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4 avril 2025
Culture
ABOU SANGARE, PREMIER ACTEUR D’AFRIQUE NOIRE PRIME SUR LA CROISETTE !
Forest Whitaker (Bird, 1988) et Samuel L. Jackson (Jungle Fever, 1991). Avant lui, les archives cannoises, consultables, ne mentionnent que deux précédents «pigmentaires», deux comédiens afros-américains poids lourd du BoxOffice
Il crève l’écran dans l’«Histoire de Souleymane», prix du Jury «Un certain Regard». Il, c’est Abou Sangaré, 23 ans, originaire de la Guinée-Conakry, mécanicien de formation, le métier qu’il rêve d’exercer quand son pays d’accueil, la France, «débloquera» le titre de séjour d’un «sans-papiers» désormais auréolé d’un prix d’interprétation par le plus grand festival de cinéma du monde.
Forest Whitaker (Bird, 1988) et Samuel L. Jackson (Jungle Fever, 1991). Avant lui, les archives cannoises, consultables, ne mentionnent que deux précédents «pigmentaires», deux comédiens afros-américains poids lourd du BoxOffice. Ce qui fait de Abou Sangaré, acteur non professionnel, le premier Africain noir, né sur le continent, à recevoir un prix d’interpréta[1]tion sur la Croisette au sein d’un festival créé voilà 78 ans qui aura récompensé, entre autres, des chefs-d’œuvre comme Yeleen (Souleymane Cissé, 1987) ou Atlantique (Mati Diop, 2019)... A la question d’un hypothétique précédent, la réponse du site officiel du festival claque sans appel : zéro résultat... Si le Malien Sotigui Kouyaté a été primé en 2009, c’est ailleurs, à Berlin. Si, plus récemment, le jeune Sénégalais Seydou Sarr a été désigné «meilleur espoir» (dans Moi Capitaine, 2023), c’était, cette fois, à Venise.
Un prix de portée historique, alors ? Aux marches du Palais, Abou l’accueille avec cette fraîcheur et cette sereine longani[1]mité dont il fait montre à l’é[1]cran. «Content, parce que c’est une vie que je n’avais jamais vécue. Je suis fier oui à la fois du travail que j’ai effectué, mais aussi fier de mon réalisateur (Boris Lojkine) et son équipe...», dit-il. Le jeune Sangaré les a rencontrés sur la recommandation d’une association d’Amiens où il réside, où il œuvre comme bénévole pour aider les autres sans[1]papiers. «Ils cherchaient un Guinéen, m’a dit le responsable avec qui j’ai des liens», se souvient-il. C’est ainsi qu’il s’est retrouvé propulsé sur le pavé parisien au guidon d’un vélo de livreur Uber, surexploité parmi les «ubérisés», précaire parmi les précaires du travail «informel» qui enrichit le capitalisme digitalisé. Il entre alors dans la peau de Souleymane, héros malgré lui d’un implacable triller sociétal, chroniqué ici dans Le Quotidien du 23 mai dernier. Le cinéma ? «J’aime ça depuis l’enfance. Sur le site de l’Association Carmen, on trouve même des vidéos que j’ai tournées à mon arrivée en France. Mais je n’avais jamais pensé devenir acteur. Mon rêve était de devenir mécanicien de poids lourds ou voitures, d’être au service des gens...», confie Sangaré Démonstration, hors-champ et hors écran : en plein tournage, Abou s’interrompt de pédaler afin de porter assistance à une automobiliste en panne, une anecdote authentifiée par le réalisateur Lojkine.
Abou a migré en France à l’âge de 17 ans et bénéficié du statut de mineur non accompagné auprès de l’Aide sociale à l’enfance (Ase), hébergement et formation professionnelle compris, statut dont l’émigration guinéenne fournit un des contingents les plus importants. Son bac pro de mécanicien poids-lourds en poche, assorti d’une proposition d’emploi à durée indéterminée émanant d’un secteur en manque de main d’œuvre en France. Mais la demande est rejetée par l’Administration. Il est une scène du film de Lojkine que Abou Sangaré ne supporte pas de revoir. La chute (spoiler) : face à une fonctionnaire d’Etat, il confesse les motivations intimes de son émigration : venir en aide à une mère en très grande détresse. «Ma famille ne sait absolument rien de cette histoire», jure Abou Sangaré. Sauf qu’au lendemain du fameux prix, on peut penser qu’elle en aura capté des bribes. Comme il est permis d’espérer que l’Administration changera de point de vue (Inchallah !) sur sa régularisation.
Enfin son histoire ne doit pas occulter l’aridité de la sélection 77, en ce qui touche le cinéma africain. Deux films contre une douzaine, témoignant de son dynamisme, l’an passé. Ni minorer le prix du jury reçu par le premier film zambien jamais montré sur la Croisette, signé Rungano Niony (On Becoming a Guinea Fowl). Celui-ci, également chroniqué par Le Quotidien, s’inscrivait avec maestria dans le courant mainstream de la sélection officielle pour la Palme d’Or : la condition de la femme par-delà les continents et les déterminismes sociaux. Une autre histoire.
par Youssoupha Mbargane Guissé
LE RÔLE DES SCIENCES SOCIALES DANS LE COMBAT POUR LA SOUVERAINETÉ
EXCLUSIF SENEPLUS - Pour un véritable développement de l'Afrique, sa gouvernance doit s'approprier la sociologie et mieux comprendre les dynamiques sociales en jeu, afin de répondre aux aspirations des populations
Le modèle de développement économique extraverti et dépendant en œuvre dans la plupart des Etats-nations en Afrique dont le Sénégal, se fonde sur la loi de l’exploitation et du surprofit capitaliste et protège dans l’absolu les gros intérêts économiques, financiers et commerciaux étrangers internationaux. Un tel système ne profite qu’aux élites compradores au pouvoir et à leurs alliés des réseaux affairistes et s’est renforcé avec l’application drastique des Programmes d’Ajustement Structurel de la Banque mondiale et le FMI au début des années 80. La privation imposée de l’économie a démantelé les filières de production et les acquis sociaux, accentuant l’appauvrissement des populations. Ce modèle économique se focalise en priorité sur la productivité et les surprofits et écarte dans ses choix, options et programmes d’investissement, la qualité de vie des populations ainsi que les facteurs culturels constitutifs de leur personnalité et de leur dignité. Il en découle un mode de production des connaissances et des savoirs sur nos sociétés qui accorde une suprématie aux données quantitatives et statistiques au détriment des recherches sociales profitables aux aspirations des populations et aux intérêts stratégiques des Etats africains. Les données sociologiques, anthropologiques et culturelles ne sont pas pris en compte en réalité, alors qu’ils devraient approfondir et compléter les analyses des données fournies par les enquêtes quantitatives.
L’on assiste plutôt à une tyrannie des chiffres et à la promesse d’un hypothétique « développement durable » qui ne trompe plus personne. Ainsi, dans le modèle ce développement capitaliste dit parfois aussi « développement humain », disparaissent de la scène les véritables producteurs, les bénéficiaires légitimes et les ayant droits souverains de la production des richesses, c’est à dire le peuple travailleur. Ce système hégémonique de production de connaissances se perpétue par le rapport de force imposé par la domination politique et financière. En effet les fonds d’investissement de plusieurs milliards de FCA des prêts consentis sont décaissés par l’Etat au bénéfice en retour de commande aux sociétés et multinationales, aux investisseurs et des cabinets de consultance étrangers. Tel est le système, fermé sur lui-même autour des surprofits de groupes privés étrangers. L’argent retourne à ceux qui l’ont donné avec bénéfices et intérêts. Tel un serpent qui mord sa propre queue.
Le financement national de la recherche s’impose alors comme un instrument de souveraineté absolu à laquelle l’Etat souverain ne peut déroger au risque certain de perpétuer la dépendance structurelle. Il doit marquer la rupture nécessaire dans la production des sciences en dotant les instituts et centres de recherche de moyens financiers et matériels accrus pour former la masse critique indispensable à un développement scientifique d’envergure. En effet, les résultats scientifiques doivent servir à l’élaboration de politiques publiques pertinentes et vigoureuses dont la réussite bénéficie à toute la communauté nationale et consolide le renouveau collectif.
Les défis conceptuels de la transition
Les grands défis conceptuels de la transition historique de nos sociétés se heurte à l’emprise de l’universalisme occidental faisant subir à nos universités africaines et académies les méthodes et approches de l’eurocentrisme selon Boubacar Ly. (1989). [1] Il est indispensable dès lors de relever ces défis pour analyser les dynamiques et élaborer des stratégies d’anticipation sur les évolutions et les changements. Face au monopole et l’hégémonie de production, de diffusion et d’évaluation des savoirs par le monde occidental, l’urgence de l’autonomie conceptuelle des Africains et de la reconstruction identitaire exige en effet de « problématiser le choix de représentation du passé qui est celui de la sélection des futurs » souligne avec pertinence Mamadou Diouf (2000 :337).[2] Cela présuppose l’approche pluridisciplinaire, « la conjonction de méthodes d’inspirations théoriques et de sources documentaires d’origines disciplinaires variées » (Copans 1990 : 143 )[3]permettant de comprendre les transformations sociales et culturelles en termes de dynamique de la totalité et non de fragments. Ainsi le cloisonnement étanche entre les sciences sociales et les sciences de la nature doit être revu dans la problématique d’une approche holistique et totalisante des objets, réalités et processus. Les technologies numériques, et certaines possibilités ouvertes par les nouveaux progrès dans le domaine de l’intelligence, doivent affiner les analyses prospectives et la prévision stratégique.
La construction de la modernité africaine est notre destin inexorable ; elle passe nécessairement par l’autonomie conceptuelle et la souveraineté politique du continent. Cette modernité exige le renforcement des communautés scientifiques africaines dans tous les domaines et disciplines. Celles-ci doivent avoir la capacité d’élaborer les outils conceptuels nécessaires à l’analyse et à la compréhension renouvelées des situations complexes de transition. La sécurisation de la souveraineté acquise contre l’impérialisme qui ne laissera jamais tomber, le maintien vigilant de l’unité et de la cohésion sociale dans chaque pays, la construction d’une armature politique panafricaine de solidarité, le relèvement sensible du niveau de vie des masses, sont les premiers défis de la transition.
Comprendre la complexité
Les sciences sociales sont en effet un enjeu de taille car elles permettent de comprendre la complexité du monde actuel et les transformations en cours sur le continent africain. Elles donnent un éclairage indispensable sur l’environnement, les rapports sociaux, les pratiques sociales et culturelles, l’état des besoins Elles renseignent également sur les paramètres des tensions qui se développent dans la formation sociale à diverses échelles et ouvrent les voies politiques consensuelles de les résorber. C’est pourquoi les sciences sociales doivent dans leur unité globale et critique et leur renouvellement constant, constituer le noyau de connaissance politique de l’État et non la dépendance conceptuelle structurelle à l’égard des idéologues et stratèges de l’Occident.
Les sciences sociales doivent animer le changement social en Afrique en indiquant les tendances, les contours et leur opérationnalité. Toute l’histoire du développement économique et social, toute l’expérience de la construction de la modernité dans les sociétés avancées du monde, montrent le rôle capital joué par les sciences sociales dans toutes les innovations, dans la lutte idéologique pour l’éveil intellectuel des groupes dominés, dans les progrès politiques et les acquis sociaux pour les masses. Elles ont contribué de manière décisive à produire des savoirs pertinents sur lesquels les États, les industriels, les institutions, les communautés, les personnalités et leaders ont fondé leurs politiques, leurs programmes et leurs stratégies d’action et d’intervention ainsi que l’évaluation de celles-ci.
Les dynamiques de changement
L’expansion du capitalisme libéral produit partout dans le monde actuel de multiples déséquilibres et transformations des sociétés. Ainsi des mutations économiques, sociales et culturelles subséquentes, souvent rapides ou brutales, ont cours touchant les rapports entre l’État et la société, les rapports de classe, les relations de genre, de génération, d’ethnies et de régions, les questions écologiques, éthiques et morales. L’environnement de la pauvreté, la précarité existentielle et l’insécurité travaillent les individus et les communautés qui s’engagent alors dans la recherche de solutions échappatoires inédites et multiformes de résistance et de survie. La migration clandestine massive des jeunes en constitue une actualité bouleversante.
Tous ces processus sont rendus d’autant plus complexes et enchevêtrés qu’ils s’accomplissent à l’intérieur de mouvements incessants de décompositions et de recompositions sociologiques, démographiques et culturelles, à l’échelle urbaine et rurale. Une diversité d’acteurs émerge à la recherche d’identités plurielles, parfois contradictoires, développant des stratégies multiformes, réactivant formes sociales et survivances anciennes afin de s’approprier les nouvelles opportunités.
Des reclassements sociaux s’opèrent, se développent aussi des phénomènes de déclassement et de marginalisation sociale, lit de la violence dans ses formes réelles ou symboliques et expiatoires. L’ensemble de ces phénomènes liés les uns les autres montrent, si on en fait la projection sur les décennies à venir, une tendance lourde porteuse de crise et de bouleversements, si les révolutions en cours n’anticipent leur résorption. Au niveau politique central, dirigeants au pouvoir, élites, catégories dominantes et clientèles s’activent pour se repositionner dans le système et pérenniser le statut quo à leur profit. C’est ainsi d’ailleurs que le bloc hégémonique d’Etat au pouvoir, avec le soutien de ses segments et réseaux clientélistes, instaure la violence comme mode de gestion politique, face aux luttes démocratiques, citoyennes et à la résistance populaire.
Il est établi que la tendance de culminer à un régime de dictature est caractéristique du capitalisme impérialiste, lorsque la crise économique et la perte de légitimité atteignent le seuil critique de rupture. Ce phénomène de mutation politique a été douloureusement vécu par le peuple sénégalais sous le régime défait du président Macky Sall au sein duquel une mafia politique ethniciste a pris en otage la République, instaurant une culture de la corruption massive et de manipulations, généralisant à grande échelle la spoliation des ressources nationales, pratiquant maltraitance, tortures et tueries sur l’opposition et les masses. L’exercice de la violence d’Etat, de la répression policière et des crimes de sang, ont entrainé des troubles psychologiques et des pathologies auprès des victimes et des familles. Face au pouvoir répressif, les jeunes, les femmes et les masses ont cependant organisé la résistance en créant sur tous les terrains de la confrontation, des formes inédites de luttes profondément inspirées de la culture et des traditions. L’incroyable richesse des créations dans la communication déployée dans les réseaux sociaux au rythme des luttes, mais surtout l’immense phénomène de la « Sonkorisation » en sont des illustrations exemplaires.
Tous ces changements et inédits de la lutte populaire de résistance pour la souveraineté du pays et une voie endogène du développement, sont un champ d’études à approfondir pour connaitre la structure et les transformations du néocolonialisme, confronté à sa remise en cause radicale. Il faut dans ce sens des études à faire, prendre en considération une reconfiguration de l’espace politico-intellectuel du pays avec la montée en puissance des élites intellectuelles traditionnelles et religieux dont les analyses dans les débats de portée stratégique, ont été des contributions de grande valeur. Le plus remarquable est le phénoménal leadership du président du Pastef, Ousmane Sonko. Il constitue sans doute un sujet d’étude pour comprendre les racines socio-anthropologiques, les sources culturelles et spirituelles inspiratrices de cette révolution, de même les formes politiques tactiques inédites déployées pour triompher du régime du président Macky Sall. Il restera des études comparatives de toutes ces expériences de subversion de l’ordre néocolonial dans la région commune du Sahel et dans toutes les autres régions du continent. Il est nécessaire en effet pour tous les avant-gardes révolutionnaires et patriotiques sur le continent, d’accumuler une somme de connaissances relativement complètes sur le basculement historique en cours de l’Afrique vers son destin libre. C’est la condition pour établir les fondements de programmes stratégiques communs, soutenus par une puissante coordination politique des luttes sur le continent et dans la Diaspora.
S’appuyer sur les données des recherches
La gouvernance pour la souveraineté politique et le développement économique endogène de l’Afrique, doit s’approprier l’imagination sociologique,[4] s’appuyer sur la recherche sociale et s’imprégner des connaissances produites sur les hommes, les cultures, les milieux, les relations, les vécus et aspirations afin d’avoir une meilleure compréhension des dynamiques et tendances qui s’affirment. Les sciences sociales prises ainsi dans une approche pluridisciplinaire, ont un rôle de régulation et d’orientation dans l’application et l’évaluation des politiques sociales de l’État souverain, des pouvoirs municipaux, des organisations et institutions de la société civile. L’État souverain et tous les secteurs de production et d’échanges doivent ainsi accroitre leurs propres capacités d’anticipation, de suivi et de traitement articulé des problèmes à l’échelle locale et nationale, régionale et continentale.
Partenariat, cohésion et synergie
La politique doit être le renforcement des institutions et réseaux de recherche régionaux et panafricains, la mobilité des chercheurs-enseignants, des systèmes d’évaluation de très haut niveau, les publications scientifiques et de vulgarisation, mais aussi de promotion et de distinction honorifique de nos scientifiques et savants. Une attention particulière doit être accordée aux jeunes générations de chercheurs et enseignants pour la constitution d’une masse critique capable de prendre en charge les nouveaux paradigmes et de traiter les défis méthodologiques et thématiques. La génération précédente encore disponible pour l’enseignement et la formation à la recherche ne devrait pas être écartée par une mise à la retraite pour des raisons budgétaires, compte tenu des énormes besoins d’encadrement des étudiants. Une telle conception bureaucratique de tradition administrative coloniale étroite, nous semble désastreuse pour la continuité, le renouvellement et la performance dans nos universités et centres de recherche. Elle rompt d’ailleurs avec nos traditions africaines selon lesquels les jeunes apprennent des anciens qui eux, ont cheminé le plus longtemps avec Dieu. Les grandes universités les plus prestigieuses des pays développés du monde gardent toujours quant à elles, leurs vieux savants en activité pour encadrer des jeunes équipes hyper-inventives et performantes, assurant ainsi leur suprématie scientifique et d’innovation sur le reste du monde, dont précisément l’Afrique.
L’exploitation des résultats de la recherche sociale et leur valorisation servent à renforcer la vision politique stratégique de l’Etat souverain, appuyer les politiques publiques et la performance des entreprises privées nationales. La protection des inventions en brevets et du droit de propriété doit être assurée pour les intérêts des chercheurs, de l’État souverain et des institutions. L’objectif est de fonder les bases solides d’une culture scientifique partagée en mettant en place des infrastructures de publication, de traduction pour la vulgarisation dans les langues africaines les connaissances scientifiques au profit de la jeunesse, des femmes, des travailleurs, des associations et communautés de base. Les retombées en seront la rénovation certaine de la pensée sociale, le développement intellectuel supérieur et l’éveil de conscience des masses africaines. Une telle synergie par la mise en commun des moyens et le partage des résultats dans tous les secteurs, doit s’adosser sur une intégration des recherches aux niveaux régional et continental. Nkrumah[5] soulignait : « l’unité politique du continent est la condition du développement rapide non seulement de chaque pays, mais de tous les pays ». L’Afrique doit donc redevenir un foyer continental de rayonnement scientifique et d’innovation technologique digne de son héritage pharaonique. C’est l’une des grandes taches fécondes de la révolution africaine en marche.
[1] Boubacar Ly. (1989). Problèmes épistémologiques et méthodologiques des Sciences sociales en Afrique. Dakar : éd. UNESCO/CODESRIA.
[2] Mamadou Diouf (2000). Des historiens et des histoires, pourquoi faire ? L’histoire africaine entre l’État et les communautés. Canada : ICAS/RCA 34 :2.200, p.337.
[4] Charles W. Mills. (1959). L’imagination sociologique. Londres: Oxford University Press.
[5] Kwame Nkrumah (1964). L’Afrique doit s’unir. Paris, Présence Africaine.
LA CULTURE PEULH A L'HONNEUR A L'UGB
L’Association internationale des étudiants peulh de l’Afrique et de la diaspora ”Kawral Renndo Fulbe International”, a célébré ce week-end ses 72 heures, à travers une balade culturelle et une exposition d’œuvres d’art, à l’université Gaston Berger (UGB)
Saint-Louis, 27 mai (APS) – L’Association internationale des étudiants peulh de l’Afrique et de la diaspora ”Kawral Renndo Fulbe International”, a célébré ce week-end ses 72 heures, à travers une balade culturelle et une exposition d’œuvres d’art, à l’université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis.
Son président, Abdoulaye Sow, explique que cette balade culturelle est une occasion de rassembler tous les étudiants peulh, ”quelles que soient leur origine et leur caste, main dans la main, dans l’objectif de valoriser notre patrimoine culturel”.
Il explique que cette balade ”donne une signification à la culture peulh”. C’est aussi selon lui ”une manière de montrer le legs [des anciens] à travers l’accoutrement, les objets traditionnels, les chants, les danses et poèmes, la richesse culturelle de cette ethnie”.
La balade est partie du Tour de l’œuf, une place publique de l’UGB située entre les deux campus de la deuxième université sénégalaise, que les étudiants ont sillonné, munis d’objets d’art et habillés de grands boubous. Les filles se sont distinguées par des boucles d’oreilles traditionnelles ostensiblement pendantes.
L’objectif de cette manifestation est pour ”Kawral” de montrer un pan des valeurs culturelles de la communauté peulh en mettant l’accent sur quelques aspects purement culturels et favoriser l’intégration entre les étudiants de différents horizons afin de faciliter la compréhension entre eux, a ajouté Abdoulaye Sow.
Selon Moussa Diallo, ancien président de ”Kawral”, cette association est présente à l’UGB depuis plus de vingt ans. Il indique que manifestation culturelle est l’occasion de montrer qu’elle “vit et demeure pour toujours”.
Les visiteurs ont aussi eu droit à une exposition d’œuvres d’art sur Cheikh Oumar Foutiyou Tall, grand érudit du Fouta Toro, Ousmane Dane Fodio du Nigeria, originaire lui aussi de cet ancien royaume, l’ancien président burkinabè Thomas Sankara, l’ancien président nigerian Muhamadu Buhari et l’ancien président sénégalais Macky Sall.
La cérémonie a été clôturée par une conférence dont le premier thème est intitulé ”La philosophie peulh” (animée par le professeur Amadou Hamidou Diallo) et le second sur ”Dialogue des cultures peulh et arabe” (animé par le professeur Mamadou Youry Sall, enseignant chercheur à l’UGB).
SAINT-LOUIS VA ACCUEILLIR LA 15E EDITION DU DUO SOLO DANSE MERCREDI
La 15e édition du festival international ”Duo Solo Danse”, prévue à Saint-Louis (nord) à partir de mercredi, sera une occasion pour des talents nationaux et internationaux de s’exprimer par la danse contemporaine, a-t-on appris des organisateurs.
La 15e édition du festival international ”Duo Solo Danse”, prévue à Saint-Louis (nord) à partir de mercredi, sera une occasion pour des talents nationaux et internationaux de s’exprimer par la danse contemporaine, a-t-on appris des organisateurs.
Quelque 20.000 spectateurs sont attendus à cette manifestation, qui se poursuivra jusqu’au samedi 1er juin.
L’évènement se tiendra dans plusieurs endroits, dont le centre culturel français, partenaire historique du festival ”Duo Solo Danse”, affirment les organisateurs dans un communiqué reçu à l’APS.
Le centre culturel ”Le Château” et le bateau de croisière “Bou El Mogdad” vont accueillir des activités de ce festival proposant une programmation “diversifiée et engagée”, avec des artistes africains et européens, mais aussi des jeunes chorégraphes de divers horizons.
Outre le Sénégal, des artistes viendront du Cameroun, d’Espagne, de la France, du Ghana, d’Italie, du Mali, des Pays-Bas et de la Suisse.
Le festival ”Duo Solo Danse” est une occasion pour les jeunes artistes, les chorégraphes aussi, de s’exprimer par la danse contemporaine, selon les organisateurs.
“L’événement est une grande occasion pour les jeunes artistes, les aînés, les chorégraphes, porteuses et porteurs de projets”, de démontrer leur talent dans cet art, précise un document de présentation.
Le festival leur donnera l’opportunité de “restituer les travaux réalisés lors des semaines de résidence précédant” la manifestation culturelle.
Le ”Duo Solo Danse” est considéré, depuis 2008, comme “l’un des évènements clés de la danse en Afrique de l’Ouest” ayant pour vocation de servir de “tremplin pour les jeunes talents et d’impliquer un public populaire”.
Lors des précédentes éditions, il a accueilli des centaines d’artistes d’une quarantaine de pays, rappellent ses promoteurs.
Ils signalent que “le festival a retrouvé sa vraie place avec une édition flamboyante réunissant une quarantaine d’artistes, dont une douzaine d’internationaux”, en 2023, “après les éditions particulières de la période Covid-19”.
Aussi le festival ”Duo Solo Danse” est-il devenu un évènement artistique “incontournable en Afrique de l’Ouest”, grâce à l’engagement de ses organisateurs “dans des actions de développement durable”, en lien avec “l’éco-responsabilité”.
Cette année, ils se sont donné comme “défis” de refuser les sachets plastiques, de s’approvisionner en huile et riz locaux, de sensibiliser les publics et les artistes à la protection de l’environnement.
L’AMBITION, C’EST DE SORTIR LES CINEASTES AFRICAINS D’UN CERTAIN ENFERMEMENT
Aux marges du Palais (des Festivals), côté Vieux Port de Cannes, Chine et Etats-Unis se côtoient dans un «Village international». Karine Barclais, fondatrice du Pavillon Afriques à Cannes tient à expliciter
Aux marges du Palais (des Festivals), côté Vieux Port de Cannes, Chine et Etats-Unis se côtoient dans un «Village international». Devant eux, on tombe aussi sur un pavillon «PA», comprendre Pavillon Afriques, avec un «s». Pourquoi ? Parce qu’il accueille ceux du continent, mais aussi de toutes les diasporas, tient à expliciter d’emblée Karine Barclais, à l’origine de ce qui est une initiative personnelle de sa part. Panels, conférences, tables rondes, projection, networking sont au programme, comme ailleurs. Mais ici, les centres d’intérêts diffèrent. Ici, on s’intéresse au trentième anniversaire de la fin de l’apartheid en Afrique du Sud et à Mandela. Ou encore aux racines africaines de l’humanité et de ses civilisations.
Vous venez du monde des affaires, aviez-vous une vocation cachée pour l’industrie du cinéma ?
Pas du tout. D’ailleurs, je n’étais jamais venue à Cannes au préalable. Mon métier, c’est l’événementiel. Disons qu’à l’origine, j’ai saisi une opportunité de créer ce pavillon, comme j’avais auparavant contribué à d’autres événements internationaux à Dubaï, Abu Dhabi ou encore en Chine. En vérité, l’entrée en matière a été assez rocambolesque, je ne m’étendrais pas dessus. On m’a souvent dit que si j’avais appartenu au milieu du cinéma, jamais je n’aurais commis une telle folie. Avec le recul, si j’avais su, j’aurais sans doute réfléchi à deux fois avant de me lancer.
Qu’est-ce qui vous a alors incitée à récidiver ?
Ma motivation à aider les cinéastes africains comme ceux de la diaspora a été plus forte. J’aime profondément les challenges, me frotter à ce qui me dépasse. Et en vérité, dès la première édition, je me suis prise au jeu devant l’engouement suscité chez nos hôtes. Ils me disaient, non sans émotion : enfin on a un «chez nous» à Cannes avec vue sur le Marché du film. C’était très fort. C’est ainsi que j’ai enchaîné.
Comment donc a été financée cette initiative personnelle ?
En effet, tous les autres pavillons qui nous entourent reposent sur des financements publics, commissions cinématographiques d’Etat, etc. Dans le business plan initial, les pays africains, individuellement dépourvus des moyens de financer un pavillon en propre, pouvaient, le cas échéant, partager des frais qui ne sont pas minces (Ndlr, un million d’euros/an en moyenne au total). Aujourd’hui, certains me considèrent comme le bureau africain du festival, mais sans participation de leur part. Cela n’est pas vraiment viable économiquement concernant mes deniers personnels.
Combien de pays contribuent ?
Nous comptons officiellement à ce jour deux délégations, Guinée Conakry et Ouganda. Au total, nous accueillons des représentants de 18 pays. Nous avons déjà reçu des ministres de Côte d’Ivoire, du Togo ou d’Afrique du Sud. Globalement, les responsables culturels d’Afrique ne semblent pas avoir saisi que la régularité dans la présence importe sur le marché du film, ici à Cannes. Je dois admettre qu’on n’a pas affaire à une lame de fonds, même si de nombreux pays dont le Sénégal, entre autres, sont intéressés à aller de l’avant. Nous verrons sur le plus long terme sans perdre de vue, je le leur dis, que ce sera trop tard d’ici à deux ans.
Parmi vos sponsors, on note l’Agence française pour le développement (Afd) ainsi que l’ambassade de France au Sénégal. A quel titre figurent-ils ?
Cela n’entrait clairement pas dans mes intentions, mais simplement, en avril dernier encore, je ne bouclais pas le budget 2024. Comme tant d’autres, je pensais que l’Afd finançait plutôt des infrastructures, mais en fait ils apportent également leur soutien aux industries créatives comme le cinéma et ils avaient envie de le faire savoir. J’ignorais de même qu’une ambassade puisse s’impliquer dans ce type d’action, mais c’est le cas, et celle de France au Sénégal cherchait une visibilité.
Quelle est l’ambition concrète, l’utilité du Pavillon Afriques ?
Permettre très concrètement, comme vous dites, aux auteurs africains du continent, comme ceux de la diaspora, de raconter par eux-mêmes leurs propres histoires. Primo, cela passe par des financements et de la distribution. Ici, tous peuvent rencontrer des financiers, c’est le rôle du networking. Par exemple, hier encore, une jeune suisso-guadeloupéenne a rencontré des producteurs zambiens... Côté distribution, nous avons déjà connu des success stories. Côté financement cette fois, en 2024, nous passons à la vitesse supérieure avec l’intégration à notre board de Nicholas Weinstock, producteur américain, président d’Invention Studios et connu des majors hollywoodiennes. L’ambition, c’est de sortir les cinéastes africains d’un certain enfermement.
Comment entendez-vous les sortir de cet «enfermement» ?
C’est une première. Nous lançons, avec M. Weinstock, un concours international où trois projets d’œuvres sélectionnés par un jury de haut niveau recevront une dotation de 25 000 euros. Si cela vous paraît peu, sachez que les fonds pratiquent généralement un saupoudrage : 2000 euros de ci, 3000 de là. L’objectif, c’est de contribuer à produire des œuvres dignes de participer au circuit mondial des festivals cinématographiques, à l’image de ce qu’a réussi la talentueuse francosénégalais Maïmouna Doukouré. Beaucoup aspirent à suivre son exemple.
DAKAR, UNE CAPITALE EN IMAGES
A la Galerie Ourouss, l’exposition All the lives imagined des artistes Moses Hamborg et Tabia Onabolu est un moment privilégié pour connaître Dakar et ses images. Moses fait le portrait du quotidien des habitants de la capitale.
A la Galerie Ourouss, l’exposition All the lives imagined des artistes Moses Hamborg et Tabia Onabolu est un moment privilégié pour connaître Dakar et ses images. Moses fait le portrait du quotidien des habitants de la capitale.
A la Galerie Ourouss des Almadies, se déroule l’exposition All the lives imagined de Moses Hamborg etTabia Onabolu, qui va prendre fin le 9 juin prochain. Dans ses œuvres, Moses «portraitise» la vie quotidienne dakaroise où les images se juxtaposent dans un décorum époustouflant. «Quand Moses peint, il fait un live, donc il n’utilise pas de photo. Il s’assoit avec chaque sujet pendant des heures et des heures. Lui, il dit que c’est presque une question de circonstance. Ce sont des gens qu’il rencontre à Dakar et il veut passer un peu plus de temps avec eux, donc c’est vraiment une question de rapport, mais aussi il tire son inspiration de la vie quotidienne à Dakar. C’est là que vous voyez les étiquettes sur les taxis… et chaque tableau a des références, comme le phare des Mamelles ou autre. En fait, il dit surtout que malgré le fait d’être artiste, ce qui l’intéresse, ce n’est pas un rapport visuel avec le sujet. C’est plutôt pouvoir passer du temps ensemble», explique Laetitia Walendom, curatrice, écrivaine, urbaniste et productrice tricontinentale, actuellement basée entre Dakar et Baltimore.
Pour M. Moses, la vie dans la capitale est une succession d’images et de rencontres. «Depuis son arrivée à Dakar, il s’inspire de la vie quotidienne. Par exemple, il y a beaucoup de gens qui portent les Djellabas, surtout le vendredi pour aller à la mosquée. Aussi, Moses était maître-nageur pendant 10 ans, donc il aime beaucoup la plage. Il aime surtout aller, par exemple, vers la Mosquée de la Divinité», ajoute-t-elle. Sur place, il observe les gens qui vont, qui viennent de la mosquée avec «leurs tenues très élégantes, très belles, et les tapis de prières en main». «Mais Papa Laye, par exemple, surtout, il a juste débarqué au début du Ramadan comme ça. C’est un jeune Baye Fall, il a le sabar en main. Et pour lui, la composition était facile. C’était très, très simple pour Moses de faire son portrait, parce que ça vient directement de la personnalité, du caractère de la personne», dit-il.
De nationalité américaine, basé à Los Angeles, Moses est devenu un «Dakarois» qui promène son regard pour capturer une ville en perpétuelle mutation. «Vous allez voir que généralement tout le monde a un regard très dynamique. C’est comme si vous vous posez devant les tableaux et vous connaissez déjà la personne. Donc, pour Moses, il aime surtout peindre quand la lumière est parfaite, parce que ça permet de voir directement l’expression de la personne, la manière dont il se pose, et tout ça d’un moment à un autre. Et le regard visé, je peux même dire que c’est... une manière surtout d’immortaliser la personne. On sait très bien que tous ces portraits-là, ce ne sont pas seulement des gens qui viennent de contextes aisés. Ça leur permet de s’immortaliser parce que Moses, il a été formé dans la tradition des Old Masters (vieux maîtres), donc ceux de la Renaissance, les grands Européens et tout ça. Et on sait qu’à l’époque, ce sont surtout pour les reines, les rois et tout ça, mais le contraste ici, c’est qu’il permet de présenter ce regard très régalien de tout le monde dans la communauté, de tout le monde à Cité Mbackiou Faye à Ouakam», enchaîne la curatrice. Pour lui, c’est une résidence Black Rock. En contact avec la ville, il se confond dans son quotidien. «Et c’est au fur et à mesure, quand il a rencontré plusieurs personnes, que lui-même, il s’est permis d’apprendre le wolof. Parce que, comme vous le savez, il ne parle pas du tout français, mais il a pu rencontrer beaucoup de monde. Et depuis deux ans maintenant, quand il revient à Dakar, la dernière fois, il était là pendant neuf mois, il habitait avec une famille Baye Fall. Donc tout ce monde que vous voyez là, c’est une grande famille. Vous allez les revoir aussi pendant la prestation de tout à l’heure. Mais c’est que surtout chaque personne est aussi artiste à sa propre manière. Par exemple, Penda est styliste, Papa Laye joue du mbalax. Zeyna qu’on voit là, elle est griotte, donc elle a une voix tellement époustouflante.
Et même Maman, qui est juste derrière, elle est aussi créatrice, donc c’est elle qui a fait ma robe aussi. Donc avec chaque personne, il y a un rapport très personnel qui permet non seulement de rester assis ensemble pendant plusieurs jours, mais de devenir de bons amis», dissèque Mme Leaticia Walendom.
Moses Hamborg est né en 1995 à Huntington Beach, en Californie (Etats-Unis), mais il vit et travaille actuellement entre Los Angeles et Dakar, et est diplômé de l’Académie d’art de Florence.
AGENTS ADMINISTRATIFS ET PROFESSEURS A COUTEAUX TIRES
C’est un dialogue de sourds entre des agents de l’Ecole nationale des arts et métiers de la culture (Enamc) et le corps professoral permanent. La gestion du Directeur de cette structure est mise en cause.
Bés Bi le Jour |
Adama Aïdara KANTE |
Publication 25/05/2024
C’est un dialogue de sourds entre des agents de l’Ecole nationale des arts et métiers de la culture (Enamc) et le corps professoral permanent. La gestion du Directeur de cette structure est mise en cause. Mais les professeurs démentent et apportent la réplique.
«Depuis le 18 avril 2024, des agents de l’Ecole nationale des arts et métiers de la culture (Enamc) se réclamant membres d’un collectif qui ne regroupe qu’une infime partie du personnel administratif, ne cessent de faire des sorties intempestives dans la presse et sur les réseaux sociaux pour dénoncer la gestion du Directeur général», a répliqué le corps professoral permanent de ladite école au collectif des agents de l’Enamc. Les accusateurs dénoncent, entre autres, «l’octroi des postes administratifs aux enseignants qui sont censés être dans les salles de classe au détriment des agents administratifs, la suppression des indemnités et primes des agents de l’Enamc acquises avec l’ancien directeur général, des nominations arbitraires à certains postes qui nécessitent un appel à candidatures et une validation du Conseil d’administration». Matar Coundoul, président du Collectif des agents de l’Enamc dans son post du 28 avril 2024 sur son compte Facebook alertait sur un «supposé détournement» relatif au paiement «des indemnités de jury...» impliquant les professeurs d’éducation artistique ou musicale permanents, formateurs dans ledit établissement qui «auraient perçu deux fois les sommes dues».
«Des allégations dénuées de tout fondement»
Ces professeurs démentent catégoriquement toutes «ces fausses informations et autres allégations diffamatoires dénuées de tout fondement». Pour «rétablir la vérité des faits», ils écrivent : «Avant la nomination de l’actuel Directeur général, des indemnités étaient versées à une catégorie d’agents de la hiérarchie B, sans aucune base légale, d’octobre à décembre 2022. Les enseignants permanents de la hiérarchie A avaient demandé que la grille des indemnités soit au préalable examinée et adoptée par le Conseil d’administration. Cette procédure n’a pas été respectée et ces derniers n’ont perçu de novembre à décembre 2022 que la moitié du montant des indemnités que recevaient les membres du collectif». Face à ces «irrégularités» et «disparités» signalées par le corps enseignant, poursuit le document, le Conseil d’administration a décidé de suspendre les indemnités au mois de janvier 2023.
Dans ce long communiqué, les professeurs permanents indiquent qu’à propos du supposé détournement, Matar Coundoul a intérêt à informer juste et vrai. En effet, selon eux, l’Enamc avait procédé à des virements anticipés du paiement des vacations qui devait être pris en charge par la solde. «Conformément à la note du Directeur général du 2 février 2024 précisant que le trop perçu fera l’objet d’ordre de recette, les professeurs permanents ont reversé intégralement les sommes dues et ont reçu chacun une décharge dûment signée, attestant le reversement. La traçabilité des opérations financières ne souffre d’aucune ambiguïté», soulignent-ils.
LE CRI TOUJOURS PERCUTANT D'AWA THIAM
Publié en 1978, "La Parole aux Négresses" brisait les tabous en évoquant les mutilations génitales, la polygamie ou encore le blanchiment de la peau. 46 ans plus tard, ce manifeste fondateur de l'afroféminisme, longtemps indisponible, est enfin réédité
(SenePlus) - Il y a 46 ans, l'anthropologue sénégalaise Awa Thiam publiait "La Parole aux Négresses", un essai pionnier qui brisait le silence sur l'oppression des femmes africaines. Longtemps indisponible, ce manifeste féministe percutant refait surface, réédité en France (éditions Divergences) et au Sénégal (éditions Saaraba).
Avec ce titre provocateur, Awa Thiam, née en 1950, donnait la parole aux femmes africaines et redéfinissait les contours d'un mouvement féministe jusqu'alors vu comme occidental. "C'est un livre qu'il urge de lire, une réédition nécessaire", souligne Mame-Fatou Niang, professeure de littérature à Pittsburgh, dans la préface française. Pour elle, chaque lecture est une "expérience quasi organique" : "Dérangement, douleur, colère, dégoût, joie, résolutions. Mais, après chaque lecture, l'impression de sentir une partie amputée repousser."
Ndeye Fatou Kane, écrivaine et doctorante à Paris, insiste dans les colonnes du Monde sur "le legs précieux" de l'ouvrage : "Chaque lecture est une redécouverte pour la féministe que je suis." Un profond respect pour cette pionnière qui a osé dénoncer les problèmes des femmes noires.
Dans "La Parole aux Négresses", Awa Thiam brise les tabous en évoquant les mutilations génitales, la polygamie, la dot ou le blanchiment de la peau. "Là où l'Européenne se plaint d'être doublement opprimée, la Négresse l'est triplement, écrit-elle. Oppression de par son sexe, de par sa classe, et de par sa race."
Mame-Fatou Niang interrogée par Le Monde souligne que l'autrice formule déjà, avec 46 ans d'avance, le concept d'intersectionnalité entre sexisme, racisme et classe sociale. Un discours politique fondateur d'un afroféminisme, réclamant de prendre sa place dans le mouvement mondial.
Si certaines avancées sont notées, comme le recul des mutilations génitales, la sociologue Kani Diop, en postface de l'édition sénégalaise, juge que les sujets d'Awa Thiam "demeurent pertinents".
"C'est d'une triste actualité, s'insurge Ndeye Fatou Kane. Nous parlons toujours de dépigmentation, polygamie, excision... En Gambie, la loi contre l'excision est menacée." Elle dénonce aussi l'invisibilisation des féministes sénégalaises, taxées d'"occidentalisées".
"Mais il y a 46 ans, c'est bien l'une des nôtres qui a écrit ce livre, l'Occident n'a rien à voir avec ça", rappelle-t-elle, rendant hommage à la voix puissante d'Awa Thiam, qui continuera sans doute d'inspirer de nombreuses luttes.
ACE LIAM, LE PLUS JEUNE ARTISTE PEINTRE AU MONDE
Il est considéré comme un surdoué, ce mot n’est pas de trop. Puisque, à seulement 1 an et 4 mois, Ace Liam s’est lancé dans la peinture. Il a été répertorié par le livre de Records du monde Guinness
Bés Bi le Jour |
Adama Aïdara KANTE |
Publication 24/05/2024
Il est considéré comme un surdoué, ce mot n’est pas de trop. Puisque, à seulement 1 an et 4 mois, Ace Liam s’est lancé dans la peinture. Il a été répertorié par le livre de Records du monde Guinness. L’exploit de cet enfant ghanéen a été annoncé lors d’une conférence de presse le mardi 14 mai 2024.
Le petit Liam s’est lancé dans la peinture dans l’atelier de sa mère dès l’âge de six mois. Sa mère, Chantelle Eghan, raconte sur africanews.com : «Si j’ai mon installation, il ira tirer sa chaise et il viendra facilement s’asseoir à côté de moi. Au début, comme il n’avait que six mois, il rampait à peine, mais quand il commença à ramper, je versais la peinture sur la toile et il faisait le mélange et l’étalement». Elle précise qu’à l’âge de 11 mois, ce qui était assez tôt, il a reçu une languette de peinture contenant déjà un pinceau. «Intuitivement, il l’a vue, l’a tordue, plongée comme ceci, comme quelqu’un qui essaie de charger un pinceau et de l’étaler sur la toile. C’était la première fois qu’il voyait une toile montée sur un chevalet et il l’a fait», a-telle dit.
La même source souligne que la mère d’Ace Liam soutient que son exploit a surpris de nombreux Ghanéens qui étaient sceptiques quant à la capacité d’un enfant d’un an à créer quelque chose de significatif. Cependant, l’artiste ghanéen de renom Amarkine Amateifio a une perspective différente. «Tous les enfants sont comme ça. Ils viennent au monde en tant qu’artistes, scientifiques et ingénieurs. Et c’est nous, les adultes qui les empêchons de maintenir tout cela. Je donnerai donc tout le mérite à l’environnement familial et en particulier à sa mère, qui a créé l’environnement propice à l’épanouissement des dons que cet enfant a apporté à ce monde. Et donc, c’est pour moi un appel à porter un second regard sur la façon dont nous élevons les enfants», explique Amarkine Amateifio.
Même si Amateifio estime que l’exploit d’Ace Liam ne suscite pas nécessairement un intérêt généralisé pour la peinture chez les enfants, il y voit une étape importante. «Dès le plus jeune âge, tous les enfants montrent leur penchant naturel. Les enfants viennent ici pour contribuer. Ils viennent ici pour rendre le monde meilleur. Ce record Guinness et Liam devraient servir d’inspiration, en particulier aux parents, pour qu’ils accordent plus d’attention à leurs enfants, fournissent toutes les ressources et donnent à l’enfant tous les outils nécessaires pour que son don s’épanouisse», affirme l’artiste ghanéen à Africanews.
En effet, le Guinness World Records a reconnu Ace Liam à la suite de son exposition à Accra du 18 au 20 janvier 2024, battant le record détenu par Dante Lamb, qui avait franchi ce cap à l’âge de trois ans en 2003.
LE BLUES MAN PEUL !
Il est parti avec ses cordes. Bah Moody, ambassadeur de la culture peule, avait le don de faire parler la guitare presque toutes les langues. Avec le Blues man peul, point de blues !
Il est parti avec ses cordes. Bah Moody, ambassadeur de la culture peule, avait le don de faire parler la guitare presque toutes les langues. Avec le Blues man peul, point de blues !
L’artiste international sénégalais Bah Moody est décédé brutalement, dimanche, à Thilé Boubacar, dans le département de Podor, suite à un malaise. Le décès de ce musicien-chanteur de renom laisse un vide immense dans l’univers musical africain. Originaire de Mauritanie, Bah Moody avait élu domicile au Sénégal où il a construit une carrière musicale marquée par des épreuves et des triomphes.
Son parcours a été interrompu en 1989 par le conflit entre la Mauritanie et le Sénégal, le forçant à s’exiler au Burkina Faso, puis au Niger pendant plusieurs années. Malgré ces obstacles, Bah Moody a su rebondir et reprendre sa carrière avec une détermination admirable. Son retour au Sénégal a marqué un nouveau départ dans sa carrière. En 2007, il a signé la moitié des titres de l’album de Youssou Ndour, «Rokku mi rokka», affirmant son talent et son influence sur la scène musicale.
Bah Moody, surnommé «le Blues man peul», puisait son inspiration dans les sonorités du Sénégal et de la Mauritanie. Il incarnait à la fois le blues africain et les musiques maures, mariant avec finesse le raffinement et la simplicité des pasteurs peuls.
La contribution de Bah Moody à la musique africaine ne se limite pas à ses propres créations. Il a collaboré avec des géants de la musique comme Baaba Maal et Youssou Ndour, enrichissant ainsi le patrimoine musical de tout un continent. La dernière performance mémorable de «Bah Moody le nomade», remonte à l’année dernière, lors du festival international Dialawaly de Dagana, où il avait une fois de plus envoûté le public avec sa voix et son charisme.