La littérature sur la vie et l’œuvre du professeur Cheikh Anta Diop s’est enrichie d’un nouveau numéro spécial du magazine trimestriel ‘’L’Ecrivain’’. Publié dans les éditions ‘’le nègre international’’, ce 2 numéro hors-série, lancé hier au Centre de recherche ouest-africain (Warc), est entièrement consacré au parrain de l’Ucad.
‘’C’est quand on meurt qu’on convainc tout le monde’’, a écrit Max Planck. Quoi qu’il en soit, pour l’administrateur général du magazine littéraire ‘’L’Ecrivain’’, Elie-Charles Moreau, une chose est certaine : Cheikh Anta est entré en immortalité bien avant de tirer sa révérence.
La parution de ce deuxième numéro hors-série après une première consacrée à Aimé Césaire coïncidant avec le 30ème anniversaire de la disparition de ce grand homme, il était tout à fait normal et légitime, à ses yeux, de consacrer un numéro spécial à celui qui a réhabilité l’Homme noir.
Pour sa part, le Directeur de l’éditorial, Saer Ndiaye, a renseigné que les prochains numéros aborderont beaucoup de thèmes et la vie d’autres personnalités marquantes de la littérature. Le magazine, poursuit-il, sera également ouvert à toutes les maisons d’édition ainsi qu’à tous les écrivains et hommes de culture qui pourront, éventuellement, participer à mettre du contenu et même à la fabrication de la publication.
Quant à son organisation, le journal sera subdivisé en de nouvelles rubriques. La première d’entre elles s’appellera ‘’dossier’’ et va porter sur un thème d’actualité ou non.
La deuxième rubrique dénommée ‘’décryptage’’, sera consacrée à la critique des œuvres littéraires à travers la confrontation des notes de lecture. ‘’L’actualité’’ est le nom de la 3èmerubrique qui va s’intéresser aux nouvelles productions littéraires mises sur le marché et à l’étude de thèmes pertinents présentés lors des lancements de ces ouvrages. Intitulée ‘’littera-libre’’, cette dernière rubrique est une page ouverte à tout le monde pour des contributions.
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L'HÉRITAGE NOIR DE L'AMÉRIQUE
Enfin, un grand musée afro-américain ! Comprendre le passé pour comprendre le présent et construire le futur - Barack Obama : "L'esprit humain peut transformer même les pires circonstances en quelque chose de magnifique et puissant"
(AFP) - Le président Barack Obama a inauguré samedi le musée national de l'histoire et de la culture afro-américaine à Washington, espérant que ce projet historique enfin finalisé aide les Américains à "se parler et s'écouter".
"Le musée de l'histoire afro-américaine n'est pas séparé de l'histoire plus large de l'histoire américaine, ce n'est pas le côté caché de l'histoire américaine, c'est central à l'histoire américaine", a-t-il déclaré.
"Une vue claire de l'histoire peut nous mettre mal à l'aise (...) Mais c'est précisément de ce malaise que nous pouvons apprendre et grandir (...) C'est l'histoire américaine et c'est l'histoire de ce musée", a ajouté le premier président noir de l'histoire américaine, face à des milliers de personnes réunies pour l'occasion devant le musée sur le Mall à Washington, cette immense coulée verte près de la Maison Blanche, qui se termine par le Congrès.
Le musée, imposant bloc moderne paré de bronze, est consacré à l'histoire et l'émancipation des Noirs -esclavage, ségrégation, lutte pour les droits civiques- mais aussi à la culture et à la société. Il contient quelque 34.000 objets.
"Ce musée", a insisté M. Obama, "procure un contexte pour les débats de notre époque. Il les éclaire, et donne une idée de comment ils ont évolué. Et peut-être en donne la proportion. Il peut, peut-être, aider un visiteur blanc à comprendre la souffrance et la colère de manifestants, dans des endroits tels que Ferguson et Charlotte", a-t-il ajouté, référence à deux villes où des émeutes avaient éclaté après la mort d'un Noir tué par la police: en août 2014 à Ferguson, et ces derniers jours à Charlotte.
"Ce musée peut nous aider à nous parler. Et plus important, à nous écouter et encore plus important à nous voir", a insisté M. Obama.
L'ancien président Bush, qui avait ratifié le projet du musée en 2003, après des années de batailles politiciennes, était également présent à cette inauguration avec son épouse Laura, et a salué un musée "fabuleux".
L'inauguration du musée de 37.000 m2, intervient dans le contexte de nouvelles tensions raciales, après le meurtre de deux Noirs par la police, l'un à Charlotte (Caroline du Nord) et l'autre à Tulsa (Oklahoma) ces derniers jours.
La joie des participants à l'inauguration était visible: avant les discours, certains chantaient et dansaient.
Les œuvres de Cheikh Anta Diop introduites dans les programmes scolaires
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LE DÉSASTRE DES GOUVERNANCES
EXCLUSIF SENEPLUS - Selon Cheikh Tidiane Gadio, l'Afrique a un sérieux problème de leadership - Il parle avec Momar Seyni Ndiaye, Babacar Gueye et Momar Diongue de l'instabilité politique - SANS DÉTOUR (Partie 4/5)
Gadio donne son avis sur le mandat présidentiel unique répondant ainsi aux questions sur l'instabilité politique en Afrique.
L'ancien ministre parle également de la paix qui est si malmenée en Afrique et rappelle la célèbre citation de Cheikh Anta Diop : "La sécurité précède le développement"
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D'UNE PRAIRIE À L'AUTRE
Djibo Kâ ne récuse plus Abdoulaye Daouda Diallo pour l'organisation des élections
Le secrétaire général de l’Urd ne récuse plus le ministre de l’Intérieur. Djibo Kâ dit avoir «reconsidéré» sa position, même si c’est «gênant» d’organiser les élections et d’être en même temps militant d’un parti politique.
Hier, il récusait Abdoulaye Daouda Diallo pour sa double casquette de militant de l’Apr, parti au pouvoir. Aujourd’hui, il l’appuie «fortement dans sa tâche difficile de concilier les inconciliables». «J’ai demandé son départ quand j’étais dans l’opposition d’ailleurs, mais maintenant que je l’ai connu mieux, j’ai reconsidéré ma position de principe», dixit Djibo Leyti Kâ. En conférence de presse samedi à son domicile, le leader de l’Union pour le renouveau démocratique (Urd) estime, en revanche, que «l’opposition est dans son rôle».
Il rappelle : «Il y a quelques années, le pouvoir actuel, alors dans l’opposition, avait la même démarche. Wade l’avait entendue en créant le ministère chargé des élections qu’il avait confié à Cheikh Guèye. Abdoulaye Daouda Diallo est un militant de parti, comme Ousmane Ngom l’a été.
Moi j’ai été militant d’un parti, mais pas ministre de l’Intérieur en même temps.» Mais Djibo Kâ admet que «c’est gênant d’être ministre de l’Intérieur chargé des élections et militant de parti politique». Ce qui, à ses yeux, «n’est pas incompatible» pour autant car, ajoute-t-il, «chacun a son caractère et ses méthodes».
«Abdoulaye Daouda Diallo doit être un peu en retrait»
Cependant, le nouvel allié de Macky Sall conseille à son «ami» Abdoulaye Daouda Diallo d’être «un peu en retrait». «La prochaine fois, qu’il organise les élections de façon impeccable sur le plan matériel, mais qu’il ne plonge pas trop dans la mare de la politique politicienne», lui recommande-t-il.
Pour lui, en tant que «militant et membre fondateur de l’Apr, c’est difficile» pour Abdoulaye Daouda Diallo de prendre du recul. Toutefois, souligne-t-il, «j’ai confiance à sa capacité de discernement et à son esprit républicain, mais aussi aux acteurs politiques». Djibo Kâ a indiqué que son «plus grand regret, c’est le fait que des Sénégalais n’ont pas pu voter pour des raisons techniques».
Tirs sur l’opposition : «L’époque des taux soviétiques est révolue»
Le leader de l’Urd qualifie l’attitude de ces ex-compagnons de l’opposition qui accusent le pouvoir d’«achats de conscience» de «pas juste, inélégante, antidémocratique». Pour lui, «il n’y a aucune preuve formelle qui établit que telle personne à voter à cause de telle chose».
Il appelle le courant du Non qui a décidé de saisir les bailleurs de fonds à «se battre de façon normale et républicaine». «Ce n’est pas la peine d’aller vilipender son pays auprès du Fmi qui n’a aucun rôle sur cette question-là ni la Banque mondiale», dit-il.
Il trouve également le taux de participation de 38,26% «parfaitement compréhensible» parce que l’époque des «taux pharaoniques, des taux soviétiques» est révolue
MARIE LOUISE DIOP EST MORTE
Décès à Paris de la veuve du savant et égyptologue Cheikh Anta Diop
Dakar, 4 mars 2016 (AFP) - La veuve du savant et égyptologue sénégalais Cheikh Anta Diop, Marie Louise Diop, auteure d'ouvrages sur la population en Afrique et soutien de son mari dans son combat pour réhabiliter les civilisations noires, est décédée vendredi à Paris, a appris l'AFP auprès de sa famille.
Marie Louise Diop, une Française née Maes, docteur d'Etat en géographie humaine, "est décédée (vendredi) au petit matin à Paris à 90 ans, à la suite d'une longue maladie. Elle sera inhumée à Thieytou", village natal de son mari dans le centre du Sénégal, a affirmé un de ses enfants joint par téléphone.
La date de l'inhumation à Thieytou, où repose le professeur Cheikh Anta Diop, n'a pas été précisée. Le couple Diop a eu quatre garçons.
Mme Diop avait rencontré Cheikh Anta Diop quand celui-ci faisait des études en France pendant la période coloniale, à la Sorbonne (Paris), selon leur entourage.
Elle est l'auteure d'une vingtaine de publications, principalement consacrées à l'évolution de la population, de l'économie et de la société de l'Afrique noire, selon le site de la maison d'édition Présence Africaine, basée à Paris, qui publiait les ouvrages du couple.
Dans un de ses livres sur la population de l'Afrique pré-coloniale, Mme Diop affirmait notamment que contrairement aux idées reçues, le continent, depuis la préhistoire jusqu'au 16e siècle, n'était pas sous-peuplé par rapport à d'autres parties du monde comme l'Europe.
Elle disparaît alors que diverses manifestations sont organisées cette année pour marquer le 30e anniversaire du décès de Cheikh Anta Diop (1926-1986) dont l'oeuvre a contribué à réhabiliter les civilisations nègres.
Le professeur Diop, qui appelait à la création d'un Etat fédéral d'Afrique noire, fut par ailleurs un opposant au premier président du Sénégal Léopold Sédar Senghor (1960-1980) mais aussi à son successeur Abdou Diouf (1981-2000).
Selon ses thèses, les Noirs ont joué un rôle prépondérant dans la naissance de la civilisation de l'Egypte pharaonique, durant l'Antiquité, et plusieurs civilisations - grecque notamment - ont été influencées par les Egyptiens dans les domaines des sciences notamment.
Ces thèses sur une Egypte nègre et ses liens avec l'Afrique noire sont contestées par plusieurs égyptologues, dont des français.
La bibliographie du professeur Diop comprend aussi des ouvrages sur l'histoire de l'Afrique, les langues et les sociétés africaines, la physique, la politique et l'économie.
PAR L'ÉDITORIALISTE DE SENEPLUS, ALYMANA BATHILY
LE SAVANT ET LE POLITIQUE
Le programme de développement du Sénégal et de l’Afrique de Cheikh Anta Diop est encore d’une brulante actualité. Pourtant trente années après sa mort son impact politique est presque inexistant
Alymana Bathily, Éditorialiste de SenePlus |
Publication 20/02/2016
Il y a deux Cheikh Anta Diop. L’un, le Savant, aura finalement connu la consécration de son vivant. L’autre, le Politique, ne s’est pas imposé de son vivant. Ni même aujourd’hui, 30 ans après sa mort.
Le Savant d’abord. Le Festival mondial des Arts Nègres l’avait déjà salué comme «l’auteur africain qui a exercé le plus d’influence sur le 20e siècle» et le professeur Djibril Samb a dit de son œuvre qu’elle est, «au sens propre du terme, encyclopédique c’est-à-dire qu’elle s’étend à toutes les régions du Savoir».
Les «thèses fondamentales» du Savant, pour parler comme Djibril Samb, sont essentiellement celles-ci : «l’antériorité des civilisations nègres», «l’Égypte comme une civilisation nègre» et «l’unité culturelle de l’Afrique». Il exposera ces thèses dans trois ouvrages majeurs : Nations négres et culture (1955), dont Aimé Césaire dira dans son Discours sur le colonialisme qu’il s’agit du «livre le plus audacieux qu'un nègre ait jamais écrit et qui comptera à n’en pas douter dans le réveil de l’Afrique», Antériorité des Civilisations Négres : mythe ou réalité (1967) et Civilisation ou Barbarie (1981).
Il les démontrera par une méthodologie mettant en œuvre en même temps plusieurs disciplines : l’histoire, l’archéologie, l’égyptologie, la sociologie, la linguistique et les sciences exactes et les défendra pendant les trente ans que dura sa carrière scientifique avec d’innombrables articles et communications et à travers de nombreuses conférences, colloques et cours magistraux.
Son écriture sans fioritures, alliant la précision et la rigueur du scientifique à la passion et au sens du détail de l’enseignant, son style à la fois polémiste et didactique, son éloquence de tribun et son sens de la répartie non dénué d’humour auront finalement raison de ses nombreux détracteurs, détracteurs objectifs mais incapables d’appréhender la prodigieuse «rupture épistémologique» qu’il opérait et détracteurs idéologiques qui sentaient «la terre se dérober sous leurs pieds».
Le Festival des arts nègres de Dakar, en 1966, sous l’égide d’Alioune Diop et d’Aimé Césaire, reconnaitra en lui «l’auteur africain qui a exercé le plus d’influence sur le 20e siècle».
L’UNESCO organisera à sa demande un colloque international qui réunira les plus éminents égyptologues du monde au Caire du 28 janvier au 3 février 1974 et aboutira en fait à la reconnaissance officielle de ses thèses.
L’UNESCO lui confiera de ce fait la rédaction du chapitre I de L’Histoire Générale de l’Afrique intitulé «L’origine des anciens Égyptiens».
Civilisation ou Barbarie qui reprend toutes ses thèses sur les fondements de la civilisation africaine, sur l’origine africaine de l’humanité, sur l’évolution des sociétés africaines, sur l’apport scientifique de l’Afrique à l’humanité et appelle à l’édification d’un véritable humanisme à l’échelle du monde marque le couronnement et le triomphe de son œuvre.
À partir de ce moment, Cheikh Anta Diop-le Savant avait triomphé, il s’était imposé dans le monde des idées et de la recherche scientifique.
D’ailleurs ses disciples dans les nombreuses disciplines qu’il a fécondés sont légion, pas seulement à l’Université de Dakar, qui porte maintenant son nom, avec les Professeurs Babacar Diop, Aboubacry Moussa Lam, notamment. Ils sont aussi au Congo avec Théophile Obenga, au Cameroun avec l'égyptologue Dou Kaya, les professeurs Kange Ewane et Oum Ndigi de l'Université de Yaoundé, au Niger, en Afrique du Sud, bref dans toute l’Afrique.
Aux États-Unis ses travaux ont suscité dès les années 1980 un nouveau courant de pensée et de recherche dit «Afro centrique» au sein des départements des «Black Studies». Ce courant animé notamment par Asante Molefi Kete s’est révélé extrêmement fécond et s’est propagé dans les Caraïbes (West Indies) et en Amérique Latine.
Mais Cheikh Anta fut autant un militant politique qu’un chercheur, un Savant. La recherche scientifique n’a jamais été pour lui la quête d’une reconnaissance académique ni une fin en soi, mais plutôt la fondation de l’action politique.
Il s’agit, dira-t-il, de «dégager les bases théoriques d’un dépassement de nos sociétés à castes, dépassement qui ne sera irréversible que s’il est fondé sur la connaissance du pourquoi des choses. N’est-ce pas cela, la révolution sociale, ou en tout cas un de ses aspects les plus importants dans nos pays ?»
Aussi militera-t-il activement dès les années 1950 pour l’indépendance et l’unité de l’Afrique. Au sein de l’association des étudiants du Rassemblement démocratique africain (RDA) dont il fut secrétaire général de 1950 à 1953 il milite contre «l’Union française» que la France proposait alors à l’intelligentsia pour empêcher l’indépendance de ses colonies.
Rentré au Sénégal en 1960, il met sur pied, un an plus tard, un parti d’opposition au régime du Président Léopold Senghor, le Bloc des masses sénégalaises (BMS). Il est arrêté en 1962 et détenu pendant un mois à la prison de Diourbel dans des conditions extrêmes qu’il rappellera souvent : «À 41 degré ; un demi degré de plus et mes neurones grillaient !» Le BMS est déclaré dissous dès 1963. Il le ressucite et enrôle des «Diaistes» (partisans du Président Mamadou Dia, destitué par Senghor, purgeant alors une peine de prison à perpétuité).
Le BMS n’est pas reconnu. Mais face à sa popularité, Senghor lui propose de se fondre dans son parti, moyennant 4 postes ministériels et ¼ des sièges de l’Assemblée nationale. Cheikh Anta Diop refuse le «deal» proposant plutôt une alliance des deux partis sur la base d’un programme de gouvernement à négocier. Son parti est interdit.
Il attendra 1976 pour créer un autre parti, le Rassemblement national démocratique (RND) qui regroupe sa propre mouvance de «nationalistes panafricanistes», des anciens dirigeants communistes de la mouvance du Parti Africain de l’Indépendance (P.A.I), des syndicalistes et des jeunes, étudiants et activistes de gauche.
Non conforme aux «3 courants de pensée» (socialiste, communiste et conservateur) définis par une loi qui venait d’être adoptée par le gouvernement Senghor, le RND ne sera reconnu qu’en 1981 à l’avènement du Président Abdou Diouf.
Auparavant le parti de Cheikh Anta Diop aura lutté pied à pied contre le régime du parti unique (notamment en diffusant aux plans national et international une pétition des cadres et intellectuels pour le multipartisme intégral), pour la liberté d’expression et le pluralisme de l’information (en publiant un journal Siggi puis Taxaw), pour les libertés syndicales (en favorisant la mise sur pied du premier syndicat des paysans et éleveurs et du Syndicat unique des enseignants du Sénégal, SUDES).
Le RND reprendra les différentes conclusions des thèses du Savant et formulera un programme de développement économique et social destiné à l’Afrique et au Sénégal. Point central de ce programme : la constitution d’un État fédéral africain car «seul un État fédéral continental ou subcontinental offre un espace politique et économique, en sécurité, suffisamment stabilisé pour qu’une formule rationnelle de développement économique de nos pays aux potentialités diverses puisse être mise en œuvre».
Autre point : la sécurité car elle «précède le développement… Un continent qui ne peut pas assurer sa propre sécurité militaire (...) n’est pas indépendant et ne peut pas se développer…».
Ce programme mettait en avant la nécessité d’utiliser les langues nationales : «Le développement dans une langue étrangère est impossible à moins que le processus d’acculturation ne soit achevé…, la démocratie dans une langue étrangère est un leurre…».
Il comprenait également tout un volet sur une politique énergétique recommandant «une forme de pluralisme énergétique associant harmonieusement les sources d’énergies : énergie hydroélectriques (barrages), énergie solaire, énergie nucléaire, hydrocarbures (pétrole), énergie thermonucléaire, hydrogène».
Pour le Sénégal en particulier, le programme de développement de Cheikh Anta Diop et du RND préconisait : «Si la phase transitoire vers une fédération africaine viable doit durer, il faudra qu’un petit État comme le Sénégal, sans verser dans l’élitisme, dispose coûte que coûte, d’un nombre suffisant de cadres techniques et scientifiques de niveau international possédant le savoir scientifique indispensable… Une société technicienne peut transformer le désert en oasis.»
Le Sénégal devait dans ce cas procéder à trois réformes fondamentales «liées» : «L’introduction des langues nationales dans l’enseignement, l’introduction des langues nationales au Parlement, dans l’appareil judiciaire et dans l’administration, les réformes de l’enseignement visant à atteindre le seuil de sécurité requis dans la formation de cadres moyens et de très haut niveau.»
On le voit le programme politique et de développement du Sénégal et de l’Afrique de Cheikh Anta et du RND, conçu dans les années 1970 à 1980, est encore d’une brulante actualité. Pourtant trente années après sa mort l’impact politique de Cheikh Anta Diop est presque inexistant. Le RND a éclaté en trois partis se réclamant chacun de lui. Et représentant à peine 1% de l’électorat. Beaucoup de ses compagnons se retrouvent désormais au sein du parti au pouvoir ou dans celui du Président Abdoulaye Wade.
Comment expliquer cet état de fait ? Cheikh Anta Diop et le RND ont-ils eu tort d’avoir eu raison trop tôt ? Ce pays est-il si profondément traditionaliste qu’il refuse le développement pour ne pas changer ?
Cheikh Anta Diop aurait peut être avancé cette explication qu’il avait donnée en 1979 à propos de la situation générale de l’Afrique : «C’est parce que des intellectuels et des cadres africains ont abdiqué leur responsabilité, ont préféré ronger des os, au lieu de s’occuper de l’essentiel, c’est-à-dire de la sauvegarde des droits imprescriptibles du citoyen, pensant que cela présentait moins de risque.»
Dans tous les cas le Politique tout comme le Savant aura laissé un legs inestimable qui, s’il est mis en œuvre, contribuera au développement du Sénégal et de l’Afrique.
Lorsque la science est dépolitisée, lorsque la quête du savoir ne tient plus compte des rapports de domination, elle devient alors une simple série d’opérations justes en soi, mais fausses dans l’application
Il existe peu de grands hommes qui sont entrés dans l’histoire par la porte du savoir. Seex Anta Joob est de ceux qui ont réussi la gageure de faire l’histoire et d’écrire l’histoire en même temps.
Seex Anta Joob est un penseur ; non pas un penseur de parti, mais un penseur tout court. S’il y a un quelconque parti-pris chez ce grand Africain, c’est le parti-pris de la science. Les vérités et découvertes de Cheikh Anta sont les vérités de la science, les limites de Seex Anta Joob sont les limites de la science. La science n’est science que parce qu’elle est faillible. Le faillibilisme est consubstantiel à la science.
Seex Anta a repoussé les limites de son savoir dont la charge scientifique redonna sa dignité à l’homme noir. Seex Anta est un penseur d’époque, mais un penseur universel. Seex Anta est un grand homme puisque seuls les grands peuvent provoquer la légende. Il y a tellement d’anecdotes légendaires à propos de cet homme qui a été frappé d’ostracisme politique durant toute sa vie. Chercheur à l’Ifan, Seex Anta Joob a été marginalisé jusque dans l’université qui porte aujourd’hui son nom. Beaucoup parmi ceux qui, aujourd’hui, prennent les devants pour le magnifier, n’osaient pas s’approcher de lui ou lever le petit doigt pour le défendre. Aujourd’hui, c’est l’histoire elle-même qui prend sa revanche.
Seex Anta n’est pas seulement l’intellectuel noir le plus vénéré, mais il est aujourd’hui omniprésent dans les études postcoloniales, aux cotés de Franz Fanon. Les principales attaques contre l’afro-centrisme et les études postcoloniales, venant surtout de certains milieux intellectuels français, sont indirectement adressées contre les thèses de Cheikh Anta Diop soi-disant parce qu’elles présentent des limites et des erreurs.
Y a-t-il une seule thèse scientifique au monde qui ne présente pas de failles ? Mais il reste un fait indéniable, la posture intellectuelle et politique de Seex Anta à un moment précis de l’histoire du monde (l’époque coloniale), est une contribution unique en Afrique. Et cela personne ne pourra le lui enlever. Que valent les «vérités» scientifiques si elles ne contribuent pas à désaliéner l’homme ? Beaucoup d’hommes de science ont été incapables de faire l’histoire. Seex Anta l’a fait et de fort belle manière.
Le grand Seex Anta Joob a pensé de façon violente, il a pensé haut et fort, par la tête et par les tripes. Ce type de penseur n’existe presque plus en cette époque où beaucoup d’universitaires versent dans la pensée molle. Ils sont presque «émasculés» par l’idéologie de la pseudo-neutralité de la science. Lorsque la science est dépolitisée, lorsque la quête du savoir ne tient plus compte des rapports de domination, elle devient alors une simple série d’opérations justes en soi, mais fausses dans l’application.
Le philosophe camerounais Jean Godefroi Bidima a raison de dire qu’il manque aux philosophes africains «la violence libératrice et honnête, celle qui s’exerce au-dedans de soi, même quand on a mis de côté les fictions qui nous protègent comme les corporations, la bourse, la banque, la peur, le salaire, le confort, la réputation et les honneurs». En s’engageant, Seex Anta avait conscience qu’il était en train de jouer sa peau.
Né en 1923 dans le village de Céytu près de Bambey au Sénégal, Cheikh Anta Diop est un grand historien, un anthropologue redoutable, un savant aux connaissances encyclopédiques allant de la Physique nucléaire, la Chimie à la linguistique. Il a mobilisé de façon pharaonique tout ce grand savoir, cette immense culture au service de sa thèse fondamentale : L’antériorité des civilisations nègres. Si la thèse de l’antériorité nègre est inutile, à quoi sert la thèse de la supériorité blanche qui est présente partout, diffuse jusque dans le cinéma, la musique et le sport ?
Quoi qu’on en pense aujourd’hui, Seex Anta a fait œuvre de pionnier, avec des difficultés inimaginables. Sa première thèse, dirigée par Marcel Griaule, a été rejetée faute de jury. La thèse sera publiée sous le titre de «Nations nègres et culture» en 1954, un événement historique, «le livre le plus audacieux qu’un Nègre ait jusqu’ici écrit et qui comptera à n’en pas douter dans le réveil de l’Afrique», selon Aimé Césaire. Il y a peu de thèses universitaires qui aient eu un écho populaire. «Nations nègres et culture» est le dernier véritable événement éditorial de notre espace universitaire, c’était en 1954.
Il a créé au sein de l’université de Dakar le premier laboratoire africain de datation des fossiles archéologiques au radiocarbone. Seex Anta Joob est sans nul doute le plus illustre des Egyptologues. Chef de file du courant nationaliste au Sénégal, il est l’un des quatre grands penseurs politiques sénégalais. Le Rnd, parti politique qu’il a créé en 1976, est à l’origine de beaucoup de formations politiques. Sa confrontation politique et intellectuelle avec Senghor ne doit pas être minimisée. Elle révèle quelque chose de profond dans notre histoire politique et sociale : il existe au Sénégal un courant national et un autre dont le nom reste à désigner, et qui est plus tolérante avec les intérêts étrangers.
Seex Anta Joob est peut être l’auteur africain le plus influent du 20ème siècle. Il compte aujourd’hui de nombreux disciples. Après avoir mené une vie militante d’une richesse incommensurable, Seex Anta est parti dans son sommeil le 7 février 1986 à Dakar, laissant une communauté scientifique orpheline et une Afrique sevrée de la marche de ce grand empereur de la pensée.
HOMMAGE À CHEIKH ANTA
Communiqué du conseil des ministres du 10 février 2016
COMMUNIQUE DU CONSEIL DES MINISTRES DU 10 FEVRIER 2016
Le Président Macky SALL a réuni le Conseil des Ministres, ce mercredi 10 février 2016, à 10 heures, au Palais de la République.
A l’entame de sa communication, le Chef de l’Etat saisit l’occasion de la commémoration du trentième anniversaire de sa disparition, pour rendre, au nom de la nation, un vibrant hommage au Professeur Cheikh Anta DIOP, un savant d’exception qui a fortement contribué au rayonnement scientifique, politique et culturel du Sénégal, de l’Afrique et du monde noir.
A ce titre, le Président de la République demande au Gouvernement, en particulier aux Ministres chargés des Infrastructures, de l’Enseignement supérieur, de l’Education et de la Culture, de promouvoir auprès des jeunes et des étudiants notamment, les œuvres, enseignements et recherches de cet illustre fils du Sénégal, et d’engager, dans les meilleurs délais, la réalisation d’un projet de valorisation du village de Thieytou, qui devra intégrer l’édification d’un centre de documentation et d’exposition sur sa vie et son legs.
Abordant la consolidation du rôle et la place centrale de la diaspora dans le Sénégal émergent, le Chef de l’Etat rappelle au gouvernement l’attention particulière qu’il accorde à la forte implication des sénégalais de l’extérieur dans la mise en œuvre du Plan Sénégal Emergent (PSE) et lui indique l’impératif de dérouler un programme spécial de mobilisation de toutes les compétences nationales, en formation ou en activité à l’étranger, en vue de renforcer et de valoriser le capital humain national.
Dès lors, le Président de la République invite le gouvernement à déployer des projets novateurs visant l’optimisation de l’impact socio-économique des transferts financiers des Sénégalais de l’extérieur, et à procéder à l’évaluation des dispositifs du Fonds d’Appui à l’Investissement des Sénégalais de l’Extérieur (FAISE).
Poursuivant sa communication autour du Programme de Renouvellement des Gros porteurs, dont il a procédé au lancement, le 06 février 2016, avec la mise à disposition prioritaire de 73 camions de la phase pilote qui concerne 1600 véhicules sur la période 2016 – 2017, le Président de la République exhorte le Gouvernement à consolider la dynamique de modernisation globale du sous-secteur des transports routiers. Dans cette perspective, le Chef de l’Etat invite le Gouvernement à mettre en œuvre, dans les meilleures conditions requises, ce programme stratégique.
Le Président de la République a clos sa communication sur son agenda diplomatique, le suivi de la coopération et des partenariats, en revenant sur le déjeuner de travail, le 5 février 2016, avec le Président Recep Tayyip ERDOGAN, qui a permis de faire un large tour d’horizon de la coopération bilatérale avec la Turquie et de signer des accords de partenariat bénéfiques pour notre pays.
Il a également informé le Conseil de sa désignation, par l’Union Africaine, pour faire partie d’une délégation de haut niveau composée de 5 Chefs d’Etat, devant se rendre au Burundi pour des consultations, et de sa participation, sur invitation du Secrétaire général des Nations Unies et du Président du Groupe de la Banque mondiale, au Groupe de haut niveau sur l’Eau, composé de 13 personnalités, dont la mission est de mobiliser la communauté internationale en vue de la réalisation de l’Objectif 6 du programme de développement durable à l’horizon 2030, lié à l’eau et à l’assainissement.
Enfin, le Chef de l’Etat a adressé ses félicitations au Ministre de l’Education nationale pour sa récente tournée dans la région de Ziguinchor. Il a invité le Gouvernement à veiller à la présence des services de l’Etat et à la mise en place d’infrastructures sociales de base sur l’étendue du territoire national, en particulier dans les localités frontalières, en vue satisfaire les besoins légitimes des populations.
Le Premier Ministre a axé sa communication sur les enjeux et défis de la stratégie nationale de la promotion des exportations, avant de rendre compte de la coordination de l’activité gouvernementale.
Le Ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur a fait le point de la situation africaine, internationale et du travail accompli par la représentation sénégalaise au Conseil de Sécurité de l’ONU.
Le Ministre de l’Economie, des Finances et du Plan a fait le point de la conjoncture économique nationale et internationale.
Le Ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural a fait le point du suivi de la campagne de commercialisation agricole.
Le Ministre du Travail, du Dialogue social, des Organisations professionnelles et des Relations avec les Institutions a rendu compte des préparatifs de la deuxième conférence sociale prévue en avril 2016 et qui portera sur le thème « La Réforme des retraites au Sénégal, vers des régimes viables et inclusifs ».
Le Ministre auprès du Président de la République en charge du Suivi du Plan Sénégal Emergent a rendu compte de l’état d’avancement des différents projets et réformes.
PAR EL HADJI AMADOU LAMINE SAKHO DIT KÉBA
CES ILLUSTRES INCONNUS
El Hadji Amadou Lamine Sakho dit Kéba |
Publication 08/10/2015
Le 28 septembre 1948, vers 10 heures du matin, arrivent à l'hôpital Principal de Dakar un homme de petite taille et un autre de taille moyenne. A leur descente de voiture, ils montent à l'étage du service des opérés récents et entrent dans la chambre numéro 4.
Sur le lit, se trouve allongé un grand corps sous le plâtre de la tête aux pieds. Ce corps n'est autre que celui du Président Ibrahima Seydou Ndaw, victime d'un grave accident de la circulation, au chevet de qui viennent se rendre ses deux amis que sont les Présidents Léopold Sédar Senghor et Léon Boissier Palun.
Cette visite avait un double objectif : s'enquérir des nouvelles de l'ami malade et l'informer de la prise de décisions d'importance concernant Senghor. D'abord et en premier lieu l'informer de sa démission de la SFIO, ensuite celles de ne pas se représenter aux prochaines élections des députés, de se retirer définitivement de la scène politique sénégalaise et enfin de rentrer en France pour y continuer sa carrière d'enseignant.
Après l'avoir écouté attentivement, le Président Ibrahima Seydou Ndaw a aussitôt réagi de la façon la plus ferme en lui faisant comprendre qu'il n'entendait pas renoncer au combat qu'ensemble ils avaient décidé de mener contre la politique du Président Lamine Gueye.
Le président Boissier acquiesçait de la tête et le Président Ibrahima Seydou Ndaw de demander à Senghor de reconsidérer sa position et de s'engager dans une logique d'une autre nature : celle de la création d'un parti d'opposition.
Mais Senghor, qui voyait le Président Lamine Gueye inattaquable et imbattable en raison de ses nombreux soutiens auprès des autorités et de l'administration coloniale de l'époque, en plus des quatre (4) communes, entendait persister, affirmant que sa position était irréversible. Il estimait que, face à la puissance de Lamine Gueye, il serait suicidaire de l'affronter compte tenu surtout de la précarité de l'état de santé du Président Ndaw.
Boissier ayant adhéré totalement à l'idée de la création d'un parti d'opposition, le Président Ndaw et lui se sont employé à convaincre Senghor. Ce qui n'à point été facile car il leur aura fallu plusieurs tours d'horloge pour aboutir à un accord.
C'est ainsi que le Président Ibrahima Seydou Ndaw a donné le nom du parti et demandé l'impression dans un premier temps de trois mille cartes de membre. Senghor, toujours sceptique, estimait le nombre de cartes excessif. Le Président Ndaw lui avait répondu par un silence plat et un long regard qu'il eut du mal à contenir.
Aujourd'hui, 25 septembre 2015, après 67 ans d'histoire, le Parti Socialiste (PS) demeure toujours populaire et performant. Un véritable challenge au Sénégal. C'est pourquoi nous voudrions profiter de cette occasion pour rendre grâce à Dieu et rendre une fois de plus à son Père fondateur, le Président Ibrahima Seydou Ndaw, et à ses illustres compagnons, un vibrant hommage tout en revisitant leur passé glorieux.
Devant sa Majesté, le Roi Mohamed VI , le chef de l'Etat, le Président Macky Sall et de nombreux dignitaires religieux, politiques et coutumiers, nous avons assisté à un hommage au goût d'inachevé ; car évoquer l'inauguration de la Grande Mosquée de Dakar par le Président Senghor, en présence du défunt Roi du Maroc, sans rappeler que le Président Mamadou Dia a été à la base de sa construction, relève d'une omission ou d'une erreur grave qui mérite d'être rectifiée à plus d'un titre.
D'aucuns y voient une volonté délibérée d'escamoter la vérité et de porter ainsi préjudice à l'historicité des faits. Il est curieux de constater aujourd'hui que, depuis plus d'un demi-siècle que la grande mosquée de Dakar a été construite, la majorité des Sénégalais ignore que le Président Mamadou Dia en est le concepteur et le réalisateur, avec le soutien actif d'un de ses meilleurs amis, Feu le Roi Mohamed V. C'est ainsi que toutes les réalisations de cet homme d'Etat exceptionnel sont dissimulées au peuple sénégalais.
Ce cadre offrait une occasion merveilleuse de rappeler le caractère exemplaire à tout point de vue de la grande amitié qui liait le Président Mamadou Dia au Roi Mohamed V. Une amitié qu'en dehors du Président Ahmed Sékou Touré, le Roi du Maroc n'entretenait avec aucun autre chef d'Etat africain.
Si c'est Senghor qui a inauguré la Grande Mosquée de Dakar, l'histoire retiendra surtout que c'est le Président Dia qui l'a construite. Faut-il rappeler que c'est le même Mamadou Dia qui a aidé à la reprise des travaux de la Grande Mosquée de Touba en 1957, après un long arrêt, et que c'est encore le même Senghor qui l'a inaugurée pendant que Mamadou Dia était en prison.
Educateur de formation, instituteur émérite, le Président Mamadou Dia est venu à la politique par le biais du Président Ibrahima Seydou Ndaw qui, le premier, a découvert en lui une foudre d'orateur, une plume d'or et un bourreau de travail. C'est ainsi qu'à la création du BDS, il lui a confié la rédaction des documents de bases du parti, son implantation à travers le pays et son secrétariat général provisoire, avant d'être confirmer à ce poste jusqu'en 1959, conformément à la volonté renouvelée de ses camarades de parti.
Vice-président du Conseil du gouvernement du Sénégal avant l'indépendance, il a gouverné le pays avec Ibrahima Seydou Ndaw, à l'époque, comme Président de l'Assemblée Territoriale du Sénégal de 1957 à 1959. De 1959 à 1962, investi de tous les pouvoirs en qualité de Président du Conseil du gouvernement, il a de fait gouverné le Sénégal.
Avant d'avoir été le père de notre indépendance en signant son acte, il a été l'initiateur de nos réformes juridiques, administratives et économiques. Donc le concepteur et le réalisateur de l'Etat du Sénégal.
oursuivant son rôle d'inaugurateur, Senghor est venu après 1963 comme pour le consolider pour ne pas dire fignoler. Son grand talent d'économiste reconnu lui a permis d'initier, avec l'aide du Père Lebret, notre premier plan de développement avec la création de centres d'Expansion Rurale, de centres d'Animation Rurale et des centres de Coopération. Très tôt, il a acquis la notion du développement à la base et par la base.
Après d'avoir jeté les jalons d'une politique d'autosuffisance alimentaire, il a aussitôt, entre autres, créé la SAED et construit l'Ecole Nationale des Cadres Ruraux de Bambey, le centre de formation et de perfectionnement administratif (CFPA) et l'école nationale d'économie appliquée (ENEA).
La réussite de sa politique d'habitat social avec la mise en place de l'Office des Habitations à Loyer Modéré (OHLM) ne souffre d'aucune ambiguïté.
Le Président Dia a été, avec le Président Julius Nyerere, un des précurseurs du développement à partir de la base en Afrique.
Aussi sa contribution au côté de MR Gally, Cheikh Ahmadou Mbacké "Gaïndé Fatma" et d'autres compatriotes de bonne volonté a permis la mise sur pied de la SICAP, dont le rôle dans le domaine de l'habitat social est aussi important que celui de l'OHLM.
Création de Air Afrique
Le Président Mamadou Dia a eu notamment à créer deux (2) institutions bancaires que sont la BNDS et l'USB qui étaient exclusivement réservées, la première au monde rural, la seconde à l'entreprenariat, avec interdiction formelle aux fonctionnaires et aux politiques d'y toucher. Ces deux organismes financiers, conçues pour promouvoir notre développement économique, avaient commencé à faire leurs preuves avant d'être vandalisées par de sinistres prédateurs aussitôt après l'arrestation du Président Dia.
Sa participation dynamique et efficace aux cotés de ses pairs à la création de la première compagnie aérienne africaine (la regrettée Air Afrique) et à la nomination de son premier Directeur Général Sénégalais, Feu Cheikh Fall, a été des plus déterminante dans la réussite de cette audacieuse expérience continentale.
Nous n'avons pas la prétention de revenir ici sur toutes les grandes réalisations du Président Dia, tant elles sont nombreuses et variées, mais il nous fallait en énumérer quelques unes de manière pédagogique pour ceux qui les auraient encore ignorées.
Malheureusement, certaines infrastructures qu'il avait soigneusement mises en place sont les unes mortes sous l'ère malsaine du régime de son successeur, d'autres dévoyées. D'où notre retard sur tous les plans. Nostalgique du régime du Président Dia, on ne peut s'empêcher d y penser chaque fois aujourd'hui que le Président Macky Sall pose un acte fort.
Il est anecdotique de constater que c'est Dia qui construisait et Senghor qui inaugurait les chrysanthèmes. Une belle illustration du compagnonnage politique de nos deux hommes.
C'est ainsi que des falsificateurs de notre histoire sont allés jusqu'à attribuer à Senghor la paternité du BDS (Bloc Démocratique Sénégalais) qui n'est autre que l'ancêtre de l'actuel Parti Socialiste (PS). Ils semblent ignorer qu'à cette époque, celui-ci était peu connu.
Ne maitrisant même pas sa langue maternelle et ne sachant parler aucune langue du pays, il était sans ressource financière. Ils ne savent certainement pas qu'a la même époque, c'est Me Léon Boissier PALUN qui l'hébergeait avec sa femme Ginette Eboué et l'assistait financièrement avec le concours de Mbaye Diagne DEGAYE.
Feu Bacary Diagne, fils aîné de ce dernier, détenait les récépissés des mandats que son père envoyait régulièrement à Senghor. Dans les conditions que voilà, comment pouvait-il créer un parti politique ? C'est la pire des aberrations. Autant, ils ignorent que l'homme était surtout réticent à la création de ce parti, terrorisé par Lamine Gueye qu'il disait sans cesse trop puissant à travers les quatre (4) communes. Ils ne savent pas notamment que, parmi les principaux cofondateurs du BDS, Senghor est sans conteste, celui qui a le moins contribué à sa réussite.
Evidemment, le mythe du diplôme dont il était le seul titulaire à l'époque aidant, Senghor jouissait de beaucoup de considération, d'estime et d'admiration auprès de ses camarades de parti. N'en déplaise à tous ceux qui, au sein du Parti Socialiste (PS), s'obstinent à ne pas regarder la réalité en face et vouer au vrai père fondateur de leur parti et de ses principaux collaborateurs la reconnaissance, l'estime, le respect et la considération qu'ils méritent.
Le Parti Socialiste ne s'en porterait que mieux. Si le BDS était un humain, c'est Ibrahima Seydou Ndaw qui serait la tête, Mamadou Dia les membres supérieurs, Léon Boissier Palun, Abdou Karim Bourgi et Mbaye Diagne Degaye le cœur et les organes vitaux et enfin Senghor les membres inférieurs.
S'il était un immeuble, Ibrahima Seydou Ndaw serait l'ingénieur-architecte, Mamadou Dia le chef de chantier, Léon Boissier Palun, Abdou Karim Bourgi et Mbaye Diagne Degaye les financiers et Senghor le décorateur. De grâce, sifflons la fin de la récréation et cessons de jeter des fleurs fanées aux imposteurs.
Le Président Léon Boissier Palun, ce sénégalais d'adoption, en décidant de rentrer définitivement en France, à la suite d'un profond désaccord avec Senghor, nous a légué deux (2) immeubles situés au Plateau contrairement à certains Sénégalais de souche qui nous ont pillés pour se construire des immeubles et autres villas cossues. Nous ne saurions ne pas évoquer le rôle important joué par Me Boissier Palun dans l'histoire politique du Sénégal.
Ancien Ministre du premier gouvernement du Sénégal sous la Loi Cadre, Boissier a participé brillamment au processus de notre indépendance avant d'être porté à la tête du Conseil Economique et Social. Rappelons que c'est lui qui a payé les frais d'impression des trois mille premières cartes de membres du BDS et le Car Rapide dit "Ndondi" avec lequel le Président Dia a sillonné le pays pour y implanter ce même parti. Avocat de formation, ce grand génie a conçu et réalisé les plans architecturaux de l'Assemblée Nationale et de l'Ancien Palais de Justice du Cap Manuel.
L'idéal serait de rendre solennellement hommage à ces illustres inconnus, dont le seul crime est d'avoir été humbles, modestes et effacés. Ailleurs, il existe des scandales géologiques mais au Sénégal nous vivons de véritables scandales humains à travers l'oubli de ces hommes de référence.
L'imam des années 60
Nous nous en voudrions de ne pas signaler que dans la même situation se trouvent confondus de nombreux hauts dignitaires religieux, musulmans et chrétiens, comme Thierno Souleymane Baal, Tafsir Maba Diakhou Ba, Mgr Yacinthe Thiandoum, l'Abbé Sock, Cheikh Abdoul Aziz Sy Dabakh, Cheikh Bamba Sall, Cheikh Ahmadou Mbacké Gaïndé Fatma, Serigne Mbaye Sy Mansour, Cheikh Abdou Ahad Mbacké et Khaly Omar Fall de Pire, pour ne citer que ceuxlà. Ensemble, travaillons à les faire découvrir par les générations montantes et futures qui y gagneraient à cesser d'importer des valeurs, des modèles et des références.
Les morts ne sont pas morts, disait Birago Diop, comme pour perpétuer la mémoire des grands disparus. Par contre, au Sénégal, on semble vouloir nous faire croire que ces morts sont morts, définitivement morts et enterrés.
Au vu de tout ce qui précède, la reconversion des mentalités tant prônée par le Président Dia est plus que jamais d'actualité. Plus de cinquante années après cette volonté exprimée du Président Dia de restaurer nos valeurs morales en danger, la perversion des mentalités, de la morale et de l'éthique est telle qu'elle menace dangereusement aujourd'hui les fondamentaux même de l'Islam.
Que dire de cet "Imam" des années soixante (60) dont le "wax-waxeet" avait longtemps défrayé la chronique ? Après avoir donné le prénom de son fils au Président Dia, il déclara, après l'arrestation de celui-ci, que le parrain de son fils était le prophète Mouhamadou Rassouloulah (PSL) et non Mamadou Dia. Aujourd'hui que la détérioration de nos valeurs a atteint un niveau jamais égalé, il urge de revenir à nos anciennes pratiques les plus saines et aux hommes vertueux qui les incarnaient.
Quoi de plus grave que la présence parmi les profanateurs de nos valeurs morales, d'individus ostensiblement affublés de l'épais manteau religieux. Ces véritables boursicoteurs politiques, qui n'hésitent pas à transformer leurs Dahiras en partis politiques dans l'intérêt exclusif de leurs familles. Sans scrupule, ni vergogne, ils caracolent en tête du troupeau des transhumants les plus abjects au détriment de la morale et de la discipline de leur confrérie.
C'est pourquoi nous continuons à croire que c'est l'engagement du Président Macky Sall à restaurer ces valeurs travesties, à lutter contre l'injustice et l'impunité, à procéder à la reddition systématique des comptes et à prendre en compte les conclusions des Assises Nationales dans la révision constitutionnelle prochaine qui ont été déterminants dans son élection et non celui de réduire son mandat de sept à cinq ans.
Pour toutes ces raisons, nous devons nous rappeler de ces héros, ces modèles, hélas tombés dans l'oubli le plus total, nous inspirer de leurs valeurs et les inculquer aux prochaines générations. C'est à ce prix seulement que nous pouvons émerger sous un soleil nouveau où il fera bon vivre.
En vérité, il existe au Sénégal d'innombrables personnalités d'envergure incommensurable qu'une certaine politique d'ostracisme, savamment orchestrée, a mises hors du champ visuel du peuple sénégalais en général et de sa jeunesse en particulier en quête de modèles étrangers.
De toutes ces victimes, le cas du Président Ibrahima Seydou Ndaw demeure le plus grave. Parmi les parrains politiques, politico-religieux, et coutumiers du Sine-Saloum, le Président Ibrahima Seydou Ndaw est politiquement le plus important et présente incontestablement le taux d'utilité sociale le plus élevé. Mais il demeure malheureusement le moins pris en considération.
Militant sans étiquette politique pendant de nombreuses années, il s'est dévoué corps et âme et de manière désintéressée à la cause de ses concitoyens. C'est pourquoi sa carrière politique a été des plus fulgurantes. Premier africain premier adjoint au Maire de Kaolack avant l'indépendance, il a été le premier Maire de cette ville après l'indépendance. Il fut également élu premier président de l'Assemblée Territoriale érigée en Assemblée Constituante puis Législative du Sénégal, responsable politique du Sine-Saloum et enfin Premier président honoraire de l'Assemblée Nationale à sa disparition.
Le Président Ibrahima Seydou Ndaw était également le Président de l'Association des commerçants du Sine-Saloum qu'il avait luimême créée pendant l'occupation coloniale. Alors que son parrainage porte sur une école élémentaire en zone inondable et une avenue où son nom est mal écrit, le Président Lamine Gueye, qui n'a aucun lien avec le Sine-Saloum et sa capitale et qui n'y a exercé aucune fonction, s'est vu décerner le titre de parrain du stade omnisport de Kaolack.
Le marabout Cheikh Ibrahima Niasse se voit attribuer le double titre de parrain de l'hôpital de Kaolack et de l'Université du SineSaloum. Ainsi, le lycée de Kaolack revient à Valdiodio Ndiaye, ancien Ministre de l'intérieur du Sénégal, ancien responsable politique régional du Sine-Saloum et ancien Maire de Kaolack. En réalité, toute cette distribution, même parcimonieuse, de titres de parrainage ou d'avantages quelconques ne saurait assurer une élection ou une réélection à un candidat qui ne respecterait pas ses engagements vis-à-vis du peuple.
Or, les faits qui sont d'un entêtement inouï nous rappellent que c'est grâce au soutien du Président Ibrahima Seydou Ndaw que le Président Lamine Gueye a été élu Président du Conseil Général en 1945 ; que le Président Ibrahima Seydou Ndaw a toujours triomphé largement de toutes les élections qu'il a eu à disputer avec le Marabout Cheikh Ibrahima Niasse et Djim Momar Gueye, son rival politique de l'époque.
Quant à Valdiodio Ndiaye, il est incontestablement un pur produit du Président Ibrahima Seydou Ndaw dont le soutien constant et déterminant ne lui a jamais fait défaut depuis ses études jusqu'à sa nomination au poste de Ministre de l'Intérieur, en passant par sa carrière professionnelle et parlementaire. Il fait partie, avec le Président Kéba Mbaye, Lamine Diakhaté et tant d'autres, des cadres supérieurs sénégalais qu'il a aidé à se forger et qui font aujourd'hui la fierté de notre peuple.
Le Président Ousmane Camara a eu l'honnêteté intellectuelle et le courage d'en témoigner dans son dernier ouvrage : "Mémoires d'un juge africain".
Ce sont là des réalités probablement méconnues de la génération d'après indépendance qui mérite qu'on y revienne pour l'histoire et la morale. Aussi, certains cumuls dans l'attribution des titres de parrainage sont-ils manifestement injustes, donc inacceptables.
Premier titre foncier de Touba
En effet, il existe au Sine-Saloum d'autres personnalités religieuses comme Tafsir Maba Diakhou Ba et l'Imam Abdou Kane qui méritent, elles aussi, d'être célébrées eu égard à leur dimension spirituelle et morale incommensurable. Pour ceux qui ne le sauraient pas, Cheikh Ibrahima Niasse était pour moi un père que j'aimais, qui m'a toujours manifesté son estime et son affection ; son ancienne épouse, Sokhna Yama Sow, peut en témoigner.
Le Président Lamine Gueye, que je fréquentais et qui a connu mon père depuis la SFIO, nourrissait des sentiments de profonde sympathie à mon égard en raison de ma proximité avec le Président Ibrahima Seydou Ndaw et n'hésitait jamais à me le manifester à chaque occasion ; c'est ainsi qu'il m'appelait affectueusement "Toma" : homonyme.
Quant à Valdiodio Ndiaye, de solides liens d'amitié, de fraternité et d'estime nous ont liés à jamais ; c'est ainsi qu'ensemble nous avons eu à partager pendant sa longue détention des moments aussi émouvants qu'exaltants. Mais de par ma tradition et mon éducation, je n'ai jamais pu souffrir que l'on malmène la justice et travestisse la vérité.
Sur le plan religieux, Ibrahima Seydou Ndaw entretenait les meilleures relations avec toutes les cités religieuses du pays. Rappelons que c'est lui qui a effectué toutes les démarches qui ont abouti à la délivrance du premier Titre Foncier de Touba qu'il remettra entre les mains de Cheikh Mamadou Moustapha Mbacké, premier Khalif de Cheikh Ahmadou Bamba en 1927.
L'on sait toute la grande importance que recèle ce document, car en plus des prières et des bénédictions de Serigne Touba, il a largement contribué à la sécurisation et à la valorisation du périmètre foncier de la ville Sainte. Son action et son soutien s'étendaient à toutes les capitales religieuses du pays comme en témoigne son chauffeur Feu El hadji Amadou Gueye Lat-Dara, qui était également un des grands adeptes de Seydi Ababacar Sy.
A la demande de son ami et frère Cheikh Awa Balla Mbacké, il a fait construire le premier forage de Darou Mouhty à un moment où cette collectivité très importante dans le dispositif du mouridisme était confrontée à une pénurie d'eau sans précédent.
Feu Amadou Doudou Sarr, ancien Directeur Général de l'ONCAD, alors membre du mouvement des jeunes du BDS, nous a informés qu'un jour où ce forage est tombé en panne de mécanique et de carburant, il a été dépêché par le marabout auprès du Président Ndaw qui a aussitôt réagi le même jour à la très grande satisfaction des populations, sorties en masse dès qu'elles ont entendu le bruit des moteurs du forage. Le président Ibrahima Seydou Ndaw est connu pour avoir été le parrain de tous les grands hommes politiques sénégalais à l'exception de Blaise Diagne et Ngalandou Diouf.
Après avoir découvert Mamadou Dia par l'intermédiaire de Monsieur Ibrahima Diouf, alors Directeur d'école à Fatick, comme a eu à le reconnaître humblement le président Dia dans son ouvrage "Corbeille d'Afrique", il a été le père fondateur du BDS.
Une bonne partie des militants de l'actuel Parti Socialiste feignent d'ignorer, aujourd'hui, ce détail important parmi d'autres de l'histoire de leur parti.
Ainsi, c'est toujours le Président Ibrahima Seydou Ndaw qui a mis les pieds de Senghor à l'étrier, au moment où, accablé par l'entourage immédiat du Président Lamine Gueye, il s'apprêtait à renoncer définitivement à la politique pour retourner en France. Sa caution, nous ne le répéterons jamais assez, a été déterminante dans l'élection du Président Gueye en 1945.
L'aveu est du Président Lamine Gueye, qui, après avoir été laminé aux élections de 1951, confiait à ses proches que son tombeur n'était ni Senghor, ni Dia, mais Ibrahima Seydou Ndaw. Ainsi leur avait il promit de les infiltrer afin de les diviser. C'est pourquoi le Président Ibrahima Seydou Ndaw s'était vivement opposé à la fusion de leurs deux partis décidée par la France.
Ainsi un an après la réalisation de cette fusion le Président Ibrahima Seydou Ndaw devait quitter le parti avec beaucoup d'amertume après l'avoir créé dix ans auparavant et le Président Dia cinq ans après en été écarté dans des conditions dramatiques. Avec son rêve d'un pouvoir absolu, Senghor était très mal a l'aise au milieu de ses trois anciens compagnons d'infortune qu'étaient les Présidents Ibrahima Seydou Ndaw, Mamadou Dia et Léon Boissier Palun qui après l'avoir adopté ont été également à l'origine de toute sa fortune politique.
Senghor avait la présomption à l'époque pour pouvoir régner en maitre absolu, il lui aurait fallu auparavant écarter du pouvoir ces trois grands leaders .Ce qu'il aura réussi sans coup férir grâce à la duplicité de ses victimes qui croyaient en la réciprocité des sentiments d'estime et de confiance qu'elles nourrissaient à son égard.
Après l'élimination des trois hommes, les uns après les autres, Senghor est resté seul maitre à bord avec le Président Lamine Gueye, son ancien mentor, dont il était, certes redevable tout comme à l'égard des trois autres sinon plus. Ainsi ils se sont confortablement réinstallés l'un à la tête de l'exécutif, l'autre à la tête du parlement pour gouverner le Sénégal
C'est ce qui explique également l'effondrement de la SFIO du Président Lamine Gueye quand il a quitté en 1948 pour fonder le BDS. Ibrahima Seydou Ndaw a, seul parmi tous les hommes politiques de sa génération, eu le grand mérite d'avoir combattu de façon permanente les autorités coloniales de l'époque et certains chefs de canton véreux qui oppressaient nos faibles paysans et d'autres démunis sans défense.
A cette époque, il n'exerçait aucun mandat politique et ne s'était armé que de sa plume, son courage et sa détermination, d'où son surnom de "Jaraaf". De nombreux administrateurs de colonies et agents de l'administration coloniale, dont nous détenons la liste, furent l'objet de sévères sanctions administratives à cette époque. S'ingénier aujourd'hui à effacer ces grandes figures de la mémoire collective nous semble être une gageure aussi vaine que l'ensevelissement d'une ombre.
En l'état actuel des choses, on peut affirmer sans risque de se tromper que nos élèves et étudiants n'ont aucune notion de l'histoire politique nationale car ils n'auraient pas dû ignorer ces Acteurs. Cette carence est indubitablement imputable à nos historiens, à nos médias, à nos communicateurs traditionnels et autres artistes.
"Un historien doit être intègre et impartial"
Au regard de tout ce qui précède, nous ne pouvons qu'être sceptique quant aux résultats de la commission chargée de rédiger notre Histoire, tant certains de ses membres et non des moindres auront du mal à nous convaincre de leur fidélité et de leur neutralité.
Leur comportement à l'occasion de leurs prestations médiatiques et de certains événements politiques et syndicaux nous le fait penser.
Nous ne voulons pas nous ériger en donneur de leçon mais il est tout de même évident qu'un historien, fût-il un agrégé, doit être intègre, impartial, constant et fidèle dans ses convictions après un choix judicieux.
Ses recherches et la publication de leurs résultats ne doivent être guidées que par le souci de la vérité, de la transparence et de l'objectivité. Aussi, ses jugements doivent-ils découler d'une logique sans faille. Ces professeurs sénégalais agrégés d'histoire, qui n'ont appris aux étudiants sénégalais qu'à découvrir et seulement de manière superficielle Blaise Diagne, Ngalandou Diouf, Lamine Gueye, Gasconi, Carpot, et leurs semblables au détriment de nos grandes figures de référence comme celles que nous avons citées plus haut, mériteraient un audit pédagogique et de sévères sanctions.
Aujourd'hui il est aisé de constater que le retard dont souffre le Sénégal est dû dans une large mesure au mythe du diplôme et de la perte de nos valeurs.
Il serait temps, si nous voulons réellement émerger, de faire tomber ce mythe à en juger par les résultats des agrégés qui ont gouverné notre pays, comparés à ceux des non-agrégés. Ni Mamadou Dia, ni Ibrahima Seydou Ndaw n'étaient agrégés de quoi que ce soit mais ils étaient des patriotes convaincus, compétents et d'une intégrité immarcescible.
Ils n'ont ni pillé ni laisser piller le pays ; ils ont été notamment avec le Président Abdou Diouf, les seuls à n'avoir pas accédé au pouvoir par un escalier de cadavres, ou à n'avoir pas gouverné assis sur des cadavres. C'est pourquoi ils ont réussi les prouesses que l'on sait.
Il est dommage de constater que chez certains intellectuels le gros diplôme en général et l'agrégation en particulier, ne sont que des enjoliveurs dont il faut se parer pour tromper, exploiter le peuple et assouvir ses ambitions personnelles, faisant ainsi fi de la morale.
C'est ainsi qu'à l'occasion des événements mémorables de Mai 68, des syndicalistes véreux, obnubilés par l'agrégation et des postes ministériels, ont trahi le mouvement syndical en échange de bourses d'études froufroutantes à l'étranger avec la promesse ferme d'acquérir des postes de responsabilité importants et lucratifs à la fin de leurs études, bien qu'ils s'en défendent aujourd'hui.
Je défie la commission chargée d'écrire l'Histoire du Sénégal de rapporter fidèlement, entre autres, les événements de 1962, de 1963, de Mai 68, de 1993, de 1994, de 1996 et surtout ceux de, de 1963 ainsi que ce charnier maritime qu'est le bateau "Le Joola".
Face au peuple et à l'Histoire, ce sont tous les membres de cette commission nationale et leurs consciences qui sont interpellés car notre avenir dépend, dans une large mesure, du succès de leurs travaux. Leur échec serait un désastre incommensurable, car comme aime le rappeler Alain Foca de RFI : "nul n'a le droit d'effacer une page de l'Histoire d'un peuple, car un peuple sans Histoire est un peuple sans âme".
* Les intertitres sont de la rédaction de l'Enquête+
El Hadji Amadou Lamine Sakho dit Kéba,
Ancien secrétaire particulier de Feu le Président Ibrahima Seydou Ndaw