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5 avril 2025
International
LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL TCHADIEN CONFIRME L'ELECTION DE MAHAMAT IDRISS DEBY
Au Tchad, le président du Conseil constitutionnel Jean-Bernard Padaré a passé de longues minutes à détailler la décision de l’institution pour motiver le rejet des recours, dont celui d’Albert Pahimi Padacké.
Au Tchad, le président du Conseil constitutionnel Jean-Bernard Padaré a passé de longues minutes à détailler la décision de l’institution pour motiver le rejet des recours, dont celui d’Albert Pahimi Padacké. Ce dernier demandait l’annulation des votes dans cinq provinces, dans l’espoir de monter à la deuxième place du scrutin.
Dans 12 points présentés, le parti de Succès Masra réclamait pour sa part l’annulation totale de l’élection, s’appuyant sur son propre décompte pour se prévaloir de la « vérité des urnes ».
Il n'y a « pas assez de preuves et pas assez de précisions dans les allégations », a tancé le Conseil, face au siège vide du candidat numéro 7. Celui-ci, réservé à Succès Masra, était l'un des deux seuls adversaires de Mahamat Idriss Déby à avoir boudé cette cérémonie.
Les rectifications apportées par le Conseil aux chiffres de l’autorité électorale (Ange) sont marginales. Le président de la transition est officiellement élu avec 61 % des voix, contre 18,54 % pour son Premier ministre, et 16,93 % pour Albert Pahimi Padacké. Le taux de participation est lui de 75,78 %.
Succès Masra joue l’apaisement et reconnaît ne plus avoir de recours
Peu après ces annonces, Succès Masra s’est exprimé sur les réseaux sociaux, choisissant de jouer l’apaisement : pas de déclaration forte, le contraire de jeudi dernier lorsqu’il avait affirmé que les chiffres avaient été truqués. Succès Masra reconnaît ne plus avoir de voies de recours juridiques. Mais il a appelé à préserver son pays, à être patients, à servir le peuple « à tous les échelons ».
Néanmoins, « le changement est irréversible » dit-il, ajoutant que « le soleil de la vérité est fixe ». Succès Masra appelle à reprendre le bâton du pèlerin et à poursuivre la mobilisation pour un « Tchad nouveau », sans céder aux provocations.
De son côté, Albert Pahimi Padacké était lui représenté par son directeur de campagne. Celui-ci a regretté le rejet des recours de son candidat contre les résultats de cinq provinces, mais s’incline devant la décision du Conseil et estime que la page de la présidentielle est désormais tournée.
SONKO DÉNONCE LA COMPLICITÉ COUPABLE DE LA FRANCE DANS LA RÉPRESSION AU SÉNÉGAL
"Mutisme approbateur", "incitation à la répression"... Dans un discours musclé, le président de Pastef a vertement tancé, en compagnie de Mélenchon, l'attitude complaisante de Paris face aux violences qui ont ébranlé la démocratie sous Macky Sall
Lors d'une conférence publique à l'Université Cheikh Anta Diop avec Jean-Luc Mélenchon, leader de la France Insoumise, ce jeudi 16 mai 2024, Ousmane Sonko a vivement dénoncé l'attitude de la France face à la répression sanglante menée par l'ancien régime de Macky Sall contre son parti d'opposition, le Pastef.
Dans un discours cinglant, le dirigeant de Pastef a fustigé le "mutisme approbateur" et la "complicité coupable" du gouvernement français alors que des dizaines de manifestants ont été tués, des milliers blessés et plus d'un millier d'opposants emprisonnés sous le régime précédent.
"Vous n'avez jamais entendu le gouvernement français dénoncer ce qui se passait au Sénégal, vous n'avez jamais entendu l'Union européenne dénoncer ces violences", a martelé M. Sonko, dénonçant le soutien tacite accordé à Macky Sall malgré la répression brutale.
Pire encore, le président Macron a même "félicité" son homologue sénégalais "d'avoir fait ce qu'il fallait pour sauver son pays" au plus fort des violences contre l'opposition démocratique, a rappelé avec amertume le Premier ministre, qui dit se prononcer en qualité de chef de parti, le Pastef en l'occurence.
"C'est une incitation à la répression, une incitation à la persécution et à l'exécution de Sénégalais qui n'avaient comme seul crime que d'avoir un projet politique majoritaire", a cinglé Ousmane Sonko auprès de son hôte Jean-Luc Mélenchon.
Tout en dénonçant les "postures néocoloniales" et la volonté de "l'élite gouvernante française" d'entraver son "discours souverainiste", le président du Pastef a toutefois assuré vouloir "collaborer avec tous les États, y compris la France". Mais ses positions de fermeté face aux ingérences semblent promises à se poursuivre.
Cette prise de parole musclée marque un tournant dans les relations entre Dakar et Paris, au terme d'une période de violences meurtrières ayant profondément ébranlé la démocratie sénégalaise.
MÉLENCHON DÉFEND L'ÉMANCIPATION POPULAIRE
Pour l'homme politique français, la "révolution citoyenne" signifie le contrôle populaire sans instrumentalisation partisane. Elle garantirait souveraineté et indépendance en associant tous les niveaux d'action
Lors d'une conférence publique à l'Ucad ce jeudi aux côtés d'Ousmane Sonko, Jean-Luc Mélenchon a défendu son concept de "révolution citoyenne". Pour lui, cette révolution populaire n'est pas menée par des partis d'avant-garde mais par le peuple lui-même, via son auto-organisation. L'objectif est d'assurer la souveraineté du peuple et le contrôle populaire, deux éléments clés pour garantir l'indépendance et la liberté.
Mélenchon estime qu'un pouvoir issu d'une telle révolution citoyenne ne peut échapper au contrôle des masses. Il partage également avec Sonko l'idée d'une action politique inclusive qui repose sur la complémentarité et la symbiose entre les différents niveaux d'action.
La souveraineté du peuple est l’objectif de la révolution citoyenne.
Le PASTEF a raison : l'action politique n'est pas une injonction, elle doit être inclusive et auto-organisée.
Nous devons réaliser une révolution citoyenne, jusqu’à la victoire, comme celle des Sénégalais. pic.twitter.com/TK6lxlcr0L
DAKAR-ACCRA, UNE RÉORIENTATION DE LA COOPÉRATION VERS L’EXPLOITATION DU PÉTROLE ET DU GAZ EN PERSPECTIVE
La coopération du Sénégal avec le Ghana, un pays que le président Bassirou Diomaye Faye visite vendredi, va s’orienter vers le partage d’expériences réussies dans le domaine de l’exploitation des ressources naturelles.
Dakar, 16 mai (APS) – La coopération du Sénégal avec le Ghana, un pays que le président Bassirou Diomaye Faye visite vendredi, va s’orienter vers le partage d’expériences réussies dans le domaine de l’exploitation de ressources pétrolières et gazières, a souligné le Bureau d’information gouvernementale.
‘’Comme il l’a fait avec le Nigéria, le Sénégal a hissé l’exploitation des ressources pétrolières et gazières au centre de ses relations avec le Ghana. Il s’agit, pour les deux pays, de partager les expériences réussies en vue d’exploiter de manière optimale les ressources qui suscitent beaucoup d’espoir chez les populations’’, a notamment indiqué le BIG dans une note d’information parvenue à l’APS.
Le Bureau d’information gouvernementale assure qu’avec le Ghana, le Sénégal entretient des relations bilatérales solides, en évoquant par exemple la présence remarquée de Nana Akufo-Addo, le 02 avril dernier, à la cérémonie d’investiture de Bassirou Diomaye Diakhar Faye.
‘’Au plan politique, l’axe Dakar-Accra est au beau fixe. Les visites effectuées par les différents dirigeants ont fini ces dernières années de consolider les liens entre les deux Nations’’, a expliqué le BIG en insistant sur le ‘’rôle important que jouent les deux pays dans le cadre du renforcement de la coopération au sein de la CEDEAO”, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest.
D’après des données avancées par le BIG, le Ghana demeure un partenaire commercial important pour le Sénégal.
‘’Ses exportations vers le Sénégal sont évaluées à 43,6 milliards FCFA, soit 9,0% en 2022. Ce qui en fait l’un des principaux fournisseurs du pays dans la zone CEDEAO, derrière le Nigéria (331,2 milliards FCFA, soit 68,7%) et la Côte d’Ivoire (72,8 milliards FCFA, soit 15,1%)’’, fait valoir le Bureau d’information gouvernementale.
Il signale que ces pays détiennent 92,8% des importations du Sénégal venant des pays de la CEDEAO.
Inversement, les exportations du Sénégal vers le Ghana sont estimées à 21,2 milliards FCFA en 2022 contre 14 milliards FCFA en 2021, rappelle le BIG.
MÉLENCHON DÉFEND À DAKAR LE BRASSAGE FÉCOND DES CULTURES
Pour le leader de la France Insoumise, ignorer le lien culturel entre l'Afrique et sa diaspora, c'est se priver de comprendre l'histoire. Les échanges entre les peuples ont permis l'enrichissement mutuel des cultures selon lui
À conférence publique à l'Ucad avec Ousmane Sonko, Jean-Luc Mélenchon est intervenu pour défendre le lien profond qui unit chaque être humain à l'Afrique. Selon lui, l'histoire ne peut être comprise si on rompt ce "cordon ombilical". Il a rappelé que les premières mondialisations sont dues aux migrations humaines, qui ont permis aux sociétés d'accueil "d'apprendre" et à l'humanité de s'enrichir de nouvelles expériences.
Pour Mélenchon, le processus qui a uni les grands royaumes de l'Antiquité doit être compris dans sa "réalité concrète" à travers les échanges entre les hommes qui se "créolisent", mélangent leurs cultures. Face aux courants "racistes et ethnicistes" qui méprisent ces mélanges, il défend la "fécondation de l'humanité par sa migration et sa créolisation".
Un cordon ombilical unit chaque être humain à l’Afrique. Quiconque cherche à le rompre s’interdit de comprendre l’Histoire.
L’Histoire a commencé, s’est déroulée et rebondit aujourd’hui en Afrique par votre révolution citoyenne. pic.twitter.com/QEG17yB3iI
Le leader de la France Insoumise s'entretient avec le public à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar ce jeudi 16 mai 2024 en compagnie du Premier ministre et président du Pastef
Le leader de la France Insoumise s'entretient avec le public à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar ce jeudi 16 mai 2024 en compagnie du Premier ministre et président du Pastef.
À L'UCAD, MÉLENCHON SONNE L'ALARME EN FAVEUR DU SAVOIR
Devant un parterre d'étudiants, le leader de LFI a plaidé pour faire du savoir un "bien commun" à l'image de l'air ou de l'eau. Il a appelé à "libérer le savoir des chaînes de l'argent et de l'impérialisme"
Lors d'une conférence publique à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar ce jeudi, Jean-Luc Mélenchon, accompagné du Premier ministre Ousmane Sonko, a plaidé pour faire du savoir un "bien commun" accessible à tous, à l'image de l'air ou de l'eau.
Le leader de la France Insoumise a appelé à "libérer le savoir des chaînes de l'argent, de l'impérialisme et de la propriété exclusive", estimant qu'il fallait une "action politique" pour y parvenir. Il a souligné l'enjeu futur que représentait la scolarisation et la formation des "850 millions" de personnes qui devront être logées en Afrique d'ici 2050.
Pour Mélenchon, "sans savoir, il n'y a pas d'issue à la crise" que traverse l'humanité, qu'il analyse comme une "crise du contrôle des citoyens sur leur société". Face au changement climatique, devenu "irréversible", il a invité à "inventer tout de là jusqu'à z de la nouvelle condition humaine" d'ici la fin du siècle.
Par l'action politique, il faut libérer le savoir des chaines de l'argent, de l'impérialisme.
Par millions, il faut scolariser la jeunesse et l’amener jusqu'à l'enseignement supérieur, où vous vous trouvez aujourd'hui.
NIGERIA, LE SÉNAT VOTE POUR LA PEINE DE MORT CONTRE LES TRAFIQUANTS DE DROGUES.
L’abus d’opioïdes, en particulier le tramadol et les sirops antitussifs contenant de la codéine, est très répandu dans le pays, selon l’Agence nationale pour l’administration et le contrôle des aliments et des médicaments.
Le Sénat nigérian a voté en faveur de l’application de la peine de mort pour les trafiquants et importateurs de cocaïne, d’héroïne et d’autres drogues dures. Le géant ouest-africain fait face à une montée du trafic et de la consommation de la drogue.
L’abus d’opioïdes, en particulier le tramadol et les sirops antitussifs contenant de la codéine, est très répandu au Nigéria, selon l’Agence nationale pour l’administration et le contrôle des aliments et des médicaments, qui a interdit la production et l’importation de sirops antitussifs contenant de la codéine en 2018.
Si le cannabis est cultivé localement, la cocaïne, la méthamphétamine et d’autres stupéfiants sont acheminés dans le pays en même temps que les opioïdes pour alimenter un problème d’addiction croissant.
Par Idrissa Doucouré & Magaye Gaye
VERS UNE SOUVERAINETE ECONOMIQUE AUDACIEUSE
Le Sénégal, une nation en pleine évolution, se prépare à affirmer sa souveraineté économique face aux institutions de Bretton Woods et autres institutions de développement international.
Le Sénégal, une nation en pleine évolution, se prépare à affirmer sa souveraineté économique face aux institutions de Bretton Woods et autres institutions de développement international. Cette démarche décisive est marquée par l'arrivée d'une nouvelle génération de dirigeants, qui hérite d'un pays confronté aux défis de la dette, de la dépendance économique et d'une économie mal équilibrée.
L'Afrique subsaharienne, y compris le Sénégal, a longtemps souffert des conséquences négatives de la pression exercée par les institutions de Bretton Woods. Ces dernières ont souvent imposé des politiques "one-size-fits-all", qui ignorent les spécificités locales et les besoins réels des pays en développement. Le résultat a été une explosion de la dette, qui a réduit la capacité du gouvernement sénégalais à investir dans les secteurs clés du développement, tels que l'éducation, la sécurité sociale et les infrastructures.
En dépit du talent et de l'expertise des cadres africains au sein de ces institutions, ils semblent souvent plus disposés à servir de bouclier qu'à exercer une influence efficace en faveur des pays africains. Cette observation souligne l'importance d'une réévaluation des relations qu’entretient le Sénégal avec les institutions de Bretton Woods et d'une démarche visant à renforcer sa souveraineté économique.
Le chemin vers la souveraineté économique passe par une réduction de la dépendance du pays aux institutions de développement international. Cela implique la promotion des investissements dans les secteurs clés pour le développement durable et inclusif, tels que l'agriculture, l'éducation, la sécurité sociale et les technologies de l'information.
La nouvelle génération de dirigeants sénégalais a l'opportunité unique d'adopter une approche différente pour renforcer la souveraineté économique du pays. Il s’agit essentiellement d’une nouvelle approche qui favorise une économie de marché plus forte et plus résiliente.
Le moment est arrivé pour les autorités sénégalaises d'adopter des mesures importantes pour réorienter les politiques économiques du pays vers une souveraineté nationale renforcée. Cela doit inclure la réduction des pressions extérieures, la diversification des partenariats économiques et la mise en place de politiques qui favorisent l'indépendance économique.
Le Sénégal doit également se concentrer sur la gestion efficace de ses ressources endogènes, y compris la renégociation des contrats sur nos ressources naturelles, la réforme des pratiques fiscales et la rationalisation des ressources publiques.
Enfin, le Sénégal doit adopter une approche proactive pour gérer sa dette, y compris la réduction des taux d’intérêts, la conversion de ces intérêts en capital et l'élaboration d'un plan de restructuration de sa dette. La récupération des avoirs illégalement subtilisés et l'engagement dans des partenariats financiers diversifiés, pour une mobilisation accrue des investissements directs étrangers, le rôle central de la diaspora pour des investissements privés massifs et le transfert de technologies, sont également des voies pour renforcer les capacités du Sénégal à maîtriser sa nouvelle dynamique économique.
Le Sénégal a le potentiel d'affirmer sa souveraineté économique et de construire un développement durable et inclusif sur la base de ses propres ressources et compétences. Pour y parvenir, il est essentiel que le pays se concentre sur la mise en place de politiques et de pratiques économiques qui favorisent l'indépendance, la justice et le bien-être de tous les Sénégalais.
Avec toute notre considération et notre engagement pour un Sénégal souverain et prospère.
par Fatoumata Bernadette Sonko
UN SIÈCLE DES FEMMES SANS LES SÉNÉGALAISES ?
La toponomie, qui reflète une reconnaissance symbolique, immortalise les hommes et enterre les femmes. Masculine et coloniale, elle les efface de notre mémoire collective. Ainsi a été conçu et perpétué un imaginaire difficile à déconstruire
La logique quantitative de la sous-représentation des femmes dans les instances décisionnelles domine le débat au Sénégal : 4 femmes ministres sur 30 membres du nouveau gouvernement, soit 13% pour 49,6% de la population. La même tendance s’observe avec les nominations hebdomadaires du Conseil des ministres pour les principaux postes décisionnels. En somme, un sevrage brutal, suivi d’un régime draconien, digne d’un « programme d’ajustement structurel » au féminin. Au-delà de l’indignation collective, cette minorisation des femmes interpelle et fait réfléchir sur ses origines, la construction idéologique qui la sous-tend et ses structures de légitimation.
Bâtie sur des fondements patriarcaux, notre société perpétue le processus d’ostracisation des femmes non seulement depuis la « déterritorialisation » occasionnée par l’arrivée des religions du Livre et la colonisation, mais aussi la poursuite de cette exclusion par les autorités sénégalaises à partir de 1960. On comprend mieux pourquoi des interprétations conservatrices des préceptes religieux sont encore mises en avant pour essayer de justifier la relégation des femmes dans la catégorie des « cadets sociaux ».
Dans les sociétés négro-africaines adossées aux logiques du matriarcat telles que définies par Cheikh Anta Diop dans L'Unité culturelle de l'Afrique noire (1959), les femmes participaient à toutes les instances de pouvoir politique, social et même religieux au sein de la famille et de la communauté. La division sexuelle du travail ne reposait ni sur une hiérarchie, ni sur une oppression d’un sexe par l’autre. Il existait « un dualisme harmonieux, une association acceptée par les hommes et les femmes où chacun s’épanouit pleinement en se livrant à l’activité qui est la plus conforme à sa nature physiologique » (p. 114).
Le système colonial a déstructuré cette organisation sociale et politique en arrimant la place des femmes à une logique patriarcale. Les colonisateurs portaient un regard spéculaire sur les Africaines à l’image des femmes de leur pays qui avaient un statut de mineure et étaient sous la dépendance des hommes (père, frère, mari et fils). En imposant l’hégémonie masculine, l’État colonial a dépossédé les femmes. C’est ainsi que la loi foncière de 1904, qui attribue toute propriété au chef de famille, c’est-à-dire le mari, seul propriétaire des biens, a réduit leurs conditions d’accès à la terre. Dans le domaine de l’éducation, l’École normale de filles n’a été mise en place qu’en 1939, vingt ans après celle des garçons, pour les initier à des métiers subalternes. Pour mieux écarter les femmes de la vie politique décisionnelle, l’administration coloniale a ostensiblement ignoré leur pouvoir traditionnel, leurs chefferies et leurs prêtrises. L’idéologie patriarcale a servi de pivot à la politique coloniale et à ses relations avec les différentes aristocraties locales, puis avec les milieux maraboutiques.
À l’Indépendance, en 1960, les nouvelles autorités héritent des valeurs infériorisant les femmes, les perpétuent à travers les institutions et prolongent le « contrat social sénégalais » - expression que nous empruntons à Donal Cruise O’Brien - avec les chefs confrériques. Engagées en première ligne dans la lutte pour la décolonisation et l’émancipation du pays, les Sénégalaises n’ont pas vu leur situation changer. Au contraire, elles étaient encore confinées et orientées par le pouvoir des hommes (politique, syndical, législatif) dans des espaces discursifs réduits (mouvements de femmes, associations féminines).
Taillé sur mesure par et pour les hommes, le Code de la famille (1972) ne fait que cristalliser l’assujettissement des femmes. L’essentiel de ses dispositions leur sont défavorables. Par exemple dans le cadre du mariage, le mari est reconnu comme le seul chef de famille (art. 152, CF), l’autorité, celui qui choisit exclusivement la résidence conjugale (Art. 153, CF) et exerce la puissance paternelle (art. 277, CF). En cas de divorce, les femmes peuvent même être condamnées à payer une pension alimentaire pour leurs enfants quand la garde est attribuée au père. La mère, même si elle participe à l’entretien du ménage et à l’éducation des enfants communs, ne peut pas bénéficier des suppléments pour charge de famille. « Ces charges pèsent à titre principal sur le mari » (art. 375, CF).
La socialisation différenciée par une stratification liée au sexe fabrique des attentes différentes. Les filles sont éduquées à rendre service aux autres et à conjuguer au quotidien les verbes « Plaire, Avoir et Satisfaire », des P.A.S à assimiler systématiquement pour entrer dans le schéma social et œuvrer pour leur réussite conjugale. Elles doivent se prévaloir d’une « langue courte » renvoyant à un silence construit et validé par la société, avoir des « pas courts » pour ne pas franchir l’espace assigné qu’avec une autorisation masculine et un « regard court » qui ne questionne pas les fondements de leur subordination. Étroitement surveillées, elles subissent, à chaque étape de leur vie, les contrôles d’une société panoptique, au sens foucaldien. Une surveillance qui contraste avec celle des garçons encouragés à monopoliser l’espace, à le conquérir, à y bâtir et conserver leur réussite professionnelle.
L’école, une passerelle qu’empruntent plusieurs générations, exclut les femmes des pages de l’histoire. De fines traces apparaissent dans les manuels scolaires pour mieux les occulter, voire les oublier. L’oralité, « moyen d’expression féminine par excellence », est négligée.
La toponomie, qui reflète une reconnaissance symbolique, immortalise les hommes et enterre les femmes. Masculine et coloniale, elle les efface de notre mémoire collective.
Les représentations véhiculées par les médias accordent plus de visibilité et de poids aux hommes. Ce miroir déformé, qui n’est qu’une réplique réflexive de la configuration sociale, renforce l’invisibilité et l’inaudibilité des femmes dans les sphères décisionnelles. Ainsi a été conçu et perpétué un imaginaire difficile à déconstruire.
Aussi, cette somme de facteurs, entre autres, entrave-t-elle les fragiles avancées des droits acquis par les femmes. Et, sans un changement d’imaginaire social, nommer des femmes à des postes de « visibilité » ne permet pas de briser les stéréotypes solidement ancrés dans les mentalités. La loi sur la parité ne bouleverse pas le système d’inégalité dénoncé et ne change pas, non plus, la réalité sociologique. Il ne suffit pas de changer la culture politique, mais les soubassements de pratiques culturelles qui les marginalisent. Il urge, donc, de s’attaquer aux fondements des structures sociales basées sur des privilèges et des curricula masculins.
La rupture prônée par le gouvernement, qui met l’accent sur le bien-être social de tous les Sénégalais, commence par la famille et dans la famille. Les femmes en constituent le socle, le « poteau mitan ». Pour atteindre ce bien-être, elles doivent être au cœur du « Projet ». Leur mise à l’écart est une reconnaissance a minima de leur central rôle communautaire.
Le débat sémantique sur l’appellation du ministère de la Famille à la place du ministère de la Femme ne doit pas s’embourber dans des raccourcis de pensée. Il doit aller au-delà de ce clivage pour apporter des réponses diversifiées et conjuguées aux préoccupations quotidiennes de toutes les femmes comme la sécurité, l’adaptabilité des services publics et du transport en commun, l’accès au foncier et aux crédits, l’encadrement du travail des employées domestiques, la prise en charge par l’État des traitements de fertilité pour les couples en difficulté de procréation, les congés de maternité pour toutes, etc.
La redéfinition des luttes à partir d’un schéma endogène est une priorité pour éviter le piège d’un féminisme médiatique communiquant à tout va, un féminisme sans boussole, ni colonne vertébrale qui emprisonne les femmes.
Le rapport au pouvoir des femmes ne doit pas se résumer en une énumération quantitative de leur présence dans les instances décisionnelles ou se limiter à la parité en termes de représentativité politique. Ces tendances conjoncturelles ont aussi montré leurs limites.
La sous-représentation des femmes, qui régit tous les compartiments de la vie sociale, au-delà d’un sémantisme construit, n’est qu’un continuum. Elle est politique et l’engagement politique en est l’antidote. C’est dans l’arène politique, lieu d’exercice du pouvoir, que les femmes doivent mener le combat pour faire bouger les lignes, s’en approprier comme un lieu de libération malgré le coût social élevé du billet d’entrée, refuser de servir « d’escaliers » aux hommes et assumer leur leadership au lieu d’attendre des substituts de reconnaissance pour se débarrasser de leur « mussoor de verre ».
Fatoumata Bernadette Sonko est Enseignante-chercheure, CESTI-UCAD.