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3 avril 2025
Culture
LA MUSIQUE MBALAX DOIT SE RÉINVENTER OU DISPARAÎTRE
Souvent les musiciens sénégalais se laissent entraîner dans un mbalax non suffisamment travaillé. Ils se focalisant essentiellement sur le rythme dont la base est constituée de percussions. Ainsi tombe-t-on dans la facilité...
A l’origine, le mbalax, plus grand que le gorong (petit tambour en forme de tonneau, favorise la polyrythmie du ndëp (thérapie collective lébou, ethnie de la région de Dakar) est un instrument de musique, un tam-tam qui accompagne d’autres tambours avant d’être un rythme, une sonorité.
Le Sénégal indépendant n’avait pas encore opéré la rupture d’avec les sonorités occidentales (rhythm and blues). L’extraversion était de mise : la vogue afro-américaine dominait, au début de la période post-indépendance, la scène musicale sénégalaise. Toutefois, on commença à assister à l’interprétation des chansons en langues nationales sur fond musical afro-américain. Le premier groupe musical sénégalais à avoir introduit les instruments traditionnels dans la musique moderne fut l’UCAS de Sédhiou, lors de sa prestation durant la Semaine nationale de la jeunesse en 1968.
Le musicologue et anthropologue sénégalais Ousmane Sow Huchard en fit un témoignage assez coloré :
Une date mémorable, se souvient-t-il, restera cette fameuse finale des groupes musicaux de la Semaine nationale de la jeunesse de 1968 au Théâtre national Daniel Sorano qui a opposé l’UCAS et le Dakar Université Sexet auquel j’appartenais. La grande performance dont nous avons fait […] n’a pas réussi, heureusement, à détourner l’attention des membres du jury qui avaient compris, après la belle prestation de l’UCAS […], que la musique de notre pays venait de prendre un tournant décisif dans la conception de sa production.
Il poursuit :
Cette victoire historique de l’UCAS fut saluée par tous, nous en premiers, car nous avions compris la leçon magistrale que les jeunes de la commune de Sédhiou (dans la région sud du Sénégal) venaient d’administrer à tous les musiciens de notre pays.
Une rupture qu’Ousmane Sow Huchard salue “comme le début de la révolution qui allait marquer de manière significative l’évolution de la production musicale de notre pays”. Cette marque de la “sénégalité” dans le domaine musical portera l’empreinte indélébile du “Star Band” d’Ibra Kassé. Ce dernier est considéré comme le père de la musique sénégalaise moderne. Il fut le premier à introduire le “tama” (un instrument de percussion appelé également “tambour parlant”) dans la musique sénégalaise.
Ce fut le point de départ d’une nouvelle musique populaire moderne appelée mbalax avec l’incorporation des percussions. Mais, Youssou Ndour demeure incontestablement celui qui a opéré la véritable “révolution copernicienne” de la musique sénégalaise dans les années 80. Fondateur de l’Etoile de Dakar, puis du Super Etoile, il a bouleversé la musique sénégalaise en professionnalisant son groupe et en lui conférant une structure adéquate. Sa voix unique, ses musiciens talentueux l’ont hissé, de manière fulgurante, sur la scène musicale nationale et internationale.
Youssou Ndour, lead vocal du Super Etoile, interprète sa chanson Tabaski, dans les années 80.
Ce qu’il faut surtout saluer chez ce musicien talentueux, c’est sa grande capacité d’adaptation : il va ouvrir le mbalax aux sonorités étrangères, devenant ainsi, après Laba Sosseh et Touré Kunda, le troisième disque d’or sénégalais, obtenu en 1994 dans un duo avec la chanteuse suédoise Neneh Cherry.
Les graines du mbalax ont été profondément semés dans les années 1980-1990, ce qui a permis l'éclosion d'autres groupes. Cette musique se décline également au féminin par la grâce et le talent d’artistes dont Kiné Lam qui en sont les dignes représentantes.
En tant que chercheur, j'ai passé plus de 15 ans à étudier l'évolution de l'industrie musicale sénégalaise. J'ai constaté que le mbalax, genre musique dominant, écrase le reste de la musique sénégalaise. Il doit se réinventer ou disparaître.
Mélange de rythmes
Le mbalax, modernisé aujourd’hui, est en fait un mélange de trois rythmes : le mbalax joué pendant les séances de lutte traditionnelle et pour la danse du sabar (long tambour étroit et conique au son aigu, ouvert à son extrémité inférieure et parfois porté sur la hanche), dirige le rythme.
Aujourd'hui, la suprématie du mbalax au Sénégal fait que le jazz, le rock, la salsa ne prospèrent pas bien dans ce pays. Seydina Issa Wade, chanteur et guitariste de folk sénégalais, vivant en Europe, en a eu l’amère expérience. Revenu au Sénégal avec un produit qu’il a fait mixer à Paris, celui-ci s’est entendu dire : il faut qu’il mâtine sa musique à la sauce mbalax en y mettant comme ingrédients beaucoup de percussions sinon les gens ne vont pas aimer.
Harmonies et mélodies
Force est de reconnaître que le mbalax se meurt aujourd'hui dans l’espace sénégambien. Il s’appuie sur une rythmique wolof qui met en avant les percussions. Comme le décrit Aziz Dieng, un fin connaisseur de cet art, qui voit dans le mbalax une musique très syncopée s’appuyant sur un rythme ternaire contrairement au rythme binaire du funk, disco, rock, hip-hop. Ce qui fait que le “mbeug mbeug” qui marque le temps et la batterie joue à contre-temps. Pape Dieng “Diengos”, musicien et producteur, soutient à ce propos que le mbalax combine la basse et la batterie et met l’accent rythmique sur le deuxième temps.
Cette singularité rythmique du mbalax pousse à s’interroger sur sa capacité à évoluer dans la sphère mondiale. Sa composition polyrythmique complexe ne milite pas en faveur d’une ouverture internationale. D’aucuns pensent que le mbalax permet de cultiver la différence, d’imprimer la marque d’une musique véritablement sénégambienne.
Par contre, d’autres soutiennent qu’il n’existe pas une musique sénégambienne mais des musiques sénégambiennes. En tout état de cause, pour que le mbalax puisse avoir droit de cité sur la scène internationale, il convient de mettre l’accent sur les harmonies et les mélodies en baissant les percussions.
Souvent les musiciens sénégalais se laissent entraîner dans un mbalax non suffisamment travaillé. Ils se focalisant essentiellement sur le rythme dont la base est constituée de percussions. Ainsi tombe-t-on dans la facilité comme l'explique Moustapha Ndiaye, président…: Ainsi tombe-t-on dans la facilité dans la mesure où, comme le dit Moustapha Ndiaye, président du Comité africain pour la Fédération mondiale des institutions musicales :
Le mbalax ne nécessite pas beaucoup d’efforts pour sa maîtrise. C’est une musique locale facile à consommer… c’est une musique qui ne cherche pas à évoluer […] il n’y a pas de recherche poussée en mbalax. Techniquement, il n’évolue pas. On se contente de refaire les mêmes choses avec des variantes près…
Appât du gain
Tout compte fait, il convient de reconnaître que cette facilité dans laquelle se complaît la musique sénégalaise tire son origine de l’appât du gain mais également du manque de formation des mélomanes. La grande masse des Sénégalais en a fait sa musique. Elle n’a pas cette oreille musicale qui lui permet d’exiger une musique de qualité.
La responsabilité, de notre point de vue, incombe au mbalax, ce rythme dansant qui pousse les créateurs à mettre davantage l’accent sur les percussions plutôt que d’asseoir une bonne mélodie. Et pourtant bien réglées, les percussions peuvent contribuer à créer une musique sénégalaise de qualité.
La salsa-mbalax en est un bel exemple avec le Super Cayor de James Gadiaga et Pascal Dieng. Le Super-Salsa d’Alias Diallo, l’African Salsa dont les sonorités salsa sont mélangées au rythme détonant du mbalax.
Le Super-salsa, un mélange de salsa et de mbalax.
Ainsi le mbalax trône-t-il de toute sa stature sur la scène musicale. En véritable seigneur, ce genre musical a marqué et continue de marquer de son empreinte la musique nationale. Toutefois, il constitue l’écran de fumée qui empêche l’expression d’autres sonorités tout aussi riches que diverses. Mû par une logique commerciale, le mbalax prend les contours de l’"informalité", tant au niveau de sa création, de sa production que de sa distribution.
Ce phénomène est désigné sous le vocable “sandaganéisation” (en référence au marché Sandaga de Dakar où le piratage des produits musicaux a établi ses quartiers) ou son “baol-baol”, en comparaison aux commerçants originaires du centre du pays qui se sont positionnés davantage sur la commercialisation des produits de cette musique locale. D’où, le qualificatif de son “baol-baol” de la musique, tant la recherche effrénée du gain l’emporte sur la qualité artistique des œuvres.
Avec l’aide de la technologie musicale (studios d’enregistrement, usines de duplication de cassettes, supports de diffusion : radios, télévision culturelle, Internet, etc.), des produits sont réalisés à la va-vite et commercialisés sur le marché, sans souci de la qualité.
Le mbalax a amené sur la scène musicale des artistes, danseuses et danseuses moins talentueux, qui ont trouvé une reconversion peu réussie dans la chanson privilégiant le taassu (une variante sénégalaise du rap) et une profusion de percussion. Une musique saccadée, rythmique plus proche du tintamarre que d’une musique agréable à écouter.
Aujourd’hui, le mbalax est en train d’explorer d’autres horizons musicaux avec Waly Seck, le golden boy de la musique sénegalaise et ses cousins, Sidy Diop, Mia Guissé, Momo Dieng marchant sur les traces de leurs devanciers tout en scrutant la scéne mondiale. Le mbalax est condamné à se réinventer ou disparaître dans un contexte de mondialisation.
DÉCÈS DE L’ARTISTE PEINTRE FÉLICITÉ CODJO, UNE FEMME D’UNE GRANDE SENSIBILITÉ ARTISTIQUE
La défunte, après avoir découvert l’art-thérapie en 2004, avait intégré l’équipe d’animation d’un atelier dédié à cette spécialité, au service de psychiatrie de l’hôpital Principal de Dakar.
L’artiste peintre d’origine béninoise, Félicité Codjo, installée au Sénégal depuis la fin des années 1980, est décédée des suites d’une maladie, dimanche, à Dakar, a-t-on appris mardi de la galeriste Océane Harati.
Félicité Codjo a rendu l’âme après des mois de lutte contre la maladie, a déclaré dans un communiqué la directrice d’Oh Gallery, un espace ayant abrité des expositions de la défunte, qu’elle présente comme ”une femme d’une grande sensibilité artistique”.
“C’est avec une immense tristesse qu’Oh Gallery annonce le décès de l’artiste Félicité Codjo, survenu ce dimanche 9 juin en fin d’après-midi, à Dakar. Depuis plusieurs mois, Félicité luttait contre la maladie”, écrit la galeriste.
Félicité Codjo, 67 ans, “une femme d’une grande sensibilité, mêlant force et pudeur”, “a marqué les esprits par la pureté de son œuvre, touchant celles et ceux qui ont eu la chance de croiser sa route et d’entendre son histoire”, ajoute Mme Harati.
“Peindre était pour elle un exercice difficile mais vital. Elle y explorait les facettes les plus sombres de la condition humaine en s’attachant à révéler le pire et les failles de notre existence”, relève la directrice d’Oh Gallery.
La défunte, arrivée au Sénégal en 1987, avant de s’y installer définitivement, était “guidée par un besoin de vérité”, selon Océane Harati.
Elle “laissait ses émotions exploser dans ses œuvres, devenant naturellement la voix de celles et ceux qui ne peuvent s’exprimer”, dit-elle.
Après avoir obtenu un baccalauréat littéraire en 1977 dans son pays d’origine, Félicité Codjo avait mené des études anglophones, de 1978 à 1980, à la faculté des lettres de l’université de Cotonou.
Passionnée de dessin depuis son enfance, elle s’était initiée à la peinture de 1985 à 1987, dans un atelier au Bénin, avant de rejoindre le Sénégal.
Félicité Codjo a participé, au cours de sa carrière, à de nombreuses expositions individuelles et collectives au Sénégal et à l’étranger, selon une note biographique parvenue à l’APS.
Elle a par exemple participé à la première édition de la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar, en 1990, et à celles de 2002 et 2018, dont elle a fait partie de la sélection officielle.
La défunte, après avoir découvert l’art-thérapie en 2004, avait intégré l’équipe d’animation d’un atelier dédié à cette spécialité, au service de psychiatrie de l’hôpital Principal de Dakar.
PAR Pape Samba Kane
BOUBACAR BORIS DIOP : QUAND IL GRIFFE, QUAND IL CARESSE
À l'occasion de son 70e anniversaire, portrait intimiste et élogieux du grand homme de lettres, loin des clichés. Il dévoile les traits attachants d'un être rare, marqué par la générosité et le goût de la découverte des talents
Samedi dernier, 9 juin, à la Maison Binaf, à Sacré cœur, s'est déroulée une cérémonie, à l'initiative de quelques amis de l'auteur de "Murambi - Le livre des ossements", dont Toni Morison à dit : "Ce roman est un miracle". Elle oscillait entre une journée d'étude sur le fameux roman, (Neustadt International for litterature), un hommage à Boubacar Boris Diop, et la présentation-dédicace d'un ouvrage collectif, "Cercle autour de Murambi" (édition Harmattan-Sénégal), signé par de prestigieux noms d'intellectuels, universitaires et/ou écrivains africains. Cérémonie à l'initiative du Comité pour le Renouveau africain (Cora), avec à la baguette pour son organisation Koulsy Lamko et Ndongo Samba Sylla.
Caché parmi la petite foule de passionnés, j'avais un peu renoncé à prendre la parole, parce que le texte que j'avais exhumé d'un vieux projet, un portrait le plus humain possible de Boris, pour le proposer à l'assistance, sortait du format des interventions. SenePlus m'offre l'occasion de me rattraper.
Bon, bon, bon ! Pour commencer, on va dire : « Joyeux anniversaire Grand Boris », sans souci pour la banalité d’une introduction trop parfaitement usinée pour être honnête. Parce qu’il y aurait plus à craindre ici ; et ce serait d’avouer que j’ignorais la date de naissance de Boris, jusqu’à ce que Mame Less Camara [notre très regretté ami ] m’appelle – deux jours avant la date de livraison de ce papier - pour me parler de cette initiative destinée à célébrer, en le tenant à l’écart pour lui en faire la surprise, le soixante-dixième anniversaire de notre ami commun. Autre aveu, qui expliquerait en premier la banalité de cette introduction convenue, c’est que je n’avais aucune envie d’écrire ce papier. Peut-être doutais-je tout simplement de le pouvoir, d’en avoir les moyens… je vais dire moraux. Parce que j’ai une grande admiration pour Boris - je laisse de côté ce qui est entendu ici, notre amitié, qui justifie qu’on m’ait offert le privilège de mêler ma voix à ce concert de voix prestigieuses, pour témoigner affection et amitié à ce singulier personnage … je vais y venir.
L’admiration a au moins ceci de commun avec l’amour qu’elle a du mal à s’exprimer convenablement ; facilement elle bafouille, facilement elle s’égare, grandiloquente, emphatique, ou confuse. Ma grande crainte est donc née de cela. Cette conscience claire que j’ai de mon admiration pour Boris, a fait que j’ai douté de pouvoir porter quelque témoignage sur lui, le célébrer, avec suffisamment de grandeur, et sans aucune vanité. Ajoutons à cela que l’on parle d’un homme dont je connais l’aversion pour les complimenteurs, et la méfiance devant les éloges circonstanciés, conventionnels. En plus, pour qui connaît la sanction appliquée par Boris à ce type d’écart – le vieil ours qui se réveille en lui en ces circonstances sait alors donner un coup de griffe agacé – l’exercice devient encore plus délicat. L’ironie ravageuse dont il fait alors montre, pour ramener l’encenseur à la raison, fait des dégâts tout à fait équivalents à ceux de la griffure invoquée.
Je le vois d’ici rire, de ce petit rire mi-amusé, mi-dubitatif, curieux aussi - très différent de son grand éclat de rire, rare mais dont il n’est pas avare du tout pour qui partage son intimité et découvre, peu à peu, son humaine condition dépouillée du poids de sa célébrité, de son autorité intellectuelle, de son talent d’écrivain… C’est quand, hôte d’une délicatesse sans pareille, il veille sur votre séjour chez lui, vous fait à manger, vous sert un café, ou le thé, et vous éconduit gentiment de la cuisine, quand vous croyez devoir donner - « quand-même », vous dites-vous – un coup de main, ne serait-ce que pour débarrasser la table. Auparavant, réveillé aux aubes, il a marché en chaussettes dans les couloirs pour ménager votre sommeil. La veille, il était venu voir si votre moustiquaire était bien en place, avant de s’assurer que dans la salle de bain, il y avait un savon et tout ce dont un hôte pouvait avoir besoin pour son confort.
Je sais, je fais rêver quelques admirateurs et surtout les nombreuses groupies d’ici et d’ailleurs qui n’ont de plaisir, néanmoins si grand et précieux, que de lire ses écrits, ou, parfois, lors de cours, colloques et conférences, d’admirer de plus près celui qui, pour eux, restera un astre inaccessible … ou peut-être sont-ils sceptiques, et doutent-ils de ce que je raconte. Ceux, et surtout celles-là doivent, à me lire, se poser des questions aussi terribles que celle du poète : « Qui pourrait concevoir une biographie du soleil ? ». Je ne suis en train que d’esquisser un portrait, le plus humain possible, de quelqu’un avec qui j’ai le privilège d’avoir travaillé autour de journaux comme « Démocraties », « Le Matin », et dont j’ai le bonheur de compter parmi les amis, depuis plus de 2O ans. Cependant, face à cette épreuve de devoir écrire sur lui, qui m’oblige à l’observer d’une distance impossible à évaluer, je crains d’être tantôt Icare, tantôt gnome souterrain - trop près, mais pour brûler ; ou exilé sous terre, pour être aveuglé au moindre rayon.
Heureusement, le poète, Baudelaire, pour ne pas le nommer, répond lui-même à sa terrible question : « C’est une histoire qui, depuis que l’astre a donné signe de vie, est pleine de monotonie, de lumière et de grandeur ». La biographie du soleil ressemblerait donc à celle de n’importe quel homme, de n’importe quel grand homme, précisément ?
Revenons, alors, à l’heureux hôte reçu par Boris. Avant dîner, il lui avait servi un jus de gingembre ou d’hibiscus, lui avait tenu un discours enflammé sur les vertus de l’huile d’olive, lors de la mi-temps d’un match du Barça retransmis à la télé que Boris ne raterait pour rien au monde ; même sa sacro-sainte sieste y passerait. C’est que l’enseignant qu’il est, le journaliste et écrivain, auteur des inoubliables Tambours de la mémoire, Le Temps de Tamango, Le Cavalier et son ombre, et d’autres romans et essais, ainsi que des nouvelles et pièces de théâtre, reste ce gamin de la Médina, bon footballeur lui-même et, surtout, est un supporter, inconditionnel et passionné, de l’équipe catalane. Un véritable aficionado du foot, transporté de ferveur pour Lionel Messi, et qui, quand la rivalité Réal de Madrid/ Barcelone, comme souvent, atteint ses sommets, n’hésite pas à clamer : « Je déteste Ronaldo ».
Comme mon fils, Ousmane qui, a 14 ans, quand il me sortait ça, se voyait enjoint, en pleine retransmission du derby, de quitter le salon ; parce que, moi, je suis de l’autre camp, celui du Réal de Madrid de CR7. Et pendant que j’y pense, Boris et moi, qui parfois avons passé des nuits entières à ne pas être d’accord sur tel ou tel chose, politique ou autre, forcément dans la plus grande courtoisie, n’avons jamais regardé ensemble un match Barça contre Réal. Bien sûr, pour ma part, sans y penser, et je suis sûr que lui sera surpris « d’apprendre » ça, ici - parce que nous en avons regardé bien d’autres, des matches de foot -, c’est dire… Et je me demande si, l’un ou l’autre, tous les deux peut-être, inconsciemment, ne nous doutions pas qu’assumer quelque contradiction politique ou philosophique, nous serait plus endurable qu’un tête-à-tête, 90 minutes durant, entre supporters excités, même respectueux l’un de l’autre, des deux équipes espagnoles monstrueusement rivales.
Voici donc Boubacar Boris Diop loin de l’intellectuel à la discrétion distinguée, qui, lors des rencontres autours de livres ou d’idées à débattre où il arrive sobrement habillé d’un bogolan, d’une chemise en wax aux couleurs discrètes, ou plus rarement d’un veston sombre, se perd, tant que cela lui est possible, dans la foule assise face aux conférenciers et débatteurs. Compte-t-il parmi ces derniers, il a l’art de se faire oublier – ses interventions sont courtes, sobres …- ; jusqu’à ce qu’une de ces dissipations qui ont la particularité de le tirer de sa courtoise réserve ne soit commise d’un côté ou de l’autre de l’estrade. Il a l’art de se faire entendre alors, quitte à être désagréable, sans jamais taper sur la table ! La discrétion, chez Boris, est une seconde nature, presque une idée fixe.
Le bouquet de textes que des amis à lui ont décidé de collecter auprès d’autres amis à lui, pour le lui offrir à l’occasion de ses 70 ans, cette attention particulière, va certainement le toucher et produire l’effet de surprise escompté. Seulement, et je ne me moque qu’à peine, Boris sera encore plus surpris de se rendre compte qu’il a 70 ans. Eternellement en révolte, contre ceci ou cela, pourvu que soit entretenue sa rage contre la médiocrité dans toutes ses déclinaisons, Boris a depuis longtemps oublié son âge. Intellectuel exigeant, d’abord envers lui-même, travailleur acharné, sur sa machine dès cinq heures du matin, il est resté un jeune homme au sourire d’enfant. Et de l’enfant, il n’a pas que le sourire !
Ambivalent, comme nous tous autres, êtres humains, son sens de l’amitié domine tout, sauf, et cela peut surprendre beaucoup de monde, ses dispositions à l’admiration. Boris tombe en admiration devant le moindre embryon de talent, la moindre esquisse de courage, n’importe quel début d’engagement de la part de ces nombreux jeunes et moins jeunes gens pressés, manuscrits hâtifs sous le bras, qui le sollicitent, éprouvent ses yeux, plus très jeunes, le distraient de son propre travail. Il faut le connaître autant qu’on puisse connaître un être humain pour déceler dans ses yeux, chaque fois, cette lumière étonnante, révélatrice de cette disposition tout aussi étonnante chez quelqu’un qui se donne tant de mal lui-même, prend tout le temps qu’il faut, pour écrire la préface du texte le plus anodin, ne parlons pas de ses créations auxquelles il consacre plus que du temps, de la durée...
Cette disposition, cette main tendue, cette quête enchantée du nouveau talent, chez lui, à la fin des fins, révèle tout franchement une générosité presque débridée, une générosité de gamin, ayant certainement quelque chose à voir avec ce culte de l’écriture qui l’habite, et qui l’emplit d’une confiance presque naïve, charmante à la fin, dans les capacités de chaque être qui prendrait une plume, à offrir au monde un bouquet d’espérance…
L'ART EN DEUIL
L’artiste peintre d’origine béninoise Félicité Codjo, installée au Sénégal depuis la fin des années 1980, est décédée des suites d’une maladie, dimanche, à Dakar, a-t-on appris mardi de la galeriste Océane Harati.
Dakar, 11 juin (APS) – L’artiste peintre d’origine béninoise Félicité Codjo, installée au Sénégal depuis la fin des années 1980, est décédée des suites d’une maladie, dimanche, à Dakar, a-t-on appris mardi de la galeriste Océane Harati.
Félicité Codjo a rendu l’âme après des mois de lutte contre la maladie, a déclaré dans un communiqué la directrice d’Oh Gallery, un espace ayant abrité des expositions de la défunte, qu’elle présente comme ”une femme d’une grande sensibilité artistique”.
“C’est avec une immense tristesse qu’Oh Gallery annonce le décès de l’artiste Félicité Codjo, survenu ce dimanche 9 juin en fin d’après-midi, à Dakar. Depuis plusieurs mois, Félicité luttait contre la maladie”, écrit la galeriste.
Félicité Codjo, 67 ans, “une femme d’une grande sensibilité, mêlant force et pudeur”, “a marqué les esprits par la pureté de son œuvre, touchant celles et ceux qui ont eu la chance de croiser sa route et d’entendre son histoire”, ajoute Mme Harati.
“Peindre était pour elle un exercice difficile mais vital. Elle y explorait les facettes les plus sombres de la condition humaine en s’attachant à révéler le pire et les failles de notre existence”, relève la directrice d’Oh Gallery.
La défunte, arrivée au Sénégal en 1987, avant de s’y installer définitivement, était “guidée par un besoin de vérité”, selon Océane Harati.
Elle “laissait ses émotions exploser dans ses œuvres, devenant naturellement la voix de celles et ceux qui ne peuvent s’exprimer”, dit-elle.
Après avoir obtenu un baccalauréat littéraire en 1977 dans son pays d’origine, Félicité Codjo avait mené des études anglophones, de 1978 à 1980, à la faculté des lettres de l’université de Cotonou.
Passionnée de dessin depuis son enfance, elle s’était initiée à la peinture de 1985 à 1987, dans un atelier au Bénin, avant de rejoindre le Sénégal.
Félicité Codjo a participé, au cours de sa carrière, à de nombreuses expositions individuelles et collectives au Sénégal et à l’étranger, selon une note biographique parvenue à l’APS.
Elle a par exemple participé à la première édition de la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar, en 1990, et à celles de 2002 et 2018, dont elle a fait partie de la sélection officielle.
La défunte, après avoir découvert l’art-thérapie en 2004, avait intégré l’équipe d’animation d’un atelier dédié à cette spécialité, au service de psychiatrie de l’hôpital Principal de Dakar.
«ABSOLUMENT SENEGALAID», LA PLAIE OUVERTE D’UNE SOCIÉTÉ EN DÉLIQUESCENCE
Palabres avec… El hadji Ndary Gueye. ce spécialiste en ingénierie touristique a mis le Sénégal sur le divan. A travers une belle écriture dépouillée, l’auteur ausculte la société sénégalaise, dévoilant ses tares.
Propos recueillis par Christian SENE |
Publication 11/06/2024
Vous voulez savoir le niveau de déliquescence de la société sénégalaise dans toutes ses composantes ? Nous vous proposons d’aller vite vous procurer l’ouvrage, « Absolument Sénégalaid », de El Hadji Ndary Guèye. Sur 144 pages, ce spécialiste en ingénierie touristique a mis le Sénégal sur le divan. A travers une belle écriture dépouillée, l’auteur ausculte la société sénégalaise, dévoilant ses tares.
Votre livre peint le Sénégal dans toute sa laideur et sa médiocrité. C’est d’ailleurs ce qui explique le titre, « Absolument Sénégalaid ». Quel est le déclic pour l’écrire ?
C’est le constat de tout le monde, celui d’un pays dans un grand désordre où l’application des règles les plus élémentaires de la bienséance, celle de la loi, n’existent pas. Chacun dans ce pays, estime qu’il gère un micro royaume, où il est roi, ce qui lui confère des libertés, mais hélas, qui se heurtent à celles des autres, d’où une atmosphère délétère, un mal vivre évident, une apathie généralisée. Il n’y a plus de limites, puisque chacun agit comme bon lui semble. A titre d’exemples, les restaurants de fortune dans les rues, l’occupation anarchique dans l’espace public, les raccordements électriques clandestins, la noria de charrettes, l’empire des clandos et aujourd’hui des jakarta. Les acteurs de la politique sont aussi dans le lot, dans leur monde. Ce sont des stars, qui se croient tout permis et qui jugent les institutions, notamment la justice, à travers leur prisme. A vrai dire, cela ressemble à un statu quo, à une société quasi bloquée. S’y ajoute une mal gouvernance, l’ancien régime ayant laissé s’installer une gabegie énorme, des fonctionnaires riches comme Crésus, que j’appelle : fonctionnaires-caviar, des passe-droits à la pelle, un népotisme ahurissant en dépit d’un bon bilan infrastructurel. La revue de cette fresque, m’a révolté, ce qui s’est traduit par ce cri du cœur, par un ressenti dénommé «Absolument Sénégalaid» que j’ai voulu partager en tant que citoyen libre, aimant mon pays de toutes mes fibres, sans chapelle.
Vous évoquez le problème de la jeunesse, l’emploi en particulier et surtout votre indignation par rapport à l’intérim.
Quand on est sincère avec soi, le cœur parle toujours. Il fallait à mon sens, faire l’état des lieux, pas de manière exhaustive, ce qui serait prétentieux de ma part, mais juste un focus sur des éléments qui m’ont paru essentiels. J’ai évoqué le problème de la pauvreté que d’aucuns considèrent comme étant le soubassement de l’incivisme de manière générale, contrairement au modèle chinois, qui repose sur la notion de responsabilité collective, de discipline. Le devoir de tout citoyen chinois, étant d’abord d’être conscient qu’il est un soldat pour son pays et appliquer dans son for intérieur, cette citation de John Kennedy, celle de pouvoir apporter quelque chose pour son pays en tant que bon citoyen plutôt que d’être un éternel assisté sur la base de l’État providence. J’ai magnifié dans mon ouvrage, le comportement exemplaire du Guinéen, installé chez nous et qui s’en sort économiquement en bossant dur et qui nous montre au quotidien, qu’il n’y a pas de sot métier. C’est un démenti cinglant pour ceux qui soutiennent qu’il n’y a pas de travail au Sénégal. J’ai fustigé le comportement de notre jeunesse qui manque de vision, de sens patriotique, qui ne se voit pas investi d’une mission citoyenne, celle de bâtir le Sénégal par eux et pour eux-mêmes.
Vous donnez votre point de vue sur l’environnement et fustigez l’intérim, un pis-aller selon vous à éradiquer ?
Je me suis appesanti sur l’environnement, le cadre de vie qui est à inscrire parmi les urgences. L’impérialisme du béton et l’habitat anarchique sans parfois de schéma directeur pertinent ains que de la pollution massive sans solution pour l’instant, nous interpellent tous quand nous pouvons désormais rentrer dans la dynamique de l’électrique, à l’image du BRT à titre d’exemple, pour emboiter le pas des pays occidentaux, dans des logiques des nouveaux moyens de transport électrique.
Aujourd’hui, il me parait logique dans la chaine de valeurs, d’anticiper sur la formation de la jeunesse dans ces nouveautés, les innovations. C’est un vaste chantier qui permet aux jeunes de se familiariser avec les moteurs électriques, comment anticiper sur l’installation des bornes de recharge électrique, comment réparer un tracteur, une noria d’idées porteuses, plutôt que de prendre la mer et ses conséquence stragiques. Mais dans ce volet, mon indignation touche le plafond de verre avec le problème de l’intérim, qui doit être banni au profit de l’embauche. Il est anormal que des boîtes, surtout en bonne santé financière, embauchent sur la base des CDD et virent ceux-là au bout de ce contrat absurde. Vous regagnez ainsi, le domicile familial et redevenez une charge, augmentant ainsi la précarité. L’État doit sur ce chapitre, prendre ses responsabilités. C’est une bouée de sauvetage à lui tendu, pour régler une bonne partie du chômage. On ne peut bâtir, rendre une justice sociale, donner de la dignité à chaque jeune avec la persistance de l’intérim. Mais tout cela, c’est une question de vision, de volonté politique. Au Sénégal, c’est le fort en thème qui est visible, rarement du concret, de la pertinence pour chasser la morosité ambiante, donner de l’espoir.
Vous êtes un spécialiste en ingénierie touristique et vous consacrez un pan entier de votre livre sur ce secteur. Que vous inspire la situation actuelle du tourisme dans notre pays ?
Ma perception dans le secteur du Tourisme est que c’est un secteur qui est tutoyé, qui attend encore son homme. Voilà un secteur que l’État du Sénégal méconnait totalement. Un secteur dont les gestionnaires viennent de partout, sauf du milieu, ce qui occasionne des errements, du pilotage à vue. En général, la politique les y installe et surtout la proximité avec le Chef de l’État aidant, on s’autorise tout. On ostracise «ceux qui savent» pour reprendre le titre du fim du regretté cinéaste Tijane Aw. Comment peut-on demander à un maçon de réparer votre véhicule ? Pourquoi il n’y a pas de politique à la tête des Impôts, de la Douane, du Trésor public…C’est pour éviter des catastrophes recommencées. Comment d’ailleurs concevoir que des investisseurs, ceux qui ont mis leurs billes dans le secteur, soient coachés par des outsiders, qui plus est, des fonctionnaires et non des hommes d’affaires. Un grand paradoxe à résoudre. Lesquels fonctionnaires, qui n’ont jamais mis un sou vaillant dans le secteur et même après leur retraite, qui ne connaissent pas le risque dans l’investissement, car rassurés par le confort du salaire. Ils sont largement dépassés aujourd’hui par les enjeux et les défis du commerce mondial et hélas c’est eux, qui décident à la place des investisseurs, comment vendre la destination Sénégal. C’est de la pure hérésie. A-t-on idée pour les autorités de ce que représente réellement le Tourisme, qui vient avant l’industrie de l’armement, de l’agro-alimentaire et même du pétrole et du gaz ? Pour donc dire que c’est la première industrie dans le monde avec 9,8% du Pib mondial et 7,2% des emplois, qui n’a pas reçu ses lettres de noblesse.
Le Tourisme est devenu aujourd’hui très technique, un sérieux business, aujourd’hui fortement imbibé de géopolitique. Nous étions la première destination au sud du Sahara, un pays école, hélas qui n’a passu maintenir le cap. On nous gave depuis 20 ans de projections audacieuses les unes, les autres, mais le constat est là. Des statistiques loin de la réalité sans doute pour plaire aux autorités. Nous accueillons en vérité 400.000 touristes et non les 1.800.000 selon les chiffres avancés. Les rues désertes de touristes, montrent à qui veut voir, que c’est un grand vide dans ce pays depuis fort longtemps. Mais, le plus désolant dans ce chapitre, c’est la colonisation du secteur par des affairistes, les mêmes depuis bientôt trente ans qui se sont servis du Tourisme, plus qu’ils ne l’on servi.
Que peut-on retenir en résumé et qu’entendez-vous parla laideur du silence ?
Le survol de ces différents points développés plus haut, m’amène à penser qu’il y a présentement chez nous, une polypathologie avérée dont nous attendons les thérapies appropriées dans un pays où tout est urgent, vital.
A l’évidence, nous sommes tous responsables, engoncés dans une situation inattendue, toute nouvelle : la peur dans toute sa dimension. Nous sommes quelque part coincés entre la laideur du silence des intellectuels terrorisés depuis2021parle flot d’insanités déversées sur les réseaux sociaux et la posture de l’intelligentsia qui devrait prendre part au débat en fustigeant la classe politique de tous bords, obnubilée par le pouvoir surtout en insistant sur le profil du politicien bi niou bëgg avant le Sénégal bi niou bëgg.
LES ECRIVAINS AFRICAINS DOIVENT EVITER LE DISCOURS TROP AFROCENTRE
Les écrivains africains doivent aider à valoriser leur continent d’origine en évitant d’avoir un discours ‘’trop afrocentré’’, pour s’ouvrir au monde, comme l’exige leur époque, soutient l’écrivain et enseignant franco-congolais Alain Mabanckou.
Saint-Louis, 10 juin (APS) – Les écrivains africains doivent aider à valoriser leur continent d’origine en évitant d’avoir un discours ‘’trop afrocentré’’, pour s’ouvrir au monde, comme l’exige leur époque, soutient l’écrivain et enseignant franco-congolais Alain Mabanckou.
‘’Je pense que la position d’un écrivain noir ne peut plus être comme celle des années avant, pendant ou après les indépendances’’, a-t-il argué dans un entretien avec l’APS.
‘’Aujourd’hui, a analysé M. Mabanckou, nous sommes partagés entre la nécessité de […] construire nos nations et celle de nous ouvrir au monde. Donc, on ne peut pas avoir un discours trop afrocentré en disant l’Afrique, l’Afrique, l’Afrique, et en considérant que le reste du monde n’existe pas.’’
Premier écrivain d’expression française à siéger au jury du Booker Prize, l’un des plus importants prix littéraires au monde, il était ce samedi l’invité de l’université Gaston-Berger de Saint-Louis (nord), où il a animé une conférence sur le thème ‘’écrire le monde depuis l’Afrique : de nouveaux récits possibles’’.
L’écrivain africain d’aujourd’hui ‘’doit assumer sa présence à la fois en Afrique mais également s’ouvrir au monde’’, a soutenu le lauréat du prix Renaudot en 2006 pour ‘’Mémoires de porc-épic’’ (Seuil).
‘’Si nous allons dans ce sens (le discours trop afrocentré), on va être un jour surpris d’être les médecins des maladies que les autres nous ramènent. Donc, il faut à la fois être présent en Afrique et s’ouvrir au monde’’, a-t-il insisté.
Les écrivains africains sont surtout dans ‘’la liaison sociale’’
Alain Mabanckou considère que l’écrivain africain d’aujourd’hui doit faire en sorte que ‘’le continent africain soit valorisé mais en même temps comprendre dans quelle mesure on peut exporter notre africanité’’.
Il doit ‘’aussi prendre ce qui est là-bas pour un peu amender ce qui ne va pas chez-nous’’, a recommandé M. Mabanckou à ses pairs.
‘’Ce qui différencie un écrivain noir d’un écrivain européen, blanc, c’est qu’on donne toujours au premier une mission, en général. On a l’impression que l’écrivain noir est quelqu’un qui doit sauver le continent’’, l’Afrique, a analysé le professeur de littérature francophone à l’université de Californie (États-Unis).
Le romancier a aussi occupé la chaire de création artistique du Collège de France. Il est l’auteur d’une quarantaine de livres.
‘’On ne demande jamais à l’écrivain blanc de sauver l’Europe. L’écrivain blanc écrit dans sa liberté et son indépendance. Il parle à son nom’’, a renchéri Alain Mabanckou. Cela veut dire, selon lui, que l’écrivain africain se retrouve ‘’dans une situation, peut-être, de liaison sociale, alors que l’écrivain européen cherche à se détacher de la société pour mieux écrire’’.
Cela dit, M. Mabanckou juge que ‘’la littérature africaine est en bonne santé’’ et est ‘’en train de se mondialiser’’.
‘’Je pense que la littérature africaine est en bonne santé. Elle est en train de combattre et d’entrer dans la compétition. Elle est en train de se mondialiser et d’envahir les places internationales. Elle se fait lentement’’, s’est-il réjoui.
Contredire le discours plein de préjugés sur l’Afrique
Il y a ‘’ceux qui viennent d’Afrique’’, les écrivains ‘’nés dans la diaspora, ou les enfants issus du métissage. Tout ça donne désormais un nouveau paysage à la littérature africaine’’, a relevé le romancier.
La littérature africaine ‘’n’est plus regroupée. Elle est disséminée. Elle voyage comme les Africains aujourd’hui’’, a signalé Alain Mabanckou.
‘’Je pense que ce qui est important aujourd’hui pour nous, c’est de trouver un nouveau discours tenu par les intellectuels africains. Et ce discours consiste désormais à se dire que ce qu’on a raconté jusque-là sur l’Afrique l’a été par un œil extérieur, par des gens qui n’entraient pas vraiment dans l’âme de ces Africains’’, a-t-il souligné.
‘’L’histoire de l’Afrique commence à [s’exprimer] lorsqu’elle est écrite par les Africains eux-mêmes. Dans ce sens, c’est même la responsabilité des Africains que nous convoquons, pour qu’ils puissent désormais lire l’histoire de leur continent, écrire cette histoire et la transmettre aux générations futures’’, a dit M. Mabanckou.
Les Africains, sous ce rapport, ne doivent plus se contenter de ce qui est écrit sur eux “par les autres, mais chercher à faire en sorte que ce que nous écrivions puisse inverser la donne et contredire le discours plein de préjugés concernant le continent africain”.
UN WEEK-END D'HONNOREUR POUR SEMBENE OUSMANE
Une cérémonie commémorant la 17e édition du décès de l’écrivain et réalisateur sénégalais, Sembène Ousmane, a eu lieu dimanche à Saint-Louis (nord), à l’initiative de Daaray Sembène, Maison de la pédagogie, de l’image et du numérique.
Saint-Louis, 9 juin (APS) – Une cérémonie commémorant la 17e édition du décès de l’écrivain et réalisateur sénégalais, Sembène Ousmane, a eu lieu dimanche à Saint-Louis (nord), à l’initiative de Daaray Sembène, Maison de la pédagogie, de l’image et du numérique.
”La régulation coordonnée de l’audiovisuel et de l’internet : un impératif en Afrique” est le thème général de cette cérémonie organisée à la Maison de Lille de Saint-Louis.
Ibrahima Bakhoum, journaliste et formateur, a assuré l’animation de la leçon inaugurale.
Des décorations et distinction de reconnaissance pour services rendus notamment à la culture ont été décernées à Aïda Mbaye Dieng, adjointe au maire de Saint-Louis, Rokhaya Niang, actrice de cinéma, Alassane Cissé, journaliste culturel, colonel Moumar Guèye, écrivain, et à l’actrice Marie Madeleine Diallo.
”Sembène Ousmane a porté de très haut le flambeau du cinéma africain. Il faut sauvegarder ce qui reste de son héritage´´, a témoigné la lauréate, Rokhaya Niang.
La cérémonie a enregistré la présence, entre autres, des étudiants mauritaniens de l’Université populaire numérique Sembène Ousmane (UPNSO) et du directeur de la cinématographie, Germain Coly.
Né le 1er janvier 1923 à Ziguinchor, Sembène Ousmane est décédé le 9 juin 2007 à Dakar.
L’ETAT DU SÉNÉGAL ”ENGAGÉ À ACCOMPAGNER DAVANTAGE” LES SECTEURS DU CINÉMA ET DES ARTS
Par la diligence du président Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko, le Sénégal est engagé naturellement à accompagner davantage les acteurs, les experts à mieux stabiliser mais également à mieux faire en sorte que le secteur...
L’État du Sénégal est ”engagé à accompagner davantage” les acteurs du secteur du cinéma et de l’art en général, a assuré le secrétaire d’État à la Culture, aux Industries créatives et au Patrimoine historique, Bakary Sarr.
”Par la Direction de la cinématographie, le FOPICA, l’État du Sénégal, par la diligence du président Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko est engagé naturellement à accompagner davantage les acteurs, les experts à mieux stabiliser mais également à mieux faire en sorte que le secteur du cinéma, de l’art en général puisse avancer encore et bénéficier justement de toutes les possibilités que nous avons actuellement pour aider les jeunes, surtout les jeunes créateurs à faire carrière dans le domaine du cinéma’’, a-t-il déclaré.
M. Sarr s’entretenait avec des journalistes en marge de la cérémonie de clôture de la 5e édition du gala international du court métrage de Saint-Louis (5-8 juin).
Il a aussi indiqué que le ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Culture est disposé à accompagner davantage toute cette dynamique de créativité qui est en train de se mettre en place.
Il s’est réjoui de participer à la cérémonie de clôture de ce festival. ”Pendant plusieurs jours, le public a été invité à juger un certain nombre de productions artistiques. Et je me réjouis que le public ai choisi ce qu’il estime être les meilleurs films’’, a-t-il lancé, soulignant que ces films démontrent naturellement toute cette envie, cette envergure mais également cette profondeur de la créativité artistique.
Enseignant-chercheur à l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis, Dr Gora Seck, l’organisateur de ce festival, a magnifié le niveau atteint par la manifestation.
Il a également salué la présence du public lors de ce gala international et dit avoir travaillé dans ce sens avec une équipe composée entre autres d’étudiants.
Étudiante en section cinéma à l’UGB et réalisatrice du film ”Le prénom”, lequel a remporté le 2e prix de ce gala international de court métrage, Aïssatou Ndiaye Gaye a exprimé sa fierté mais également sa satisfaction pour cette récompense.
LE 17e ANNIVERSAIRE DU DÉCÈS DE SEMBÈNE OUSMANE COMMÉMORÉ À SAINT-LOUIS
Né le 1er janvier 1923 à Ziguinchor, il est décédé le 9 juin 2007 à Dakar.
Une cérémonie commémorant la 17e édition du décès de l’écrivain et réalisateur sénégalais, Sembène Ousmane, a eu lieu dimanche à Saint-Louis (nord), à l’initiative de Daaray Sembène, Maison de la pédagogie, de l’image et du numérique.
”La régulation coordonnée de l’audiovisuel et de l’internet : un impératif en Afrique” est le thème général de cette cérémonie organisée à la Maison de Lille de Saint-Louis.
Ibrahima Bakhoum, journaliste et formateur, a assuré l’animation de la leçon inaugurale.
Des décorations et distinction de reconnaissance pour services rendus notamment à la culture ont été décernées à Aïda Mbaye Dieng, adjointe au maire de Saint-Louis, Rokhaya Niang, actrice de cinéma, Alassane Cissé, journaliste culturel, colonel Moumar Guèye, écrivain, et à l’actrice Marie Madeleine Diallo.
”Sembène Ousmane a porté de très haut le flambeau du cinéma africain. Il faut sauvegarder ce qui reste de son héritage´´, a témoigné la lauréate, Rokhaya Niang.
La cérémonie a enregistré la présence, entre autres, des étudiants mauritaniens de l’Université populaire numérique Sembène Ousmane (UPNSO) et du directeur de la cinématographie, Germain Coly.
Né le 1er janvier 1923 à Ziguinchor, Sembène Ousmane est décédé le 9 juin 2007 à Dakar.
DES CLICHES POUR RENDRE HOMMAGE A LA DIVERSITE FEMININE
Le mercredi 22 mai dernier, au Centre urbain d’expression Le Cube, s’est tenu le vernissage de l’exposition «Matrimoine».
Le mercredi 22 mai dernier, au Centre urbain d’expression Le Cube, s’est tenu le vernissage de l’exposition «Matrimoine». Conçue dans le cadre des «Off» de la Biennale de Dakar, l’exposition, visible jusqu’au 21 juin prochain, invite à explorer les récits puissants et poignants du matrimoine et rappelle également l’importance vitale de préserver et célébrer la diversité des expériences des femmes dans la société africaine.
Une belle exposition est actuellement accrochée sur les cimaises du Centre urbain d’expression Le Cube qui célèbre, à travers une vingtaine d’œuvres de trois artistes provenant de divers horizons culturels et géographiques, la richesse et la diversité des expériences des femmes à travers les âges. Par le biais d’une sélection minutieuse d’installations, de photographies, d’illustrations et de performances, l’exposition, explique la commissaire d’exposition Urielle Kouk, invite à découvrir les récits profonds et inspirants du «matrimoine». Et de leur matrimoine, ajoute-elle, ils ont développé toute l’exposition autour. Conçu dans le cadre des «Off» de la Biennale de Dakar, rappelle Urielle, le projet Matrimoine, présenté le 22 mai dernier parKrissima Poba, Drom et Orassio, invite à explorer les récits puissants et poignants du matrimoine que chacun des artistes illustre selon son inspiration et son style, rappelant l’importance vitale de préserver et de célébrer la diversité des expériences des femmes dans la société. La commissaire d’exposition explique :«Pour le titrede l’exposition, c’est Matrimoine. Une réflexion que moi j’avais de : qu’est-ce que c’est le matrimoine ? Et de cette réflexion, j’ai introduit Krissima Poba, qui avait déjà une série de photos qui s’appelait matrimoine matrilinéaire, qui était un ensemble de photographies de son matrimoine qui est une passation entre sa grand-mère qui a été une figure importante de sa vie.» Partant de là, elle définit le matrimoine comme l’héritage culturel transmis par les femmes à la progéniture. «Chez moi, maman n’est pas seulement celle quit’a donné la vie.Maman, c’est surtoutla structure sociale où les responsabilités et les rôles maternels sont partagés collectivement, mettant en avant l’importance de la solidarité féminine et du soutien communautaire. Ce sont vraiment des femmes qui s’associent pour élever et éduquer ensemble», a expliqué Urielle Kouk, initiatrice du projet culturel Enfance et art. Par ailleurs, l’exposition, composée d’une vingtaine de portraitistes, ne se contente pas de célébrer la maternité. Elle explore et défend une vision élargie du matrimoine, défini et perçu à travers des prismes variés. «Mais le matrimoine ne se résume pas qu’à cela. Il est vécu, défini et perçu à travers des prismes différents. Découvrez un fragment de celui de Drom, Krissima Poba et Orassio, où chaque pièce du puzzle trouve sa place et contribue au dialogue», précise Urielle Kouk, rappelant que l’exposition ne se limite pas aux œuvres.
Un dialogue avec le féminisme
Parmi les artistes présentés, Krissima Poba, artiste photographe franco-congolaise et médiatrice scientifique, dont le travail, selon Urielle, remet en question les stéréotypes et met en lumière les savoir-faire et la culture féminine. «Ses œuvres témoignent ainsi des préoccupations contemporaines sur la préservation du patrimoine culturel dans un monde en mutation. Elle travaille sur la notion de matrimoine et de la place des femmes dans nos héritages», at-elle dit. Drom est une artiste pluridisciplinaire gabonaise dont les performances invitent à une réflexion profonde sur l’identité, le corps et la spiritualité féminine. Son œuvre est un «rituel de vie» qui offre une expérience sensorielle, évoquant le paysage féminin réel et insaisissable hérité de toutes ses expériences. Pour la réalisation de ses œuvres, elle décide de récolter des chutes de tissus de la fabrique de Dakar, au marché Sandaga, une manière pour elle de participer à l’écosystème de la gestion des déchets, mais aussi et surtout de donner une nouvelle vie à ces objets. A travers ses œuvres, elle rend ainsi hommage à la mémoire des femmes de sa lignée. Autodidacte, Orassio est un artiste qui explore une démarche artistique empreinte de simplicité, où chaque œuvre relève le défi d’apporter du plaisir et des découvertes. A travers ses œuvres, il présente avec éloquence et sensualité les principes et idéaux du mouvement féministe Diversité, autonomisation et réclamation de l’identité féminine à travers le prisme unique du fétiche africain. «Il fait un lien entre l’héritage des ancêtres que nous ont légué nos grandsmères qu’on a perdu, auquel on va se référer pour retrouver un nouveau. C’est en quelque sorte une revendication des droits de la femme dans la société africaine parce que, aujourd’hui, on se rend compte que nos droits sont plus calqués sur une société occidentale», conclut Urielle, précisant que toute la société africaine à la base est construite sur un matrimoine.