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6 avril 2025
PAR Ousseynou Nar GUEYE
TRADUIRE EN ACTES LE NOUVEAU PARADIGME ÉTATIQUE DE PATRIOTISME ÉCONOMIQUE
La récente audience accordée par le ministre Yankhoba Diémé au géant chinois CSCE, qui souhaite "élargir ses réalisations" dans le pays, contraste douloureusement avec les promesses de contenu local faites aux entrepreneurs nationaux du bâtiment
La semaine dernière, à la fin de cette première quinzaine de mars, le magazine panafricain négropolitain «Jeune Afrique», auquel j’ai l’heur de collaborer en qualité d’auteur indépendant de tribunes depuis sept ans, publie un article économique au titre passablement alarmiste (mais, à juste… titre !), sous la plume du journaliste Bilal Mousjid : Pourquoi le Btp a le moral en berne au Sénégal.
En chapeau de cet article fouillé : «Impayés, arrêt des chantiers dans certaines zones, notamment sur le littoral de Dakar, conditions d’octroi des marchés publics… Le secteur du Btp sénégalais peine à sortir la tête de l’eau malgré la forte demande de logements et les nombreux projets d’infrastructures dans le pays.»
Dans cet article de Jeune Afrique, une voix autorisée, l’entrepreneur de second-œuvre de bâtiment Oumar Ndir, élu depuis septembre dernier président du Spebtps, le syndicat patronal du Btp affilié au Conseil National du Patronat Sénégalais, y analyse notamment que «la dette intérieure (Ndlr : estimée à 300 milliards de F Cfa) s’est aggravée depuis 2023, mettant en péril la capacité des entreprises à honorer leurs engagements financiers et sociaux, (compromettant) leur capacité d’investissement, freinant l’embauche et fragilisant l’ensemble de l’écosystème économique.(…) Plus de 10 000 emplois ont été perdus et 20 000 emplois ont été suspendus».
Diantre ! Ceci, pour un secteur stratégique, le Btp, représentant près de 30% des investissements publics de l’Etat sénégalais, plus de 4% du Pib du pays et plus de 200 000 emplois directs.
A cet égard, dans une rencontre récente avec les représentants du Btp sénégalais, en ce mois de mars toujours, le ministre Yankhoba Diémé (portefeuille des Infrastructures et des transports terrestres et aériens) a tôt fait de les rassurer de ce que «leurs «préoccupations en termes forts» ont bien été enregistrées : paiement de la dette intérieure, préférence nationale, contenu local, souveraineté économique […]».
Sans toutefois que ce représentant du gouvernement ne promette de mesures précises.
Or, ne voilà-t-il pas que cette semaine en cours débute, par une information, sur le constructeur chinois Csce (China Construction Engineering Company), reçu par le même ministre Diémé. Csce, considérée comme l’une des quatre plus grandes sociétés chinoises de construction, a, à son actif, la réhabilitation de quatre stades au Sénégal dont trois déjà livrés, et le quatrième (le Stade Léopold Sédar Senghor) qui le sera en avril prochain. Csce, à la suite de cette audience ministérielle, comme dans une audience précédente avec le chef de l’Etat Bassirou Diomaye Faye, déclare par communiqué, «vouloir poursuivre et élargir ses réalisations au Sénégal. (…), à commencer par l’élargissement de la route Kaolack-Tambacounda (280 km) et l’extension de l’Aibd».
L’auteur de ces lignes s’est entretenu à ce sujet avec des acteurs nationaux du secteur de la construction et les a interrogés, et tous considèrent qu’il y a là comme un problème de… dissonance cognitive. Le ministre Diémé, s’il est déjà riche d’une longue et fructueuse carrière politique au sein de Pastef, est également un ancien employé de banque. Ce qui présume plutôt favorablement de sa capacité de compréhension des attentes des acteurs économiques nationaux. Ces acteurs ne réclament pas moins que des mesures politiques fortes soient prises au sommet de l’Etat pour encadrer et réguler «la concurrence étrangère».
Leurs arguments pour expliquer, justifier et défendre cela, peuvent s’entendre. Cette concurrence étrangère a eu la part du lion depuis 25 ans. Tant qu’il s’est agi de grands travaux effectués sur financement par des dons de pays bailleurs, il a pu se comprendre que lesdits pays «exigent» que la commande des travaux et des intrants soit faite auprès des entrepreneurs de leurs pays respectifs. Toutefois, depuis quinze années au moins, les grands travaux structurants dans le Btp ont été effectués avec des financements sous forme d’emprunts lourds de l’Etat sénégalais (pour la construction de l’Aibd, de routes nationales et de ponts dans l’Hinterland, d’autoroutes à péage, de barrages hydro-électriques…). Des emprunts à rembourser par nos compatriotes contemporains et par les générations futures. «Qui paie, commande.» Cela ne se justifie donc pas - (ou plus !) - que la commande publique n’aille pas prioritairement aux opérateurs sénégalais du Btp, qui «ont beaucoup souffert d’être écartés systématiquement» des grands travaux durant les deux mandats du président Macky Sall, au profit d’entreprises du Btp étrangères : turques indiennes, chinoises…
L’espoir est revenu. Aussi, nos constructeurs nationaux n’ont de cesse de s’étonner du fait qu’à l’heure de la souveraineté économique et du patriotisme économique fortement proclamés par nos nouveaux dirigeants, on entende encore des entreprises étrangères du Btp réclamer la plus grosse part des marchés publics et vouloir ne leur laisser que la portion congrue. A une ère où les Usa se ferment aux biens manufacturiers étrangers, où la Chine n’ouvre ses frontières à aucun acteur économique grand ou moyen… : apprenons des leaders économiques de ce monde !
Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que donner un franc Cfa à une société à capitaux majoritairement étrangers et à personnels fortement composés d’expatriés (pesant le plus lourd dans la masse salariale de ces sociétés), c’est… «exporter nos emplois». Au nom de quoi ? Peut-être pour «faire faire rapidement» et «inaugurer tout aussi rapidement» ? Sous pression des bailleurs multilatéraux ? Sous pression (fictive !) de l’opinion publique nationale ? Il serait malvenu, en tous les cas, que l’on persiste en haut lieu à privilégier des entrepreneurs étrangers.
Et c’est là le lieu de souligner que ce n’est pourtant pas l’expertise nationale qui manque. Il y a des champions nationaux du Btp, et il faut œuvrer à faire émerger plus de champions nationaux encore. Toute autre vison est du court-termisme. Inspirons-nous donc, en cela, de pays africains géographiquement et socio-culturellement proches, comme le Maroc ! Le Maroc a su faire émerger ses champions nationaux du Btp, et même dans d’autres filières, comme la fabrication d’automobiles et la construction ferroviaire.
Nos rares (trois ?) champions nationaux du Btp que sont la Cse, la Cde et Eiffage ont une expertise reconnue, non seulement au Sénégal, mais aussi dans la sous-région ouest-africaine, et jusque dans la Cemac francophone d’Afrique centrale. Ce trio est aussi la locomotive de plusieurs entreprises sénégalaises de second-œuvre de bâtiment auxquelles elles sous-traitent avec réussite les travaux d’électricité, d’étanchéité, de climatisation, d’ascenseurs, etc. Il y a là tout un écosystème sénégalais du Btp, du secteur national de la construction et du second-œuvre de bâtiment, à préserver et à promouvoir. Ici et en dehors de nos proches frontières, au sein des espaces économiques dont nous sommes membres et dans lesquels les entreprises sénégalaises ont vocation naturelle à se mouvoir, y compris comme leaders (Uemoa, Cedeao, Omvs, Omvg, et pourquoi pas, Zlecaf…).
Dans la haute Administration sénégalaise, il y a des technocrates à hautes responsabilités qui en sont d’accord, conseillent en ce sens et pensent que «les choses doivent et vont changer» : en effet, contre toute logique développementale, il n’est pas possible que nos nouvelles autorités emboîtent le pas des «douze années bétonnières» de Macky Sall ; qu’elles semblent persister à faire peu de cas du Btp sénégalais et fassent systématiquement recours aux entreprises à capitaux étrangers et à implantation extravertie, pour la réalisation de nos grands travaux. Ce serait un paradoxe difficile, voire impossible à défendre, pour et par un régime politique qui se targue d’être patriote, y compris en matière d’investissements publics.
Dans le nouvel Etat pétrolier et gazier qu’est le Sénégal, de forts engagements étatiques ont été pris avant lui, puis réaffirmés par le président Diomaye, en faveur d’une politique de «contenu local», à hauteur de 70% des dépenses effectuées dans les filières gazière et pétrolière ; 70% de ces dépenses devant être effectuées auprès d’entrepreneurs nationaux. Eh bien, faisons-en autant pour des chaînes de valeur plus traditionnelles, mais tout aussi structurantes : et le Btp est, sans conteste, un de ces secteurs stratégiques.
Et le Btp sénégalais prouve le mouvement en marchant («to walk the talk») : ses deux syndicats patronaux les plus en vue se sont engagés pour la mise en place d’un consortium, réunissant aussi les promoteurs immobiliers et les banques, pour construire 300 000 des 500 000 logements sociaux dont a besoin l’Etat sénégalais sur les dix prochaines années, en en respectant la territorialisation spatiale prévue.
Il n’est pire (Etat) sourd que celui qui ne veut entendre ? Mais, encore faut-il que les principaux «dépositaires d’enjeux» (pour tenter une traduction personnelle de l’anglais «stakeholders») parlent à haute et intelligible voix à cet Etat (sénégalais). Et ne cessent de lui murmurer à l’oreille. Nous en prenons de plus en plus le chemin. Désormais, il apparait que notre Btp entend faire savoir qu’il refuse -(et aidons-les à la réfuter)- la «fausse vérité tacite» selon laquelle «donner du travail aux entreprises nationales n’est pas une priorité». Eh bien si, c’est même une surpriorité. Ces entreprises nationales redistribuent localement de la richesse et empêchent les gens de prendre les pirogues.
Il y a là comme un nouvel état d’esprit, la forte émergence et l’enracinement d’une mentalité de conquérants, des préalables qui font les champions économiques nationaux. En effet, on n’avait pas souvenance d’une forte activité de plaidoyer public des syndicats patronaux du Btp, depuis plusieurs années. Qu’ils le fassent aujourd’hui, et ce depuis plusieurs mois, cela est plutôt une bonne nouvelle. Bien nommer quelque chose, c’est déjà le réaliser à moitié.
Ousseynou Nar Gueye est Associé-Gérant d'Axes & Cibles Com
Ardo Gningue a comparu devant le Tribunal de grande instance hors classe de Dakar ce mercredi 19 mars. L’activiste est jugé en flagrants délits après avoir été placé sous mandat de dépôt depuis le 11 mars pour « discours contraire aux bonnes mœurs ».
Devant la barre, celui qui se définit comme un activiste a essayé d’expliquer ses propos avant de promettre au juge qu’il ne les tiendrait plus.
« J’ai fait un post sur Facebook et ça dépend de l’entendement et de la compréhension des personnes. Je n’ai pas insulté et je n’avais pas cette intention de heurter. C’est une erreur et ça ne se reproduira plus », a-t-il regretté.
Après l’avoir sermonné, le procureur a requis une peine de six (6) mois de prison, dont trois (3) mois ferme contre lui. Le verdict attendu le 26 mars prochain.
PAR ASSANE SY
L’IA COMME BIEN PUBLIC, UNE NÉCESSITÉ DE GARANTIR LA RÉGULATION DE CETTE TECHNOLOGIE
"L'un des principaux défis auxquels nous faisons face en matière de régulation de l'IA, c'est la protection des données personnelles. Ainsi, il est recommandé par exemple d’avoir une classification en fonction de l’analyse de l’impact sur la vie privée."
L’intelligence artificielle (IA) est aujourd’hui un véritable tournant dans l’évolution technologique et économique de nos sociétés. Au-delà de sa capacité à automatiser certains processus, elle occupe un rôle clé dans la façon dont nous produisons, partageons et consommons l’information. Par son pouvoir algorithmique, elle influence directement les processus de construction de l’opinion publique, en orientant les débats citoyens à travers les recommandations automatisées.
C’est ainsi que dans le cadre des consultations du Forum Information et Démocratie, des pays d’Afrique comme le Sénégal, le Bénin la Côte d’Ivoire, la Mauritanie, ont donné leurs avis sur la gouvernance de l’intelligence artificielle en formulant des recommandations. En collaboration avec Jonction, une organisation sénégalaise spécialisée dans la défense des droits numériques, 07 experts, dont votre serviteur a élaboré les recommandations du Sénégal pour une gouvernance inclusive de l’IA.
L’intégration de l’intelligence artificielle dans le cadre du New Deal technologique du Sénégal représente une étape significative dans les programmes et projets de modernisation de l'État. Le pouvoir public reconnaît clairement l’IA comme un levier stratégique pour propulser son développement numérique, soulignant son potentiel dans divers secteurs, comme l’éducation, la santé, la gouvernance et l’économie.
Toutefois, cet engagement soulève d’importantes interrogations sur la régulation de cette technologie, en particulier dans un contexte où ses effets se déploient à une échelle mondiale et, plus encore, en tant que bien public. Dans cette perspective, la régulation de l’IA apparait comme une nécessité incontournable pour assurer sa gouvernance, sa transparence et la protection des droits fondamentaux des individus.
L’Intelligence artificiel, un outil stratégique pour la gouvernance informationnelle
L'histoire de l'humanité a toujours été influencée par le contrôle de l'information, qui est un bien immatériel mais qui a un poids énorme sur le plan politique et économique.
Aujourd'hui, les grandes entreprises technologiques qui dominent le paysage numérique mondial se trouvent dans une position clé grâce à leur maîtrise des données et des algorithmes. Cette influence des algorithmes leur permet de façonner, parfois sans qu'on s'en rende compte, les sujets qui occupent l'espace public, orientant ainsi les discussions tant nationales qu'internationales.
Le scandale de Cambridge Analytica a mis en lumière les dangers de cette concentration de pouvoir : manipulation de l'opinion publique, atteinte à la vie privée, et détournement des données à des fins politiques. Cet incident souligne l'importance d'une régulation stricte de l'intelligence artificielle (IA), tant au niveau national qu'international, pour sauvegarder les principes démocratiques et les libertés fondamentales. Ce qui recommande de donner une place importante à l’IA et son impact dans l’espace de l’information dans le cadre des formations au numérique et à l’information et Impliquer les acteurs de la société́ civile dans le cadre de gouvernance dédiée à l’IA
La question centrale réside dans le fait que l'IA, par son déploiement global, ne connaît pas de frontières géographiques. Cette absence de frontières, couplée à la domination des technologies numériques par les pays développés, constitue un risque majeur pour les pays les moins avancés, notamment pour l'Afrique. Le Sénégal, comme d'autres nations africaines, bien qu'étant un consommateur des technologies numériques, peine souvent à avoir un poids significatif dans la définition des règles qui régissent ces technologies. Cette asymétrie de pouvoir technologique met en lumière la nécessité pour le Sénégal et les autres pays africains de renforcer leur souveraineté informationnelle.
La régulation de l’IA : un cadre nécessaire pour protéger les données personnelles et la vie privée
L'un des principaux défis auxquels nous faisons face en matière de régulation de l'IA, c'est la protection des données personnelles. Ainsi, il est recommandé par exemple d’avoir une classification en fonction de l’analyse de l’impact sur la vie privée.
Avec cette technologie qui change complètement la façon dont nous collectons, traitons et partageons nos données, il est vraiment essentiel de garantir une protection solide qui s'adapte aux réalités technologiques d'aujourd'hui. La première ligne de défense cette protection repose sur la formation et la sensibilisation des développeurs d’IA. Ceux-ci doivent être formés aux meilleures pratiques en matière de protection des données dès la phase de conception des technologies. Il ne s’agit pas uniquement d’intégrer des normes de sécurité, mais aussi d’inculquer aux développeurs une culture de la protection des données comme un principe fondamental dans la création des outils technologiques. Dans cette optique, il serait intéressant de créer des modules spécifiques sur la protection des données personnelles, à intégrer dès le début du développement des systèmes d'IA.
En parallèle, il devient important de renforcer la formation des utilisateurs. Les citoyens doivent être dorénavant informés des risques qu'implique l'utilisation des technologies d'IA et apprendre les bonnes pratiques pour protéger leur vie privée. Cette formation peut être concrétiser par des programmes d’éducation au numérique, garantissant ainsi un écosystème sûr et responsable. Tout de même, la formation permettra aux différents acteurs d’avoir un niveau significatif de littéracie numérique.
Des régimes de responsabilité clairs et une autorité de régulation dédiée
Un élément essentiel dans la régulation de l’IA, c'est de poser des bases solides au niveau du régime de la responsabilité. Il est nécessaire de définir le régime de responsabilité́. En effet, chaque acteur, que ce soit un développeur, un fournisseur ou un déployeur, doit savoir exactement ce qu'il doit assumer en termes d'impact de ses systèmes d’IA. Cela nécessite l'établissement d'une autorité de régulation habilitée à superviser les pratiques, veiller à une composition inclusive de cette autorité́ ou entité́ si toutefois une autorité́ existante assure le contrôle et à s'assurer qu'elles respectent les normes mises en place. Cette autorité devrait posséder des prérogatives d’enquête et de sanction, et son fonctionnement devrait être suffisamment inclusif pour représenter tous les intérêts des différentes parties.
La régulation de l’IA implique également la mise en place de mécanismes de recours pour les utilisateurs dont les droits ont été violés. En cas de manquements, les citoyens doivent ainsi pouvoir faire appel à des voies de recours efficaces pour obtenir réparation. À cette fin, il convient de prévoir des audits externes réguliers des systèmes d’IA, afin de garantir leur conformité avec les normes de protection des données et de la vie privée. Ces audits devraient être réalisés par des entités indépendantes et avoir un caractère public, afin d’assurer une transparence maximale.
Pour conclure, il est primordial de réaliser que cette révolution est une chance incroyable pour le Sénégal, à condition de la réguler de manière à en faire un véritable bien commun. Le pays doit agir de façon décisive pour garantir une gouvernance responsable de l’IA, en créant des mécanismes de régulation solides qui préservent les droits des citoyens tout en favorisant l’innovation. Il est important que cette régulation ne se limite pas au contexte national, mais s’inscrive dans une dynamique régionale et internationale, collaborant avec d’autres nations africaines pour relever les défis communs posés par les géants technologiques. Il est de la responsabilité des autorités sénégalaises de veiller à ce que l’IA soit utilisée de manière équitable, transparente et respectueuse des droits de tous, et ce, dans l’intérêt général.
UCAD, ALIOUNE BADARA KANDJI TRACE LES GRANDES LIGNES DE SON RECTORAT
Le nouveau recteur a détaillé sa vision pour l’institution. Gouvernance, pédagogie, recherche, pacification de l’espace universitaire et lutte contre la fraude figurent parmi les réformes prioritaires qu’il entend mener.
Dans un entretien exclusif accordé à Radio Sénégal, Alioune Badara Kandji, récemment nommé recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), a tracé les grandes lignes de sa mission et de ses ambitions pour cette institution de renommée internationale. Pour sa première sortie, le recteur a mis l’accent sur les réformes qu’il envisage, notamment dans la gouvernance, la pédagogie, la recherche, la pacification de l’espace universitaire et la lutte contre la fraude.
« C’est une grande joie, d’autant plus que j’ai été choisi parmi 19 candidats. Mais cette joie est mesurée, car nous avons pleinement conscience de la lourde responsabilité que cela implique. L’UCAD est une institution de référence qui a joué un rôle clé dans la construction de notre État, ainsi que dans la formation de ressources humaines de qualité. Il est de notre devoir de préserver et d’enrichir ce précieux héritage », a déclaré Alioune Badara Kandji.
Le recteur a souligné que l’UCAD se trouve à un tournant de son histoire, et qu’il est crucial de faire les bons choix pour l’avenir de l’institution. « Le bon chemin, c’est celui qui nous conduit à la souveraineté et au développement. Nous devons opérer des ruptures dans la gouvernance, la pédagogie, la recherche, et renforcer notre coopération internationale afin que l’UCAD retrouve sa place dans le paysage scientifique mondial », a-t-il précisé.
Alioune Badara Kandji a également abordé l’importance de la pacification de l’espace universitaire. Selon lui, cela est primordial pour garantir la qualité de l’enseignement et des recherches. « C’est un grand chantier qui nécessitera une approche inclusive et participative de toute la communauté universitaire. Il est essentiel de mettre en place des mécanismes de prévention et de résolution des conflits. Sans pacification, il est impossible d’offrir un programme de formation et de recherche de qualité. La pacification sera le maître mot dans tous les cas. », a-t-il affirmé.
L’un des défis majeurs que le nouveau recteur souhaite relever est la lutte contre la fraude académique. « Nous devons éradiquer la fraude pour crédibiliser nos formations et les diplômes que nous délivrons. Nous allons instaurer un manuel de procédure et une charte des examens pour sécuriser le système d’évaluation. », a-t-il annoncé.
LE MAIRE DE TAMBA TRANSFORME DES DEPOTOIRS D’ORDURES EN JARDINS MARAICHERS
C’est un grand coup réussi par l’édile de la commune de Tambacounda. Papa Banda Dièye a transformé des dépotoirs sauvages d’ordures en opportunités d’emplois pour les femmes
Le maire de la commune de Tamba, Papa Banda Dièye, a réussi, dans le cadre de son projet de curage du Mamacounda, la vallée qui traverse la ville, à dénicher des opportunités d’emplois pour les jeunes et les femmes. Il a transformé de grands dépotoirs sauvages d’ordures en périmètres maraîchers pour mettre en œuvre un programme d’autonomisation des femmes et des jeunes qui les exploitent pour avoir des revenus.
C’est un grand coup réussi par l’édile de la commune de Tambacounda. Papa Banda Dièye a transformé des dépotoirs sauvages d’ordures en opportunités d’emplois pour les femmes. Ils ont tous été complètement nettoyés et transformés en périmètres maraîchers et mis à la disposition des groupements féminins. «Cinq périmètres maraîchers ont été créés après l’élimination des ordures», soutient le maire, qui a à la fois réglé le problème d’insalubrité et d’emploi des jeunes. «Depuis mon accession à la tête de la mairie, j’ai conçu un programme pour accompagner les jeunes et les femmes. Après réflexion avec mes équipes, nous avions jugé utile de valoriser la vallée du Mamacounda. Il s’agissait, poursuit le maire, de curer la vallée et d’éliminer les dépôts sauvages qui la jalonnaient.»
L’opération a permis, en plus du nettoyage du site, la création de périmètres maraîchers. «Nous en avons créé 5 à ce jour. Ce qui est une grande opportunité pour les femmes et les jeunes. Mieux, les ordures sont enlevées et, par endroits, transformées en engrais grâce au compostage. Dans chaque périmètre, il y a au minimum 80 femmes qui y travaillent. Multiplier le nombre par cinq, ce sont des centaines de personnes qui s’y activent», se félicite l’édile de Tambacounda.
En écho, Thiané Diakhaté, présidente des Femmes du périmètre de Gourel, se réjouit de cette initiative.
«Nous sommes actuellement 80 membres qui travaillons dans le site d’un hectare. Nous l’avons démarré en janvier dernier. Nous avons déjà fait une première récolte avec une grande réussite. Les femmes sont aujourd’hui occupées et trouvent leur compte dans l’activité. Mieux, ajoutera la présidente, grâce aux différentes spéculations cultivées, la qualité de l’alimentation s’est considérablement améliorée dans les familles», note-t-elle.
Massata Sakiliba et Ami Minthè, respectivement présidentes de Kalbora et de Dépôt, abondent dans le même sens. «Grâce à la clairvoyance du maire, les riverains du Mamacounda dont la puanteur des dépotoirs sauvages perturbait la quiétude, dorment les poings fermés. Avec les jardins, nous avons des revenus et nous n’achetons plus de légumes», ont-elles soutenu. Un grand bol d’air frais.
Par Baba DIENG
LE TRIOMPHE DES CASSEURS
Pour le parti Pastef, choisir la voie insurrectionnelle afin d’accéder au pouvoir est beaucoup plus facile que d’abroger une simple loi d’amnistie. La nouvelle manie consiste désormais à dénicher des subterfuges et arguties pour se tirer d’affaire.
Pour le parti Pastef, choisir la voie insurrectionnelle afin d’accéder au pouvoir est beaucoup plus facile que d’abroger une simple loi d’amnistie. Celle-ci, vraisemblablement rejetée au moment de son adoption, est devenue une quadrature du cercle. Après leur écrasante victoire aux Législatives, on s’attendait à ce que cette promesse électorale - une parmi tant d’autres- soit tenue toutes affaires cessantes. Mais leurs atermoiements injustifiés ont fini par jeter le doute dans nos certitudes : l’abrogation totale de cette loi d’amnistie n’est pas si prosaïque que ça... La nouvelle manie consiste désormais à dénicher des subterfuges et arguties pour se tirer d’affaire.
Le Président Macky Sall, subitement atteint d’une libéralité débonnaire envers ses grands ennemis, a décidé, dans la folie, d’amnistier les casseurs. Il a voulu signer un cessez-le-feu définitif avec les insurgés. Cette loi d’amnistie, fût-elle ignominieuse, a une face pouvant être considérée comme diurne : elle a permis à nos souverainistes de retrouver la liberté et le Palais présidentiel, malgré toutes leurs incartades. Les entrepreneurs de la violence, qui ont appelé les jeunes à sortir dans la rue pour se livrer au sacrifice suprême, ont bénéficié, contre toute raison, de cette mesure de clémence. La République, dans un souci d’apaisement, a décidé d’être amnésique ; elle a incité ses citoyens à l’oubli et au pardon. Sauf que les préalables du pansement de nos traumatismes ont été volontairement ostracisés : la vérité et la justice.
Certains Sénégalais, armés d’une soi-disant motivation politique, ont décidé de s’attaquer aux fondements de notre République, c’est-à-dire nos institutions, sans être jugés et sévèrement condamnés par la Justice. Mais, pis, ces parias se sont partagé cinq milliards de nos pauvres francs Cfa dans la clandestinité. L’on se souvient de l’indignation du député Alioune Ndao, devenu un sous-fifre de Pastef après avoir servi l’ancien satrape aux mains maculées de sang, à cause de la modicité de cette somme. Il a estimé que ces petits soldats du «Projet», qui se sont engagés dans une sédition permanente et généralisée contre l’Etat de Droit, devaient recevoir plus de sous. Plus de reconnaissance. D’une manière générale, les commanditaires de l’insurrection ont essayé de récompenser les pilleurs incendiaires à la mesure de leurs actes de vandalisme. Vive les casseurs !
La recherche de la vérité sur les événements dramatiques qui ont eu lieu, dans ce pays, n’est pas une préoccupation pour les tenants du pouvoir. Il faut dire que l’éclatement de la vérité arrachera des duvets à tout le monde. Ce n’est pas avec ce pouvoir que l’on découvrira la lumière sur tout ce qui s’est passé ces dernières années. Ces théoriciens du «mortal kombat» et de l’embrasement général, impliqués on ne peut plus loin dans les exactions qui ont été commises, ont, eux aussi, d’énormes responsabilités qui doivent être situées. La manifestation de toute la vérité, et non celle des vainqueurs, risque d’être mâtinée de démons…
Pour se débarrasser de cette suffocante loi d’amnistie, Pastef, par le truchement du député Amadou Bâ, a choisi la justice sélective. Celle-ci découle logiquement de leur vision manichéenne et étriquée du monde : il y a, d’une part, de bons Sénégalais et, d’autre part, de la vermine. Les Forces de défense et de sécurité, qui ne peuvent pas se prévaloir d’avoir agi pour une «motivation exclusivement politique», seront donc livrées à la Justice. N’eussent été l’héroïsme et la bravoure de ces défenseurs infatigables de la République, notre devenir en tant que grande démocratie serait inimaginable. Nous leur devons respect et reconnaissance. De l’autre côté, selon cette scandaleuse loi d’interprétation, les vandales n’ont qu’à se targuer d’avoir vandalisé tout sur leur passage pour des raisons politiques, afin d’échapper à nos juridictions. Cette manœuvre, qui détourne l’amnistie de ses missions primitives pour protéger quelques-uns, est extrêmement dangereuse pour nos institutions. Il y a de fortes chances que cette loi passe à l’Assemblée nationale comme un couteau chaud dans du beurre, avec la majorité mécanique du parti Pastef. Toujours est-il que nos «intellectuels» pétitionnaires et la Société civile ont l’obligation morale de s’opposer farouchement à cette «interprétation de la farce». Le pardon doit être accordé à tout le monde. Ou à personne. Faut-il rappeler que le Collectif des universitaires pour la démocratie (Cud), subitement devenu atone, nous disait, dans «La loi d’amnistie ou le second assassinat des martyrs de 2021 à 2024», que cette loi d’amnistie est une «invite à l’amnésie dont la vraie nature n’est autre qu’un permis de tuer». Il faut donc militer pour qu’elle soit «totalement» abrogée. C’est l’unique combat qu’il faut mener.
LES SIGNES D’UN RAPPROCHEMENT PUR-PASTEF
Les récentes rencontres entre les cadres des deux formations politiques marquent un tournant dans les relations entre les deux formations, distantes depuis l'accession au pouvoir d'Ousmane Sonko
Les hauts responsables du Parti de l’unité et du rassemblement (Pur) et ceux du Pastef se sont rencontrés. Une rencontre qui laisse apparaître des signes de rapprochements entre les deux formations politiques autrefois alliés et fondateurs de la très réussie coalition électorale Yewwi askan Wi.
Une rencontre. Puis des images postées sur les réseaux sociaux. D’abord celles entre le guide politico-religieux et leader du Pur, Serigne Moustapha Sy et le président de l’Assemblée nationale, Malick Ndiaye, Secrétaire national à la communication du Pastef. La rencontre s’est tenue, le mardi 18 mars 2025, au domicile de Serigne Moustapha Sy. C’est ce qu’a rapporté le Secrétaire général national du Pur, Cheikh Ahmed Tidiane Youm, sur ses pages sur les réseaux sociaux. En dehors de lui, d’autres membres du Pur dont l’ex député Sokhna Ba, benjamine de la quatorzième législature, ont pris part à la rencontre. Selon le Secrétaire général national du Pur, la visite a été riche en «échanges» et en émotions».
Toujours sur ses pages, le Secrétaire général national du Pur a également posté une photo sur laquelle il s’est affiché, avec un large sourire, aux côtés du Premier ministre Ousmane Sonko, par ailleurs leader du Pastef. En dehors des images qui ont été rendues publiques, rien ne filtre sur la nature des discussions entre les hauts responsables du parti au pouvoir, le Pastef et le Pur. Elle sonne tout de même comme un rapprochement entre les deux entités politiques. En effet, alliés au sein de la coalition Yewwi Askan Wi dont ils ont été avec Taxawu Sénégal de Khalifa Sall les géniteurs, le Pastef et le Pur avaient fini par se séparer. Conformément à la charte de cette coalition d’alors, les deux organisations étaient parties chacune de son côté à la conquête du magistère suprême. Mais, après la présidentielle de mars 2024 qui a vu l’arrivée au pouvoir du Pastef, les retrouvailles ne se sont jamais faites. Pourtant entre les deux formations politiques, ces retrouvailles semblaient une évidence du point de vue de leur entente face au régime de Macky Sall. Mais, ce qui ne devrait être qu’un simple au-revoir a viré au clash. Un climat glacial est perceptible à bien des égards. En effet, après son entrée en service, le Premier ministre s’est rendu dans les foyers religieux et même à Tivaouane à plusieurs reprises sans se rendre au domicile du guide des «Moustarchidines», Serigne Moustapha Sy. Pourtant, lors de ses démêlés avec la Justice, le guide politico-religieux s’était montré fervent défenseur de l’actuel Premier ministre alors dans l’opposition. En conséquence, en 2022, Ousmane Sonko s’était rendu à Tivaouane pour le remercier de son soutien.
Mais, après l’arrivée au pouvoir, le courant entre les deux hommes ne semblait plus passer. Et le leader du Pur l’avait fait savoir à son ancien «allié» qu’il avait accusé, depuis les champs de courses lors du Gamou 2024, de vouloir exercer une forme de chantage ou de pression sur lui. «Il (ndlr, Ousmane Sonko) ne peut pas me faire chanter. S'il est encore en vie, j'y ai joué un grand rôle. Il cherche à m'ignorer mais je l'attends aux prochaines élections législatives. Quand il était plongé dans le coma, c'est moi qui ai appelé le Président Wade afin que Ousmane Sonko et Pape Alé Niang soient pris en charge parce que j'avais l'information que le régime voulait les liquider», s’irritait le guide des Moustarchidines.
C’est pourquoi les rencontres entre les hauts responsables du Pastef et du Pur semblent obéir à un besoin préalable d’aplanir les angles entre les deux hommes avant toute rencontre. Selon nos informations, Ousmane Sonko a tenté à plusieurs reprises de s'asseoir avec Serigne Moustapha Sy pour «dissiper les malentendus». D’ailleurs, le guide religieux avait même révélé, dans sa sortie, qu’il a refusé des rencontres avec des émissaires du Premier ministre. Sous ce rapport, elles ressemblent à des prises de contact avant un éventuel tête-à-tête entre les leaders des deux organisations politiques autrefois alliées contre le régime de Macky Sall. Surtout qu’il faut noter que la rencontre entre le Secrétaire général national du Pastef, Cheikh Ahmed Tidiane Youm et le président du Pastef s’est tenue, lundi 17 mars, avec celle entre Serigne Moustapha Sy et le président de l’Assemblée nationale, Malick Ndiaye, par ailleurs, Secrétaire national à la communication du Pastef. En attendant la suite, ces rencontres sonnent comme les prémices d’un rapprochement entre le Pastef et le Pur.
L’APR SE REORGANISE
Le nouveau Secrétariat exécutif national de 487 membres, annoncé le 17 mars 2025, devient l'état-major d'une opposition qui entend riposter méthodiquement aux "attaques répétitives" du pouvoir Pastef
Le président Macky Sall a pris la décision, le 17 mars 2025, de réorganiser l’Alliance Pour la République (APR).il a ainsi fixé une nouvelle composition du Secrétariat exécutif national (Sen) du parti. Une task-force qui sera en première ligne dans le combat contre le régime Pastef.
Depuis son arrivée au pouvoir, le régime du Président Diomaye n’a accordé aucun répit au pouvoir sortant. Les partisans de Macky Sall sont traqués de partout. Certains sont emprisonnés. D’autres font l’objet d’une interdiction de sortie du territoire. D'où l'urgence de constituer des boucliers et des pare-feu pour riposter aux attaques répétitives du pouvoir actuel dirigé par le duo Sonko-Diomaye. Ce sera également une manière de reconstituer un parti qui commence à s’éclater afin de relever les défis de l’heure.
C’est ce que le Président Macky Sall a bien compris en décidant de réorganiser l’Alliance pour la République (APR).Dans un communiqué parvenu hier à la rédaction, il est indiqué que c’est un acte inaugural porteur d’espoir, au regard de l’approche inclusive, de la cohérence de la démarche et du renforcement de la responsabilité individuelle et collective.
Toujours, selon le communiqué, les options stratégiques du parti marron-beige sont articulées autour d’une représentation territoriale équilibrée, du renforcement de la présence des femmes et du rajeunissement des responsables et membres de cette haute instance de l’Alliance Pour la République (APR).
Sans conteste, note-t-on dans le texte, l’ancrage de cette importante décision politique sur la réalité des terroirs et l’engagement des acteurs, la consolidation des acquis de l’expérience et l’ouverture, la responsabilisation et le renouvellement constituent des lignes de fond d’une intelligence situationnelle très élaborée et d’un véritable courage politique, visant à hisser l’Alliance Pour la République à la hauteur des enjeux et défis de la période.
Ainsi, il appartient au nouveau SEN composé de 487 membres, dans le cadre d’une approche territorialisée (échelon régional) d’engager les dynamiques d’évaluation, d’animation, de remobilisation et de massification afin de poursuivre, dans l’unité et la solidarité, le travail à la base parmi et aux côtés de nos vaillantes populations.
“C’est tous ensemble, forts de nos convictions démocratiques et républicaines, de notre engagement pour le bien commun et du respect de nos traditions gagnantes, que nous devons jouer pleinement notre rôle dans le cours politique actuel, en empruntant avec détermination le chemin de nouvelles conquêtes politiques, au bénéfice exclusif des populations”, a écritle porte-parole national de l’APR dans le communiqué parvenu à la rédaction. Non sans informer qu’il sera mis en place prochainement un Nouveau Conseil National du parti et un Comité permanent.
PLUS DE 1 500 JEUNES DANS LES GEOLES
Le direction générale de la protection judiciaire et sociale a publié hier le rapport national annuel sur la situation de la prise en charge des mineurs.
Le direction générale de la protection judiciaire et sociale a publié hier le rapport national annuel sur la situation de la prise en charge des mineurs. Ledit document révèle que sur les 17 057 cas recensés, 1 560 mineurs sont en conflit avec la loi dont 83% placés sous mandat de dépôt en 2023 dans les procédures de flagrant délit
Le nombre de mineurs en conflit avec la loi prend une proportion inquiétante au Sénégal. D'après le rapport annuel sur la prise en charge des mineurs, plus de 1 500 mineurs ont été présentés au ministère public durant l'année 2023. Dans cet effectif, il y a 1 480 garçons soit 94,9% et 80 filles représentant 5,1%. «Comparé à l'année 2022 où l'effectif de cette catégorie de mineurs était de mille trois cent quarante-cinq (1 345), une augmentation de 215 enfants est notée soit 16% en valeur relative», renseigne le rapport.
S'agissant des procédures de flagrant délit, informe le document, celles-ci sont les plus fréquentes, soit 83,8% dont 78,7% avec mandat de dépôt et 21,3% avec liberté provisoire. «Une procédure qui a augmenté de 95 dossiers par rapport à 2022», indiquent les enquêteurs de la direction de la protection judiciaire et sociale.
Pour les procédures en instruction, ils informent que celles-ci concernent 101 mineurs dont 85 avec mandat de dépôt représentant 5,4% des cas et 16 assortis de la liberté provisoire soit 1%. «Les procureurs ont aussi accordé la liberté provisoire avec remise aux civilement responsables à 99 mineurs représentant 6,3% de l'effectif total. Ils ont également classé sans suite avec admonestation 41 dossiers de mineurs», ajoute le document.
De l’avis de la Directrice de la protection judiciaire et sociale, Aissé Gassama Tall, ces placements sous mandat de dépôt sont dus au manque de centres. «Pour les dossiers qui sont à l'instruction, on a 76% des enfants qui sont placés sous mandat de dépôt. Alors que l'article 576 du Code de procédure pénale dit que le juge d'instruction ne peut placer un enfant en maison d'arrêt que si la mesure est indispensable ou s’il n'y a aucune autre disposition. Donc ça doit être une mesure exceptionnelle», affirme Aissé Gassama Tall sollicitant les autorités à construire plus de centres d’accueil. Elle renseigne, toutefois, que l’Etat ne dispose que de 12 centres sur l’ensemble du territoire national. «Nous avons quatre centres de sauvegarde. Nous avons quatre centres de premier accueil, trois centres polyvalents et un centre d'adaptation sociale qui, en 2023, ont pris en charge 5 297 enfants dans des sections scolaires et dans des filières d’initiation et d’apprentissage professionnel», affirme Mme Tall.
A l’en croire, malgré ces difficultés, les mineurs arrivent à avoir des résultats satisfaisants. «On a obtenu un taux de 48% de réussite et pour le certificat d'aptitude professionnelle à 76 % et le certificat de spécialité, on a 100% avec 9 enfants qui ont été présentés et tous les 9 enfants ont réussi aux examens», ajoute-t-elle.
11 297 ENFANTS PRIS EN CHARGE PAR AEMO EN 2023
En plus des centres d’accueil, elle informe que les services AEMO ont pris en charge 11 297 enfants en 2023. «Il s’agit d’enfants qui sont accompagnés sur le plan psychosocial, sanitaire, économique et de l’éducation. Donc, si on totalise tous ces enfants qui ont été pris en charge aussi bien par les centres que par les services AEMO, nous sommes à 11 057 enfants qui ont été pris en charge aussi bien sur le plan scolaire avec l’enseignement général, mais également sur le plan professionnel avec des offres de services dans des filières comme la mécanique, la menuiserie bois, la menuiserie métallique, la menuiserie aluminium, etc.», affirme Aissé Gassama Tall. Et d’ajouter : «Les zones urbaines sont beaucoup plus affectées par la vulnérabilité que les zones rurales avec Dakar qui totalise 33% de la prise en charge».
SIX MOIS DONT TROIS MOIS FERMES REQUIS CONTRE L'ACTIVISTE ARDO
L’activiste Ardo Gningue a comparu ce mercredi 19 mars 2025 devant le tribunal des flagrants délits de Dakar pour des propos jugés contraires aux bonnes mœurs. Lors de l’audience, le parquet a requis une peine de six mois, dont trois mois fermes
L’activiste Ardo Gningue a comparu ce mercredi 19 mars 2025 devant le tribunal des flagrants délits de Dakar pour des propos jugés contraires aux bonnes mœurs. Lors de l’audience, le parquet a requis une peine de six mois, dont trois mois fermes, contre le prévenu, qui a exprimé des regrets et présenté ses excuses devant la juridiction.
Après les réquisitions du procureur et la plaidoirie de la défense, le tribunal a mis le dossier en délibéré. Le jugement sera rendu le mercredi 26 mars 2025, une date cruciale pour le jeune activiste, dont le sort judiciaire reste suspendu à la décision des magistrats.