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4 avril 2025
Culture
MULTIPLE PHOTOS
C’EST PRESQUE UNE INSULTE À LA CRÉATIVITÉ
Alors que plusieurs émissions de télé-réalité françaises débarquent sur Canal+ Afrique, leurs concepts importés sans adaptation sont dénoncés comme une nouvelle forme de "colonisation culturelle" par certains spécialistes des médias
Après avoir séduit le public français, des émissions comme «Le Bachelor», «Secret Story», «4 mariages pour une lune de miel» et «Les reines du shopping» débarquent sur les écrans africains via Canal+ Afrique. Mais ces émissions, à l’origine conçues pour un public occidental, sont-elles réellement adaptées aux réalités africaines ? Pour le spécialiste des médias, Adama Sow, l’arrivée massive de ces émissions françaises en Afrique s’apparente à une nouvelle forme de colonisation culturelle.
Un vent de romance souffle sur Canal+ Afrique. Le groupe a lancé depuis le 15 juin dernier, pour la première fois en Afrique francophone, sa version africaine de Secret story, une émission qui réunit 15 candidats venus de 14 pays d’Afrique, confinés dans une maison en Afrique du Sud. Mais aussi 4 mariages pour une lune de miel, une émission où 4 couples rivalisent pour organiser le meilleur mariage possible, Les reines du shopping, une émission présentée par la styliste sénégalaise, Adama Paris, et dans laquelle 5 femmes âgées de 25 à 70 ans et de styles différents, s’affrontent chaque semaine pour composer le look parfait avec un budget limité et un thème imposé. L’autre émission de télé-réalité version africaine également retransmise sur Canal+ Pop, c’est Le Bachelor. Dans cette émission également avec une touche panafricaine, le concept reste inchangé : un homme célibataire doit choisir parmi 20 prétendantes. La cérémonie de la rose, moment emblématique de l’émission, se tient à la fin de chaque épisode, et le Bachelor élimine progressivement les candidates jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une. Toutes ces émissions qui ont connu un succès en France, trouvent désormais un nouveau terrain de jeu sur les chaînes africaines de Canal+. Toutefois, leur adaptation aux contextes locaux est loin de faire l’unanimité. Pour le spécialiste des médias, Adama Sow, l’arrivée massive de ces émissions françaises en Afrique s’apparente à une nouvelle forme de colonisation culturelle. «Je pense que c’est une vaste entreprise, assez agressive d’ailleurs, concoctée par les multinationales médias françaises, à commencer par la tête de pont, le groupe Canal dans ses différentes composantes. Ils ont même créé des chaînes de langue nationale. Ils ont dégagé beaucoup de moyens pour produire des contenus locaux, que ça soit à Dakar ou Abidjan. Ils ont signé avec des maisons de production locales pour produire, coproduire, prendre même des actions. C’est une offensive, pour ne pas dire une recolonisation. Mais cette fois-ci, ce n’est pas une recolonisation politique ou par les armées, mais c’est une recolonisation par la culture et les médias, c’est-à-dire l’audiovisuel», explique Adama Sow.
Joint par Le Quotidien, M. Sow estime que ces émissions ne sont pas adaptées aux réalités africaines. «C’est un placage. Ils prennent des concepts et les plaquent dans un contexte socio-culturel différent. Alors que pour certaines émissions, même dans le cas où vous les suivez, c’est ridicule. C’est un peu infantilisant pour nous parce que le rendu n’est pas bon. Je suis assez frustré à chaque fois que je regarde ces émissions parce que je sens que ça nous infantilise. Culturellement et sociologiquement, ce ne sont pas des concepts qui sont adaptés chez nous. Malheureusement, ils ont juste pris des concepts occidentaux et les ont littéralement reproduits sans même les adapter au contexte socio-culturel. Et pour moi, c’est presque une insulte à la créativité», a-t-il soutenu. Adama Sow déplore également le manque de soutien des autorités africaines pour la production de contenus locaux. «On a assez de bons scénaristes, de bons créateurs de contenus qui peuvent concevoir des contenus plus adaptés. Mais nos autorités ne comprennent pas l’enjeu de la colonisation ou le caractère un peu monopole sur les productions de contenus. Canal ne nous appartient pas mais nous inonde de contenus», argue-til, estimant que si les Etat africains avaient compris l’enjeu, ils auraient favorisé les sociétés de production et les médias audiovisuels locaux à produire des contenus qu’ils pourraient même exporter. Adama Sow appelle à une prise de conscience politique et culturelle. «Ce qui manque à nos autorités, c’est vraiment de donner un vrai respect à la culture africaine dans l’approche écriture des contenus. Les acteurs politiques ne pensent pas trop à la production audiovisuelle. Pour eux, ce n’est pas une priorité. Et ce que Canal est en train de faire en Afrique, c’est infantilisant», analyse-t-il.
Ce sont des émissions qui contribuent à une dépravation des mœurs»
Judith Ekwalla, journaliste et présentatrice télé, qui a remporté le Prix de la meilleure production journalistique au festival Dakar Court 2021, partage cet avis quant à l’impact de ces émissions sur la culture africaine. «On a l’impression que le besoin était là. Mais en même temps, nous Africains, on embrasse tout et tout le temps alors qu’on n’est pas préparés à cela. On a notre culture, notre façon de faire et maintenant, ce qui est imposé par les occidentaux, c’est un peu une aliénation culturelle. Il y a un risque et ce risque chez nous, c’est d’oublier qui nous sommes, d’où on vient», déclare-t-elle. Critique de cinéma, Judith Ekwalla souligne également l’attrait des jeunes Africains pour ces programmes. «Les jeunes, surtout ceux qui sont assoiffés de la culture européenne, ils aiment, ils adhèrent à ces émissions. Maintenant, tout dépend des émissions. J’en ai regardé quelques-unes et je reste persuadée que ce sont des émissions qui contribuent à une dépravation des mœurs.» Jointe également par Le Quotidien, Judith Ekwalla s’inquiète de la dépravation des mœurs que ces programmes pourraient entraîner. Elle cite en exemple Secret Story et Le Bachelor, soulignant l’inadéquation de ces formats avec les valeurs locales. «Personne n’a envie de voir sa fille exposée dans une émission en train d’embrasser des objets déshabillés. On vend une image de la femme africaine qui n’est pas en réalité celle-là», fait-elle savoir, tout en protestant contre des émissions de ce genre en Afrique. Pour la journaliste, face à ces menaces, la solution réside dans l’éducation et la production locale. «Il faut davantage éduquer nos enfants, nos jeunes filles à faire la différence. La jeunesse africaine même est en perte de repères. Et nous devons travailler à cela pour qu’on sache véritablement qui nous sommes, quelles sont nos réelles valeurs et comment nous pouvons les promouvoir de la manière qui nous convient et qui convient à tout le monde. On ne peut pas tout avaler et tout accepter. A un moment donné, il faut mettre un peu de limite», a-t-elle prévenu. Sur les réseaux sociaux également, des internautes n’ont pas manqué de critiquer cette invasion des émissions en Afrique. «Une vraie catastrophe cette édition de 4 Mariages. Franchement arrêtez de faire honte à l’Afrique. Vous n’êtes pas obligés de copier les Occidentaux, surtout quand vous êtes incapables de relever le défi…», a vivement réagi Mireille Siapje sur la page Facebook du Canal Pop de l’émission 4 mariages pour une lune de miel.
RETOUR SUR LES ANNEES FASTES DU CINEMA A MATAM
La ville de Matam est sans salle de cinéma depuis une trentaine d’années au moment où le réalisateur sénégalais Mamadou Dia, originaire de la région, est auréolé de plusieurs prix dans le monde ...
Matam, 29 juil (APS) – La ville de Matam est sans salle de cinéma depuis une trentaine d’années au moment où le réalisateur sénégalais Mamadou Dia, originaire de la région, est auréolé de plusieurs prix dans le monde avec ses films ‘’Baamum Nafi’’ (Le père de Nafi en pulaar) et ‘’Demba’’.
Ce manque d’infrastructures cinématographiques contraste avec les années fastes du 7e art à Matam où la salle de cinéma implantée par la famille Fadel, était la plus fréquentée dans cette commune du nord du Sénégal.
Aujourd’hui, cette unique salle de cinéma à Matam, située non loin de l’entrée de la commune, ne fonctionne plus. Le vieux local abandonné, se trouve à quelques pas de l’Eglise au quartier Tantadji, sur une ruelle bien animée et commerçante, longeant la célèbre avenue dénommée ‘’Angle Fadel’’.
Sur la devanture, sont garées de motos Jakarta en réparation. Sur le perron, le lieu est noirci par l’huile et tous les produits utilisés pour remettre ces engins en marche.
Au moins une dizaine de motos sont en panne ou attendent leurs propriétaires. A côté, assis sur un banc ou sur ces moyens de locomotion, des jeunes sont en train de discuter s’affairant autour des motos et inhalant de la fumée provenant de la dibiterie d’à côté.
Le local, il y a plus d’une vingtaine d’années était l’un des lieux les plus fréquentés de la ville. Les deux guichets, à peine visibles indiquent la nature de cet espace devenu aujourd’hui méconnaissable et impraticable.
A côté, se trouve la grande porte de ce haut lieu de culture. A l’intérieur, des adultes discutent accoudés sur des motos. Des rangées de bancs sont visibles. C’est l’unique salle de cinéma de Matam très populaire dans les années 1980.
Actuellement occupé par un atelier de réparation de motos, l’endroit est peuplé de gros arbres, l’écran a disparu, de même que la salle de projection qui servait de local pour le bobineur. A la place des spectateurs, ce sont des arbres qui y ont poussé, à tel point qu’on a l’impression d’être dans une minuscule forêt.
Pour bien comprendre les années fastes du cinéma à Matam, il faut aller à Soubalo, à l’ancien marché de ce populeux quartier de la commune, non loin de la berge du fleuve Sénégal.
Ici, ils sont nombreux à n’avoir pas rejoint le nouveau marché, situé à l’entrée de la ville.
Tailleur de profession, Abou Koulibaly est venu rendre visite à son ami Abdoul Wahab Fall alias Diallo Fall. Les deux hommes ont travaillé ensemble à la salle de cinéma qui se trouvait au quartier Tantadji.
Vêtu d’une tenue traditionnelle, des lunettes bien posées sur les yeux, Koulibaly, à l’époque officiait comme guichetier pour les tickets qui étaient vendus à 100 francs CFA.
La famille Fadel, créatrice de l’unique salle
‘’La salle de cinéma a commencé à fonctionner au début années 80. Il y avait deux guichets, l’un pour les tickets à 100 et l’autre à 200 francs CFA qui était tenu par feu Mamoudou Sy plus connu sous le nom de Doro Sy. Diallo Fall contrôlait les entrées. Il veillait à ce que chaque spectateur puisse s’assoir à sa place’’, se souvient Koulibaly.
Il se rappelle que les autorités servant dans la région appelées ‘’VIP’’ ne payaient pas. C’est son ami et collègue Diallo Fall qui avait la liste sur laquelle étaient inscrits les noms des personnalités dont l’entrée était gratuite notamment des fonctionnaires de l’administration territoriale, de la gendarmerie et de chefs de service.
Se replongeant dans ses souvenirs, le guichetier se rappelle que Boubacar Konaté était le projectionniste, avant que ce dernier ne quitte la ville pour être remplacé par Daouda Diallo.
‘’Chaque jour, on pouvait faire passer un à deux films. Dans la semaine, on pouvait mettre deux par jour pendant au moins cinq jours’’, se remémore Koulibaly.
Il rappelle qu’il y avait dans le bâtiment une chambrette en haut qui servait de local pour le projectionniste, précisant qu’elle a été détruite depuis que le cinéma a arrêté de fonctionner à Matam au début des années 90. Depuis lors, le lieu est occupé par des mécaniciens, y établissant un atelier de réparation de motos.
Selon le tailleur, à l’époque très actif dans le fonctionnement de la salle de cinéma, c’est Moustapha et Hamoud Fadel, deux sénégalais originaires du Liban qui ont été à l’initiative de l’implantation du cinéma dans la commune de Matam dans les années 80.
Leur père, Fadel Mesto s’est installé à Matam dans les années 30 grâce au commerce qui se faisait le long du fleuve.
En plus de la salle de cinéma, la famille possédait un hôtel et une boulangerie dans la commune. Le célèbre avenue ‘’Angle Fadel’’ tire son nom de Fadel Mesto. Aujourd’hui, ses petits-fils continuent de s’activer dans le commerce dans la région de Matam.
‘’A l’époque, c’est le cinéma qui animait la ville. Les gens étaient impatients d’aller voir un film, ils se bousculaient pour entrer. Diallo Fall était souvent débordé, car il devait séparer ceux qui ont payé des tickets de 100 francs de ceux qui ont acheté des places pour 200 francs. La ville vivait au rythme du cinéma’’, se remémore-t-il.
Selon lui, les hôtes de la ville trouvaient du temps pour aller voir un film au cinéma. A chaque fois qu’il y avait un bon film, les agents étaient débordés. ‘’C’était presque à guichet fermé’’, qui pouvait rapporter une recette de 100. 000 francs CFA, une grosse somme, à l’époque, lance-t-il.
Il précise que les films d’action étaient les plus suivis.
Son ami Abdou Wahab Fall explique de son côté que des amateurs venaient presque de tout le département, notamment des localités environnantes comme Ourossogui.
‘’Je me rendais à Dakar tous les quinze jours pour récupérer des films au siège de la Société d’importation, de distribution et d’exploitation du cinéma (SIDEC) avec Hamoud, un des frères de Moustapha avant de revenir sur Matam. Toutes mes activités étaient concentrées sur le cinéma’’, souligne Fall, qui regrette la vente du site à des privés, mais occupés par des réparateurs de motos.
Devenu commerçant depuis plusieurs années, il ne manque pas de se souvenir des années fastes du cinéma dans la ville de Matam. Il rappelle que parfois, l’affluence était tellement grande que les agents de sécurité pouvaient même en venir aux mains avec les spectateurs.
Selon lui, des tickets se vendaient au marché noir, des blessés étaient même enregistrés lors des bousculades. ‘’On utilisait un véhicule qui faisait le tour de la ville pour annoncer le film à l’affiche’’, dit-il.
Abdou Wahab Fall se souvient des coupures en plein film, ce qui énervait les spectateurs, dont certains n’hésitaient pas à insulter l’agent en charge des bobines qu’on recollait par la suite.
Des cinéphiles venaient de la Mauritanie voisine
Ils sont nombreux à se souvenir des années où la ville de Matam vivait au rythme du septième art. Le Directeur de la radio communautaire ‘’Dandé Mayo Fm’’, Madiagne Fall raconte que des habitants des autres localités environnantes venaient à Matam pour suivre des films.
Se replongeant dans ses souvenirs, Fall souligne que ‘’dès 19 heures, les responsables de la salle mettaient de la musique pour annoncer le film à venir’’.
‘’Il y avait des vendeurs aux alentours de la salle. Le commerce marchait bien à cette époque. En plus des habitants des autres villages, des Mauritaniens établis de l’autre côté de la rive traversaient pour venir à Matam pour voir des films. Ils venaient entre autres de Tokomadji, Siwé et Matam Rewo, en face de la commune de Matam en Mauritanie’’, se souvient Madiagne Fall.
Pour disposer d’un ticket d’entrée, avec d’autres amis, ils participaient à des loteries ou vendaient de l’herbe qu’ils vont chercher dans la brousse. Des gens venaient uniquement pour rencontrer des amis à l’entrée, ‘’c’était aussi des moments de retrouvailles’’, précise-t-il.
Le cinéma avait fini de transformer certaines personnes en danseurs ou chanteurs à force d’imiter des acteurs de films Hindous, d’après Falla, également acteur culturel.
Amadou Issa Kane, journaliste natif de la commune de Matam garde intact ses souvenirs de jeune féru de cinéma.
Pour lui, les films joués par Bruce Lee (l’un des plus grands acteurs de Kung Fu sino-américain) ou Hindous étaient ses préférés. Quand il y avait des bagarres à l’entrée, il patientait avec ses amis ‘’jusqu’à ce que le calme revienne pour se faufiler et entrer dans la salle munis d’un sachet de crème glacée ou de biscuit’’ en faisant comme s’ils étaient sortis au moment de l’attroupement.
‘’Souvent, on entendait des cris et des insultes surtout quand le projectionniste commettait l’erreur de sauter une étape du film. Le lendemain on se plaisait de raconter à nos camarades qui n’y étaient pas ce qui s’est passé au cinéma’’, dit-il.
Comme Falla, le correspondant de Walfadjri aussi allait chercher du bois mort qu’il vendait pour acheter un ticket d’entrée.
L’enseignant Abou Diaw indique que le plus intéressant était les affiches qu’on mettait à l’angle Fadel le matin, avant d’aller chercher de l’argent pour acheter le ticket d’entrée.
Il se souvient avoir beaucoup suivi des films de Thug Norris ou Bruce Lee. Hamady Sy, un vieux comédien travaillant pour la famille Fadel, faisait le tour avec beaucoup d’humour pour faire la publicité de l’affiche de la nuit.
‘’Il se rendait jusqu’à Ourossogui à bord d’une voiture sonorisée pour faire le même travail. A la sortie de la salle, on passait à la boulangerie d’à côté pour acheter du pain avant de rentrer à la maison. Par la suite, les prix ont été revus à la hausse avec un seul film à 100 francs, au lieu de deux avant’’, explique Diaw qui sert à Nguidjilone.
Pour lui, c’est l’avènement des cassettes-vidéos qui a contribué à la disparition de la salle de cinéma, plaidant pour la construction d’une nouvelle infrastructure cinématographique dans la commune.
Père Chémaille, père du cinéma muet et cinéma ambulant
Bien avant la construction d’une salle de cinéma dans la ville, les Matamois suivaient déjà des films à travers le ‘’cinéma ambulant de Bakel’’. Ce promoteur quittait Bakel, dans la région de Tambacounda pour faire des projections de films à Matam, explique Abdoul Yirim Ndiaye, acteur de développement qui s’active également dans la culture.
‘’Il mettait des bâches, avec des entrées payantes dans un endroit de la ville. Au fil des années, il y a eu des évolutions avec l’arrivée d’un opérateur économique nommé Simon Obeyka, un libano-syrien qui a eu à installer un cinéma éphémère dans une maison, à l’actuel angle Fadel, ex-Petersen jusque dans les années 1975’’, ajoute cet habitant du quartier Tantadji.
D’après lui, c’est avec ce dernier que les Matamois ont commencé à voir des films sénégalais tels que ‘’Borom Sarret’’ (1963), ‘’Le Mandat’’ (1968), Guélwaar (1992) du réalisateur sénégalais Ousmane Sembene.
Le cinéma ambulant de ‘’Bakel’’ était installé au niveau de la cour du centre culturel de l’époque devenu aujourd’hui le CDEPS de Matam. En période d’hivernage, c’est la grande salle du centre qui était utilisée pour projeter des films, renseigne-t-il.
Aboul Yirim Ndiaye, étant plus jeune a été aussi témoin de l’existence du cinéma muet initié par un receveur qui, à l’aide de son appareil cinématographique mettait des films à la Poste de Matam avec des entrées payantes.
Quelques années plus tard, un religieux du nom de Père Chémaille avait installé un cinéma devant l’Eglise pour permettre aux amoureux du cinéma de regarder des films gratuitement.
‘’Avec le Père Chémaille, nous suivions des films documentaire et d’animation comme ‘’Les aventures de Tintin’’ une série de dessin animé belge. Pour le cinéma ambulant, y avait des films hindous, westerns tel que ‘’Django’’ du réalisateur Sergio Corbucci (Italo-espagnol), des Cow-boys américains’’, se rappelle Ndiaye.
Selon lui, avec des amis, ils trafiquaient des billets ou utilisaient le ticket d’un autre pour entrer dans la salle.
UN HERITAGE CULTUREL INEPUISABLE
Décédé le 5 janvier 2023, Alphonse Raphaël Ndiaye n’a pas été oublié. La Communauté africaine de culture section Sénégal (Cacsen) lui a rendu un vibrant hommage, hier à la Place du souvenir africain.
La Communauté africaine de culture section Sénégal (Cacsen) et l’Association des écrivains du Sénégal (Aes) ont rendu un vibrant hommage à l’écrivain et homme de culture Alphonse Raphaël Ndiaye, décédé le 5 janvier 2023. Cette cérémonie-hommage, tenue hier à la Place du souvenir africain dans une bonne ambiance, a réuni des personnalités, des membres de sa famille, la communauté universitaire et des anonymes venus saluer la mémoire d’un homme dont l’influence sur le patrimoine culturel sénégalais est «inépuisable» et «multidimensionnelle».
Décédé le 5 janvier 2023, Alphonse Raphaël Ndiaye n’a pas été oublié. La Communauté africaine de culture section Sénégal (Cacsen) lui a rendu un vibrant hommage, hier à la Place du souvenir africain. En effet, la cérémonie s’est déroulée dans une bonne ambiance, en présence des membres de sa famille, de la communauté universitaire et d’anonymes venus saluer la mémoire d’un homme dont l’influence sur le patrimoine culturel sénégalais est inépuisable et incommensurable. Raphaël Ndiaye, «son nom seul suffit pour déclencher une vague d’associations d’idées qui toutes concourent à montrer le caractère éclectique et éminemment positif d’un homme qui, sa vie durant, s’est donné entièrement à sa terre, à sa culture, à son pays, à son continent, à l’humain dans son extrême complexité, mais davantage dans son universelle identité». C’est le sentiment du secrétaire d’Etat à la Culture, aux industries créatives et au patrimoine historique, Bakary Sarr. «Raphaël Ndiaye s’est investi pour le patrimoine. Voici qu’il entre désormais dans le patrimoine», a poursuivi Bakary Sarr, tout en estimant que Raphaël Ndiaye était un chercheur, un passeur de culture qui avait la capacité de passer d’une langue à une autre. «Il avait aussi la possibilité de faire en sorte que les langues dialoguent. Et cette posture multidimensionnelle a fait de l’homme ce qu’il a été, mais également un profond humaniste dans le dialogue des langues, des cultures et des civilisations. Raphaël Ndiaye est aussi un homme inépuisable. Il s’est battu toute sa vie pour que le monde soit mieux acceptable par les langues, les cultures et les dialogues des cultures. C’est un homme profondément ancré à son territoire et aux valeurs de civilisation africaine», a fait savoir Bakary Sarr pour rendre hommage au défunt musicien et écrivain de Joal-Fadiouth.
Un homme multidimensionnel et pluridisciplinaire
D’après le secrétaire d’Etat à la Culture, Raphaël Ndiaye c’était aussi un «poète, un éveilleur d’âme d’une fine sensibilité, portant dans son corps et dans son cœur, les pulsions héritées sans doute des poètes et poétesses de son terroir. De la vie, de l’œuvre de Raphaël Ndiaye, nous avons beaucoup appris». Dans son discours, il admet également que la complexité de l’homme est aussi celle du chercheur, un homme d’une culture «encyclopédique» mais doué d’un sens critique profond et voué à la quête permanente de vérités d’étapes qui permettent d’avancer vers le cœur profond de la «lumière». «Il est difficile de cerner le personnage que nous célébrons aujourd’hui», admet Bakary Sarr. Raphaël Ndiaye était également un brillant poète, un archiviste et un critique littéraire. Ses contributions à la musique, à la littérature et à la promotion du livre sont largement reconnues. Colonel Moumar Guèye a souligné cette générosité. «Alphonse Raphaël Ndiaye est un symbole de la générosité sans limite. Il a amplement mérité toutes les distinctions culturelles qui lui ont été décernées. Il a apporté sa contribution dans tous les compartiments de la culture : l’enseignement, la musique, la littérature, la poésie, le sport et la religion», a témoigné le représentant de l’Association des écrivains du Sénégal.
S’exprimant au nom de la famille, Monseigneur Benjamin Ndiaye, Archevêque de Dakar et petit frère de Raphaël Ndiaye, a aussi évoqué des souvenirs personnels, témoignant de l’esprit méthodique et passionné de son frère. «Raphaël Ndiaye, c’est mon frère aîné. Je viens juste après lui. Nous formions une fratrie très soudée, avec beaucoup d’histoires et de disputes comme ça arrive dans les grandes familles. J’ai toujours apprécié son esprit méthodique dans son travail et dans sa pensée», a-t-il exprimé. Quant à Aïssatou Sophie Gladima, ancienne ministre et maire de la commune de Joal-Fadiouth, elle a rappelé l’importance de continuer le travail de Raphaël Ndiaye dans la préservation de la culture. «Le Sénégal a perdu un grand homme. Un homme multidimensionnel, pluridisciplinaire. Raphaël Ndiaye, c’est un administré, un oncle, un ami et frère, avec qui j’ai beaucoup partagé par rapport à la préservation de la culture», a témoigné Aïssatou Sophie Gladima. Le panel qui a suivi la cérémonie d’hommage a exploré les principaux axes de recherche de Raphaël Ndiaye, mettant en exergue l’ampleur de son travail et son dévouement à la culture. Alpha Amadou Sy, président de la Communauté africaine de culture section Sénégal (Cacsen), a évoqué le devoir de mémoire envers un homme aux talents multiples. «C’est un devoir de mémoire de rappeler à la postérité que Raphaël Ndiaye est un homme polyvalent. Cela constitue un impératif républicain», a-t-il souligné.
CONFIDENTIEL DE 'BES BI LE JOUR' DE CE VENDREDI 26 JUILLET 2024
Baadoolo - Dio aux J.O
Diomaye est qualifié pour les J.O. Il a fait un saut à Paris pour assister à la cérémonie d’ouverture de ce rendez-vous mondial. Malgré son calme olympien- pas olympique- il entend être sur la piste diplomatique aux côtés de Macron. C’est une course de fond puisqu’il va accueillir les JOJ en 2026. Ne pas y être serait un faux départ. C’est difficile de débarquer encore à Paris avec cette pression de waa Aes, Excellences les putschistes. Mais c’est une haie à franchir. Avec ou sans le sac.
MATAM Collision entre un camion et un minicar 6 morts et 14 blessés
Un choc entre un camion et un minicar de 18 places a fait 6 morts et 14 blessés, ce jeudi, à Ndouloumadji, dans le département de Matam. A 10 heures 30, la Compagnie d’incendie et de secours de Matam a été alertée d’un accident à l’intersection reliant la piste de Ndouloumadji à la route nationale numéro 2. «Sur les lieux, on a trouvé qu’il s’agissait d’une collision entre un camion en provenance de Ourossogui et un minicar de 18 places venu du Dandé Maayo. Le minicar en provenance de Ndouloumadji n’a pas marqué un temps d’arrêt à l’intersection avant de prendre la route nationale numéro 2», a dit le lieutenant Ignass François Ndiaye, commandant de la 54ème Compagnie d’incendie et de secours de Matam. Les blessés ainsi que les corps sans vie ont été acheminés à l’hôpital régional de Ourossogui avec la mobilisation de 2 ambulances de la Compagnie d’incendie et de secours de Matam et de 4 ambulances civiles. Depuis Paris, le chef de l’Etat a exprimé sa compassion et assuré avoir donné des instructions pour une prise en charge rapide des blessés»
Pour un vol présumé de 200 millions au cours d’une opération 9 policiers du commissariat de la Zac de Mbao en garde à vue
C’est une autre affaire impliquant des policiers qui va encore faire parler. Ils sont au nombre de 9 limiers du commissariat de la Zac de Mbao à être placés en garde à vue à la Division des investigations criminelles (Dic), selon Rfm. Qui informe qu’ils sont accusés d’avoir volé 200 millions de francs CFA au cours d’une opération menée le week-end dernier sur deux ressortissants maliens détenant de l’argent d’origine douteuse. Abdoulaye Diao, alias Baaye Fall, qui a reçu un renseignement sur deux individus habitant le quartier Almadies 2 convoyant de la cocaïne avec pour destination le Mali a intercepté le véhicule 4X4 suspect avec à son bord deux personnes de nationalité malienne. Selon le journaliste Babacar Fall qui a mené l’enquête, après une fouille, les deux sacs contenaient de l’argent et non de la drogue. Au commissariat de police de la Zac de Mbao, les ressortissants maliens se sont rendus compte qu’il ne restait que 450 millions de francs CFA alors que les sacs contenaient en réalité 650 millions de francs CFA. C’est ainsi que les mis en cause ont accusé les policiers d’avoir volé les 200 millions de FCFA.
Assemblée nationale - Les membres du bureau convoqués ce vendredi
Le président de l’Assemblée nationale Amadou Mame Diop a convoqué en réunion les membres du bureau à la salle de conférence de la Présidence, ce vendredi 26 juillet 2024. Sur la convocation publiée, ce jeudi 25 juillet, on peut noter comme ordre du jour «Informations». Pas plus. Mais tout indique que c’est le premier acte de la procédure devant aboutir à l’adoption du Règlement intérieur. Ce qui permettra au Premier ministre de faire sa Déclaration de politique générale (Dpg) dans les meilleurs délais. Mercredi, les trois présidents de groupes parlementaires et le représentant des non-inscrits ont remis les résultats de leurs travaux de mise à jour du Règlement intérieur à Amadou Mame Diop.
Ziguinchor 2 enfants retrouvés morts dans les rizières de Boutoute
Deux enfants âgés de neuf et trois ans ont été retrouvés sans vie dans les rizières de Boutoute, en périphérie de la commune de Ziguinchor, rapporte le correspondant de E-Media. Les pluies diluviennes qui inondent la région depuis la matinée de ce jeudi en seraient la cause. Les eaux de ruissellement les auraient emportés. Les sapeurs-pompiers ont transporté les corps à la morgue de l’hôpital régional de Ziguinchor. La gendarmerie a également été alertée afin d’identifier les victimes et d’ouvrir une enquête. D’après nos informations, les enfants vivaient dans le quartier périphérique de Kantenne, dans la commune de Ziguinchor.
Départ à la Retraite La Rts de Diourbel fête Cheikh Fall
Après un quart de siècle de collaboration, l’ex-chef du département de la Rts de Diourbel a pris sa retraite. Cheikh Fall a été fêté par ses anciens collègues journalistes et techniciens de la station régionale de la radio. A ses jeunes collègues de travail, il a demandé de «travailler en parfaite union, de préserver cet outil de travail qu’est la Rts et de respecter les règles d’éthique et de déontologie». Outre Cheikh Fall, la journaliste Tida Sané, promue cheffe de l’unité d’information à la station Rts de Fatick a été aussi fêtée.
DÉCÈS DE TOUMANI DIABATÉ, ILLUSTRE JOUEUR DE KORA
Fils de Nama Koïta et de Sidiki Diabaté, nommé roi de la kora au FESPAC 1977 à Lagos, il a commencé à jouer de la kora à 5 ans, inspiré par son père et son grand-père Amadou Bansang.
Dakar, 19 juil (APS) – Le musicien malien Toumani Diabaté, illustre joueur de kora, est décédé, vendredi, à Bamako, à l’âge de 58 ans, “des suites d’une courte maladie”, a annoncé son fils Sidiki Diabaté.
“C’est avec une profonde tristesse que nous annonçons le décès de notre père, Toumani Diabaté, survenu aujourd’hui à Bamako des suites d’une courte maladie”, a-t-il écrit dans un communiqué diffusé sur sa page Facebook.
‘’C’est Dieu qui donne la vie et qui donne la mort et c’est vers Lui que nous retournons. Mon confident, mon pilier, mon guide, mon meilleur ami, mon cher papa s’en est allé à jamais’’, a-t-il ajouté sur le même réseau social.
La nouvelle a aussitôt été relayée par des médias locaux, des célébrités du monde de la musique, ses compatriotes Oumou Sangaré, Bassékou Kouyaté et Mokobé, les Guinéens Kabiné et Sékouba Kandia Kouyaté, les Sénégalais Oumar Pène et Youssou Ndour, notamment.
Sidiki Diabaté a indiqué que le public sera informé “des détails concernant les obsèques”, le remerciant de sa “compréhension” et de son “soutien en ces moments difficiles”.
Né le 10 août 1965 à Bamako, Toumani Diabaté, considéré comme l’un des plus grands joueurs de kora du monde, est le fils de Sidiki Diabaté, star des années post-independences et membre de l’Ensemble instrumental du Mali, fondé à l’initiative du premier président du Mali, Modibo Keïta.
Fils de Nama Koïta et de Sidiki Diabaté, nommé roi de la kora au FESPAC 1977 à Lagos, il commence à jouer de la kora à 5 ans, inspiré par son père et son grand-père Amadou Bansang, lit-on de sa biographie. Toumani Diabaté, tout en restant fidèle à la ligne de la tradition mandingue de la kora, a su tracer sa voie en créant un pont entre son héritage familial et des sensibilités d’ailleurs.
Il a enregistré plusieurs albums, dont le premier en 1988, et reçu plusieurs décorations chez lui au Mali et à l’extérieur, des Grammy Awards notamment.
par Amadou Diaw
DE LA NÉCESSAIRE MOBILITÉ, CIRCULER EST UN DROIT HUMAIN
EXCLUSIF SENEPLUS - Que d’obstacles vécus par les migrants. À travers chaque pas coûteux, chaque navigation périlleuse, les jeunes d'Afrique expriment leur désir de vivre. Honte à nous. Oui, nous sommes tous responsables
Guet Ndar. Quartier traditionnel de Saint-Louis. Les pirogues colorées portent des étendards de divers pays. Ce soir, elles descendront le long du fleuve avant d’affronter la barre. Quelques sages, sous des abris de fortune, observent le temps passer. Des jeunes, enfants insouciants, adolescents à la peau brûlée par ce mélange de sel et de soleil, des moins jeunes dans l’attente du prochain départ, envahissent les ruelles. Les demeures sur cette petite bande de terre attendent d’être rongées par les vagues de l’océan Atlantique.
Là, le murmure solennel d'un enfant du village des pêcheurs, l'écho de sa voix assurée résonne encore à mes oreilles : « Rien, absolument rien, ne saurait contenir l'écume des départs juvéniles. Nous nous en irons, toujours plus nombreux, portés par le regard de notre mère démunie, portés par les pleurs de nos sœurs. »
Telle une invitation à revenir à la réalité, un véritable coup de semonce, cette déclaration a métamorphosé ma perception du phénomène. Il me fallait accepter, me résigner, mieux encore, agir, inviter les décideurs, dirigeants de nos pays, ministres, diplomates et émissaires, à renoncer à promettre un arrêt de l'hémorragie. Mission impossible !
Oui, ces jeunes partiront. Ils partiront encore nombreux. Ils partiront encore plus loin.
Hier, ils étaient des dizaines, dans les cales de l’Ancerville. Ce navire mythique qui assurait la ligne de Dakar à Marseille, est à quai à Shekou, en Chine, Transformé en important centre de loisirs. Lui, il a eu droit à une autre vie.
Aujourd’hui, les pirogues géantes de Guet Ndar, de Mbour, vont vers les Canaries. Grandes et Petites. Aujourd’hui, des camions mènent cette jeunesse dans les prisons de Libye, puis dans le ventre des mers. Et Demain ?
Honte à nous. Oui, nous sommes tous responsables. Méditons.
Les yeux fermés. Expiration. Ouvrons les yeux. À travers les tumultes de l'histoire, des générations ont affronté les épreuves les plus ardues. Des arabes, puis des européens, puis des maures, en quête de richesses et de convictions, se sont aventurés au-delà des mers, des déserts pour « découvrir » les contrées lointaines : l'Afrique, l'Amérique et l'Asie. Les trois M (Militaires, Missionnaires et Marchands) à l'appétit insatiable, tous sont partis pour des voyages audacieux, des rencontres avec l'inconnu.
C’était hier. Sommes nous amnésiques ? Il n’y a pas si longtemps, pourtant. Ils ont détruit. Ils ont brûlé les villages. Ils ont effacé. Ils ont déchiré, et le Serment du Chasseur(1222) et la Charte de Kouroukan Fouga (1236). Ils ont déstructuré. Ils ont remplacé. Un Grand remplacement. Ils ont « civilisé ».
Quelques siècles après, la soif de découverte, l'insatiable besoin de réalisation poussent encore l'homme à traverser des déserts brûlants, des océans infinis et des mers déchaînées. La mobilité, intrinsèque à notre essence, transcende les frontières physiques pour atteindre l'ailleurs. Acceptons cela. Notre destin est forgé par un incessant désir de se connecter aux mondes lointains.
Repensons donc le statut des nouveaux citoyens. Les Citoyens du monde.
Que d’obstacles vécus par les migrants. À travers chaque pas coûteux, chaque nuit passée dans les prisons du Maghreb, chaque être violé, chaque navigation périlleuse, chaque embarcation avalée par la Méditerranée, les jeunes d'Afrique expriment leur désir de vivre et tendent cette main de l'espoir à l'humanité, qui trop souvent feint de ne pas la voir. Ouvrons nos yeux. Ouvrons nos bras.
Achille Mbembe nous interpelle. Il fait écho : « La circulation des hommes exige des politiques d'hospitalité, d'ouverture et l'invention de nouvelles formes de citoyenneté. »
Oui, mettons en œuvre de nouvelles formes de citoyenneté. Ouvrons nos bras. Redevenons humains. Et pensons plus aux ponts à installer qu’aux murs à construire. Et surtout, ré-enchantons le Monde.
Du rêve? Peut-être.
Mais, crions le, haut et fort, en espagnol et en sérere, en italien et en amharique, en anglais, en Kinyarwanda : « Circuler est un droit humain fondamental, n’en faisons pas une aventure mortifère. Être de quelque part, c’est avoir la possibilité de partir et d’y revenir »
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JUBBANTI, ÉLEVONS CETTE LANGUE EN ÉLEVANT SON ORTHOGRAPHE
«Jubbanti» et non Jubanti, «Ceddo» et non Cedo, «Siggi» et non Sigi ou encore Kër et non Keur . Adoptons la bonne orthographe. La parole d’Arame Fal, de Pathé Diagne, Cheikh Anta Diop ou d'Ousmane Sembène est souveraine. Explication de Mademba Ndiaye
Au moment où le débat sur l’introduction des langues nationales dans le système éducatif est très actuel, il n’est pas juste que des responsables au sommet ne respectent pas les normes orthographiques de ces langues dans leur communication officielle.
Dans le slogan de campagne en wolof «Jub Jubal Jubbanti » du Pastef, le mot «Jubbanti » est souvent écrit avec un seul « B ». Ce qui est une faute du point de vue des linguistes confirmés. Bien que les spécialistes eurent donné la règle juste, les membres du Pastef semblent persister à écrire ce mot à leur convenance, avec un seul « B » au lieu de 2 « BB ».
En répondant à notre entrevue sur le Pacte de Bonne gouvernance, Mademba Ndiaye invite les membres de Pastef à adopter humblement la bonne orthographe, celle retenue par les scientifiques qui font autorité dans ce domaine.
Mais quand on remonte l’histoire, cette question de l’orthographe juste de certains mots wolof n’est pas nouvelle comme le rappelle fort à propos Mademba Ndiaye.
Sous le magistère du président Léopold Sédar Senghor, bien des mots wolof ont ainsi fait l’objet de débat féroce entre intellectuels. Le président Senghor, poète confirmé et puriste s’était affronté au trio composé d’Ousmane Sembène,, Pathé Diagne et Cheikh Anta quant à l’orthographie des mots « Ceddo», « Siggi » par exemple.
Senghor, le poète, grammairien et puriste de la langue imposant de manière péremptoire sa volonté au linguiste Pathé Diagne, à l’écrivain-réalisateur Ousmane Sembène, ou à l’historien Cheikh Anta Diop, savant plutôt pluridisciplinaire, qui n’est pas un nain en matière de linguistique, lui qui a établi la patentée linguistique entre les peuples d’Afrique.
En somme, l’écriture du mot JUBBANTI » a amené le journaliste émérite Mademba Ndiaye, aujourd’hui consultant, à rappeler cette histoire entres ces géants intellectuels dans leurs domaines respectifs a ceux qui ont oublié ou à le faire savoir à ceux qui ne l’ont jamais appris, notamment les jeunes.
Suivez son explication dans cette vidéo.
PATRICK CHAMOISEAU, INSURGÉ DES LANGUES
Héritier de la "créolité", il appelle à faire voler en éclats les carcans linguistiques hérités du colonialisme. Une quête fertile d'un "imaginaire multi-trans-linguistique" pour briser les hiérarchies sclérosantes
(SenePlus) - Écrivain majeur des Antilles, Patrick Chamoiseau ne cesse d'interroger le rapport aux langues à travers son œuvre couronnée par le prix Goncourt en 1992 pour Texaco. Héritier d'Aimé Césaire et d'Édouard Glissant, il a contribué à forger le concept de "créolité", plaçant la langue créole au cœur d'un projet d'émancipation face à la domination du français.
Dans une interview parue sur le site de l'Unesco, l'auteur martiniquais revient sur son expérience fondatrice du "mutisme" scolaire, brutal heurt avec la norme linguistique imposée. "Le créole habitait mon esprit, structurait mon imaginaire. Me l'interdire revenait à me lobotomiser", confie-t-il, évoquant la violence de cette coupure d'avec sa langue maternelle.
"Pour justifier leur exploitation, les colonisateurs avaient développé un Grand Récit justificateur dans lequel ils avaient sacralisé leurs langues comme seuls moyens d'accès à la civilisation", décrypte le romancier. Une hiérarchisation cautionnée par les colonisés eux-mêmes dans un "contre-discours" visant à réhabiliter leur idiome.
Faire émerger une "parole vraie" dans ce contexto diglossique représentait un défi de taille. "Ce que j'ai appris, c'est qu'il ne faut pas hiérarchiser les langues, mais tendre vers un imaginaire multi-trans-linguistique, riche de toutes les langues du monde", plaide Chamoiseau.
Lui qui écrit "en présence de toutes les langues", à l'instar d'Édouard Glissant, prône la maîtrise d'un "langage" transgressant les carcans académiques. "Le langage brise l'orgueil des langues, leur sacralisation, pour les ouvrir à leurs insuffisances, leurs indicibles, et les forcer à désirer la présence d'autres langues."
Dépassant la simple réconciliation de l'oral et de l'écrit, l'auteur de Texaco appelle à un nouvel "imaginaire post-occidental" intégrant jusqu'aux langues du vivant - "des végétaux, insectes, animaux". Une quête de "Relation" brisant les séparations héritées de la pensée coloniale.
"À l'aube de tout geste créateur, il faut une catastrophe symbolique, une déroute de ce qui régente notre esprit", martèle Chamoiseau. La "nuit" du conteur créole désserrant l'étau pour laisser fleurir les possibles refoulés.
Si Frankétienne et Glissant ont ouvert la voie, le défi pour la nouvelle génération sera d'incarner cette "poétique du désir-imaginant de toutes les langues". Une ambition universelle, pardessus les "marqueurs identitaires", pour donner corps à la "Diversalité" chère à Chamoiseau.
Dans cette perspective, son dernier roman Le Vent du Nord explore la forme d'un "organisme narratif" décloisonnant les genres, par-delà la tyrannie du "récit" rassurant mais étriqué. Un pas de plus vers l'insurrection d'imaginaires émancipés, à l'opposé des "Grands Récits totalitaires" enserrant le réel dans leurs carcans.
L'ÉDITORIAL DE RENÉ LAKE
DÉCOLONISER LA JUSTICE
EXCLUSIF SENEPLUS - Dans un État démocratique et de droit, la séparation des pouvoirs entre l'exécutif, le législatif et le judiciaire est fondamentale pour assurer le bon fonctionnement et l'indépendance de chaque institution
Aller chercher le savoir jusqu’en…Chine ! Cette recommandation de bon sens est une invite à aller au-delà des frontières de la vieille métropole coloniale pour chercher les meilleures pratiques (best practices), surtout quand, dans un domaine particulier, celle de l’ex-colonisateur n’est pas le meilleur exemple pour la bonne gouvernance à laquelle les Sénégalaises et les Sénégalais aspirent. S’il y a bien un domaine où la France n’est pas une référence à l’échelle mondiale, c’est bien celui de la Justice dans son rapport avec l’Exécutif.
Dans un État démocratique et de droit, la séparation des pouvoirs entre l'exécutif, le législatif et le judiciaire est fondamentale pour assurer le bon fonctionnement et l'indépendance de chaque institution. Au lendemain de la remise au président Diomaye Faye du rapport général des Assises de la justice qui se sont tenues du 15 au 17 juin 2024, ce texte a l’ambition de mettre en lumière l'importance de cette séparation et pourquoi il est critiqué que le président de la République soit également le président du Conseil Supérieur de la Magistrature.
Prévention de l'abus de pouvoir. La séparation des pouvoirs empêche la concentration excessive de pouvoir entre les mains d'une seule personne ou d'un seul organe. Chaque branche agit comme un contrepoids aux autres, ce qui limite les abus potentiels et favorise la responsabilité.
Indépendance judiciaire. En particulier, l'indépendance du pouvoir judiciaire est essentielle pour garantir des décisions impartiales et justes. Les juges doivent être libres de toute influence politique ou pression externe afin de pouvoir appliquer la loi de manière équitable. En de bien nombreuses occasions, tout le contraire de ce que l’on a connu depuis plus de 60 ans au Sénégal et qui a culminé pendant les années Macky Sall avec une instrumentalisation politique outrancière de la justice.
Fonctionnement efficace du législatif. Le pouvoir législatif doit être libre de proposer, examiner et adopter des lois sans interférence de l'exécutif ou du judiciaire. Cela assure la représentation démocratique des intérêts de la population et la formulation de politiques publiques diverses et équilibrées.
Le président de la République et le Conseil Supérieur de la Magistrature -
Le Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) est souvent chargé de la nomination, de la promotion et de la discipline des magistrats. Dans de nombreux pays démocratiques, il est critiqué que le président de la République soit également le président de cet organe pour plusieurs raisons notamment celle du conflit d’intérêt potentiel et de la menace pour la séparation des pouvoirs.
En occupant simultanément ces deux fonctions, le président peut influencer directement les décisions judiciaires et les nominations de magistrats, compromettant ainsi l'indépendance judiciaire. Cette perversion n’a été que trop la réalité de la justice sénégalaise depuis les années 60 avec une accélération sur les deux dernières décennies avec les régimes libéraux arrivés au pouvoir après une alternance politique.
Cette situation a fortement affaibli la séparation des pouvoirs au Sénégal en concentrant trop de pouvoir entre les mains de l'exécutif, ce qui a régulièrement mené à des décisions politiquement motivées plutôt qu'à des décisions basées sur le droit.
La crainte d’une République des juges -
Les acteurs sociaux favorables à la présence du chef de l’État dans le CSM invoquent régulièrement la crainte d’une "République des Juges". Cette idée d'une "République des juges" où le pouvoir judiciaire dominerait les autres branches gouvernementales, n'est pas pertinente dans un système démocratique où il existe de multiples recours et des contrepoids aux potentiels abus des juges. Cette idée relève plus du fantasme jacobin que d’un risque réel dans une démocratie bien structurée, où il existe plusieurs niveaux de recours judiciaires permettant de contester les décisions des juges. Ces recours assurent que les décisions judiciaires peuvent être réexaminées et corrigées si nécessaire.
Par ailleurs, le pouvoir législatif a le rôle crucial de créer des lois et de superviser l'exécutif. En dernier ressort, le législatif peut modifier des lois pour contrer toute interprétation judiciaire excessive ou inappropriée, assurant ainsi un équilibre des pouvoirs.
Enfin, l'indépendance judiciaire signifie que les juges sont libres de rendre des décisions impartiales, mais cela ne signifie pas qu'ils sont au-dessus des lois ou qu'ils ne sont pas responsables. Les juges doivent toujours interpréter et appliquer les lois dans le cadre des normes constitutionnelles établies par le législatif.
La crainte d’une République des juges est un chiffon rouge agité en France depuis longtemps pour justifier un système judiciaire bien plus attaché à l’Exécutif que dans les autres démocraties occidentales.
Historiquement, le président de la République française a été le président du Conseil Supérieur de la Magistrature. Cette pratique a été critiquée pour son impact potentiel sur l'indépendance judiciaire. Actuellement, la réforme de 2016 a réduit le rôle direct du président dans le CSM, mais des questions persistent sur l'indépendance réelle.
De son côté, le système américain illustre une stricte séparation des pouvoirs, où le président n'a qu’un rôle indirect dans la nomination des juges fédéraux. Dans ce processus le président est chargé uniquement de nommer et seul le Sénat américain détient le pouvoir de rejet ou de confirmation. Cela vise à maintenir une certaine distance entre l'exécutif et le judiciaire.
L'Allemagne pour sa part maintient également une séparation rigoureuse des pouvoirs avec des organes distincts pour l'exécutif, le législatif et le judiciaire, évitant ainsi toute concentration excessive de pouvoir et préservant l'indépendance du pouvoir judiciaire.
Le modèle progressiste sud-africain -
L'Afrique du Sud offre un cas fascinant de respect de la séparation des pouvoirs, essentielle pour la stabilité démocratique et la protection des droits constitutionnels depuis la fin de l'apartheid. Suit une exploration de la manière dont la séparation des pouvoirs est respectée dans le système judiciaire sud-africain.
La Constitution sud-africaine, adoptée en 1996 après la fin de l'apartheid, établit clairement les pouvoirs et les fonctions de chaque institution de l’État : l'exécutif, le législatif et le judiciaire. Elle garantit également les droits fondamentaux des citoyens et définit les principes de gouvernance démocratique.
La Constitution insiste sur l'indépendance du pouvoir judiciaire, affirmant que les tribunaux sont soumis uniquement à la Constitution et à la loi, et ne doivent pas être influencés par des intérêts politiques ou autres pressions externes. Les juges sont nommés de manière indépendante, et leurs décisions ne peuvent être annulées que par des procédures juridiques appropriées, garantissant ainsi leur autonomie dans l'interprétation et l'application de la loi.
La Cour constitutionnelle est la plus haute autorité judiciaire en matière constitutionnelle en Afrique du Sud. Elle est chargée de vérifier la constitutionnalité des lois et des actions du gouvernement, de protéger les droits fondamentaux des citoyens, et de maintenir l'équilibre entre les pouvoirs. La Cour constitutionnelle a le pouvoir de rendre des décisions contraignantes pour toutes les autres cours, garantissant ainsi l'uniformité et la primauté du droit constitutionnel.
En plus de la Cour constitutionnelle, l'Afrique du Sud dispose d'un système judiciaire complet avec des tribunaux inférieurs qui traitent des affaires civiles, pénales et administratives à différents niveaux. Chaque niveau de tribunal joue un rôle spécifique dans l'administration de la justice selon les lois applicables.
La Cour constitutionnelle a souvent été appelée à vérifier la constitutionnalité des lois adoptées par le Parlement sud-africain. Cela démontre son rôle crucial dans le maintien de la séparation des pouvoirs en s'assurant que les lois respectent les normes constitutionnelles et les droits fondamentaux.
Les juges en Afrique du Sud sont nommés sur la base de leur compétence professionnelle et ne sont pas soumis à des influences politiques directes. Cela garantit que leurs décisions sont prises en fonction du droit et non de considérations partisanes ou externes.
La séparation des pouvoirs renforce la protection des droits fondamentaux des citoyens en permettant au pouvoir judiciaire d'agir comme un contrepoids aux actions potentiellement inconstitutionnelles ou injustes du gouvernement ou du législateur.
En respectant la séparation des pouvoirs, l'Afrique du Sud renforce la confiance du public dans le système judiciaire, crucial pour la stabilité politique, économique et sociale du pays.
Se référer aux bonnes pratiques –
La Fondation Ford a joué un rôle significatif et historique dans le processus d'élaboration de la Constitution sud-africaine de 1996. Franklin Thomas, président de cette institution philanthropique américaine de 1979 à 1996, a été un acteur clé dans ce processus. Avant les négociations constitutionnelles officielles qui ont conduit à la Constitution de 1996, l’institution philanthropique américaine a soutenu financièrement des recherches approfondies et des débats critiques sur les principes et les modèles constitutionnels. Cela a permis de jeter les bases d'une réflexion constructive et informée parmi les diverses parties prenantes en Afrique du Sud.
Des rencontres et des dialogues ont été facilités entre les leaders politiques, les juristes, les universitaires, ainsi que les représentants de la société civile et des communautés marginalisées. Ces forums ont joué un rôle crucial en encourageant la participation démocratique et en favorisant la compréhension mutuelle nécessaire à la construction d'un consensus constitutionnel.
Par ailleurs, plusieurs organisations de la société civile en Afrique du Sud ont joué un rôle actif dans les négociations constitutionnelles. Cela comprenait des groupes de défense des droits humains, des organisations communautaires et des instituts de recherche juridique.
En encourageant des initiatives visant à promouvoir la justice sociale, l'équité raciale et les droits fondamentaux, ces efforts ont contribué à ancrer ces valeurs dans le processus constitutionnel sud-africain. Cela a été essentiel pour contrer les héritages de l'apartheid et pour établir un cadre constitutionnel solide basé sur les principes de l'État de droit et de la démocratie.
Le rôle de ces initiatives dans l'élaboration de la Constitution sud-africaine a laissé un héritage durable de liberté et de justice en Afrique du Sud. La Constitution de 1996 est largement reconnue comme l'une des plus progressistes au monde, protégeant une vaste gamme de droits et établissant des mécanismes forts pour la protection de la démocratie et de l'État de droit.
L'expérience sud-africaine a souvent été citée comme un modèle pour d'autres pays en transition ou confrontés à des défis de consolidation démocratique ou de rupture systémique. Elle démontre l'importance du partenariat entre les acteurs nationaux dans la promotion de la bonne gouvernance et des droits humains.
Nécessité d'une transformation systémique au Sénégal –
Avec l'arrivée au pouvoir du mouvement Pastef, il est crucial pour l’administration Faye-Sonko de ne pas tomber dans le piège des petites réformes qui maintiennent intact le système ancien mais d'envisager une réforme judiciaire qui s'inspire des meilleures pratiques internationales, telles que celles observées en Afrique du Sud.
Décoloniser et émanciper la justice au Sénégal implique de repenser et de réformer le système judiciaire de manière à renforcer l'indépendance, la transparence et l'efficacité. S'inspirer des meilleures pratiques internationales tout en adaptant ces modèles au contexte spécifique du Sénégal est essentiel pour promouvoir une gouvernance démocratique solide et durable, répondant aux aspirations des citoyens pour une justice juste et équitable. L’instrumentation politique de la Justice doit devenir une affaire du passé au Sénégal.
Réformer la Justice pour assurer la Rupture au Sénégal ne peut se concevoir que dans un cadre plus général de refondation des institutions. L’éditorial SenePlus publié sous le titre “Pour une théorie du changement“ développe cet aspect de manière explicite. L’ambition pastéfienne de sortir le Sénégal du système néocolonial est partagée par l’écrasante majorité des Sénégalais et des jeunesses africaines. Cette ambition doit cependant être exprimée dans la présentation d’un cadre général clair, discuté et élaboré avec les citoyens. Le processus doit être réfléchi, inclusif et sérieux. Cela aussi, c’est la Rupture exigée par les Sénégalaises et les Sénégalais le 24 mars 2024.
UNE ODE À L’UNITÉ NATIONALE
Pièce théâtrale «Aguène et Diambone» - Cette histoire de Aguène et de Diambone, écrite par Saliou Sambou, ancien Gouverneur de Fatick et de Dakar, a été adaptée par Mamadou Seyba Traoré
Le Théâtre national Daniel Sorano a offert, vendredi dernier, une représentation scénique de «Aguène et Diambone», une pièce qui a réuni la troupe nationale dramatique, les comédiens du ballet national La Linguère et l’ensemble lyrique traditionnel. Une fusion enchanteresse de danse, de chant et de théâtre mise en scène par le comédien Omar Ciss. Cette histoire de Aguène et de Diambone, écrite par Saliou Sambou, ancien Gouverneur de Fatick et de Dakar, a été adaptée par Mamadou Seyba Traoré.
Présentée au Théâtre national Daniel Sorano devant un public relativement nombreux, la pièce est interprétée par les trois entités de la compagnie du Théâtre national Daniel Sorano, à savoir la Troupe nationale dramatique, les comédiens du ballet national La Linguère et les éléments de l’ensemble lyrique traditionnel. Conçue et mise en scène par Omar Ciss, sur un texte adapté par Mamadou Seyba Traoré, la pièce a été servie «après un mois de préparation». D’une durée de 60 minutes, le spectacle raconte l’histoire poignante des sœurs jumelles Aguène et Diambone, filles de la Casamance et véritable fierté de leur village grâce à leur beauté et leur éducation exemplaire. Dans cette adaptation de l’œuvre de Saliou Sambou, l’intrigue se déploie autour de leur amitié avec le patriarche Kagoundia et leur tentative d’apprivoiser la sorcière Djibambou Kani qui, sous une apparence bienveillante, fomente en réalité une vengeance contre le village. Conseillées par Djibambou Kani, les jumelles vont à la pêche en mer un jour interdit et disparaissent, provoquant une grande tristesse parmi les villageois qui organisent leurs funérailles symboliques. Cependant, contre toute attente, Aguène et Diambone survivent et, après de nombreuses péripéties, donnent naissance aux peuples sérère et diola. Le déroulé du spectacle s’étend également aux aventures de leurs sœurs cadettes, Maan et Débo, dont les périples mènent à l’origine des peuples lébou et halpulaar. «C’est ainsi que Diolas et Sérères, Lébous et Halpulars sont cousins et, suivant la volonté de Kagoundia, tenus à un devoir de bonne humeur et d’entraide… Honte à qui se fâche en premier lieu», nous renseigne l’ouvrage illustré par la comédienne Yacine Félane Diouf.
A travers cette adaptation théâtrale mêlant drame social, touches d’humour et une fusion enchanteresse de danse et de chant, les comédiens ont su replonger les spectateurs au cœur-même des mythes des cousins sérères et diolas. Audelà du simple divertissement, cette pièce de théâtre démontre également que le cousinage à plaisanterie est le moyen que les ancêtres ont trouvé pour réguler les tensions sociales et prévenir les guerres entre voisins, comme l’avait envisagé Saliou Sambou, haut fonctionnaire sénégalais et artisan de la paix en Casamance. Et donc, à travers cette pièce de son ouvrage, c’est un message de solidarité et de compréhension mutuelle entre les différents groupes ethniques du Sénégal qui a été transmis par les comédiens de Sorano.
«Le pays est un et indivisible»
A l’issue de la représentation, le professeur Maguèye Kassé a exprimé sa satisfaction. «C’est un sentiment de très grande satisfaction. Quand le Théâtre national Daniel Sorano prend le parti de mettre sur scène un ouvrage et une pièce aussi importante, d’une actualité sans conteste, pour que le pays sache qu’il est un et indivisible. Donc, nous avons intérêt à connaître notre passé pour pouvoir construire notre présent et nous projeter vers l’avenir. Il faut absolument que nous protégions notre mémoire collective qui est portée par les anciens», a déclaré Maguèye Kassé, estimant que le Sénégal est un pays de tradition culturelle où le cousinage à plaisanterie est très vivace. «Aguène et Diambone nous renvoie à notre commun vouloir de vie commune. Et nous devons le cultiver au niveau de nos enfants», fait-il savoir. De son côté, le comédien et metteur en scène, Omar Ciss, a partagé également son enthousiasme quant à la portée du spectacle. «Cette création est basée sur la paix parce que ça retrace un peu notre histoire. Et Sorano, étant une compagnie de théâtre nationale, doit s’intéresser à ce qui se passe dans son pays», a expliqué le metteur en scène.