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4 avril 2025
Cheikh Anta Diop
HOMMAGE DE RENÉ LAKE À MOCTAR DIACK DÉCÉDÉ LE 26 SEPTEMBRE 2015
BYE BYE L'AMI !
L'administrateur de SenePlus.Com parle de cet ancien Bolcho reconverti en observateur et intellectuel engagé pour un pays auquel il souhaite une ambition bien plus grande - HOMMAGE À UN MILITANT - INTERVIEW EXCLUSIVE
BOUBACAR BADJI DE SENEPLUS |
Publication 28/09/2015
Vous étiez un proche ami de Moctar Diack. Vous le connaissiez depuis près de 40 ans, quel souvenir gardez-vous de lui ?
J'ai toujours été très marqué par sa capacité, celle des vrais intellectuels, à magnifier le doute. Il argumentait avec une grande passion une position et avec la même verve il prenait le contre-pied pour élaborer la thèse inverse. Et comme tous ceux qui ne cherchent pas à être les détenteurs d'une vérité absolue, combien de fois m'est-il arrivé de ne pas savoir au bout du compte quel était son point de vue, si tant est qu'il en avait.
En dernier ressort, son point de vue personnel n'avait pour lui que peu d'importance. S'attarder à trop l'élaborer semblait être un exercice qui réduirait une question sérieuse, complexe et profonde à une position individuelle, ce qui la trivialiserait et la rendrait bien trop simpliste. Il n'avait pas peur de ne pas avoir d'avis définitif sur une question mais plutôt de remplacer son opinion par un perpétuel questionnement.
C'est ce procédé intellectuel qui a certainement permis à Moctar de passer de l'étape de ponte de la contestation de gauche des années 70 à celle d'observateur engagé mais distant. Presqu'équidistant de tous. Les innombrables soirées que nous avons passées ensemble à Paris ou à Dakar étaient parfois étonnantes. D'un côté il faisait dans l'analyse politique qui mettait en avant sa sensibilité d'opposant au régime senghorien que Diouf prolongé dans la continuité mais, d'un autre côté, il ne manquait aucune occasion pour exprimer son affection pour ce PS renouvelé et même pour certains de ses caciques comme Djibo Kâ.
Vous étiez ensemble à Paris quand il a soutenu sa thèse de doctorat en philosophie à la Sorbonne. Quels étaient les centres d'intérêt de cet ancien leader de l'Union internationale des étudiants (UIE) dans les années 70 ?
Sa thèse de doctorat en philo à La Sorbonne portait sur le matérialisme médical en France au XIXe siècle. Son directeur de thèse était le professeur Olivier Bloch. Je me souviens des échanges pleins de vigueur qu'il a eus le jour de sa soutenance en mai 1991 avec le président de son jury, grand spécialiste de Bachelard, le célèbre professeur François Dagognet. À mon avis, c'est son approche ultra rationaliste qui l'amenait quelque part à considérer que l'esprit de l'homme noir pouvait se détacher de la douleur de son histoire et penser le monde comme un simple produit humain faisant fi de son vécu propre et de son attachement culturel. C'est ainsi qu'il faut même comprendre le choix de son sujet de thèse qui était pour le moins étonnant pour un militant africain comme lui.
Et bien sûr il ne cessera de me traiter, ainsi que mes amis Ould (Dame Babou), Douap (El Hadj Amadoou Sall qu'il appelait affectueusement Boy Sall), ou encore Viejo (Abdou Fall, alias Vieux Ndiaye) de gauchistes, nationalistes étroits, obsédés par la spécificité africaine qui à ses yeux devait être transcendée. Dans la bonne orthodoxie du marxisme de l'époque, seule la dimension scientifique de l'analyse des rapports de production avait grâce à ses yeux. Et quelque part, ce détachement utopiste lui a permis de rester dans des hauteurs, où peu importe où se trouvait ou ne se trouvait pas la vérité ; il allait et venait pour alimenter la réflexion publique pour dire son exigence d'un Sénégal autrement plus ambitieux.
Peu de jeunes connaissent Moctar Diack. Qu’est-ce qui explique ce manque de reconnaissance ?
Moctar Diack me rappelle ces hommes de la génération qui nous a précédés. Celle des grands héros qui malgré leur dévouement à la cause de notre cher Sénégal et de notre chère Afrique auront si peu de reconnaissance dans nos livres d'histoire. Je pense à Tidiane Baidy Ly, à Babacar Niang, à Moustaphe Diallo, à Seyni Niang, à Pape Gallo Thiam et à bien d'autres de leurs compagnons qui se sont battus et aujourd'hui sont si peu cités, si peu connus. Heureusement, l'un de leur compagnon Cheikh Anta Diop retrouve peu à peu sa place dans les tablettes de notre histoire qui pendant si longtemps ont été écrites par les autres. De la génération suivante, il est l'un de ces grands patriotes, l'un de ces héros que peu connaissent sinon ses compagnons dans les tranchées de l'époque ou quelques uns de ses étudiants qui ont idéalisé cette page de notre histoire.
Quels sont les lieux qui auront marqué votre compagnonnage ?
Je me souviens des innombrables soirées que nous avons passées ensemble à Paris chez lui, à la rue des Ecoles ou chez moi à la rue Bichat. Et puis, il y avait son fameux balcon à Dakar, à Liberté VI. C'était le lieu de rencontre de toute la gauche du pays. Moctar était une sorte d'aimant.
Sa générosité sociale et intellectuelle faisait des endroits où il se trouvait, des centres de convergences où l'on venait se régénérer. Il était affable, humble et plein d'humour. Même ceux de nos amis qui entraient et sortaient des gouvernements éprouvaient le besoin, au détour de réunions avec Diouf, Wade ou Macky, de passer prendre du recul sur "son balcon". Il s'agissait de venir y réfléchir, prendre de la distance et repartir avec quelques idées nouvelles mais surtout avec des analyses bien plus affinées que celle amenées au moment de franchir le pas de sa porte.
Si vous aviez un dernier message à lui adresser quel serait-il ?
À Moctar, j'ai envie de dire merci, merci pour tout ce que qu'il m'a donné, merci pour tous mes amis qui sont devenus les siens, merci pour tous les amis que j'ai eu à travers lui, merci d'avoir été pour moi un héros. Notre pays un jour, le dira plus haut et plus fort que moi, c'est en tout cas mon souhait.
Une caravane va sillonner une partie du Sénégal, à partir d’aujourd’hui, pour amener les autorités à introduire l’enseignement de la pensée de Cheikh Anta Diop dans les programmes scolaires.
Ce 7 février marque le 29ème anniversaire de la disparition de Cheikh Anta Diop. Ce savant a laissé une œuvre monumentale dans beaucoup de domaines qui, jusque-là, n’est pas enseigné dans les écoles.
C’est cette « anomalie » qu’un collectif composé d’un groupe d’expatriés (vivant principalement au Canada), d’enseignants, de chercheurs et de professionnels veut corriger. Après avoir lancé, l’année dernière, une pétition en ligne, ils ont décidé d’organiser une caravane pour renforcer la sensibilisation.
Le collectif l’a révèlé lors d’une conférence de presse organisé vendredi dernier. Cette caravane va s’ébranler aujourd'hui et va sillonner, pendant une semaine, des établissements de Dakar, Mbour, Thiès,Louga et Saint-Louis.
L’objectif étant, selon Daouda Guèye, de « demander aux autorités en charge de l’éducation d’introduire l’enseignement de la pensée de Cheikh Anta Diop à tous les niveaux scolaires et dans des matières telles que l’histoire, la philosophie, la sociologie, etc.».
En conférence de presse, vendredi, M. Guèye, membre du collectif, et ses amis espèrent qu’à l’issue de ce périple, l’objectif d’atteindre les20.000signatures sera atteint.
Il a rappelé que c’est à la suite d’échanges et de discussions lors de la commémoration du 28ème anniversaire du rappel à Dieu du Pr Cheikh Anta Diop, l’année dernière, que l’idée de cette pétition en ligne a germé.
Depuis, un grand nombre de Sénégalais et d’Africains animés par la même motivation y ont adhéré.
Pour les initiateurs de cette caravane, au moment où la pensée de certaines figures historiques occidentales prend une place importante dans les contenus pédagogiques au Sénégal, « il est regrettable de constater l’absence totale de l’enseignement de l’œuvre de Cheikh Anta Diop à l’école, alors qu’il a été reconnu comme l’un des penseurs noirs les plus importants du XXème siècle».
Estimant que l’auteur de « Nations nègres et culture » est une fierté sénégalaise et africaine, ce collectif considère donc que « son œuvre ne doit plus être une affaire de spécialistes et son nom être évoqué seulement lors de colloque soude symposiums. Les fruits de ses recherches doivent être connus de tous les écoliers sénégalais».
L’écrivain Boubacar Boris Diopa salué cette initiative qui traduit, à ses yeux, un passage de témoin entre l’ancienne et la jeune génération qui n’a pas connu Cheikh Anta Diop.
Il a insisté sur le caractère multidimensionnel de l’auteur de «Civilisation ou barbarie », qui, en plus d’avoir eu le mérite de réhabiliter les civilisations négro-africaines, a été l’un des chantres du fédéralisme et de la promotion des langues africaines.
Enseigner la pensée de Cheikh Anta Diop revient donc à prendre en considération tous ces aspects de même que ses qualités morales, a relevé M. Diop. Car, pour lui, «Cheikh Anta Diop était courtois, intègre, humble et a toujours un mépris total pour l’argent et les honneurs».
Dr Dialo Diopa abondé dans le même, regrettant que les Sénégalais soient les derniers à se rendre compte de ce que représente l’enfant de Caytou : « un homme à part ».
DE THURAM À CHEIKH ANTA
29e anniversaire de la disparition de l’égyptologue : Extrait du livre de l’ancien footballeur international français Lilian Thuram, "Mes étoiles noires : de Lucy à Barack Obama", pages 27, 28 et 29
(SenePlus.Com, Dakar) - Dans son livre Mes étoiles noires : de Lucy à Barack Obama (Éd. Philippe Rey, 2010), l’ancien international français Lilian Thuram fait un petit clin d’œil à Cheikh Anta Diop. Aux pages 27, 28 et 29 ("Pharaons noirs"), le footballeur à la retraite rappelle comment les travaux de l’égyptologue sénégalais, dans un contexte où il subissait les critiques de chercheurs européens, ont redonné au Noir sa place dans l’histoire de l’Égypte. Pour le 29e anniversaire de la disparition de Cheikh Anta Diop, décédé le 7 février 1986, www.seneplus.com vous propose in extenso l’intégralité de ce passage, court mais bref, du livre de Thuram.
"... Quant à la nature et aux origines de l'héritage de l'Égypte ancienne, elles constituent toujours un sujet de controverse. Évoquer l'Égypte des pharaons noirs soulève toujours autant de passions et une montagne de préjugés.
"Le pionnier de l'école africaine, celui par qui le scandale est arrive, est Cheikh Anta Diop (1923-1986), scientifique sénégalais dont les recherches contribuent à réintégrer l'Égypte dans l'histoire générale africaine. Sa thèse, selon laquelle la civilisation égyptienne appartient au monde négro-africain- l'impérialisme occidental ayant "blanchi" la prestigieuse Égypte aux seules fins de maintenir la colonisation-, déclenche en 1954 un tollé dans le milieu universitaire français.
"La position de Cheikh Anta Diop sur l'Égypte noire s'explique par sa rigueur scientifique et ses engagements politiques : combat contre l'apartheid en Afrique du Sud, pour la démocratie et la laïcité au Sénégal. La parution de Nations nègres et culture, en 1954, 'étandard d'une révolution culturelle que les Nègres agitaient sous le regard d'une puissance coloniale se résignant mal à lâcher ses territoires d'outre-mer' (selon Lilyan Kesteloot, historienne de la littérature africaine), déclencha l'enthousiasme des écrivains de la négritude. Aimé Césaire qualifia ce livre du 'plus audacieux qu'un Nègre ait jusqu'ici écrit et qui comptera, à n'en pas douter, dans le réveil de l'Afrique'.
"Jusqu'au années 1950-1960, les historiens européens, occidentaux et arabes n'ont pas cessé de traiter l'ancienne Égypte comme une partie des racines de leur propre histoire et non comme une partie de l'Afrique elle-même. Le résultat, c'est que l'Égypte ancienne a été coupée de l'Afrique noire.
"L'attribution des grandes œuvres de la civilisation ç une mythique migration blanche n'est pas nouvelle. Au XIXe siècle, la découverte de la magnifique civilisation du Zimbabwe déclencha une vive réactions des savants du monde entier. 'La cité n'a pas été construite par des Africains, car le style de construction est trop élaboré : c'est l'œuvre de colons phéniciens ou juifs', affirmait l'Allemand Karl Mauch en 1871. Quant à l'archéologue anglais Theodore Bent, il concluait vers 1890 que la civilisation du Zimbabwe était l'œuvre de 'descendants d'envahisseurs blancs venus du Nord'.
"Il faudra attendre le XXe siècle pour que des égyptologues comme Jean Leclant, professeur au Collège de France, et Jean Vercoutter, de l’université de Lille, entament un remarquable travail sur l’Antiquité nubienne et déclarent, lors de l’important collogue international du Caire en 1974, que l’Égypte est ‘africaine dans son écriture, dans sa culture et dans sa manière de penser’. Les thèses de Cheikh Anta Diop sont enfin acceptées, du moins en partie.
"En effet, alors qu’au Etats-Unis ses travaux sont cités et reconnus, un certain nombre de chercheurs européens les taxent encore d’‘afro-centristes’. Ils lui reprochent une posture idéologique et non scientifique ; ils l’accusent d’avoir ‘noirci’ l’Égypte afin de réveiller la conscience des Noirs africains en leur faisant miroiter un illusoire passé prestigieux. N’étant pas expert, il ne m’appartient pas d’établir la part du vrai ; mais il n’empêche que les textes nous montrent que le royaume de Koush et le royaume d’Égypte n’étaient pas étanches, leurs échanges pas seulement marchands, leurs cultures et leurs populations traditionnellement mixées. Quant à la possibilité de règnes alternants, elle est démontrée par le règne de la XXVe dynastie.
"Malgré le profond changement de perspective qu’a apporté le travail de Cheikh Anta Diop, l’éloignement dans le temps et la lecture occidentale maintiennent encore l’histoire de l’Égypte dans une certaine obscurité. Les règnes des pharaons noirs n’ont pas livré tous leurs mystères.
"Volney, orientaliste et philosophe français, au retour d’un voyage en Égypte en 1783, avait écrit : ‘Quel sujet de méditation de voir la barbarie actuelle des Coptes, issus de l’alliance du génie profond des Égyptiens et de l’esprit brillant des Grecs, de penser que cette race d’hommes noirs aujourd’hui notre esclave et l’objet de nos mépris est celle-là même à qui nous devons nos arts, nos sciences, et jusqu’à l’usage de la parole…"
MULTIPLE PHOTOS
"TOURNÉE NATIONALE CHEIKH ANTA DIOP", A PARTIR DE LUNDI
Dakar, 7 fév (APS) – La "Tournée nationale Cheikh Anta Diop", destinée à vulgariser l’œuvre de l’égyptologue sénégalais Cheikh Anta Diop (1923-1986) et à plaider pour l’enseignement de sa pensée à l’école, démarre lundi par le lycée Limamou Laye de Pikine, a annoncé vendredi l’enseignant Daouda Guèye, coordonnateur national de l’initiative.
S’exprimant lors d’une conférence de presse, M. Guèye a donné les dates de la caravane : le 9 février à Dakar (Lycée Limamou Laye), le 10 février à Thiès (Lycée Malick Sy et Université de Thiès), le 11 février à Mbour (Lycée Demba Diop), le 12 février à Louga (Lycée Malick Sall et Nouveau lycée de Louga) et Saint-Louis (Lycées Peytavin, Cheikh Oumar Foutiyou Tall et Charles de Gaulle).
La "Tournée nationale Cheikh Anta Diop" est organisée par un groupe d'expatriés vivant pour la plupart au Canada. Ils envisagent de lancer une pétition pour l’enseignement de l’œuvre de Cheikh Anta Diop à l’école.
"L’objectif final de la pétition est de demander aux autorités chargées de l’éducation d’introduire l’enseignement de la pensée du professeur Cheikh Anta Diop à tous les niveaux scolaires et dans des matières comme l’histoire, la philosophie, la sociologie, etc.", a dit Daouda Guèye.
A son avis, il est "important de partir de la base pour remonter vers les autorités les aspirations des masses".
Intervenant depuis Montreal, par Skype, Lamine Niang, l’un des initiateurs de la pétition "Pour l’enseignement de la pensée de Cheikh Anta Diop", a signalé que les activités de commémoration de la disparition de Cheikh Anta Diop n’étaient jamais suivies d’actes concrets.
"Pour nous, c’est un manque de vision. Il faut aller dans un sens beaucoup plus pratique, parce que Cheikh Anta Diop a beaucoup écrit. Il n’est malheureusement pas enseigné, donc il n’est pas connu à sa juste valeur. Pour nous, il est important d’introduire l’enseignement de sa pensée dans les écoles", a dit M. Niang.
Depuis un an, "on a vu l’intérêt et la participation d’un nombre important de personnalités" à la vulgarisation de la pensée de Cheikh Anta Diop, a-t-il signalé.
"La caravane est destinée à vulgariser cette pétition, d’en parler auprès des élèves et des étudiants", a expliqué Lamine Niang.
Selon lui, la deuxième phase de la démarche consistera à approcher les autorités étatiques pour les appeler à assurer de façon pratique la mise en œuvre du projet d’introduction de la pensée de Cheikh Anta Diop dans le système éducatif.
L’écrivain Boubacar Boris Diop souligne pour sa part qu’au-delà du fait que "personne n’a réussi à proposer des contre-arguments pertinents à la thèse de Cheikh Anta Diop sur l’origine nègre de la civilisation égyptienne, il y a son travail sur le panafricanisme, l’Etat fédéral africain et les langues nationales".
"On a l’impression que la falsification de l’histoire continue. Pendant longtemps, il a été le seul à dire que l’Afrique était le berceau de l’humanité, a dit Boubacar Boris Diop. Mais Cheikh Anta Diop, c’est bien plus que cela. C’était aussi un homme d’une grande courtoisie, d’une grande humanité et d’une simplicité."
Il a ajouté : "En tant que politique, il était d’une intégrité absolue. Avec un mépris total pour l’argent et les honneurs. Donc enseigner Cheikh Anta Diop, c’est aussi enseigner ce modèle humain et moral".
Pour Dialo Diop, le secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND), parti fondé en 1976 par Cheikh Anta Diop, "ce qui vaut pour la refondation de l’école et du système d’enseignement vaut également dans la refondation des Etats".
Acteur majeur de la restauration d’une conscience historique africaine, Cheikh Anta Diop est décédé le 7 février 1986, à l’âge de 62 ans. Il a notamment publié "Nations nègres et culture" (1954), "L’Unité culturelle de l’Afrique" (1960), "Antériorité des civilisations nègres : mythe ou vérité historique" (1967) et "Civilisations ou barbarie" (1981).
CHEIKH ANTA DIOP, UN HOMME EN AVANCE SUR SON TEMPS
L'histoire continue de donner raison à Cheikh Anta Diop, lui qui a été longtemps critiqué, ses réflexions souvent mises en doute. Cet historien, anthropologue sénégalais en bon visionnaire était en avance sur son temps. Rappelé à Dieu il y a de cela 29 ans, ses écrits demeurent et sont toujours actuels.
Historien et anthropologue sénégalais, Cheikh Anta Diop est né en 1923 dans un petit village du Sénégal dénommé Caytou. Il est issu d’une famille d’origine aristocratique léboue.
À l'âge de 23 ans, il part pour Paris afin d'étudier la physique et la chimie, mais se tourne aussi vers l'histoire et les sciences sociales. En 1951, il prépare une thèse de doctorat à l'Université de Paris. Lorsqu'il obtient son doctorat en 1960, il revient au Sénégal enseigner comme maître de conférences à l'université de Dakar depuis rebaptisée université Cheikh-Anta-Diop, (UCAD). Il y obtiendra en 1981 le titre de professeur. Mais dès 1966, il crée au sein de cette université de Dakar le premier laboratoire africain de datation des fossiles archéologiques au radiocarbone.
Dans les années 1970, il participe au comité scientifique qui dirige, dans le cadre de l'Unesco, la rédaction d'une histoire générale de l'Afrique. Il a mis l'accent sur l'apport de l'Afrique et en particulier de l'Afrique noire à la culture et à la civilisation mondiales.
S'il acquiert une remarquable maîtrise de la culture européenne, il n'en est pas moins profondément enraciné dans sa propre culture. Sa parfaite connaissance du wolof, sa langue maternelle, se révèlera être l'une des principales clés qui lui ouvrira les portes de la civilisation pharaonique. Par ailleurs, l'enseignement coranique le familiarise avec le monde arabo-musulman. A partir des connaissances accumulées et assimilées sur les cultures africaine, arabo-musulmane et européenne, Cheikh Anta Diop élabore des contributions majeures dans différents domaines.
Cheikh Anta Diop, le bâtisseur
Cheikh Anta Diop en bon intellectuel a écrit beaucoup d’ouvrages. Ses écrits pour ne pas dire ses recherches historiques concernaient, entre autres sujets de réflexion, l'origine de l'homme et ses migrations, la parenté Égypte ancienne/Afrique noire, l'apport de l'Afrique à la civilisation, le développement économique, technique, industriel, scientifique, institutionnel, culturel de l'Afrique, l'édification d'une civilisation planétaire. Outre cela, l’homme de science s’est aussi interrogé sur comment élaborer une véritable stratégie de développement de l'Afrique mais aussi sur les conditions du progrès de la conscience humaine et de l'émergence d’une civilisation planétaire ayant définitivement rompu avec la barbarie. Il montre que des réponses pertinentes à ces interrogations capitales exigent une connaissance la plus objective possible de son histoire, aussi loin que l'on puisse remonter dans le temps. C'est à cette première grande tâche que Cheikh Anta Diop s'est attelé, celle de la restitution de l'histoire du continent africain depuis la préhistoire, par une recherche scientifique pluridisciplinaire. Il est ainsi le refondateur de l'histoire de l'Afrique.
Outre la connaissance du passé réel de l'Afrique et de l'humanité en général, Cheikh Anta Diop assigne quatre buts à ses travaux. Il s’agit de la restauration de la conscience historique africaine, le rétablissement de la continuité historique, la construction d'une civilisation planétaire, la renaissance africaine. Cheikh Anta Diop avait 25 ans lorsque, étudiant à Paris, en 1948, il définissait le contenu et les conditions de la renaissance africaine dans un article intitulé «Quand pourra–t-on parler d’une renaissance africaine ?».
Toutefois, les thèses de ce grand monsieur restent aujourd’hui discutées, et sont peu reprises dans la communauté scientifique, en particulier au sujet de l’Egypte antique. Cependant, il a été un précurseur pour ce qui concerne l’importance et l’ancienneté de la place des Africains dans l’histoire, confirmée par les études actuelles. Actuellement, ce grand penseur décédé le 7 février 1986 repose, selon sa volonté, à Caytou auprès de son grand-père paternel Massamba Sassoum Diop, fondateur du village.
Un groupe de professeurs, plaidant pour l’enseignement de l’œuvre du professeur Cheikh Anta Diop à l’école, a lancé hier une tournée nationale pour mieux faire connaître la pensée de l’historien sénégalais.
Introduire l’enseignement de Cheikh Anta Diop dans le programme scolaire. Tel est le rêve d’un groupe de professeurs expatriés et résidents sénégalais. Lors du 28ème anniversaire du rappel à Dieu de l’historien, ils avaient lancé une pétition en ligne afin de mobiliser 20 mille signatures.
Dans ce sillage, une tournée nationale a été lancée hier à l’Ucad, pour collecter le maximum de signatures et vulgariser en même temps l’œuvre de l’auteur “Nations nègres et cultures”.
Du 6 au 13 février, une caravane va sillonner des lycées et collèges de cinq régions (Dakar, Mbour, Thiès, Louga, Saint-Louis) du Sénégal pour mobiliser le plus grand nombre de signatures possibles. “Nous en sommes aujourd’hui à 2155 signatures.
Mais une fois les 20 mille atteintes, nous saisirons les autorités, par une correspondance avec pièces jointes, de la pétition pour leur montrer que les Sénégalais dans leur diversité veulent que les œuvres de Cheikh Anta figurent dans le programme scolaire”, a expliqué Daouda Dieng.
Aux yeux du professeur de philosophie, il est regrettable de constater à l’école l’absence de l’enseignement de la pensée de celui qui est considéré comme l’un des plus grands penseurs africains du 20ème siècle. Alors qu’au même moment, a-t-il poursuivi, certaines figures occidentales occupent une place importante dans le contenu pédagogique.
“Les fruits de ses recherches doivent être connus de tous les écoliers sénégalais. Son œuvre ne doit plus simplement être une affaire de spécialistes ou encore servir de référence lors de colloques ou de symposiums”, a soutenu M. Dieng.
Poursuivant dans la même perspective, l’écrivain, Boubacar Boris Diop a pour sa part rappelé l’importance et la nécessité d’introduire le travail de l’anthropologue dans le système scolaire. A son avis, l’historien sénégalais, de par ses travaux scientifiques, a richement contribué à la réhabilitation des civilisations négro-africaines.
“Les œuvres de Cheikh Anta Diop ne sont pas assez connues des jeunes Sénégalais. On a l’impression que ses écrits sont mieux vulgarisés à l’extérieur que dans notre pays. Il est primordial d’enseigner son œuvre à notre jeunesse et à tous les niveaux”, a plaidé l’écrivain.
THÉOPHILE OBENGA PROPOSE LA CRÉATION D'UN CENTRE PANAFRICAIN D'ÉGYPTOLOGIE
La Fondation Léopold Sédar Senghor a rendu hommage à Cheikh Anta Diop hier, en organisant, en partenariat avec l'Université dont il est le parrain et la Fondation Ucad, sa Conférence inaugurale annuelle de rentrée. Elle a été animée par Théophile Obenga, éminent égyptologue congolais et ancien camarade de Cheikh Anta Diop.
"L'enseignement des humanités égypto-nubiennes en Afrique noire : quels fondements scientifiques ? Quelles conditions de mise en œuvre ?"
C'est le thème de la conférence inaugurale annuelle de rentrée de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Cette rencontre a servi de cadre pour rendre hommage au parrain de l'institution, le Pr Cheikh Anta Diop, disparu le 7 février 1986.
Le Pr Théophile Obenga, éminent égyptologue congolais et ancien camarade du savant sénégalais, a animé la conférence. Devant un parterre d'universitaires, d'étudiants, de parents du défunt et d'autorités, M. Obenga a recommandé la création d'un centre panafricain d'égyptologie pour mieux faire connaitre notre héritage.
Il a rappelé que nous avons beaucoup d'héritages méconnus de l'Egypte antique, citant, entre autres, l'écriture, la division du temps, le calendrier, l'architecture. Mais également un héritage intellectuel.
Cependant, l'égyptologue a déploré le fait que les Africains ne connaissent pas leur héritage. Comme les Européens, les Chinois et les Arabes, les Africains, a-t-il estimé, doivent eux aussi connaitre leur héritage.
"Les Chinois connaissent leur héritage à travers Confucius. Les Européens connaissent l'héritage grec. (...). Il n'y a que les Noirs qui ne connaissent pas leur propre héritage", a-t-il déploré. "Nous avons un héritage que nous devons connaitre. Les Africains sont les plus ignorants. Il faut être fier de son héritage et connaitre celui des autres, sinon on ne sera pas respecté", a dit avec force Théophile Obenga.
C'est pourquoi il a recommandé la création d'un centre panafricain d'égyptologie en regroupant les moyens financiers, matériels et intellectuels et l'élaboration de programmes viables. Selon lui, un gouvernement d'un pays d'Afrique peut faire la proposition pour qu'il soit durable.
Le Pr Iba Der Thiam a salué la pertinence de la communication de M. Obenga et les immenses services. S'adressant au conférencier, il a soutenu qu'"aujourd'hui (hier), quelque chose a bougé, car vous avez formaté des consciences".
M. Thiam a bien accueilli la recommandation de l'historien congolais pour la création d'un centre panafricain d'égyptologie. Il a même confié que l'ambassadeur d'Egypte présent à la rencontre a annoncé que son pays compte traduire en arabe tous les écrits de Cheikh Anta Diop.
Raphael Ndiaye, le directeur général de la Fondation Léopold Sédar Senghor, a révélé que Cheikh Anta Diop et le premier président sénégalais ont eu, en 1985, un entretien éminemment fécond en présence de témoins comme Moustapha Niasse.
L’HOMMAGE A CHEIKH ANTA DIOP
CONFERENCE INAUGURALE DE RENTREE DE LA FONDATION SENGHOR
La conférence inaugurale de rentrée de la Fondation Léopold Sédar Senghor, qui aura lieu ce vendredi 6 février, sera un hommage à Cheikh Anta Diop. L’Université du même nom, l’Ucad, est associée à cette cérémonie qui se tiendra justement à l’amphithéâtre de l’Ucad II. Le thème de la conférence, qui sera animée par l’historien et égyptologue le Professeur Théophile Obenga, portera sur « l’enseignement des humanités égypto-nubiennes en Afrique noire : quels fondements scientifiques ? Quelles conditions de mise en œuvre ? »
Cela fera 29 ans jour pour jour, ce samedi 7 février, depuis la mort en 1986 de l’historien, égyptologue et anthropologue sénégalais Cheikh Anta Diop, l’homme qui a donné son nom à l’Université de Dakar (UCAD). C’est d’ailleurs en ce lieu symbolique dira-t-on, que la Fondation Léopold Sédar Senghor lui rendra hommage ce vendredi 6 février, plus précisément à l’amphithéâtre de l’UCAD II. L’information est contenue dans le communiqué qui nous est parvenu.
La Fondation organise ainsi sa conférence inaugurale annuelle de rentrée, mais pas sans l’Université de Dakar qui est associée à cette rencontre. L’édition 2014 n’a lieu que maintenant parce qu’elle a été décalée, et elle sera animée par un autre historien et égyptologue surtout, le Pr. Théophile Obenga qui s’exprimera sur ce thème : « L’enseignement des humanités égypto-nubiennes en Afrique noire : quels fondements scientifiques ? Quelles conditions de mise en œuvre ? »
Ouverte à tous, la rencontre devrait commencer à 8H30, comme mentionné sur le programme, par la projection de quelques extraits de conférences données par Cheikh Anta Diop lui-même. Suivront les différentes allocutions et autres débats.
Ce n’est pas un hasard si la Fondation Senghor et l’Ucad ont décidé de confier cet exercice à Théophile Obenga, mais pour comprendre, faisons un peu d’histoire. En 1954, Cheikh Anta Diop publiait le fameux « Nations nègres et Culture – De l’Antiquité nègre égyptienne aux problèmes culturels de l’Afrique Noire d’aujourd’hui », et en ces temps-là, l’ouvrage fera grand bruit. Ce qu’il dit entre autres, c’est que les premiers égyptiens étaient noirs. Il racontera plus tard comment le contenu de ce livre l’avait exposé à « la lignée des égyptiens de mauvaise foi.
20 ans plus tard, nous sommes en 1974, et c’est avec Théophile Obenga que Cheikh Anta Diop défendra sa thèse, en « binôme ». Du 28 janvier au 3 février plus précisément, un colloque international se tient au Caire en Egypte autour de la question du peuplement de l’Egypte ancienne et du déchiffrement de l’écriture méroïtique (langue du Soudan antique, et mot construit à partir du nom du Royaume de Méroé). L’initiative est de l’Organisation des Nations-Unies pour l’Education, les Sciences et la Culture (UNESCO). « Par souci d’objectivité », Cheikh Anta Diop tient alors à ce que tous les plus grands spécialistes soient présents à cette rencontre.
D’après les conclusions de ce colloque, qu’il s’agisse de la culture ou de la langue, « l’Egypte pharaonique appartient à l’univers négro-africain. L’historien grec Hérodote parlera, lui aussi, de la « peau noire et des cheveux crépus » des Egyptiens. De Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga disait ceci, en 1987 : « Un fait me paraît évident, avec toute la force de l’immédiat, et qui mérite bien, je crois, d’être souligné : l’œuvre de Cheikh Anta Diop se présente désormais, plus que jamais, comme la mémoire retrouvée, reconquise, de tout le peuple africain, précisément négro-africain, tant elle a tout orchestrée, angoisses, interrogations, doutes, combats, espoirs, gestations, respirations du monde noir africain, aujourd’hui ».
HECHAM MAHER : "LES ŒUVRES DE CHEIKH ANTA DIOP SONT EN TRAIN D’ETRE TRADUITES EN ARABE"
Dakar, 22 avr (APS) - L’ambassadeur d’Egypte au Sénégal, Hecham Maher, a annoncé, mardi à Dakar, que les œuvres de l’égyptologue et historien sénégalais Cheikh Anta Diop sont en train d’être traduites en arabe dans son pays, assurant qu’il s’est mis à relire les livres de l’auteur de ‘’ Nations nègres et culture’’ dès son arrivée dans le pays en 2011.
‘’Dès mon arrivée, j’ai envisagé de lire Cheikh Antat Diop’’, a dit le diplomate égyptien qui était en visite dans les locaux de l’APS
Il a souligné qu'il avait trouvé‘’ très intéressant de relire" les textes de l'historien, qu'on a commencé à traduire en arabe en Egypte.
La visite de Hecham Maher dans les locaux de l’APS s'inscrit dans le cadre du raffermissement des relations de coopération entre le Sénégal et l'Egypte qui entretiennent des’’ relations particulières historiques ‘’.
En plus du Sénégal où il séjourne depuis trois ans, il représente son pays en Gambie et au Cap-vert.