SenePlus | La Une | l'actualité, sport, politique et plus au Sénégal
4 avril 2025
Culture
ADOPTION DU PROJET DE DÉCRET PORTANT COLLECTE DE LA RÉMUNÉRATION POUR COPIE PRIVÉE
La rémunération pour copie privée, instaurée par la loi sur le droit d’auteur et les droits voisins, votée en 2008, est une redevance prélevée sur les supports d’enregistrement tels que les disques durs, les clés USB, les cartes mémoires, CD ou DVD.
Le gouvernement sénégalais a examiné et adopté, mercredi en conseil des ministres, le projet de décret portant collecte de la rémunération pour copie privée, a appris l’APS de source officielle.
Avec l’adoption de ce texte, le gouvernement satisfait ainsi une doléance vieille de plus de dix ans du monde de la culture sénégalaise.
Dès son arrivée à la tête du département de la Culture, Khady Gaye Diène avait indiqué que cette question avait été inscrite parmi ‘’les mesures urgentes’’ de sa feuille de route pour le secteur.
‘’Dans l’élaboration du plan sectoriel du ministère, nous avons mis la question de la rémunération pour copie privée parmi les mesures urgentes. Il le faut impérativement pour qu’à l’heure du bilan, le monde des arts puisse constater qu’il y a eu une avancée remarquable sur cette question-là’’, avait déclaré la ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture.
Elle avait fait cette déclaration lors d’une visite de prise de contact à la Société sénégalaise du droit d’auteur et des droits voisins (SODAV), en mai dernier.
En décembre 2023, les artistes, dans leur ensemble, avaient mené une campagne pour exiger l’application effective des décrets d’application instituant la rémunération pour copie privée.
La rémunération pour copie privée, instaurée par la loi sur le droit d’auteur et les droits voisins, votée en 2008, est une redevance prélevée sur les supports d’enregistrement tels que les disques durs, les clés USB, les cartes mémoires, CD ou DVD.
Elle est destinée à compenser le préjudice subi par les auteurs, artistes, éditeurs et producteurs du fait du manque à gagner résultant de cette utilisation massive et gratuite de leurs œuvres.
La rémunération pour copie privée est une directive de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) signée par le Sénégal.
Sur le continent africain, elle est notamment effective en Algérie, au Burkina Faso, au Maroc, en Côte d’Ivoire, au Cap Vert.
AMADOU MAKHTAR M'BOW, PIONNIER ET MARTYR
La disparition du Sénégalais marque, selon Adekeye Adebajo, la fin d'une ère de leadership africain combatif et visionnaire, loin des "nobodies glorifiés" actuels, "souvent ternes, extrêmement prudents et politiquement conservateurs"
(SenePlus) - Dans un article publié dans Business Day et bientôt dans The Guardian, le professeur Adekeye Adebajo rend hommage à Amadou-Mahtar M'Bow, figure emblématique sénégalaise décédée le 24 septembre 2023 à l'âge de 103 ans.
Adebajo brosse le portrait d'un homme aux multiples facettes, né le 20 mars 1921 à Dakar. "M'Bow était ainsi l'incarnation vivante du 'triple héritage' d'identités africaine, musulmane et occidentale décrite par le chercheur kényan Ali Mazrui", écrit-il. Son parcours exceptionnel l'a mené de l'école coranique aux bancs de la Sorbonne, en passant par l'engagement dans les Forces françaises libres pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le professeur souligne la vision novatrice de M'Bow à la tête de l'UNESCO, citant ses propos avant sa prise de fonction : "Je me méfie un peu d'un humanisme universaliste qui masque souvent l'eurocentrisme. Je préfère le pluralisme, qui acceptent l'identité distinctive de chaque peuple". Cette philosophie a guidé son action à la tête de l'organisation.
Adebajo met en lumière les initiatives audacieuses de M'Bow, notamment son soutien au "Nouvel ordre mondial de l'information et de la communication" (NOMIC). Il explique que l'idée était de "réduire la domination des agences médiatiques occidentales dans le reportage des nouvelles mondiales", ainsi que de lutter contre "la représentation souvent culturellement insensible, stéréotypée et négative du Sud global".
Le professeur qualifie Makhtar M'Bow de "visionnaire" pour ses actions en faveur de la restitution des biens culturels. Il note : "M'Bow a été visionnaire en poussant le 'Comité intergouvernemental pour la promotion du retour des biens culturels à leur pays d'origine ou de leur restitution en cas d'appropriation illicite' en 1978 : des actions que les gouvernements européens ne commenceraient à prendre que dans les années 2010."
Cependant, Adebajo rapporte que cette vision progressiste a suscité une vive opposition de la part des puissances occidentales. Il décrit une campagne de dénigrement sans précédent, accusant M'Bow de délit d'être "anti-occidental et antisémite". Le professeur dénonce : "Le gouvernement américain - soutenu par la Heritage Foundation d'extrême droite et des médias d'entreprise complaisants - a alors lancé une chasse aux sorcières coordonnée contre M'Bow qui avait le même niveau de véracité que les procès des sorcières de Salem au 17e siècle."
L'auteur va plus loin en critiquant la couverture médiatique biaisée de l'époque. Il cite une étude révélant que "61% des sources pour les articles privés des médias grand public américains provenaient de sources officielles de Washington, 14,5% de sources occidentales hostiles 'anonymes', et seulement 21,1% de l'UNESCO elle-même". Il ajoute : "Ironiquement, la campagne médiatique diffamatoire menée par l'Occident a prouvé le bien-fondé de l'argument de M'Bow sur la nécessité de diversifier les sources d'information mondiales."
Malgré ces attaques, Adekeye Adebajo souligne l'héritage considérable d'Amdou Makhtar M'Bow. Il évoque son projet phare, une histoire de l'Afrique en huit volumes.
En conclusion, Adebajo dresse une critique parallèle entre la génération de M'Bow et les représentants africains actuels à l'ONU, qu'il qualifie de "nobodies glorifiés". Il les décrit comme «souvent ternes, extrêmement prudents et politiquement conservateurs, plus intéressés par le prestige, les avantages et les indemnités journalières de leur fonction que par le fait de dire la vérité au pouvoir».
La disparition d'Amadou-Mahtar M'Bow marque, selon Adebajo, la fin d'une ère de leadership africain combatif et visionnaire sur la scène internationale. Son combat pour la diversité culturelle et l'équité mondiale, bien que contesté de son vivant, résonne aujourd'hui avec une acuité renouvelée dans un monde en quête de pluralisme et de justice.
ENCOURAGER L’ECRITURE FEMININE
La première édition du concours «Miss Littérature» débarque au Sénégal le 18 décembre prochain. En effet, la liste des candidates présélectionnées a déjà été publiée après l’appel à candidatures clôturé le 15 septembre 2024.
Le 18 décembre prochain, Dakar accueillera la première édition du concours «Miss Littérature Sénégal». Créé en 2016 au Bénin par Carmen Fimame Toudonou, le concours «Miss Littérature» est, selon Salamata Ousmane Diallo, une initiative qui vise à faire la promotion du livre à travers la lecture et l’écriture, mais aussi à «créer une relève féminine littéraire». Et après l’appel à candidatures, informe la journaliste de la Rfm, 100 participantes, issues des 14 régions du Sénégal et âgées de 18 à 24 ans, prendront part à la phase de présélection prévue le 12 novembre 2024, pour désigner les 10 meilleures d’entre elles. La lauréate va représenter le Sénégal au concours «Miss Littérature Afrique» prévu le 25 juillet 2025 au Bénin.
La première édition du concours «Miss Littérature» débarque au Sénégal le 18 décembre prochain. En effet, la liste des candidates présélectionnées a déjà été publiée après l’appel à candidatures clôturé le 15 septembre 2024. Au total, 100 participantes, issues des 14 régions du Sénégal et âgées de 18 à 24 ans, prendront part à la phase de présélection prévue le 12 novembre 2024 au Centre culturel Blaise Senghor, pour désigner les 10 meilleures d’entre elles, avant la finale qui aura lieu le 18 décembre au Théâtre national Daniel Sorano de Dakar, selon Salamata Ousmane Diallo, journaliste à la Radio futurs médias (Rfm) et membre du comité d’organisation. Créée en 2016 au Bénin par Carmen Fimame Toudonou, cette compétition panafricaine vise à faire la promotion du livre à travers la lecture et l’écriture, mais aussi à accompagner les filles qui s’intéressent à la littérature et qui ont envie d’écrire. «L’objectif de ce concours, c’est de créer une relève féminine littéraire, mais aussi d’accompagner les jeunes filles qui s’intéressent à la littérature et qui ont envie d’écrire», précise Salamata Ousmane Diallo, ajoutant que ce concours participe également à l’éducation. Une noble intention ! Cette compétition se présente comme une opportunité pour ces jeunes filles passionnées des lettres, surtout face au constat de la sous-représentation des femmes dans le domaine de la littérature au Sénégal. «On ne voit pas beaucoup d’écrivaines au Sénégal par rapport au nombre des écrivains. Pour ce concours, ce sont des candidates qui viennent des milieux scolaires, universitaires ou qui sont déjà jeunes auteures.
Donc, ce sont des candidates qui, on le pense, peuvent bel et bien participer à ce concours et tenter leur chance de remporter le trophée national», explique la journaliste.
L’engouement pour cette première édition au Sénégal a été immédiat. «Depuis le premier jour de l’appel à candidatures, en 48 heures, on a reçu la candidature de 80 filles qui ont manifesté leur volonté de participer. Et on a senti que le besoin était là et que ces filles-là s’intéressent à la littérature», a-t-elle fait savoir, tout en précisant que la phase de présélection de ce concours se déroulera en deux étapes notamment, une épreuve écrite, qui permettra de retenir 30 candidates, puis une épreuve orale où l’éloquence, l’articulation et la maîtrise des sujets littéraires seront évaluées. «Sur les 100 candidates, on va choisir les 30 qui vont passer à la phase orale et nous choisirons les 10 qui s’affronteront en finale le 18 décembre 2024. La phase orale, c’est donc d’évaluer la capacité de la lauréate de s’exprimer, son éloquence, l’articulation et tout ce qui tourne autour de la littérature», précise Salamata Ousmane Diallo, rappelant qu’à l’issue de cette compétition, la Miss et ses 2 dauphines seront couronnées et la lauréate représentera le Sénégal à la grande finale africaine de Miss Littérature prévue le 25 juillet 2025 au Bénin.
Membre du comité d’organisation de ce concours, Salamata Ousmane Diallo exhorte également les enseignants et les professeurs à soutenir leurs candidates. «Nous lançons l’un appel à leurs encadreurs, c’est-à-dire les enseignants et les professeurs, à soutenir leurs candidates en les aidant à faire des exercices avant le 12 novembre», a-t-elle lancé. Mais ce n’est pas tout. Au-delà de ce concours, Salamata Ousmane Diallo et son équipe ambitionnent de conquérir les établissements scolaires pour y implanter des clubs de lecture et des bibliothèques. «Après ce concours, on va faire des tournées dans les établissements et essayer de créer des clubs de lecture dans les établissements qui n’en ont pas pour permettre aux élèves d’être en contact avec les livres», a-t-elle conclu.
IBRAHIMA WANE RACONTE L’HISTOIRE D’UNE FIGURE ILLUSTRE
Nombreux étaient ceux qui ont répondu, samedi dernier, à l’invitation du Professeur Ibrahima Wane pour la présentation de son ouvrage «Dr Ibra Mamadou Wane, les secrets d’un serviteur».
Bés Bi le Jour |
Adama Aïdara KANTE |
Publication 16/10/2024
La grande salle de la Maison culturelle Douta Seck était trop petite pour accueillir toutes les sommités littéraires, politiques et culturelles venues assister à la cérémonie de présentation du livre du Professeur Ibrahima Wane. Dans son ouvrage « Ibra Mamadou Wane, les secrets d’un serviteur», l’universitaire rend un vibrant hommage à ce «digne fils du Fouta Toro», tout en retraçant son parcours.
Nombreux étaient ceux qui ont répondu, samedi dernier, à l’invitation du Professeur Ibrahima Wane pour la présentation de son ouvrage «Dr Ibra Mamadou Wane, les secrets d’un serviteur». La cérémonie de dédicace, organisée à la Maison de la Culture Douta Seck, a réuni des personnalités politiques, culturelles, des représentants de la société civile, des élèves et étudiants, ainsi que des amis et membres de la famille de l’auteur. Cet afflux témoigne de l’importance de Dr Ibra Mamadou Wane, considéré comme un «digne fils du Fouta», un homme qui a servi son pays avec dévouement.
Cet ouvrage de 209 pages, publié par L’Harmattan Sénégal, est à la fois un hommage d’un neveu à son oncle et un témoignage qui retrace la vie du Dr Ibra Mamadou Wane. À travers ce livre, l’auteur restitue un pan significatif de l’histoire politique et culturelle du Sénégal. Il s’agit d’un récit accessible et enrichi d’archives, y compris des photographies, qui permettent de revivre les étapes marquantes de la vie de Dr Ibra Mamadou Wane, tout en illustrant l’histoire d’un fils du Fouta Toro, dont l’impact a résonné à travers toute l’Afrique de l’Ouest.
«Cet ouvrage n’est pas un catalogue de louanges»
Abdoulaye Elimine Kane a souligné que «c’est un livre que tout vrai écrivain aimerait écrire, et que tout amateur de bons livres devrait lire» parce que «bien écrit, avec simplicité, précision et rigueur». L’ancien ministre de la Culture d’ajouter : «Ce n’est pas un livre rempli de louanges, et on peut l’aborder de plusieurs façons. Personnellement, j’ai commencé par la fin, à travers les photos, mais on peut aussi l’aborder par les souvenirs d’adolescence ou la politique.» Il a également salué la qualité du travail de recherche, précisant que «ce livre n’est pas simplement un récit sec d’une vie, il est écrit pour être lu, presque comme un conte».
Quatre axes d’intérêt du livre
Le Directeur du livre et de la lecture, Ibrahima Lô, qui a présenté l’ouvrage, a salué le travail d’archivage réalisé par l’auteur, soulignant la précision et la richesse des informations. «Ibra Mamadou Wane fait partie de ces bâtisseurs qui méritent d’être célébrés. Cet ouvrage va au-delà de l’hommage à un grand homme, il révèle de nombreuses facettes de notre histoire nationale et de notre mémoire collective», a-t-il déclaré.
M. Lô a également décrit les quatre axes majeurs du livre. Le premier porte sur Mboumba, un acteur clé dans le processus d’islamisation du nord du Sénégal. Le deuxième met en lumière des figures remarquables de notre mémoire collective. Le troisième traite des bénéfices d’une diplomatie fondée sur la fierté et la dignité. Enfin, le quatrième se concentre sur le parcours de Dr Ibra Mamadou Wane, un bâtisseur animé par la foi, la générosité et la solidarité fraternelle.
Très ému, le Professeur Ibrahima Wane a confié que ce livre n’est pas seulement l’histoire d’un homme. «C’est l’histoire du Sénégal, voire de l’Afrique de l’Ouest, à travers la transmission d’un patrimoine culturel, social, économique et politique, qui nous permet de relever les défis futurs», a-t-il affirmé. La cérémonie s’est terminée par des prestations musicales traditionnelles, avec Baba Maal et la troupe des Gawlo.
par Fatou Kassé-Sarr
LE XALAM2 ÉLECTRISE PARIS
Avec une énergie défiant le temps, les neuf musiciens ont offert une prestation mémorable, parcourant un répertoire riche et diversifié. Ce concert marque une étape importante dans leur tournée anniversaire, qui les mènera jusqu'à Dakar
55 ans de légende et une actualité toujours brûlante
Samedi 12 octobre, le Pan-Piper à Paris a vibré au rythme du Xalam2, groupe mythique de la musique africaine, pour un concert d’exception célébrant leurs 55 ans de carrière. Après une escale à Genève, la sortie de leur nouvel EP « Retour aux Sources », et une table ronde sur l’impact de leur musique, le groupe a offert une prestation mémorable à un public venu en nombre.
Dès les premières notes, la magie opère. Les neuf musiciens, incluant une section de cuivres, déploient une énergie scénique stupéfiante, démentant leur longévité. Le Xalam2, figurant dans le prestigieux classement des « Great Black Music » – mouvement célébrant l’excellence des musiques noires à travers le monde – prouve une fois de plus son statut de légende vivante.
Pendant près de deux heures, le groupe traverse son répertoire, chantant dans plusieurs langues africaines, affirmant ainsi sa dimension panafricaine. Ce qui frappe particulièrement, c’est la pertinence actuelle de leurs anciennes chansons. Des titres comme par exemple « Leeboon », « Walyane » ou « Nderane », abordant des thèmes tels que la place des femmes, l’immigration ou l’avenir incertain des jeunes africains, résonnent encore aujourd’hui avec une force prémonitoire. Ces paroles, écrites il y a des décennies, semblent avoir anticipé les défis contemporains, donnant à leur musique une dimension intemporelle et une actualité criante.
Le public, aussi diversifié que leur musique, unit générations et origines dans une ambiance chaleureuse, telle une grande famille rassemblée par la force de la musique du Xalam2. L’engagement social et politique du groupe, loin d’être un vestige du passé, continue donc de toucher et d’inspirer, prouvant que leur voix reste un outil puissant pour éveiller les consciences et promouvoir le changement.
Ce qui frappe également, c’est la capacité du groupe à se régénérer. De nouvelles générations de musiciens, biberonnées au son du Xalam2, apportent leur touche d’originalité, perpétuant ainsi le mythe et entrant à leur tour dans la légende. Cette fusion entre l’héritage musical et les nouvelles influences permet au groupe de rester pertinent et captivant pour un public multigénérationnel.
À la fin du concert, le public en redemande, preuve que l’énergie du Xalam2 n’a pas pris une ride. Chaque prestation laisse les spectateurs avec une envie irrépressible de replonger dans cette ambiance unique, où la musique transcende le simple divertissement pour devenir un vecteur de réflexion et de prise de conscience.
« Retour aux Sources » leur EP sorti le 21 juin 2024 est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes digitales.
La tournée anniversaire continue ! Prochain rendez-vous : Dakar, le 30 novembre 2024, pour une célébration qui s’annonce déjà mémorable. Le Xalam2 prouve une fois de plus que sa musique transcende le temps et les frontières, unissant les générations dans un même élan de joie, de partage, et d’engagement social.
felwine sarr en conversation avec mamadou diouf
VIDEO
L'ÉQUILIBRE FRAGILE D'UNE NATION
EXCLUSIF SENEPLUS - Entre traditions ancestrales et aspirations modernes, le Sénégal cherche à redéfinir son identité collective, au-delà du modèle "islamo-wolof" hérité de l'ère coloniale. Comment y parvenir ?
Dans le dernier numéro de l'émission "Chroniques d'un temps politique" animée par Felwine Sarr, l'historien Mamadou Diouf offre une analyse perspicace de la construction et de l'évolution de la nation sénégalaise.
Au cœur de son propos, Diouf révèle comment le modèle « islamo-wolof », forgé durant l'ère coloniale, a jeté les bases de l'identité nationale sénégalaise. Ce modèle, loin d'être monolithique, a progressivement intégré diverses communautés et régions périphériques, créant un tissu social complexe et dynamique.
L'indépendance marque un tournant crucial dans la formation de l'imaginaire national. Des figures comme Léopold Sédar Senghor ont œuvré à la création d'un récit commun, s'appuyant notamment sur le concept de "parenté à plaisanterie" pour tisser des liens entre les différentes communautés.
Diouf souligne l'équilibre délicat qui caractérise la construction nationale sénégalaise : d'un côté, la reconnaissance des spécificités communautaires ; de l'autre, l'émergence d'une culture politique vernaculaire partagée. Cette dualité a permis l'instauration d'un espace public où les différentes composantes de la société peuvent interagir et négocier.
Aujourd'hui, le Sénégal fait face à des tensions qui entraînent un décalage entre les imaginaires traditionnels et les aspirations nouvelles, particulièrement celles de la jeunesse. Cette génération, ancrée dans le local mais ouvert sur le monde, redéfinit les contours de l'identité nationale.
Le défi qui se présente au Sénégal, et plus largement à l'Afrique, est de repenser le concept même de nation. Mamdou Diouf plaide pour des formes de gouvernance plus souples, capables de reconnaître la pluralité des communautés tout en s'inscrivant dans ce qu'il appelle le "temps du monde" - une universalité qui ne nie pas les particularismes.
par Elie Charles Moreau
LA CULTURE, PARENT PAUVRE DU NOUVEAU RÉFÉRENTIEL 2050
Les nations et les peuples, tout autant les États, ne se distinguent pas forcément par des produits intérieurs ou nationaux bruts mais, sûrement, par la manière dont on y prend en charge la culture !
Un seul regret et d’amer en tous plans et points de vue : la Culture encore mise, sinon remise, au 3è sous-sol ! (….)
Pour la Culture, il faut qu’on cesse d’en être encore à, tous les jours, devoir, malgré nous, tourner en rond en sautillant et, encore malgré nous, en clamant, comme c’est le cas depuis le siècle dernier : « la Culture est au début et à la fin du développement » !
Et puis ? Plus rien de viable si ce n’est de constater, en les déplorant seulement, l’incivisme sans répit croissant, la perte en continu des valeurs qui nous restituent à nous-mêmes, les acteurs socioculturels toujours se rongeant et les hardes et les sangs, des comédiens sans cesse flirtant avec la précarité et les affres du quotidien, des éditeurs et écrivains en légitime attente de tout et trop loin de pouvoir vivre de leur art et profession, le livre et la lecture comme prédestinés à la banalisation (et dire qu’il n’est pas une autorité d’Etat qui ne leur doive formation et instruction civiques, savoir-être, savoir-faire, savoir-vivre et réussite sociale).
Mais, il est aussi, en un tel paquet de désordres et fautes de goût, une outrancière folklorisation des objets qui donnent sens au secteur et en constituaient l’âme ! Et, au train où vont les choses, et qui voit la Culture mise en sandwich entre le Sport et la Jeunesse (autres domaines de souveraineté !), je dois à la vérité d’avouer ne pas m’attendre à quelque recouvrement de souveraineté (s) ! Sinon, ça n’est pas encore demain la veille !
Et ce serait dommage et malheureux ! Et l’on aura amputé le patriotisme de quelque chose d’essentiel : de ce qui lui est socle et levain, pardi ! Parce que les nations et les peuples, tout autant les États, ne se distinguent pas forcément par des produits intérieurs ou nationaux bruts mais, sûrement, par la manière dont on y prend en charge la culture ! En 1966, Mao Tsé Toung, avec la révolution chinoise, clairement et avec la froideur qui sied, montrait déjà le chemin.
Au fil des jours, les géants dits d’Asie ( Japon, Corée, Inde, etc.) nous en donnent la parfaite illustration. Sans oublier les États Unis d’Amérique qui, en gestes et en faits aliénants, mènent le monde : culturellement !
Ce matin, en l’Agora solennelle de Diamniadio, « Le Référentiel » a été mis en partage, à fin de « légitime appropriation par les populations », dit-on. Mes réflexes de patriote intransigeant ajoutés à mon refus éperdu de toutes les servilités qui sont des barouds, absolument d’honneur, que j’entretiens depuis le 20è siècle, c’est à dire depuis 1973 pour être précis, me contraignent et forcent à lui accorder de favorables préjugés.
C’est avouer que je suis sur des réserves et attends, plus que jamais, que « Diomaye & Sonko » rendent à la Culture et ses syllabes et toute sa noblesse ! Là et seulement là, et en sur-priorité, est le fiable et plus sûr chemin de la Souveraineté réellement convertibles en destin pérenne !
Le Professeur Cheikh Anta Diop et le capitaine Thomas Sankara, penseraient encore comme moi. Et pour sûr, Mame Abdoul Aziz Sy ! (…..)
par Pape Samba Kane
DE NDEEM À MBACKE KADIOR, HOMMAGE À SERIGNE BABACAR MBOW
Le vendredi 18 octobre, la galerie Maam Samba à Ngor sera le théâtre d'un hommage à Serigne Babacar Mbow. L'événement promet d'être un kaléidoscope de témoignages, retraçant le parcours exceptionnel de cet homme aux multiples facettes
Vendredi 18 octobre, à la galerie Maam Samba, du nom de son grand-père, fils du fondateur du village de Ndeem, petit hameau du département de Bambey, que Serigne Babacar Mbow a fait connaître à travers le monde, se déroulera une cérémonie d’hommage à celui qui restera pour ses amis d’enfance "Chacun" ; sinon Shakun, comme le créateur imaginatif qu'a toujours été Babacar Matouty Mbow signa quelques petits et grands papiers d'une originalité remarquable dans le journal Le Politicien, où nous passions voir "grand Less" à son grand plaisir. - C'était aux débuts des années 1980, nous faisions la navette entre Gorée et Mermoz, chez Yaye Ngoné, sa mère où nous avions trouvé refuge ...
Un peu plus tard, ou en même temps, quelques œuvres littéraires suivront que Shakun ne publia pas, ne publiera jamais ; son évolution spirituelle, pour le dire ainsi, les ayant enterrées. Ce, littéralement, du moins pour le manuscrit de roman "Le poète du désert", que les quelques personnes l'ayant lu voyaient comme un grande œuvre littéraire.
Nous formions une petite bande de rêveurs, Lamine Ndour, guitariste de talent, Alioune Sow, un inoubliable peintre, binôme alors de Zoulou Mbaye ; petite bande dont Shakun était le meneur, grand frère et mentor. Un peu guide spirituel déjà, même si des idéaux plus laïcs, voire profanes, comme l'art, étaient nos moteurs.
Mais Shakun, dans sa manière de vivre, ascétique, désintéressée et généreuse, couvait déjà - c'est peut-être seulement le recul et ce qu'il a fait de sa vie, qui, aujourd'hui, rendent cela si évident à mes yeux - le Cheikh, Serigne Babacar Mbow, dont l'œuvre aux plans spirituel, social, économique, n'a pas fini de faire le tour du monde.
Je vais avoir 24 ans, quand je le rencontre, il a un passé de jeune Dakarois de la Médina, grand footballeur ayant, après l'inévitable foot de rue, intégré le grand club du Jaraaf de Dakar, il a un vécu d'étudiant engagé et turbulent en France, et, commencé déjà à Dakar, de militant d'une gauche sénégalaise de l'immédiate après-indépendance, dynamique mais polymorphe ; Babacar ayant choisi de militer à And-Jëf, chez les Maoïstes. De cette époque, de ces époques devrions-nous dire, d'autres que moi, qui les ont vécues avec lui, témoignerons ce 18 octobre. Nous l'espérons et les y invitons, Boubacar Boris Diop et moi, qu'un concours de circonstances incluant notre relation à lui et une proximité avec des événements impliquant sa famille, presque donc le hasard, a désigné pour porter une partie de la communication sur un projet de Café Littéraire que, de son vivant, Serigne Babacar avait inspiré à ses enfants, en charge de la gestion de la galerie Maam Samba de Ngor. - Dans celle-ci, sont exposées les innombrables réalisations de l'ONG des associations du village de Ndeem que Serigne Babacar a fondée et présidée, entre autres remarquables œuvres de développement humain, social et économique, dans une démarche écologique, inclusive et solidaire.
Se tiendra à nos côtés à cette occasion du 18 octobre, Assane Mboup, directeur de la très connue et dynamique Télé-école, témoin, lui, de Ndeem à Mbacké Kadior, du cheminement, spirituel baay-fall de Serigne Babacar, doctrine indissociable du travail, en tant que son viatique. Ensemble, ils ont sillonné l’Europe, propageant, selon les propres mots d’Assane, non pas seulement la doctrine du développement éco solidaire impulsée à Ndeem, mais aussi l’approche spirituelle la soutenant.
La diversité des productions agricoles, artisanales, manufacturières et les nombreuses innovations dont celles-ci sont accompagnées, ont ouvert des voies vers divers accomplissements, notamment la pénétration du marché international du commerce équitable, à des populations, surtout féminines, jusqu’alors en marge d’un système figé dans des pratiques agricoles et socioéconomiques régressives.
Lors d'une visite à Ndeem, nous fûmes impressionnés par l'élaboration d'un charbon, alternatif au bois, à base d'argile et de coques d'arachides, une fabrique de meubles en bambou, des teintureries à tendance bio, la culture de coton, et d’autres types d’activités innovatrices touchant à l’élevage, à l’aviculture, etc.
Beaucoup, parmi les personnes auxquelles je pensais tantôt comme pouvant mieux témoigner du parcours de Shakun que nous-mêmes, ont visité le Ndeem de Serigne Babacar et en sont revenus impressionnées par la somme considérable de ses réalisations et de son implication physique personnelle dans tous les travaux. Parmi elles, Mao Wane, lui aussi militant de cette gauche aujourd'hui rangée. Connu pour avoir continué son action militante avec le daara de Malika, il m’a un jour dit avec émotion : " Chacun a réalisé notre utopie".
Nous souhaitons le voir, vendredi 18 octobre à la galerie Maam Samba, ainsi que nous souhaiterions y recevoir d’autres compagnons de route de « Chacun » sur le terrain politique et ailleurs dans son riche parcours, je pense à Amadou Tidiane Wone, Mamadou Diop Decroix, Papa Touty Sow, particulièrement à Majid Ndiaye, lui et Serigne Babacar ont entretenu une amitié pressue fusionnelle - Et d’autres et d’autres et d’autres encore …
Serigne Babacar, devenu Cheikh Baye Fall, réalisa à Ndeem un travail si remarquable au cours de trois décennies, qui conduisit le Khalife général des Baye Fall, Serigne Cheikh Dieumb Fall, à lui confier, sur instruction (ndigël) du Khalife des Mourides, alors, Serigne Cheikh Sidy Mbacké, des travaux destinés à doter Mbacké Kadior d'infrastructures éducatives, agricoles et résidentielles de grande envergure. C'était il y a une dizaine d'années.
Dans la ferveur, il déménagea tout de suite de Ndeem vers le berceau du Mouridisme, lieu de la Grande Rencontre entre Cheikh Ahmadou Bamba et Cheikh Ibra Fall, avec armes et bagages, sa famille et nombre de ses talibés. Là, il ne tarda pas à donner de claires indications que cette confiance placée en lui par les plus hautes autorités mourides était amplement méritée.
Discipline, rigueur et travail soutenus ont fait très vite sortir de terre toutes les infrastructure du cahier des charges
Le vendredi 1er mars 2024, Dieu qui l'avait donné au monde, à sa famille, à ses amis, à Ndeem et au Mouridisme, le leur a repris. Aujourd'hui, Serigne Babacar Mbow repose dans ces cimetières de Ngiguis Bamba, à Mbacké Kadior, les cimetières des habitants de Thillé (village situé à 1 kilomètre), dont il avait participé à la réhabilitation, en offrant des matériaux de construction, et en participant de ses propres mains aux travaux ; de sa propre initiative, mais, dans la pure tradition mouride, après en avoir sollicité et obtenu le ndigël.
Les chantiers qui lui avaient été confiés sont aujourd’hui quasiment achevés. Ce qu’il en reste est ce qu’on appelle les finitions, carrelage et peinture, matériaux que Serigne Babacar avait déjà acquis et stocké dans un container. Et aucune crainte ne subsiste que ses enfants, avec en tête Cheikhouna Mbow, son fils aîné, héritier de la charge - comme le veut la tradition chez les Baye Fall -, achèveront, pour le peu qu'il en reste, les travaux entamés par leur père et surtout guide spirituel, qui leur a laissé de solides valeurs. Sokhna Aïssa, sa compagne de toujours, et mère de ses enfants, qui a suivi, soutenu et accompagné Serigne Babacar dans son parcours initiatique jusqu'à son aboutissement en tant que Cheikh, y veillera par ses bénédictions.
Durant quatre décennies son engagement spirituel s'est, on l'a vu, accompli en même temps que des réalisations sociales au bénéfices de communautés et d'individualités en ayant tiré un accomplissement perceptible dans les marques de reconnaissance que, de son vivant déjà, Serigne Babacar recevait de partout. Quand sa disparition fut annoncée,
les nombreux hommages venus de tous les coins du pays, d’Afrique, d’Europe et d’ailleurs, de personnes de toutes catégories professionnelle, sociale ou religieuse, ont constitué un hymne à son engagement dans l’accomplissement de l’humain au double plan matériel et spirituel par le travail, la méditation et le partage.
Or, l'intellectuel et déjà écrivain prolifique qu'était Shakun écrivant sous nos yeux avec une rapidité déconcertante, nouvelles et fantaisies de toutes sortes- avait mis ces dispositions créatrices au service de son engagement dans la spiritualité. De sa plume, il a écrits dix ouvrages, tous dans la ligne soufie d’interprétation et d’exaltation de la parole divine, mise au service de l’humain. Dix ouvrages aux titres éloquents, dont voici quelques-uns : « La noblesse spirituelle de l’âme : Les Gens de l’Amour » -2012 « L’aura de la femme dans le verbe divin » - 2019 ; « L’Amour divin dans le verbe du prophète » - 2022 ; « Cheikh Ibrahima Fall : La Lumière de la Sainte Piété » -2023 ; tous parus à Harmattan- Sénégal. Serigne Babacar a aussi laissé deux ouvrages posthumes dont l’un est en cours de publication par les Editions Albouraq à Paris.
Le 18 octobre, en présence de sa famille, des ses disciples et de ses amis de tous horizons, venus de partout, à l’occasion du lancement du Café Littéraire Maam Samba, un hommage lui sera rendu, avec des témoignages qui nous en apprendront plus sur la trajectoire de vie proprement exceptionnelle de Serigne Babacar Mbow.
«OR BLANC» DE L’IVOIRIENNE JOHANNA BOYER-DILOLO S’ADJUGE LE GRAND PRIX LONG METRAGE
Le rideau est tombé sur la deuxième édition du Festival Dakar Séries après cinq jours intenses d’échanges artistiques, de projections et de célébrations de la créativité panafricaine.
Bés Bi le Jour |
Adama Aïdara KANTE |
Publication 14/10/2024
Le Festival Dakar Séries Saison 2 s’est achevé avec éclat, mettant en lumière la créativité et le talent du cinéma panafricain. Durant cinq jours, réalisateurs, scénaristes et acteurs se sont affrontés dans une compétition de haute volée. Le Grand Prix Long Métrage a été décerné à l’Ivoirienne Johanna Boyer Dilolo pour sa série «Or Blanc», tandis que la réalisatrice sénégalaise Kalista Sy a brillé dans la catégorie Court Métrage.
Le rideau est tombé sur la deuxième édition du Festival Dakar Séries après cinq jours intenses d’échanges artistiques, de projections et de célébrations de la créativité panafricaine. C’est l’Institut français de Dakar qui a accueilli la clôture de cet événement. Après des moments de suspense, d’émotions fortes et d’incertitude sur le dénouement, la Côte d’Ivoire a finalement remporté le Grand Prix de la Meilleure Série catégorie long métrage, avec «Or Blanc» de la réalisatrice Johanna Boyer-Dilolo, salué unanimement par le jury. Le jury, présidé par la Sénégalaise Angel Diabang, a salué «Or Blanc» pour «sa narration captivante, sa réalisation soignée et sa photographie impressionnante, transmettant des émotions profondes». Ce film a su s’imposer dans une compétition où la qualité des œuvres était particulièrement élevée.
Yaay 2.0 Kalista Sy remporte le Prix du meilleur Scénario court métrage
La réalisatrice sénégalaise Kalista Sy, avec son film Yaay 2.0, a remporté le Prix du meilleur Scénario dans la catégorie court métrage. «Wassanam» de Pape Abdoulaye Seck a été distingué par un Prix d’encouragement pour la performance de la jeune actrice Oumy Ndong. Le Prix du meilleur Pitch, financé par le Fonds de promotion de l’industrie cinématographique et audiovisuelle (Fopica), a été attribué au projet «Galette des Rois» du jeune sénégalais Mamadou Lo, avec une dotation d’un million de FCFA. Le Prix du meilleur Pitch africain a, quant à lui, été remporté par Ngaki Power, récompensé par une enveloppe de deux millions de FCFA. En tout, quinze films provenant d’une dizaine de pays africains étaient en lice dans cette compétition. Le public, venu en grand nombre, a été conquis par l’ambiance unique du festival.
Créativité et innovation
La compétition a également vu le Kenya se distinguer avec sa série «Big Girl», qui a raflé trois prix : Meilleure Jeune Actrice, Meilleur Montage et Meilleure Série Court Métrage. La diversité et la qualité des projets en lice ont impressionné les jurés qui ont salué la performance des candidats. «Ces projets sont à la fois inspirants, ambitieux et audacieux», a souligné Angela, réalisatrice et présidente du jury pitch, venue du Togo. «Nous sommes impatients de suivre l’évolution de vos carrières et de voir où votre talent vous conduira», a-t-elle dit.
Un festival porteur d’avenir pour le cinéma africain
Lors de la cérémonie de clôture, Salif Diédhiou, représentant du ministre des Sports, de la jeunesse et de la culture du Sénégal, a exprimé son admiration pour les réalisateurs présents : «Vous êtes les voix de l’avenir». Il a également souligné l’importance de plateformes comme Dakar Séries dans la promotion du cinéma africain au-delà des frontières nationales.
Pour les co-présidents du festival, Rokhaya Niang et Issaka Sawadogo, cet événement a un double impact, à la fois pour le Sénégal et pour l’ensemble du continent africain. «Cette rencontre permet à l’Afrique de s’affirmer par ses créations. Le Sénégal, avec sa jeunesse dynamique et créative, montre la voie, et l’Afrique doit suivre, non seulement en termes de productivité, mais aussi de qualité», a déclaré Issaka Sawadogo, acteur burkinabé.
Ainsi, le Festival Dakar Séries Saison 2 se termine avec la prestation du rappeur Nix, sur une note positive, avec une promesse renouvelée d’innovation et de créativité pour l’avenir du cinéma africain. Une nouvelle page s’ouvre déjà pour la prochaine édition.
LE MULTILINGUISME, CLÉ DE L'AVENIR ÉDUCATIF SÉNÉGALAIS
L'intégration des langues nationales dans le système éducatif, couplée à l'alphabétisation et aux numériques avancées, ouvre la voie à une éducation plus inclusive et culturellement pertinente
(SenePlus) - Dans son dernier numéro d'octobre 2024, le magazine Ifan Actu dresse, sous la plume d'Adjaratou O. Sall du Laboratoire de Linguistique, un tableau complet des enjeux linguistiques dans le système éducatif sénégalais. Au cœur d'une réforme ambitieuse, le pays de la Teranga se trouve à la croisée des chemins, jonglant entre tradition et modernité, identité culturelle et mondialisation.
Le Sénégal, riche de ses 25 langues locales reconnues, dont 22 codifiées, s'engage résolument dans la voie du bi-plurilinguisme éducatif. Cette démarche, initiée dès 1977, prend aujourd'hui une nouvelle ampleur avec la validation en 2019 du Modèle Harmonisé de l'Enseignement Bilingue (MOHEBS). Ce cadre national favorise l'utilisation des langues nationales pour les apprentissages clés en début de cycle primaire, avec une transition progressive vers le français.
L'histoire de cette évolution est jalonnée d'initiatives novatrices. Des premières classes télévisées aux projets pilotes d'ONG comme ADLAS et ARED, en passant par le projet ELAN soutenu par la Francophonie, le chemin vers une éducation plurilingue a été long mais constant. Le gouvernement actuel poursuit cette dynamique, soulignant la nécessité de développer des programmes bilingues (L1-L2) pour des apprentissages plus pertinents et efficaces.
Cependant, cette transition ne va pas sans défis. La cartographie linguistique actuelle, base des choix de langues d'enseignement, ne reflète pas toujours fidèlement la diversité linguistique des régions. Des communautés minoritaires comme les Badiaranké ou les Bedik peuvent se voir imposer une langue majoritaire qui n'est pas leur langue maternelle. De plus, le manque de ressources pédagogiques et la formation insuffisante des enseignants constituant des obstacles majeurs.
L'introduction de l'anglais dès le primaire, envisagée par les autorités, soulève également des questions. Si l'intention est louable - préparer les élèves à un monde mondialisé - sa mise en œuvre dans le système public soulève des inquiétudes. Comment assurer une formation adéquate des enseignants ? Comment éviter d'exacerber les inégalités existantes entre zones urbaines et rurales ?
Malgré ces défis, l'intégration des langues nationales dans l'éducation offre de nombreuses opportunités. Elle améliore la compréhension des élèves, favorise de meilleures performances académiques et renforce l'identité culturelle. Le bilinguisme précoce, observé dans de nombreuses localités où les enfants naviguent entre leur langue maternelle, la langue locale et le wolof, enrichit l'expérience d'apprentissage.
Le numérique joue un rôle croissant dans cette évolution linguistique. L'intégration récente du wolof dans Google Traduction, aux côtés de 29 autres langues africaines, marque une avancée significative. Cependant, cette évolution soulève des questions sur la standardisation de la langue et l'intégration des autres langues nationales dans ces nouvelles technologies.
L'alphabétisation en langues nationales apparaît comme un puissant levier de transformation sociale et économique. Lors du lancement du Mois National de l'Alphabétisation en septembre 2024, le ministre de l'Éducation nationale, Moustapha Mamba Guirassy, a réaffirmé l'engagement du gouvernement dans ce domaine. Face à un taux d’analphabétisme de 37%, l’enjeu est de taille.
Le multilinguisme sénégalais est présenté comme un atout pour la paix et la cohésion sociale. Plutôt que d'imposer une langue unique comme officielle, les experts préconisent un développement naturel et une promotion simultanée des langues en fonction de leur géographie. Cette approche favoriserait la pluridisciplinarité en matière de recherche et le plurilinguisme en communication.
Le Sénégal se trouve à un moment charnière de son histoire éducative et linguistique. L'intégration des langues nationales dans le système éducatif, couplée à l'alphabétisation et aux numériques avancées, ouvre la voie à une éducation plus inclusive et culturellement pertinente. Cependant, le succès de cette transition reposera sur la capacité du pays à relever les défis logistiques, pédagogiques et sociaux qui se présentent. Le pari est ambitieux, mais l'enjeu est crucial : forger un Sénégal prospère, équitable et ancré dans sa riche diversité culturelle.