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5 avril 2025
Economie
LE SÉNÉGAL, CHAMPION DES PRIX À LA POMPE
La vie chère trouve une illustration frappante dans le prix de l'essence qui, à 990 FCFA le litre, est le plus élevé de toute l'Afrique de l'Ouest selon les données de la BCEAO
De nombreux Sénégalais décrient la cherté du coût de la vie dans le pays. Aucun produit n’est presque épargné y compris l’essence dont le coût est le plus élevé au Sénégal, plus que partout ailleurs en Afrique de l’ouest.
L’inflation n’épargne pratiquement aucun pays en Afrique. Ses conséquences sont plus fâcheuses si elle touche des secteurs cruciaux comme l’énergie. Et certains pays sont plus affectés que d’autres en ce qui concerne particulièrement le prix de l’essence.
Selon l’agence Ecofin, dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), les prix de l’essence à la pompe varient fortement d’un pays à l’autre. Non sans indiquer, en se référant aux dernières données de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), que le Sénégal détient le record du prix le plus élevé, tandis que le Niger reste le pays où l’essence coûte le moins cher.
D’après les chiffres officiels, souligne l’agence Ecofin, le Sénégal arrive en tête avec un prix de 990 FCFA le litre, bien audessus de ses voisins. Un coût qui s’explique, dit-elle, par la fiscalité sur les hydrocarbures, les coûts d’importation et la politique de subvention du pays. A en croire toujours l’agence Ecofin qui reprend les données de la BCEAO, en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso, l’essence se vend également à un prix élevé, autour de 875 et 850 FCFA le litre. À l’inverse, précise-t-elle, le Niger affiche un prix largement inférieur à ses voisins, avec 499 FCFA par litre. Une différence qui s’explique par la production locale de pétrole et les subventions mises en place par l’État, note-t-on.
A en croire toujours Ecofin, ces différences de prix ont un impact direct sur les populations et les économies locales. Il ajoute que dans les pays où le carburant est plus cher, les coûts de transport augmentent, ce qui pèse sur le prix des denrées alimentaires et des biens de consommation.
Il faut juste rappeler que si les prix sont aussi chers au Sénégal, c’est parce qu’en 2023, le gouvernement s’est engagé à supprimer d’ici à 2025 les subventions de l’électricité, du supercarburant et du gasoil en mettant en œuvre une stratégie comprenant plusieurs étapes. Il a ainsi enregistré une baisse de 158,5 milliards de francs de la subvention en 2023 en mettant en application sa stratégie. Ainsi, les prix du supercarburant et du gasoil ont été augmentés dans les proportions suivantes : une hausse de 100 francs sur le prix du litre de gasoil, qui est passé de 655 à 755 francs, soit le même niveau d’augmentation que le litre de supercarburant, qui passe de 890 à 990 francs CFA.
Cependant, on se demande si le gouvernement compte se limiter là dans la suppression de la subvention. Dernièrement, Amadou Moustapha Njek Sarré, ministre de la Formation professionnelle et porte-parole du gouvernement, a annoncé que l’Etat du Sénégal avait décidé de prendre des mesures fortes pour apporter des solutions à la situation sombre des finances publiques. Parmi celles-ci, il y a la suppression de l’exonération ainsi que la suppression des subventions sur l’électricité, le carburant et l’eau. Des mesures qui vont à coup sûr avoir des impacts négatifs sur le niveau de consommation des ménages. Le Sénégal qui dépensait l’équivalent de plus de 4% de son PIB en subventionnant l’électricité, certains produits pétroliers (supercarburant et gasoil) ainsi que le gaz butane, travaille à limiter les subventions énergétiques à 2% du produit intérieur brut (PIB) d’ici 2025. On doute fort toutefois que l’Etat du Sénégal touche encore le prix de l’essence qui est foncièrement décrié. Peut-être qu’il jettera son dévolu sur les autres produits énergétiques.
En tout cas, cette décision de limiter les subventions énergétiques représente un véritable défi au vu du contexte économique actuel et de la forte demande des populations pour un meilleur accès à l’énergie.
LE DIRECTEUR GENERAL DU BUDGET N’EST PLUS
Le Directeur général du Budget, Abdou Diouf, est décédé vendredi soir, à Dakar, à la suite d’un malaise. Il s’est éteint à l’âge de 46 ans, laissant derrière lui un parcours exemplaire au service de l’État et de l’Administration publique.
Le Directeur général du Budget, Abdou Diouf, est décédé vendredi soir, à Dakar, à la suite d’un malaise. Il s’est éteint à l’âge de 46 ans, laissant derrière lui un parcours exemplaire au service de l’État et de l’Administration publique.
Haut fonctionnaire émérite, Abdou Diouf s’est distingué par son engagement indéfectible et son expertise reconnue dans le domaine des finances publiques. Son parcours illustre une carrière marquée parla rigueur, la compétence et un profond dévouement à la gestion des ressources de l’État.
Il a notamment exercé au sein de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), à Ouagadougou, où il a contribué activement à l’élaboration des politiques budgétaires et aux travaux d’intégration économique à l’échelle sous régionale. En sa qualité de chef de la Division chargée des Etudes économiques et des Statistiques à la Direction générale de la Comptabilité publique et du Trésor, il a joué un rôle central dans l’analyse et l’évaluation des finances publiques. Fort de son expertise, il a ensuite été nommé coordonnateur de la Direction générale du Budget, avant d’être appelé, en janvier dernier, à en prendre officiellement la tête.
La disparition prématurée de Abdou Diouf constitue une perte inestimable pour l’administration financière du pays. Le ministère des Finances et du Budget tient à honorer la mémoire d’un homme dont l’intégrité, la compétence et le sens du devoir ont marqué ses collaborateurs ainsi que l’ensemble de la fonction publique.
Dans un hommage appuyé, le ministère souligne : «M. Diouf a consacré sa carrière au service de l’État avec intégrité, compétence et un profond sens du devoir. Homme d’une loyauté exemplaire et d’une grande générosité, animé d’un patriotisme sans faille, il a toujours placé l’intérêt général au cœur de son action.»
Inspecteur principal du Trésor, M. Diouf a été nommé Directeur général du Budget le 22 janvier 2025. Auparavant, il occupait le poste de coordonnateur de cette même Direction, fonctions qu’il a exercées avec un dévouement sans faille et un professionnalisme exemplaire. Son engagement, son sens du service public et sa vision éclairée des finances publiques laisseront une empreinte indélébile dans le paysage budgétaire et économique national.
par Youssoupha Mbargane Guissé
ETHNICISME NEEDO KO BANDAM, VIOLENCES ET PRÉDATION SOUS MACKY SALL
EXCLUSIF SENEPLUS - En instrumentalisant les liens ethniques et communautaires traditionnellement facteurs de cohésion, le précédent pouvoir a établi un réseau clientéliste permettant le contrôle total de l'appareil d'État
Toute analyse faite, la particularité du système Macky Sall a été une gouvernance mue par l’ignorance, la cupidité et la peur. L’ignorance a développé l’esprit de soumission à l’impérialisme et le mépris des siens, le peuple sénégalais. La cupidité a nourri la prédation inouïe des biens et des ressources et aussi entretenu la peur de tout perdre. Cet état de fragilité psychologique a imprégné toute sa gouvernance orientée vers un seul but, celui de perpétuer cette prédation par le moyen déclaré de « réduire l’opposition à sa plus simple expression » ! Cette conception de la « réduction » est celle de la « négation », de « l’élimination » de l’adversaire politique perçu comme une menace. Une telle conception animée par la crainte de l’adversité se traduit nécessairement sur le terrain politique par le recours à la violence répressive et aux pratiques corruptrices. C’est dans cette direction que le président Macky Sall a cherché sa légitimé et sa cohérence en référence au Needo Ko Bandam, un trait culturel du Bien vivre ensemble, commun aux sociétés apparentées de cette partie de l’Afrique de l’Ouest appelée Sénégambie. Cette valeur d’appartenance identitaire est ici travestie dans un nouveau contexte comme facteur culturel de structuration de son groupe politique. L’objectif est dès le départ pour cette minorité d’accaparer l’appareil d’Etat et d’exercer son contrôle total sur le pays.
Le Needo ko Bandum. Une tradition de Téranga
Le Needo ko Bandum signifie en Pular, « l’homme, c’est sa parenté ». Autrement dit, seule l’appartenance à la même communauté ethnique, parlant la même langue définit l’individu. Cette parenté communautaire est primordiale car elle établit un lien sacré de solidarité entre tous ses membres. Ce lien de dépendance personnelle de l’individu à l’égard des membres de sa famille, de son ethnie et de sa communauté est tout à fait naturel et a constitué la base sociale et affective de la cohésion sociale des communautés africaines dans la longue histoire. La préservation des liens sacrés de cette parenté s’est faite par la gestion des inégalités à travers de puissants et subtils mécanismes de domestication de la violence. La culture de la paix (jàmm) s’est ainsi maintenue depuis des siècles à travers les générations dans la vie des différentes communautés en présence. Ainsi la Téranga (l’hospitalité) et le (Kal) le cousinage à plaisanterie, sont devenus à travers les âges, un patrimoine collectif précieux, un trait essentiel commun de civilisation à ces communautés diverses et apparentées. La sociabilité musulmane sufi des confréries a fortement renforcé cette culture traditionnelle d’unité, de cohésion sociale et de culture de la paix, lorsque à partir du 19é siècle, les confréries ont assuré la réorganisation des sociétés défaites militairement et ont porté l’élan puissant de leur renouveau.
Un montage dans l’imaginaire
La volonté de contrôle total sur le pouvoir d’Etat s’est appuyée sur l’appartenance du groupe dirigeant à la même communauté de langue et de culture qui dans le passé, aurait une suprématie sur les autres. Naturellement, il faut pour cela une terre d’origine ancestrale fondatrice de la légitimation de ce pouvoir, un territoire, un village de naissance. Cet ancrage dans l’espace et le temps conjugués donne un caractère sacré au pouvoir en place. Celui-ci est alors frappé du sceau de l’intemporel et devient par nature un pouvoir fort, non contestable, celui du Roi, Buur Guede ! On assiste ainsi à un reclassement politique des rapports de forces par leur transfert à un niveau purement symbolique, mais avantageux. Il s’effectue un effet de surimposition à la suite duquel le pouvoir d’Etat républicain porte en même temps la figure du royaume imaginaire construit par le Griot. Deux périodes historiques forts éloignées dans le temps et complètement différentes, sont recomposées en une même séquence présente, assurant au clan du président Sall, noyau dirigeant de l’APR, la légitimité historique de sa domination politique sur le pays.
L’instrument politique d’un groupe
Ce mélange implicite et diffus d’émotions et de croyances rétrogrades repose sur une perception floue de l’histoire, un fantasme sur sa propre identité de groupe. Une telle falsification a pour fonction de renforcer l’unité d’appartenance du groupe dirigeant et la légitimité de sa position hégémonique au sein de l’Etat. Cette opération mystificatrice est en même temps une dangereuse auto-aliénation du groupe lui-même et a sa propre décadence inévitable. Elle a en effet enfoncé davantage le pouvoir dans l’aveuglement politique et dans une logique implacable de répression massive des mouvements de contestation. Ainsi une gouvernance prise dans les flux des émotions, pulsions et des présupposés idéologiques, a entrainé la détérioration des fondements institutionnels, juridiques et moraux de la République. Elle a rejeté alors la transparence et les dispositifs consensuels et démocratiques garantis par la Constitution du Sénégal. Pour rester au pouvoir coûte que coûte, le président Macky Sall a encouragé les pratiques de manipulation dont l’ethnicisme Al Pular, au risque de la dislocation du pays. L’ethnicisme Needo Ko Bandam est donc ce lien d’appartenance culturel et linguistique utilisé sciemment pour assoir un clientélisme politique de privilèges et de corruption multiforme. En l’introduisant de manière diffuse et confuse dans la sphère dirigeante de l’Etat, le président Macky Sall et son clan l’on utilisé comme instrument d’efficacité politique, d’organisation et de déploiement opérationnel de l’APR.
Le binôme Macky-Farba
Cette démarche ethniciste dans les rapports politiques a permis de justifier la concentration extrême du pouvoir aux mains d’un groupe restreint. Ce dernier s’est donné la légitimité d’occuper la haute direction politique du pays afin de s’enrichir et de jouir abondamment des biens et privilèges. Le cas du griot Farba Ngom est très illustratif de cette fabrique de parvenus dont l’APR a été le foyer.
En effet, Farba Ngom a été au cœur de la stratégie, de l’organisation du modèle ethniciste qu’il incarnait lui-même de manière ouverte. Parti de rien de son village natal pour immigrer à Dakar où il a exercé plusieurs petits métiers, il est parvenu à être l’ami et le griot attitré du président Macky Sall et un des principaux animateurs de son parti, l’APR. Personnage très influent, il est devenu très rapidement un puissant homme d’affaires multimilliardaire et ne s’en cachait pas. Ami écouté, griot et bras droit du président, il jouait un rôle clé dans la configuration de la gestion politique ethniciste et politico-affairiste de l'Etat. Une des particularités de ce mode de gouvernance est le binôme formé par le président Macky Sall à la tête de l’Etat, gérant la haute politique et son griot animateur, gérant sur le terrain les réseaux affairistes. Autour de ce binôme tournaient en connexion différents cercles de soutien et de service : les alliés complices de Benno Bok Yakaar, certains responsables de la haute administration, des finances et du contrôle territorial, des marabouts et des griots influents, des commerçants importateurs, des quotataires, des gens du business privé, de nombreux courtisans, des journalistes et hommes de main à solde. Une telle structuration de gouvernance politique et de compromission affairiste et clientéliste a permis leur hégémonie chaotique sur le pays pendant douze ans. En effet, le président Macky Sall s’est appuyé sur les moyens de l’Etat pour exercer un acharnement sur le Pastef, son leader, ses cadres, sur la jeunesse et les populations, exerçant violences psychologique et morale, manipulations judiciaires, procès arbitraires, emprisonnements, tortures et tueries de manifestants. Tout cela dans une ambiance d’arrogance de certains membres du « cercle Al Pular » envers les opposants.
Le cercle Al Pular
En effet, pour assurer l’hégémonie politique du groupe dirigeant, le président Macky Sall a mis en place un dispositif institutionnel de nominations aux postes stratégiques de l’Etat. Ce maillage administratif assurait un contrôle politique stratégique à caractère ethnique Al Pular au cœur même de la gouvernance de l’Etat. C’est ainsi que de nombreux postes de décision, de contrôle et de sécurité au plus haut niveau de l’Etat ont été confiés à des responsables de l’APR originaires du Fuuta ou d’appartenance Al Pular. Ce mode d’organisation clanique reposait au plan économique sur la cooptation et la promotion d’éléments incompétents, mais rusés et efficaces dans le fonctionnement des réseaux affairistes d’enrichissement facile et rapide. L’économie du pays était ainsi sous l’emprise de trois catégories constituées par : - l’attelage d’hommes d’affaires milliardaires, industriels, chefs d’entreprises, banquiers, en particulier du régime libéral précédant, - des hauts fonctionnaires corrompus de l’administration bureaucratique classique en place depuis le président Senghor, et - des gens de la débrouillardise, issus des milieux précaires et des trafics illicites de tout genre qui ont prospéré à la faveur d’une économie mondiale de réseaux financiers et de trafics de tout genre. De cet ensemble composite, certains ont été promus et se sont retrouvés en connexion dans les instantes influentes de l’APR, sous la Direction du président Sall et de son griot Farba Ngom.
L’appareil APR
L’Alliance pour la République, APR garantissait - l’efficacité des pratiques de contrôle absolu du chef sur les membres du clan, -l’enrichissement scandaleux de ces derniers et la garantie de leur impunité, - la corruption organisée de tous les segments des élites du pays, - l’encadrement de la violence répressive sur l’opposition et les manifestants. Une telle structure renforce le pouvoir redoutable du Maitre sur les membres du clan, en contrepartie d’avantages de protection, de promotion et de possibilités ouvertes d’enrichissement personnel. Le Needo ko Bandam est somme toute un dérivé local du mode d’organisation caractéristique de la mafia, sans le code d’honneur de celle-ci.
Autour du président et du cercle Al Pular ont gravité des personnages troubles, souvent issus de nul part, courtisans, démarcheurs, nervis, prostituées, passeurs et aventuriers de tout bord. Ces arrivistes ignorants et arrogants promus au sein de l’APR se sont très vite immensément enrichis et ont renforcé la culture de la violence pour préserver leurs privilèges et le système lui-même. En effet, tous n’avaient qu’une seule patrie : le monde glauque de l’argent, celui des milliards, de milliers de milliards amassés, détournés, blanchis ! Il leur fallait avoir le contrôle de tous les leviers institutionnels de l’Etat pour s’accaparer impunément des biens et brader les ressources du pays. Ce réseau sélectif ethniciste et mafieux en connexion à de puissants intérêts étrangers, opérait dans tous les secteurs de l’Etat, de l’économie et du commerce par des pratiques de corruption, falsification et dissimulation.
Le favoritisme prévalait selon les proximités avec le cercle, s’agissant des recrutements et des promotions, de l’octroi des avantages et prébendes, des deals sur les marchés publics, le foncier, les patrimoines de l’Etat, les ressources minières, etc. Tout cela servait à consolider au détriment de la République, le pouvoir affairiste d’un clan, d’une famille et de nombreux lobbies. Ainsi, l’ethnicisme ambiant sous le régime du président Macky Sall a renforcé la cupidité avec laquelle un petit nombre a dépossédé le pays de ses biens, spolié ses richesses et marché sur des corps juvéniles fauchés par les balles, inertes, avec le drapeau du Sénégal entre les mains.
Ostracisme et pulsions de mort
Le gouvernement du président Macky Sall a même pratiqué un ostracisme ethniciste à l’égard de la région de la Casamance en bloquant délibérément les activités économiques et le commerce avec le reste du pays, cela pendant de longs mois. Ce fut une manière de punir les communautés et la jeunesse acquises au projet de Ousmane Sonko et conquises par son leadership. Cette répression contre la région fut un acte véritable de trahison de la Nation ! Le Neddo Ko Bandam imprégnait les rapports politiques, mais par sa nature fluide-obscure, son caractère ethno-raciste implicite ne pouvait s’exprimer au grand jour. Il n’avait pas la dignité d’une idéologie, n’en avait ni les capacités, ni les arguments, ni la raison morale, ni même le courage. C’est peut-être pour cela, qu’elle s’est rétractée, confinée à l’intérieur d’elle-même, nourrie de ses propres démons : l’ignorance, la cupidité et la haine. Mais l’intensification du conflit politique et les confrontations sur le terrain ont poussé le président Macky Sall à recourir pour se maintenir, à son fort penchant psychique, la « réduction » : procéder à des emprisonnements massifs, aux tortures et tueries. Les pulsions de mort ont donc explosé dans les maillons extrémistes du cercle dirigeant, les poussant à organiser la répression contre le peuple, recrutant des nervis mêlés aux Forces de Défense et de Sécurité, FDS. Certains cadres et militants, députés, journalistes, « insulteurs » du camp de l’APR, ont même publiquement appelé au meurtre des dirigeants de l’opposition patriotique, sans jamais être inquiétés. Le régime du président Macky Sall a laissé ainsi librement se développer une culture de la haine et de la criminalité politique dans le pays. Certains ont appelé cela « un gangstérisme d’Etat » !
Le Bloc de résistance
Cependant face à cela et aux manœuvres de division ethniciste, régionaliste et aux manipulations d’accusation de terrorisme, les dirigeants du Pastef et le peuple dans son ensemble, ont fait preuve de grande responsabilité et d’esprit citoyen, en restant focus sur les objectifs de la victoire électorale démocratique, préservant ainsi l’unité du pays et la cohésion sociale. Les communautés elles, dans leur diversité culturelle, religieuse confessionnelle, s’en sont toujours tenues au respect du pacte ancestral de paix et de solidarité entre elles. Dans tous les cas, les armatures communautaires, lignagères, familiales et les héritages spirituels du bien vivre ensemble ont constitué et restent des remparts à toute tentative de division et de séparatisme au Sénégal. L’échec de l’expérience du MFDC est à cet égard édifiant, de même celui du projet ethniciste Needo Ko Bandam qui s’est effondré. Aujourd’hui l’engagement citoyen et panafricaniste de la jeunesse sénégalaise constitue une puissante force contre tout mouvement ou idéologie prônant l’obscurantisme séparatiste. Désormais la réunification politique du continent pour l’abondance, la puissance et le rayonnement est le vaste horizon de ses rêves et de son engagement.
La transition révolutionnaire
Le cauchemar semble fini à présent, bien que se prolongent encore des attaques répétées dangereuses contre le nouveau pouvoir et les institutions. C’est une logique propre à toute situation de transition. Les forces centrifuges du régime déchu appuyées sur des réseaux de soutien extérieurs, s’organisent pour saper les ruptures salutaires mises en œuvre. Le peuple et ses dirigeants doivent faire face aux actes sabotage, de désinformation et de déstabilisation à tous les niveaux. La transition politique est complexe avec ses défis et ses promesses de grands succès. Elle exige des taches théoriques, celles de renforcer les nouveaux paradigmes de rupture conceptuelle et éthique, conditions de la reprise de l’initiative historique. Elle exige particulièrement à la direction politique et stratégique du Pastef de mener à bien les taches suivantes :
- une révolution culturelle, linguistique et pédagogique qui puise dans le génie culturel du peuple et potentiel subversif de ses traditions,
- une intelligence collective dans la direction politique stratégique du pays,
- une sécurisation de la révolution et de ses dirigeants,
- une mobilisation politique des masses,
- une économie productive moderne d’abondance,
- une politique des égalités sociales et territoriales,
- une stratégie de souveraineté politique régionale et panafricaine.
Ces conditions parmi d’autres, exigent chacune des politiques adaptées dont :
- la formation politique et idéologique des cadres et militants dans les pures traditions des résistances africaines, et des expériences révolutionnaires dans le monde,- la communication permanente avec les masses pour leur éveil de conscience élevé,
- la montée en puissance de la jeunesse sur les lignes de front de l’expertise scientifique et de l’innovation technologique de pointe,
- une refonte profonde de l’Administration et des Académies scientifiques, enfin et surtout
- la mobilisation des intellectuels et savants, des artistes, architectes, ingénieurs et créateurs dans la préfiguration du nouveau monde à naitre.
VIDEO
LE SPRINT DU NDOGOU À DAKAR
Les routes dakaroises se muent en champ de bataille quand l'heure de la rupture du jeûne approche. Des milliers de jeûneurs, affaiblis et impatients, défient les lois de la prudence dans une course effrénée vers leur domicile
À Dakar, le mois de Ramadan transforme les heures de pointe en véritable défi. Chaque soir, les automobilistes se lancent dans une course effrénée pour rejoindre leur domicile avant la rupture du jeûne.
Les embouteillages s'intensifient et la tension monte sur les routes. La faim et la soif, après une journée de jeûne, augmentent l'irritabilité des conducteurs, entraînant parfois des accrochages. "La faim et la soif me conduisent à ressentir de la colère et occasionnent un manque de concentration", témoigne un chauffeur de taxi.
Face à cette situation préoccupante, des appels à la prudence se multiplient. "On est dans le mois de Ramadan, on doit gérer. Soyons juste plus compréhensifs", rappelle un usager de la route.
Pour les fidèles, partager le "ndogou" (rupture du jeûne) en famille reste un moment précieux qui justifie cette précipitation quotidienne. Cependant, les autorités insistent sur l'importance d'arriver à destination sain et sauf, rappelant que la sécurité doit primer sur tout le reste.
LA DOUBLE PEINE DE L'AUTORITÉ PARENTALE
Des procédures administratives bloquées, des enfants privés de voyages ou même de nationalité : le quotidien de nombreuses Sénégalaises est rythmé par l'absurdité d'un Code de la famille qui perpétue des inégalités flagrantes
Maguette Ndao et Ndeye Saly Diatta |
Publication 09/03/2025
Chaque année, la Journée internationale des droits des femmes est l’occasion, pour les Sénégalaises, de faire entendre leurs revendications. Parmi elles, une demande revient avec insistance : la réforme du Code de la famille. Derrière les textes de loi, ce sont des vies qui se jouent, des décisions cruciales parfois bloquées par des dispositions que certaines femmes jugent injustes.
Fatou Dia, la trentaine, est fatiguée. Depuis plusieurs mois, elle enchaîne les démarches administratives pour obtenir un passeport pour son fils. Mais impossible d’avancer sans l’autorisation du pater. ‘’Quand on prend seule en charge son enfant, pourquoi doit-on encore quémander l’accord d’un père absent ?’’ Sa voix tremble et valse entre la colère et l’épuisement.
Comme elle, de nombreuses mères dénoncent les obstacles posés par l’article 277 du Code de la famille. Ce texte reconnaît certes l’autorité parentale conjointe, mais en cas de désaccord ou tant que le mariage subsiste, c’est le père qui a le dernier mot en tant que chef de famille. Une réalité qui, pour beaucoup de femmes, complique les choses au quotidien.
Des pères absents, mais toujours décideurs
Aïssatou, installée en Espagne depuis des années, connaît bien ce casse-tête. Son fils, né à l’étranger, n’a toujours pas la nationalité sénégalaise. Et pour cause : le père, avec qui elle n’a plus de contact, refuse de donner son autorisation. ‘’Même pour aller au Sénégal en vacances, je dois voyager sans lui’’, confie-t-elle, résignée. Malgré des recours judiciaires, la situation reste bloquée.
Ce pouvoir laissé aux pères même absents ou désengagés est au cœur des frustrations. Une autre mère, exaspérée, décrit les lourdeurs administratives : ‘’C’est révoltant de courir après un irresponsable pour faire sortir son propre enfant du territoire.’’ Certaines évoquent même des situations de chantage où l’autorisation parentale devient un moyen de pression. Certains pères vicieux ou frustrés par la séparation l'utilisent contre la mère de leurs enfants.
Les choses, espère-t-on, pourraient changer avec les autorités actuelles. Une députée, membre de la majorité présidentielle, Maïmouna Bousso a posé le problème lors de de la déclaration de politique générale du Premier ministre Ousmane Sonko. Ainsi, elle a exhorté les autorités à décliner des orientations pour régler cette problématique. Mieux encore, la députée Marième Mbacké du groupe parlementaire Pastef/Les patriotes a déposé une question écrite adressée au ministre de la Justice. ‘’Dans la législation sénégalaise, l'autorité parentale exclusivement réservée au père pose de véritables problèmes aux mères divorcées avec des enfants. La mère divorcée est souvent responsable de la garde des enfants. À cet égard, elle devrait pouvoir signer les documents de voyage de ses enfants mineurs’’, écrit-elle. ‘’Cependant, certains hommes utilisent cette autorité comme une arme de guerre contre leur ex-épouse au point de nuire à leurs propres enfants en leur refusant, sans raison, la signature de l'autorisation parentale. Ce qui entraîne des conséquences graves, particulièrement pour les enfants vivant avec leur mère à l'étranger’’, argue-t-elle.
D’après Marième Mbacké, ‘’les femmes de la diaspora sénégalaise nous ont souvent interpellées sur ces questions. C'est pourquoi, sans adopter une perspective féministe, nous vous prions de reconsidérer cette mesure. Le père, en tant qu'autorité morale au sein de la famille, ne pose pas de problème, mais il est important que les deux parents puissent donner leur consentement aux voyages de leurs enfants’’. Ainsi, ‘’pour remédier à cette situation, ne serait-il pas opportun de réviser le Code de la famille ? Quelles seraient les mesures que vous comptez prendre pour trouver des solutions à ce problème’’, a demandé Marième Mbacké à Ousmane Diagne.
Ce dernier n’a pas encore répondu ou, du moins, sa réponse n’est pas pour le moment publiquement partagée. Donner une suite favorable à cette demande aidera à couronner des années de luttes des Sénégalaises.
Par ailleurs, existe une autre disposition légale jugée discriminatoire à l’égard des femmes. Il s’agit de l'article 196 du Code de la famille. Il interdit la recherche de paternité pour un enfant né hors mariage, sauf si le père accepte de reconnaître l’enfant. Une disposition qui, pour beaucoup, prive les enfants de leur droit à connaître leur filiation et place les mères dans une situation de dépendance juridique.
Le 8 Mars, au-delà du folklore
Par ailleurs, alors que les préparatifs pour la Journée internationale des droits des femmes battent leur plein, certaines veulent profiter de l’occasion pour mettre ces questions au centre des débats. ‘’Le 8 Mars, ce n’est pas juste pour défiler ou offrir des fleurs. On veut des changements concrets, surtout sur l’autorité parentale’’, martèle une militante engagée dans la défense des droits des femmes.
Depuis 2004, le Sénégal est pourtant signataire du Protocole de Maputo, un texte continental qui garantit l’égalité entre les hommes et les femmes, y compris dans les droits parentaux. Mais vingt ans plus tard, plusieurs dispositions du Code de la famille restent en décalage avec ces engagements. C’est le cas de l’article 111, qui fixe l’âge minimum du mariage à 16 ans pour les filles et 18 ans pour les garçons. Une différence qui, pour les défenseurs des droits humains, consacre une inégalité dès l’union matrimoniale et va à l’encontre des principes d’égalité défendus par le Protocole.
Un combat long et éprouvant
Pour celles qui décident d’entamer des démarches pour obtenir la puissance parentale exclusive, le chemin est semé d’embûches. ‘’Il faut être prête mentalement et financièrement. C’est long, compliqué et rien ne garantit qu’on aura gain de cause’’, explique Mariama, qui a engagé une procédure contre son ex-mari.
Certaines espèrent que le nouveau régime politique fera de ces questions une priorité. ‘’Il est temps qu’on arrête de laisser un père absent décider de la vie de son enfant’’, tranche une autre mère, lassée par les lenteurs administratives et juridiques.
Entre attentes et espoir de réforme
Pour beaucoup, il ne s’agit pas seulement d’une question juridique : c’est une bataille pour la dignité et l’égalité. Derrière ces revendications, il y a l’espoir qu’un jour, être mère au Sénégal ne rime plus avec dépendance ou impuissance face à la loi.
À l’approche du 8 Mars, ces voix veulent se faire entendre. Et au-delà des discours officiels et des célébrations symboliques, elles attendent surtout des actes.
Les noms des femmes qui ont témoigné dans cet article sont des noms d’emprunt.
par Jean Pierre Corréa
NDEER EN ACTIONS, POUR QUE LE 8 MARS NE SOIT PAS UNE FOLKLORIQUE SAINT VALENTIN
Il serait temps que l’on parle d’autre chose que de parité et d’égalité, et qu’on exige enfin du respect pour ce genre qui est avant tout celui de nos mères, de nos sœurs et de nos filles
Il est à redouter qu’encore cette année, le 8 mars soit une nouvelle fois une occasion ratée de remettre au milieu du village, la problématique récurrente des « Droits de la Femme », que l’on se plaît à célébrer au Sénégal sous le vocable forcément réducteur de « Journée de la Femme », fêtée avec le folklore qui sied aux traditionnelles gaudrioles avec lesquelles nous savons si bien dérouler notre sens aiguisé du futile et du vaporeux. Même sous des auspices proclamés de « Ruptures », nous n’échapperons pas aux cérémonies bruyantes et dissipées durant lesquelles des femmes de toutes organisations, drivées par le convenu et inévitable ministère de la Femme, sapées dans un dress-code grégaire et désuet, vont faire assaut des discours habituels vantant et relatant d’exceptionnels parcours de femmes, qui servent d’arbres à cacher la forêt dense qui enveloppe les tourments et les drames que vivent souvent la majorité d’entre elles.
Dans l’expression de mon métier, je plante ça et là, quelques « marronniers », et le 8 mars en fait partie, sauf qu’il me semble plus pertinent de proclamer mon amour pour les femmes, la veille, c’est-à-dire le 7 mars, date qui depuis 2015 marque Talaatay Ndeer, référence à la dignité conquise de haute lutte par ces femmes qui ont illuminé le sens aigu de la rébellion des Sénégalais, et que l’Association Ndeer en Actions a choisi pour célébrer les Femmes, en pointant ces faiblesses sociétales, qui comme des « cailloux dans nos babouches », nous empêchent d’avancer avec hardiesse et élégance sur les chemins qui balisent nos aspirations égalitaires.
Les engagements intelligents et dynamiques ayant pour vertus de s’agréger, la directrice du laboratoire genre de l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), le professeur Fatou Sow Sarr diffuse cette conviction et accentue le plaidoyer pour l’intégration dans le calendrier républicain de la date du 7 mars pour célébrer la journée de la femme sénégalaise. Si la date du 8 mars est retenue, depuis 1977, à l’échelle internationale, en référence à la lutte des femmes ouvrières, elle estime « qu’il est temps pour le Sénégal de célébrer ces « Linguères » qui se sont immolées le 7 mars 1820 pour sauver l’honneur de leur patrie, et de consacrer la date du 7 mars au temps de la réflexion pour revisiter l’histoire des femmes de Talaatay Ndeer et faire du 8 mars un moment des festivités. Il est vrai que le brouhaha des tamas peut ne pas être propice à l’expression porteuse de changements audacieux et…urgents.
Hom-Deff : cela ne s’invente pas !
Loin des célébrations festives organisées par toutes sortes d’associations et groupements féminins, souvent issus d’entreprises ou d’institutions, cette date du 7 mars est épinglée dans le calendrier national par une association dénommée Ndeer en Actions, au sein de laquelle, c’est à souligner, des hommes et des femmes défendent, animés par leurs convictions, les principes qui sous-tendent la quête d’un certain égalitarisme entre hommes et femmes pour faire rimer femmes et démocratie. C’est d’ailleurs une singulière particularité de Ndeer en Actions, que d’accueillir en son sein l’Association des Hommes pour la Défense des Droits des Femmes et des Filles, Hom-Deff, comme pour dire « l’homme fait », ça ne s’invente pas, tout en décernant des « Diplômes de Reconnaissance » chaque année à des hommes qui ont par leurs actes, contribué à faire avancer la cause des femmes et des jeunes filles.
Mame Binta Cissé incarne dans un enthousiasme entraînant Ndeer en Actions. MBC est politique, d’essence et de nature. Parce que son environnement a toujours été politique, dans son sens premier et le plus noble, celui rattaché à la racine « polis » qui évoque la cité et donc ses citoyens.
Mame Binta Cissé est conquérante, au sens où elle aborde les problématiques qui lui tiennent à cœur, avec le goût du combat, et l’objectif de la victoire, à travers les résolutions des problèmes.
Les cercles de femmes, n’ont plus de secrets pour cette dame de Rufisque qui a toujours mis un point d'honneur à participer ou organiser la journée internationale des femmes, créant en outre l'association « Ndeer en actions » en 2015, avec pour mission de faire du 7 mars une journée nationale des femmes commémorant Talaatay Ndeer.
En 2022, les réflexions portaient sur le comportement que devraient avoir les jeunes filles en milieu scolaire sur internet pour éviter les dérives et promouvoir l’égalité, en 2024 sur le rôle des hommes dans l’émancipation des jeunes filles et l’autonomisation des femmes en milieu urbain.
La session de réflexion de 2025, inspirée du principe qu’il faut « continuer le début et que ce n’est qu’un combat », proposait en ce mois de Ramadan un thème d’une grande acuité : « Femmes et Islam. Quelles réformes pour le Code de la Famille ? ».
Qu’il se soit agi de Madame Sophie Cissé, modératrice, ou d’Alassane Niang, spécialiste en Charia et législation islamique, ou d’El Hadj Mbaye Bassine, Imam de la Mosquée de Keury Souf, tous ont évoqué la Sacralité de la Femme en Islam, et précisé sa place de choix, que certains ont choisi justement de ne pas voir… Il est vrai que notre particularité, réside dans le fait que les Sénégalais, souvent, ne comprennent pas…ce qu’ils savent.
Les acquis ne sont jamais définitifs et requièrent pour être pérennes, vigilance, sagacité et…convictions citoyennes.
Alors, que ce soit le 7 ou le 8 mars, ce qui est en jeu n’a rien à voir avec « la Fête des Femmes », mais avec « Le Droit des Femmes », lequel dans ce monde où le masculinisme à la Trump et à la Poutine pousse à chahuter certaines avancées acquises de haute lutte, nécessite vision, élégance, combativité et convictions.
Des activistes et universitaires appellent à la révision du code de la famille au Sénégal. Il semble exister une unanimité sur la nécessité de réformer le code de la famille. Mais conservateurs et progressistes ne s'entendent pas sur comment réformer ni sur quoi réformer. Selon le présent code de la famille au Sénégal, qui a pris un peu de poussières, seul un homme peut être reconnu comme chef de famille, décidant de quasiment tout. De l'endroit où vit la famille, à comment ou quand établir des documents administratifs à ses enfants, l'homme est le chef suprême de la famille. Ces réticences racontent quelque chose qui ressemble à une forme de régression.
« Touches pas à mon voile » !
La plateforme nationale des femmes musulmanes "Ndeyi Askann Wi" a pris des positions fermes contre l’agenda du genre et les politiques qu’elles jugent contraires aux valeurs traditionnelles sénégalaises.
Face à ce qu’elles considèrent comme une « propagande déguisée », alternant les termes « violences faites aux femmes » et « violences basées sur le genre », les membres de la plateforme dénoncent une tentative de normalisation des idéologies qu’elles rejettent. Selon elles, ces concepts sont utilisés de manière intentionnelle pour créer des amalgames et faire passer des idées contraires aux normes morales et religieuses du Sénégal.
« Nous refusons la féminisation de la famille », ont-elles déclaré, rappelant que pour elles, la quintessence de la cellule familiale réside dans l’union entre un homme et une femme, conformément aux valeurs islamiques et humaines universelles.
La ministre de la Famille et des Solidarités a été directement interpellée, à la limite de la menace : « Si vous choisissez l’agenda du genre, nous n’hésiterons pas à vous faire face ».
C’est la grande force du patriarcat et de notre société sexiste, qui est de réussir à diviser l’humanité en deux moitiés, puis de morceler l’une des deux moitiés en plein de petits groupes pour être sûr que les choses ne changent pas. Diviser pour mieux régner, en somme, et cibler l’influence des lobbies féministes et des organisations internationales, accusées d’imposer des idéologies étrangères au Sénégal.
Chronique du viol ordinaire
S’il existe un domaine où il est plus indiqué d’être de Ndeer du 7 mars, plutôt que de la bamboula du 8 mars, c’est assurément celui du grand danger, et du grand mépris que notre société sexiste et patriarcale destine et inflige à nos jeunes filles, nos très jeunes filles, violées dans une indifférence coupable, par des tontons, des « édukateurs » ou des précepteurs religieux, sans véritables châtiments, malgré l’adoption de la loi criminalisant le viol et la pédophilie. Malgré ces mesures draconiennes, les viols, les uns plus odieux que les autres, font légion dans le pays.
L'Association des juristes sénégalaises (AJS) rapporte que "sur 331 victimes de viol recensées en 2022, 43% avaient entre 4 et 14 ans". Plus inquiétant encore, selon un rapport de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) cité par le journal du soir, le Centre de guidance infantile et familiale de Dakar a comptabilisé "97 cas de viols ou d'incestes sur mineures et 21 cas de viols suivis de grossesse, avec une moyenne d'âge de 11 ans" sur la seule période 2016-2017 dans la région de Dakar.
Face à ce drame, les nouvelles autorités sénégalaises, élues en mars, restent muettes. Malgré la signature du protocole de Maputo en 2004, qui prévoit l'autorisation de l'avortement dans les cas extrêmes, aucun gouvernement n'a osé légiférer sur la question, craignant les pressions religieuses.
Malgré tout ce pouvoir des hommes, il serait temps que l’on parle d’autre chose que de parité et d’égalité, et qu’on exige enfin du respect pour ce genre qui est avant tout celui de nos mères, de nos sœurs et de nos filles. Quel que soit le niveau de pouvoir des hommes qui détruisent l’avenir de ces jeunes filles, quels que soient la beauté d’une jeune fille et l’attrait de ses atours, il faut que les hommes du Sénégal sachent que : « Un HOMME ça s’empêche ». Et comment « ça s’empêche » ? En calmant sa braguette en pensant à sa mère, à sa sœur, à sa fille. Tout simplement.
Le 8 mars c’est tous les jours qu’il faut le célébrer en faisant du respect absolu des femmes, de leur liberté et de leur dignité un enjeu essentiel de civilisation. Le Professeur Fatou Sow nous enseigne que « Cela permettra de reconstituer l’histoire de nos sociétés traditionnelles, qui a été construite par des femmes. A travers cette approche, il sera possible de restaurer des valeurs qui sont nôtres et de booster l’estime de soi des femmes et leur obligation à participer à la construction du pays ».
Et surtout, cela nous éviterait de vivre comme des bêtes.
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LE PATRON DU TRÉSOR SORT DU SILENCE
Amadou Tidiane Gaye a levé le voile sur l'intrusion qui a ciblé les systèmes informatiques de son administration. Si des ordinateurs et téléphones portables ont bien disparu, le haut fonctionnaire affirme que les données critiques restent intactes
Le mystère qui entourait l'intrusion dans les locaux du Trésor public sénégalais vient d'être partiellement levé. Face aux caméras de la RTS vendredi 7 mars 2025, le directeur général de la comptabilité publique et du Trésor, Amadou Tidiane Gaye, a livré sa version des faits concernant cet incident qui alimente les rumeurs depuis plusieurs jours.
"C'est une intrusion dans les locaux de la direction de l'informatique du Trésor qui est un bâtiment annexe au bâtiment principal situé à l'avenue Pompidou", a précisé d'emblée M. Gaye. L'incident s'est produit "exactement la nuit du dimanche", selon ses déclarations.
Le haut fonctionnaire a confirmé qu'il s'agissait bien d'un vol ciblant "des ordinateurs portables et des téléphones portables". Toutefois, il s'est voulu rassurant quant aux conséquences de cette effraction : "Les données financières et comptables du Trésor public ont été préservées et sauvegardées. Il n'y a eu aucune interruption dans l'exercice du service public au niveau du Trésor."
Face aux interrogations sur un possible lien avec la récente publication du rapport de la Cour des comptes, le directeur général s'est montré prudent : "On ne peut pas faire le lien a priori", a-t-il indiqué, précisant que "l'enquête en cours permettra de savoir exactement les motivations de ceux qui ont commis cet acte."
M. Gaye a également évoqué brièvement "l'affaire Tabaski", concernant une inspectrice du Trésor, tout en refusant de s'étendre sur ce dossier distinct "en cours de procédure judiciaire".
Pour rassurer les usagers, le responsable a détaillé les mesures de sécurité en place : "Nous avons mis en place un dispositif de sécurité qui concerne d'abord l'intégrité des données et la continuité du service avec ce que nous appelons un plan de continuité de l'activité." Il a ajouté que le Trésor dispose "d'un dispositif de sauvegarde permanente des données financières et comptables."
Une enquête de la police scientifique est actuellement en cours pour déterminer l'ampleur exacte du préjudice et identifier les auteurs de cette intrusion.
LA GUERRE DES COMPTABLES
Après le point de presse avorté du Syndicat unique des travailleurs, l'Amicale des inspecteurs récuse les accusations du président de l'Ordre national des experts-comptables et appelle ces derniers à balayer devant leur porte
La pilule ne passe toujours pas en travers la gorge des agents du Trésor public. Après le point de presse du Syndicat unique des travailleurs reporté à la dernière minute, avant-hier, c'est l'Amicale des inspecteurs qui est montée au créneau pour porter la réplique aux experts-comptables agréés et à leur président Mor Dieng. Dans la mise au point envoyée à ‘’EnQuête’’, hier, les inspecteurs dénoncent vigoureusement ce qu'ils qualifient comme un manque de respect. “... Nous tenons à exprimer notre profond désaccord avec ces affirmations infamantes et irresponsables (les accusations du président de l'Onecca, voir notre édition d'hier) totalement désaxées des véritables problématiques posées par le rapport de la Cour des comptes”, proteste l'amicale.
Les camarades de Diomourou Dia en veulent particulièrement au président de l'Onecca qui les a présentés comme des comptables d'épicerie. Ils rappellent à l'Ordre des experts “qu’une autorité de la stature de leur président” est surtout “attendue sur des contributions de nature à enrichir le débat”. Selon l'Amicale des inspecteurs, la sortie du président de l'Onecca ne reflète, en réalité, qu’une profonde méconnaissance des finances publiques et de ses subtiles particularités. “Autrement, comment comprendre cette homélie nauséeuse d’abord soutenue par un de ses collègues lors d’un débat télévisé et ensuite confirmée par leur président. L’on déduit, dès lors, qu’il s’agit d’une sournoise stratégie de faux-fuyant pour éviter de s’appesantir sur les véritables problématiques que pose le rapport de la cour”, ont-ils fulminé.
De l'avis des inspecteurs du Trésor, les experts-comptables agréés devraient plutôt balayer devant leur porte avant de s'intéresser à celle de leurs voisins. “La charité commençant par soi, il est aujourd’hui évident que vous avez suffisamment de défis internes à relever, surtout dans le contexte de digitalisation des processus “métiers clients” et du nombre important d’entreprises actuellement redressées du fait d’une mauvaise application de la loi fiscale ou des normes comptables, alors que leurs états financiers sont certifiés par des 'cabinets d’experts’”, poursuivent M. Dia et Cie.
De nombreuses entreprises redressées malgré des comptes certifiés par les experts-comptables
Pour eux, les experts-comptables se méprennent complètement sur le professionnalisme des agents du Trésor qui mènent, depuis des années, des réformes en vue d’améliorer la transparence et l'efficacité de la gestion des finances publiques. “Vos collègues de l’ordre, dont les cabinets ont eu l’occasion de travailler avec l’administration du Trésor, dans le cadre de la réforme comptable, n’auront certainement pas la même appréciation des améliorations substantielles apportées par notre structure dans la tenue des comptes publics”, indiquent-ils dans la mise au point.
À en croire les inspecteurs du Trésor, le président de l'Onecca fait fausse route dans son analyse des conclusions de la Cour des comptes. À leur avis, ce rapport constitue principalement une invite aux acteurs des finances publiques “à mettre fin aux pratiques non orthodoxes de contournement du Trésor public à travers l’exécution de dépenses publiques hors de son circuit normal et en violation manifeste des règles de la comptabilité publique”.
Pour autant, les agents du Trésor se disent conscients des enjeux et défis, et expliquent s'être inscrits “dans une dynamique de réforme constructive et d'amélioration continue des finances publiques”. Lesquelles réformes portent pour l’essentiel sur certains aspects réglementaires et sur l’écosystème de la gestion publique soulevés par la Cour des comptes.
“À ce jour, elles nous ont valu la certification de l’essentiel de nos processus métiers à la norme internationale ISO-9001 version 2015 de plusieurs directions comptables et administratives du Trésor. Pionnière dans ce domaine, la Direction générale de la Comptabilité publique et du Trésor est aujourd’hui la seule entité de l’Administration publique à avoir certifié autant de processus métiers, incluant tous les aspects du management stratégique et opérationnel, à une norme internationale de référence comme ISO”, fulminent-ils dans la note envoyée à ‘’EnQuête’’.
Les inspecteurs invitent, par ailleurs, “à recentrer le débat sur les véritables défis et enjeux de la gestion des finances publiques au Sénégal”. À en croire l'amicale, le problème, c'est plutôt “des pratiques généralisées de contournement des circuits budgétaires et des procédures du Trésor public” qu'eux-mêmes n'ont eu de cesse “de dénoncer dans les limites que leur impose leur obligation de réserve.
UNE CARGAISON D’AVENIR
Une nouvelle page de l’histoire énergétique sénégalaise s’écrit avec l’arrivée de la première cargaison de pétrole brut extraite du champ offshore de Sangomar et destinée au raffinage local.
Une nouvelle page de l’histoire énergétique sénégalaise s’écrit avec l’arrivée de la première cargaison de pétrole brut extraite du champ offshore de Sangomar et destinée au raffinage local. Cette étape majeure marque un tournant stratégique dans la gestion des ressources naturelles du pays, longtemps dépendant des importations de produits pétroliers raffinés.
Une avancée vers la souveraineté énergétique
Jusqu’ici, la production pétrolière issue des gisements sénégalais était essentiellement orientée vers l’exportation. L’acheminement de cette première cargaison vers les installations de raffinage locales témoigne de la volonté des autorités d’internaliserla chaîne de valeur énergétique. «Ce jalon historique est une avancée concrète vers l’autosuffisance énergétique et la souveraineté nationale», a déclaré le ministre de l’Énergie lors d’une conférence de presse organisée à Dakar.
Avec ce premier raffinage local, le Sénégal ambitionne de réduire sa dépendance aux marchés étrangers, de maîtriser les coûts énergétiques et de sécuriser l’approvisionnement en produits pétroliers. Selon les prévisions du gouvernement, le raffinage du brut de Sangomar pourrait couvrir jusqu’à 30 % des besoins nationaux en carburant dès la fin de l’année 2025.
Un impact économique et social attendu
L’exploitation du champ pétrolier de Sangomar, situé à environ 100 kilomètres au large de Dakar, est le fruit d’un partenariat entre la société australienne Woodside Energy et la Société des Pétroles du Sénégal (PETROSEN). À pleine capacité, le site devrait produire jusqu’à 100 000 barils par jour. Une partie de cette production sera désormais traitée localement, réduisant ainsi les importations de carburant et favorisant la stabilité des prix sur le marché intérieur.
«Le raffinage local constitue un levierstratégique pour la création d’emplois, la formation de compétences spécialisées et la dynamisation de l’économie», souligne Mamadou Fall, expert en énergie et consultant auprès de l’État. Les autorités espèrent également que ce tournant permettra de capter une plus grande part des revenus issus de l’exploitation pétrolière et d’alimenter les fonds souverains dédiés aux projets d’infrastructures et au développement durable.
Des défis à relever
Si cette première cargaison marque un succès symbolique, plusieurs défis restent à surmonter. La modernisation des infrastructures de raffinage, en particulier la raffinerie de la Société Africaine de Raffinage (SAR), est essentielle pour absorber et transformer efficacement le brut national. Des investissements supplémentaires seront nécessaires pour augmenter la capacité de raffinage et garantir un approvisionnement continu en produits pétroliers de qualité.
En outre, la gestion transparente des revenus pétroliers demeure une préoccupation majeure pour la société civile. Plusieurs organisations plaident pour une meilleure redistribution des richesses issues de l’exploitation des hydrocarbures afin d’améliorer les secteurs clés comme la santé, l’éducation et les infrastructures sociales.
Une ambition régionale affirmée
Au-delà de ses frontières, le Sénégal aspire également à devenir un acteur majeur du marché pétrolier ouest-africain. Le raffinage local pourrait à terme permettre d’exporter des produits pétroliers transformés vers les pays voisins, renforçant ainsi l’intégration économique régionale
«Ce premier raffinage local est plus qu’une simple étape technique : c’est le signal d’un avenir où le Sénégal maîtrise ses ressources et joue un rôle de premier plan sur la scène énergétique régionale», conclut un responsable de PETROSEN.
Avec cette avancée, le Sénégal s’inscrit dans une dynamique de transformation économique profonde, plaçant ses ressources pétrolières au cœur de ses ambitions de développement et de souveraineté énergétique.
AXIAN PRÉPARE SON OFFENSIVE CONTRE ORANGE ET WAVE
Le groupe malgache, qui a pris le contrôle total de l'opérateur Yas (ex-Free Sénégal), prépare des acquisitions stratégiques. La bataille pour conquérir le marché sénégalais des services financiers mobiles s'annonce féroce
(SenePlus) - Face à la concurrence sur le marché sénégalais des services financiers mobiles, le groupe malgache Axian Télécom met en place une stratégie ambitieuse pour redresser ses activités fintech dans le pays. Selon Jeune Afrique, l'entreprise dirigée par Hassanein Hiridjee cherche à se démarquer par des acquisitions stratégiques et des services ciblés pour s'imposer face aux géants du secteur.
Présent dans cinq pays africains sous les marques Yas pour les services télécoms et Mixx by Yas pour les activités fintech, Axian Télécom a l'intention de poursuivre son expansion. D'après JA, alors que ses opérations à Madagascar, aux Comores, en Tanzanie et au Togo sont majoritairement rentables, le groupe dirigé depuis août 2024 par Hassan Jaber concentre désormais ses efforts sur le redressement de ses activités financières au Sénégal.
Le marché sénégalais est actuellement dominé par deux acteurs majeurs : Orange, via sa filiale locale Sonatel, et la start-up américaine Wave. Face à cette concurrence, Axian prépare une nouvelle offensive. Comme l'explique à Aau magazine Erwan Gelebart, responsable Open Innovation & fintech du groupe Axian, rencontré à Barcelone lors du Mobile World Congress : « Un bilan a été établi, une nouvelle stratégie a été mise en place et de nouveaux services sont à développer ».
Présent au Sénégal depuis 2019 où il détenait 40% de Free Sénégal, le groupe malgache a renforcé sa présence en 2023 en acquérant 40% supplémentaires, prenant ainsi le contrôle de l'opérateur. Rebaptisé Yas, celui-ci propose désormais divers services financiers via son application Mixx by Yas et se trouve actuellement en phase de réinvestissement.
« En parallèle à nos opérations grand public, nous travaillons à une offre dédiée aux TPE avec des services adaptés à leurs besoins », précise Erwan Gelebart à Jeune Afrique, soulignant l'importance des très petites entreprises dans l'économie africaine.
Conscient de la difficulté à concurrencer directement Orange et Wave sur le mobile money traditionnel, Axian mise sur d'autres produits financiers et services pour percer sur le marché sénégalais. Dans cette optique, JA rapporte que la branche fintech du groupe malgache travaille sur une nouvelle transaction lui permettant de consolider ses opérations en Afrique de l'Ouest francophone, particulièrement au Sénégal.
Selon Erwan Gelebart, Axian recherche « les start-up avec un chiffre d'affaires de quelques millions de dollars, proches du seuil de rentabilité et dont les fondamentaux économiques sont solides ». L'investissement prévu serait de « quelques dizaines de millions de dollars », avec actuellement trois dossiers à l'étude.
La branche fintech du groupe mise notamment sur le segment BtoB avec son service FlexPay, destiné aux entreprises structurées pour simplifier leurs opérations financières avec employés, fournisseurs et partenaires.
Un autre axe important de développement est la carte Mastercard prépayée, rattachée au portefeuille électronique des clients de Mixx by Yas. Ce service, selon Jeune Afrique, permet de réaliser des achats en ligne, de voyager et d'effectuer des transactions dans plus de 210 pays à travers le monde.
« La carte Mastercard a été un gros pari et les premiers résultats sont encourageants », affirme Erwan Gelebart. « L'un de nos enjeux pour 2025 est de réussir à changer de dimension sur l'adoption de l'application », ajoute-t-il, évoquant des campagnes ciblées, des promotions et des offres de cashback pour atteindre cet objectif.
En parallèle, Axian travaille également à renforcer la gouvernance de sa branche fintech, notamment via l'arrivée d'administrateurs indépendants, et à structurer ses équipes pour soutenir cette croissance.