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3 avril 2025
Femmes
PARITÉ DE DROIT, INÉGALITÉS DE FAIT
Les coutumes et traditions continuent de maintenir les femmes à l'écart du contrôle foncier, tandis que trois femmes sur dix subissent des violences physiques ou économiques
Les femmes sont à l’honneur, ce samedi 8 mars, correspondant à la Journée internationale dédiée à leurs droits. Pour cette édition, ONU-Femmes appelle à des «actions qui peuvent libérer les chances, le pouvoir et l’égalité des droits pour toutes les femmes…» Cette invite fait écho au thème de la journée : «Pour toutes les femmes et les filles : droits, égalité et autonomisation». Sud Quotidien revisite la condition féminine au Sénégal, en mettant l’accent sur des avancées et autres conquêtes de femmes mais aussi et surtout les nombreux défis qu’il reste encore à relever… Aussi est-il question de montrer des exemples de femmes leaders dans les régions, souvent inconnues du grand public, mais qui sont d’infatigables chantres de l’amélioration des conditions de vie et du respect des droits de leurs sœurs dans les zones rurales.
Politique, violences, acces à la terre - Les femmes à la merci des coutumes et traditions
La Journée internationale de la femme est célébrée ce samedi 8 mars dans le monde entier, sous le thème générique : «Pour toutes les femmes et les filles : droits, égalité et autonomisation». Au Sénégal, l’équité entre les droits reste un défi en dépit des avancées notées en politique. Les femmes continuent d’être victimes de violences conjugales. Leurs activités économiques, comme la transformation de produits halieutiques, restent confrontées aux défis des changements climatiques.
L a 69ème Session de la Commission sur le statut des femmes, qui se tiendra du 10 au 21 mars 2025 à l'ONU, marquera les 30 ans de la Conférence de Beijing sur les droits des femmes. Elle sera l’occasion de mesurer les acquis pour une égalité des droits entre les hommes et les femmes. D’ailleurs, cette session se tiendra au lendemain de la Journée internationale de la femme, le 8 mars, célébrée cette année sous le signe : « Pour toutes les femmes et les filles : droits, égalité et autonomisation ». A travers ce thème, ONU-Femmes appelle à des « actions qui peuvent libérer les chances, le pouvoir et l’égalité des droits pour toutes les femmes, et augurer d’un avenir aux couleurs féministes où personne ne sera laissée de côté. L’autonomisation de la prochaine génération à savoir les jeunes, en particulier les jeunes femmes et les adolescentes, est au cœur de cette vision qui consiste à leur donner les moyens d’être les catalyseurs d’un changement durable». Au Sénégal, le respect des droits des femmes reste encore un défi, en dépit de nombreuses avancées surtout en politique. A la faveur de la loi sur la parité, les femmes sont beaucoup plus représentées dans les instances de décisions électives, avec une présence remarquée à l’Assemblée nationale et dans les collectivités locales et territoriales. A l’Assemblée nationale, elles sont au nombre de 73 sur un total de 165. Dans le gouvernement actuel, elles sont six (6) sur un attelage de 25 ministres et 5 secrétaires d’Etat. Selon une étude de l’Association des juristes sénégalaises (AJS), réalisée en 2020, le taux de présence des femmes par région dans les Conseils départementaux et municipaux varie entre 48,9% (Diourbel) et 44,6% (Dakar). Aucune région n’atteint le taux de 50% dans les instances locales. Cependant, Diourbel, Kaolack, Kaffrine et Kolda s’en rapprochent
Alors que la présence féminine dans les instances de décisions s’améliore, le regard de la société sur la femme politique sénégalaise, mérite une autre considération. Cette étude de l’AJS constate, pour le déplorer, que « vingt-cinq (25) ans après Beijing, le leadership politique des femmes est timide. Il est confronté́̀a plusieurs obstacles qui freinent la présence des femmes au niveau des postes de décision politique. Il s’agit des obstacles d’ordre socioculturels, juridiques ainsi que les pratiques discriminatoires dans les partis politiques ».
A côté de cette avancée, on note parfois une image peu glorieuse de la femme engagée dans la sphère politique. Les candidatures féminines à la Présidence de la République font l’objet d’un désintéressement et parfois de mépris. L’accès et le contrôle des terres restent toujours un défi, même si les textes juridiques ne font pas de différence dans l’octroi. Les coutumes et les traditions les éloignent du contrôle du foncier. Toujours un fléau, les violences faites aux femmes perdurent. En 2023, le Sénégal a réalisé́, pour la première fois, une Enquête nationale de référence, spécifiquement centrée sur les violences faites aux femmes : les Enquêtes Démographiques et de Santé (EDS). Selon l’enquête, au Sénégal, près de 3 femmes sur 10 ont subi au moins une violence physique ou économique les 12 derniers mois. Les violences sont de diverses formes : physiques, psychologiques et sexuelles. Ces chiffres confortent les actes de violences dénombrés.
Les effets des changements climatiques sont ressentis par les femmes qui perdent de plus en plus leurs activités. Dans les zones côtières, la transformation de produits halieutiques se heurte à la rareté du poisson, rendant difficiles leurs activités. L’avancée de la mer a aussi des impacts sur leur habitat. Souvent, dans les conséquences de cette avancée, des toilettes sont perdues, les plongeant dans une grande vulnérabilité sanitaire.
Féminisation de la pauvreté- Encore une réalité dans le monde rural
Malgré les mécanismes de financement pour l’autonomisation des femmes mis en place par les autorités, la féminisation de la pauvreté demeure toujours une réalité dans le monde rural. Ici, les femmes ont un accès très limité aux principaux facteurs de production agricole notamment le foncier, la main d’œuvre, le manque de formation, etc. Les incitations gouvernementales à la production favorisent le plus souvent les cultures de rente, alors que les femmes sont davantage engagées dans les cultures vivrières.
Au Sénégal, le niveau d’accès aux opportunités de création de richesses et d’emploi, est différent, selon que l’on soit un homme ou une femme. En effet, le crédit, la terre, l’héritage, les intrants agricoles, etc., sont plus aléatoires pour les femmes, compte non tenu de l’inégalité dans la prise de décision sur leur propre production et celle du ménage. Les incitations gouvernementales à la production favorisent plus souvent les cultures de rente alors que les femmes sont davantage engagées dans les cultures vivrières. La vie des femmes est très marquée par la reproduction/procréation qui a une influence directe sur leur état de santé et les opportunités d’accès à l’instruction, à l’emploi, aux revenus. Leurs droits sont confinés à l’unique statut de «femme au foyer», responsable de l’éducation des enfants, du petit élevage et du maraîchage de subsistance. Elles ont un accès limité aux principaux facteurs de production agricoles, notamment le foncier, la main d’œuvre, les intrants et matériels. A cela s’ajoutent le manque de formation et de services adéquats d’information, de vulgarisation et de conseil destinés aux femmes dans divers domaines. Tout en étant des actrices clés d’une économie fondée principalement sur l’agriculture, les femmes sont pourtant les grandes oubliées du secteur agricole. Exploiter les terres à travers une agriculture résiliente devient de plus en plus difficile, face à la rareté de l’eau.
En effet, depuis 2010, les Nations Unies mettent l’accent sur l’accès à l’eau potable pour tous comme un droit fondamental. Or, au Sénégal, comme dans la plupart des pays de la sous-région, ce produit demeure une préoccupation pour l’ensemble des populations, en particulier celles des zones rurales qui s’approvisionnent à partir de puits et de bornes fontaines. Les longues distances qu’elles parcourent pour aller à la recherche de l’eau ont un impact négatif, non seulement sur les femmes, car elles constituent un frein à leurs opportunités économiques, mais aussi et surtout entraînent de fâcheuses conséquences sur les efforts pour le maintien des filles à l’école. Mettre fin à cette corvée d’eau est un gage pour l’autonomisation et l’égalité des sexes, car le plus souvent, ces dernières abandonnent leurs études à cause de cette contrainte.
Toutefois, il faut reconnaître que, pour assurer l’autonomisation économique et l’inclusion financière des femmes, le Sénégal a mis en œuvre, depuis plusieurs années, des programmes et mécanismes de développement dans plusieurs secteurs d’activités, en accordant une place importante au financement des projets des femmes à travers la contractualisation de lignes de crédits avec les systèmes financiers décentralisés. Des efforts ont été ainsi faits pour l’épanouissement de la femme rurale en mettant en place des initiatives d’appui à leurs préoccupations, dont le Fonds de Garantie des Investissements Prioritaires (FONGIP) et la Délégation à l’Entreprenariat Rapide des Femmes et des Jeunes (DER-FJ). Seulement, force est de constater que les défis restent encore énormes.
Droits des femmes au Sénegal - Entre progrès et challenges
La place des femmes dans la société sénégalaise a évolué, grâce aux combats qui leur ont permis d’accéder à une égalité de droit avec les hommes, notamment avec la loi sur la parité et la transmission de la nationalité à son époux ou à son enfant de nationalité étrangère. En dépit des avancées, les inégalités demeurent tout de même nombreuses par rapport aux hommes.
D’indéniables progrès ont été réalisés quant à la place des femmes dans la société sénégalaise. On peut parler, par exemple, de la transmission de la nationalité. En effet, le vendredi 28 juin 2013, les députés avaient adopté, à l’unanimité, un projet de loi modifiant la loi n°61 du 7 mars 1961, et autorisant les femmes sénégalaises à octroyer la nationalité à leurs époux et à leurs enfants de nationalité étrangère. Cette modification du Code de la nationalité est perçue comme une avancée majeure vers l’égalité homme-femme. Dans l’ancienne loi, seuls les pères pouvaient transmettre la nationalité, à leurs enfants et épouses.
Autre acquis relatif aux droits des femmes, c’est l’adoption de la loi sur la parité qui répondait à une revendication des organisations de défense et de promotion des femmes dans la société et dans les instances électives et semi-électives. Votée en 2010, sous le régime de l’ancien président Me Abdoulaye Wade, cette loi portant parité absolue entre les hommes et les femmes constitue un tournant décisif dans l’histoire politique du Sénégal. Toutefois, le chemin est encore long pour atteindre l’objectif. Pour cause, une non-application de la loi est constatée parfois au niveau des conseils municipaux et départementaux. En dépit de ces avancées, demeurent encore de nombreuses inégalités par rapport aux hommes. Toutefois, même si l’on déplore une faible présence des femmes dans les plus hautes instances de décision, il est à relever que quelques femmes ont pu occuper des positions stratégiques à la tête de l’Etat. Il en a été ainsi à la Primature, au Conseil économique, social et environnemental (Cese), au Conseil constitutionnel, entre autres. C’est sous la mandature de l’ancien président Me Abdoulaye Wade que, pour la première fois, une femme a été nommée Premier ministre. C’était en 2001, en la personne de Mme Mame Madior Boye. Madame Mireille Ndiaye -Brenner, qui a siégé au Conseil constitutionnel à partir de 2002, deviendra la présidente de cette haute juridiction, à compter de 2004, et jusqu'à son départ à la retraite. Elle sera remplacée par Cheikh Tidiane Diakhaté en avril 2010. Son successeur, Macky Sall, élu à la présidence de la République en 2012, nommera Mme Aminata Touré au poste de Chef du gouvernement. Elle exercera la fonction de Premier ministre, de septembre 2013 à juillet 2014. Mieux, le chef de l’Etat fera de Anna Sémou Faye la première femme Directrice de la Police nationale, en juillet 2013, suite au scandale de trafic de drogue qui avait secoué la police sénégalaise. Mme Viviane Laure Elisabeth Bampassy Dos Santos, deviendra sous le régime de Wade, la Première femme préfète du Sénégal. Après avoir ensuite exercé la fonction de Secrétaire générale du ministère de la Jeunesse, de l’Emploi et de la Promotion des Valeurs Citoyennes, elle est devenue 2013, sous le magistère de Macky Sall, la première femme gouverneure de région du Sénégal, celle de Fatick notamment.
Caroline Faye Diop, la pionnière
Première femme de l’histoire de notre pays à siéger à l’Assemblée nationale en tant que député, de1963 à 1978, sous la mandature de Léopold Sédar Senghor, premier président de la République du Sénégal, Mme Caroline Faye Diop est aussi la première femme ministre à siéger au gouvernement en 1978. Elle sera ensuite nommée sous la mandature du président Abdou Diouf, ministre de l’Action sociale, puis ministre Déléguée auprès du Premier ministre de 1981 à 1982, ensuite ministre d’Etat de 1982 à 1983.
Mme Caroline Faye Diop s’est battue pour les Droits des femmes pendant les dix années où elle était seule à l’Assemblée nationale, notamment pour le Code de la Famille ou en faveur des Allocations familiales versées aux femmes. Une anecdote qui en dit long sur son tempérament de battante : C’était en 1957 à Thiès, où se tenait le Congrès de l’Union Progressite Sénégalaise (Ups). Elle proteste auprès du président Léopold Sédar Senghor car, malgré le nombre important de femmes présentes, aucune n’y a pris la parole. On se rappelle également de Maïmouna Ndongo Kane, ancien auditeur à la Cour suprême, ancien Substitut du Procureur de Dakar, ancien Conseiller à la Cour d’Appel de Dakar, Maïmouna Kane sera nommée en 1978 Secrétaire d’Etat en charge de la Condition féminine, de la Promotion humaine et de l’Action sociale auprès du Premier ministre. De 1983 à 1986, elle occupera, sous la mandature du Président Abdou Diouf, le poste de Ministre du Développement social. Pour la première fois de son histoire, Dakar la capitale emblématique du Sénégal sera dirigée, de 2018 à 2022, par une femme, Mme Soham El Wardini De grands combats pour l’égalité des droits des femmes ont donc été menés et témoignent des progrès dans les domaines du travail et de la vie politique. Cependant, derrière ces avancées, se cachent encore de nombreux défis qui doivent renforcer la détermination des femmes. Elles, qui sont toujours à la quête d’une liberté qui est souvent bafouée dans notre société.
LE 7 MARS, UNE DATE POUR HONORER LES FEMMES DE NDER
Le Pr Fatou Sow Sarr plaide pour que le Sénégal consacre le 7 mars à la mémoire des femmes de Nder, qui ont préféré la mort à la captivité en 1820. À travers cette reconnaissance, elle veut restaurer les valeurs héritées de ces héroïnes.
Elle a toujours milité pour la célébration de la journée de la femme le 7 mars, en lieu et place du 8 mars dans notre pays. La directrice du laboratoire genre de l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), le professeur Fatou Sow Sarr maintient sa posture. La nation doit, selon ses mots, célébrer cette date en hommage aux braves dames de Nder qui ont sacrifié leur vie pour sauver l’honneur de leur patrie et inspiré plusieurs générations avec une symbolique « on nous tue mais on ne nous déshonore pas. »
A Dagana, l’ancienne capitale du Walo, la statue de la dernière reine, Ndatte Yalla, érigée à la place de l’indépendance, non loin de la préfecture, est très parlante. Elle immortalise la tragédie de Talatay Nder, qui a vu des femmes s’immoler par le feu pour des questions d’honneur, de dignité et de liberté. L’histoire est de plus en plus vulgarisée dans notre pays. Elle met en exergue le courage de ces « Linguères », moulées dans une tradition militaire, qui ont pris le dessus sur une coalition formée par des Almamy du Fouta et des Maures désireux, entre autres, d’islamiser le royaume du Walo. Mais ces femmes, appartenant à une lignée royale, finiront par tomber dans un traquenard des combattants qui n’ont pas digéré leur défaite face à une armée féminine. Refusant de se constituer en prisonnières de guerre, les Linguères, qui ont retroussé les manches, à l’absence de leur époux, ont préféré se donner la mort après une attaque survenue un mardi, à Nder.
Talatay Nder (le mardi de Nder en wolof), vient de s’écrire en encre de sang dans le grand livre de l’histoire du Sénégal. Des valeurs fortes léguées à la nation sénégalaise « Dans la société wolof, un « Damel» (un souverain) capturé vivant n’existe pas. C’est la mort ou la victoire. Il s’y ajoute que le pouvoir était aussi bien incarné par l’homme que la femme. Le roi détenait sa cour de même que la reine. Elle gardait sa couronne même en l’absence ou à la mort de ce dernier », raconte l’historien Bakhao Diongue Diouf.
Elles ont inspiré la devise « on nous tue, on ne déshonore pas ». Le Pr Fatou Sow Sarr, accentue, ces dernières années, le plaidoyer pour l’intégration dans le calendrier républicain de la date du 7 mars pour célébrer la journée de la femme sénégalaise. Si la date du 8 mars est retenue, depuis 1977, à l’échelle internationale, en référence à la lutte des femmes ouvrières, elle estime qu’il est temps pour le Sénégal de célébrer ces « Linguères » qui se sont immolées le 7 mars 1820 pour sauver l’honneur de leur patrie. « Le sens de la mort n’était pas perçu de la même manière que de nos jours. L’honneur était au-dessus de tout à cette époque. Il est temps de consacrer la date du 7 mars au temps de la réflexion pour revisiter l’histoire des femmes de Talatay Nder et faire du 8 mars un moment des festivités.
Cela permettra de reconstituer l’histoire de nos sociétés traditionnelles, qui a été construite par des femmes. A travers cette approche, il sera possible de restaurer des valeurs qui sont nôtres et de booster l’estime de soi des femmes et leur obligation à participer à la construction du pays », insiste-t-elle. Dans une bande dessinée intitulée « Talatay Nder, la véritable histoire de Nder racontée aux enfants, 2e édition », la directrice de l’institut genre et de la famille, rappelle à la « jeunesse féminine sénégalaise qu’elle peut s’adosser sur ses propres vertus et valeurs pour mener le combat pour l’égalité des sexes ». L’ouvrage, édité en partenariat avec Onu-Femmes, s’appuie sur des documents disponibles au niveau des archives nationales et de l’Ifan. Elle révèle aussi l’histoire de la Sénégalaise qui a été reine, chefs d’Etat et chef de guerre.
UNE COLLABORATION FRANCO-SENEGALAISE POUR L’AUTONOMISATION DES FEMMES
Madame Christine Fages, ambassadrice de France au Sénégal, a rappelé l’engagement de la France en faveur de la diplomatie féministe, une initiative portée par seulement 15 pays dans le monde
En prélude à la Journée Internationale des Droits des Femmes célébrée chaque année le 8 mars, le Musée de la Femme Henriette Bathily a accueilli une rencontre de haut niveau hier, jeudi 7 mars, en présence de l’ambassadrice de France au Sénégal, Madame Christine Fages, de la directrice exécutive du musée, Madame Awa Cheikh Diouf, et de la représentante de la ministre de la Famille et des Solidarités Madame Maimouna Dièye. Cet événement, organisé en partenariat avec l’Ambassade de France, s’inscrivait dans le cadre de l’initiative « Égalité en Lumière », visant à mettre en avant les actions en faveur des femmes au Sénégal.
Madame Christine Fages, ambassadrice de France au Sénégal, a rappelé l’engagement de la France en faveur de la diplomatie féministe, une initiative portée par seulement 15 pays dans le monde. Elle a souligné que le soutien à l’écosystème féminin est une priorité pour l’équipe France au Sénégal, notamment dans les domaines de la santé, de l’entreprenariat, et de la lutte contre les violences faites aux femmes. « Nous souhaitons que cet événement soit un des événements majeurs de l’année, au même titre que le Women Investment Forum ou le forum exclusivement féminin », a-t-elle déclaré. L’ambassadrice a également mis en avant les projets concrets soutenus par la France, tels que le fonds Maïssa, dédié aux industries culturelles et créatives, et le projet Finance for All, qui facilite l’accès au financement pour les femmes entrepreneures. « Les femmes sénégalaises sont dynamiques et créent de la richesse. Elles ont juste besoin d’un coup de pouce pour coconstruire des projets bénéfiques pour tous », a-t-elle ajouté.
Une exposition ethnographique mettant en lumière le pouvoir des femmes
Madame Awa Cheikh Diouf, directrice exécutive du Musée de la Femme Henriette Bathily, a présenté l’exposition photo ethnographique intitulée « Égalité en Lumière », réalisée en partenariat avec l’Ambassade de France. Cette exposition met en avant les communautés Adiamat et Tenda du Sénégal, ainsi que les rôles traditionnels des femmes dans l’organisation sociale et politique de ces communautés. « Cette exposition met en exergue le pouvoir des femmes, qu’il soit ésotérique ou politique. C’est la quintessence de ce que nous voulons transmettre », a-t-elle expliqué.
L’exposition, qui se tient à l’esplanade de la Place du Souvenir, présente également les réalisations concrètes des femmes entrepreneures soutenues parles différents programmes mis en place. « Dès l’instant où l’on capacite les femmes et qu’elles acquièrent un savoir-faire, elles peuvent aller de l’avant. Le thème de cette année, ‘Pour toutes les femmes et pour toutes les filles : droit, égalité et autonomisation’, reflète cette volonté de les accompagner financièrement et techniquement », a ajouté Madame Diouf.
Un programme riche en activités
Pendant deux jours, plusieurs activités sont prévues pour célébrer les droits des femmes et leur autonomisation. Un colloque réunissant des experts, des entrepreneures et des représentantes d’ONG abordera des thématiques telles que l’accès au financement, la santé des femmes etla lutte contre les violences basées sur le genre. Des stands d’exposition présenteront les réalisations des femmes dans divers domaines, notamment le sport, l’investissement, et les industries créatives. En marge de l’exposition, des ateliers de formation et de sensibilisation seront organisés pour les femmes entrepreneures, avec un focus sur les compétences techniques et managériales nécessaires pour développer leurs projets. Enfin, une cérémonie de remise de prix récompensera les initiatives les plus innovantes portées par des femmes.
Des avancées concrètes depuis la première édition
Interrogée sur les avancées depuis la première édition de l’événement, Madame Fages a souligné les progrès réalisés dans le cadre du Teranga Club et de l’incubation des femmes dans l’entreprenariat. «Nous avons incubé un nombre important de femmes cette année et continuons à soutenir les ONG dans la santé des femmes et la lutte contre la violence », a-t-elle déclaré.
La représentante de la ministre de la Famille et des Solidarités a salué cette initiative et réaffirmé l’engagement du gouvernement sénégalais à soutenir les femmes dans tous les domaines. « L’autonomisation des femmes est une priorité nationale, et nous travaillons main dans la main avec nos partenaires pour atteindre cet objectif », a-t-elle conclu.
Cette rencontre au Musée de la Femme Henriette Bathily a été l’occasion de rappeler l’importance de la collaboration internationale pour l’autonomisation des femmes. À travers des expositions, des colloques et des ateliers, cet événement a mis en lumière les réalisations des femmes sénégalaises et les défis qui restent à relever. Alors que la Journée Internationale des Droits des Femmes est programmée pour demain, samedi 08 mars, cet événement rappelle que l’égalité et l’autonomisation des femmes sont des enjeux majeurs pour le développement durable du Sénégal et du monde entier.
UNE PRÉTENDUE FAVEUR QUI CRÉE L'INÉGALITÉ
Le Collectif des féministes du Sénégal s'insurge contre la permission accordée aux femmes de quitter leur poste à 15h pendant le Ramadan. Il dénonce une mesure qui, sous apparence de bienveillance, instaurent des discriminations
Le Collectif des féministes du Sénégal dénonce dans le communiqué ci-après, les notes de service permettant aux seules femmes de quitter leur poste à 15h pendant le Ramadan au sein de plusieurs administrations publiques. Il s'agit selon lui, de directives qui sous apparence de bienveillance religieuse, instaurent des discriminations multiples contraires aux principes constitutionnels d'égalité et de laïcité de la République du Sénégal. Face à cette atteinte aux droits fondamentaux, le Collectif appelle à une mobilisation immédiate pour faire respecter l'égalité entre tous les citoyens, sans distinction de genre ou de confession.
"Lii jubul jubentilen ko !
Nous avons pris connaissance, avec stupeur, des notes de service émanant des directions de certains services publics (le Port autonome, la Poste, etc). Il s’agit de notes dans lesquelles le personnel féminin est autorisé à partir à 15h pour cause de Ramadan.
Ces notes de service posent problèmes car elles sont constitutives de diverses discriminations. Au premier rang desquels on note des discriminations entre les agents hommes et les agents femmes des services publics. De surcroit, elles instaurent des discriminations entre hommes musulmans et femmes musulmanes contraires également aux principes islamiques (les musulmanes et les musulmans étant égaux devant leurs devoirs de respect d’un des piliers de l’Islam). S’y rajoutent des discriminations entre personnes de confession musulmanes et personnes d’autres confessions. Enfin elles induisent des discriminations entre agents du secteur public et professionnels du secteur privé.
En l’espèce, ces notes défient le principe de respect des libertés fondamentales et des droits des citoyens qui sont au fondement de la société sénégalaise. Elles défient également la Constitution du Sénégal qui proclame le rejet et l’élimination, sous toutes leurs formes, de l’injustice, des inégalités et des discriminations. Au surplus, ces notes portent atteinte au principe de l’article premier de ladite Constitution qui énonce : « La République du Sénégal est laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race, de sexe, de religion. Elle respecte toutes les croyances. »
Tous les agents des services publics sont fondés à agir en attaquant ces notes par des recours en excès de pouvoir. Elles ne sauraient prospérer et porter atteinte à leurs droits et encore moins au principe d’égalité des citoyennes et des citoyens sénégalais consacré par notre Constitution commune.
Bon Ramadan, bon carême, bons hommages aux ancêtres ou juste bonne journée !
Bien cordialement.
Mbooloo wu jigéenaan yi"
L’ONU EXIGE UNE APPLICATION STRICTE DE LA LOI
Malgré l’interdiction de l’excision depuis plus de deux décennies, onze fillettes âgées de cinq mois à cinq ans ont été mutilées le 15 février dernier à Goudomp, dans la région de Sédhiou.
Malgré l’interdiction de l’excision depuis plus de deux décennies, onze fillettes âgées de cinq mois à cinq ans ont été mutilées le 15 février dernier à Goudomp, dans la région de Sédhiou. Face à cette violation grave des droits des enfants, l’UNICEF, l’UNFPA et ONU Femmes dénoncent un recul inquiétant et appellent à l’application stricte de la loi pour mettre fin à cette pratique néfaste.
L’excision, pourtant interdite au Sénégal depuis plus de vingt ans, continue de sévir dans certaines communautés. Le samedi 15 février 2025, dans le département de Goudomp, région de Sédhiou, onze fillettes âgées de cinq mois à cinq ans ont été excisées collectivement. L’information, révélée par les services de protection de l’enfance et relayée par les agences onusiennes, a suscité une vive indignation.
Dans un communiqué publié le 21 février, l’UNICEF, l’UNFPA et ONU Femmes dénoncent avec fermeté cet acte barbare, qui survient quelques jours seulement après la Journée internationale de tolérance zéro contre les mutilations génitales féminines (MGF). Ces organisations regrettent que, malgré les efforts du gouvernement et les avancées législatives, cette pratique persiste dans certaines régions, souvent avec la complicité de membres de la communauté.
Si aucune interpellation n’a encore eu lieu, les agences onusiennes saluent le travail des forces de l’ordre, des services de santé et des acteurs engagés dans la lutte contre les MGF.
Elles rappellent l’urgence d’appliquer la loi pour traduire en justice les auteurs et complices de ces crimes.
Un fléau aux conséquences dramatiques
L’excision est une atteinte grave aux droits fondamentaux des filles et des femmes. Ses conséquences physiques et psychologiques sont profondes et irréversibles : douleurs aiguës, infections, complications obstétricales, traumatismes psychologiques et, dans certains cas, décès. « L’excision n’est pas seulement une atteinte à l’intégrité physique des filles, c’est une négation de leur avenir », a déclaré Jacques Boyer, Représentant de l’UNICEF au Sénégal. Tracey Hebert-Seck, Représentante de l’UNFPA, s’indigne également : « À cinq années de l’échéance des ODD de 2030, un seul cas est de trop ! Il est impératif de prendre nos responsabilités afin qu’aucune fille ne subisse encore ce sort. »
Arlette Mvondo, de son côté, souligne le paradoxe sénégalais : « Il est difficile de comprendre qu’une violation aussi grave des droits fondamentaux des filles ait lieu dans un pays pionnier dans la lutte contre les MGF. ». Les chiffres confirment l’ampleur du problème : au Sénégal, près de deux millions de filles et de femmes ont subi des MGF. Parmi elles, 12,9 % ont été excisées avant l’âge de 15 ans, et .80 % avant leur cinquième anniversaire.
Une loi en vigueur mais insuffisamment appliquée
Le Sénégal a pourtant été l’un des premiers pays de la région à criminaliser l’excision avec l’adoption en 1999 de la loi 99-05. Celleci pénalise non seulement la pratique elle-même, mais aussi son instigation, sa préparation, son assistance et son non-signalement. La Constitution sénégalaise, dans son article 7, garantit également la protection de toute personne contre toute forme de mutilation physique. Mais malgré ces avancées législatives, l’application de la loi reste insuffisante. Dans certaines communautés, l’excision demeure profondément ancrée dans les traditions et continue d’être pratiquée en secret.
Face à cette situation, l’UNICEF, l’UNFPA et ONU Femmes appellent à un sursaut collectif. Elles exhortent les autorités à poursuivre systématiquement les responsables de ces actes et à renforcer la sensibilisation pour éradiquer définitivement cette pratique. Depuis 2008, l’UNICEF et l’UNFPA soutiennent la mise en œuvre de la Stratégie nationale pour l’abandon des MGF. Ces agences collaborent avec les ministères, les collectivités territoriales et la société civile pour lutter contre les violences et les pratiques néfastes visant les femmes et les filles.
L’excision n’est pas une fatalité. Si la loi est appliquée avec rigueur et que les efforts de sensibilisation se poursuivent, il est possible d’en finir définitivement avec cette pratique d’un autre âge. Pour cela, un engagement ferme du gouvernement, des autorités locales et de la société dans son ensemble est indispensable.
Par Fatou Warkha SAMBE
LE SOUKEROU KOOR QUE L’ON PEUT OFFRIR AUX FEMMES
Le véritable Soukeurou Kor que l’on peut offrir aux femmes, c’est d’écouter leurs revendications et de prendre des mesures concrètes pour rendre effectifs leurs droits
Dans cinq jours, nous marquerons une nouvelle Journée internationale des droits des femmes. Quand je pense à ce jour, l’une des choses qui me viennent à l’esprit, c’est cette chanson de Ismaïla Lô avec ce refrain : «Toutes les femmes sont des reines, certaines plus reines que des reines...» C’est le son que plusieurs plateaux spéciaux dans nos télévisions utilisent pour le générique de leurs émissions spéciales 8 mars. Vous pouvez déjà deviner le contenu : il ne sera rien d’autre qu’un enchaînement de louanges sur la bravoure des femmes, leur capacité de résilience, un rappel des souffrances que nos mamans et grandsmères ont endurées au sein de la société. Mais aujourd’hui, je me demande : comment peut-on faire un si grand hors-sujet ? Est-ce un manque de connaissance ou une volonté manifeste d’ignorer le but de cette journée ?
Ainsi, j’ai grandi avec cette conscience collective qui fait de la Journée internationale des droits des femmes, une journée de célébration. Vous verrez certainement des événements ou publications où ils ne mentionneront que «Journée internationale des femmes», effaçant totalement la notion de droits, comme si ce jour servait uniquement à exalter une essence féminine plutôt qu’à revendiquer l’égalité et la justice. On nous parlera de «reines», de «mères courageuses», et de «gardiennes du foyer», tout en éludant soigneusement les revendications concrètes des femmes qui subissent chaque jour l’injustice, les violences et la précarité. Cette confusion n’est pas anodine, elle permet de neutraliser un combat politique en le réduisant à une célébration vide de revendications. Quand on parle de droits au Sénégal, si les gens ne nous disent pas que les femmes ont déjà tout, ils vont nous répondre que l’islam a déjà tout donné aux femmes, comme s’ils appliquaient à la perfection ce que l’islam prescrit. Cette rhétorique sert souvent à invalider toute demande de justice et d’égalité, alors même que dans les faits, les inégalités persistent et sont institutionnalisées.
Le 8 mars trouve son origine dans les luttes ouvrières et féministes du début du XXe siècle. En 1908, des milliers de femmes ont manifesté aux Etats-Unis pour réclamer de meilleures conditions de travail, le droit de vote et l’égalité des droits. En 1910, lors de la Conférence internationale des femmes socialistes à Copenhague, Clara Zetkin propose l’idée d’une journée internationale pour revendiquer les droits des femmes. En 1917, en Russie, une grève des ouvrières marque un tournant dans l’histoire, menant à la reconnaissance officielle du 8 mars comme une journée de mobilisation pour les droits des femmes. En 1977, l’Onu institutionnalise cette date en tant que Journée internationale des droits des femmes, confirmant ainsi son ancrage dans les luttes pour l’égalité et contre les discriminations systémiques.
Mais l’histoire des luttes féminines ne se limite pas à l’Occident. Au Sénégal, un autre épisode emblématique s’est déroulé en mars 1820 : celui des femmes de Nder, qui ont marqué l’histoire par leur acte de résistance face à l’oppression. Ce jour-là, alors que les hommes du village étaient partis au champ, les envahisseurs maures ont attaqué. Plutôt que de se soumettre, ces femmes ont choisi de se battre. Face à la défaite inévitable, elles ont préféré périr dans les flammes du palais plutôt que d’être réduites en esclavage. Leur courage illustre la détermination et la force des femmes sénégalaises dans leur lutte pour la dignité et la liberté.
Le mois de mars est donc symbolique à plus d’un titre : il est le mois des luttes féminines, qu’elles soient ouvrières ou enracinées dans notre propre histoire. Il rappelle que la revendication des droits des femmes ne s’est jamais faite sans résistance ni sacrifices, et que la mémoire des luttes doit guider nos combats actuels.
Sous le thème de cette année : «Pour toutes les femmes et les filles : droits, égalité et autonomisation», une fois de plus, ce 8 mars s’inscrit dans une réalité marquée par les violences faites aux femmes, le recul des droits et la marginalisation politique. Alors que le Sénégal connaît des transformations majeures sur le plan politique avec l’arrivée du nouveau gouvernement, les femmes, elles, sont toujours laissées de côté. Leur représentation au sein du gouvernement a diminué, les violences n’ont pas cessé, et les avancées légales stagnent. Pendant que d’autres catégories de la population bénéficient du changement, les femmes restent reléguées aux marges du pouvoir et de la société.
Et en ce mois de Ramadan, le gouvernement nous doit bien un Soukeurou Kor. Puisque ce 8 mars est une journée de revendication, nous allons lui dire clairement le contenu du panier que nous voulons : pas des gestes symboliques, mais des actions concrètes pour faire respecter nos droits.
Le Soukeurou Kor que nous demandons, c’est un cadre sécuritaire où les féminicides, les agressions sexuelles et les violences conjugales ne sont plus relégués au rang de faits divers. Nous voulons des lois appliquées avec rigueur, des mécanismes de protection renforcés, des refuges sécurisés, un accompagnement psychologique des survivantes et des sanctions effectives contre les agresseurs.
Le Soukeurou Kor que nous demandons, c’est une égalité économique réelle, où les femmes ne sont plus confinées aux marges de l’économie informelle et de la précarité. L’accès aux financements, la reconnaissance du travail domestique, le soutien aux entrepreneures et l’égalité salariale ne doivent plus être des combats sans fin. Nous demandons aussi une protection sociale pour les travailleuses domestiques et toutes celles du secteur informel.
Le Soukeurou Kor que nous demandons, c’est une justice sociale tangible. Nous voulons un accès gratuit aux serviettes hygiéniques et des toilettes propres dans toutes les écoles. L’éducation des filles ne doit plus être entravée par des règles non prises en charge dignement. Il est temps de mettre en place une politique de lutte contre la précarité menstruelle et d’assurer la gratuité des protections hygiéniques dans les écoles et lieux publics.
Le Soukeurou Kor que nous demandons, c’est une réelle égalité dans l’accès à la terre. Il est inadmissible que des femmes qui nourrissent la population soient privées de la propriété foncière. Nous voulons des réformes foncières qui garantissent aux femmes un accès équitable aux titres de propriété et aux ressources agricoles.
Le Soukeurou Kor que nous demandons, c’est une véritable représentation politique et institutionnelle. Les décisions qui nous concernent doivent être prises avec nous, et non à notre place. A celles et ceux qui contestent les quotas, il suffit d’observer les nominations où la parité n’est pas obligatoire : les femmes y sont absentes. Ce n’est pas une question de compétence, mais de verrouillage du pouvoir par l’entre-soi masculin et des biais sexistes. La parité ne doit pas être un débat, mais une nécessité pour une démocratie équitable.
Le Soukeurou Kor que nous demandons, c’est un ministère qui défend réellement les droits des femmes. En réduisant le ministère de la Femme à un ministère de la Famille, on éloigne encore plus les luttes pour l’égalité. Nous voulons un ministère qui prenne des décisions ambitieuses en matière d’émancipation économique, politique et sociale des femmes.
Cette année, alors que le 8 mars coïncide avec le mois de Ramadan, j’espère que ce mois et ses exigences ne prendront pas le dessus sur l’essence de cette journée. J’espère que, plutôt que d’organiser des conférences religieuses vantant la résilience des femmes, les entreprises accorderont enfin une place à l’écoute des revendications des travailleuses. J’espère qu’au lieu de répondre concrètement aux demandes des femmes, ils ne se contenteront pas de louer leurs mérites à travers des discours sans engagement. J’espère, et j’espère encore, que le Président ne se limitera pas à un tweet accompagné d’un visuel nous souhaitant une «bonne journée». Nous voulons plus.
Le véritable Soukeurou Kor que l’on peut offrir aux femmes, c’est d’écouter leurs revendications et de prendre des mesures concrètes pour rendre effectifs leurs droits
Ps : *Soukeurou Kor : est une offre traditionnelle distribuée pendant le Ramadan, souvent sous forme de panier alimentaire.
KINÉ LAM, UNE VOIX QUI TRANSCENDE LES ÉPOQUES
Ses mélodies envoûtantes ont traversé les générations, portant l'héritage des griots dans un style fusionnant tradition et modernité. Son parcours, de la troupe théâtrale scolaire aux scènes internationales, témoigne d'un talent inné
Elle a toujours chanté. C’est tout ce qu’elle sait faire d’ailleurs. Elle a toujours subjugué, submergé et transmis des ondes de frissons et des palettes de réflexions à beaucoup de générations. L’artiste sénégalaise Kiné Lam est une muse, une fée de la musique africaine. 50 ans de mélodies, de leçons et de poésie, l’éternelle amoureuse de feu son mari Ndongo Thiam a bercé le Sénégal et la sous-région. Son œuvre est un creuset de mémoire, de fragments d’histoires et une manne culturelle.
Il y a quelques mois, le groupe de recherche sur les expressions culturelles contemporaines (Gre2C) et le laboratoire de Littératures et civilisations africaines de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar ont consacré une large journée d’étude à l’œuvre de l’immense chanteuse sénégalaise Kiné Lam. Ce n’est pas étonnant, mais un peu tard. Mais, il vaut mieux tard que jamais n’est-ce pas ? Voilà maintenant que son œuvre est devenue un objet de réflexion. Kiné, née Fatou Lam est cette voix qui s’élève, cette étoile filante fendant la nuit du Sénégal. Sa musique est un souffle d’Afrique, un chant ancien porté par les vents, glissant sur les rives dorées du temps, où le passé et le présent se rejoignent dans une danse éternelle. Sa voix, douce et puissante à la fois, est un ruisseau sinueux serpentant entre les pierres de la mémoire. Elle chuchote des secrets d’antan, puis hurle des vérités profondes comme des vagues frappant les falaises d’une île lointaine. Elle caresse l’air de sa tendre douceur, avant de s’enflammer, de devenir flamme et brasier, emportant l’auditeur dans un tourbillon d’émotions. Comme un poème, elle déploie ses courbes, ses silences, ses éclats, où chaque mot qu’elle chante devient une étoile scintillante dans le ciel d’un univers inconnu.
Prémices d’une belle carrière
Les instruments qui l’accompagnent sont des complices de son voyage. Les percussions, battements d’âme, comme des coups de cœur, frappent l’air avec une énergie primitive, incantatoire, faisant naître des frissons sur la peau. Le sabar, tel un tambour de guerre, fait vibrer les profondeurs de l’univers, tandis que le xalam, tendu comme un arc, laisse filer des mélodies légères, cristallines comme les gouttes d’une pluie d’été. « Dans ses chansons, son discours électrisant aux tonalités didactiques, épiques, dramatiques, lyriques, satiriques, etc. est enveloppé dans une mélodie rythmique qui frappe le cœur et interpelle la tête. Sa musique est entendue, sentie, écoutée avant d’être comprise », explique Dr Ibrahima Faye, spécialiste des littératures orales et civilisations africaines et chargé de recherche au département de Langues et Civilisation africaines de l’Institut fondamental Afrique noire Cheikh Anta Diop.
Sa voix est un don, sa puissance vocale un talent. Elle est donc naturellement née pour ébranler le monde tout doucement. Kiné Lam Mame Bamba, celle qui allait devenir une diva incontestée de la musique sénégalaise, est née à l’aube de l’indépendance du Sénégal, le 8 novembre 1958, dans le quartier populaire de Grand-Dakar. Issue de Mbaye Lam et de Khady Samb, tous deux de lignée griotte, Kiné fait ses premières humanités à l’école primaire Waagu Niaay 2, avant de poursuivre à Guédiawaye où il a eu son Certificat de Fin d’Études Élémentaires et réussi son examen d’entrée en Sixième, après le déménagement de ses parents. En 1972, elle accède ainsi au Lycée Canada, actuel collège Cheikh Anta Mbacké à Pikine. C’est dans cet établissement que l’art ouvre ses bras à Kiné Lam par le truchement de la troupe théâtrale scolaire. Elle ne chantera pas de prime abord, mais bien après. Dans ce bouillonnement artistique de la banlieue dakaroise, Kiné se découvre peu à peu. Elle commence l’aventure des chants dans les événements de luttes traditionnelles qu’elle animait, moyennant un pécule qu’elle versait à sa mère. Elle obtient alors la bénédiction de sa mère. À cet effet, la musique de Kiné Lam est devenue une rivière, fluide et inaltérable, sculptée par les tempêtes et les calmes. Elle façonne ainsi une signature vocale qui nous transporte au cœur d’un paysage vaste et sacré, sans fin. L’année 1975 sonne le glas d’une carrière d’amateur. L’éternelle amoureuse de son mari Ndongo Thiam, aujourd’hui disparu, signe sa première chanson, « Mame Bamba ». Dans une prestation au stade Iba Mar Diop, elle sera présentée par Abdoulaye Nar Samb, sous le nom Kiné Lam Mame Bamba, l’éternel nom qu’elle portera, nous renseigne Mouhamed Sow dans son podcast « L’envol de Kiné Lam ». Cette chanson est devenue un éclat de lumière dans une nuit étoilée, un éclair qui frappe sans prévenir.
Opus sur opus
Kiné Lam est une poétesse du son, une magicienne des âmes, une visionnaire qui, à travers son art, fait naître des mondes. Avec le morceau « Mame Bamba », Kiné Lam parvient à nouer un duo conjoncturel avec Ndiaga Mbaye, puis en 1977 elle connaîtra une formation de courte durée avec l’Orchestre national du Sénégal. Son talent se déploie ainsi, largement. Elle tape dans l’œil du directeur du Théâtre national Daniel Sorano de l’époque, neveu du président Senghor de surcroît, Maurice Sonar Senghor. Ce dernier exige qu’elle soit auditionnée. Cette audition sera soldée par une réussite totale devant Annette Mbaye d’Erneville, Samba Diabaré Samb et d’autres illustres figures culturelles de cette époque. Elle devient membre à part entière de l’Ensemble lyrique traditionnel de Sorano en 1978. C’est en 1982 qu’elle enregistre sa première cassette, avec le Super Etoile de Dakar, à son nom. Dans la foulée, elle continue son cheminement artistique avec l’Ensemble lyrique traditionnel. L’année 1989 sera marquée par la sortie de son deuxième album « Cheikh Anta Mbacké », produit par Ibrahima Sylla au studio Jbz à Abidjan avec des musiciens comme Boncana Maïga et Abdou Mbacké du Super Jamono qui a assuré les arrangements. Dans cet album, le titre « Dogo », consacré à son mari Ndongo Thiam, avec qui elle s’est mariée à l’âge de 19 ans, devient un hymne de l’amour qui traverse le temps et devient, si on peut dire, l’œuvre de sa vie. Portée au pinacle par la réussite de son album, elle met en place son propre groupe musical : Kaggu (la bibliothèque en wolof). Une première pour une femme au Sénégal. Elle fait ainsi appel à Cheikh Tidiane Tall pour chapeauter l’orchestre avec Yahya Fall à la guitare, Ibrahima Dieng Itou à la basse, Iba Ndiaye au clavier et le duo Sibérou Mboup « Chuck Berry » et Ndiaye Samba Mboup, etc. Le Kaggu sort l’album « Balla Aïssa Boury » qui a comporté en à plus douter à la lévitation de la carrière de Kiné Lam. Ayant une notoriété indiscutable, le Kaggu renchérit avec un autre volume en 1991, « Gallass ». Dans cette production, c’est le morceau « Sëy » qui sort du lot à travers la puissance des mots et le message qu’il porte. En ce sens, Kiné Lam, à travers sa musique, est une déesse du vent, une messagère entre les mondes, une voix qui touche l’âme avec la douceur d’un souffle et la force d’un orage. Elle emporte avec elle celui qui l’écoute, le transporte au-delà du tangible, vers un univers où chaque vibration fait écho à une émotion profonde, un souvenir enfoui, un rêve partagé. Kiné et le Kaggu tourne en Europe et en Amérique. Ce cycle infernal de tournée et de concerts fait tache d’huile sur la relation entre la diva et Cheikh Tidiane Tall, nous renseigne Mouhamed Sow. Néanmoins, le groupe continue son chemin et enregistre deux autres albums dont « Touba Belel » et « Leer Gi ». Dans ce rythme harassant et la soif de produire, les deniers albums sont moins appréciés par le public, du fait de leur rapprochement avec les deux albums précédents. Le Kaggu prend alors la décision d’observer un temps de mûrissement de leur production avant de s’en attaquer à d’autres. Ils restèrent un peu plus de deux années sans sortie. Ce temps de transition leur a réussi. Ils reviennent avec un album plus abouti. L’album de 6 titres, « Noreyni » est enregistré au studio Harison à Paris.
Kine Lam et le « tradi-moderne »
Ce qui rend la musique de Kiné Lam encore plus captivante, c’est sa capacité à fusionner les sonorités traditionnelles de l’Afrique de l’Ouest avec des influences modernes. Dans chaque morceau, elle joue des lignes mélodiques qui évoquent les rythmes ancestraux, mais elle y insuffle également un souffle moderne, électrique, en phase avec les tendances musicales contemporaines. Sur la conception de Cheikh Tidiane Tall, celle que Souleymane Faye appelle « la reine du Mbalax » adopte un autre style musical qu’est le tradi-moderne. Sur ce terrain, elle sait comment ancrer sa musique dans la tradition tout en la rendant totalement contemporaine, abordable, universelle. Le mbalax, genre musical emblématique du Sénégal, est l’un des axes principaux de sa musique, mais elle l’embrasse avec une telle liberté qu’il en devient presque méconnaissable, ouvert à de multiples influences. L’album qui découle de ce concept est « Sunu Cosaan ». À ces sons organiques se mêlent parfois des basses électroniques, des synthétiseurs, des cordes électriques, créant ainsi un enchevêtrement de sons où le traditionnel se fond dans le moderne. Hélas, le métronome de ce nouveau style musical et la cantatrice se séparent. Il sera remplacé à brûle-pourpoint par Adama Faye, compositeur. Très vite, ils sortent l’album « Borom Taïf ». De l’album « Praise » qui s’en suit, en passant par « Le retour », « Cey géer », «Makkarimal Akhla », avec tous les soubresauts que sa carrière a connus, la diva n’a jamais cessé d’émouvoir le public. Le dernier album qu’elle avait commencé en 2016 avec Habib Faye est toujours suspendu dans l’attente, avec un public en déréliction qui n’attend que d’être comblé.
LE GEEP ET L'AMBASSADE DES PAYS-BAS SIGNENT UN PARTENARIAT
Le ministère de l'Éducation nationale, en partenariat avec l'Ambassade des Pays-Bas et le Groupe d'Études et d’Enseignements pour la Population (GEEP) s'attèlent à lutter efficacement contre les mariages et les grossesses précoces des filles à l'école
Le ministère de l'Éducation nationale, en partenariat avec l'Ambassade des Pays-Bas et le Groupe d'Études et d’Enseignements pour la Population (GEEP) s'attèlent à lutter efficacement contre les mariages et les grossesses précoces des filles dans le milieu scolaires. Le projet a été lancé hier, jeudi 27 février 2025, au lycée de Ngane Saer, en présence des autorités administratives, académiques, des enseignants, élèves et une forte mobilisation des associations de parents d'élèves. Financé à hauteur de 12 millions de FCFA pour une phase pilote, ce projet a pour objectif d'accompagner les jeunes adolescents et adolescentes sur la santé à la reproduction.
Tout est parti d'un constat selon lequel il existe une forte croissance de la sexualité dans les écoles, mais aussi des mariages et beaucoup de grossesse précoces. Ce qui, du coup, constituent des obstacles majeurs au développement et à la scolarisation des filles. Déjà en 2024, au moins 1264 cas de grossesses ont été enregistrés dans les établissements scolaires du pays. Et, selon les statistiques, Kaolack, Ziguinchor et Fatick enregistrent les plus forts taux.
D'ailleurs, c'est pour cette raison que le partenariat entre le GEEP et les Pays-Bas a préféré mettre plus l'accent dans ces régions dont Kaolack qui vient d'abriter le lancement du projet. Ainsi, dans cette trajectoire, le projet sera exécuté dans deux (2) départements de chacune de ces régions. Du côté du GEEP et son partenaire, l'espoir est permis, car lors de la cérémonie de lancement, ce sont les élèves eux-mêmes qui ont confectionné leurs propres poèmes, sketchs et «slams», pour sensibiliser leurs camarades et leurs propres parents sur les mariages et grossesses précoces qui constituent une entrave à leurs carrières scolaires et le développement du potentiel pour les filles.
En plus des apprenants et les personnels d'encadrement, la sensibilisation contre ces mariages et grossesses précoces sera portée par les équipes de santé, les structures des organisations non gouvernementales (ONG) et partenaires telles que la Coopération Belge avec ENABEL, Plan International, l'Association pour la promotion de la femme sénégalaise (APROFES) et autres acteurs qui vont accompagner les enseignants pour leurs formations et celles de leurs protégés. Mais également dans les mobilisations communautaires afin d’amener les communautés à prendre conscience des risques que constituent ces maux de l'école.
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AFRICA FIRST, SENEGAL FIRST : NOUS D'ABORD
EXCLUSIF SENEPLUS : La géopolitique des grandes puissances ne doit en aucun cas dicter les choix des dirigeants africains, qui doivent défendre leur peuple. C’est l’avis d'Aminata Touré.
La souveraineté du Sénégal et de l’Afrique doit être défendue sous tous ses aspects par les Sénégalais et les Africains, face à n'importe quel pays. Aucun impérialisme ne doit plus avoir droit de cité chez nous. C’est pour cela que l’unité de l’Afrique est pertinente, afin de défendre sa sécurité, régler ses problèmes collectivement, selon Aminata Touré, pour qui la politique des partenaires étrangers devrait être secondaire pour les Africains.
«C’est notre posture personnelle qui est importante. Ce que d’autres présidents vont faire doit être secondaire pour nous, pays africains. Le plus important, c’est quelles politiques vont servir nos propres intérêts que nous voulons mettre en place. C’est ça la démarche. Donald Trump ou pas, les Africains, ce qui devrait les intéresser, c’est comment gérer souverainement et ensemble leurs pays, industrialiser leur agriculture, former leurs jeunes et soutenir les femmes… »
Dans cette perspective, que la France perde de son influence en Afrique ne doit être le souci d’aucun Africain, selon le Haut Représentant du Président de la République, Aminata Touré, qui a trouvé « malheureuse » la sortie d’Emmanuel Macron face à ses ambassadeurs, où il accusait les Africains d’être ingrats et prétendait que la France n’est pas congédiée du Sahel mais partie de son propre chef.
En tout cas, les bases militaires étrangères en plein 21e siècle dans nos pays ne sont pas tolérables, d’après l’ancienne Garde des Sceaux. Aminata Touré est sans concession, qu’il s’agisse de la France, de la Russie, de la Chine ou de tout autre pays, cela « c’est terminé », a martelé Aminata Touré.
« La question d’avoir des bases dans les pays des autres est une question dépassée, c’est un anachronisme, ça n’existe nulle part. Au nom de quoi vous voulez avoir des bases dans les pays de quelqu’un d’autre ? C’est fini, c’est terminé », estime Aminata Touré.
Dans la même veine, que les États-Unis choisissent de renvoyer des étrangers de leur sol reste une décision souveraine, voire même légitime. Pour Aminata Touré, ce qui compte, c’est le Sénégal, c’est l’Afrique d’abord. Puisque de l’autre côté, Donald Trump professe à la ville et au monde l’Amérique d’abord, les Africains devraient aussi assumer de dire, d’assumer et de faire tout pour l’Afrique d’abord.
En revanche, dans le processus d’expulsion, les États-Unis devraient se comporter comme le pays civilisé qu’ils prétendent être, en respectant strictement les droits des émigrés. C’est le moment d’en donner la preuve. Parce qu’être émigré ne rime pas avec criminel.
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POUR UNE ÉCONOMIE DE LA DIGNITÉ
Alors que le Sénégal traverse une crise des finances, Felwine Sarr insiste : les infrastructures et la croissance économique ne sont pas des fins en soi. Il suggère la production 'd'une fabrique de l'humain', au-delà des seuls indicateurs de performance
Dans un entretien accordé ce dimanche 16 février 2025 à l'émission "Objection" de Sud FM, l'économiste et enseignant-chercheur à Duke University, Felwine Sarr, a livré une analyse percutante sur la nécessité de repenser fondamentalement la théorie économique depuis une perspective africaine. Alors que le Sénégal traverse une crise financière majeure, avec une dette publique avoisinant les 100% du PIB, le penseur sénégalais appelle à une refondation complète de la pensée économique africaine.
L'universitaire développe une critique fondamentale du modèle économique actuel, plaidant pour l'émergence d'une "économie politique de la dignité". Cette approche, explique-t-il, doit dépasser la simple poursuite de biens matériels et ce qu'il qualifie de "modernité de seconde zone". "Le développement devrait être un espace où on construit les humains à tous les étages de l'être", affirme-t-il, appelant à repenser les finalités mêmes de l'activité économique.
L'invité de Baye Omar Guèye dénonce ce qu'il considère comme une crise profonde de la vision du développement en Afrique. Pour lui, les infrastructures et la croissance économique ne sont pas des fins en soi, mais doivent servir à "construire l'humanité" et "produire une fabrique de l'humain". Cette approche implique une redéfinition radicale des priorités et de l'allocation des ressources.
L'investissement dans le capital humain constitue, selon Felwine Sarr, la priorité absolue pour les pays africains. Il rappelle l'exemple historique du Sénégal sous Senghor, où 30% du budget était alloué à l'éducation - un choix critiqué à l'époque mais dont la pertinence s'est révélée avec le temps. Pour l'économiste, la jeunesse représente "la ressource la plus importante" et nécessite une "grande ambition de formation".
Cette vision implique une répartition équitable des opportunités sur l'ensemble du territoire. L'auteur d'Afrotopia insiste sur l'importance des "facteurs de conversion" - infrastructures, accès à l'éducation, à la santé - permettant aux individus de développer leurs "capabilités", selon la théorie d'Amartya Sen. Il dénonce les disparités actuelles qui créent des "problématiques de déliaison sociale" et un sentiment d'abandon dans certaines régions.
L'analyste pointe plusieurs faiblesses structurelles dans les politiques publiques africaines. Il critique notamment l'absence d'autonomie dans la conception des politiques économiques depuis les indépendances, appelant à "sortir du mimétisme" et à "prendre le destin économique en main".
Sur la question des ressources naturelles, il plaide pour une approche stratégique de long terme, suggérant même que les pays devraient parfois différer l'exploitation de leurs ressources jusqu'à ce qu'ils puissent en tirer le meilleur profit. Il souligne l'urgence de développer une autonomie dans les secteurs stratégiques, citant l'exemple révélateur de la dépendance pharmaceutique révélée pendant la pandémie.
Pour Felwine Sarr, les intellectuels africains ont une responsabilité particulière dans ce processus de transformation. Il les appelle à "créer des idées, des doctrines, des visions du monde" adaptées aux réalités africaines. "C'est à partir de l'Afrique qu'on doit repenser l'économie africaine, mais surtout l'économie du monde", affirme-t-il, positionnant le continent comme un possible laboratoire de solutions innovantes.
Cette mission intellectuelle implique de "reconnecter la recherche" avec les réalités locales et de développer une véritable autonomie de pensée. Sarr insiste sur le fait que cette autonomie intellectuelle ne signifie pas un repli sur soi, mais plutôt la capacité à "produire des réponses adaptées à nos situations".