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2 avril 2025
Culture
IBRAHIMA WANE RACONTE L’HISTOIRE D’UNE FIGURE ILLUSTRE
Nombreux étaient ceux qui ont répondu, samedi dernier, à l’invitation du Professeur Ibrahima Wane pour la présentation de son ouvrage «Dr Ibra Mamadou Wane, les secrets d’un serviteur».
Bés Bi le Jour |
Adama Aïdara KANTE |
Publication 16/10/2024
La grande salle de la Maison culturelle Douta Seck était trop petite pour accueillir toutes les sommités littéraires, politiques et culturelles venues assister à la cérémonie de présentation du livre du Professeur Ibrahima Wane. Dans son ouvrage « Ibra Mamadou Wane, les secrets d’un serviteur», l’universitaire rend un vibrant hommage à ce «digne fils du Fouta Toro», tout en retraçant son parcours.
Nombreux étaient ceux qui ont répondu, samedi dernier, à l’invitation du Professeur Ibrahima Wane pour la présentation de son ouvrage «Dr Ibra Mamadou Wane, les secrets d’un serviteur». La cérémonie de dédicace, organisée à la Maison de la Culture Douta Seck, a réuni des personnalités politiques, culturelles, des représentants de la société civile, des élèves et étudiants, ainsi que des amis et membres de la famille de l’auteur. Cet afflux témoigne de l’importance de Dr Ibra Mamadou Wane, considéré comme un «digne fils du Fouta», un homme qui a servi son pays avec dévouement.
Cet ouvrage de 209 pages, publié par L’Harmattan Sénégal, est à la fois un hommage d’un neveu à son oncle et un témoignage qui retrace la vie du Dr Ibra Mamadou Wane. À travers ce livre, l’auteur restitue un pan significatif de l’histoire politique et culturelle du Sénégal. Il s’agit d’un récit accessible et enrichi d’archives, y compris des photographies, qui permettent de revivre les étapes marquantes de la vie de Dr Ibra Mamadou Wane, tout en illustrant l’histoire d’un fils du Fouta Toro, dont l’impact a résonné à travers toute l’Afrique de l’Ouest.
«Cet ouvrage n’est pas un catalogue de louanges»
Abdoulaye Elimine Kane a souligné que «c’est un livre que tout vrai écrivain aimerait écrire, et que tout amateur de bons livres devrait lire» parce que «bien écrit, avec simplicité, précision et rigueur». L’ancien ministre de la Culture d’ajouter : «Ce n’est pas un livre rempli de louanges, et on peut l’aborder de plusieurs façons. Personnellement, j’ai commencé par la fin, à travers les photos, mais on peut aussi l’aborder par les souvenirs d’adolescence ou la politique.» Il a également salué la qualité du travail de recherche, précisant que «ce livre n’est pas simplement un récit sec d’une vie, il est écrit pour être lu, presque comme un conte».
Quatre axes d’intérêt du livre
Le Directeur du livre et de la lecture, Ibrahima Lô, qui a présenté l’ouvrage, a salué le travail d’archivage réalisé par l’auteur, soulignant la précision et la richesse des informations. «Ibra Mamadou Wane fait partie de ces bâtisseurs qui méritent d’être célébrés. Cet ouvrage va au-delà de l’hommage à un grand homme, il révèle de nombreuses facettes de notre histoire nationale et de notre mémoire collective», a-t-il déclaré.
M. Lô a également décrit les quatre axes majeurs du livre. Le premier porte sur Mboumba, un acteur clé dans le processus d’islamisation du nord du Sénégal. Le deuxième met en lumière des figures remarquables de notre mémoire collective. Le troisième traite des bénéfices d’une diplomatie fondée sur la fierté et la dignité. Enfin, le quatrième se concentre sur le parcours de Dr Ibra Mamadou Wane, un bâtisseur animé par la foi, la générosité et la solidarité fraternelle.
Très ému, le Professeur Ibrahima Wane a confié que ce livre n’est pas seulement l’histoire d’un homme. «C’est l’histoire du Sénégal, voire de l’Afrique de l’Ouest, à travers la transmission d’un patrimoine culturel, social, économique et politique, qui nous permet de relever les défis futurs», a-t-il affirmé. La cérémonie s’est terminée par des prestations musicales traditionnelles, avec Baba Maal et la troupe des Gawlo.
par Fatou Kassé-Sarr
LE XALAM2 ÉLECTRISE PARIS
Avec une énergie défiant le temps, les neuf musiciens ont offert une prestation mémorable, parcourant un répertoire riche et diversifié. Ce concert marque une étape importante dans leur tournée anniversaire, qui les mènera jusqu'à Dakar
55 ans de légende et une actualité toujours brûlante
Samedi 12 octobre, le Pan-Piper à Paris a vibré au rythme du Xalam2, groupe mythique de la musique africaine, pour un concert d’exception célébrant leurs 55 ans de carrière. Après une escale à Genève, la sortie de leur nouvel EP « Retour aux Sources », et une table ronde sur l’impact de leur musique, le groupe a offert une prestation mémorable à un public venu en nombre.
Dès les premières notes, la magie opère. Les neuf musiciens, incluant une section de cuivres, déploient une énergie scénique stupéfiante, démentant leur longévité. Le Xalam2, figurant dans le prestigieux classement des « Great Black Music » – mouvement célébrant l’excellence des musiques noires à travers le monde – prouve une fois de plus son statut de légende vivante.
Pendant près de deux heures, le groupe traverse son répertoire, chantant dans plusieurs langues africaines, affirmant ainsi sa dimension panafricaine. Ce qui frappe particulièrement, c’est la pertinence actuelle de leurs anciennes chansons. Des titres comme par exemple « Leeboon », « Walyane » ou « Nderane », abordant des thèmes tels que la place des femmes, l’immigration ou l’avenir incertain des jeunes africains, résonnent encore aujourd’hui avec une force prémonitoire. Ces paroles, écrites il y a des décennies, semblent avoir anticipé les défis contemporains, donnant à leur musique une dimension intemporelle et une actualité criante.
Le public, aussi diversifié que leur musique, unit générations et origines dans une ambiance chaleureuse, telle une grande famille rassemblée par la force de la musique du Xalam2. L’engagement social et politique du groupe, loin d’être un vestige du passé, continue donc de toucher et d’inspirer, prouvant que leur voix reste un outil puissant pour éveiller les consciences et promouvoir le changement.
Ce qui frappe également, c’est la capacité du groupe à se régénérer. De nouvelles générations de musiciens, biberonnées au son du Xalam2, apportent leur touche d’originalité, perpétuant ainsi le mythe et entrant à leur tour dans la légende. Cette fusion entre l’héritage musical et les nouvelles influences permet au groupe de rester pertinent et captivant pour un public multigénérationnel.
À la fin du concert, le public en redemande, preuve que l’énergie du Xalam2 n’a pas pris une ride. Chaque prestation laisse les spectateurs avec une envie irrépressible de replonger dans cette ambiance unique, où la musique transcende le simple divertissement pour devenir un vecteur de réflexion et de prise de conscience.
« Retour aux Sources » leur EP sorti le 21 juin 2024 est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes digitales.
La tournée anniversaire continue ! Prochain rendez-vous : Dakar, le 30 novembre 2024, pour une célébration qui s’annonce déjà mémorable. Le Xalam2 prouve une fois de plus que sa musique transcende le temps et les frontières, unissant les générations dans un même élan de joie, de partage, et d’engagement social.
felwine sarr en conversation avec mamadou diouf
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L'ÉQUILIBRE FRAGILE D'UNE NATION
EXCLUSIF SENEPLUS - Entre traditions ancestrales et aspirations modernes, le Sénégal cherche à redéfinir son identité collective, au-delà du modèle "islamo-wolof" hérité de l'ère coloniale. Comment y parvenir ?
Dans le dernier numéro de l'émission "Chroniques d'un temps politique" animée par Felwine Sarr, l'historien Mamadou Diouf offre une analyse perspicace de la construction et de l'évolution de la nation sénégalaise.
Au cœur de son propos, Diouf révèle comment le modèle « islamo-wolof », forgé durant l'ère coloniale, a jeté les bases de l'identité nationale sénégalaise. Ce modèle, loin d'être monolithique, a progressivement intégré diverses communautés et régions périphériques, créant un tissu social complexe et dynamique.
L'indépendance marque un tournant crucial dans la formation de l'imaginaire national. Des figures comme Léopold Sédar Senghor ont œuvré à la création d'un récit commun, s'appuyant notamment sur le concept de "parenté à plaisanterie" pour tisser des liens entre les différentes communautés.
Diouf souligne l'équilibre délicat qui caractérise la construction nationale sénégalaise : d'un côté, la reconnaissance des spécificités communautaires ; de l'autre, l'émergence d'une culture politique vernaculaire partagée. Cette dualité a permis l'instauration d'un espace public où les différentes composantes de la société peuvent interagir et négocier.
Aujourd'hui, le Sénégal fait face à des tensions qui entraînent un décalage entre les imaginaires traditionnels et les aspirations nouvelles, particulièrement celles de la jeunesse. Cette génération, ancrée dans le local mais ouvert sur le monde, redéfinit les contours de l'identité nationale.
Le défi qui se présente au Sénégal, et plus largement à l'Afrique, est de repenser le concept même de nation. Mamdou Diouf plaide pour des formes de gouvernance plus souples, capables de reconnaître la pluralité des communautés tout en s'inscrivant dans ce qu'il appelle le "temps du monde" - une universalité qui ne nie pas les particularismes.
par Elie Charles Moreau
LA CULTURE, PARENT PAUVRE DU NOUVEAU RÉFÉRENTIEL 2050
Les nations et les peuples, tout autant les États, ne se distinguent pas forcément par des produits intérieurs ou nationaux bruts mais, sûrement, par la manière dont on y prend en charge la culture !
Un seul regret et d’amer en tous plans et points de vue : la Culture encore mise, sinon remise, au 3è sous-sol ! (….)
Pour la Culture, il faut qu’on cesse d’en être encore à, tous les jours, devoir, malgré nous, tourner en rond en sautillant et, encore malgré nous, en clamant, comme c’est le cas depuis le siècle dernier : « la Culture est au début et à la fin du développement » !
Et puis ? Plus rien de viable si ce n’est de constater, en les déplorant seulement, l’incivisme sans répit croissant, la perte en continu des valeurs qui nous restituent à nous-mêmes, les acteurs socioculturels toujours se rongeant et les hardes et les sangs, des comédiens sans cesse flirtant avec la précarité et les affres du quotidien, des éditeurs et écrivains en légitime attente de tout et trop loin de pouvoir vivre de leur art et profession, le livre et la lecture comme prédestinés à la banalisation (et dire qu’il n’est pas une autorité d’Etat qui ne leur doive formation et instruction civiques, savoir-être, savoir-faire, savoir-vivre et réussite sociale).
Mais, il est aussi, en un tel paquet de désordres et fautes de goût, une outrancière folklorisation des objets qui donnent sens au secteur et en constituaient l’âme ! Et, au train où vont les choses, et qui voit la Culture mise en sandwich entre le Sport et la Jeunesse (autres domaines de souveraineté !), je dois à la vérité d’avouer ne pas m’attendre à quelque recouvrement de souveraineté (s) ! Sinon, ça n’est pas encore demain la veille !
Et ce serait dommage et malheureux ! Et l’on aura amputé le patriotisme de quelque chose d’essentiel : de ce qui lui est socle et levain, pardi ! Parce que les nations et les peuples, tout autant les États, ne se distinguent pas forcément par des produits intérieurs ou nationaux bruts mais, sûrement, par la manière dont on y prend en charge la culture ! En 1966, Mao Tsé Toung, avec la révolution chinoise, clairement et avec la froideur qui sied, montrait déjà le chemin.
Au fil des jours, les géants dits d’Asie ( Japon, Corée, Inde, etc.) nous en donnent la parfaite illustration. Sans oublier les États Unis d’Amérique qui, en gestes et en faits aliénants, mènent le monde : culturellement !
Ce matin, en l’Agora solennelle de Diamniadio, « Le Référentiel » a été mis en partage, à fin de « légitime appropriation par les populations », dit-on. Mes réflexes de patriote intransigeant ajoutés à mon refus éperdu de toutes les servilités qui sont des barouds, absolument d’honneur, que j’entretiens depuis le 20è siècle, c’est à dire depuis 1973 pour être précis, me contraignent et forcent à lui accorder de favorables préjugés.
C’est avouer que je suis sur des réserves et attends, plus que jamais, que « Diomaye & Sonko » rendent à la Culture et ses syllabes et toute sa noblesse ! Là et seulement là, et en sur-priorité, est le fiable et plus sûr chemin de la Souveraineté réellement convertibles en destin pérenne !
Le Professeur Cheikh Anta Diop et le capitaine Thomas Sankara, penseraient encore comme moi. Et pour sûr, Mame Abdoul Aziz Sy ! (…..)
par Pape Samba Kane
DE NDEEM À MBACKE KADIOR, HOMMAGE À SERIGNE BABACAR MBOW
Le vendredi 18 octobre, la galerie Maam Samba à Ngor sera le théâtre d'un hommage à Serigne Babacar Mbow. L'événement promet d'être un kaléidoscope de témoignages, retraçant le parcours exceptionnel de cet homme aux multiples facettes
Vendredi 18 octobre, à la galerie Maam Samba, du nom de son grand-père, fils du fondateur du village de Ndeem, petit hameau du département de Bambey, que Serigne Babacar Mbow a fait connaître à travers le monde, se déroulera une cérémonie d’hommage à celui qui restera pour ses amis d’enfance "Chacun" ; sinon Shakun, comme le créateur imaginatif qu'a toujours été Babacar Matouty Mbow signa quelques petits et grands papiers d'une originalité remarquable dans le journal Le Politicien, où nous passions voir "grand Less" à son grand plaisir. - C'était aux débuts des années 1980, nous faisions la navette entre Gorée et Mermoz, chez Yaye Ngoné, sa mère où nous avions trouvé refuge ...
Un peu plus tard, ou en même temps, quelques œuvres littéraires suivront que Shakun ne publia pas, ne publiera jamais ; son évolution spirituelle, pour le dire ainsi, les ayant enterrées. Ce, littéralement, du moins pour le manuscrit de roman "Le poète du désert", que les quelques personnes l'ayant lu voyaient comme un grande œuvre littéraire.
Nous formions une petite bande de rêveurs, Lamine Ndour, guitariste de talent, Alioune Sow, un inoubliable peintre, binôme alors de Zoulou Mbaye ; petite bande dont Shakun était le meneur, grand frère et mentor. Un peu guide spirituel déjà, même si des idéaux plus laïcs, voire profanes, comme l'art, étaient nos moteurs.
Mais Shakun, dans sa manière de vivre, ascétique, désintéressée et généreuse, couvait déjà - c'est peut-être seulement le recul et ce qu'il a fait de sa vie, qui, aujourd'hui, rendent cela si évident à mes yeux - le Cheikh, Serigne Babacar Mbow, dont l'œuvre aux plans spirituel, social, économique, n'a pas fini de faire le tour du monde.
Je vais avoir 24 ans, quand je le rencontre, il a un passé de jeune Dakarois de la Médina, grand footballeur ayant, après l'inévitable foot de rue, intégré le grand club du Jaraaf de Dakar, il a un vécu d'étudiant engagé et turbulent en France, et, commencé déjà à Dakar, de militant d'une gauche sénégalaise de l'immédiate après-indépendance, dynamique mais polymorphe ; Babacar ayant choisi de militer à And-Jëf, chez les Maoïstes. De cette époque, de ces époques devrions-nous dire, d'autres que moi, qui les ont vécues avec lui, témoignerons ce 18 octobre. Nous l'espérons et les y invitons, Boubacar Boris Diop et moi, qu'un concours de circonstances incluant notre relation à lui et une proximité avec des événements impliquant sa famille, presque donc le hasard, a désigné pour porter une partie de la communication sur un projet de Café Littéraire que, de son vivant, Serigne Babacar avait inspiré à ses enfants, en charge de la gestion de la galerie Maam Samba de Ngor. - Dans celle-ci, sont exposées les innombrables réalisations de l'ONG des associations du village de Ndeem que Serigne Babacar a fondée et présidée, entre autres remarquables œuvres de développement humain, social et économique, dans une démarche écologique, inclusive et solidaire.
Se tiendra à nos côtés à cette occasion du 18 octobre, Assane Mboup, directeur de la très connue et dynamique Télé-école, témoin, lui, de Ndeem à Mbacké Kadior, du cheminement, spirituel baay-fall de Serigne Babacar, doctrine indissociable du travail, en tant que son viatique. Ensemble, ils ont sillonné l’Europe, propageant, selon les propres mots d’Assane, non pas seulement la doctrine du développement éco solidaire impulsée à Ndeem, mais aussi l’approche spirituelle la soutenant.
La diversité des productions agricoles, artisanales, manufacturières et les nombreuses innovations dont celles-ci sont accompagnées, ont ouvert des voies vers divers accomplissements, notamment la pénétration du marché international du commerce équitable, à des populations, surtout féminines, jusqu’alors en marge d’un système figé dans des pratiques agricoles et socioéconomiques régressives.
Lors d'une visite à Ndeem, nous fûmes impressionnés par l'élaboration d'un charbon, alternatif au bois, à base d'argile et de coques d'arachides, une fabrique de meubles en bambou, des teintureries à tendance bio, la culture de coton, et d’autres types d’activités innovatrices touchant à l’élevage, à l’aviculture, etc.
Beaucoup, parmi les personnes auxquelles je pensais tantôt comme pouvant mieux témoigner du parcours de Shakun que nous-mêmes, ont visité le Ndeem de Serigne Babacar et en sont revenus impressionnées par la somme considérable de ses réalisations et de son implication physique personnelle dans tous les travaux. Parmi elles, Mao Wane, lui aussi militant de cette gauche aujourd'hui rangée. Connu pour avoir continué son action militante avec le daara de Malika, il m’a un jour dit avec émotion : " Chacun a réalisé notre utopie".
Nous souhaitons le voir, vendredi 18 octobre à la galerie Maam Samba, ainsi que nous souhaiterions y recevoir d’autres compagnons de route de « Chacun » sur le terrain politique et ailleurs dans son riche parcours, je pense à Amadou Tidiane Wone, Mamadou Diop Decroix, Papa Touty Sow, particulièrement à Majid Ndiaye, lui et Serigne Babacar ont entretenu une amitié pressue fusionnelle - Et d’autres et d’autres et d’autres encore …
Serigne Babacar, devenu Cheikh Baye Fall, réalisa à Ndeem un travail si remarquable au cours de trois décennies, qui conduisit le Khalife général des Baye Fall, Serigne Cheikh Dieumb Fall, à lui confier, sur instruction (ndigël) du Khalife des Mourides, alors, Serigne Cheikh Sidy Mbacké, des travaux destinés à doter Mbacké Kadior d'infrastructures éducatives, agricoles et résidentielles de grande envergure. C'était il y a une dizaine d'années.
Dans la ferveur, il déménagea tout de suite de Ndeem vers le berceau du Mouridisme, lieu de la Grande Rencontre entre Cheikh Ahmadou Bamba et Cheikh Ibra Fall, avec armes et bagages, sa famille et nombre de ses talibés. Là, il ne tarda pas à donner de claires indications que cette confiance placée en lui par les plus hautes autorités mourides était amplement méritée.
Discipline, rigueur et travail soutenus ont fait très vite sortir de terre toutes les infrastructure du cahier des charges
Le vendredi 1er mars 2024, Dieu qui l'avait donné au monde, à sa famille, à ses amis, à Ndeem et au Mouridisme, le leur a repris. Aujourd'hui, Serigne Babacar Mbow repose dans ces cimetières de Ngiguis Bamba, à Mbacké Kadior, les cimetières des habitants de Thillé (village situé à 1 kilomètre), dont il avait participé à la réhabilitation, en offrant des matériaux de construction, et en participant de ses propres mains aux travaux ; de sa propre initiative, mais, dans la pure tradition mouride, après en avoir sollicité et obtenu le ndigël.
Les chantiers qui lui avaient été confiés sont aujourd’hui quasiment achevés. Ce qu’il en reste est ce qu’on appelle les finitions, carrelage et peinture, matériaux que Serigne Babacar avait déjà acquis et stocké dans un container. Et aucune crainte ne subsiste que ses enfants, avec en tête Cheikhouna Mbow, son fils aîné, héritier de la charge - comme le veut la tradition chez les Baye Fall -, achèveront, pour le peu qu'il en reste, les travaux entamés par leur père et surtout guide spirituel, qui leur a laissé de solides valeurs. Sokhna Aïssa, sa compagne de toujours, et mère de ses enfants, qui a suivi, soutenu et accompagné Serigne Babacar dans son parcours initiatique jusqu'à son aboutissement en tant que Cheikh, y veillera par ses bénédictions.
Durant quatre décennies son engagement spirituel s'est, on l'a vu, accompli en même temps que des réalisations sociales au bénéfices de communautés et d'individualités en ayant tiré un accomplissement perceptible dans les marques de reconnaissance que, de son vivant déjà, Serigne Babacar recevait de partout. Quand sa disparition fut annoncée,
les nombreux hommages venus de tous les coins du pays, d’Afrique, d’Europe et d’ailleurs, de personnes de toutes catégories professionnelle, sociale ou religieuse, ont constitué un hymne à son engagement dans l’accomplissement de l’humain au double plan matériel et spirituel par le travail, la méditation et le partage.
Or, l'intellectuel et déjà écrivain prolifique qu'était Shakun écrivant sous nos yeux avec une rapidité déconcertante, nouvelles et fantaisies de toutes sortes- avait mis ces dispositions créatrices au service de son engagement dans la spiritualité. De sa plume, il a écrits dix ouvrages, tous dans la ligne soufie d’interprétation et d’exaltation de la parole divine, mise au service de l’humain. Dix ouvrages aux titres éloquents, dont voici quelques-uns : « La noblesse spirituelle de l’âme : Les Gens de l’Amour » -2012 « L’aura de la femme dans le verbe divin » - 2019 ; « L’Amour divin dans le verbe du prophète » - 2022 ; « Cheikh Ibrahima Fall : La Lumière de la Sainte Piété » -2023 ; tous parus à Harmattan- Sénégal. Serigne Babacar a aussi laissé deux ouvrages posthumes dont l’un est en cours de publication par les Editions Albouraq à Paris.
Le 18 octobre, en présence de sa famille, des ses disciples et de ses amis de tous horizons, venus de partout, à l’occasion du lancement du Café Littéraire Maam Samba, un hommage lui sera rendu, avec des témoignages qui nous en apprendront plus sur la trajectoire de vie proprement exceptionnelle de Serigne Babacar Mbow.
«OR BLANC» DE L’IVOIRIENNE JOHANNA BOYER-DILOLO S’ADJUGE LE GRAND PRIX LONG METRAGE
Le rideau est tombé sur la deuxième édition du Festival Dakar Séries après cinq jours intenses d’échanges artistiques, de projections et de célébrations de la créativité panafricaine.
Bés Bi le Jour |
Adama Aïdara KANTE |
Publication 14/10/2024
Le Festival Dakar Séries Saison 2 s’est achevé avec éclat, mettant en lumière la créativité et le talent du cinéma panafricain. Durant cinq jours, réalisateurs, scénaristes et acteurs se sont affrontés dans une compétition de haute volée. Le Grand Prix Long Métrage a été décerné à l’Ivoirienne Johanna Boyer Dilolo pour sa série «Or Blanc», tandis que la réalisatrice sénégalaise Kalista Sy a brillé dans la catégorie Court Métrage.
Le rideau est tombé sur la deuxième édition du Festival Dakar Séries après cinq jours intenses d’échanges artistiques, de projections et de célébrations de la créativité panafricaine. C’est l’Institut français de Dakar qui a accueilli la clôture de cet événement. Après des moments de suspense, d’émotions fortes et d’incertitude sur le dénouement, la Côte d’Ivoire a finalement remporté le Grand Prix de la Meilleure Série catégorie long métrage, avec «Or Blanc» de la réalisatrice Johanna Boyer-Dilolo, salué unanimement par le jury. Le jury, présidé par la Sénégalaise Angel Diabang, a salué «Or Blanc» pour «sa narration captivante, sa réalisation soignée et sa photographie impressionnante, transmettant des émotions profondes». Ce film a su s’imposer dans une compétition où la qualité des œuvres était particulièrement élevée.
Yaay 2.0 Kalista Sy remporte le Prix du meilleur Scénario court métrage
La réalisatrice sénégalaise Kalista Sy, avec son film Yaay 2.0, a remporté le Prix du meilleur Scénario dans la catégorie court métrage. «Wassanam» de Pape Abdoulaye Seck a été distingué par un Prix d’encouragement pour la performance de la jeune actrice Oumy Ndong. Le Prix du meilleur Pitch, financé par le Fonds de promotion de l’industrie cinématographique et audiovisuelle (Fopica), a été attribué au projet «Galette des Rois» du jeune sénégalais Mamadou Lo, avec une dotation d’un million de FCFA. Le Prix du meilleur Pitch africain a, quant à lui, été remporté par Ngaki Power, récompensé par une enveloppe de deux millions de FCFA. En tout, quinze films provenant d’une dizaine de pays africains étaient en lice dans cette compétition. Le public, venu en grand nombre, a été conquis par l’ambiance unique du festival.
Créativité et innovation
La compétition a également vu le Kenya se distinguer avec sa série «Big Girl», qui a raflé trois prix : Meilleure Jeune Actrice, Meilleur Montage et Meilleure Série Court Métrage. La diversité et la qualité des projets en lice ont impressionné les jurés qui ont salué la performance des candidats. «Ces projets sont à la fois inspirants, ambitieux et audacieux», a souligné Angela, réalisatrice et présidente du jury pitch, venue du Togo. «Nous sommes impatients de suivre l’évolution de vos carrières et de voir où votre talent vous conduira», a-t-elle dit.
Un festival porteur d’avenir pour le cinéma africain
Lors de la cérémonie de clôture, Salif Diédhiou, représentant du ministre des Sports, de la jeunesse et de la culture du Sénégal, a exprimé son admiration pour les réalisateurs présents : «Vous êtes les voix de l’avenir». Il a également souligné l’importance de plateformes comme Dakar Séries dans la promotion du cinéma africain au-delà des frontières nationales.
Pour les co-présidents du festival, Rokhaya Niang et Issaka Sawadogo, cet événement a un double impact, à la fois pour le Sénégal et pour l’ensemble du continent africain. «Cette rencontre permet à l’Afrique de s’affirmer par ses créations. Le Sénégal, avec sa jeunesse dynamique et créative, montre la voie, et l’Afrique doit suivre, non seulement en termes de productivité, mais aussi de qualité», a déclaré Issaka Sawadogo, acteur burkinabé.
Ainsi, le Festival Dakar Séries Saison 2 se termine avec la prestation du rappeur Nix, sur une note positive, avec une promesse renouvelée d’innovation et de créativité pour l’avenir du cinéma africain. Une nouvelle page s’ouvre déjà pour la prochaine édition.
LE MULTILINGUISME, CLÉ DE L'AVENIR ÉDUCATIF SÉNÉGALAIS
L'intégration des langues nationales dans le système éducatif, couplée à l'alphabétisation et aux numériques avancées, ouvre la voie à une éducation plus inclusive et culturellement pertinente
(SenePlus) - Dans son dernier numéro d'octobre 2024, le magazine Ifan Actu dresse, sous la plume d'Adjaratou O. Sall du Laboratoire de Linguistique, un tableau complet des enjeux linguistiques dans le système éducatif sénégalais. Au cœur d'une réforme ambitieuse, le pays de la Teranga se trouve à la croisée des chemins, jonglant entre tradition et modernité, identité culturelle et mondialisation.
Le Sénégal, riche de ses 25 langues locales reconnues, dont 22 codifiées, s'engage résolument dans la voie du bi-plurilinguisme éducatif. Cette démarche, initiée dès 1977, prend aujourd'hui une nouvelle ampleur avec la validation en 2019 du Modèle Harmonisé de l'Enseignement Bilingue (MOHEBS). Ce cadre national favorise l'utilisation des langues nationales pour les apprentissages clés en début de cycle primaire, avec une transition progressive vers le français.
L'histoire de cette évolution est jalonnée d'initiatives novatrices. Des premières classes télévisées aux projets pilotes d'ONG comme ADLAS et ARED, en passant par le projet ELAN soutenu par la Francophonie, le chemin vers une éducation plurilingue a été long mais constant. Le gouvernement actuel poursuit cette dynamique, soulignant la nécessité de développer des programmes bilingues (L1-L2) pour des apprentissages plus pertinents et efficaces.
Cependant, cette transition ne va pas sans défis. La cartographie linguistique actuelle, base des choix de langues d'enseignement, ne reflète pas toujours fidèlement la diversité linguistique des régions. Des communautés minoritaires comme les Badiaranké ou les Bedik peuvent se voir imposer une langue majoritaire qui n'est pas leur langue maternelle. De plus, le manque de ressources pédagogiques et la formation insuffisante des enseignants constituant des obstacles majeurs.
L'introduction de l'anglais dès le primaire, envisagée par les autorités, soulève également des questions. Si l'intention est louable - préparer les élèves à un monde mondialisé - sa mise en œuvre dans le système public soulève des inquiétudes. Comment assurer une formation adéquate des enseignants ? Comment éviter d'exacerber les inégalités existantes entre zones urbaines et rurales ?
Malgré ces défis, l'intégration des langues nationales dans l'éducation offre de nombreuses opportunités. Elle améliore la compréhension des élèves, favorise de meilleures performances académiques et renforce l'identité culturelle. Le bilinguisme précoce, observé dans de nombreuses localités où les enfants naviguent entre leur langue maternelle, la langue locale et le wolof, enrichit l'expérience d'apprentissage.
Le numérique joue un rôle croissant dans cette évolution linguistique. L'intégration récente du wolof dans Google Traduction, aux côtés de 29 autres langues africaines, marque une avancée significative. Cependant, cette évolution soulève des questions sur la standardisation de la langue et l'intégration des autres langues nationales dans ces nouvelles technologies.
L'alphabétisation en langues nationales apparaît comme un puissant levier de transformation sociale et économique. Lors du lancement du Mois National de l'Alphabétisation en septembre 2024, le ministre de l'Éducation nationale, Moustapha Mamba Guirassy, a réaffirmé l'engagement du gouvernement dans ce domaine. Face à un taux d’analphabétisme de 37%, l’enjeu est de taille.
Le multilinguisme sénégalais est présenté comme un atout pour la paix et la cohésion sociale. Plutôt que d'imposer une langue unique comme officielle, les experts préconisent un développement naturel et une promotion simultanée des langues en fonction de leur géographie. Cette approche favoriserait la pluridisciplinarité en matière de recherche et le plurilinguisme en communication.
Le Sénégal se trouve à un moment charnière de son histoire éducative et linguistique. L'intégration des langues nationales dans le système éducatif, couplée à l'alphabétisation et aux numériques avancées, ouvre la voie à une éducation plus inclusive et culturellement pertinente. Cependant, le succès de cette transition reposera sur la capacité du pays à relever les défis logistiques, pédagogiques et sociaux qui se présentent. Le pari est ambitieux, mais l'enjeu est crucial : forger un Sénégal prospère, équitable et ancré dans sa riche diversité culturelle.
L'ARCHÉOLOGIE SÉNÉGALAISE À LA RECONQUÊTE DE SON HISTOIRE
À Gorée, symbole du commerce triangulaire, des chercheurs locaux déconstruisent les récits dominants. Ils explorent les terres et les mers, à la recherche de preuves tangibles d'une histoire tue
(SenePlus) - Une équipe de chercheurs sénégalais s'attelle à réécrire l'histoire de la traite négrière, défiant les récits hérités de la colonisation. Leur terrain d'exploration : l'île de Gorée, symbole du commerce triangulaire des esclaves. Cette démarche s'inscrit dans une approche décoloniale, visant à rompre avec les pratiques et les grilles d'analyse héritées de l'époque coloniale.
Au cœur de ce mouvement, le professeur Ibrahima Thiaw, l'un des premiers archéologues sénégalais à s'être intéressé à la traite transatlantique des Noirs. Il dirige l'unité de recherche en ingénierie culturelle et en anthropologie (Urica) à l'université Cheikh-Anta-Diop de Dakar. "Certaines équipes continuant d'agir comme si nous étions toujours à l'époque coloniale", déplore-t-il, selon Le Monde.
L'Urica abrite des collections archéologiques uniques, mais aussi les défis de leur conservation. "Des collègues européens ont déterré des objets pour les étudier. Cela leur a permis de publier de prestigieux articles scientifiques. Et après, ils nous ont laissé des malles d'objets difficiles à conserver", explique le professeur Thiaw.
La démarche de ces chercheurs va au-delà de la simple étude des objets. Lamine Badji, docteur en archéologie, travaille sur des crânes de griots récupérés dans des baobabs. "L'objectif est de 'décoloniser' cette collection en reprenant son dans étude un prisme sénégalais, c'est-à-dire en veillant à respecter nos croyances et nos traditions", précise-t-il.
Le respect des êtres humains et les relations avec les communautés sont au cœur de cette approche. "Le corps n'est pas un objet mais une âme, et son histoire est liée à des vivants", souligne le professeur Thiaw. Il ajoute : "La dimension réparatrice de l'archéologie, qui permet de retisser le fil d'histoires familiales rompues par la séparation et l'exil, est trop négligée."
Les recherches menées sur l'île de Gorée ont déjà permis de remettre en question certains récits établis. "Nous avons principalement trouvé des objets européens de la vie quotidienne comme des encriers, des bouteilles d'alcool, ou des poids pour peser des objets précieux, qui datent du XVIIIe siècle", note M. Thiaw, contrastant avec les textes qui documentent une présence européenne dès le XVe siècle.
L'équipe du professeur Thiaw ne se limite pas aux fouilles terrestres. Depuis dix ans, ils explorent également les fonds marins au large de Gorée. Madicke Gueye, docteur en archéologie sous-marine, explique : "Le travail d'inventaire entrepris depuis dix ans nous a permis d'identifier 24 sites archéologiques sous-marins au large de Gorée. Il nous faut désormais pouvoir les dater".
Cependant, la conservation des objets remontés des profondeurs reste un défi majeur. "Nous avons perdu une bonne partie de cette collection, notamment tous les objets en bois", regrette Madicke Gueye. Les chercheurs militent pour l'ouverture d'un laboratoire de conservation adapté.
CONFLUENCE MUSICALE À SAINT-LOUIS
Du 31 octobre au 2 novembre, le Festival "Au tour des cordes" revient pour sa 4ème édition, promettant un voyage musical sans frontières. Sous la direction d'Ablaye Cissoko, cet événement célèbre la richesse des instruments à cordes du monde entier
La 4ème édition du Festival "Au tour des cordes", orchestrée par Ablaye Cissoko, se tiendra du 31 octobre au 2 novembre 2024. Le communiqué suivant annonce cet événement exceptionnel qui célèbre non seulement la richesse des instruments à cordes, mais aussi l'histoire et le patrimoine de la ville de Saint-Louis.
"Ablaye Cissoko et l’équipe du Festival Au tour des cordes ont le plaisir de vous annoncer la 4ème édition du Festival “Au tour des cordes” qui se tiendra à Saint-Louis du 31 octobre au 2 novembre 2024.
Le festival met à l'honneur les instruments à cordes, ces instruments porteurs d’histoires séculaires des peuples du monde. Kora, setâr, ngoni, kanun, oud, guitare, depuis des siècles, racontent nos histoires, portent nos cultures et la voix de nos ancêtres. Autour de ces nobles instruments, de merveilleux musiciens, des passeurs de mémoires, des voix – de grandes voix -. Le fondateur du festival, le grand maître de Kora Ablaye Cissoko, a souhaité célébrer ce patrimoine traditionnel tout en créant un dialogue entre les peuples et les artistes issus de tous les horizons.
Le festival est donc également une histoire de rencontres humaines. “Au tour des cordes” nous a offert jusqu’ici 3 magnifiques éditions, de grands concerts et d'autres plus intimistes, des moments de communions et de partages exceptionnels, des instants suspendus où la beauté éclot dans tout ce qu’elle a de plus généreux. Fatoumata Diawara, Kiya Tabassian, Majid Bekkas, Rajerry Band, Awa Ly, Bassekou Kouyaté, Constantinople, Adar Halevy, Maria Siga, Ghalia Benali et tant d’autres encore, ont apporté leur part de magie aux 3 éditions, en communion avec un merveilleux public, très à l’écoute.
Le festival se déroule chaque année dans la ville historique de Saint-Louis. Au-delà de l’aspect musical, l’aspect historique et culturel ont une grande importance pour le fondateur résidant dans la ville depuis une trentaine d'années. Il rend aussi hommage à Ndar, et les sites historiques qui font la particularité de la ville.
L'événement se déploie dans ces différents sites, pour permettre de découvrir leur histoire. Il se déploiera aussi dans les écoles, à la rencontre des élèves, parce que la culture c’est aussi semer des graines, éduquer nos enfants sur notre patrimoine culturel. Il se déploiera dans les résidences artistiques créées pour permettre aux musiciens d’élaborer ensemble des projets qui seront présentés dans le cadre des concerts. Il se déploiera surtout dans les cœurs, comme il l’a fait pendant les 3 précédentes éditions. Vous serez envahie de belles émotions, de grâce, d’amour, de beauté.
Laissez-vous porter par l’appel du fleuve, du pont, des sublimes notes de Kora d’Ablaye Cissoko, ainsi que les mélodies de ses invités du bout du monde, Rendez-vous à Saint Louis du 31 octobre au 2 novembre 2024."
LA ROMANCIERE SUD-COREENNE HAN KANG LAUREATE
Née dans la ville sud-coréenne de Gwangju, Han Kang a 53 ans et est issue du milieu littéraire puisque son père, Han Sung-won, est un romancier réputé. Elle avait reçu en 2023 le Prix Médicis du roman étranger.
Le Prix Nobel 2024 de littérature est décerné à l’autrice sud-coréenne Han Kang «pour sa prose poétique intense qui confronte les traumatismes historiques et expose la fragilité de la vie humaine». Née dans la ville sud-coréenne de Gwangju, Han Kang a 53 ans et est issue du milieu littéraire puisque son père, Han Sung-won, est un romancier réputé. Elle avait reçu en 2023 le Prix Médicis du roman étranger.
C’est une énorme surprise pour le monde littéraire, mais aussi pour l’autrice sud-coréenne Han Kang, récompensée pour l’ensemble de son œuvre du Prix Nobel de littérature. Elle était apparemment en train de dîner avec son fils lorsqu’elle a appris la nouvelle grâce au message envoyé par l’un des 18 membres de l’Académie suédoise. Sa première réaction : «Jusqu’ici, j’ai eu une journée tout à fait ordinaire, je n’étais vraiment pas préparée pour cette annonce.»
«Un jour ordinaire»
En ce jour ordinaire, elle vient donc de remporter, en tant que première Sud-coréenne, le plus prestigieux et aussi le mieux doté des prix littéraires au monde, avec 11 millions de couronnes suédoises, c’est-à-dire plus de 970 000 euros. Elle devient la 18e femme parmi les 117 lauréats à avoir remporté la récompense ultime. Les membres du comité célèbrent une autrice qui a su affronter «les traumatismes historiques et les règles invisibles. Et dans chacune de ses œuvres, elle expose la fragilité de la vie humaine. Elle a une conscience unique des liens entre le corps et l’âme, les vivants et les morts. Et, par son style poétique et expérimental, elle est devenue une innovatrice dans le domaine de la prose contemporaine». Avec le choix d’une écrivaine sud-coréenne, l’Académie suédoise a déjoué, comme d’habitude, tous les pronostics.
Dans un monde dominé par les guerres en Ukraine et à Gaza, elle ne s’est pas sentie obligée d’honorer un auteur russe, ukrainien, palestinien ou israélien. Ce n’est pas non plus une autrice dédiée au féminisme, à l’antiracisme, aux droits de l’Homme, à la question du genre, aux tragédies liées à la migration ou aux catastrophes écologiques qui a été couronnée.
Mais une autrice au service de la littérature, qui se confronte dans un style poétique et expérimental aux traumatismes individuels et collectifs, aux règles invisibles, à la fragilité de l’être humain. Ceci dit, une nouvelle règle de l’Académie semble se confirmer : depuis pratiquement dix ans, le Prix Nobel de littérature est décerné en alternance à un homme et une femme.
La percée internationale avec «La végétarienne»
Née le 27 novembre 1970 à Gwangju, ancienne capitale de la province du Jeolla du Sud, la famille de Han Kang s’installe à Séoul quand elle a neuf ans. Comme son père est un romancier connu, elle baigne depuis sa naissance dans un univers artistique. Très vite, Han Kang s’exprime par les mots, mais aussi par la musique et l’art qui se retrouvent souvent dans ses créations littéraires. Ses premières publications sont consacrées à la poésie. Tes mains froides, l’un de ses premiers romans, publié en 2002, reflète son implication dans l’art, par exemple quand elle évoque un manuscrit laissé par un sculpteur disparu, obsédé par la réalisation de moulages en plâtre de corps féminins. Le jeu, l’ambiguïté, voire le conflit entre le visible et l’invisible, le réel et l’irréel, la révélation et la dissimulation, se trouvent souvent au centre de ses préoccupations. Avec La végétarienne (2015), elle réussit pour la première fois à attirer l’attention du monde littéraire au niveau international. Il s’agit d’une exploration de l’expérience radicale d’une femme, Yeong-hye, qui refuse de se soumettre aux normes de l’alimentation et entre en résistance contre le contrôle social. Quand elle persiste à ne pas manger de la viande, elle suscite des réactions violentes et imprévisibles, même auprès de sa propre famille, cela va de son mari, en passant par son père autoritaire, jusqu’à l’exploitation sexuelle par son beau-frère, artiste vidéo. Internée finalement dans une clinique psychiatrique, elle cherche à se sauver par sa propre imagination en s’éloignant encore plus de la société qui l’entoure. Une œuvre récompensée par le Booker Prize en 2016 et dont l’adaptation au cinéma avait été sélectionnée au Festival de Sundance.
L’empathie et la politique
L’empathie joue un rôle majeur dans l’œuvre de Han Kang. The Wind Blows, Go, paru en 2010, aborde les questions complexes de l’amitié et de l’art. Greek Lessons (2011) parle du lien extraordinaire entre deux personnes vulnérables et la capacité de créer un langage commun. L’histoire raconte la rencontre entre une jeune femme traumatisée devenue muette et un professeur de grec ancien qui est en train de perdre la vue. Portée par les valeurs humaines et des univers souvent intimes, l’autrice n’écarte pas non plus la dimension politique de la vie. Dans Human Acts (2014), elle parle d’un massacre commis à Gwangju, sa ville natale, par l’Armée sudcoréenne en 1980, en donnant une voix aux centaines d’étudiants et de civils désarmés qui ont été assassinés.
Avec son roman Impossibles adieux, publié en 2021 et aussi récompensé en France, elle récidive avec ses pensées profondément politiques. Un hommage à des dizaines de milliers de personnes dont aussi des enfants et des personnes âgées, qui ont été fusillées à la fin des années 1940 sur l’île sud-coréenne de Jeju, parce qu’elles étaient communistes ou soupçonnées d’être des collaborateurs. Dans The White Book, la puissance poétique de son style et l’omniprésence de la couleur blanche et du vide prennent le dessus pour raconter une tragédie personnelle vécue par sa mère et son père, mais qui a eu aussi de fortes répercussions sur sa propre vie : le décès de sa sœur aînée quelques heures après sa naissance. En se demandant si cette mort précoce n’a pas aussi rendu sa vie possible, elle inclut la mort et les morts dans sa vision de la vie.
Les écrivains africains restent-ils les oubliés du Comité Nobel ?
Plusieurs noms africains circulaient avant l’annonce surprise de ce 10 octobre : par exemple Nuruddin Farah, écrivain né en 1945 en Somalie, mais qui écrit en langue anglaise et qui a grandi dans une province de l’Ethiopie proche de la Somalie. Ce grand défenseur de l’histoire de son pays est notamment le premier écrivain somalien à rompre avec la tradition orale du Somali, en lui donnant aussi une version écrite suivant l’alphabet latin. Ou Ngugi wa Thiong’o. Né en 1938, l’écrivain kényan écrit en langue kikuyu et anglaise, et s’est donné la mission de «décoloniser l’esprit», œuvre du même nom publiée en 1986. Depuis son premier roman, Enfant, ne pleure pas, publié en 1962, un an avant l’indépendance du Kenya, l’écrivain, réputé pour son style à la fois sophistiqué et populaire, est considéré comme l’un des plus grands écrivains de l’Afrique de l’Est.
Cependant, jusqu’à aujourd’- hui, seulement cinq écrivains du continent africain ont reçu le Prix Nobel de littérature : le chantre de la liberté, le Nigérian Wole Soyinka, devenu, en 1986, le premier écrivain noir et le premier auteur africain nobélisé, suivi en 1988 par le «Victor Hugo du Caire», l’Egyptien Naguib Mahfouz, la militante contre l’apartheid, la SudAfricaine Nadine Gordimer en 1991, devenue la première femme du continent africain distinguée par le prix, l’écrivain anti-raciste John Maxwell Coetzee («écrivain occidental vivant en Afrique du Sud») en 2003 et le Tanzanien Abdulrazak Gurnah, qui s’est vu décerner le prix en 2021 et qui a été félicité pour ses récits sur le «destin des réfugiés pris entre les cultures et les continents». Depuis 1901, l’Europe et l’Amérique du Nord représentent les trois quarts des auteurs récompensés de la plus prestigieuse distinction littéraire du monde. Avec Han Kang, le Prix Nobel de littérature a récompensé aussi l’écriture et la culture d’un autre continent. L’an dernier, le Prix Nobel de littérature avait été remis au dramaturge norvégien Jon Fosse.