, depuis son arrivée ici, la société n’a pas participé du tout au niveau local, ils n’ont mis en place aucune infrastructure comme prévu ?
En tout cas, à Diokoul que je connais, aucune infrastructure. Ils se vantent d’avoir contribué au fonds revolving des femmes que j’avais mis en place avec mon argent pour développer un peu l’économie sociale et solidaire à travers les groupements de femmes.
Ils ont contribué à hauteur de 10 millions. J’ai même honte d’en parler, et je pense qu’eux-mêmes doivent avoir honte d’en parler, que la société qui fait 68 milliards de bénéfices annuels contribue à hauteur de 10 millions sur un fonds revolving des femmes. Et nous, on a mis en prééminence les femmes qui travaillaient dans le désert. Vous avez vu leur case. Tous leurs objets d’art, elles les vendaient à des touristes qui partaient dans le désert. C’est de ça qu’elles subsistaient. Mais qu’est-ce que ça représente par rapport à ce que ces femmes-là gagnaient dans le désert et dans le tourisme ? C’est une goutte d’eau dans la mer. Donc, ils doivent avoir honte d’en parler.
Aujourd’hui, vous avez peur que les marchés hebdomadaires du coin disparaissent…
Non, je n’ai même pas peur, je suis certain que ces marchés vont disparaitre. Qu’est-ce qui fait vivre un marché ? Ce sont les produits qu’on y vend. Quand il n’y a plus de production, il n’y a plus de marché. C’est clair.
Et quelle est la position de l’Etat par rapport à cette affaire ?
Je ne peux pas dire exactement la position de l’Etat. Mais en tout cas, le ministre Birame Soulèye Diop, en charge des Mines, avait exprimé clairement ses préoccupations par rapport à la redistribution des dividendes de l’exploitation.
Il leur a dit, je le répète, que la société a fait 68 milliards de bénéfices. Et si l’Etat gagne quelque chose, c’est moins du tiers ou le tiers, et tout le reste va être distribué entre les structures. Et zéro franc au niveau des communes, c’est scandaleux. Il leur a dit, «mettez au minimum un milliard annuellement dans les trois communes, et là les maires pourront faire des réalisations concrètes». Je crois en sa bonne volonté et en sa bonne foi par rapport aux préoccupations que nous avons.
Et moi aussi, je crois fermement que si le président de la République a toutes les informations nécessaires par rapport à la situation, je ne parle même pas du Premier ministre Ousmane Sonko, il va réagir positivement pour le compte des communautés. D’autant que c’est la Constitution même qui dit que les ressources naturelles appartiennent au Peuple. Donc j’ai bon espoir que le combat dans lequel nous nous sommes engagés avec eux depuis des années, ait tout son sens ici.
Est-ce qu’il y a des soucis d’eau au niveau de Diokoul, par exemple ?
Il y en a. Interrogez les maraîchers qui sont à côté. Ils ont d’énormes problèmes pour arroser leurs champs. Les puits tarissent très vite et ça impacte même la qualité de l’eau, parce que l’exploitation utilise énormément d’eau.
Donc c’est un souci par rapport à l’exploitation. Je l’ai cité tout à l’heure par rapport aux conséquences néfastes de l’exploitation sur la zone. Donc il y a un réel souci par rapport à ça.
Et où est-ce que l’eau est reversée après utilisation ?
Pour le moment, ils créent un mini-lac. Je ne sais pas comment ils ont mis en place le système qu’ils utilisent. Mais en tout cas, si vous voyez là où ils passent, il y a des mini-lacs qui se forment. Et je ne sais pas encore après où est-ce que ça va, toute cette eau-là.
Et vous disiez aussi qu’ils changent le tissu social puisqu’ils déplacent des villages entiers pour les regrouper après et les reconstituer…
Oui, c’est clair. Vous avez peut-être eu écho de tout ce qui se passe à Tiokhmam. Donc, même dans ces villages de recasement, ça me fait rire et même parfois pleurer, ils se vantent de dire «oui, si on vous trouve avec deux cases, trois pièces séparées, on va vous construire une maison de quatre ou cinq pièces». Mais ces gens-là, leurs pièces séparées, c’est toute leur identité qui est là-bas, c’est toute leur vie, ce sont toutes leurs traditions. Ce sont leurs morts qui sont là-bas.
Donc, ils se sentent mieux là-bas que dans leur soi-disant désert qu’ils ont construit avec des maisons monotones et moroses. Et si vous voyez, dans certaines maisons là-bas, les gens dorment dans des cuisines. Avec une mauvaise eau que moi je n’utiliserais même pas pour me laver, encore moins pour boire, car ce qu’ils utilisent, c’est une eau saumâtre ou pas du tout potable. Donc, ils ont disloqué les familles. En tout cas, leurs méthodes sont peu orthodoxes, désastreuses. Et ils font tout pour diviser les gens.communes, et là les maires pourront faire des réalisations concrètes». Je crois en sa bonne volonté et en sa bonne foi par rapport aux préoccupations que nous avons.
Et moi aussi, je crois fermement que si le président de la République a toutes les informations nécessaires par rapport à la situation, je ne parle même pas du Premier ministre Ousmane Sonko, il va réagir positivement pour le compte des communautés. D’autant que c’est la Constitution même qui dit que les ressources naturelles appartiennent au Peuple. Donc j’ai bon espoir que le combat dans lequel nous nous sommes engagés avec eux depuis des années, ait tout son sens ici.
Est-ce qu’il y a des soucis d’eau au niveau de Diokoul, par exemple ?
Il y en a. Interrogez les maraîchers qui sont à côté. Ils ont d’énormes problèmes pour arroser leurs champs. Les puits tarissent très vite et ça impacte même la qualité de l’eau, parce que l’exploitation utilise énormément d’eau.
Donc c’est un souci par rapport à l’exploitation. Je l’ai cité tout à l’heure par rapport aux conséquences néfastes de l’exploitation sur la zone. Donc il y a un réel souci par rapport à ça.
Et où est-ce que l’eau est reversée après utilisation ?
Pour le moment, ils créent un mini-lac. Je ne sais pas comment ils ont mis en place le système qu’ils utilisent. Mais en tout cas, si vous voyez là où ils passent, il y a des mini-lacs qui se forment. Et je ne sais pas encore après où est-ce que ça va, toute cette eau-là.
Et vous disiez aussi qu’ils changent le tissu social puisqu’ils déplacent des villages entiers pour les regrouper après et les reconstituer…
Oui, c’est clair. Vous avez peut-être eu écho de tout ce qui se passe à Tiokhmam. Donc, même dans ces villages de recasement, ça me fait rire et même parfois pleurer, ils se vantent de dire «oui, si on vous trouve avec deux cases, trois pièces séparées, on va vous construire une maison de quatre ou cinq pièces». Mais ces gens-là, leurs pièces séparées, c’est toute leur identité qui est là-bas, c’est toute leur vie, ce sont toutes leurs traditions. Ce sont leurs morts qui sont là-bas.
Donc, ils se sentent mieux là-bas que dans leur soi-disant désert qu’ils ont construit avec des maisons monotones et moroses. Et si vous voyez, dans certaines maisons là-bas, les gens dorment dans des cuisines. Avec une mauvaise eau que moi je n’utiliserais même pas pour me laver, encore moins pour boire, car ce qu’ils utilisent, c’est une eau saumâtre ou pas du tout potable. Donc, ils ont disloqué les familles. En tout cas, leurs méthodes sont peu orthodoxes, désastreuses. Et ils font tout pour diviser les gens.
TEMPETE AVANT L’HEURE
Il est prévu, ce jour, une audience publique sur l’exploitation du zircon dans la zone des Niayes que vont mener des élus et des structures de la Société civile pour évaluer les éventuelles retombées de cette mine exploitée par Gco
Il est prévu, ce jour, une audience publique sur l’exploitation du zircon dans la zone des Niayes que vont mener des élus et des structures de la Société civile pour évaluer les éventuelles retombées de cette mine exploitée par Gco.
Est-ce une tempête qui s’annonce pour Eramet Grande Côte (ex-Gco) ? Ce samedi matin, se tient à l’Hôtel de ville de Diokoul Diawrigne, situé dans le département de Tivaouane, une importante audience publique sur le thème : «L’exploitation du zircon dans la zone des Niayes par la société Gco du Groupe Eramet.» Avec comme public cible tous les impactés ou potentiels impactés directs et indirects de l’exploitation du zircon des différentes communes de la zone des Niayes. Plusieurs acteurs prendront part à la rencontre, parmi lesquels des parlementaires comme Guy Marius Sagna, Abdoulahat Ndiaye, Samba Diouf et Abdou Sonko, des membres de la Société civile et des journalistes.
Les questions qui seront abordées tourneront autour de l’exploitation du zircon, des dispositions normatives et règlementaires, des conséquences sociales, économiques et environnementales causées par l’exploitation du zircon, ses retombées auprès des communautés et des communes, entre autres.
1034 ha de terres réhabilitées restitués à l’Etat, selon Gco
Cette journée se tient après que Gco a annoncé la restitution de terres à l’Etat, après exploitation et réhabilitation. Cette reconstitution serait une activité rare dans l’histoire de l’exploitation minière dans la zone de Diogo. Une grande première qu’a réussie Eramet Grande Côte (ex-Gco) qui s’active dans l’exploitation de sable minéralisé, dans une zone à cheval entre les régions de Thiès et Louga. En rétablissant aux autorités 85 hectares de terres re-végétalisées, le 8 septembre 2022, dans le respect de la préservation de l’environnement et de la biodiversité. 554 autres hectares réhabilités ont ensuite servi à la mise en place d’une infrastructure dénommée «Oasis du Sénégal», pour abriter les sites touristiques impactés par la progression de la mine. En janvier 2025, il est prévu la restitution à l’Etat de 395 ha de terres réhabilitées après exploitation. Soit un total de 1034 ha annoncés par la société.
Au cours d’une récente visite de travail sur les sites d’exploitation, le Gouverneur de la région de Thiès, Saër Ndao, a dit avoir noté que beaucoup de difficultés avaient été signalées par rapport à la gestion des communautés, d’où sa descente sur les lieux, pour mieux apprécier la nature des problèmes soulevés, liés à la gestion quotidienne par rapport surtout aux engagements pris, pour un meilleur cadre de vie, et aussi voir les solutions à proposer pour améliorer le développement de l’entreprise. Le chef de l’Exécutif régional reconnaît que Gco a fait d’«énormes progrès par rapport à la concrétisation desdits engagements», même si, dit-il, il reste encore des «choses à compléter».
Par ailleurs, le campus social de la Vcn de l’Université Iba Der Thiam (Uidt) de Thiès vient d’étrenner un terrain de basket-ball moderne. C’est pour pallier son déficit d’infrastructures sportives que le Centre régional des œuvres universitaires et sociales de Thiès (Crous-T) a pensé devoir faire recours aux œuvres sociales de ses partenaires. Un appel qui a eu un écho favorable du côté de l’entreprise minière Eramet Grande Côte (ex-Gco). La société minière, qui détient un siège au niveau du Conseil d’administration du Crous-T, a offert un terrain de basket-ball à l’Université Iba Der Thiam (Uidt) de Thiès qui appelle à des partenariats pour combler le manque d’infrastructures sportives.
Pour le Dg Frédéric Zanklan, le projet réalisé dans le cadre de la Responsabilité sociétale d’entreprise (Rse) fait suite à un partenariat de longue durée entre l’entreprise minière et l’Uidt. Il découle d’un besoin exprimé par les étudiants d’avoir un cadre leur permettant de s’exercer au sport, en dehors des activités pédagogiques. Le directeur du Crous-Thiès, Cheikh Mbacké Lô, a magnifié le geste lors de la cérémonie d’inauguration de l’infrastructure. «Cette installation est la première infrastructure sportive depuis la création du Crous-T, il y a six ans», note M. Lô. Il remarque que le terrain de football actuel du campus reste inadapté à une pratique optimale, d’où la nécessité d’un soutien accru pour améliorer les conditions sportives des étudiants. Les étudiants ont salué «ce geste de très haute portée», avant de formuler une autre doléance liée à un terrain de football moderne.
LA DESILLUSION POUR LOMPOUL VILLAGE
A Lompoul village, le sentiment le plus partagé est la désolation et la déception. Les promesses de la société minière Grande Côte Operations (Gco) n’ont pas été tenues.
A Lompoul village, le sentiment le plus partagé est la désolation et la déception. Les promesses de la société minière Grande Côte Operations (Gco) n’ont pas été tenues. A Wouro Djiby Ka, la mine tourne à une cinquantaine de mètres de la demeure de la famille Ka, encore en attente d’être relogée.
Pendant que la jeune femme rassemble le bois mort qui servira à la cuisson du repas, les moutons et les chèvres bêlent de plus belle. Dans leur enclos, ils sentent sans doute les vibrations de la machine infernale qui, à une cinquantaine de mètres de là, brasse des cargaisons entières de sable. Dans un ballet bien réglé, les pelles mécaniques alimentent la drague, la machine qui sert au traitement du sable dans ce coin du désert de Lompoul. Par des procédés uniquement «mécaniques» selon la société Gco, la machine va séparer le sable du zircon et des quelques autres métaux rares que contient le sol. Depuis quelques mois, la famille de Ibrahima Ka vit un cauchemar. Aux bruits, à la poussière et aux émanations, se sont ajoutées les vibrations du bâtiment quand la drague commence son œuvre. Installée depuis plusieurs décennies sur ce site, la famille doit être relogée ailleurs, mais la maison qui doit les accueillir n’est toujours pas prête. Alors la compagnie continue d’avancer et de broyer du sable. «Quand on est dans les chambres, les machines font vibrer les murs. Ils sont au courant, mais ils tardent à trouver une solution. On veut juste être en sécurité», lance, comme un appel au secours, Ibrahima Ka, qui a pris la suite de son père à la tête de ce petit hameau d’éleveurs et d’agriculteurs. Autour de la maison, un vaste champ de ruines. Le sol, asséché, a vu ses rares arbres violement arrachés de la terre. Ils gisent en tas aux limites de la mine. A quelques mètres de là, ce quifut un champ. Des arbres fruitiers, il ne reste plus qu’un maigre papayer et un citronnier. Les feuilles totalement desséchées, ils ne tarderont pas à mourir. Des morceaux de tuyaux, à moitié enfouis dans le sol, témoignent de l’existence d’un système d’arrosage. Mais désormais le puits est à sec. «Tous les agricultures sont devenus pauvres à présent. Parce que Gco n’a pas respecté ses engagements», déplore Serigne Mar Sow du Collectif de défense des Niayes à Lompoul. «On ne peut plus cultiver nos champs ici et le site de recasement n’est pas encore aménagé», souligne Ibrahima Ka
Aujourd’hui, les jeunes du village sont amers. Leur seul espoir, une intervention des autorités pour rappeler à l’ordre le géant minier. «Nous comptons sur le gouvernement pour qu’ils nous indemnisent à un juste prix. Mais ici, après avoir démantelé les champs, les gens se retrouvent sans rien parce qu’ils n’ont pas reçu suffisamment pour retrouver une nouvelle terre. C’est injuste !», s’insurge l’un d’entre eux. Avec le passage de la mine, ce sont de gros problèmes qui sont apparus en matière d’approvisionnement en eau. Les énormes besoins de la drague ont une répercussion directe sur la nappe phréatique. Résultat, les puits sont souvent à sec et quand ils ont de l’eau, c’est une eau à la qualité douteuse, dénonce Serigne Mar Sow. Depuis notre passage à Wouro Djiby Ka, Ibrahima et sa famille ont été délogés et installés à Lompoul sur mer. Comme des centaines d’autres villageois, ils attendent les nouvelles maisons promises.
Par Bachir FOFANA
1,3 MILLION DE PERSONNES EN SITUATION D’INSECURITE ALIMENTAIRE
La campagne de commercialisation de l’arachide a timidement démarré. Deux semaines après son lancement officiel, l’arachide est introuvable (Cf, la Une du Quotidien du mercredi 18 novembre 2024)
La campagne de commercialisation de l’arachide a timidement démarré. Deux semaines après son lancement officiel, l’arachide est introuvable (Cf, la Une du Quotidien du mercredi 18 novembre 2024). En témoigne, à Ziguinchor, par exemple, la Sonacos qui annonce avoir collecté 380 tonnes sur un objectif compris entre 80 et 100 mille tonnes. A Tambacounda, dans une partie de la région de Kolda, ainsi que dans la zone centre, notamment Kaolack, Fatick et Kaffrine, la campagne est pour le moment jugée morose. Peu de points de collecte sont fonctionnels dans ces régions du Sud-est et du bassin arachidier. Un ami habitant à Nioro m’a dit : «Bachir, nous à Nioro, quartier Nouroulaye, tout agriculteur qui avait 1000 kg l’année dernière, cette année tu as au maximum 200 kg avec les mêmes surfaces cultivées. Notre famille avait l’an dernier 3000 kg ; cette année, on a eu 500 kg. Chez mon oncle, il avait 4600 kg, cette année, ce sont 1300 kg.» Et l’ami de conclure : «En tout cas, mon intime conviction est que si le pays dépasse 500 000 tonnes, ça me surprendra.» Un autre ami, plus pessimiste, prédit que «nous n’allons pas atteindre les 300 000 tonnes d’arachide». «J’ai semé 250 kg de graines d’arachide et je n’ai récolté que 4 sacs», ajoute-t-il.
Pourtant, le ministre de l’Agriculture, Mabouba Diagne, annonce une production de l’ordre de 700 à 800 mille tonnes d’arachide. C’est la pire production depuis 10 ans. L’on retiendra que l’année dernière, le Sénégal avait produit 1, 5 million de tonnes d’arachide. Chiffre que le ministre de l’Agriculture a rejeté parce qu’étant des «chiffres falsifiés sous Macky Sall». Si Ousmane Sonko conteste les chiffres de la dette et du déficit budgétaire, normal que son ministre de l’Agriculture accuse ses collaborateurs d’avoir fourni de fausses statistiques agricoles.
Au regard de la baisse drastique de la production arachidière (malgré un prix au producteur théoriquement plus rémunérateur de 305 francs Cfa contre 280 l’année dernière), qu’en est-il de la production céréalière ? Pour l’instant, les chiffres de la production céréalière ne sont pas officiellement annoncés. C’est comme si Mabouba Diagne cherchait à cacher à l’opinion les (mauvais ?) résultats de son département. L’on se rappelle qu’à sa nomination, volontariste, Diagne annonçait des «productions record» pour cette campagne, à grand renfort de communication tapageuse et de propagande populiste, avec en sus l’intervention de l’Armée dans la distribution des intrants. En effet, à cette période de l’année, le chiffres de la campagne agricole sont disponibles et font même l’objet d’une communication en Conseil des ministres, ou tout au moins en Conseil interministériel de préparation de la campagne de commercialisation. Mais face à la mauvaise qualité des semences et de l’engrais, de la pluviométrie qui a subi de longues pauses qui ont impacté les récoltes, et surtout le débordement du fleuve Sénégal, les résultats agricoles s’annoncent «très mauvais», d’après des spécialistes du secteur. Souhaitons qu’à l’heure du bilan, le ministre Mabouba Diagne ne fasse pas comme son collègue qui invoquait «l’hivernage des autres» pour justifier les carences de l’Etat dans la lutte contre les inondations.
94 197 personnes à secourir d’urgence
Déjà au mois d’octobre ou à tout le moins dans la première semaine du mois de novembre, les experts du Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (Cilss) se retrouvent pour travailler avec les services de la statistique agricole afin de consolider et confirmer les résultats. Mabouba Diagne cache-t-il aux Sénégalais que nous allons vers des périodes difficiles à cause de la mauvaise production agricole de cette année ? D’après des spécialistes du Cilss, nous risquons d’avoir 1, 3 million de Sénégalais en situation d’insécurité alimentaire «critique à pire» entre mai, juin et juillet 2025 !
D’après des données non encore publiées, 1 334 132 personnes seront dans une situation d’insécurité alimentaire de niveau 3, c’est-à-dire de la phase 3 à 5 dans le classement du Cadre harmonisé du Cilss. Et 94 197 personnes, principalement localisées dans les départements de Tambacounda et Koumpentoum, seront même dans la phase 4 d’urgence. En détail, le département de Podor arrive en tête avec 147 756 (29%) cas d’insécurité alimentaire critique, suivi de Tambacounda 104 347 (23%), Matam 102 342 (25%), Kanel 86 730 (24%), Goudiry 46 355 (25%) et Malem Hodar 33 293 (23%).
En comparaison à l’année 2023, la «situation alimentaire (était) meilleure que celle de novembre 2022. Par rapport à novembre 2022, la proportion de personnes en sécurité alimentaire (phase minimale) en novembre 2023 a augmenté de 15%, passant de 68 à 83%. Celles en insécurité alimentaire modérée (sous pression) ont diminué de 12%. La population en insécurité alimentaire sévère (phase crise à pire) connaît également une baisse de 3%». En effet, d’après le Secrétariat exécutif du Conseil national de sécurité alimentaire (Se/Cnsa), seules 846 467 personnes étaient concernées par l’insécurité alimentaire modérée. Et d’ajouter : «Contrairement à l’analyse de novembre 2022, aucun département n’a été déclaré en crise pour la période courante de l’analyse du Ch du mois de novembre 2023. L’amélioration de la situation alimentaire en novembre 2023 est imputable à une bonne production agricole. Les résultats provisoires de la campagne agricole 2023-2024 ont montré au plan national, une hausse de 16% de la production céréalière par rapport à la campagne 2022-2023 et de 29, 8% par rapport à la moyenne des 5 dernières années au plan national. Concernant les cultures de rente, la production arachidière a augmenté de 12, 5% par rapport à la campagne écoulée et de 3, 2% par rapport à la moyenne quinquennale. Par rapport à la campagne 2022-2023 et à la moyenne des 5 dernières années, la production de niébé a haussé respectivement de 42, 2% et 6, 8%.»
Le Cadre harmonisé, l’outil fédérateur de collecte de données
Faut-il le rappeler, le Cadre harmonisé est un outil fédérateur des Etats membres de la Cedeao confié au Cilss. Tous les partenaires sont d’accord pour l’utiliser comme seul outil qui permette de faire une méta-analyse des données existantes, estimer les populations qui sont en insécurité alimentaire pendant la phase courante et la phase projetée. Par phase courante, il faut comprendre l’analyse du Cadre harmonisé aux mois d’octobre, novembre et décembre. Par phase projetée, il faut comprendre la projection sur la période juin, juillet et août de l’année en cours.
Et dans chaque pays, une structure assure l’ancrage institutionnel avec le Sap (Système d’alerte précoce). Au Sénégal, c’est le Secrétariat exécutif du Conseil national de sécurité alimentaire (Se/Cnsa) qui assure la coordination de la mise en œuvre du Cadre harmonisé. Et qui, à son tour, coordonne toutes les organisations, les structures qui interviennent dans le domaine (structures étatiques, Ong). En clair, ce n’est pas le Sap qui s’isole pour faire ses données, mais bien en coordination avec tous les intervenant que les résultats sont élaborés. Pour conduire l’analyse, c’est de manière ouverte. Il y a les données des enquêtes de sécurité alimentaire (Pam, Save The Children…) et les données de la production agricole. L’analyse est faite par unité administrative. La plus reconnue est le niveau département pour le Sénégal, ou province pour d’autres pays. Les données sont analysées selon 5 nivaux de sévérité alimentaire et nutritionnelle. Le premier niveau, c’est la phase minimale, quand plus de 80% de la population ne présentent pas des difficultés en termes de sécurité alimentaire et nutritionnelle. La phase 2, appelée «phase sous pression» ou «phase stress», c’est quand le ménage arrive à couvrir ses besoins alimentaires et nutritionnels en faisant preuve de stratégies d’adaptation. Cela représente 20% de la population. La troisième phase, c’est la phase critique, et il y a un problème de sécurité alimentaire car les ménages arrivent difficilement à couvrir leurs besoins de consommation. Généralement, c’est à partir de cette phase qu’on arrive à déceler la malnutrition chez l’enfant. La phase 4 correspond à la phase urgence. La dernière phase, c’est la phase catastrophique alimentaire. C’est quand tout est épuisé, avec des taux de malnutrition assez élevés.
«La production agricole a chuté, notamment les céréales»
C’est dire que la situation d’1, 3 million de Sénégalais compris entre les phases 3 et 4 en alerte plus d’un. D’après certains experts du secteur agricole, c’est un euphémisme de dire que la production est très mauvaise. «C’est une situation un peu difficile. Ça fait longtemps que je n’ai pas vu des chiffres comme ça au Sénégal.
C’est une situation d’insécurité alimentaire aiguë», dit l’un des experts avec qui nous nous sommes entretenus. «1, 3 million de personnes avec 74 000 en urgence, c’est quelque chose qui peut faire tiquer pour des gens qui ont l’habitude de voir des situations minimalistes pour le Sénégal», ajoute un autre. «Ce qu’on a compris, c’est que cette année, il y a les inondations ordinaires et la montée du fleuve Sénégal comme causes de cette situation. La deuxième raison, c’est la baisse de la production agricole. La production agricole a chuté, notamment les céréales», explique notre interlocuteur. Dommage que ces explications ne viennent pas d’un service officiel du gouvernement.
L’insécurité alimentaire correspond au fait de ne pas avoir accès de manière régulière à des aliments sains et nutritifs en quantité suffisante. Et l’année dernière, l’assistance alimentaire de l’Etat et de ses partenaires a été déterminante. Durant la soudure de 2023 (juin-juillet-août), le Programme alimentaire mondial (Pam), l’Ong Action contre la faim (Acf) et le Fonds de solidarité nationale (Fsn) ont mobilisé 4 334 360 000 F Cfa pour venir en aide aux populations, à travers la distribution de cash. Par le biais de la Délégation générale à la protection sociale et à la solidarité nationale (Dgpsn), l’Etat du Sénégal est venu en aide à 368 591 ménages entre mai et septembre 2023 pour un montant de 32 447 200 000 F Cfa à travers les projets de filets sociaux.