SenePlus | La Une | l'actualité, sport, politique et plus au Sénégal
3 avril 2025
Femmes
Par Fatou Warkha SAMBE
POUR LE CODE DE LA FAMILLE, UN COMPROMIS ANTI-FÉMINISTE OU UNE RÉFORME ?
La députée Marème Mbacké interroge l'article 277 qui prive les mères de l'autorité parentale, mais choisit étrangement de se distancer du féminisme, ignorant ainsi une discrimination qui affecte toutes les Sénégalaises
La question de l’autorité parentale, soulevée par la députée Marème Mbacké dans une question écrite adressée au ministre de la Justice, remet en lumière un débat central pour les organisations féminines et féministes : les inégalités structurelles du Code de la famille.
Depuis des décennies, ces organisations dénoncent un cadre juridique qui institutionnalise la domination masculine et limite drastiquement les droits des femmes, notamment en matière de parentalité.
Dans le Code de la famille sénégalais, c’est l’article 277 qui traite précisément la problématique soulevée par Mme Mbacké. Cet article reconnaît l’autorité parentale aux deux parents, mais en confie l’exercice exclusif au père, tant que le mariage subsiste. En posant un regard restrictif sur cette question, uniquement comme une préoccupation des femmes de la diaspora, la députée semble ignorer que ce problème touche toutes les Sénégalaises.
Curieusement, l’honorable précise que sa requête «ne s’inscrit pas dans une perspective féministe». Pourquoi cette mise à distance d’un combat qui, par essence, concerne les droits fondamentaux des femmes ? Pourquoi cette prudence sémantique qui évite soigneusement de nommer l’inégalité flagrante inscrite dans la loi ? Une réforme qui se contente d’amender un article sans toucher aux fondements mêmes du Code de la famille risque de ne produire qu’un effet cosmétique.
Ce choix politique interroge : s’agit-il d’une stratégie pour éviter d’affronter une résistance conservatrice ou d’une véritable conviction que la réforme doit se limiter à des ajustements mineurs ? Or, cette posture fragilise toute tentative de transformation réelle du cadre juridique. Il est essentiel de comprendre que l’autorité parentale ne peut être dissociée des autres injustices systémiques présentes dans le Code de la famille. L’inégalité dans la gestion des biens, l’obligation de résidence imposée aux femmes et la marginalisation juridique des mères divorcées ne sont pas des anomalies isolées : elles reflètent une vision dépassée de la famille, où la subordination des femmes est normalisée. Réformer uniquement l’autorité parentale, sans s’attaquer à ces injustices structurelles, reviendrait à ignorer la réalité des discriminations vécues au quotidien.
La réforme risque d’être un simple pansement sur une blessure profonde plutôt qu’une refonte structurelle qui garantirait une égalité réelle entre les parents. Pourtant, il faut reconnaître à Mme Mbacké le mérite d’avoir soulevé cette problématique et de l’avoir portée sur la scène politique. Remettre en question l’article 277 est une étape essentielle, mais elle ne saurait suffire si elle ne s’accompagne pas d’une remise en cause plus large des mécanismes discriminatoires qui sous-tendent le Code de la famille.
Loin d’être une menace, une approche féministe renforcerait cette réforme en lui donnant une cohérence et une portée véritablement transformative. A moins de vouloir préserver des inégalités systémiques, pourquoi craindre un cadre féministe qui ne fait que revendiquer l’égalité des droits pour tous ? Il est essentiel de rappeler que cette demande, quelle que soit la perspective dans laquelle elle s’inscrit, ne peut pas faire l’impasse sur les principes fondamentaux de justice et d’inclusion. Elle vise à rétablir une justice, non à favoriser un camp contre un autre. La refonte du Code de la famille doit être pensée de manière globale et structurelle, au-delà des considérations politiques et des résistances idéologiques. Il ne suffit pas d’interpeller sur un article en particulier sans questionner les fondements mêmes de l’organisation familiale telle que définie par la loi. C’est tout le cadre normatif qui doit être repensé pour sortir d’un modèle où l’autorité et la responsabilité parentales sont encore largement dictées par des présupposés sexistes et dépassés.
L’article 277 s’inscrit dans une architecture juridique plus vaste qui repose sur la puissance maritale consacrée par l’article 152 : «Le mari est le chef de la famille.» Une affirmation qui n’a rien d’anodin, puisqu’elle justifie à elle seule l’ensemble des dispositions légales discriminatoires à l’égard des femmes.
• Article 153, alinéa 2 : Le mari choisit le domicile conjugal sans que la femme puisse s’y opposer.
• Article 196 : Interdiction de la recherche de paternité pour les enfants nés hors mariage, les privant ainsi de droits fondamentaux.
• Article 381 : Les biens du foyer sont présumés appartenir au mari, renforçant une inégalité économique et successorale.
Toutes ces dispositions sont imbriquées : elles ne relèvent pas d’une anomalie isolée, mais bien d’un système de domination ancré dans la législation. Revoir l’article 277 sans questionner les autres textes qui en découlent, revient à rafistoler une structure dont le fondement même est inégalitaire.
Cette situation n’a pourtant rien de nouveau, et n’a pas toujours été portée uniquement par la volonté de la Société civile. En 2016, par arrêté du Garde des sceaux, un comité technique de révision des dispositions discriminatoires à l’égard des femmes a été mis en place. Ce comité, appuyé par le Pasneeg, était composé de représentants des ministères de la Santé, de la Femme et de la Justice. Cependant, au sein de ce comité, seule l’Ajs a été incluse pour représenter la Société civile. Malgré ce travail minutieux et des propositions claires et applicables, le document soumis est resté enfoui dans les tiroirs du bureau du président de la République, Macky Sall à l’époque, et depuis sans suite, démontrant ainsi une volonté manifeste d’éviter toute réforme profonde qui remettrait en question les privilèges masculins ancrés dans la législation.
Le Code de la famille, conçu dans les années 1960 comme un compromis entre droits coutumier, religieux et napoléonien, est aujourd’hui dépassé. Il ne reflète ni les réalités actuelles ni les engagements du Sénégal en matière de droits humains et d’égalité des sexes. Cette inaction illustre-t-elle un refus d’émanciper véritablement les femmes de l’emprise légale des hommes ?
Ces propositions ne se limitent pas à une simple modification de l’article 277, mais visent une refonte en profondeur du Code de la famille :
• Aligner l’âge légal du mariage à 18 ans pour tous, sans exception.
• Abolir la puissance maritale et garantir une co-responsabilité parentale effective.
• Permettre l’établissement de la filiation paternelle par différents moyens de preuve, y compris l’Adn.
• Garantir une protection juridique et financière équitable aux femmes dans le mariage et en cas de divorce.
La précision de Mme Mbacké sur l’absence d’une approche féministe dans sa démarche en dit long. Si cette interpellation parlementaire avait véritablement pour but d’améliorer la situation des mères et des enfants, elle aurait nécessairement impliqué une critique globale et structurelle du Code de la famille.
Ce que nous demandons, ce n’est pas une mesure isolée, mais une transformation structurelle qui garantisse enfin aux femmes une place égale dans la famille et dans la société. Il est temps de poser des actions concrètes qui mettent fin à l’injustice, pour le bénéfice des femmes, des enfants et de l’ensemble de la société. Que la réforme soit perçue ou non comme féministe, elle demeure essentielle pour instaurer une véritable égalité juridique.
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
MARIAMA BÂ, L’ŒUVRE MAJEURE
EXCLUSIF SENEPLUS - À travers son récit, c’est l’histoire du Sénégal qui apparaît en filigrane avec ses oppositions et son lot d’absurdité, ses contrastes entre caste et liberté, cet entre-deux monde de la culture nègre
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
Le récit de Mariama Bâ, Une si longue lettre, appartient assurément au patrimoine culturel africain, comme une œuvre intemporelle et universelle qui résonne au panthéon de la littérature avec précision et émotion. C’est que cette longue confession épistolaire d’une femme, Ramatoulaye, qui relate à sa meilleure amie les étapes de sa vie avec ses joies et ses douleurs, contient une vérité puissante, à la fois de manière littéraire et de manière profondément humaine.
Mariama Bâ, à travers des problématiques qui semblent au départ très personnelles, ouvre le débat sur les contradictions de la société sénégalaise contemporaine. Elle y évoque tour à tour le mariage, la mort, la maternité, la polygamie, l’hypocrisie qui entoure les rituels sociaux, la pauvreté des esprits parfois et la cruauté éblouissante de la vie.
Célébrant la force des femmes, leur courage, leur abnégation, Mariama Bâ, par cette longue lettre, dénonce toutes les injustices dont elles sont trop souvent victimes. Ces vies brisées sont le résultat de la société des hommes qui ne regarde pas assez l’incroyable créativité et l’intelligence féconde des femmes.
Femme de tête et appartenant à l’élite sénégalaise, Ramatoulaye traverse une période douloureuse, celle de la retraite traditionnelle liée à son veuvage, réclusion amère qui devient le récit du livre, celui de sa vie qui, si elle fut lumineuse en certains aspects, contient aussi des ombres indissociables qui alourdissent son regard.
À travers ce récit, c’est aussi l’histoire du Sénégal qui apparaît en filigrane avec ses oppositions et son lot d’absurdité, ses contrastes entre tradition et modernité, entre caste et liberté, entre chien et loup, cet entre-deux monde de la culture nègre et celle dévastatrice et imposante de l’univers occidental qui brouille les cartes et chasse les identités profondes tout en révélant un malaise culturel, héritage de la colonisation et de l’autonomie des Indépendances à reconquérir. Formidable époque d’espérance toutefois où l’unité est clamée comme une évidence. Quelques lignes du livre servent aussi à dénoncer déjà le gaspillage républicain, la corruption vermine prête à se lever pour tout dévaster.
L’importance de l’éducation et du savoir est également une des pierres angulaires du livre, le sacerdoce de Mariama Bâ qui se pose comme une auteure engagée, une philosophe inspirée d’une esthétique littéraire marquée par le bouleversement, par la réflexion faite de lumières, par la compréhension humaine et par l’efficacité.
Femme de lettres, intellectuelle et ayant reçu une éducation traditionnelle et religieuse, Mariama Bâ était aussi une militante de la cause des femmes, dénonçant ardemment la polygamie et le cloisonnement des castes. En deux livres seulement, elle a su dire, de manière sensible et talentueuse, l’essentiel des controverses de notre société. Comment ne pas voir, de façon assez troublante d’ailleurs, à travers les traits de Ramatoulaye, au moyen de sa voix, le combat de Mariama Bâ. En dévoilant ses sentiments intimes, pourtant jamais déplacés, Mariama Bâ touche tous les cœurs et engage une réflexion profonde de la condition des femmes, tout en dessinant la dureté de certains hommes veules.
Il y a aussi dans ce livre des fulgurances poétiques, des métaphores savamment construites qui expliquent sans lourdeur les complexités humaines. La plume de Mariama Bâ est à la fois assurée, pleine et fragile, comme la mère soucieuse qu’incarne Ramatoulaye : « On est mère pour illuminer les ténèbres. On est mère pour couver, quand les éclairs zèbrent la nuit, quand le tonnerre viole la terre, quand la boue enlise. On est mère pour aimer, sans commencement ni fin. » Veuve et refusant une nouvelle union, elle doit assumer toute la charge de son foyer. Ou encore quand elle installe une réflexion ample et vaste de la condition des hommes, de tous les êtres : « Les mêmes remèdes soignent les mêmes maux sous tous les cieux, que l’individu soit noir ou blanc : tout unit les hommes. »
Cette si longue lettre est aussi une parole qui vibre puissamment à travers un verbe immensément beau : « j’aurai autour de moi l’iode et le bleu de la mer. Seront miens l’étoile et le nuage blanc. Le souffle du vent rafraîchira encore mon front. Je m’étendrai, je me retournerai, je vibrerai. »
Voyant approcher la dernière page en refermant le livre, on a un sentiment de tristesse car on a partagé ce destin littéraire et Ramatoulaye est devenue une alliée, comme une sorte de confidente. Ainsi les femmes, toutes les femmes, à travers le regard de Mariama Bâ, incarnent le discernement, la tendresse, la grandeur et portent en elles une lumière incandescente, immortelle qui nous berce comme un chant sacré.
Amadou Elimane Kane est écrivain, poète.
Un chant écarlate, Les Nouvelles éditions Africaines, Dakar, 1981
Une si longue lettre, éditions Le Serpent à Plumes, collection Motifs, Paris, 2001
La restitution de la résidence d'écriture Intersections Selebeyoon dévoilera le travail de huit créatrices africaines sous le parrainage de Ken Bugul. Cette soirée du 7 février à la place du souvenir marquera également le début d'un hommage à Safi Faye
(SenePlus) - Le Festival Africain du Film et de la Recherche Féministes (CINEFEMFEST) Gëstu Nataal i Jigeen s'apprête à présenter les résultats de sa résidence d'écriture 2024 lors d'une cérémonie qui se tiendra le 7 février à la place du souvenir africain de Dakar. Cet événement, qui débutera à 16h30, marquera l'aboutissement d'un projet créatif unique rassemblant huit femmes talentueuses du continent africain et de sa diaspora.
La résidence d'écriture Intersections : Selebeyoon, qui s'est déroulée à Toubab Dialaw en octobre-novembre 2024, a réuni un groupe diversifié d'écrivaines, de chercheuses, de commissaires d'exposition, de photographes et de cinéastes. Sous le parrainage de l'écrivaine Ken Bugul, cette initiative a donné naissance à une publication collective qui sera présentée lors de la cérémonie.
L'événement mettra également à l'honneur le cinéma pionnier de Safi Faye avec la projection de son film emblématique "Kaddu Beykat" (Lettre Paysanne). Tourné à Fadial, en pays Sereer, ce film célébrera son cinquantième anniversaire en 2025. Sa pertinence reste intacte alors que le Sénégal s'engage dans un processus de réforme foncière et agraire.
Le festival prévoit une tournée de projection de "Kaddu Beykat" dans les établissements scolaires, les universités publiques et les espaces culturels de Dakar et sa région. Cette initiative vise à faire découvrir l'œuvre de Safi Faye aux nouvelles générations et au grand public. La cinéaste, première Africaine dont les films ont connu une distribution commerciale, a réalisé treize films au total, explorant des thématiques cruciales telles que l'émancipation féminine, l'indépendance économique, la souveraineté et les traditions en pays sérère.
Sa filmographie impressionnante comprend des œuvres marquantes comme "La Passante" (1972), "Revanche" (1973), "Fad'jal Goob na nu" (1979), "Man Sa Yay" (1980), "Les Âmes au soleil" (1981), "Selbé et tant d'autres" (1982), jusqu'à son dernier film "Mossane" (1996).
Le CINEFEMFEST avait déjà rendu hommage à Safi Faye lors de son édition 2023, soulignant son rôle de pionnière dans le cinéma africain. Pour plus d'informations sur le festival et ses activités, les organisateurs invitent le public à consulter le site web cinefemfest.com ou à les contacter directement à l'adresse cinefemfest@cinefemfest.com.
Cette initiative s'inscrit dans une démarche plus large de valorisation et de préservation du patrimoine cinématographique féministe africain, tout en encourageant l'émergence de nouvelles voix créatives sur le continent.
LEVÉE DE BOUCLIERS CONTRE LE PATRIARCAT
Le combat pour l'égalité parentale s'intensifie au Sénégal, où un simple refus de signature paternelle peut briser l'avenir d'un enfant. En 2025, le Code de la famille continue de reléguer les femmes en citoyennes de seconde zone
Au Sénégal, seul un homme est reconnu comme chef de famille, selon le code de la famille. Cette prérogative lui donne le pouvoir de contrôler presque tous les aspects de la vie familiale, à savoir le lieu de résidence, l'autorisation de délivrance de documents administratifs pour leurs enfants. Ainsi, l'autorité parentale revient uniquement au père pendant le mariage. Ce cadre juridique laisse les femmes, en particulier les mères divorcées et célibataires, dans une situation de vulnérabilité et d'impuissance, car elles sont incapables de prendre les décisions les plus élémentaires pour leurs enfants sans l'accord du père.
Nafi, une mère divorcée, incarne les difficultés auxquelles sont confrontées de nombreuses femmes sénégalaises à cause d'un code de la famille obsolète. Après son divorce, elle s'est retrouvée seule responsable de l'éducation de son enfant. Lorsqu'elle a voulu renouveler le passeport de son fils, son ex-mari a refusé de lui accorder l'autorisation parentale nécessaire. «Il n'a jamais respecté les décisions du tribunal : pas de pension alimentaire, pas de visites, rien. J'ai tout fait pour mon enfant, mais lorsque son passeport a expiré, j'ai dû courir après mon ex-mari pendant six mois pour obtenir l'autorisation d'en faire un nouveau», se souvient Nafi, la voix teintée de frustrations. Cette épreuve n'est que trop fréquente pour les femmes divorcées au Sénégal qui se retrouvent souvent impuissantes face à un système juridique qui favorise les hommes. Le système juridique, qui est censé protéger les enfants, est souvent utilisé comme une arme contre leurs mères.
Aminata partage une histoire similaire, qui fait écho à l'expérience de nombreuses femmes divorcées au Sénégal. Frustrée par le refus de son ex-mari de coopérer, elle a demandé conseil à l'association des juristes sénégalaises (AJS) et a pu obtenir une délégation de l'autorité parentale. «Je ne pouvais pas obtenir des documents de base pour mon enfant sans le consentement du père. J'ai finalement demandé de l'aide à l'AJS (Association des Juristes Sénégalaises), qui m'a guidée pour obtenir la délégation de l'autorité parentale. Maintenant, je peux prendre des décisions pour mon enfant sans être à la merci de mon ex-mari», explique-t-elle. Ces batailles mettent en lumière les obstacles systémiques auxquels les femmes sont confrontées dans le cadre du code de la famille actuel.
Les femmes divorcées, les véritables victimes de l’article 277 duCode de la famille
Aissatou, comme beaucoup d'autres femmes, se demande pourquoi la loi dit qu'une mère qui porte son enfant pendant neuf mois et l'allaite pendant près de deux ans doit avoir l'autorisation du père pour l'emmener dans les procédures administratives. En effet, l'article 277 du code de la famille sénégalais est au cœur du problème. Il accorde au père l'autorité parentale exclusive pendant le mariage, exigeant sa signature sur toute autorisation parentale, écartant de fait les mères de la participation aux décisions cruciales concernant la vie de leurs enfants. La loi permet non seulement aux pères de refuser la reconnaissance de paternité, mais elle interdit également les tests de paternité, ce qui renforce encore la domination masculine dans les affaires familiales. Cette structure juridique perpétue un système dans lequel les hommes détiennent tout le pouvoir de décision, laissant aux femmes des droits et des recours limités. Cette disposition persiste malgré l'évolution du rôle des femmes dans la société sénégalaise, où elles occupent désormais des postes de responsabilité professionnelle importants. Les activistes et les organisations féministes appellent à une révision de cette loi pour refléter les réalités de la vie familiale moderne où les femmes sont souvent les principales pourvoyeuses de soins.
Le poids émotionnel du pouvoir patriarcal
L'impact de ce cadre juridique patriarcal va au-delà des obstacles administratifs. Des femmes comme Nafi éprouvent une grande détresse émotionnelle en raison de leur manque d'autonomie. «J'ai évité de parler de la situation à mon fils pour qu'il n'ait pas une mauvaise image de son père. Personnellement, j'étais furieuse d'être aussi impuissante. J'étais furieuse. Comment pouvais-je m'occuper de tout et me faire dire que j'avais besoin d'un papier d'un père qui nous avait abandonnés pour voyager ?» explique-t-elle de sa profonde frustration et sa colère face à l'injustice imposée par la loi. Ce sentiment d'impuissance s'étend à d'autres aspects de leur vie, qu'il s'agisse des rendez-vous manqués ou de l'anxiété constante de naviguer dans un système qui leur est défavorable.
Comment les obstacles juridiques affectent la vie des enfants
Les effets de ces obstacles juridiques ne se limitent pas aux mères. Ils ont également un impact profond sur les enfants. Dans des cas comme celui de Nafi, où le père est absent, les enfants peuvent passer des années sans voir leur parent, ce qui entraîne des relations tendues et une détresse émotionnelle. Le fils de Nafi n'a pas vu son père depuis huit ans, celui-ci vivant à l'étranger et ne le contactant que sporadiquement via WhatsApp. Cette absence a laissé de profondes cicatrices émotionnelles. «Le refus de son père de coopérer a affecté nos vies : rendez-vous manqués, projets gâchés et troubles émotionnels. Il ne s'agit pas seulement de paperasse ; il s'agit du lien entre un père et son enfant, qui est en train d'être érodé par une loi qui donne la priorité à l'autorité paternelle sur la responsabilité parentale», se désole Nafi.
Aïssatou : « Mon fils a perdu une bourse d’étude à cause du refus de son père de signer l’autorité parentale»
L'histoire de Nafi n'est qu'une des nombreuses illustrations de l'impact psychologique du code familial patriarcal sénégalais sur les femmes et les enfants. Le fils d’Aïssatou a voulu étudier à l’étranger mais son papa n’a pas signé l’autorité parentale. «Nous avions des problèmes et pour me coincer, lorsque je lui ai demandé de signer l’autorité parentale pour notre fils, il a refusé. Et ce dernier a perdu sa bourse d’étude depuis lors, il s’isole et cela me fend le cœur de le voir ainsi. Tout cela à cause d’un père aigri et égoïste», se désole Aissatou. En effet, l'obligation légale d'obtenir l'autorisation du père pour des tâches administratives de base perturbe la vie quotidienne et empêche l'enfant de voyager, d'accéder à l'éducation et de recevoir des soins médicaux. Cette situation est exacerbée par la capacité du père à refuser son consentement par dépit ou par négligence, ce qui complique encore l'éducation de l'enfant.
Les réformes du Maroc peuvent inspirer le Sénégal
La structure patriarcale du Sénégal n'est pas unique sur le continent africain. Alors que le Sénégal est confronté à ces défis, d'autres pays africains, comme le Maroc, ont réalisé des progrès significatifs dans la réforme de leur droit de la famille. Le Maroc, par exemple, a réformé son code de la famille, la Moudawana, en 2004 afin d'accorder l'autorité parentale partagée et d'améliorer les droits de garde pour les femmes. Ces réformes ont été motivées par un mouvement croissant en faveur des droits des femmes et visaient à aligner le cadre juridique sur les normes internationales en matière de droits de l'homme. Avant 2004, les pères marocains avaient l'autorité parentale exclusive, comme c'est le cas au Sénégal. Toutefois, les réformes reconnaissent désormais le rôle des deux parents dans l'éducation des enfants et la prise de décision. Cette évolution a permis aux mères marocaines d'avoir davantage leur mot à dire dans la vie de leurs enfants, même en cas de divorce. Contrairement au Sénégal, où les femmes ont toujours besoin de l'autorisation de leur père pour ouvrir un compte bancaire pour leur enfant ou pour voyager à l'étranger, les textes marocains donnent autant de pouvoir aux mères qu'aux pères. Ce contraste souligne l'urgence de réformes juridiques similaires au Sénégal pour promouvoir l'égalité des sexes et protéger les droits des femmes.
Montee d’un mouvement en faveur du partage des droits parentaux
Au Sénégal, le mouvement en faveur de réformes similaires prend de l'ampleur. En mars dernier, une coalition de féministes, d'activistes, d'organisations de la société civile et de groupes de défense des droits de l'Homme a lancé une campagne en faveur de l'autorisation parentale partagée. L’objectif de la campagne est de plaider pour une révision de la loi sur le partage des droits et des responsabilités parentales. Il s’agit de permettre aux femmes d'effectuer des démarches administratives au nom de leurs enfants sans avoir besoin de l'autorisation du père. Cependant, malgré ces efforts, la situation reste inchangée, ce qui souligne la nécessité de poursuivre les actions de plaidoyer et de sensibilisation du public.
La militante féministe, Jaly Badiane, souligne l'importance de l'éducation du public parallèlement à la réforme juridique. « Nous devons d'abord demander aux autorités de réviser la loi, mais aussi à la population de comprendre l'importance de cette révision et les raisons pour lesquelles ces changements sont nécessaires. Le partage de l'autorité parentale ne signifie pas que l'on supprime les droits des pères ; il s'agit de faire en sorte que les deux parents puissent prendre des décisions dans l'intérêt supérieur de leurs enfants», explique-t-elle. Elle souligne la nécessité d'adopter des lois qui reflètent les expériences vécues par les familles sénégalaises et protègent les droits des femmes et des enfants. Ses efforts sont essentiels pour combler le fossé entre les réformes juridiques et l'acceptation par la société, en veillant à ce que les changements soient durables et largement soutenus. «Nous devons réviser le code de la famille pour qu'il reflète la réalité des familles sénégalaises modernes. La loi devrait reconnaître que les deux parents, quel que soit leur statut matrimonial, ont le droit et la responsabilité de s'occuper de leurs enfants», affirme Mme Sarr.
Entre 2021 et 2023, les boutiques de l’AJS ont reçu 665 demandes de garde d'enfants
Madjiguène Bakhoum Sarr, responsable de la communication à l'association des juristes sénégalaises (AJS) et membre fondateur de la campagne pour le partage de l'autorité parentale, joue un rôle central dans ce combat. Elle décrit les difficultés quotidiennes des femmes qui s'adressent à l'AJS pour obtenir de l'aide en matière de garde d'enfants et d'administration juridique. Grâce à leurs boutiques juridiques réparties dans tout le pays, elles aident les femmes à naviguer dans le système juridique, qu'il s'agisse d'obtenir la garde des enfants, de garantir la pension alimentaire ou de se battre pour obtenir l'autorisation parentale. «Entre 2021 et 2023, nous avons reçu 665 demandes de garde d'enfants dans l'ensemble de nos boutiques juridiques.
Il ne s'agit pas de cas isolés : ces femmes se battent pour obtenir le droit fondamental de prendre des décisions pour leurs enfants sans avoir besoin du consentement du père», explique Mme Sarr. Les efforts d'AJS sont essentiels dans la lutte plus large pour l'égalité des sexes au Sénégal, car ils fournissent un soutien juridique et un plaidoyer pour les femmes qui luttent contre les dispositions discriminatoires et servent de plateforme pour que les voix des femmes soient entendues.
Les histoires personnelles de femmes comme Nafi et Aminata sont le moteur de la réforme juridique au Sénégal, car elles mettent en évidence les implications réelles des dispositions discriminatoires du code de la famille. Ces récits personnels mettent en lumière les conséquences concrètes de lois obsolètes et le besoin urgent de changement. Ils humanisent les questions juridiques mais démontrent également la résilience des femmes sénégalaises, qui continuent à se battre pour leurs droits en dépit d'obstacles importants.
L'urgence d’un changement juridique auSénégal
Le code de la famille sénégalais a désespérément besoin d'être réformé pour refléter les réalités de la vie moderne. Le cadre juridique actuel, ancré dans les traditions patriarcales, ne protège pas les droits des femmes et des enfants, ce qui les rend vulnérables et les prive de leurs droits. Pour aller de l'avant, le Sénégal doit donner la priorité à la révision des lois discriminatoires telles que l'article 277, afin de garantir à tous les citoyens, quels que soient leur sexe, l'égalité des droits et des chances. Les femmes sénégalaises revendiquent le droit de prendre des décisions pour leurs enfants indépendamment des caprices du père. Cet effort collectif souligne la nécessité absolue de faire évoluer le code de la famille pour l'aligner sur les normes contemporaines en matière d'égalité des sexes.
Une nouvelle vision des droits parentaux au Sénégal
La campagne pour le partage de l'autorité parentale est plus qu'une simple bataille juridique ; c'est un mouvement vers une société plus juste et plus équitable. Il s'agit de faire en sorte que les femmes et les enfants du Sénégal puissent vivre dans la dignité, la sécurité et l'égalité. Le plaidoyer et l'activisme continus de l’AJS et d'autres organisations offrent l'espoir que les structures juridiques patriarcales peuvent être transformées, ouvrant la voie à un avenir plus équitable pour tous les Sénégalais. En révisant le code de la famille et en reconnaissant les rôles égaux des mères et des pères dans l'éducation de leurs enfants, le Sénégal peut faire un pas important vers l'égalité des sexes.
LES FEMMES A L’EPREUVE DES COUTUMES ET TRADITIONS
La loi sur le Domaine national de 1964, qui organise la gestion foncière au Sénégal, consacre un accès équitable à la terre. Du fait de pratiques et réalités culturelles et traditionnelles, les femmes éprouvent d’énormes difficultés à disposer de terres
La loi sur le Domaine national de 1964, qui organise la gestion foncière au Sénégal, consacre un accès équitable à la terre. Seulement, du fait de pratiques et réalités culturelles et traditionnelles, les femmes éprouvent d’énormes difficultés à disposer de terres pour leurs activités agricoles et pastorales.
Au Sénégal, la petite terre dont disposent les femmes n’est souvent pas de bonne qualité. Elles occupent des parcelles déjà utilisées et peu productives. Dans diverses contrées du pays, notamment dans la région de Fatick (Centre) et en Casamance au Sud, la salinisation des terres porte atteinte à leurs activités. Dans la zone des Niayes, lieu de production de fruits et légumes situé à quelques kilomètres (km) de la capitale, Dakar, la prédation foncière réduit leur chance d’avoir un lopin de terre. Elles louent ou empruntent des surfaces cultivables. Dans la Vallée du Fleuve Sénégal, au Nord, elles ne sont pas aussi mieux loties. Elles peinent à s’imposer, face à la rude concurrence des firmes agricoles.
En réalité, alors qu’elles n’ont accès qu’à une infirme partie du foncier, les femmes ne parviennent à exploiter la terre qu’à travers des groupements. Cheffes de ménages à qui revient la charge de bouillir la marmite dans beaucoup de zones, c’est à peine si elles arrivent à sortir la tête de l’eau. La survie au Sénégal étant fortement dépendante des exploitations familiales dont les tenanciers sont parfois des femmes. Or, ce mode d’agriculture, confronté à plusieurs difficultés, tend à disparaître.
Bref, le niveau d’accès des femmes au foncier agricole est relativement faible au Sénégal. Une étude de la Direction de l’Analyse, de la Prévision et des Statistiques (DAPSA), sur l’accès au foncier agricole par les jeunes et les femmes au Sénégal, réalisée en juillet 2021, signale que sur 7 femmes, une seule environ a eu un accès à la terre agricole durant la campagne agricole 2018-2019 ; soit 15,2%. La quasi-totalité des parcelles exploitées (89,1%) au Sénégal le sont sans titre de propriété. Ce constat est noté aussi bien au niveau des parcelles exploitées par les femmes (85,2%) que pour celles exploitées par les hommes (89,8%). La proportion des parcelles empruntées gérées par les femmes (10,3%) représente plus du double de celles empruntées gérées par des hommes (4,6%). Ce qui montre également que l’emprunt constitue une voie de recours non négligeable des femmes pour accéder à la terre.
Habitante de Darou Khoudoss, dans la zone des Niayes, et présidente du Réseau national des femmes rurales du Sénégal, Aïda Cissé, reconnaît une petite éclaircie dans la grisaille, mais demande une décision parlementaire (notamment une loi) pour faciliter l’accès des femmes à la terre. «Avec la sensibilisation, on note un changement. Mais, le problème reste entier. Jusqu’à présent, les hommes contrôlent la terre et, en cas de possession, les femmes éprouvent des difficultés pour la mise en valeur. Les autorités locales et administratives doivent prendre en compte les besoins des femmes. Mieux, l’Assemblée nationale doit définir un pourcentage pour les femmes», plaide-t-elle.
IMPACT SUR LA CULTURE FOURRAGÈRE
Au Sénégal, les femmes s’activent aussi dans l’élevage. Dans le département de Linguère, en pleine zone sylvopastorale, l’accès à la terre constitue un véritable problème pour les femmes qui ont choisi l’élevage. A cause des changements climatiques qui entraînent une forte chaleur, le tapis herbacé s'assèche ou est ravagé par des feux de brousses. Comme solution alternative, des éleveurs s’adonnent à la culture fourragère. Cependant, les femmes y arrivent à peine, à cause d’un manque de terre.
Fatimata Sall, habitante de Dahra Djoloff, dans le département de Linguère, en pleine zone d’élevage, est de la Direction Nationale des Femmes en Élevage. (DINFEL), une association de femmes éleveurs. «Nous n’avons pas accès à la terre. Nous ne sommes pas associées à la prise de décision, même si nous portons le combat. Nous avons des mini-fermes pour la culture du fourrage ; mais nous ne sommes pas en mesure de les développer», regrette-t-elle. Fatima Sall d’ajouter : «si nous avions des périmètres tout près de nos habitations, cela nous faciliterait la tâche. Pendant la période de soudure (mai-juin et juillet), les éleveurs transhument à la recherche du pâturage pour leur bétail». Fatima Sall est de ceux-là qui ne peuvent pas se déplacer, à cause de leurs activités domestiques. «Nous ne pouvons pas transhumer. En avril et mai, nous achetons la nourriture du bétail à Richard Toll, au Nord du Sénégal, à un peu moins d’un million. Nos bourses ne peuvent pas supporter cette charge», confie-t-elle.
Le Centre d’Études, de Recherches et de Formation en Langues Africaines (CERFLA), une organisation qui soutient le pastoralisme au Sénégal, reconnaît la difficulté des femmes à disposer de terres. «L’accès de façon générale à la terre est problématique. Avec le plaidoyer, les femmes puissent accéder à la terre car étant très actives de façon générale et ne sont pas propriétaires de terres ; ça pose un problème pour la durabilité de leurs activités. Dans la zone sylvo-pastorale, ce sont de grandes superficies qui sont partagées par les éleveurs. La plupart du temps, elles accèdent par groupement de femmes. Rarement, une femme exploite une terre qui n’est pas du domaine familiale», souligne Sophietou Loum.
UNE MÉCONNAISSANCE DES DROITS
Au Sénégal, CICODEV, l’institut panafricain de recherche, de formation et d’action pour la Citoyenneté, la Consommation et le Développement en Afrique, pilote un programme dénommé «Stand for Her Land». Le projet est une initiative mondiale lancée pour promouvoir la reconnaissance des droits fonciers des femmes, en général en Afrique, et au Sénégal en particulier. Cette campagne vise à sensibiliser les gouvernements, les communautés et les individus aux défis que rencontrent les femmes dans l'accès à la terre, ainsi qu'à défendre leurs droits fonciers.
Au Sénégal, la campagne investit dans le leadership des femmes de la base afin de catalyser le mouvement fort et solide en faveur des droits fonciers des femmes. L’objectif de la campagne est de combler le fossé entre les normes juridiques solides et les pratiques de ces droits pour les femmes sur le terrain, leur sécurisation et leur reconnaissance.
Le chargé de programme Gouvernance foncière à CICODEV, Mamadou Sambe, trouve que «le contrôle des terres demeure un problème majeur pour les femmes au Sénégal, en raison de plusieurs facteurs culturels, sociaux et économiques. La plupart des femmes rurales ont accès à la terre à travers les propriétés familiales».
15% des femmes au Sénégal ont un accès et un contrôle sur les terres selon la Banque mondiale. Cela reflète, à en croire l’institution financière, «l'inégalité de l’accès à la terre, où une grande majorité des terres restent entre les mains des hommes». L’explication est notamment liée aux coutumes et traditions. «Les pratiques foncières au Sénégal sont souvent régies par des systèmes de droit coutumier qui favorisent les hommes. Dans beaucoup de communautés, les terres sont héritées par les hommes, et les femmes n'ont pas les mêmes droits fonciers que les hommes. Les coutumes patriarcales influencent la transmission des terres de manière à ce que seuls les hommes héritent des propriétés familiales, excluant souvent les femmes de l'accès à la terre». Pis, l’accès limité aux ressources économiques bloque l’accès des femmes à la terre. «Elles ont souvent un accès limité aux ressources économiques pour acheter ou louer des terres. Leur accès limité aux ressources économiques les empêche de participer pleinement à la valorisation des terres qui est l’une des conditions à remplir pour garder la terre». Au Sénégal, la méconnaissance du cadre juridique et le manque d’information bloquent également les femmes. «De nombreuses femmes ignorent leurs droits légaux en matière de propriété foncière et sont souvent manipulées ou privées de leurs droits par des membres de leur famille ou des autorités locales. L'accès à l'information sur les droits fonciers est donc une barrière importante», relève Mamadou Sambe.
Depuis 1964, avec la loi 64-46 relative au Domaine national, l’Etat du Sénégal garantit l’accès à la terre à tous les citoyens. Cette loi est une avancée majeure, du point de vue historique, surtout pour les femmes, qui n’ont pas toujours eu, durant les périodes précoloniale et coloniale, les mêmes chances que les hommes d’accéder à la terre. Cependant l’application pose problème. Différentes réformes de la loi sur le Domaine national ont été entreprises, sans succès.
VIDEO
LES ANCÊTRES ONT UN MESSAGE POUR VOUS...
Mariane Senghor, comme le mentionne fort à propos la commissaire d’exposition dans sa présentation, est « une artiste au-dessus des contingences matérielles ». Artiste visuelle, sa prodigieuse exposition est encore visible jusqu’au 7 février à la Galerie
Mariane Senghor, comme le mentionne fort à propos la commissaire d’exposition dans sa présentation, est « une artiste au-dessus des contingences matérielles ». Artiste visuelle, sa prodigieuse exposition est encore visible jusqu’au 7 février à la Galerie nationale.
Ce qui rend cette artiste particulière, c’est son audace à évoquer des thèmes peu habituels. Elle parle de guides, d’ancêtres, de messages, de spiritualité et d’éveil. Elle semble être, vraisemblablement, à un autre niveau de conscience, car, oui, ses sujets ne relèvent pas du monde physique et matériel, mais plutôt du domaine de la métaphysique et de l’immatériel. Elle aurait pu se croire folle ou les autres auraient pu le penser, mais non.
Elle écoute les messages du monde invisible pour les transmettre au monde visible. Elle possède quelque chose de surnaturel que seule une élévation spirituelle permet d’atteindre. Ce sont précisément ces phénomènes qu’elle illustre dans ses tableaux ou à travers des coiffures qu’elle a matérialisées. C’est une production immense et riche qu’elle offre au regard.
Lors du vernissage, en présence de nombreuses personnalités et artistes de renom, elle a eu l’idée d’organiser un panel avec des chercheurs spécialistes des domaines liés à son exploration. Parmi eux, un chercheur en sciences sociales, spécialiste des savoirs endogènes, a fait une présentation sur l’art, l’univers et le champ quantique.
Deux semaines plus tard, un autre panel a eu lieu avec le Dr Éric Gbodossou, un autre chercheur profondément enraciné dans les valeurs de la civilisation négro-africaine qu’il s’efforce de vulgariser, d’enseigner et de transmettre.
Mariane Senghor ne cesse de rappeler à ses interlocuteurs : « Nous ne sommes pas seuls. Nous sommes connectés les uns aux autres : les humains entre eux, les animaux aux humains, les plantes aux humains, et surtout les humains aux autres réalités invisibles : Dieu, les guides, les anges, etc.
Mariane invite ses visiteurs à l’éveil spirituel. Quelqu’un nous parle. C’est juste que, dans la frénésie de nos vies modernes, nous n’écoutons pas ou ne savons pas écouter.
Pour elle-même, il a fallu la pandémie de Covid-19 pour l’immobiliser, provoquer un silence intérieur, et lui permettre de se mettre sur la bonne fréquence afin de capter les messages qui lui étaient destinés ou destinés à d’autres, et qu’elle devait transmettre.
Pour elle Mariane Senghor, la spiritualité africaine, la mère des spiritualité est tout a fait compatible avec les religions abrahamiques. Toutes peuvent cohabiter dans un bel élan et toute en harmonie. « Tout ce qui est doit être », dit-elle.
Il faut noter que cette jeune artiste prometteuse, avant de se révéler au grand jour sur ce sujet, a traversé des moments de doute, d’incertitude et de tourmente. Il a fallu qu’elle soit rassurée et qu’elle obtienne le réconfort du Dr Gbodossou, qui lui a expliqué ce qui lui arrivait de si étrange.
D’ailleurs, le médecin pense que si les choses évoluent dans le bon sens, elle accomplira de grandes choses pour l’humanité, notamment dans le domaine de la santé. Elle, qui a tout entre ses mains, comme son père le lui avait répété à maintes reprises.
VIDEO
YANNE, UNE ARTISTE EXPLORATRICE DE L’INHABITUEL
Ancienne directrice de la Galerie nationale, Awa Cheikh Diouf est la commissaire de l’exposition « Identité spirituelle universelle » de Mariane, qui a le toupet de s'attaquer à un sujet inhabituel. Awa Cheikh Diop pointe l’originalité du projet
AfricaGlobe Tv |
Fred Atayodi |
Publication 02/02/2025
Ancienne directrice de la Galerie nationale, Awa Cheikh Diouf est la commissaire de l’exposition « Identité spirituelle universelle » de l’artiste Mariane Diakher Senghor, qui a le toupet de s' attaquer à un sujet inhabituel après seize ans de recherches : la spiritualite dans la creation artistique. Mariane parle des guides, des anges, de Dieu...
L’exposition ouverte depuis le 7 janvier se poursuit jusqu’au 7 février 2025. Le vernissage a été suivi de deux panels autour de la thématique globale de l’événement. Dans cet entretien, Awa Cheikh Diouf, la commissaire, explique l’originalité du projet de Mariane, qu’elle qualifie d’« artiste au-dessus des contingences matérielles ».
En effet, il est rare qu’un artiste produise des œuvres qui ne relèvent pas du monde visible et matériel. Or, Mariane, pour sa part, a conçu un projet profondément basé sur le monde invisible, peignant des personnages et des réalités intangibles.
À travers ce projet, l’artiste invite tout simplement les humains à l’élévation spirituelle, à la connexion avec les ancêtres, au retour - voire au recours - à notre spiritualité d’origine, sans pour autant prôner un renoncement aux religions abrahamiques adoptées par les Africains.
In fine, le monde matériel ne doit pas totalement éclipser le monde invisible. Elle prône, en quelque sorte, une réconciliation entre le visible et l’invisible.
VIDEO
ARTISTE, JE SUIS ; GUÉRISSEUSE, JE NE SAIS PAS
L’homme propose, Dieu dispose. Mariane Senghor a choisi d’être artiste, mais il se pourrait que Dieu ait choisi autre chose pour elle. Seul le temps le dira. Ce qui est certain, c’est que cette artiste a tout entre les mains, et cela ne date pas d’hier
AfricaGlobe Tv |
Fred Atayodi |
Publication 02/02/2025
L’homme propose, Dieu dispose. Mariane Senghor a choisi d’être artiste, mais il se pourrait que Dieu ait choisi autre chose pour elle. Seul le temps le dira. Ce qui est certain, c’est que cette artiste a tout entre les mains, et cela ne date pas d’hier. Elle l’a toujours su, son père l’a expérimenté à plusieurs reprises, avant qu’un sachant de ces réalités ne le confirme. Mais est-elle prête à pratiquer de l’art thérapie et bien au dela ?
Artiste plasticienne, après seize ans de recherche, Mariane Diakher Senghor présente une exposition sur le thème « Identité spirituelle universelle ». Le vernissage a eu lieu le 7 janvier 2025 et l’exposition se poursuit encore à la Galerie nationale. Une exposition dans laquelle elle a peint des réalités du monde immatériel et invisible : les guides, les anges, les ancêtres, ou encore des animaux totems. Elle affirme n’avoir fait que transmettre les messages reçus des ancêtres.
Détenteur et défenseur des savoirs endogènes, praticien des médecines traditionnelles, le Dr Gbodossou, que Mariane a rencontré, lui a confirmé ce qu’elle a toujours pressenti et l’a rassurée face à ses doutes, ses craintes et ses hésitations concernant les manifestations en elle de quelque chose d’inhabituel.
En personne avertie, le médecin a dit à l’artiste qu’elle pourrait accomplir de grandes choses, notamment en apportant la guérison au monde, après avoir évalué leurs échanges.
Les choses se précisent et s’éclairent peu à peu pour elle. La réalisation de son projet d'exposition « Identité spirituelle universelle » est sans doute l'un des premiers actes de son éveil et de la matérialisation des messages qu’elle estime avoir reçus des ancêtres.
La plasticienne, par ailleurs enseignante en art, compte attendre patiemment que les choses se fassent et que ceux qui ont décidé de la missionner lui donnent la force requise, étant entendu que le monde est impitoyable.
Que l’on soit dans les religions révélées ou dans la spiritualité ancestrale, lorsqu’on s’élève, des forces antagonistes s’élèvent aussi, selon des témoignages.
C’est une grande responsabilité. Mariane est-elle prête à assurer cette mission qui lui aurait été confiée par les ancêtres ? Nous lui avons posé la question.
L'EXCISION EN RECUL
Dans la région de Kédougou, où la tradition semblait immuable, d'anciennes exciseuses deviennent désormais les gardiennes de ce changement. Une transformation qui redonne espoir dans un pays où 25% des femmes sont encore victimes de ces mutilations
(SenePlus) - D'après Le Monde, une révolution silencieuse s'opère dans le sud-est du Sénégal, où des dizaines de villages renoncent officiellement à la pratique de l'excision, pourtant profondément ancrée dans les traditions locales. Cette avancée significative, qui s'est concrétisée en 2024, est le fruit d'un travail de terrain acharné mené par des militants dévoués à la cause.
Dans la région de Kédougou, où le taux d'excision atteint le chiffre alarmant de 91%, le village de Dakatéli illustre parfaitement les défis de cette lutte. Comme le rapporte Le Monde, "toutes les femmes sont mutilées" dans cette commune de 5000 habitants, selon les mots de l'ancienne exciseuse Bineta Kanté Diallo. Cette réalité persiste malgré une loi de 1999 qui rend la pratique passible de six mois à cinq ans d'emprisonnement.
L'Organisation mondiale de la santé distingue trois types d'excision, allant de l'ablation partielle du clitoris à l'infibulation complète. Les conséquences sont dévastatrices, comme l'explique Youssouf Sène, infirmier-chef dans le village voisin de Kévoye : "C'est une pratique aux conséquences irrémédiables". Il souligne notamment que "l'excision est pratiquée avec des objets souillés sans stérilisation ni désinfectant, avec la même lame pour plusieurs femmes", augmentant considérablement les risques d'infection par le VIH.
Le changement s'est amorcé en 2023 avec la signature de la déclaration d'Ethiolo par cinquante et un villages du département de Salémata. En 2024, vingt et une autres localités ont suivi le mouvement, portant à 16 000 le nombre d'habitants sensibilisés, selon Hervé Bangar, coordinateur de projets dans la région de Kédougou pour l'ONG Tostan.
Cette évolution est particulièrement significative dans une zone où cohabitent quatre communautés - Bassaris, Bédiks, Peuls et Coniaguis - et où la pratique était justifiée par des interprétations erronées des textes religieux. Le processus de sensibilisation, qui s'étend sur trois ans, vise à obtenir "l'abandon de la pratique par conviction, plutôt que par injonction", comme le souligne Hervé Bangar.
Les premiers résultats sont encourageants. Edith Kema Boubane, une "facilitatrice" de 26 ans formée par l'ONG Tostan, témoigne : "Grâce à notre combat, [ma fille] a été épargnée." L'infirmier Youssouf Sène confirme observer moins de cas d'hémorragie causés par des excisions récentes.
Cependant, comme le rappelle Hervé Bangar dans Le Monde, le combat est loin d'être terminé : "Il ne suffit pas de sensibiliser une fois, une exciseuse, ni un village, ni deux, ni même dix. Il faut aller toujours plus loin, y compris de l'autre côté de la frontière guinéenne, très poreuse." Cette mise en garde prend tout son sens quand on sait que la Guinée voisine affiche un taux d'excision de 95% chez les femmes de 15 à 49 ans, selon l'Unicef.
CI LA ÑU BOKK S'INDIGNE
Le Cadre de Concertation pour le Respect et la Préservation des Droits des Femmes, monte au créneau pour défendre les militantes convoquées à la Brigade des mœurs. Il fustige la montée des conservatismes
Dans un communiqué parvenu à notre rédaction, le Cadre de Concertation pour le Respect et la Préservation des Droits des Femmes appelle à briser l'omerta sur les violences faites aux femmes au Sénégal. L'organisation, connue sous le nom "Ci la ñu bokk", dénonce la convocation de militantes à la Brigade des mœurs comme une tentative d'intimidation inacceptable. Elle met en lumière le paradoxe d'une société qui s'offusque davantage des manifestations contre les violences que des violences elles-mêmes.
"Nous, Cadre de Concertation pour le Respect et la Préservation des Droits des Femmes, venons apporter notre soutien effectif aux sœurs militantes suite à leur convocation à la Brigade des mœurs, le 22 janvier 2025, pour avoir décidé de manifester leur indignation contre les violences faites aux femmes.
Nous relevons que la perspective d’opter pour une forme d’indignation est la préoccupation majeure des « gardiens auto-proclamés de la vertu » muets sur les viols et autres violences perpétrées quotidiennement sur les femmes et les enfants. Cela en dit long sur la légitimation sociale de celles-ci !
Comment rester silencieuses sur le cas d’une petite fille de 9 ans tombée enceinte après avoir été violée par son maître coranique, sur une fillette de 12 ans violentée puis tuée misérablement dans une salle de douche, sur le cas d’une jeune tétraplégique tombée enceinte après avoir été violée, sur tous ces autres cas de violences sexuelles ou de viol commis sur des femmes et des mineur.e.s, des crimes récurents par centaine chaque année au Sénégal ?
Pourquoi s’acharner sur des voix féministes refusant l’omerta qui laisse les victimes à leur sort ?
Pourquoi contribuer à faire de notre société une communauté non humaine ?
Et nous dénonçons, au-delà de cette convocation, le rétrécissement de l’espace d’expression publique des femmes et la montée des conservatismes tendant à réduire leur droit de manifester et de se faire entendre dans la défense des causes qu’elles portent.
Le Cadre de Concertation se déclare solidaire de la lutte de toutes les femmes et des hommes pour la préservation des droits humains des femmes et des enfants ainsi que le respect de leur dignité, lutte qui intègre des activités de contestation dans l’espace public en toute liberté."