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5 avril 2025
International
Par Alassane THIAM
LES MIGRANTS EN EUROPE : L’HYPOCRISIE QUAND TU NOUS TIENS
La musique entendue souvent par certains partis politiques se trouve confrontée à des réalités économiques. Les discours anti immigration, avec parfois des relents xénophobes, sont en inadéquation avec les réalités économiques des pays occidentaux
Le 1er janvier 2023, les vingt-sept pays de l’Union Européenne comptaient environ 6% de citoyens non européens pour une population de 447 millions d’habitants.
L’immigration dans l’Union Européenne est devenue un enjeu politique que beaucoup de partis d’extrême droite, voire de droite se saisissent pour en faire leur fonds de commerce afin d’accéder au pouvoir. A la question : Y a- t-il trop d’immigrés en France ? (Sondage IPSOS, Le MONDE, en 2022), 66% des français ont répondu oui.
A la question : quels sont les trois enjeux qui vous préoccupent à titre personnel ? 54% ont évoqué le pouvoir d’achat, 34%, l’environnement, l’avenir du système social 26%. Le fantasme de l’immigré envahisseur est toujours présent, alors que la problématique dominante demeure le pouvoir d’achat.
L’arrivée au pouvoir du parti d’extrême droite de Giorgia Méloni, en Italie est due en grande partie à son discours anti émigration assumé, qui met en avant la peur de cette vague qui pourrait submerger l’Italie. Nous pouvons observer que les principes de réalité viennent heurter des discours souvent haineux à l’égard des émigrés. En effet, la première ministre italienne fut obligée de régulariser des milliers de travailleurs étrangers pour des raisons économiques. Sa population est la plus vieillissante d’Europe et le nombre de décès dû au vieillissement dépasse de loin le nombre de naissances; ce qui affecte le développement de son économie.
Les dirigeants hongrois et polonais sont les farouches opposants de l’immigration, là encore, ils ont été obligés de se rendre à l’évidence de la main d’œuvre locale qui fait défaut.
La France, à l’instar de plusieurs pays d’Europe, a durci sa loi en matière d’immigration. Cependant, elle constate que les travailleurs immigrés sont indispensables dans certains métiers en tension.
Si la loi du 26 janvier 2024, relative au contrôle et l’amélioration de la présence des immigrés a créé une levée de bouclier des partis de gauche, nous pouvons néanmoins observer que beaucoup de sans -papiers seront régularisés, suite aux pressions d’employeurs qui se retrouvent dans des difficultés à recruter particulièrement dans les secteurs suivants : BTP, aides à domicile, restauration…
Une carte de séjour pluriannuelle nommée «talent» est instituée au profit des médecins, dentistes, sages-femmes ou pharmaciens, diplômés hors Union européenne.
En 2022, l’Espagne a permis aux immigrés d’obtenir un titre de séjour d’un an à condition de suivre une formation dans des secteurs en tension.
L’Allemagne est le pays le plus pragmatique qui facilite la régularisation des migrants. Il prévoit l’accueil de 400 000 travailleurs qualifiés par an pour pallier le vieillissement de sa population. Les étrangers ne sont plus obligés de renoncer à leur nationalité d’origine pour adopter la nationalité allemande.
En définitive, la musique que nous entendons souvent par certains partis politiques se trouve confrontée à des réalités économiques. Les discours anti immigration, avec parfois des relents xénophobes, sont en inadéquation avec les réalités économiques des pays occidentaux. L’immigré n’est plus décrié comme celui qui prend le travail des européens, mais plutôt comme un être inconnu dont la culture et la visibilité font peur.
Le droit des étrangers en France a été réformé cent dix-sept fois depuis 1945 et les dernières réformes n’arrivent toujours pas à contenir la poussée de l’extrême droite qui menace non seulement les droits des immigrés mais surtout les libertés fondamentales
par Youssouf Mbargane Guissé
LA RÉVOLUTION CONCEPTUELLE AFRICAINE EN MARCHE
EXCLUSIF SENEPLUS - Desserrer l’hégémonie conceptuelle de l’Occident impérialiste sur nos sociétés nécessite l’officialisation profonde des langues africaines et leur pratique généralisée
« Leur dépendance caractéristique a toujours empêché l’oligarchie et la bourgeoisie de se constituer une doctrine propre… Et, sur le plan idéologique, elles n’ont jamais produit un « corps d’idées » qui légitiment leur action politique. Elles étaient (et sont encore) des bourgeoisies incomplètes, doctrinairement castrées. Il n’est donc pas étonnant qu’elles aient toujours été à l’avant de la docilité dans le domaine de la pensée. Car comme elles ne produisent pas leurs propres concepts, elles reprennent à leur compte les concepts élaborés par les intellectuels (bourgeois) étrangers » - Edgar Monteil, philosophe et sociologue péruvien.
Depuis ces dernières années, des changements importants sont apparus dans le champ intellectuel africain au moment où la géopolitique mondiale est en train de basculer vers une nouvelle reconfiguration des rapports de forces. On assiste à une remise en cause de la volonté de l’occident impérialiste de soumettre son modèle aux Etats et nations de la planète. Ces changements marquent une étape majeure dans le processus de libération de l’étau conceptuel du monde occidental sur nos sociétés. Cette question capitale de la souveraineté de la pensée, condition de la libération définitive de l’aliénation, de la dépersonnalisation et de la dépendance a été la préoccupation de nombreux intellectuels de toutes disciplines sur le continent. C’est particulièrement à la fin de la première guerre mondiale, dans le contexte de ce qu’on a appelé « La question nègre », que s’est développe le réveil des colonies à l’indépendance, de même que les mouvements d’affirmation noirs aux Etats Unis d’Amérique et dans les Caraïbes.
Alors que se déroulaient sur le terrain révoltes, résistances et mouvements de libération, des intellectuels de ces communautés exploraient autour de la Revue « Présence Africaine » en France, les voies et moyens intellectuels de la souveraineté culturelle et politique dont témoignent les deux grands Congrès des Intellectuels, écrivains et artistes noirs, tenus à Paris en 1956, puis à Rome en 1959. Parmi les fortes productions intellectuelles alternatives de l’époque et celles après les indépendances, on peut en citer quatre fort marquantes : « Nations nègres et culture » de Cheikh Anta Diop,[1]« Les damnés de la terre » de Frantz Fanon,[2] « L’Afrique doit s’unir » de Kwame Nkrumah,[3]« L’accumulation à l’échelle mondiale » de Samir Amin,[4]« L’arme de la théorie » et « La pratique des armes » de Amilcar Cabral.[5]
Mais la consolidation des régimes répressifs dans les nouveaux Etats sous domination néocoloniale a vu le reflux de la résistance intellectuelle et culturelle qui cependant, n’a jamais cessé ni dans les académies, ni sur le terrain de par les luttes nationales et sociales des syndicats, de la jeunesse et des masses.
Cette période d’opacité de la réalité néocoloniale est en train de s’estomper progressivement, d’une part du fait de l’échec patent des politiques économiques libérales et de l’immense désastre causé sur le continent dont la pauvreté, l’insécurité et le désarroi,[6] d’autre part du fait de l’éveil de conscience et des affirmations identitaires nés de la pluralité culturelle ouverte par la mondialisation. Mais surtout le contexte est celui de l’émergence d’une nouvelle génération de chercheurs et savants « armés de sciences jusqu’aux dents » ainsi que d’artistes et créateurs de talent ayant repris le flambeau. Cette nouvelle période ouverte offre désormais l’opportunité de « la remise en cause des anciennes hégémonies et d’émergences de nouvelles légitimités ». En effet se dessine une reconfiguration dans l’armature intellectuelle jusqu’ici dominée par les traditions académiques universalistes occidentales dans leurs objets, méthodes et finalités. La pensée et les savoirs endogènes interviennent désormais avec une approche holistique des réalités vues sous leurs connexions multiples. La production des connaissances sur les dynamiques de transformations sociales, politiques et culturelles, doit désormais intégrer les dimensions des écologies, des héritages, de la symbolique et des pratiques anthropologiques. Une telle nouveauté introduit un renversement des paradigmes, visions et interprétations et met en scène l’intervention d’autres acteurs intellectuels de la tradition que le mode colonial de production des sciences avait jusqu’ici mis à l’écart de façon délibérée.
La rupture épistémologique qui s’enclenche porte sur la question essentielle de la souveraineté culturelle car les Africains doivent reconceptualiser de manière autonome et en toute responsabilité leur destin existentiel par la sélection des éléments constitutifs de leur propre futur.[7]La déconstruction de l’appareil idéologique d’hégémonie conceptuelle du capitalisme libéral a été menée de manière vigoureuse et savante par la première génération d’intellectuels africains dans les différentes disciplines académiques, mais aussi antérieurement dans la puissante littérature arabo islamique de résistance anti coloniale au 19e siècle, au sein des confréries soufi et aussi par des penseurs libres. Cette remise en cause se poursuit en de nouveaux termes au sein des générations actuelles qui se donnent la main dans les réseaux et nouvelles plateformes scientifiques, artistiques et culturelles.[8]Il s’agit dans ces nouveaux espaces de solidarité et de coopération intellectuelle et esthétique, d’inventer de nouveaux paradigmes d’un développement endogène intégral. Une nouvelle vision critique, prospective, opérationnelle se fortifie, fondée sur le potentiel créateur et subversif des héritages politiques et intellectuels africains et des enseignements des luttes des peuples pour la démocratisation et l’humanisation du monde encore si tardives.
En effet cette rupture épistémologique est une remise en cause du modèle universaliste de développement capitaliste imposé. Elle oblige de sortir définitivement du courant hégémoniste de la modernisation occidentale, de ses chiffres, mythes et falsifications. La rupture bouscule certaines traditions académiques figées et remet en cause le formatage intellectuel dû aux formations reçues. Elle implique un renouvèlement nécessaire des problématiques, des méthodes et approches, nécessitant la réévaluation des académies de recherche, d’enseignement et de formation et leur réadaptation conforme aux besoins du projet essentiel de la modernité africaine. La rupture trouve ses ressorts dans l’appropriation des multiples avancées artistiques, écologiques, philosophiques réalisées par les générations successives d’Africains de sources culturelles et de traditions intellectuelles diverses. Elle s’enrichit particulièrement des résultats probants issus de la coopération fructueuse entre disciplines au sein des équipes, réseaux et plateformes africains et internationaux. Mais ce processus d’élaboration conceptuelle trouve sa substance historique, sa force et sa légitimité politique lorsqu’il puise sa sève nourricière de l’expérience sociale et culturelle des masses et contribue de manière décisive à la rénovation de la pensée sociale.
L’approche totalisante fournie par l’économie politique et l’anthropologie culturelle permet alors aux chercheurs des différentes disciplines fragmentées de se rejoindre au carrefour de la transdisciplinarité et d’appréhender la dimension globale et intégrée des dynamiques au sein des sociétés. Elle doit mettre en lumière au sein de celles-ci, l’exploitation sociale fondamentale de classe, la base économique et les intérêts financiers qui fondent les alliances avec le capitalisme international dominant. Elle édifie sur l’existence d’un bloc hégémonique d’Etat compradore et sur les idéologies justificatrices de la domination et de la servitude.
Mais desserrer l’hégémonie conceptuelle de l’Occident impérialiste sur nos sociétés nécessite l’officialisation profonde des langues africaines et leur pratique généralisée dans l’éducation, les académies, l’administration, la vie économique et politique. Il s’agit de consacrer de manière irréversible et féconde la liaison de l’école à la vie, de la science et des innovations technologiques aux systèmes productifs, de fonder la gouvernance sur l’éthique. Seul en effet, ce nouveau paradigme de l’usage des langues africaines peut assurer la participation populaire libre, faisant désormais de l’espace politique, le foyer pacifié et véridique de la délibération, de la transparence, de la redevabilité. En réalité, la question linguistique, au-delà de son caractère pédagogique et de communication, constitue le cœur existentiel de l’identité, des appartenances sociales, des liens avec la nature et la Transcendance. La langue est en réalité le carrefour des temps et des espaces. Elle reproduit l’individu et les communautés en tant qu’histoire, mémoire, réponses et possibilités. La langue est donc le terreau fertile d’où germe l’esprit sacré d’insoumission et de révolte pour la reprise collective de l’initiative historique. La révolution conceptuelle repose ainsi sur les trois piliers suivants : la langue, la pratique sociale et l’esprit critique. Ces trois éléments sont porteurs de la rupture. Ils constituent le processus dialectique par lequel la pensée se régénère et l’homme s’affirme debout et résolu face aux défis.
C’est donc à travers les luttes sociales patriotiques et révolutionnaires que les individus et les communautés actent la désaliénation, valorisent leurs cultures et affirment leur identité africaine. C’est le « retour de soi à soi à un niveau supérieur », selon la belle formule de Joseph Ki Zerbo. Une telle perspective historique est déjà ouverte sur le continent et dans la Diaspora par l’action des intellectuels, savants et artistes, des partis politiques révolutionnaires et par les mobilisations des mouvements des jeunes, des femmes et des organisations citoyennes de veille. Désormais ces forces organisées prennent place sur l’échiquier politique africain tandis qu’émergent de nouveaux « dirigeants spirituels de la révolution », incarnation pour la jeunesse et les masses des modèles de courage et d’abnégation que furent les héros et les martyrs de la libération du continent. La tâche historique sans précédent est à présent de réveiller le génie culturel africain et de manière irréversible, « faire basculer l’Afrique sur la pente de son destin fédéral ».[9]
Les productions intellectuelles doivent pour cela éclairer le difficile chemin des luttes de classe anticapitalistes et des combats anti-impérialistes, démocratiques et citoyens en cours, mais aussi analyser les transitions complexes qui se dessinent dans la géopolitique mondiale, dans l’économie, la politique et la culture dans nos pays. Les avant-gardes révolutionnaires sur le continent devront à partir de là, élaborer et coordonner les stratégies unitaires libératrices qui s’imposent pour mettre fin définitivement à l’abject « néocolonialisme vivant »[10] qui ronge encore l’Afrique et ses enfants. Les prochaines saisons historiques verront alors s’ouvrir pour les peuples réunis, le vaste horizon de la paix, de la prospérité et du renouveau.
[1] Cheikh Anta Diop (1965). Nation nègre et culture. Paris : Présence Africaine
[2] Frantz Fanon (1975). Les Damnés de la terre. Paris : éd. Maspero.
[3] Kwame Nkrumah (1964). L’Afrique doit s’unir. Paris, Payot.
[4] Samir Amin (1971). L’Accumulation à l’échelle mondiale. Paris : éd. Anthropos.
[5] Amilcar Cabral (1975). I. L’arme de la Théorie, II. La pratique des armes. Paris : éd. Maspero.
[6] Voir Samir Amin (1989). La faillite du développement en Afrique. Paris : éd. L’Harmattan.
[7] Ndongo Samba Sylla (2014). (dir.) Pour une autre Afrique. Eléments de réflexion pour sortir de l’impasse. Paris : L’Harmattan. Felwine Sarr (2016.). Afrotopia. Paris, éditions Philippe Rey
[8] Voir parmi les nombreuses initiatives, les travaux et publications remarquables du groupe des samedis de l’économie : Déconstruire le discours néolibéral T1 (2014) - T2 (2015). (Sous la direction) Demba Moussa Dembélé, Ndongo Samba Sylla, Henriette Faye). Dakar : éditions Arcade-Fondation Luxembourg. Voir également les travaux, publications de l’Institut Panafricain de Stratégies sur les questions importantes de la sécurité et de la Paix sur le continent
[10] Abdoulaye Ly. (1981). L’émergence du néocolonialisme au Sénégal. Dakar : éd. Xamlé.<
BURKINA FASO, LES ASSISES NATIONALES PRÉVUES LES 25 ET 26 MAI 2024
Selon le ministre en charge de l’Administration territoriale, l’objectif des Assises est de réunir les forces vives de la Nation, les partis politiques et la société civile, pour évaluer le bilan de la transition et décider de la suite à donner.
Les Assises nationales prévues les 25 et 26 mai 2024 à Ouagadougou marquent une étape cruciale dans la transition dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré au Burkina Faso. Ces concertations visent à délibérer sur l’avenir de la transition, qui doit prendre fin en juillet 2024 avec l’organisation d’élections générales, conformément à la Charte de la Transition adoptée le 14 octobre 2022.
Selon le ministre en charge de l’Administration territoriale, Emile Zerbo, l’objectif des Assises est de réunir les forces vives de la Nation, y compris les Forces de défense et de sécurité, les partis politiques et la société civile, pour évaluer le bilan de la transition et décider de la suite à donner. Les participants auront ainsi l’occasion de discuter de l’évolution du pays après le 2 juillet 2024 et d’envisager d’éventuelles modifications à la Charte de la Transition.
Cette démarche souligne l’importance de la participation démocratique et de la souveraineté du peuple dans le processus de transition. Les décisions prises lors des Assises auront un impact majeur sur l’avenir politique et institutionnel du Burkina Faso a expliqué Emile Zerbo
La loi portant organisation des Assises nationales a été adoptée par les députés de l’Assemblée législative de Transition le 26 avril dernier, marquant ainsi une avancée significative dans le processus de transition.
par marame gueye
LES FEMMES DANS LA NATION SÉNÉGALAISE
La décolonialité genrée est habillée de vêtements coloniaux et accessoirisée d'un islam patriarcal, tout en revendiquant une africanité qui n'existe que dans l'imaginaire des hommes désireux de la mettre en œuvre
Le gouvernement du plus jeune président de l'histoire du Sénégal semble déjà incarner une vision rétrograde des femmes.
L'élection de Bassirou Diomaye Diakhar Faye en tant que cinquième président du Sénégal semble avoir rétabli le statut du pays en tant que phare de la démocratie dans la région de l'Afrique de l'Ouest en proie aux coups d'État. Les Sénégalais espèrent que ce nouveau vent de changement apportera un changement de paradigme dans la gouvernance. Toutefois, le faible nombre de femmes au sein du nouveau gouvernement en amène plus d'un à se poser des questions : De quelle démocratie s'agit-il d'ailleurs ?
Le 24 mars, Faye a remporté le premier tour avec 54,28 % des voix. Il est resté en prison jusqu'à dix jours avant les élections, lorsque lui et Ousmane Sonko, le leader populiste de son parti, le PASTEF (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité), ont bénéficié d'une loi d'amnistie de dernière minute de la part du président de l'époque, Macky Sall, qui a tenté de repousser les élections indéfiniment. Le 2 avril, M. Faye a prêté serment lors d'une élégante cérémonie à laquelle ont assisté de nombreux chefs d'État d'Afrique de l'Ouest. À 44 ans, M. Faye est le plus jeune président de l'histoire du Sénégal et, en tant que mandataire d'Ousmane Sonko, qui n'avait pas le droit de se présenter, il n'apporte aucune expérience de la fonction publique à la présidence.
Faye choisit Ousmane Sonko comme Premier ministre, qui, après des jours de suspense, dévoile le premier gouvernement comprenant 30 postes de secrétaires, dont seulement quatre femmes. Le ministère de la femme est supprimé et absorbé dans le nouveau ministère de la famille et des solidarités. De nombreuses personnes, en particulier les défenseurs des droits de la femme, se demandent si la « rupture » ou le changement radical promis par le parti du président Faye pendant la campagne ne signifie pas un mouvement rétrograde qui exclut les femmes des postes de responsabilité et les confine au foyer et à la famille. La sous-représentation des femmes est flagrante dans la première photo de groupe officielle du gouvernement, qui comprenait le président et le Premier ministre. Comme pour souligner leur présence, les femmes portant des vêtements traditionnels aux couleurs claires sont saupoudrées, comme de la poussière de lutin, sur la masse d'hommes vêtus de costumes européens noirs et bleu foncé.
Les féministes et les organisations de la société civile ont publié des déclarations dénonçant le faible nombre de femmes dans le gouvernement nouvellement formé et la suppression du ministère de la Femme. Elles se heurtent néanmoins à la réaction des fidèles du Pastef, qui affirment que les notions de parité et d'équité sont importées et que le choix des membres du gouvernement est fondé sur la compétence, et non sur le sexe. Les Sénégalais attendaient de voir si le président corrigerait ce premier coup porté aux femmes en nommant davantage de femmes à d'autres postes de direction importants dans les semaines à venir. Or, le 24 avril, les nominations de 17 directeurs d'agences nationales ne comprenaient que deux femmes. Jusqu'à présent, plus de 50 nominations ont été faites et seulement huit d'entre elles sont des femmes.
Pour les femmes, qui représentent 49,4 % de la population sénégalaise, ce changement est un retour en arrière, qui bafoue leurs droits acquis au cours d'années de lutte pour l'égalité dans ce pays hétéro-patriarcal à majorité musulmane. Les femmes sénégalaises se sont battues aux côtés des hommes pour maintenir la tradition démocratique du pays. Au cours des deux dernières années du régime de Macky Sall, de nombreuses femmes, en particulier des partisanes du PASTEF, ont été emprisonnées. Pourtant, lors de l'attribution des postes de direction au sein du gouvernement, elles sont négligées sous prétexte que la compétence l'emporte sur le sexe. Comme d'habitude, la compétence n'est invoquée que lorsqu'il s'agit de femmes. Le Sénégal et sa diaspora comptent de nombreuses femmes compétentes, y compris au sein du Pastef, qui auraient pu être mises à contribution pour une meilleure représentation et une plus grande équité. Le gouvernement de Macky Sall comptait huit femmes secrétaires.
Dans ses discours, le président Faye n'a mentionné les femmes qu'une seule fois, lorsqu'il a souligné l'urgence de « l'emploi pour les jeunes et les femmes », deux entités souvent mises dans le même sac, les femmes arrivant toujours en dernier. Le ministère de la femme était l'entité faîtière qui faisait comprendre aux femmes que leurs droits étaient importants et que l'État était déterminé à réduire les inégalités criantes entre les hommes et les femmes au sein de la société sénégalaise. Par l'intermédiaire du ministère de la Femme et de l'enfant, le Sénégal était un acteur de premier plan dans les efforts mondiaux en faveur de l'équité entre les sexes. La suppression de ce ministère ne fera qu'aggraver la situation déjà précaire des femmes au Sénégal. Le ministère du Développement Communautaire, de la Solidarité Nationale et de l'Équité est un autre ministère qui a été supprimé. La suppression du ministère de la Femme et la suppression des mots « femme » et « équité » dans le nouveau ministère de la Famille et de la Solidarité traduit une volonté délibérée de minorer l'importance des droits de la femme et de ne considérer son rôle qu'au sein de la famille. Dans le décret stipulant les dénominations du nouveau ministère de la Famille et de la Solidarité, la définition de la famille semble se réduire aux femmes et aux enfants.
En Afrique, l'État-nation est un modèle colonial dont les avantages ne sont accessibles qu'à quelques-uns et ne donnent pas à la majorité les moyens de se réaliser. Au Sénégal, les femmes sont en dehors de cette communauté imaginée. Elles sont « l'autre » dans le « nous », généralement considéré comme masculin. Les femmes ont des droits constitutionnels, mais elles ne sont pas traitées sur un pied d'égalité. Le féminicide, la violence sexuelle, le mariage des enfants et d'autres discriminations fondées sur le sexe sont monnaie courante dans le pays. Par exemple, le viol était un simple délit jusqu'en 2020, et même après qu'il soit devenu un crime punissable d'un minimum de 10 ans, les juges, qui sont en majorité des hommes, n'appliquent pas la loi dans son intégralité. Le Code de la famille, archaïque et sexiste, hérité de l'administration coloniale française, n'a pas été révisé pour refléter les progrès et les promesses de l'égalité des sexes. Les femmes n'ont toujours pas les pleins droits parentaux sur leurs enfants et ne peuvent voyager avec eux sans l'autorisation du père. La recherche de paternité n'est pas autorisée et les femmes doivent assumer la responsabilité de leurs enfants nés hors mariage si le père refuse de reconnaître la paternité. L'âge du mariage est de 16 ans pour les filles et de 18 ans pour les garçons.
Le Sénégal n'a toujours pas appliqué les conventions internationales relatives à l'égalité des sexes qu'il a signées, comme le protocole de Maputo, qui accorde aux femmes le droit à l'avortement. L'avortement est illégal au Sénégal, même en cas de viol ou d'inceste. Les femmes affichent des taux d'analphabétisme plus élevés en raison des facteurs cités plus haut qui les empêchent d'aller à l'école. Bien que sous Abdoulaye Wade, les femmes aient obtenu une loi sur la parité à l'Assemblée nationale, elles représentent toujours moins de 45 % de cette entité. Cette misogynie de l'État considère les femmes en dehors de l'entreprise démocratique et est au cœur de la subordination croissante des femmes au Sénégal.
Le Pastef a vendu au peuple sénégalais un programme de décolonisation des relations avec l'Occident, en particulier avec la France. Cependant, cette décolonialité est enveloppée de colonialité. La composition du nouveau gouvernement et la dissolution du ministère de la Femme augurent d'une régression des droits des femmes qui semble être une tendance dans la région. C'est le cas en Gambie, où l'islam et la culture sont instrumentalisés pour faire pression en faveur de l'abrogation d'une loi interdisant les mutilations génitales féminines. Au nom de la culture et de la religion, les droits des femmes sont de plus en plus érodés. Cette décolonialité genrée est habillée de vêtements coloniaux et accessoirisée d'un islam patriarcal, tout en revendiquant une africanité qui n'existe que dans l'imaginaire des hommes qui veulent la mettre en œuvre. Les accusations selon lesquelles les notions de parité et d'égalité des sexes sont des importations occidentales ignorent le rôle que les femmes sénégalaises ont joué dans les luttes anticoloniales et la manière dont les femmes africaines ont contribué à la décolonisation des connaissances.
La sous-représentation des femmes au sein du gouvernement et la suppression du ministère de la Femme ne rassurent pas ceux qui craignent que le mandat du président Faye soit un mandat salafiste avec des idées fondamentalistes sur le rôle et la place des femmes, alors que le Sénégal a une constitution laïque et que la cohabitation pacifique entre les musulmans et les chrétiens (principalement les catholiques) fait partie des fondements de sa solide démocratie. M. Faye a rendu visite aux chefs religieux des deux confessions. Il a également annoncé lors du Conseil des ministres du 17 avril qu'il avait créé un bureau des Affaires religieuses au sein de la présidence et qu'il donnerait la priorité à l'emploi de professeurs d'arabe. On ne sait pas si ce bureau des affaires religieuses s'adressera à toutes les religions ; toutefois, le fait de donner la priorité à l'arabe n'est pas un gage d'équité pour toutes les religions et minimise l'importance des langues locales. En outre, la création d'un bureau des affaires religieuses et la suppression du ministère de la Femme donnent le ton de cette présidence et indiquent où se situe la priorité. On peut se demander si les femmes sénégalaises devront bientôt adopter la burqa comme tenue vestimentaire imposée par l'État.
Fii, fàtte xaju fi (il est impossible d’oublier), le Premier ministre Ousmane Sonko a une relation problématique avec les femmes, et son accession au deuxième poste le plus élevé du gouvernement est un coup violent porté aux victimes d'agressions sexuelles. En 2021, il a été accusé de viol par Adji Raby Sarr, une jeune masseuse, allégations qu'il a démenties en accusant le régime de Macky Sall de comploter pour le disqualifier pour les élections de 2024. Cette affaire a plongé le Sénégal dans deux années de crise violente au cours desquelles au moins deux douzaines de personnes ont perdu la vie. Monsieur Sonko a refusé de se soumettre à un test ADN et n'a pas assisté au procès. Son chef d'accusation a finalement été réduit à la corruption de la jeunesse et il a été condamné à deux ans de prison, qu'il n'a jamais purgés. L’on ne peut pas oublier les propos misogynes et aberrants qu’il avait eu à l'égard de son accusatrice, en déclarant : « Si je devais violer, je ne violerais pas quelqu'un qui ressemble à une guenon affligée d'un AVC ».
Après l'élection de Faye, l'accusatrice de Sonko s'est réfugiée en Suisse. Dans une vidéo virale, on voit des loyalistes du Pastef dans le hall d'un hôtel genevois où Sarr aurait séjourné, interrogeant le personnel sur elle. On entend l'un d'eux dire au personnel de l'hôtel que Sarr est responsable de la mort de nombreuses personnes au Sénégal. Sonko, alors député, n'a jamais nié avoir violé un couvre-feu imposé par le Covid pour se rendre dans le salon de massage louche où travaillait Sarr et dont il était un client régulier. Il n'a jamais non plus porté plainte pour diffamation contre Adji Sarr.
Le manque de femmes au sein du gouvernement contraste avec les nombreuses femmes présentes dans la vie privée du président et du Premier ministre. Faye est le premier président de l'histoire du Sénégal à être polygame (il a deux femmes) ; selon la rumeur, le Premier ministre Ousmane Sonko en aurait trois. L'élection de M. Faye place la polygamie au premier plan des débats nationaux et internationaux. Les journaux nationaux et internationaux publient des photos de lui flanqué de ses deux épouses comme la nouvelle image d'un Sénégal en quête d'une africanité imaginée. Le lendemain de l'élection, un journaliste français a contacté la sociologue et féministe sénégalaise Fatou Sow Sarr sur X pour une interview sur la polygamie. La professeure a répondu : « La polygamie, la monogamie et la polyandrie sont des modèles matrimoniaux déterminés par l'histoire et la culture de chaque peuple. Aujourd'hui, ces modèles sont concurrencés par les mariages homosexuels ». Pressé par les critiques, Sow Sarr a ajouté : « Ma pensée profonde est que l'Occident n'a pas le droit légitime de juger nos cultures (africaines)». Sow Sarr a évité de s'engager de manière critique sur la polygamie en se détournant vers ce que Sokhna Sidibe et Amina Grace ont appelé la « panique sexuelle », l'homophobie étant endémique au Sénégal. Les déclarations de Sow Sarr passent sous silence les aspects abusifs de la polygamie et utilisent les cartes de la « culture » et de la « décolonisation » pour justifier la polygamie du président.
Bien entendu, nous ne voudrions pas que l'Occident fasse de la polygamie l'aspect unique de l'élection de Faye. Cependant, il ne s'agit pas de jouer à « vous faites pire que nous, et donc, nous sommes justifiés dans nos pratiques ». Les Africains doivent s'engager les uns avec les autres et ne pas faire de l'Occident leur interlocuteur. Au Sénégal, la polygamie a été corrompue et transformée en une pratique de collecte de femmes. Ce qui est pratiqué au Sénégal est la polygynie parce que les femmes n'ont pas le droit d'avoir plusieurs maris.
En Afrique comme dans l'Islam, la polygamie n'était pas destinée à l'épanouissement sexuel de l'homme. Historiquement, en Afrique, elle permettait aux familles aisées d'avoir plus d'enfants pour disposer de la main-d'œuvre nécessaire à l'agriculture et à d'autres activités. Dans l'islam, la polygamie vise à protéger les veuves et les orphelins démunis. Le prophète Mohamed était monogame jusqu'à la mort de sa première épouse, Khadija. À l'exception d'Ayisha, toutes ses autres épouses étaient des veuves ou des divorcées. En outre, dans l'islam, le verset qui autorise la polygamie avertit que si un homme ne peut pas aimer et traiter ses femmes de manière égale à tous les niveaux, la monogamie est la meilleure solution.
Aujourd'hui, la polygamie est à la mode au Sénégal et représente 35% des mariages contre 17% dans les années 1970. C'est un marqueur de la masculinité patriarcale où les hommes qui ont plus d'une femme sont perçus comme courageux et appelés góor dëgg (de vrais hommes). Guy Marius Sagna, membre de la coalition de Sonko et Faye, qui était jusqu'à récemment chrétien, s'est converti à l'islam et a épousé une deuxième femme, imposant ainsi la polygamie à sa première femme. Il a été félicité pour sa force de caractère. Les hommes épousent des femmes plus jeunes en tant que deuxième, troisième ou quatrième épouse, rassemblant ainsi plusieurs archétypes de femmes. Par exemple, la première épouse du président Faye porte le hijab, a la peau plus foncée et est considérée comme pieuse et humble. En revanche, la seconde épouse porte une perruque, a la peau plus claire et est représentée comme une femme joviale, très présente sur les réseaux sociaux.
La polygamie est répandue dans les zones urbaines où les femmes éduquées préfèrent un mariage polygame parce qu'il leur offre plus de temps et de flexibilité. Elles préfèrent partager leur mari avec d'autres femmes parce qu'elles n'ont pas à s'occuper exclusivement de lui. On peut se demander s'il s'agit là d'un choix naturel, étant donné qu'au Sénégal, le mariage est encore considéré comme l'accomplissement ultime pour une femme et un symbole de respectabilité sociale. Les hommes épousent souvent des femmes plus jeunes, ce qui laisse aux femmes de leur groupe d'âge moins de choix quant à la personne à épouser. En raison des taux de chômage élevés, de nombreux hommes en âge de se marier n'ont pas les moyens d'assumer les responsabilités financières d'un mariage. Les femmes qui sont socialement pressées de se marier se tournent vers des hommes déjà mariés. En outre, en raison du regard de la société et de sa réprobation de l'activité sexuelle féminine en dehors du mariage, de nombreuses femmes contractent des mariages polygames pour valider leur vie sexuelle.
Telle qu'elle est pratiquée au Sénégal, la polygamie est imposée aux femmes à qui l'on fait croire qu'il y a plus de femmes que d'hommes, alors que le récent recensement montre le contraire. On leur dit aussi qu'un homme bon doit être partagé. Les hommes utilisent la polygamie comme une arme pour imposer leur volonté à leurs femmes, menaçant d'en épouser une autre si celle-ci ne répond pas à leurs exigences patriarcales. Bien que les couples puissent choisir entre la monogamie et la polygamie, cette dernière est la solution par défaut s'ils ne parviennent pas à se mettre d'accord. Les hommes utilisent l'excuse qu'ils sont autorisés à épouser plus d'une femme pour justifier leur infidélité, et les femmes sont résignées à l'idée qu'elles finiront par partager leur mari et donc à accepte leur infidélité. Il existe également la pratique du takku suuf (mariage clandestin), dans laquelle les hommes se marient sans publicité ni reconnaissance officielle.
La polygamie est abusive pour les premières épouses, qui sont souvent forcées de prendre une retraite romantique et parfois sexuelle pendant que le mari entame une romance avec la nouvelle épouse. Dans l'une des photos de campagne, la première femme du futur président est montrée en train de le voir n'avoir d'yeux que pour la seconde femme, son ancienne étudiante qu'il a épousée un mois avant d'aller en prison. En cas de conflit dans le mariage, la plupart des hommes choisissent la polygamie plutôt que le divorce, abandonnant émotionnellement et parfois financièrement leur première femme. Pour les manipuler afin qu'elles se résignent à leur abandon émotionnel et romantique, les premières épouses reçoivent le titre d'aawo-yaay (première femme-mère), les reléguant au rôle d'égalisatrice, celle qui doit materner tout le monde, y compris le mari et son nouveau trophée. Sur les photos de l'intronisation, le président et la seconde épouse portent des vêtements européens aux couleurs coordonnées. En revanche, habillée en vêtements traditionnels, la première épouse apparaît comme la figure féminine parentale.
La polygamie monte les femmes les unes contre les autres. Par le biais du concept de defante (compétition), leur travail physique, émotionnel, économique, sexuel et reproductif est exploité dans un jeu hypocrite d'attrape-nigauds qui ne profite qu'au mari et à sa famille. Les coépouses utilisent la notion de jonge pour se surpasser les unes les autres afin de satisfaire le mari et de contraindre sa famille à avoir ce dernier de leur côté. L'opinion populaire du pays reproche à la seconde épouse de Faye d'être présente sur les médias sociaux et d'en faire trop lorsqu'elle a plié le genou, signe de respect et de dévotion, pour féliciter le président nouvellement élu. La première épouse est dépeinte comme ayant de la classe et transmet un sentiment d'ancrage et de sérénité.
Selon le récent rapport de l'Agence nationale des statistiques et de la démographie, la polygamie appauvrit les familles. Il indique que 46,49 % des familles polygames vivent dans la pauvreté, contre 36,3 % des familles monogames. En outre, les femmes dépensent beaucoup d'argent et de temps dans des guerres surnaturelles avec l'aide de charlatans. Elles se font du mal physiquement et émotionnellement, et leurs enfants sont également victimes de ces conflits. Il est intéressant de noter qu'au moment où la polygamie de Faye faisait l'objet d'une couverture médiatique, l'histoire tragique d'un éleveur de 25 ans qui avait tué sa deuxième femme, âgée de 16 ans, et brûlé son corps, faisait également la une des journaux. Même ceux qui n'en ont pas les moyens pratiquent désormais la polygamie. Le fait d'avoir un polygame à la tête de l'État institutionnalisera cette pratique.
Marame Gueye est féministe, Professeure titulaire en littérature africaine et sa diaspora à East Carolina Université.
BURKINA FASO : LES DATES DES ASSISES NATIONALES CONNUES
Les Assises nationales prévues les 25 et 26 mai 2024 à Ouagadougou marquent une étape cruciale dans la transition dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré au Burkina Faso.
Les Assises nationales prévues les 25 et 26 mai 2024 à Ouagadougou marquent une étape cruciale dans la transition dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré au Burkina Faso. Ces concertations visent à délibérer sur l’avenir de la transition, qui doit prendre fin en juillet 2024 avec l’organisation d’élections générales, conformément à la Charte de la Transition adoptée le 14 octobre 2022.
Selon le ministre en charge de l’Administration territoriale, Emile Zerbo l’objectif des Assises est de réunir les forces vives de la Nation, y compris les Forces de défense et de sécurité, les partis politiques et la société civile, pour évaluer le bilan de la transition et décider de la suite à donner. Les participants auront ainsi l’occasion de discuter de l’évolution du pays après le 2 juillet 2024 et d’envisager d’éventuelles modifications à la Charte de la Transition.
Cette démarche souligne l’importance de la participation démocratique et de la souveraineté du peuple dans le processus de transition. Les décisions prises lors des Assises auront un impact majeur sur l’avenir politique et institutionnel du Burkina Faso a expliqué Emile Zerbo
La loi portant organisation des Assises nationales a été adoptée par les députés de l’Assemblée législative de Transition le 26 avril dernier, marquant ainsi une avancée significative dans le processus de transition.
L’EX-PRESIDENT ALI BONGO EN GREVE DE LA FAIM
Au Gabon, l'ancien président Ali Bongo et ses deux plus jeunes fils Jalil et Bilal ont entamé une grève de la faim pour protester contre la « séquestration » et les « actes de torture » dont plusieurs membres de leur famille seraient victimes.
Au Gabon, l'ancien président Ali Bongo et ses deux plus jeunes fils Jalil et Bilal ont entamé une grève de la faim pour protester contre la « séquestration » et les « actes de torture » dont plusieurs membres de leur famille seraient victimes. L’annonce a été faite mardi 14 mai par leurs avocats, qui indiquent également qu'une plainte a été déposée devant le tribunal judiciaire de Paris.
Les maîtres François Zimeray et Catalina de la Sota ont publié un communiqué annonçant leur dépôt d'une plainte avec constitution de partie à Paris. Cela alors que le général Brice Oligui Nguema, à la tête du Gabon depuis le putsch d'août 2023, doit se rendre à Paris dans les prochains jours. Avec cette procédure, la défense de la famille Bongo vise à obtenir la désignation d'un juge d'instruction en France pour enquêter sur ces accusations.
Une première plainte simple déposée par l'épouse d'Ali, Sylvia Bongo, le 1er septembre, deux jours après le coup d'État, pour dénoncer cette détention arbitraire, a déjà été classée en octobre, d'après les avocats.
La nouvelle plainte dénonce une « arrestation illégale, la séquestration aggravée par des actes de tortures et les actes de barbarie commis à l'encontre d'Ali Bongo Ondimba, de Sylvia Bongo et de leurs fils Noureddin, Jalil et Bilal », les quatre premiers étant présentés comme ressortissants français.
D'après les conseils, Noureddin Bongo a été « torturé à plusieurs reprises, battu avec un marteau et un pied-de-biche, étranglé, fouetté ou encore électrocuté au taser. Sylvia Bongo, contrainte d'assister aux tortures [...], a également été battue et étranglée, dans le cadre d'une dépossession sans limite des biens de la famille ».
Ali, Jalil et Bilal ont quant à eux « été assignés à résidence, privés de moyens de communication avec l'extérieur et également soumis à des actes de torture », soutiennent encore les conseils.
Dans une interview à RFI, Me François Zimeray explique que des membres de la famille Bongo ont décidé de commencer une grève de la faim, « parce que cela fait neuf mois que cette famille est privée de sa liberté, que leur mère et leurs frères sont arrêtés et torturés, et qu’eux-mêmes ne jouissent d’aucun des droits fondamentaux qui sont reconnus à chacun ».
par le chroniqueur de seneplus, Jean Pierre Corréa
MULTIPLE PHOTOS
UN MERVEILLEUX BOUILLON DE CULTURE…S
EXCLUSIF SENEPLUS - Du 16 mai au 16 juin, Blaise Senghor est au faîte de la Culture urbaine et surtout…en fêtes. Parce que Dakar, avec ou sans Biennale mérite "Encounters" avec un éventail impressionnant d'œuvres au programme
Le monde des Arts du Sénégal est encore tout abasourdi du report de la Biennale de Dakar, du fait des lacunes du régime sortant qui avait jugé plus important de classer Monument Historique l’école primaire où Macky Sall avait fait ses classes, que de maintenir cette prestigieuse manifestation au niveau où des hommes et des femmes de notre pays, pétris de qualités humaines et artistiques, l’avaient élevée dans l’agenda mondial de la culture et des arts plastiques et visuels. Heureusement, aujourd’hui, des initiatives tendent à prouver qu’il ne serait pas si stupide de privatiser la culture, tant le milieu artistique sénégalais démontre à l’envi, sa turbulente vitalité et son joyeux bouillonnement.
Mais heureusement, pendant que certains avaient de « la fuite dans les Idées », d’autres s’amusaient à montrer qu’ils avaient de la suite dans les leurs, et ont pu à travers un collectif dynamique et inventif, nommé avec toute la fierté requise « Black Rock Sénégal », mettre en œuvre leur deuxième exposition de groupe au Sénégal, au nom évocateur d’Encounters, organisée par le Dr Jareh Das. Cette exposition sera présentée au Centre culturel Blaise Senghor du 16 mai au 16 juin 2024, dans un Centre culturel bellement rénové par Black Rock Sénégal.
Du 16 mai au 16 juin Encounters présente un éventail impressionnant de médias artistiques, comprenant la peinture, la sculpture, les installations, la photographie, la gravure, le dessin, le cinéma et le multimédia.
Chaque artiste participant à cette exposition a effectué une résidence à Black Rock Sénégal de 2022 à 2024.
Les œuvres exposées expriment l'engagement profond des artistes envers les grandes questions culturelles et sociales, illustrant des ères où pensées et actions entrent en collision, se contrastent, convergent et s'entremêlent.
L’exposition explore le travail d'artistes de différentes générations qui opèrent à l'échelle internationale et proviennent de divers horizons sociaux et culturels. Ils sont unis par leur passage au Sénégal, un lieu où chacun a pu évoluer et repousser les limites de sa pratique artistique hors de son contexte habituel. Nos intersections actuelles avec les arts visuels et les cultures—tant historiques que contemporaines—ainsi que les diverses théories et méthodologies, positionnent cette exposition comme une plateforme propice à de nouvelles collaborations dans les arts visuels. Elle favorise le croisement des différentes manières de penser, de créer et de réaliser dans le domaine artistique.
À propos de Black rock Sénégal
La résidence rassemble des artistes internationaux qui viennent vivre et travailler à Dakar, au Sénégal, pour des séjours de 1 à 3 mois. La mission de ce collectif ardent est de soutenir la nouvelle création artistique par le biais d'échanges collaboratifs et d'inciter au changement dans le discours mondial sur l'Afrique.
Le design composé de la Résidence Black Rock a été conçu par l'architecte Sénégalais Abib Diène avec une collaboration pour la décoration intérieure entre Wiley, Fatiya Diène, architecte et Aissa Dione.
Cette aventure est une invitation pour les artistes à s'engager avec les artistes sénégalais.
Venez découvrir ce résultat, saisissant de créativité enthousiaste et de générosité artistique, et promenez-vous sous de surprenantes cimaises et autres installations d’une étonnante diversité.
Ce 16 mai, la musique sera aussi en fêtes avec une scène où de célèbres DJ se produiront dès 20 heures dans un Centre Blaise Senghor, rénové et offert à l’esprit festif que seuls des arts visuels et plastiques savent encore offrir à nos émotions en quête de curiosités créatives.
À propos de Kehinde Wiley
Kehinde Wiley est un artiste visuel de renommée mondiale, surtout connu pour ses représentations dynamiques d'individus afro-américains et afro-diasporiques contemporains qui renversent les hiérarchies et les conventions du portrait européen et américain. Travaillant dans les médiums de la peinture, de la sculpture et de la vidéo, les portraits de Wiley défient et réorientent les récits de l'histoire de l'art, réveillant des problèmes sociopolitiques complexes que beaucoup préféreraient rester en sourdine. En 2018, Wiley est devenu le premier artiste afro-américain à peindre un portrait présidentiel américain officiel pour La Smithsonian National Portrait Gallery. L'ancien président américain Barack Obama a choisi Wiley pour cet honneur.
En 2019, l'artiste a lancé sa première sculpture publique à grande échelle à Times Square, New York, un monument équestre en bronze honorant l'héroïsme des jeunes hommes noirs en Amérique. Wiley est le fondateur et président de Black Rock Sénégal. Il vit et travaille à Pékin, Dakar et New York.
Du 16 mai au 16 juin, Blaise Senghor est au faîte de la Culture urbaine et surtout…en fêtes. Parce que Dakar, avec ou sans Biennale des Arts mérite ENCOUNTERS. Ne vous le faites pas raconter.
Par Ismaila A. Guisse
LETTRE DE DEMISSION A L’ALLIANCE POUR LA REPUBLIQUE
Lorsqu’on apprend que le leader d'un parti fait la promotion de l’impunité, de l’injustice et de la médiocrité, lorsque ce même leader a contribué à l’échec de son propre parti aux élections, il est clair que je n’ai plus rien à y faire
Lorsqu’un parti est pointé du doigt du fait de la gestion scandaleuse du foncier national par les hommes de confiance du président, lorsque les rapports de l’OFNAC, de la Cour des Comptes et de l’IGE révèlent des fautes graves liées à la gestion des deniers publics et l’enrichissement illicite, lorsqu’on apprend que son leader avait préféré d’estampiller ses coudes sur ces rapports en refusant de les déclassifier en toute connaissance de cause, lorsqu’il fait la promotion de l’impunité, de l’injustice et de la médiocrité, lorsque ce même leader a contribué à l’échec de son propre parti aux élections, il est clair que je n’ai plus rien à y faire. Un peu plus de quatorze années d’engagement politique a l’APR, avec une collaboration uniquement politique d’autres responsables très engagés de l’APR Canada, au mépris de l’injustice que nous avons subie, je me suis efforcé de promouvoir les réalisations du président Macky Sall, de vulgariser sa vision du PSE à travers les médias et les réseaux sociaux, mais aussi d’assumer les conséquences des errements de son pouvoir et de ses proches collaborateurs, d’oublier ma propre personne pour maintenir l’unité du parti en dépit du manque de considération à l’égard de notre DSE, d’y colmater jour après jour des brèches béantes et des nouvelles stratégies suicidaires inspirées par le président, sa belle-famille et son entourage. Bien que je ne me sois en aucun moment impliqué ni dans la gestion des administrations ni du gouvernement du régime Macky Sall, je me sens concerné, préoccupé et leurré par les informations préoccupantes que les rapports des corps de contrôle ont publiquement révélées.
En conseil des ministres du 17 avril 2024, le nouveau président de la République Bassirou Diomaye Faye et son premier ministre Ousmane Sonko ont ordonné la publication des rapports sur les 5 dernières années de l’OFNAC, de la Cour des Comptes et de l’IGE. Ainsi, ces organes assermentes de l’Etat ont publié plus de 75 documents annuels explosifs révélant des fautes graves, conflits d’intérêts, entorses au code des marchés, infractions présumées pénales commises sur la gestion du fonds de riposte Covid durant les années 2020-2021 ; des nébuleuses affaires sur la délivrance des licences de pêche en violation du code de la pêche maritime par le ministère en charge des pêches, des scandales portant sur une grosse assiette financière allouée à des ministères, destinée à l’acquisition de vivres, de kits détergents, d’autres produits et prestations de services de transport dans le cadre de la lutte contre la pandémie Covid-19 ; des actes de gestion nébuleuse du patrimoine foncier au Sénégal dont le récent dossier de Mbour 4 et la Nouvelle Ville de Thiès. Il a fallu que tous ces rapports soient récemment déclassifiés pour comprendre les raisons pour lesquelles le président Macky Sall, qui était le seul et le premier destinataire de ces dossiers top-secret, avait préféré y poser son coude dans l’ignorance d’authentiques et fidèles militants.
Par ailleurs, les dernières décisions impopulaires prises par le président Macky Sall, à savoir l’amnistie de toutes les violences survenues en 2021-2022-2023, son implication personnelle et l’usage de tous ses moyens pour repousser les élections sous prétexte d’accusation de corruption qu’il impute à Amadou Ba et à des magistrats constitutionnels, ont plongé le pays dans l’incertitude et ont déstabilisé le dernier processus électoral au Sénégal.
À cela s’ajoute une situation de crise institutionnelle sans précédent, entre le Conseil constitutionnel, l’Assemblée nationale et le président de la République, que cela aurait pu engager le pays. De ces situations confuses, les sénégalais ont été incapables d’avoir une idée claire sur la vision et les programmes de tous les candidats à l’élection présidentielle. Sur le plan politiquement interne à l’APR, son discours adressé aux militants à New York le 21 septembre 2023 où le président Macky Sall disait qu’Amadou Ba était un candidat passable mais meilleur que les autres candidats de BBY (en wolof - « Si candidats Benno yeup, Amadou Ba mooy candidat bi si tané ») suivi de son abstinence et du sabotage pendant la campagne du candidat de BBy avec l’aide de ses responsables complices, m’ont permis de douter de la sincérité de son choix. Aux vues de tous ces éléments et après avoir mûrement réfléchi, j’ai pris la décision de démissionner et de quitter l’Alliance Pour la République à compter de la présente date pour devenir libre de tous partis politiques
Soucieux du développement de mon pays, je continuerai à m’y impliquer en m’appuyant sur son développement à travers mon mouvement « Sunu yitte », mais aussi sur mon expertise, mes ressources et mon réseau personnels. Ma priorité sera de continuer les actions sociales et économiques que j’avais initiées l’année dernière à Louga, ensuite je procéderai à l’élargissement de celles-ci au niveau national. Je vous remercie.
Ismaila A. Guisse est membre fondateur d’APR au Canada en 2009, ancien coordonnateur national en 2011- 2018, mandataire national de BBY lors des élections présidentielles et législatives de 2012, ancien coordonnateur-adjoint en 2018- 2024/05. Actuellement Président du mouvement « Sunu Yitte » / « Louga Sunu Yitte » Unis pour le Développement de nos localités
LES DÉFIS D'AIR SÉNÉGAL
Le pavillon national peine à assurer un service de qualité. Son recours fréquent à des appareils âgés et peu réglementés soulève de sérieuses interrogations sur la sécurité de ses vols. Une situation alarmante qui remet en cause la gestion de la compagnie
(SenePlus) - L'incident du 9 mai impliquant un avion affrété par Air Sénégal soulève des questions sur l'état de sa flotte et son recours fréquent à des appareils vétustes, mettant en évidence les défis auxquels la compagnie aérienne nationale est confrontée.
La sortie de piste d'un Boeing 737-300 de la compagnie privée sénégalaise Transair, affrété par Air Sénégal pour un vol vers Bamako, a fait 11 blessés parmi les 85 personnes à bord. Cet incident met en lumière les problèmes récurrents auxquels le pavillon national fait face en raison de son vieillissement de flotte et de sa dépendance croissante à la location d'avions auprès d'autres compagnies, souvent moins réglementées.
Selon Jeune Afrique, l'appareil impliqué, âgé de plus de 30 ans, avait été acheté neuf par la compagnie roumaine Tarom avant d'être retiré du service en 2022 pour être "hors d'usage". Pourtant, depuis mi-janvier 2024, il effectuait des vols réguliers pour Transair, une compagnie dont la flotte a un âge moyen de près de 29 ans, bien supérieur à celle d'Air Sénégal.
"En principe, une compagnie labellisée IOSA ne doit passer d'accord qu'avec des compagnies elles-mêmes labellisées, pour assurer un certain standard de qualité et de sécurité", a déclaré un expert de l'aviation à Jeune Afrique, soulignant que Transair n'est pas certifiée IOSA, contrairement à Air Sénégal.
Cette collaboration surprenante met en évidence les défis auxquels Air Sénégal est confrontée, avec des problèmes moteur récurrents et une pénurie de pièces détachées, qui l'obligent à louer régulièrement des avions auprès d'autres compagnies. Comme l'explique Jeune Afrique, "le 14 mai, c'est un A340-300 loué à la compagnie maltaise Hi-Fly de plus de 20 ans et son équipage qui ont effectué le vol entre Dakar et Paris en lieu et place des A330 de la compagnie".
Alioune Badara Fall, le directeur général d'Air Sénégal, a assuré que "cette collaboration qui ne date pas d'aujourd'hui se fait sous la supervision de la direction qualité" et que "tout est orthodoxe" dans le contrat avec Transair. Cependant, les raisons précises de l'incident du 9 mai restent à déterminer par le Bureau d'enquête et d'analyse (BEA) sénégalais.
Un ancien pilote cité par Jeune Afrique penche pour l'erreur humaine, affirmant qu'"une panne inopinée, cela arrive, mais il est impossible de sortir ainsi de la piste dans des conditions normales". Il souligne que les procédures ont pu ne pas être respectées lors de la seconde tentative de décollage.
En fin de compte, cet incident met en évidence les défis majeurs auxquels Air Sénégal doit faire face, notamment le vieillissement de sa flotte et sa dépendance croissante à des appareils loués auprès de compagnies moins réglementées. Une situation préoccupante qui soulève des questions sur la sécurité et la qualité du service offert par le pavillon national sénégalais.
L'OMBRE TUTÉLAIRE DE MAMADOU DIA PLANE SUR LA NOUVELLE PRÉSIDENCE
Longtemps occulté, ce "premier souverainiste sénégalais" fascine aujourd'hui la jeunesse panafricaine et anti-impérialiste. Cette tendance à la réhabilitation de l'ancien président du Conseil transparaît jusqu'au plus haut sommet de l'État
(SenePlus) - La figure de Mamadou Dia, président du Conseil de 1960 à 1962 avant d'être écarté du pouvoir par Léopold Sédar Senghor, connaît un regain d'intérêt ces dernières années, notamment auprès de la jeunesse. Depuis son élection à la présidence le 24 mars dernier, Bassirou Diomaye Faye, connu pour être un admirateur de Dia, semble vouloir s'inscrire dans l'héritage de cet homme politique emblématique, selon une analyse du site d'information Afrique XXI.
"Vous avez devant vous un diaïste convaincu !", s'exclame Ousmane Barro, militant du parti présidentiel Pastef, cité par Afrique XXI. Le siège même du parti à Dakar porte le nom de "Keur Mamadou Dia" (Maison Mamadou Dia) en hommage à celui qui incarna, l'espace de deux ans seulement, les aspirations d'indépendance réelle et de développement autocentré du Sénégal.
Si la jeunesse se réapproprie aujourd'hui Mamadou Dia, c'est que ce "premier souverainiste sénégalais", selon les termes d'Ousmane Barro, symbolise la lutte contre le néocolonialisme et pour un "développement par en bas des campagnes". Son programme d'"animation rurale" et de "politique autogestionnaire", inspiré du socialisme, l'avait rapidement mis en porte-à-faux avec les élites locales, de l'establishment politique aux marabouts mourides impliqués dans l'économie de l'arachide.
Arrêté en 1962 après une violente crise institutionnelle, Mamadou Dia fut condamné au bagne à Kédougou. Libéré en 1974, cet homme "réservé" et "rigoureux", décrit par Afrique XXI, continua d'influencer une partie de la jeunesse sénégalaise, attirée par ses idées réformistes en matière agricole et religieuse.
"Toutes ses réflexions sur le réformisme islamique, la revivification d'un message religieux de combativité sociale [...] intéressent de nombreux jeunes", souligne ainsi Dialo Diop, un dirigeant de Pastef cité par le média en ligne.
Au-delà de Dia, c'est "tout un pan de l'histoire" anticoloniale et contestataire du Sénégal qui resurgit aujourd'hui, des grèves cheminotes de 1947 immortalisées par Ousmane Sembène aux luttes syndicalistes marginalisées par le régime postrévolutionnaire. "À travers Mamadou Dia, c'est tout un pan de notre histoire qu'on soulève et redécouvre", se réjouit Ahmadou Djibril, jeune militant cité par Afrique XXI.
Cette soif de réhabilitation historique transparaît dans le programme de Pastef, qui promeut une "éthique du travail" et "la nécessité de démarchandiser la politique", autant de principes chers à Mamadou Dia. Si celui-ci a incarné un temps les espoirs d'émancipation du Sénégal postcolonial avant d'être écarté, son autoritarisme envers les franges radicales lui a aussi valu des inimitiés durables. Mais pour la nouvelle génération au pouvoir, brandir l'étendard diaïste semble désormais un moyen de se démarquer d'un "récit national lissé" et d'inscrire son action dans l'héritage historique des luttes pour l'indépendance réelle.