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3 avril 2025
Culture
LE SYTRANS POUR DEFENDRE LES INTERETS DES PROFESSIONNEL DE LA MUSIQUES DE LA MUSIQUE
Des professionnels de la musique, réunis lundi en assemblée constitutive, ont mis en place le Syndicat des travailleurs de la musique au Sénégal (SYTRANS), dans le but de porter des revendications et propositions visant à améliorer leurs conditions de vie
Des professionnels de la musique, réunis lundi en assemblée constitutive, ont mis en place le Syndicat des travailleurs de la musique au Sénégal (SYTRANS), dans le but de porter des revendications et propositions visant à améliorer leurs conditions de vie et de travail, a constaté l’APS.
Au cours de l’assemblée constitutive, ils ont également mis en place un bureau composé d’un secrétaire général et d’adjoints. Le secrétariat général est dirigé par Daniel Gomes, secondé par Manel Ndiaye, Moustapha Ndiaye et Jean Tamba.
‘’ (…) le ministère du Travail négocie avec les syndicats, ce qui a poussé l’Association des métiers de la musique (AMS) à créer sa branche syndicale, pour pouvoir porter toutes ses revendications et toutes ses propositions quant à l’amélioration des conditions de travail des professionnels du secteur de la musique’’, a expliqué M. Gomes, également président de l’AMS.
Le SYTRANS se donne entre autres missions de sortir les travailleurs de ce secteur de l’informel, discuter avec les caisses de prévention sociale et les employeurs.
Son but est aussi de parvenir notamment à un accord permettant de fixer un salaire minimum en vue d’assurer la protection sociale des professionnels de la musique.
‘’ (…) ce sont des choses que nous pouvons discuter en tant que syndicat, pour arriver à avoir une convention et rentrer dans le décret de la protection sociale, instauré par le statut de l’artiste’’, a-t-il expliqué.
Il a rappelé l’existence d’une loi reconnaissant les professionnels de la musique comme travailleurs. Selon lui, le SYTRANS viendra dans un premier temps en tant que force de propositions.
‘’Il s’agira de faire entendre raison aux autres que nous sommes des travailleurs assez spécifiques, qui ont plusieurs employeurs, et que cela ne fait pas de nous quelqu’un ayant une subordination par rapport à une seule personne ou entreprise’’, a ajouté Daniel Gomes.
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MASSAMBA DIAL ACCUSE LE MAIRE DE THIES D’AVOIR PLAGIE SON PROJET
Une polémique est en train de s’installer autour de la statue de Lat-Dior qui doit être inaugurée par le président de la République Bassirou Diomaye Faye ce 12 décembre.
Une polémique est en train de s’installer autour de la statue de Lat-Dior qui doit être inaugurée par le président de la République Bassirou Diomaye Faye ce 12 décembre. En effet, le consultant Massamba Dial a fait face à la presse hier, pour réclamer la paternité du projet. en clair, il reproche au Maire Babacar Diop de l’avoir plagié.
Ce jeudi 12 décembre, le président de la République Bassirou Diomaye Faye sera l’hôte de Thiès, sur invitation du conseil de ville. C’est pour les besoins du dévoilement de la statue de Lat-Dior sur la Promenade des Thiès. Mais actuellement, une polémique est en train de s’installer autour de ce projet. Le maire Babacar Diop avait récemment fait savoir que la statue relevait de la conception et de la réalisation de la ville de Thiès. Mais hier Massamba Dial, consultant en stratégie, développeur de contenus audiovisuels et événementiels, est monté au créneau lors d’un point de presse, pour réclamer la paternité du projet. Ainsi, il a accusé Dr Babacar Diop d’avoir plagié ce projet qu'il portait depuis très longtemps, «avant même l’élection de Dr Babacar Diop à la tête de la mairie de Thiès». Selon lui, «son seul tort, c'est d'aimer sa ville natale, d’avoir une folle ambition de participer au développement de sa localité, raison pour laquelle, il a partagé son idée avec Babacar Diop, allant dans le sens d’ériger une grande statue de Lat-Dior en centre-ville, afin de faire de Thiès un carrefour touristique». A cette occasion, il indique que le Maire avait parfaitement épousé l’idée « devant des témoins comme Adama Diawara actuel PCA de l'ASER, et des étudiants d'une école d'architecture». Malheureusement se désole-t-il, deux ans après, «le Maire Babacar Diop déclare devant la presse, sans vergogne ni retenue, que le projet de statue de Lat-Dior est une idée exclusive de la mairie de Thiès. Un mensonge ne peut être plus grotesque que celuilà». «Comment on peut usurper la pensée de quelqu’un à un certain niveau, surtout par quelqu’un qui gère une ville et qui doit aussi gérer le potentiel, l’expertise locale ?» s’indigne Massamba Dial. Pour lui, cette initiative devrait mettre en valeur le potentiel artistique des Thiessois, l’expertise dans la ville de culture de Thiès. Mais au lieu de confier la réalisation à nos propres artistes, il a préféré des Burkinabe. Il souligne que la question ne se pose pas en terme de droit d’auteur mais il s’agit d’une question morale et il urge de rendre à César ce qui appartient à César, concernant la paternité de ce projet. Il note par ailleurs que «la générosité et la justice auraient voulu que Babacar Diop le mette en avant au grand bonheur de tous les Thiessois car il symbolise le Thiès en marche culturel ». D’après lui, c’est cette question morale qui interdit qu’une personne puisse s’approprier les compétences d’autrui, pour son propre intérêt, son propre ego.
OUSSEYNOU GUEYE DIRECTEUR COMMUNICATION DE LA VILLE DE THIES «TOUT LE MONDE PEUT REVENDIQUER UN PROJET, MAIS IL FAUT EN APPORTER LA PREUVE»
Interpellé sur les récriminations de Massamba Dial, Ousseynou Masserigne Guèye, Directeur de la Communication de la Ville de Thiès, estime que tout le monde peut revendiquer la paternité d’un projet, mais il faut en apporter la preuve. Dans le cas d’espèce, il souligne qu’il s’agit d’une œuvre d’art et pour prouver qu’on est le père d’une telle idée, il faut brandir une attestation délivrée par la SODAV, à la suite d’un dépôt en bonne et due forme. Il est d’avis que cette attestation est de nature à prouver que l’œuvre a été effectivement enregistrée en son nom, afin de bénéficier des droits d’auteur et des droits voisins. «Une œuvre d’art s’enregistre et au-delà de cet aspect, il aurait dû au moins brandir la maquette qu’il avait montrée au Maire en son temps, en évoquant avec lui ce projet. La vérité est qu’il n’a pas de maquette, encore moins d’acte d’enregistrement à la SODAV pour pouvoir réclamer des droits d’auteur et des droits voisins. Au-delà de la paternité, ils entretiennent une autre polémique liée au réalisateur du projet qui se trouve être un Burkinabe. C’est parce qu’après le lancement du marché, il a été le seul artiste ayant répondu aux critères. Cet artiste Burkinabe est mondialement connu, qui a été élevé au rang de Chevalier de l’Ordre National du Mérite par l’ancien Président Macky Sall. La nationalité importe peu car Pierre Goudiaby Atépa, Kalidou Kassé, Ousmane Sow Huchard, sont des Sénégalais qui ont réalisé des œuvres d’art partout en Afrique. D’un tel point de vue, pourquoi un Burkinabe ne gagnerait-il pas des marchés d’œuvre d’art au Sénégal ? Cette polémique ne doit pas être entretenue dans ce pays car autant les étrangers gagnent des marchés au Sénégal, autant les sénégalais gagnent des marchés ailleurs», a-t-il expliqué.
L’AUMC, UNE PISTE DE SOLUTIONS
L’African urban Music campus apporte une réponse au problème d’employabilité des jeunes. Ce campus digital inspiré par le rappeur Ndongo D, du groupe Daara J Family, est une opportunité de formation aux métiers des musiques urbaines.
L’African urban Music campus apporte une réponse au problème d’employabilité des jeunes. Ce campus digital inspiré par le rappeur Ndongo D, du groupe Daara J Family, est une opportunité de formation aux métiers des musiques urbaines. Le projet s’inscrit dans une dynamique de réduction du chômage des jeunes.
La question de l’emploi des jeunes préoccupe les entrepreneurs culturels. Pour apporter sa contribution aux défis de la création des emplois, notamment pour la frange jeune, le rappeur Ndongo D du groupe Daara Family a lancé la première plateforme numérique de formation dans les métiers des musiques urbaines. L’African Urban Music Campus est en effet, une université à visée panafricaine dont la première saison, officiellement lancée, est gratuite. Elle donne des formations en dix modules autour des métiers des cultures urbaines, notamment les vocalises et les techniques de chant, le beat making, le management et l’administration artistique, le streaming et les plateformes digitales. Ndongo D indique que l’idée du campus a fusé lors des échanges «Cajou talk» la plateforme éponyme est un partenaire hébergeant le campus.
Le binôme de Fada Freddy, dans Daara J Family, se rappelle les difficultés d’accès aux outils de composition musicale jadis. Pour lui, le besoin des jeunes, c’est d’avoir de l’expérience et l’accompagnement des artistes. Ndongo D invite ses pairs à protéger leurs droits d’auteur, «c’est le nerf de la guerre», ditil. Quant à l’Aumc, il est une opportunité pour transformer des rêves en réalité. Ce, en créant une identité culturelle forte et exportable à travers le monde. La question des infrastructures de qualité et celle de la pénétration du marché global à travers le streaming sont aussi posées. L’autre veine à exploiter est, à son avis, celle des collaborations africaines pour avoir un écosystème favorable. Pour ce faire, il faut se former et avoir des connaissances requises pour atteindre ses ambitions. Ndongo D invite également les jeunes à faire de cette initiative une réussite.
L’artiste Matador a, lui, animé un master-class exclusif sur les techniques d’expressions écrites et orales. Auparavant, l’artiste a rendu hommage aux tirailleurs sénégalais des 16 pays dont les 80 ans sont commémorés cette année. L’artiste de BMG 44, groupe qui a porté le combat de vulgarisation du massacre de Thiaroye, depuis les années 80, indique que les artistes ont toujours vulgarisé le massacre survenu le 1er décembre 44.
Il a, ensuite, expliqué les deux phases de l’écriture qui est composé de fond et de forme. Au-delà de la forme esthétique, le fond est gage de durabilité notamment à travers les messages et les idées voire idéologies transmises par l’artiste. Le campus propose dix modules de formation sur autant de thématiques. Pour permettre aux jeunes d’avoir des outils dans les métiers des cultures urbaines. Donnant une formation en vidéo, Fada Freddy indique que la musique n’a pas de frontière, elle est universelle. Elle peut ainsi unir malgré les différences des uns et des autres ; le plus important, selon lui, c’est que les vibrations soient positives. L’African Music Campus a pour ambition de réduire le chômage en offrant des formations aux métiers des musiques urbaines.
LA MÉMOIRE DES TIRAILLEURS SOUVENT RELÉGUÉE À L’OUBLI ET RÉDUITE À DES CLICHÉS
L’artiste plasticien Fodé Kamara présente une œuvre résolument engagée. Fodé Kamara, scénographe et peintre de renom, n’a jamais cessé de s’interroger sur les injustices héritées de la colonisation.
La galerie 90, située à quelques mètres de l’Avenue Ponty, près de la Place de l’indépendance, a rendu un hommage artistique aux Tirailleurs Sénégalais et dénoncé des injustices coloniales, à travers des œuvres exposées dans le cadre de la Biennale de Dakar.
L ’artiste plasticien Fodé Kamara présente une œuvre résolument engagée. En revisitant des symboles coloniaux comme l’image du tirailleur sénégalais et les publicités du célèbre chocolat Banania, il questionne les stéréotypes raciaux et rend hommage à la mémoire des tirailleurs, souvent relégués à l’oubli ou réduits à des clichés. Fodé Kamara, scénographe et peintre de renom, n’a jamais cessé de s’interroger sur les injustices héritées de la colonisation. « Mon engagement a commencé en 1985, à Paris, lorsque j’ai découvert une publicité de Banania. Le tirailleur y était caricaturé avec des traits exagérés et un slogan dévalorisant. J’ai décidé d’utiliser cette image pour la détourner et interpeller les consciences », explique l’artiste. Cette démarche l’a conduit à produire une série d’œuvres autour de cette icône controversée.
AU CŒUR DE L’ŒUVRE
Les tirailleurs, soldats africains enrôlés dans l’armée coloniale française, sont au cœur de sa réflexion. À travers ses peintures, Kamara leur rend hommage, mettant en lumière leur bravoure tout en dénonçant les injustices qu’ils ont subies : « Ils ont été des héros oubliés, moqués, souvent exploités. Mon travail, c’est un devoir de mémoire pour réveiller les consciences africaines », précise-t-il. À la Biennale, Kamara expose une vingtaine de tableaux, dont certains titrés Parcours ou Émitaï, inspirés de figures littéraires et historiques. « La mémoire est essentielle pour comprendre nos luttes. Les œuvres présentées ici sont une révolte visuelle et poétique contre la déshumanisation des Noirs », explique l’artiste, qui intègre également des influences littéraires comme les poèmes de Senghor ou de David Diop. Au-delà de la peinture, Kamara a également marqué la Biennale par ses talents de scénographe. Depuis 2006, il a orchestré les expositions, créant des espaces où l’histoire et l’art se rencontrent. « La Biennale est un moment crucial pour confronter nos récits à ceux du monde, et c’est un honneur d’y contribuer », affirme-t-il.
Pour Fodé Kamara, l’art est un combat, une arme contre l’oubli et la marginalisation. À travers ses œuvres exposées à la Biennale, il invite à une réflexion collective sur le passé colonial et l’identité africaine. Son engagement ne s’arrête pas là : « Je continuerai ce devoir de mémoire, car l’Histoire ne doit jamais être oubliée. » Un message puissant qui trouve écho dans les visiteurs, jeunes et moins jeunes, venus nombreux découvrir cet hommage poignant aux tirailleurs et à la résistance culturelle.
LE MONDE EST PEUT-ETRE CE QU’IL EST CAR IL EST EN DEFICIT D’ART
Avec une maestria époustouflante, Abdoul Edouard Dia signe un premier majestueux par son caractère transfrontalier, transnational et transgénérationnel. « Hermès T., ou l’ultime secret d’Akhenaton » est un roman de 247 pages (Ed. Baudelaire, 2024)
Avec une maestria époustouflante, Abdoul Edouard Dia signe un premier majestueux par son caractère transfrontalier, transnational et transgénérationnel. « Hermès T., ou l’ultime secret d’Akhenaton » est un roman de 247 pages (Ed. Baudelaire, 2024) qui présente une forte saveur de spiritualité, et du soufisme dans ce qu’il signifie de pureté.
Le livre appelle à la renégociation de son identité et la déconstruction des béates certitudes. Il oriente vers une lecture intelligente et tolérante des religions et suggère de considérer la réelle majesté de Dieu souvent préféré aux temples par ignorance. Banquier international, Dia est un ingénieur diplômé des grandes écoles en France et de Harvard Business School, féru d’histoire, de philosophie et de littérature. Roumain par sa mère, le Sénégalais vivant au Canada et parcourant le monde entretient ici de son propos littéraire.
Parlant littérature, ce roman est écrit avec une grande justesse et un rythme entrainant. Combien de temps ont pris sa structure et sa réflexion ?
Pour dire vrai, je n’ai pas pensé en termes de méthodes d’écriture comme une structure préétablie ou une forme de gros œuvre dans un bâtiment. J’avais une idée globale de ce que je voulais dire, j’ai écrit les dix premières pages comme elles me sont venues.
Les autres pages, quelque part, se sont écrit toutes seules. C’est une aventure extraordinaire que j’ai vécu avec ce premier roman. Ce livre m’est apparu comme une évidence.
En revanche, et peut-être cela tient de ma formation scientifique, chaque fois que j’avançais en arguments ou mentionnais un lieu, c’était toujours un argument ou un lieu réel qui existe, que je connaissais ou vérifiais. C’est comme une démonstration mathématique où chaque avancée est connue et certifiée.
Il y a justement une forte saveur de carnet de route.Avez-vous subi ces endroits que vous énoncez ?
Carnet de route sied parfaitement à ce que j’ai fait. Ce sont des lieux que je n’ai pas tous forcément subis, mais que j’ai aimés. Et j’ai trouvé que dans la trame du livre, ces endroits seyaient parfaitement à ce que j’allais décrire par rapport aux personnages ou aux situations.
En attribuant le Field à Thierno, vous dites un fantasme ou vous corrigiez un impair ?(Rires)
Vous savez, tout mathématicien a ce rêve absolu de la Médaille Field. C’est ma passion, ma formation de départ, et j’ai dû bifurquer dans le monde de la finance. Mais, au fond de moi, c’était un rêve secret. Malheureusement, c’est trop tard pour la Médaille Field parce qu’il faut avoir moins de 40 ans.
S’agit-il réellement d’un roman ?
Je perçois la subtilité, et je répondrais que ce n’est pas un roman autobiographique. Mais il est vrai que les personnages, les lieux et les situations font référence à des entités qui existent. Certains personnages sont des compositions de plusieurs personnages que je connais, d’autres sont des personnes lus ou estimés.
Mais c’est un roman authentique dans le sens où je me suis beaucoup donné. Ce roman me ressemble beaucoup.
Ce n’est pas autobiographique dans le sens chronologique, mais les messages et la saveur qu’il contient renvoie à mon identité.
Il vous définit ?
Je ne dirai pas qu’il me définit, car comme pour chaque humain je suis plus complexe que ce que j’écris. Mais ce roman est sincère, pas totalement de ce que je suis, mais de ce que je pense. C’est un roman assez éclectique, qui parle de plusieurs endroits. C’est un mélange du monde. En cela il me ressemble car de toute ma vie je n’ai fait que voyager. Il parle de sciences, de soufisme, d’ésotérisme, d’histoire, … et ça aussi c’est moi en termes de pensées. Sur le rapport spiritualité et religion, je ne suis pas loin de ce qui est dans ce roman.Vous faites bien d’employer le qualificatif éclectique.
Dans la der, vous rassemblez 4 personnages riches et très différents de leurs systèmes pour porter le message providentiel. Pourquoi ce choix ?
Pour dire que le monde est complexe et multiple. De plus en plus, malgré les avancées technologiques, malgré la super circulation de l’information, les civilisations sont encore plus polarisées. On exige aux gens de se déterminer en race, en communauté, en religion, etc.
Je pense que l’avenir de l’humanité est dans le syncrétisme, que l’être humain est bien plus complexe qu’une seule entité. On ne peut pas demander au métis de se déterminer, il est chacun de son métissage. Il est de partout. La philosophie générale est de dire qu’on peut être plusieurs choses en même, qu’il faut se déconstruire.
Il faut refuser l’obscurantisme, qui est une plaie de l’humanité et gagne de plus en plus de terrain.
Nous n’en sommes pas là parce que cherchant à presque tout caricaturer ou imager, à figer les choses en un aspect ?
Je suis tout à fait d’accord. Je pense d’ailleurs que c’est pour des besoins de simplification. La caricature peut être une indigence spirituelle qui fait qu’on simplifie les choses pour fuit leur complexité.
Et en simplifiant, on omet beaucoup de subtilités qui portent le goût du sujet. Parlant de religion et de science, une de leurs différences fondamentales c’est que les religions sont souvent fondées sur des certitudes or les méthodes scientifiques tiennent en leur recherche de convictions.
C’est différent ! La certitude est une vérité à laquelle on se cramponne, et on refuse ou a peur de la mettre en cause. Car si on la questionne, c’est son équilibre propre qui change, d’où les réactions de violence, etc. Même devant l’évidence, la certitude reste têtue. Or la vérité scientifique est une vérité du moment.
La science accepte de changer cette vérité si une autre vérité supérieure lui est opposée. On pensait que la terre est plate, Galilée soutiendra qu’elle est ronde, et aujourd’hui on sait qu’elle est aplatie aux pôles.
Enfin, je ne mets pas une échelle de valeur entre les deux je constate simplement.Qu’est-ce qui a guidé le choix de la dépositaire et du médiateur, qui est par ailleurs la grande surprise du livre ?Pour plusieurs raisons.
D’abord j’ai voulu du mystère et de la surprise dans le livre. Avec votre question je peux dire que j’ai réussi (Rires). J’ai aussi aimé que ce soit une femme qui soit l’élue, parce que la plupart des philosophies des religions met l’homme au centre. J’ai voulu casser le code, dire que la femme est un Homme aussi. Je ne connais pas de religion révélée où la femme porte le message.
Le fait que la messagère soit la dépositaire de la nature m’a aussi beaucoup interpelé. Je pense que, dans la nature, on peut retrouver ce Dieu dont les hommes se gargarisent. C’est aussi une femme qui vient de rien, qui avait une vie dissolue, que la vie avait rendu endurcie et qui a vaincu.
J’ai préféré ce symbole, pour dire que pour porter un message d’humanité, il n’y a pas qu’une question de connaissance. C’est plus profond que cela.
Justement, parlant écologie, comment l’humain doit habiter l’environnement ou plutôt cohabiter avec cet environnement qu’il a tendance à mépriser ?
C’est un vaste débat. Et les débats sont tellement polarisés qu’on oppose une gestion optimale de la nature avec le besoin de croissance, de développement, de nourriture de la population, etc. C’est un sujet politique, c’est compliqué d’en tirer une réponse nette.
Mais je sais que nous sommes obligés, d’une manière ou d’une autre, à trouver un consensus avec la nature. Parce que la nature, elle se venge toujours. Encore, au fond, la nature n’a pas besoin de l’être humain, mais ce dernier a besoin lui de la nature.
Poussons les choses à leur extrémité : imaginons que l’homme détruise la nature au sens terrestre du terme avec par exemple une bombe atomique pour tout brûler. Ce qui se passera dans quelques siècles, c’est que la nature va se régénérer et l’être humain ne sera plus là. Il y a eu dans l’histoire de la terre cinq extinctions de masse. Il ne restait que 1%, et pourtant la nature est revenue.
L’être humain a besoin de la nature et non l’inverse. La terre existe depuis six milliards d’années, or l’homo sapiens est apparu il y 150 000 ans. La terre est du système solaire dont il est l’une des plus petites planètes.
Le système solaire fait partie d’une galaxie, la voie lactée qui compte des milliards de soleils. La voie lactée elle-même est une galaxie toute petite dans des milliards d’autres galaxies. Tout ceci se trouve dans l’univers visible qui forme 1% de l’univers total. Il faut lire le coran. Il y a à se poser des questions.
Dans le livre, vous sublimez l’art …
On oppose souvent les artistes aux scientifiques. Ces derniers étant considérés comme des gens bien rationnels, avec des choses bien droites bien carrées. Et des artistes, on dit qu’ils vont dans tous les sens. Or, les plus grands scientifiques sont souvent des artistes.
L’un va avec l’autre. L’art est la vision du beau, de l’agréable, de ce qui est bon. Ce qui est beau n’est pas forcément utile. C’est ça l’esthétique. Pour moi, l’art s’adresse aux sens. Je pense d’ailleurs que le monde est ce qu’il est car il est en déficit d’art. On cherche tellement l’utilitaire, tellement le mécanique, qu’on en oublie de nourrir nos sens.
La peinture, la musique, la gastronomie, le spectacle, etc. C’est cela l’art, et c’est nous.
D’autres livres en vue après ce premier ?
Oui. Il y en a que je pense terminer d’ici la fin de l’année.
Un avant-goût ?
Ce sera un livre qui va encore me ressembler. C’est une fiction basée sur des faits réels. C’est de l’hyper-réalité, je dirai. C’est une histoire qui se passe au 14e siècle et qui reliera l’Empire du Mali et la France avec le royaume des Capétiens. C’est toujours ce lien entre les continents.
«LES AVANCEES EN INTELLIGENCE ARTIFICIELLE VONT PERMETTRE UNE PERSONNALISATION DES IMAGES»
Tidiane Ba, le spécialiste senior de la conception visuelle et de la production d’Akademiya 2063, nous parle de son amour pour la photographie à travers une exposition qu’il déroule dans le cadre de la 15ème Biennale de l’art africain contemporain
Tidiane Ba, le spécialiste senior de la conception visuelle et de la production d’Akademiya 2063, nous parle de son amour pour la photographie à travers une exposition qu’il déroule dans le cadre de la 15ème édition de la Biennale de l’art africain contemporain. Chargé de la gestion et de la production de toutes les communications visuelles, y compris la conception d’imprimés, les graphiques Web, la photographie, la production vidéo et la stratégie de marque pour A2063 et ses programmes, Tidiane parle de l’évolution de la photographie en prenant en compte le développement des Tic.D’où vous vient l’amour pour les photos ?
Mon amour pour le photo-reportage s’est développé lorsque j’ai réalisé que la photographie pouvait être plus qu’une simple représentation visuelle. C’était un moyen de raconter des récits poignants, de documenter des réalités souvent oubliées et de donner une voix aux voix silencieuses. Armé de mon appareil, j’ai sillonné des villes et des contrées lointaines, capturant des visages, des scènes de vie quotidiennes marquées par l’histoire des paysages déchirés par le temps, et des moments d’une beauté éphémère.
Etes-vous un artiste introverti ?
Au fil des ans, j’ai vu mes photos non publiées, non exposées dans des galeries. Jusqu’à cette opportunité offerte par la Biennale de Dakar 2024 à travers le Pavillon du Sénégal.
Où vous mène votre voyage ?
Aujourd’hui, je continue mon voyage, explorant de nouveaux territoires visuels et cherchant toujours à capturer l’âme fugace de l’humanité à travers mon objectif. Pour moi, chaque photographie est une histoire en soi, une mémoire gravée dans le temps, témoignant de mon amour infini pour l’art et le pouvoir transformateur de l’image.
Que vous inspire la quinzième édition de la Biennale de l’art contemporain ?
La quinzième édition de la Biennale de l’art africain contemporain 2024 au Pavillon du Sénégal se passe assez bien. Le jour de l’ouverture, on a eu la visite de Son Excellence le Président Bassirou Diomaye Faye et de la ministre de la Culture. Il y a un engouement et beaucoup de visiteurs depuis lors.
Et vos photos exposées dans le cadre de cette biennale, pouvez-vous nous dire leur particularité ?
Dans cette biennale, les photos que j’expose sont 2 séries de reportage : c’est une exploration visuelle du lien profond qui existe entre le travail humain, le don de soi pour la communauté, la foi et la récompense divine. Je cherche à témoigner de la force de la foi et de la spiritualité dans la vie quotidienne des individus, et de la manière dont ces croyances façonnent leur perception du travail et de sa valeur. Ma série de photographies capture des moments intimes et authentiques où le travail devient un acte de dévotion, une expression de gratitude envers le Créateur.
Quel est l’effet recherché à travers vos photos ?
Mon objectif est de nourrir le dialogue autour des valeurs spirituelles et éthiques qui guident notre travail, et d’encourager une vision plus holistique et inclusive de la réussite et de la récompense. J’ai réalisé ces 2 séries durant l’été 2023 et pendant le Ramadan 2024.
Parlez-nous de l’évolution de la photographie avec le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication ?
L’évolution de la photographie, influencée par les Nouvelles technologies de l’information et de la communication (Ntic), est encore à ses débuts, pour moi, cela va se caractériser par une démocratisation de l’accès aux outils de création visuelle, par une simplification des techniques de prise de vue et de retouche, et une accélération de la diffusion des images. Les smartphones et les plateformes sociales vont faciliter la production et le partage instantané de photos, donnant une voix à un plus large éventail de créateurs.
Les avancées en intelligence artificielle, en réalité augmentée, et le traitement numérique vont permettre une personnalisation des images et ouvriront de nouvelles perspectives créatives, et aussi de soutenir la préservation et la diffusion du patrimoine visuel africain. Le potentiel de l’Ia peut favoriser des récits plus inclusifs, interactifs et immersifs. Il pourrait également contribuer à un changement profond dans la manière dont l’Afrique est perçue à travers l’objectif de la photographie. Mais attention, ces technologies génèrent des défis liés à la protection de la propriété intellectuelle, à la gestion de la surabondance visuelle et l’impact sur la perception de la réalité. Pour moi, je préfère voir le bon côté des choses, elles vont enrichir la photographie tout en redéfinissant son rôle dans la société contemporaine.
Que pensez-vous de l’avenir de la photographie classique ?
La photographie classique, avec ses techniques traditionnelles comme la photographie argentique et l’utilisation de matériels manuels (appareils reflex, chambres obscures, etc.), est indéniablement en déclin face à la montée en puissance des technologies numériques. Cependant, elle ne risque pas nécessairement de disparaître. Elle résistera sous la forme d’un art de niche, d’une pratique artistique et d’un moyen d’expression valorisé pour son authenticité et sa profondeur. Plutôt que de disparaître, la photographie traditionnelle pourrait évoluer en parallèle avec les avancées technologiques, en répondant à une demande spécifique pour ceux qui recherchent une expérience différente, plus tactile et plus réfléchie. Dans le cadre de l’éducation photographique, pour la compréhension de la lumière, de la composition et des bases de la photographie. Il va falloir continuer d’enseigner les techniques classiques. La maîtrise de l’argentique permet aussi une meilleure appréciation des technologies numériques, car elle aide à comprendre la manière dont les appareils fonctionnent au niveau fondamental.
Avez-vous trouvé votre compte à travers la biennale en termes de vente de vos expositions ?
La Biennale de Dakar offre effectivement un cadre propice à la vente des œuvres des artistes exposants. Bien qu’elle soit avant tout une plateforme de présentation et de célébration de l’art contemporain africain, elle a mis en place un ensemble d’initiatives qui facilitent l’achat et la vente des œuvres. Cela inclut la collaboration avec des galeries, des espaces dédiés à la vente, ainsi que des partenariats avec des acteurs institutionnels et privés qui soutiennent les artistes à la fois sur le plan de la visibilité et de la commercialisation.
Mais je n’ai pas encore senti cela au niveau du Pavillon du Sénégal, donc toujours pas de vente ni de contact avec des galeristes ou collectionneurs pour le moment. Je pense que l’Etat du Sénégal devrait acheter au moins une œuvre à chaque exposant du Pavillon du Sénégal et décorer les salles d’attente, de réunion et ou bureau des ministères, mais aussi dans nos ambassades respectives en Afrique et à l’étranger. J’ose espérer que cette biennale va jouer un rôle catalyseur dans ma carrière artistique. Je vais améliorer ma technique et ma démarche artistique pour aller conquérir le monde.
DAK’ART 2024, CLAP DE FIN
Une performance intitulée « Algorithm ocean, true blood moves » (mouvements sanguins algorithmiques), une plongée dans les mémoires des corps afro-diasporiques de l’artiste français d’origine martiniquaise Julien Creuzet, a clôturé, le Dak’Art samedi...
Une performance intitulée « Algorithm ocean, true blood moves » (mouvements sanguins algorithmiques), une plongée dans les mémoires des corps afro-diasporiques de l’artiste français d’origine martiniquaise Julien Creuzet, a clôturé, samedi, la quinzième édition de la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar, a constaté l’APS.
La vieille bâtisse de l’ancien palais de justice du Cap Manuel, lieu d’exposition de la sélection officielle ou In du Dak’art, a été envahie à cette occasion par une foule nombreuse, venue assister au spectacle.
Selon Julien Creuzet, cette pièce de renverse la mémoire transatlantique de l’esclavage grâce à la connectivité mondiale des réseaux sociaux.
Interprétée par sept jeunes danseurs venus de l’école Alvin Ailey de New York, aux Etats-Unis d’Amérique, la performance questionne un peu l’algorithme, les réseaux sociaux, notamment les platefomes tik tok et instagram, a fait savoir l’artiste.
Il s’agit, souligne Julien Creuzet, de « montrer comment certains gestes sont utilisés par la jeunesse dans les réseaux sociaux, mais aussi comment ces mêmes gestes relatent une histoire beaucoup plus ancienne liée à la traite des esclaves, à l’exil et l’éveil ».
Au rythme des résonances du tambour traditionnel martiniquais (Tambour bêlé) du musicien Boris Percu, ces jeunes enchainent des gestes musculaires bien harmonisés, interprétant ainsi la « Shatta », un genre émergent de dance hall électronique martiniquais.
Le tout est accompagné de la belle voix de la chanteuse haïtienne Malou Beauvoir, qui partage un chant ancestral en langue créole, gratifiant le public métissé d’une soirée mélodieuse.
« Algorithm ocean true blood moves » est « un choix curatorial qui fait écho au thème de cette quinzième biennale de Dakar +The Wake, l’éveil, le sillage+ », a soutenu Julien Creuset.
Julien Creuset avait représenté la France lors de la 60e édition de la Biennale de Venise en Italie. Il avait fait appel à la chorégraphie, la musique et la sculpture pour explorer la mémoire musculaire collective des mouvements à travers l’Atlantique noire.
A travers la performance « Algorithm ocean true blood moves », conçue avec la chorégraphe brésilienne Ana Pi, les artistes ont marqué de manière époustouflante le clap de fin de Dak’Art 2024.
Cette performance a été présentée pour la première fois sur le continent africain grâce à « Hartwig art foundation » en collaboration avec « Performa » et le Dak’Art 2024.
RESTITUTION DES BIENS CULTURELS, LE MUSÉE DES CIVILISATIONS PLAIDE POUR UNE NOUVELLE DYNAMIQUE
Lors du vernissage de l’exposition ‘’Demoon Dikkaat - Les Restitués’’, consacrée au sabre d’El Hadji Oumar Tall, Mohamed Abdallah Ly, a insisté sur la nécessité d’une approche panafricaine et proactive pour récupérer les objets culturels africains.
Dakar, 8 déc (APS) – Le Directeur général du Musée des civilisations noires (MCN), Mohamed Abdallah Ly a insisté sur la nécessité d’entrer dans « une nouvelle séquence » dans le cadre du débat sur la restitution des objets culturels africains conservés dans des musées occidentaux.
‘’(…) il nous faut entrer dans une nouvelle séquence où nous sommes maîtres des perspectives agitées au niveau des débats, de l‘agenda et du langage’’, a soutenu le directeur général du Musée des civilisations noires.
Il intervenait lors du vernissage de l’exposition intitulée ‘’Demoon dikkaat-Les Restitués’’ sur le sabre d’El Hadji Oumar Tall (1797-1864) restitué au Sénégal, le 17 novembre 2019 par la France.
Il estime que »c’est dans un élan panafricain avec l’appui des actuels gouvernants qui sont sur des questions d’émancipation, de révolution culturelle, que l’on peut arriver à recouvrer ce patrimoine culturel » africain se trouvant dans les musées occidentaux.
À l’initiative du président français Emmanuel Macron, l’économiste sénégalais Felwine Sarr et l’historienne d’art française Bénédicte Savoy ont rendu, en 2018, un rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain spolié pendant la colonisation et gardé dans les musées occidentaux.
De nombreux pays africains comptent sur la mise en œuvre effective des recommandations de ce rapport pour entrer en possession de certains objets culturels les plus emblématiques du point de vue de leur identité et de leur histoire.
Au moins 88 000 objets provenant de l’Afrique subsaharienne sont présents dans les collections publiques françaises, dont près de 70 000 dans le seul musée du quai Branly-Jacques Chirac, à Paris, quand les inventaires des musées africains ne dépassent pas les 3 000 à 5 000 objets, selon la plupart des spécialistes.
Le Musée des civilisations noires, à travers cette exposition, »s’exprime dans son langage pour exposer son point de vue sur ce débat », a indiqué Mohamed Abdallah Ly.
Le sabre d’El Hadji Oumar Tall, le seul objet restitué au Sénégal depuis l’annonce du président Macron, à l’université de Ouagadougou le 28 novembre 2017, »est isolé dans cette salle d’exposition afin qu’il raconte sa propre histoire », selon M. Ly, l’un des commissaires de cette exposition.
L’exposition invite le visiteur à se poser des questions sur la restitution des biens culturels annoncée en grande pompe et qui sept ans après n’est pas effective malgré les assurances du président français.
Parlant au nom de la famille Omarienne, Amadou Moctar Tall a demandé une restitution du patrimoine d’El Hadji Oumar Tall, évoquant plus de 500 manuscrits se trouvant à la Bibliothèque nationale de Paris, énumérant des kilos d’or, des tambours, etc.
S’interrogeant sur l’arrêt de ce processus initié par le président français, il a invité les autorités sénégalaises et françaises à terminer cette restitution des biens culturels africains.
Prenant part à cette exposition, le secrétaire d’Etat à la Culture, Bakary Sarr, chargé des Industries créatives et du Patrimoine historique a réitéré, l’engagement du Sénégal à récupérer son patrimoine qui lui revient de droit.
‘’Les autorités sénégalaises sont dans cet esprit et restent dans cette dynamique de restitution de la souveraineté culturelle du Sénégal’’, a insisté M. Sarr qui a pris part à cette exposition, en présence du Haut représentant du président de la République Aminata Touré.
Le vernissage de l’exposition ‘’Demoon dikkaat-Les Restitués’’ entre dans le cadre de la célébration du sixième anniversaire du Musée des civilisations noires.
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
LES BONS RESSENTIMENTS D’ELGAS OU LES VAGUES ÉMANCIPATRICES DE LA DÉCOLONISATION
EXCLUSIF SENEPLUS - L'auteur produit ici un ouvrage très intéressant sur la charge éreintante de la déconstruction mentale post-coloniale qui occupe encore la vie intellectuelle africaine. Un penseur et un écrivain talentueux, humaniste et universel
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
Dans l’arrière-pays mental d’Elgas, on peut reconnaître toutes les traces d’un penseur et d’un écrivain talentueux, humaniste et universel.
L’essai littéraire est un terrain fertile pour explorer des idées complexes et qui nécessitent souvent plusieurs tentatives. L’essai, à l’appui d'arguments précis, repose sur la réflexion et l’analyse de faits convoqués pour la circonstance. C’est le genre par excellence qui remet en cause la pensée et oblige le lecteur à reconsidérer son arsenal subjectif. L’essai est un court traité d’idées qui se focalise sur un sujet éclairé à travers un prisme choisi. Cet espace très important de l’expression critique est un élément fondamental de la pensée et de ses contradictions.
Dans son ouvrage, Les bons ressentiments. Essai sur le malaise post-colonial, El Hadj Souleymane Gassama, alias Elgas, passe en revue, à travers la littérature, la pensée intellectuelle et les sciences humaines de ces dernières décennies, les causes de l’inconfort africain, pour celui qui, par ses connaissances, son talent, son sens artistique, tente de déjouer tous les pièges de l'œuvre post-coloniale. L’auteur, par des chapitres progressifs, passe au crible tous les méfaits intellectuels et humains qu’a engendrés la colonisation.
Ainsi, il évoque plusieurs thématiques qui s’inscrivent dans cette démarche réflexionnelle. Sans tabou, il décrit les ravages de l’aliénation définie par Cheikh Anta Diop ou Franz Fanon entre autres, et comment une nouvelle ère s’est ouverte pour combattre toute allégeance au centrisme européen. Il dresse le portrait de ceux qu’on a accusés d’être des traîtres à l’identité africaine, des accusations parfois maladroites, car elles peuvent être perçues comme stériles.
De même, Elgas convoque le principe des nouveaux rebelles, défendant le panafricanisme et la renaissance, comme armure contre l’aliénation. Mais cette posture contient des nuances qu’il convient toujours de questionner. Car selon lui, il y aurait d’un côté les Africains du continent et les Africains de la diaspora, déjà façonnés par la culture de l’ailleurs ou plutôt de l’exil et qui n’auraient pas les mêmes perceptions de la tension permanente qui existe entre être africain et se penser en tant que tel et être africain déraciné au contact d’un espace qui fait tout pour enfermer. Car il faut le dire, l’accueil social réservé aux nouveaux immigrés est toujours stigmatisant. Il en va de même pour la jeunesse née en Europe, issue d’Afrique, qui est encore et toujours reléguée au second plan de l’organisation occidentale. Pour résister à l’aliénation identitaire, la littérature a souvent proposé deux visions : l’afro-pessimisme versus l’afro-optimisme. Mais cela ne semble pas suffire, nous dit Elgas. Car il y a notamment la question des langues nationales qui ne sont pas devenues les langues d’écriture. Dans la production scientifique ou littéraire, celles-ci combinent parfois à la langue française une forme de « tropicalisme » qui peut encore s’apparenter à une forme de soumission culturelle.
Ainsi, Elgas fait ici un portrait objectif de la situation de l’ère post-coloniale en Afrique et à travers sa diaspora qui n’en a pas encore terminé avec la justification identitaire. Alors quelle proposition fait Elgas pour remédier à ce trouble encore à l'œuvre ? Une bonne nouvelle, c’est de poursuivre la résistance en tout temps et en tout lieu car il existe toujours une faille dans laquelle toute entreprise de colonisation ne prend pas forme. Le simple refus à toute compromission est absout de toute aliénation et de toute corruption de l’esprit. Accepter le terme de “décolonisation” induit la réussite de l’empire colonial, défend Elgas. Force est d’admettre que nous avons conservé une grande partie de notre civilisation et de notre profondeur culturelle. L’avenir et la modernité sont également des affaires africaines, sans être assujetties à un ordre décolonisé. Il ne s’agit plus pour le continent africain d’entrer ou de sortir de l’espace colonial mais bien d’exister par lui-même et pour lui-même. Le risque étant de perdre trop de temps à discourir sur le désordre post-colonial alors que les Africains sont en mesure de créer un espace qui leur ressemble. Et l’urgence demeure de refuser la pensée unique pour conquérir une forme de liberté qui ne connaîtra aucune contestation.
Elgas produit ici un ouvrage très intéressant sur la charge éreintante de la déconstruction mentale post-coloniale qui occupe encore la vie intellectuelle africaine. Les contradictions permanentes, les rancœurs, la maltraitance de soi-même, les haines diverses sont les seuls profits à chercher les causes d’un immobilisme lié à l’histoire coloniale. La frise historique du continent africain est très grande, profondément multiple et plurielle. Le continent africain n’a pas pour seul horizon l’occupation européenne et ses méfaits. Elle a existé et a modifié la trajectoire africaine mais sans la déshabiller de ses fondements originels qui sont toujours actifs dans le monde contemporain. La démarche de la renaissance africaine est nécessaire pour recouvrer une pleine confiance mais le continent n’a pas besoin de sortir de la nuit, comme certains le prétendent, il n’a pas à ressusciter, les lumières sont suffisamment nombreuses. Il s’agit plus certainement d’éduquer à la justice cognitive, de porter les flambeaux d’une civilisation qui doit se saisir d’elle-même, de ses atouts pour contribuer, comme toute culture influente, à la modernisation et à l’avenir de l’Humanité.
Amadou Elimane Kane est écrivain, poète.
Les bons ressentiments. Essai sur le malaise post-colonial, Elgas, éditions Riveneuve, Paris, 2023
Avant de confier leur vie à l'océan Atlantique, de nombreux jeunes Sénégalais confient d'abord leur destin aux marabouts. Ces guérisseurs traditionnels, qui mélangent islam et animisme, promettent une protection divine pour la traversée
(SenePlus) - Le quotidien La Croix révèle dans une récente enquête le rôle méconnu des marabouts dans l'émigration clandestine au Sénégal, où ils proposent des protections mystiques aux candidats au départ vers l'Europe, malgré les risques judiciaires encourus.
Dans le vieux quartier de Mbour, à une centaine de kilomètres de Dakar, un marabout reçoit régulièrement des jeunes rêvant de rejoindre l'Europe. Ce port de pêche est devenu l'un des principaux points de départ des pirogues clandestines vers les îles Canaries, situées à 1 500 kilomètres des côtes sénégalaises.
La pratique, bien qu'interdite par la loi sénégalaise de 2005 contre le trafic de migrants, reste très répandue. Selon La Croix, ces marabouts encourent de cinq à dix ans d'emprisonnement pour leur participation à ces traversées périlleuses. Pourtant, dans un pays où l'islam côtoie les croyances animistes, leur influence demeure considérable.
Le journal décrit les rituels complexes proposés par ces guérisseurs traditionnels. L'un d'eux, qui souhaite rester anonyme, explique : "On ne dort plus dès que le bateau prend la mer, il faut l'accompagner spirituellement avec des prières et des incantations tout du long, c'est très fatigant." Il prépare des "ngaw" (ceintures protectrices) et des bains purificateurs mélangeant traditions ancestrales et versets coraniques.
Ces services ont un prix. Si certains marabouts se contentent d'offrandes symboliques, d'autres monnaient leur "protection" jusqu'à 1 500 euros, dans un pays où la traversée elle-même coûte entre 400 et 600 euros. Cette situation a engendré un marché parallèle d'escrocs, comme en témoigne Gora Diop, un commerçant de 45 ans : "Beaucoup se font avoir, je connais un passeur qui s'était associé à six marabouts et avait fait payer 400 000 francs CFA par passager. C'était une arnaque, ils n'avaient même pas de bateau !"
Le sociologue Doudou Gueye, spécialiste des migrations à l'université de Ziguinchor, replace ce phénomène dans son contexte culturel : "Le parcours maraboutique rassure certains candidats qui baignent dans un univers de croyances. Si en Occident on consulte des voyants, au Sénégal ces pratiques accompagnent les grandes étapes et les épreuves de la vie."
Les conséquences tragiques de ces départs se manifestent régulièrement. L'imam Ibrahima Diouf de la mosquée de Thiocé témoigne de son impuissance : "On ne cesse d'en parler, de dénoncer mais ça ne dissuade pas les jeunes. Le problème ne vient pas seulement de ces 'marabouts' mais aussi de la société qui leur fait croire que la seule façon de réussir leur vie, c'est d'aller en Europe."
Le 8 septembre dernier, un drame est venu illustrer les limites de ces protections mystiques : plusieurs jeunes du quartier ont péri dans le naufrage d'une pirogue au large de Mbour. La Croix rapporte que des gris-gris ont été retrouvés sur les corps échoués sur la plage, témoignage silencieux de croyances qui, face à la mer, ne suffisent pas toujours à protéger ceux qui tentent la traversée.