« On est actuellement dans le temps de la consécration de la femme, donc de la jeune fille. Et il est heureux que le gouvernement ait décidé, à travers le ministère de l’Education nationale, de s’occuper davantage des jeunes filles, concernant leur environnement de scolarité, des programmes, des politiques publiques concernant cette cible-là », a affirmé, hier, le Professeur Ndioro Ndiaye, lors de la Journée nationale de l’éducation des filles. Offerte en modèle de réussite aux jeunes filles à l’occasion, Mme Ndiaye a souligné que cette cible est fondamentale, parce que c’est l’avenir du pays.
« Il est important de mentionner que nous avons fait des progrès indéniables ce demi-siècle passé, dans le cadre de la promotion de la jeune fille. Parce que tous les bailleurs de fonds, toutes les structures qui s’occupent du développement, s’intéressent à cette cible-là, et dans tous les pays du monde. Et le Sénégal a bénéficié de cette disponibilité », a-t-elle affirmé.
Cependant, note-t-elle, si l’Etat n’anticipe pas sur la dominance des filles dans les structures scolaires, il peut se poser une question de déséquilibre au sein de la population.
« Autant les garçons sont en avant actuellement, dans le moyen, dans l’élémentaire et surtout à l’université, dans le supérieur, les filles ont fait des pas de chair. Et non seulement elles sont nombreuses maintenant à atteindre le stade où elles peuvent compétir et réussir les examens et dans ces compétitions, elles sortent les meilleures. Alors il faut quand même faire attention, créer une balance et un équilibre », signale-t-elle.
Elle estime qu’il faut des structures de réflexion qui anticipent ce type de problème. « Parce que c’est vrai, maintenant les choses vont être prises en charge ou sont déjà prises en charge. On va accélérer le rythme et améliorer les investissements qu’on y fait. Mais, au bout du compte, il faut éviter que nous réglions un problème pour en créer d’autres par ailleurs. Parce que chaque groupe a un rôle à jouer et devrait le jouer pour que l’on puisse espérer avoir à la fin quelque chose de concret qui puisse améliorer les conditions de développement de notre pays », insiste l’ancien ministre sous le régime socialiste.
Pr Ndioro Ndiaye invite les autorités à équiper aussi les écoles et centres de formation de réseaux d’addiction à l’eau potable et aussi de toilettes aussi bien pour les filles que pour les garçons.
CES OBSTACLES A L’EDUCATION DES JEUNES FILLES A ZIGUINCHOR
L’académie de Ziguinchor a enregistré l’année dernière un taux de déperdition scolaire de l’ordre de 10 % chez les filles, dont l’éducation est freinée par la problématique épineuse des grossesses et mariages précoces
L’académie de Ziguinchor a enregistré l’année dernière un taux de déperdition scolaire de l’ordre de 10 % chez les filles, dont l’éducation est freinée par la problématique épineuse des grossesses et mariages précoces, mais aussi par les nombreux cas de violences subies par ces filles en milieu scolaire.
En 2022, Ziguinchor, l’une des régions les plus scolarisées du pays, a enregistré un bond en avant dans le secteur de l’éducation. Du Certificat de fin d’études élémentaires (Cfee) au Bac général, en passant par le Brevet de fin d’études moyennes (Bfem) et le Bac technique, l’académie de la capitale régionale du Sud s’est très bien illustrée. Elle a ainsi décroché la première place au niveau national pour l’examen du Cfee, avec un taux de réussite de 88,04 %.
Malgré ce progrès qualitatif, la région fait face à des difficultés pour maintenir ses filles à l’école. De jeunes apprenantes, parfois brillantes dans les classes antérieures, se retrouvent rattrapées par un fléau persistant : la déperdition scolaire. Dans cette académie, le taux est estimé à 10 %, ce qui reste relativement faible.
Chargée du Genre à l’Inspection d’académie de Ziguinchor, Siga Diouf Fall indique que cette contrainte majeure empêche les filles de dévoiler pleinement leur potentiel. Leur éducation, affirme-t-elle, est entravée par les nombreuses grossesses précoces et les mariages d’enfants.
« Ce jeudi 9 janvier, le ministère de l’Éducation nationale célèbre la journée nationale de l’éducation des filles. C’est une occasion de faire le point au niveau national et dans les académies. Ici, à Ziguinchor, nous nous réjouissons des avancées notables dans le domaine de l’éducation des filles. Notre combat actuel est de garantir le maintien et la réussite des filles à l’école », confie-t-elle au Soleil.
Le combat est perpétuel. Les défis sont immenses. Le challenge est de taille. Et la chargée du Genre à l’IA de Ziguinchor en est consciente. Pour y parvenir, elle souligne l’impérieuse nécessité de développer des stratégies efficaces pour éliminer tous les obstacles qui menacent le parcours des filles. « La synergie d’action entre les différents acteurs et partenaires nous a permis de dépasser le cap de la scolarisation. Et pour atteindre cet objectif, il nous faut lutter contre les grossesses précoces, les mariages d’enfants et les violences en milieu scolaire », insiste Mme Fall, rappelant que l’heure est venue de guider les filles vers les filières scientifiques et techniques.
Elle salue également l’organisation du concours régional « Miss maths et Miss sciences », qui ne cesse de susciter une saine émulation parmi les filles, leurs parents et les chefs d’établissements, qui accordent désormais une importance capitale aux disciplines scientifiques et techniques.
La percée des jeunes filles
L’académie de Ziguinchor est souvent citée en exemple pour l’éducation des filles. Depuis quelques années, ce sont elles qui redonnent la dignité à toute la région. Elles ont permis à Ziguinchor de renouer avec les mentions, notamment dans les filières scientifiques. En 2021, dans toute l’académie, il n’y avait qu’une seule mention « Très bien ». Cette distinction a été attribuée à Safiétou Diallo, élève du lycée technique excellence de Diourbel. Cette élève de la série S2, qui a composé au lycée Djignabo Bassène de Ziguinchor, a sauvé l’honneur de la région, en quête de mentions dans les séries scientifiques.
Une année plus tard, Aissatou Tabaski Fall a décroché le Bac avec la mention « Très bien » en S1, une ancienne élève du lycée Djignabo Bassène, avec une moyenne de 17,26/20. C’était une première depuis plusieurs années. En plus de Mlle Fall, Aissatou Sané, élève au lycée Djignabo, a également obtenu la mention « Assez bien » en S1.
Cependant, le défi demeure le maintien des filles à l’école. Aujourd’hui, Siga Diouf Fall précise que les acteurs du système éducatif ziguinchorois sont déterminés à faire de ce vœu une réalité dans les années à venir. Elle se félicite des dispositifs inclusifs déjà mis en place dans l’académie pour résoudre de manière définitive l’équation du maintien des filles à l’école.
Elle rappelle également que des cellules « genre » sont implantées dans chaque établissement, de l’élémentaire au secondaire. En plus du soutien des cellules féminines, la chargée du Genre à l’IA de Ziguinchor souligne que le Réseau des femmes enseignantes œuvre à travers son plan d’action annuel pour développer des stratégies visant à favoriser la réussite des filles à l’école. Selon Mme Fall, leur réussite et leur maintien « passent par des renforcements de capacités en leadership, avec un accent particulier sur l’accompagnement des filles vulnérables, grâce à un système de référencement pour une prise en charge holistique ».
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QUAND LES SERVIETTES HYGIENIQUES DÉRÈGLENT LES FEMMES
Les serviettes hygiéniques sont souvent utilisées comme solutions pour gérer ce flux et permettre aux femmes de traverser cette période plus sereinement. Cependant, leur usage n’est pas sans risque pour l’hygiène menstruelle
Les règles, ou menstrues, s’accompagnent d’un écoulement mensuel de sang chez les femmes. Les serviettes hygiéniques sont souvent utilisées comme solutions pour gérer ce flux et permettre aux femmes de traverser cette période plus sereinement. Cependant, leur usage n’est pas sans risque pour l’hygiène menstruelle.
Chaque mois, Fama Ndao accueille ce qu’elle appelle des « invités particuliers ». Habituée à leur arrivée, elle sait « comment les gérer depuis leur première apparition ». Les serviettes hygiéniques se sont imposées comme ses alliées. Avec la candeur d’une enfant, cette juriste d’une trentaine d’années avoue les utiliser sans trop y réfléchir. Elle admet néanmoins stresser davantage à l’idée d’avoir ses règles qu’au sujet des protections qu’elle utilise. « Je ne me pose pas de questions sur les serviettes hygiéniques car je suis obligée de les utiliser », confie-t-elle. Le manque d’informations sur ces produits la pousse à les employer en toute confiance. Elle précise que sa protection périodique est de qualité et absorbante, ce qui suffit à la rassurer. « Je me sens en sécurité et je préfère éviter les doutes », dit-elle, bien que son ton laisse percevoir un manque de conviction.
C’est également le cas de Coumba Diop. Cette jeune femme avoue ne pas porter une attention particulière aux protections qu’elle utilise. Elle affirme se sentir « bien » et ne nourrit aucun doute à leur sujet.
Khady Gueye, quant à elle, privilégie les achats de serviettes hygiéniques dans les supermarchés, estimant que cela est plus sûr que dans les boutiques de quartier. « Je les utilise depuis l’adolescence, et cela ne m’a jamais posé problème », affirme cette jeune femme au teint ébène et de taille moyenne.
De son côté, Safietou Cissé achète ses serviettes hygiéniques chaque 15 du mois chez le boutiquier du coin. L’arrivée de ses règles s’accompagne de maux de ventre et de courbatures, qu’elle soulage à l’aide de calmants. Cependant, ses protections périodiques restent incontournables pour gérer cette période. Elle avoue ne pas prêter attention à leur composition ou à leurs caractéristiques. « Je ne regarde pas trop, je me base juste sur l’avis des gens », reconnaît-elle. Pourtant, la jeune femme de 20 ans confie ressentir des irritations et un certain inconfort durant les dix premières minutes d’utilisation. « C’est des choses qui m’arrivent souvent, mais j’ai appris à m’adapter avec le temps », explique-t-elle avec détachement.
Protections périodiques : des risques sanitaires à ne pas négliger
Les protections périodiques, bien qu’essentielles pour le confort et l’hygiène des femmes, ne sont pas sans risques, selon Dr Aliou Cissé, gynécologue au Centre de santé Mame Abdou des Parcelles Assainies. Il souligne que la question de la propreté est cruciale, car une mauvaise utilisation peut entraîner des infections génitales.
« Il est important de changer les serviettes hygiéniques toutes les 4 à 6 heures afin d’éviter les irritations et d’utiliser des protections propres et bien absorbantes », recommande le spécialiste.
Dr Abdoulaye Diop, également gynécologue, abonde dans le même sens : « Les risques sanitaires liés aux serviettes hygiéniques dépendent de leur utilisation. Il n’est pas recommandé de les porter pendant de longues heures. »
Concernant les serviettes hygiéniques lavables, Dr Diop met en garde contre les dangers liés à leur propreté. « Si elles ne sont pas correctement nettoyées, elles peuvent devenir des vecteurs d’infections ou provoquer un choc toxique. Ce dernier est causé par une bactérie appelée staphylocoque, bien que ce soit un phénomène très rare », précise-t-il.
Entre irritations, démangeaisons et inconfort
« Je n’utilise pas n’importe quelle serviette hygiénique car j’ai souffert de démangeaisons et d’irritations », affirme Bineta Ba. Elle avoue ressentir une gêne et se méfier des protections périodiques. Les appréhensions sont similaires pour Mamy Leye, une ménagère qui déclare ne pas se sentir à l’aise avec ces produits. « J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de produits chimiques dans les serviettes hygiéniques », dénonce-t-elle.
Maimouna Gningue, une jeune femme de 23 ans, souffre également d’irritations, ce qui l’amène à choisir soigneusement ses protections. « Je me demande toujours si c’est sûr », confie-t-elle, tout en exprimant des doutes sur le processus de fabrication de ces produits.
Ndeye Bineta Gaye, quant à elle, se montre particulièrement exigeante. « Je vérifie toujours la longueur, la capacité d’absorption et la qualité de la serviette hygiénique », explique-t-elle. Comptable de profession, elle raconte avoir vécu des expériences désagréables avec certaines protections, qui lui ont causé des démangeaisons. Depuis, elle se montre méfiante à leur égard.
Serviettes hygiéniques : quelles alternatives ?
Fabienne Faye a longtemps souffert d’irritations dues à l’utilisation de serviettes hygiéniques jetables, allant jusqu’à développer des éruptions cutanées en fin de règles. Ces désagréments l’ont poussée à rechercher la cause de ses irritations. De fil en aiguille, elle s’est intéressée aux protections menstruelles alternatives. Avec le soutien de sa mère, elles ont décidé de promouvoir un retour aux sources.
« À l’époque, nos grands-mères utilisaient des morceaux de tissu durant leurs règles, et elles n’ont jamais eu de problèmes d’irritations ou d’autres soucis liés aux perturbateurs endocriniens », explique Fabienne. C’est ainsi qu’en 2020, elles ont lancé un projet pour répondre aux besoins des femmes modernes tout en valorisant des pratiques plus saines et écologiques.
Moony Africa : une révolution locale des protections menstruelles
Créée en décembre 2020, Moony Africa s’est donné pour mission d’accompagner les femmes à chaque étape de leur vie, de l’adolescence à la ménopause. « Nous proposons des protections réutilisables, saines et économiques : une excellente alternative aux protections jetables, non biodégradables et toxiques », explique Fabienne Faye, fondatrice de l’entreprise.
Moony Africa propose des culottes menstruelles fabriquées au Sénégal et des cups menstruelles. Les culottes, vendues entre 12 500 FCFA et 13 500 FCFA, offrent une solution pratique, durable et confortable. En partenariat avec Apiafrique, l’entreprise propose également des serviettes menstruelles lavables, qui constituent une autre option écologique pour les femmes.
Apiafrique : le textile au service de l’hygiène
Basée à Ngaparou, Apiafrique se spécialise dans la conception, la fabrication et la distribution de produits d’hygiène textile réutilisables. « Nos serviettes sont écologiques, absorbantes et sans produits chimiques », précise Fatima Aidara Gueye, responsable commerciale.
Elle souligne qu’une femme utilise environ 8 000 protections périodiques au cours de sa vie, ce qui représente une tonne de déchets non biodégradables. « Ces déchets mettent 450 ans à se décomposer et contiennent jusqu’à 50 produits chimiques différents », alerte-t-elle.
Les serviettes hygiéniques lavables d’Apiafrique, proposées entre 1 500 FCFA et 3 500 FCFA, peuvent être utilisées jusqu’à 400 fois et ont une durée de vie de 2 à 5 ans.
Les tissus d’un autre temps
Avant l’apparition des serviettes hygiéniques jetables, les tissus étaient la seule solution pour gérer les règles. Mounass Gueye, 54 ans, se souvient bien de cette époque. Elle utilisait de vieux pagnes qu’elle lavait, découpait en morceaux et pliait pour les utiliser tout au long de la période.
« Après le bain, je lavais ces morceaux et je les faisais sécher au soleil », se remémore-t-elle. La couturière veillait à changer ses tissus fréquemment pour garantir une hygiène irréprochable. « J’avais pris l’habitude d’en faire usage, et cela ne me dérangeait aucunement », raconte-t-elle.
L’arrivée des protections modernes a néanmoins facilité la vie de Mounass et de nombreuses femmes de sa génération. « J’ai appris à les utiliser et j’ai montré à mes filles comment surmonter cette période en toute discrétion », conclut-elle avec satisfaction.
Protections périodiques : une diversité au service des femmes
Les protections périodiques évoluent et se diversifient avec l’arrivée de nouveaux produits sur le marché, tels que les coupes menstruelles, les tampons ou encore les culottes menstruelles, pour le plus grand bonheur des usagères.
La coupe menstruelle : pratique et économique
La coupe menstruelle, ou cup, est un dispositif de protection hygiénique féminine en forme de petit entonnoir aux bords arrondis, souvent terminé par une tige. Placée à l’intérieur du vagin, elle permet de recueillir le flux menstruel. Une fois insérée, la coupe peut être conservée jusqu’à quatre heures avant d’être vidée, rincée et réutilisée. Elle peut contenir entre 10 et 30 ml de fluides.
Marième Soda Sarr, mère de famille, utilise la coupe menstruelle depuis plusieurs années et en vante les bienfaits. Elle explique avoir adopté ce type de protection après l’avoir reçue en cadeau d’une amie. « Les serviettes m’irritent, mais la coupe est top. Tu oublies même que tu es en période », confie-t-elle. Marième, responsable dans une petite entreprise, se dit particulièrement à l’aise avec la coupe menstruelle, notamment parce qu’elle se remplit lentement et offre une grande autonomie. Elle a acheté sa coupe entre 13 000 FCFA et 16 000 FCFA.
Les tampons : une discrétion appréciée
Le tampon hygiénique est une protection intime insérée pour absorber le flux menstruel. Il est composé d’une partie centrale absorbante, d’une fine couche extérieure facilitant l’insertion et le retrait, et d’une cordelette pour le retirer. Les tampons doivent être changés toutes les quatre heures pour éviter tout risque d’infection.
Aldiouma Diop utilise des tampons depuis 2005, après avoir abandonné les serviettes hygiéniques qui lui provoquaient des irritations et des petits boutons. « Après les règles, j’avais toujours des petits boutons dans mes parties intimes », raconte-t-elle. Assistante de direction, Aldiouma trouve les tampons efficaces et confortables, en plus d’être discrets.
Les culottes menstruelles : une solution innovante
« J’ai découvert le concept de la culotte menstruelle en 2018, et j’ai trouvé cela génial », déclare Marie Pauline, fondatrice de la marque sénégalaise Melanin Secrets. Convaincue par le potentiel de ce produit, elle a vu dans les culottes menstruelles une réponse aux nombreux tracas associés aux règles, comme le stress lié aux fuites.
Après près de deux ans de recherches, Marie Pauline a lancé sa propre marque, offrant une solution réutilisable avec une durée de vie comprise entre 3 et 5 ans. Ces culottes sont pensées pour combiner confort, absorption et durabilité.
Dieynaba Diop, utilisatrice convaincue, a découvert les culottes menstruelles sur les conseils d’une amie vivant à l’étranger. Depuis, elle ne peut plus s’en passer. « C’est une aubaine pour moi : elles sont confortables et hyper absorbantes », affirme-t-elle. Dieynaba a acheté ces protections pour 15 000 FCFA l’unité et se dit entièrement satisfaite.
L’AUGMENTATION INQUIÉTANTE DES VIOLS
Des écoles coraniques aux quartiers résidentiels, aucun lieu ne semble épargné par ce fléau. L'histoire de la petite Diary Sow à Malika, comme celle d'Awa Barry à Joal-Fadiouth, témoigne de l'inefficacité des mesures répressives
Les cas de viol sont patents au Sénégal. Pour dissuader les bourreaux, l’Etat a corsé les sanctions, avec l’adoption de la loi criminalisant le viol et la pédophilie. Malgré ces mesures draconiennes, les viols, les uns plus odieux que les autres, font légion dans le pays.
1er janvier 2024. Malika, dans la banlieue dakaroise, est consternée et terrifiée. Ce coin naguère paisible donne l’air d’un désert sombre habité par le chagrin. Le viol suivi du meurtre de Diary Sow, une fillette âgée de 12 ans, la veille, a plongé ce populeux quartier de Keur Massar dans la douleur et la tristesse. Les populations alarmées gémissent de douleurs et de pleurs. Malika reste groggy. La perte tragique de cette enfant partie à la fleur de l’âge plonge les habitants de cette localité dans l’amertume. C’est, dans la nuit du 31 décembre 2024 au 1er janvier 2025, que le drame s’est produit. Alors que les Dakarois célébraient le nouvel an à coups de feux d’artifice, Malika était enveloppée par une ombre sinistre née d’un viol suivi de meurtre.
Selon les premiers éléments de l’enquête ouverte par la gendarmerie, la victime a été retrouvée morte, son corps sans vie placé dans la salle de bain d’une concession voisine. L’enquête renseigne que ce crime odieux est un viol qui a mal tourné. L’auteur présumé, un voisin, a déjà reconnu les faits devant les enquêteurs. Ce viol est le énième qui a plongé le pays dans l’émoi et la consternation. Déjà, au mois de décembre 2024, une autre affaire de viol suivi de grossesse avait défrayé la chronique à Joal-Fadiouth, commune du département de Mbour, située à 100 km au sud de Dakar. Awa Barry (un pseudonyme), une fillette de 9 piges, était tombée enceinte, après avoir été abusée par son maître coranique. Ce cas emblématique de la pédocriminalité commise en milieu religieux a été révélé lors d’une émission télévisée, au mois de novembre 2024.
Cette histoire avait sidéré les Sénégalais et remis au goût du jour les nombreux cas de viol qui foisonnent dans les milieux à connotation religieuse où ce sujet était considéré comme tabou. Dans cette affaire, c’est Awa Barry qui a dénoncé les agissements de son professeur Aliou S., après quatre mois de calvaire. Inscrite en classe de Cm2, elle suivait des cours coraniques particuliers auprès de cet enseignant, quadragénaire, veuf et père de « grands enfants ». Un religieux mis en cause à Touba Par ses connaissances religieuses, celui-ci s’était fait un nom dans le voisinage et presque tout le monde allaient apprendre le Coran à son domicile. Mais c’est en début novembre que le mythe est tombé comme un château de cartes. Après un malaise, une échographie révèle que Awa Barry est enceinte.
Face à ses parents, elle s’effondre et révèle les sévices imposés par son maître depuis des mois. « A la fin des cours particuliers, il lui demandait de rester pour l’aider à faire certaines tâches ménagères. Puis, il lui faisait boire une eau qu’il disait bénite pour améliorer la mémoire de l’enfant. Une fois droguée, il la violait», avait rapporté le commandant-major Diabang de la gendarmerie de Joal-Fadiouth où la famille de la victime avait porté plainte. A Touba, 27 jeunes filles avaient accusé leur maître coranique, apparenté à une puissante famille maraboutique, de viols répétés. Le mis en cause, un nommé Serigne Khadim Mbacké, est depuis incarcéré dans l’attente de son procès.
C’est après plusieurs semaines de fuite que le présumé coupable s’est présenté lui-même à la police de Touba. D’ailleurs, un responsable de la police renseignait que le violeur présumé « a été arrêté après s’être présenté lui-même à la police. Après un interrogatoire, il a été mis à la disposition de la gendarmerie. Il était en cavale ». Cette affaire a été ébruitée à la suite d’une plainte de victimes, « jugées mineures » ayant produit des certificats médicaux. L’école coranique, où l’on dispensait des enseignements autour de l’Islam a été fermée, selon la presse locale, indiquant que l’affaire a éclaté quand une des filles a refusé de retourner à l’école parce que le maître coranique « entretenait avec elle et toutes les autres filles des rapports sexuels ». Le comble, c’est que ce cas de viols répétés a été dévoilé quelques jours avant la fin du ramadan 2023.
LE DURCISSEMENT DE LA LOI N’ENDIGUE LES VIOLS
Les chiffres et les faits divers tragiques qui continuent d'émailler l'actualité témoignent d'une réalité implacable : les femmes et les filles sénégalaises restent des proies pour les prédateurs sexuels
En décembre 2019, l’Assemblée nationale votait à l’unanimité la loi criminalisant le viol et la pédophilie. Les acteurs de la société, notamment les défenseurs de la cause féminine, fondaient beaucoup d’espoir sur cette loi qui a été promulguée par l’ancien président de la République, Macky Sall, en janvier 2020. Aujourd’hui, force est de reconnaître et de regretter qu’elle n’a pas servi à redresser la barre. Les femmes et les filles continuent d’être abusées sexuellement, parfois au prix de leur vie.
La lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) est loin d'être gagnée au Sénégal. Malgré l'existence d'une loi criminalisant le viol et la pédophilie et les nombreuses campagnes de sensibilisation, les femmes continuent de subir des violences sexuelles. Pourtant, ce fut dans un hémicycle bondé de députés tout de blanc vêtues que la loi 2020-05 portant criminalisation du viol et de la pédophilie a été votée à l’unanimité et par acclamation le 30 décembre 2019, dans l’espoir que la sévérité des peines encourues (prison à perpétuité), découragerait les prédateurs. Promulguée par l’ancien président de la République, Macky Sall, le 10 janvier 2020, cette loi n’a pas pu changer réellement la donne. Les femmes continuent d’être violées et abusées sexuellement. Rien que les cas répertoriés ces derniers temps attestent de ce mal pernicieux dans la société sénégalaise. A Malika, en pleine banlieue dakaroise, une fillette de 12 ans est morte étranglée par son bourreau dans la soirée du 31 décembre 2024. Les faits concordent sur une tentative de viol même si l’autopsie n’a conclu qu’en une mort par strangulation. A Liberté 6 extension toujours dans la capitale, une fille de 9 ans est victime d’une tentative de viol d’un homme qui voulait l’appâter avec 500 francs CFA. A Joal, une mineure est tombée enceinte après un viol. Ces cas rapportés par les médias sont peu illustratifs de la situation. Le viol est souvent caché par l’entourage de la victime. De jeunes filles continuent ainsi d’être abusées dans le silence total de leur entourage.
Qui plus est, au Sénégal, les violences sexuelles ne sont pas très souvent documentées. Cependant, selon une enquête nationale sur les femmes et les filles de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) et de ONU-Femmes publiée en novembre 2024, « au Sénégal, 17,3% des femmes âgées de 15 ans ou plus ont subi des violences sexuelles hors union au moins une fois dans leur vie. Parmi ces femmes, 14,7% étaient victimes de violences sexuelles modérées et 2,6% de violences sexuelles sévères. Chez les femmes ayant subi les violences sexuelles avant l’âge de 18 ans, la prévalence s’élève à 15,1% dont 13,5% pour des violences sexuelles modérées et 1,7% pour des violences sexuelles sévères ». Rappelons que même si elle durcit les sanctions, la loi criminalisant le viol comporte des limites selon les acteurs.
Criminalisation du viol, les limites d’une loi
Analysant la loi, Fatou Touré Thiam, chargé de programme au réseau Siggil Jiggeen, explique qu’il lui manque une appropriation communautaire. « Au-delà de son aspect juridique et coercitif, la loi est d’abord communautaire. Ça veut dire que c'est la communauté qui utilise la loi, la défend et se s'approprie. Nous avons tous constaté qu'il a manqué cette vulgarisation », regrette-t-elle. A son avis, « la vulgarisation n'a pas été très efficace ». En juillet 2023, lors d’une rencontre sur le traitement médiatique de la violence sexuelles, organisée par l’Association des juristes sénégalaises (Ajs), le juge d’instruction et formateur au Centre de formation judiciaire (Cfj), Makha Barry, avait estimé que «la principale difficulté dans l’application de la loi est d’établir s’il y avait consentement ou non de la victime». Les errements dans la chaine pénale sont aussi des pratiques qui ne garantissent pas l’établissement des faits par le juge.
Pour Makha Barry, «le viol demande des techniques spéciales d’enquêtes qui ne sont malheureusement pas maitrisées par des officiers de police judiciaire». Il trouve que «si l’on veut appliquer les techniques classiques d’interrogatoire, l’enquête passe à côté de son objectif». Dans la liste des manquements, le juge déplore aussi l’absence de dispositifs pour accueillir les victimes (présumées) de viols dans les Commissariats et Gendarmeries. L’attitude de l’enquêteur ne promeut pas aussi la mise à l’aise des victimes, surtout des mineures. Pis, les protocoles d’interviews sont parfois inexistants ; d’où la pauvreté des procès-verbaux d’interrogation. Ils ne concourent pas ainsi à étayer les faits, à la manifestation de la vérité. Les magistrats ont aussi des difficultés à interpréter les certificats médicaux. De plus, la difficulté à assoir la contrainte et la menace constituent également des problèmes pour l’application de la loi.
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AES : GARE AU SYNDROME DE LA GUINÉE DE SÉKOU !
Non seulement l’AES a le devoir de réussir dans un élan souverainiste et panafricaniste, mais doit se garder de répéter l’aventure de Sékou Touré qui a déçu les espérances en lui placées par les Africains, estime l’universitaire Maboula Soumahoro
AfricaGlobe Tv |
Fred Atayodi |
Publication 05/01/2025
L’angliciste franco-ivoirienne Maboula Soumahoro, en marge du symposium Condition Report tenu à Dakar du 18 au 21 décembre, a répondu à bâtons rompus aux questions d’AfricaGlobe TV. Parmi les sujets abordés, l’aventure de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui a claqué la porte à la CEDEAO, accusée d’avoir commis des erreurs évidentes à la suite des coups d’État survenus dans ces trois pays.
Si Maboula Soumahoro se montre très enthousiaste et en phase avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger, qui ont décidé de prendre leur destin en main, de parachever leur indépendance totale, de s’éloigner de la CEDEAO et surtout de s’affranchir du joug colonial de la France, la chercheuse exprime une attente claire : elle espère absolument que ces trois pays réussiront de manière exemplaire et inspirante. Elle souhaite qu’ils obtiennent des résultats concrets et ouvrent la voie à un avenir meilleur dans leur élan souverainiste et indépendantiste.
Cependant, Maboula met en garde contre tout échec des dirigeants Assimi Goïta (Mali), Ibrahim Traoré (Burkina Faso) et Abdourahmane Tiani (Niger), un échec qui pourrait rappeler, à bien des égards, la Guinée de Sékou Touré.
Leader panafricaniste et anti-impérialiste guinéen, Ahmed Sékou Touré a, dès 1958, exigé l’indépendance vis-à-vis de la France. Cependant, il n’a pas pu réaliser tout ce qui était attendu de lui par les Guinéens et les Africains, en partie à cause de la répression exercée par la France de De Gaulle. Par exemple, la France a saboté la monnaie guinéenne, une réaction aux ambitions audacieuses de Sékou Touré. Pendant ce temps, la majorité des anciennes colonies africaines avaient choisi de rester dans la communauté française.
Globalement, Maboula Soumahoro, enseignante de culture et civilisation anglaises, spécialiste de la diaspora noire africaine et maître de conférences à l’Université de Tours (France), estime qu’« il est toujours bon, normal de claquer la porte à la France ».
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
SAISONS DE FEMMES DE RABY SEYDOU DIALLO OU L’HÉRITAGE MATRILINÉAIRE AFRICAIN
EXCLUSIF SENEPLUS - L'auteure compose ici un roman imaginatif, singulier. C’est aussi un roman de la créativité et de la beauté africaine qui chemine sur les voies de l’espérance et qui égrène les saisons de nos imaginaires
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
Le roman, qui est une reconstruction du réel travers la fiction, est aussi un espace littéraire où l’histoire sociale et les fondements d’une civilisation peuvent se croiser pour former une sorte d’authenticité, composée et remise en scène pour les besoins du récit. Cette alliance subtile, qui demeure un exercice difficile, peut servir à assurer la transmission d’un idéal et d’une culture qui porte des valeurs universelles.
C’est, semble-t-il, le cas du premier roman Saisons de femmes de Raby Seydou Diallo qui nous invite à explorer le théâtre de la vie des femmes dans la société sénégalaise contemporaine. Sociologue travaillant sur la condition féminine au Sénégal, Raby Seydou Diallo laisse entendre, en toute liberté, la voix des femmes avec une justesse qui s’appuie à la fois sur la tradition et sur l’évolution mOderne. Elle dresse le portrait de plusieurs femmes liées par leur destin familial, avec ses joies et ses épreuves. La généalogie ici racontée est celle de Tante Mina, de sa fille Couro et de Olel, la petite fille. L’analogie qui les unit semble être la transmission culturelle avec des nuances qui s’inscrivent dans les époques traversées par les héroïnes. Le roman débute par le récit d’Olel, orpheline de mère, qui a immigré au Canada et qui aspire à être scientifique.
Par un truchement temporel, on suit ensuite l’histoire de la rencontre de ses parents quelques années auparavant au Sénégal, un amour entier et épanouissant qui conduit le couple sur la voie du partage et du bonheur, inspiré par la tradition et la modernité. Couro, la mère d’Olel, est une femme de caractère qui fait des études de sociologie. Elle rencontre Birane à l’université et ensemble ils décident de se marier et de fonder une famille. Tante Mina, la mère de Couro, assure la transmission féminine à ses filles avec un mélange d’éducation surannée mais totalement ouverte sur les évolutions des nouvelles générations. La cérémonie de mariage de Couro et de Birane est racontée comme une épopée qui tient compte des rituels qui unissent les deux familles. Mais le bonheur est de courte durée puisque Couro, malade, décède peu de temps après avoir donné naissance à Olel. Birane, aidé de sa belle-famille, assure seul l’éducation de sa fille, refusant même de se remarier. Et avec toutes les complications que cela implique. Il faut attendre toutefois la fin du roman pour y trouver un dénouement inattendu.
Dans ce récit dédié à la place prépondérante des femmes dans la société africaine, les hommes sont présents mais comme en arrière-plan. L’auteure y inverse parfois les relations, comme pour inviter le lecteur à réfléchir aux idées reçues qui placent l’homme dans une situation de domination. La tradition matrilinéaire de la société sénégalaise retrouve ici son récit narratif dans un espace contemporain. Il faut dire que les femmes du récit sont particulièrement épanouies, femmes au foyer mais également intellectuelles ou artistes, elles ont des idées progressistes sans tout révolutionner. Elles possèdent l’intelligence et la beauté de leur éducation et de leur aspiration.
Il y a dans le développement des personnages des significations culturelles de la communauté peule, notamment, et de l’héritage des valeurs. On peut parfois y lire l’aspect pédagogique du conte qui est là pour assurer la succession traditionnelle mais sans enfermement, ni rigidité. Plusieurs questions sont soulevées, celle du mariage mixte, de la religion, de la politique, de l’entreprenariat des femmes, avec Nafissatou notamment qui décide de quitter sa vie en France pour investir dans une ferme au Sénégal, des femmes dans les villages qui créent, qui inventent des modes de vie qui s’adaptent aux exigences contemporaines, de la féminité, de la virilité, de la mort, de la polygamie avec son lot de contradictions, de la confrontation des castes sociales mais tout cela sans tabou et sans atermoiement.
De même, les passages du journal de Couro, quand elle est scolarisée au lycée Mariama Ba sur l’île de Gorée, est très éloquente. On y apprend la rigueur de l’enseignement et l’excellence qui forment communauté pour ces jeunes femmes venues de tout milieu social, et qui par l’école, peuvent réaliser leur rêve d’émancipation et de réussite sociale. Raby Seydou Diallo y a d’ailleurs fait son cursus avant de devenir universitaire et sociologue.
Ainsi, dans ce premier roman, les codes sont souvent balayés, au profit d’une certaine humanité qui ne calcule pas mais qui dicte naturellement la condition de chacun avec une certaine délicatesse et une bonne dose d’humour.
À partir d’une composition romanesque hétéroclite et surprenante, Raby Seydou Diallo réussit le pari de faire cohabiter des sujets de société et une intrigue qui ne laisse pas supposer le rebondissement final. L’écriture narrative est un mélange de construction classique, inspirée des contes et quelque fois du théâtre dans les confrontations orales et les dialogues. Avec le journal de Couro, on plonge dans une forme littéraire qui est celle de la confession réaliste tout en produisant un effet sensible. Les points de vues de la narration sont multiples et dessinent la complexité des relations humaines tout en favorisant le dialogue de manière symbolique, en réfutant la binarité du féminin et du masculin.
Raby Seydou Diallo compose ici un roman imaginatif, singulier et qui a la force d’un message social et culturel. L’héritage traditionnel épouse toutes les conventions humaines et prend sa place dans l’univers moderne. C’est aussi un roman de la créativité et de la beauté africaine qui chemine sur les voies de l’espérance et qui égrène les saisons de nos imaginaires.
Voile, vêtements amples, précautions infinies : rien n'y fait. Comme des milliers de Sénégalaises, Lissa Diop subit le harcèlement au quotidien. Et quand les victimes osent parler, c'est souvent pour s'entendre dire qu'elles l'ont bien cherché
(SenePlus) - "Notre habillement, nos précautions, notre voile, cela ne suffit pas." Cette phrase, comme un cri du cœur, résume le désarroi des femmes sénégalaises face au harcèlement sexuel. Une enquête menée par La Maison Des Reporters révèle l'ampleur d'un phénomène systémique qui gangrène la société, des rues de Dakar aux transports en commun.
Le quotidien de la peur
Le 7 février 2022, alors que le Sénégal célébrait sa première victoire en Coupe d'Afrique, Lissa Diop vivait l'enfer. Cette responsable de communication se souvient avec précision de son agression : "Au début, je pensais que c'était juste un vol. Mais ils ont commencé à déchirer mes vêtements, certains à toucher mon corps." Pratiquante de boxe, elle a tenté de se défendre : "Je vais beaucoup taper, beaucoup mordre [...] mais cela devient violent, il y a des coups qui viennent de partout."
Dans les transports en commun, principaux moyens de déplacement au Sénégal, la situation est particulièrement alarmante. Qu'il s'agisse des bus "Tata", des cars rapides ou des "clandos", les témoignages se multiplient. Fanta Ndiaye, étudiante en médecine de 21 ans, raconte une expérience traumatisante : "J'étais étonnée et dégoûtée ; je suis restée une vingtaine de minutes à regarder ces gouttelettes de sperme sur mes chaussures en me demandant comment nettoyer ce ramassis de saleté."
La double peine des victimes
Le récit de Mame Sega Lo, étudiante en master d'anglais, illustre un autre aspect du problème : la culpabilisation des victimes. Après avoir été agressée dans un bus avec ses sœurs, elle raconte : "Une dame dans le bus a continué à nous insulter et à nous traiter de menteuses, faisant même des remarques sur nos habits, affirmant que si nous avions été agressées, c'était de notre faute."
Cette culpabilisation est profondément ancrée, comme en témoigne Dieynaba Tall, 22 ans, agressée dans un taxi : "J'avais l'impression que c'était ma faute, que j'avais fait quelque chose pour mériter ça." Pour échapper à son agresseur qui la harcelait, elle a dû sauter du véhicule en marche.
Un cadre juridique insuffisant
Le Code pénal sénégalais, dans son article 319 bis, prévoit des peines allant de six mois à trois ans d'emprisonnement pour harcèlement sexuel. Mais comme le souligne Me Ndeye Coumba Kane interrogée par La Maison Des Reporters, cette définition reste limitée : "Le Code pénal se concentre sur le harcèlement commis par une personne ayant autorité sur la victime dans un cadre professionnel."
Les chiffres sont éloquents : selon une étude de l'Ansd de novembre 2024, 17% des femmes âgées de 15 ans ou plus ont subi des violences sexuelles hors du cadre conjugal. Pourtant, à l'Association des Femmes Juristes du Sénégal (AFJS), les cas de harcèlement déclarés ne représentent que 1% des 1 132 dossiers traités entre 2021 et début 2024.
Une société à transformer
Madjiguène Sarr, juriste à l'AFJS, pointe du doigt les racines profondes du problème : "Les violences faites aux femmes traduisent des rapports inégaux entre hommes et femmes, qui tiennent leur origine du système social basé sur le patriarcat. Ce système crée et perpétue des préjugés et stéréotypes sociaux néfastes envers les femmes."
Les solutions existent pourtant. La juriste recommande plusieurs réflexes essentiels : "Chercher des témoins, prendre des photos ou vidéos, se faire établir un certificat médical, porter plainte." Mais au-delà des procédures, c'est un changement de mentalité qui s'impose : "La société doit avoir à l'esprit qu'une victime de violences a besoin d'être crue, écoutée avec bienveillance, d'être protégée et mise hors de danger."
En attendant ce changement sociétal, les femmes continuent de subir ce fléau quotidien. Comme le résume une victime : "Notre habillement, nos précautions, notre voile, cela ne suffit pas." Une phrase qui résonne comme un appel à l'action collective pour mettre fin à ce cauchemar silencieux.
DR KOKO : UNE PERSONNALITÉ HAUTE EN COULEUR, L’AFRIQUE AU CŒUR
EXCLUSIF SENEPLUS : Afrodescendante née en Californie et résidant à Baltimore, Dr Sélassié s’est reconnectée durablement avec sa terre-mère, un continent d’où ses ancêtres furent arrachés pour être déportés dans les Amériques il y a plusieurs siècles.
Plongée dans la frénésie de la mondialisation, l’Afrique est aujourd’hui un réceptacle de multiples idéologies, philosophies et modes de vie divers. Face à ces influences qui se déversent sur le continent depuis des siècles, parfois de manière violente et accélérée par des nouvelles technologies, l’universitaire afro-américaine Dr Kokahvah Zauditu-Sélassié plaide pour la préservation de l’authenticité culturelle africaine par ses fils et filles. Affectueusement appelée Mama Koko, elle était de retour à Dakar dans le cadre de la première édition d’Africa diaspora festival ou elle a participé à un panel dont elle nous en fait le résumé.
Personnalité haut en couleur, somptueusement vêtue d’une tenue africaine assortie d’un foulard, Dr Koko a vraisemblablement un caractère bien trempée. L’Afrique au cœur, son accent français renseigne fort bien, a première vue, l’ancrage de sa culture anglophone.
Afrodescendante née en Californie et résidant à Baltimore, Dr Sélassié s’est reconnectée durablement avec sa terre-mère, un continent d’où ses ancêtres furent arrachés pour être déportés dans les Amériques il y a plusieurs siècles. Pour le Dr. Kokahvah Zauditu-Selassie, l’Afrique ne doit pas diluer sa culture dans celles des autres. Elle insiste sur l’importance de conserver une identité authentique qui s’exprime à travers l’art, la musique et les nombreuses valeurs dont le continent est dépositaire.
Dans cette même optique, elle exhorte les Africains à protéger leurs ressources naturelles et à les gérer dans l’intérêt des populations locales, plutôt que de les céder à des intérêts extérieurs qui ne se soucient que des richesses africaines, mais rarement des Africains eux-mêmes.
Depuis près de cinq décennies, Dr Sélassié a fait le choix de renouer avec l’Afrique. Chercheuse en littérature afro-américaine, elle a poussé cette quête de connexion en adoptant un nom authentiquement africain, abandonnant ainsi définitivement son nom de naissance, héritage colonial. Elle porte aujourd’hui avec fierté le nom de Dr. Kokahvah Zauditu-Selassie, en hommage à l’Éthiopie, pays riche d’une histoire et d’une culture dignes, où elle a vécu pendant plusieurs années.
Ses séjours sur le continent ne se limitent pas à l’Éthiopie. Depuis sa première visite au Sénégal, où elle a été accueillie à bras ouverts, elle revient régulièrement en Afrique, tous les deux ans au minimum. Ses pérégrinations l’ont menée dans plusieurs pays, tant anglophones que francophones, et elle projette d’explorer davantage, notamment le Bénin, une destination qui s’affirme de plus en plus sur la scène touristique grâce aux initiatives de son gouvernement visant à révéler le pays au monde.
De retour au Sénégal, Dr Sélassié participe à la première édition de l’Africa Diaspora Festival, un événement rassemblant artistes, chercheurs et acteurs de la société civile autour d’une plateforme dédiée à l’unité du continent à travers la culture et l’art. Ce festival, tenu du 18 au 20 décembre au Centre culturel Douta Seck, a proposé une riche programmation incluant des concerts, des représentations artistiques, ainsi qu’une série de panels réunissant universitaires et artistes pour réfléchir sur le rôle de la diaspora dans le développement culturel et artistique de l’Afrique.
Africa Diaspora festival a été initié par le journaliste et critique d’art Alassane Cissé, également fondateur du journal culturel Patrimoine. Interviewé en marge de l’événement tenu à la maison de la culture Douta Seck, Alassane Cissé a expliqué les objectifs du festival, qui visent à contribuer à l’unité africaine par la culture. Pour lui, a travers ce festival, il s’agit avant tout, dans la lignée de la pensée de Frantz Fanon, d’inciter sa génération de « découvrir sa mission et la remplir »
par Jaly Badiane
LETTRE OUVERTE À BASSIROU DIOMAYE FAYE
Le viol suivi de grossesse d’Awa âgée juste de 9 ans et tout récemment l'agression suivie de meurtre de Diary (12 ans) témoignent d'une réalité tragique : notre pays est à genoux face à ces fléaux
C'est avec une profonde inquiétude et un sentiment d'urgence que nous, citoyens de ce pays, nous adressons à vous aujourd'hui. Les viols et les actes de pédophilie, qui gangrènent notre société, atteignent des proportions alarmantes. Ces crimes, qui brisent des vies et menacent l'avenir de nos enfants, nécessitent des actions immédiates et déterminantes de la part des autorités, au plus haut sommet de l'État.
Chaque jour, des femmes, des jeunes filles, et des enfants tombent victimes de violences sexuelles dans l'indifférence ou le silence. Ces actes ne sont pas seulement des agressions physiques : ils sont des violations fondamentales de la dignité humaine et des droits les plus élémentaires. Le viol suivi de grossesse d’Awa âgée juste de 9 ans et tout récemment l'agression suivie de meurtre de Diary (12 ans) témoignent d'une réalité tragique : notre pays est à genoux face à ces fléaux.
Monsieur le président, dans un pays qui aspire à la justice, au progrès et à la sécurité pour tous, il est inadmissible que tant de victimes continuent de souffrir dans l'ombre, souvent rejetées par leur entourage, parfois ignorées par les institutions censées les protéger. Il est temps de rompre le cycle de l'impunité. Nous vous interpellons, Monsieur le président, pour que votre gouvernement pose des actions fortes, immédiates et visibles. Voici nos propositions :
Réforme du cadre juridique : Adopter des lois plus sévères et adaptées pour criminaliser ces actes et garantir des peines dissuasives. Il est urgent de réformer le code de la famille qui comporte des dispositions discriminatoires à l'égard des filles et des femmes. Ayant ratifié le protocole de Maputo, il est temps que nos lois soient harmonisées afin d'autoriser l'avortement médicalisé en cas de viol et d'inceste.
Ces mesures doivent prévoir un allongement des délais de prescription pour les infractions sexuelles, permettant aux victimes de porter plainte, y compris plusieurs années après les faits.
Mise en place de mécanismes de protection et d'accompagnement des victimes : Nous demandons la création de centres d'accueil spécialisés, offrant une prise en charge psychologique, juridique et médicale, ainsi que des plateformes d'alerte accessibles à tous.
Formation et sensibilisation : Les forces de l'ordre, le personnel judiciaire et les acteurs sociaux doivent être formés pour comprendre l'ampleur et la gravité de ces crimes, afin de garantir un traitement juste et respectueux des victimes.
Une campagne nationale contre les violences sexuelles : il est impératif d'éduquer nos citoyens sur ces questions, de briser les tabous et de mobiliser la société civile dans la lutte contre ces pratiques inhumaines.
Monsieur le président, l'Histoire retiendra vos actions et vos décisions dans ce combat pour l'innocence de nos enfants et la dignité de nos femmes. Votre mandat peut devenir celui d'une révolution sociale et morale, celui qui mettra fin à l'impunité et restaurera la confiance des citoyens envers l'État.
Les victimes, les familles et tous les citoyens attendent de vous non seulement des paroles, mais surtout des actes concrets, rapides et déterminants.
Le temps presse, Monsieur le président. Chaque jour d'inaction condamne davantage de vies. L'heure est venue de faire de cette lutte une priorité nationale. Nous croyons en votre capacité à entendre cet appel et à agir avec la fermeté et la compassion que cette situation exige.