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6 avril 2025
International
LE GRAND BALAYAGE DE TRUMP
Le nouveau président américain a signé une avalanche de décrets touchant à tous les domaines, de l'immigration au climat en passant par la fonction publique. Pas moins de 78 mesures de l'administration précédente ont été annulées d'un trait de plume
(SenePlus) - Dès son installation à la Maison Blanche pour son second mandat lundi, Donald Trump, 47e président des États-Unis, a engagé une série de mesures spectaculaires visant à détricoter l'héritage de Joe Biden et à mettre en œuvre ses promesses de campagne les plus controversées, rapporte le Washington Post.
Installé derrière un bureau de signature au Capital One Arena de Washington, entouré de sa famille et de ses alliés, le nouveau président a commencé par abroger pas moins de 78 décrets signés par l'administration Biden. Ces annulations touchent un large éventail de domaines, des politiques environnementales aux droits des personnes transgenres dans l'armée, en passant par la lutte contre les discriminations raciales et de genre.
Parmi les mesures les plus radicales figure une réinterprétation du 14e amendement de la Constitution américaine concernant le droit du sol. Selon le Post, cette directive présidentielle vise à ne plus accorder automatiquement la citoyenneté américaine aux enfants nés sur le sol américain de parents en situation irrégulière ou détenteurs de visas temporaires.
La question migratoire occupe une place centrale dans ces premières décisions. Trump a déclaré "l'état d'urgence nationale" à la frontière mexicaine et ordonné la suspension du programme de réinstallation des réfugiés "pour au moins quatre mois". Le quotidien américain précise que le président a également chargé les ministères de la Défense et de la Sécurité intérieure de "déployer et construire des barrières physiques temporaires et permanentes" à la frontière sud.
La politique du "Remain in Mexico", qui oblige les demandeurs d'asile à attendre au Mexique l'examen de leur dossier, fait son retour. Plus controversé encore, le ministre de la Justice est désormais autorisé à "requérir la peine de mort pour tous les crimes d'une gravité justifiant son usage", y compris ceux commis par des migrants.
Sur le plan international, Trump a engagé le retrait des États-Unis de l'accord de Paris sur le climat et de l'Organisation mondiale de la santé, démontant ainsi deux engagements majeurs de son prédécesseur, selon le Washington Post.
La fonction publique n'est pas épargnée : le télétravail est aboli, un gel des embauches est décrété (sauf pour les forces armées et la sécurité nationale), et les protections de l'emploi sont levées pour des dizaines de milliers de fonctionnaires fédéraux.
Dans un geste particulièrement controversé, Trump a accordé la grâce présidentielle à 14 personnes impliquées dans l'assaut du Capitole du 6 janvier 2021, étendant cette clémence à tous les autres individus condamnés pour des délits liés à cet événement. Le Washington Post souligne que le président a même ordonné au ministre de la Justice de "demander l'abandon avec préjudice de tous les actes d'accusation en cours" concernant le 6 janvier.
Concernant TikTok, le président a fait en reporter l'application de l'interdiction fédérale contre l'application chinoise, une décision qui, selon le journal, risque d'être contestée juridiquement car elle outrepasse une loi votée par le Congrès et confirmée par la Cour suprême.
Le Washington Post précise que nombre de ces décrets présidentiels devraient faire l'objet de contestations judiciaires, ce qui pourrait ralentir ou bloquer leur mise en œuvre.
TRUMP ANNONCE DES MESURES FORTES APRÈS SA PRESTATION DE SERMENT
Le président a affirmé que son objectif politique est de rester dans l’histoire comme un artisan de paix, insistant sur la nécessité pour les États-Unis de cesser de s’engager dans des guerres multiples et d’intervenir dans les conflits étrangers.
Le 47e président des États-Unis, Donald Trump, a dévoilé, lundi, après sa prestation de serment, une série de mesures fortes dont la déclaration de l’état d’urgence à la frontière sud, visant à renforcer le contrôle migratoire.
Donald Trump a prêté, serment, lundi, à Washington, devenant officiellement le 47e président des Etats-Unis.
‘’Moi, Donald John Trump, jure solennellement de remplir fidèlement les fonctions de président des Etats-Unis et, dans toute la mesure de mes moyens, de sauvegarder, protéger et défendre la Constitution des Etats-Unis’’, a déclaré le républicain, conformément à la Constitution.
En raison du froid glacial, la cérémonie, qui devait initialement se dérouler devant le Capitole, a eu lieu à l’intérieur du complexe du Congrès américain en présence du président sortant, Joe Biden, et de nombreux invités.
Dans son discours inaugural, il a déclaré que ‘’l’âge doré de l’Amérique commence maintenant’’, promettant de ‘’mettre l’Amérique en premier’’.
Donald Trump a déjà dirigé les Etats-Unis de 2017 à 2020.
»Nous stopperons les entrées illégales, expulserons des millions de migrants en situation irrégulière, rétablirons le programme ‘Rester au Mexique’, mettrons fin à la politique de ‘catch and release’, déploierons des troupes à la frontière et désignerons les cartels comme organisations terroristes étrangères (FTO)”, a-t-il affirmé lors de son premier discours après avoir prêté serment.
Parmi ces mesures figure la réintégration des militaires expulsés pour refus du vaccin contre le Covid, précisant qu’ils seraient réintégrés avec paiement rétroactif.
En matière de libertés fondamentales, le président Trump a promis un décret pour mettre fin à la censure gouvernementale, rétablissant ainsi, selon lui, la liberté d’expression aux États-Unis.
Concernant les questions sociétales, Trump a déclaré que la politique officielle des États-Unis reconnaîtrait uniquement les genres masculin et féminin, une prise de position qui alimente les débats dans le pays.
Le président a affirmé que son objectif politique est de rester dans l’histoire comme un artisan de paix, insistant sur la nécessité pour les États-Unis de cesser de s’engager dans des guerres multiples et d’intervenir dans les conflits étrangers.
La cérémonie de prestation de serment, marquée par la présence des anciens présidents Joe Biden, Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama, s’est tenue pour la première fois en 40 ans à l’intérieur du Capitole à Washington, en présence de membres de l’administration américaine et de nombreux invités.
Ce retour au pouvoir de Donald Trump suscite des espoirs parmi ses partisans, mais également des controverses sur le plan national et international, en raison de ses orientations politiques tranchées.
par Amadou Sarr Diop
L’ETHNICITÉ S’INVITE AUX DÉBATS POLITIQUES
EXCLUSIF SENEPLUS - De Wade à Sonko, en passant par Macky, l'influence des appartenances ethniques dans les stratégies électorales pose question dans un pays où la stabilité s'est bâtie sur le dépassement des clivages identitaires
Avec l’affaire Farba Ngom, le syndrome de l’ethnicité s’invite de nouveau au débat politique. Au lieu de se voiler la face, la question mérite d’être abordée pour poser l'ampleur, en termes de signes précurseurs, d’un malaise social aux conséquences imprévisibles. La guerre des identités, par la politisation de l'ethnicité en contexte africain, a suffisamment fait d'effets dans beaucoup de pays confrontés aujourd’hui à des crises identitaires structurelles. Toujours dans cette stratégie d’ensauvagement des réseaux sociaux, sous fond de haine et de manipulation, l’argument ethno-identitaire émerge, de plus de plus, des querelles politiques au Sénégal.
L’analyse des facteurs de cause à l’origine des guerres ethniques dans les pays en situation de conflictualité, renseigne sur l’impact des débats ethnicistes dans la genèse, la maturation et l’éclosion de conflits identitaires. L’ampleur des conflits ethniques en Afrique a aujourd'hui redonné vigueur aux thèses primordialistes sur l’irréductibilité et l’immuabilité des « ethnicités africaines, promptes à r-émeger dans certains discours politiques et médiatiques ».
La fabrique des identités de résistance contre un ordre politique à partir de l'ethnicisation des conflits politiques ont conduit à des dérives aux conséquences incalculables. Par l’artifice de la politisation du sentiment ethno-identitaire, l’Afrique est un continent exténué par des violences systématiques de toutes sortes. Un bref rappel des conséquences de ce mode opératoire dans certains pays devrait alerter pour sortir de cette dérive ethniciste.
Au demeurant, les crises qui ont secoué les régions des Grands Lacs trouvent leur explication en partie dans cette ethnicisation des crises politico-sociales. On peut évoquer, la guerre civile en Ouganda, les génocides au Rwanda et au Burundi, le conflit au Sud-Soudan et enfin les rébellions dans la province Orientale du Kivu. On se rappelle de l’effroyable génocide des Tutsis au Rwanda estimé à plus de 5,5 millions de morts. En deux journées, celle du 11 avril et la fin d’après-midi du 14 mai 1994, 50 000 Rwandais ont été tués à la machette par leurs voisins sur les collines de Nyamata. D’avril à juillet 1994, on a estimé entre 500 000 et un million de Rwandais tutsis victimes d’une extermination systématique perpétrée par des miliciens (les Interhamwe).
L'autre exemple est la situation post-électorale dramatique connue en Côte d’Ivoire avec l’introduction du concept « d’ivoirité » par Henri Konan Bédié. Durant les cinq mois de violence et de conflit armé qui ont marqué la crise post-électorale de 2010-2011 en Côte d'Ivoire, 3 000 personnes ont été tuées.
Dans un article sur les enjeux géostratégiques de l’ethnicité, je soutenais que la symbolique des identités, comme élément de stratégie politique, a marqué les trajectoires de trois figures du champ politique sénégalais depuis 2000, à savoir Abdoulaye Wade, Macky Sall et Ousmane Sonko. Chacun s‘est servi de l’identité d’appartenance comme site de mobilisation politique. Par la mise en scène idéologique du clientélisme identitaire, chacun a construit des éléments de langage dans la communication de conquête ou de préservation du pouvoir. Il est vrai que l’exemplarité du Sénégal dont les premiers concepteurs de l'État postcolonial ont pris en considération le pluralisme ethnique dans le mode de gouvernance, en tenant compte des équilibres identitaires, peut être considérée comme un cas d’école. Une bonne gestion des différences ethniques, religieuses, voire confrériques, et leur présence équilibrée au niveau des sphères étatiques, ont préservé le Sénégal jusqu’ici de la guerre des identités ethniques et religieuses.
Le Sénégal a établi son unité et sa stabilité sur le socle de la diversité et de la pluralité des croyances et des valeurs de référence. De Senghor à Abdou Diouf, l’option pour la construction de l’État-nation a pris le dessus sur les appartenances identitaires. Il est établi que dans les années 1950, Senghor s’est certes appuyé sur la territorialisation des identités primaires, catégorisant les colonisés en citoyens français (ressortissants des quatre communes) et en indigènes (considérés comme des kaw-kaws, des citoyens du Sénégal de l'intérieur vivant en contexte rural). Mais, cette prépondérance des identités cristallisées autour du terroir, n’a pas connu une instrumentalisation identitariste. Durant ses mandatures, et ceci dans la continuité avec Abdou Diouf, les débats politiques ont été menés, en dépit de fortes adversités assumées, dans l’espace de la neutralité citoyenne, autour des enjeux programmatiques et des indicateurs de gouvernance. Les tempêtes de violence qui ont balayé, par moment, le paysage politique sénégalais, n’ont pas conduit à des dérives ethnicistes ou religieuses. On peut supposer que la qualité du personnel politique d’alors (formaté dans des partis politiques ayant érigé la formation idéologique des militants en priorité) y a beaucoup contribué.
A ce niveau, le Sénégal se distingue de la plupart des pays en Afrique qui ont connu la guerre des identités autour des enjeux de pouvoirs et de contrôle des ressources par des stratégies d’ethnicisation des polarités idéologiques et politiques.
Les mutations politiques amorcées à partir de 2000 sont révélatrices des influences ethno-identitaires au niveau de l’électorat dans certaines localités du Sénégal. C’est avec le président Wade qu’a véritablement commencé dans la stratégie électorale la mise en dividende politique des identités de proximité par l’instrumentalisation de son appartenance à la confrérie mouride. Son allégeance ostentatoire à cette confrérie a servi, par moment, de levier d’agitation, de mobilisation politique, dans les zones où les mourides sont représentatifs. Concernant le président Macky Sall, l’énonciation de la notion de « titres fonciers », un élément de langage fortement usité dans la communication politique de ses partisans, pour marquer la prédominance politique de sa coalition dans deux régions où son ethnie d'origine Hal pulaar et celle adoptive Sérère sont fortement présentes, est révélatrice du vote affectif et ethno-identitaire lié à sa double appartenance ethnique dans un contexte politique et électoral traversé par l’impensé du débat ethnique.
Les résultats enregistrés lors de l’élection présidentielle de 2019 dans le Fouta, berceau de son ethnie d’origine Hal pulaar (Matam 93,26 %, Podor 93,40%) et dans la région de Fatick (79,78%) majoritairement habitée par son ethnie d’adoption (sérères), révèlent l’impact des affects ethno-identitaires dans la mobilisation politique et électorale. Le phénomène Sonko n’est pas exempt de l’empreinte de l’ethno-identitaire, au regard des performances électorales de sa coalition politique dans sa région d’origine. Sonko s’est construit, en un temps record, une base politique dans la région naturelle de la Casamance marquée par le sentiment ethniciste et régionaliste fortement entretenu par la présence d’une rébellion en lutte contre l’État du Sénégal depuis plus de quatre décennies. Lors des deux dernières sélections locales (2020) et législatives (2022), l’alliance dirigée par Sonko réalise une percée politique inédite dans cette région du Sud. Sur les 30 communes que compte la région, la mouvance présidentielle Benno Bokk Yaakar n’a gagné que celle rurale de Boutoupa-Camaracounda. La forte mobilisation et la passion exprimée des populations du Sud lors du procès opposant Ousmane Sonko et la masseuse Adji Sarr, s’inscrivent dans cet ancrage symbolique des origines.
Ce détour sur ces trois figures politiques les plus emblématiques durant ces deux dernières décennies, vise à montrer combien sont fragiles en Afrique les équilibres ethniques. A chaque fois que des enjeux politiques et ceux liés à la prise ou à la conservation du pouvoir, atteignent un certain niveau de conflictualité, les rapports de force politiques peuvent faire vaciller les socles ethniques pour en faire des leviers de mobilisation partisane. L’impensé des discours sur l’ethnicité nous situe dans le rituel de la diversion idéologique des élites politiques africaines, à des fins de détournement des opinions de la pauvreté systémique à laquelle sont confrontées de larges couches sociales et, surtout, la jeunesse qui vit dans la précarité et qui est hantée par les incertitudes du lendemain.
Pour le Sénégal, rien n’est gagné, il faut faire preuve de vigilance. C’est par l'intelligence dans la gouvernance et le management de nos institutions et, surtout, du leadership transformationnel, qu’on peut induire un approfondissement de la démocratie par la prise en charge du quotidien des sénégalais. Les enjeux sont multiples pour les artisans de la troisième alternance, dont la mise en chantier des transformations systémiques promises constitue un impératif institué au regard de leurs engagements pour le triomphe du Grand soir tant rêvé par une jeunesse pressée.
Amadou Sarr Diop est sociologue, enseignant-chercheur à l’université Cheikh Anta Diop.
LE PIED DE NEZ DE SOULEYMANE BACHIR DIAGNE
Le philosophe, confronté à des reproches sur son prétendu silence durant les crises récentes, choisit la voie de l'engagement intellectuel plutôt que celle de la polémique. "Je vais continuer à les agacer", promet-il à ses détracteurs
Le philosophe Souleymane Bachir Diagne n’y est pas allé de main morte pour répondre à ceux qui pensent qu’il n’a plus le droit à la parole au Sénégal. Invité de « Face aux lecteurs », un événement organisé par la librairie l’Harmattan et animé par le journaliste Pape Aliou Sarr, le penseur sénégalais souligne qu’il continuera à agacer les gens qui ne veulent plus le voir intervenir dans l’espace médiatique sénégalais.
Certains activistes sénégalais et militants du Pastef reprochent au philosophe sénégalais son mutisme durant les crises socio-politiques qui ont secoué le pays ces dernières années. Ils pensent qu’ils pouvaient user de son rayonnement planétaire pour prêter main forte à leur « Révolution ». Par conséquent, les détracteurs du Professeur Souleymane Bachir Diagne sont d’avis qu’il n’a plus son mot à dire concernant les affaires du Sénégal. Mais pour le brillant philosophe, ces derniers peuvent déchanter. « Il semble qu’il y a des gens que cela agace que je parle ici », soutient-il avec humour.
Mais devant un public venu l’écouter parler de philosophie et de son dernier ouvrage *Ubuntu*, Pr Diagne, connu pour sa tempérance, n’a pas pour autant fait l’autruche pour répondre à ces critiques : « Je vais continuer à les agacer », déclare-t-il avec véhémence. À l’en croire en effet, le paradoxe serait qu’il ne parle de son travail et de ce qu’il a fait qu’à l’extérieur. « Et que je ne le fasse pas ici chez nous », renchérit le penseur sénégalais.
S’exprimant en outre sur son livre et sur le concept *Ubuntu*, mot bantou devenu, d’après lui, un concept éthique et politique, Pr Diagne indique qu’il y a deux choses qui sont importantes avec ce mot devenu par la force des choses un concept philosophique.
L’humain n’est pas un état mais un devenir
« Que l’humain n’est pas un état mais un devenir. On devient humain. Naître humain, c’est avoir la responsabilité de se faire soi-même un humain, de s’inventer comme humain », renseigne l’auteur de l’essai *Universaliser*. La deuxième composante, estime-t-il, est que l’humanité qu’il faut construire se fait dans la réciprocité et la relation. « Nous co-construisons nos humanités. Une des traductions possibles d’*Ubuntu* c’est une co-humanité. C’est l’idée que nous avons à devenir humain et que nous le devenons ensemble », a fait savoir Souleymane Bachir Diagne.
Dans le même ordre d’idées, le penseur sénégalais a fait une comparaison entre ce mot bantou *Ubuntu*, et le mot wolof « Nitté ». « C’est l’analogue fonctionnel de ce qui est entendu par *Ubuntu*. Il est tout à fait logique de voir en effet que *Ubuntu* a dans la langue wolof un analogue fonctionnel qui est ‘‘Nitté’’. Car ‘‘Nitté’’ signifie aussi que l’homme a la responsabilité et la tâche de devenir ‘‘Nitt’’ », renseigne-t-il.
Faire de mon identité une politique, c’est absurde, c’est une impasse
Devant « ses » lecteurs, et parlant de la complémentarité qui pourrait exister entre ce concept *Ubuntu* et l’action politique, Pr Souleymane Bachir Diagne trouve aussi qu’il n’y a aucune urgence d’agir qui vaille de mettre entre parenthèses le temps de la réflexion. « Le temps de la réflexion est toujours nécessaire quand les urgences sont là, il faut pouvoir savoir prendre la distance philosophique que la réflexion elle-même nous impose malgré la pression de ces urgences », prône-t-il non sans rappeler que la finalité d’*Ubuntu*, c’est finalement rendre la communauté meilleure.
Toutefois, il affirme qu’être ensemble, cela suppose aussi l’affirmation des identités. « Il ne s’agit pas de transformer nos identités en identitarisme. Le problème, c’est les identitarismes. Faire de mon identité une politique, c’est absurde, c’est une impasse », prévient-il. Poursuivant son argumentation, il signale que malheureusement, dans le monde actuel de la fragmentation, chacun fait de sa tribu et de son particularisme l’alpha et l’oméga de sa politique. « Mais pour faire communauté, cela ne veut pas dire qu’il faille effacer qui nous sommes. Au contraire, comprendre que le monde est pluriel, qu’il est tissé de différences, c’est la condition même d’une orientation commune vers un horizon de l’universalité », note le philosophe avec toujours la même pertinence.
TRUMP REVIENT EN MAÎTRE À WASHINGTON
À quelques heures de prêter serment pour la seconde fois, Donald Trump savoure déjà sa victoire sur une capitale qui lui résistait jadis. Des patrons de la tech aux médias mainstream, c'est désormais à qui montrera le plus de déférence envers le président
(SenePlus) - Dans un article approfondi, le New York Times dresse le portrait d'une capitale américaine qui, à la veille de la seconde investiture de Donald Trump, affiche un visage radicalement différent de celui de 2017. Le journal décrit une ville où la défiance d'antan a cédé la place à une forme de soumission généralisée.
Si le dispositif de sécurité reste imposant - "plus de 30 miles de clôtures anti-escalade" et "des barrières en béton" selon le quotidien new-yorkais - l'atmosphère n'a plus rien à voir avec la tension qui régnait il y a huit ans. "La résistance de 2017 s'est transformée en résignation de 2025", observe le New York Times.
Le journal rapporte un changement radical d'attitude des élites. Les magnats de la technologie "se précipitent à Mar-a-Lago pour rendre hommage" au président élu, tandis que "les milliardaires signent des chèques à sept chiffres" pour s'assurer une place à la cérémonie d'investiture. Plus révélateur encore, "certaines entreprises abandonnent préventivement leurs programmes climatiques et de diversité pour s'attirer les faveurs" du futur président.
David Urban, stratège républicain et allié de Trump, résume ce revirement dans les colonnes du quotidien : "Le hashtag-résistance s'est transformé en hashtag-capitulation. Les bonnets roses sont remplacés par des casquettes MAGA portées par des Noirs et des Bruns."
Face à cette nouvelle réalité, l'opposition semble déboussolée. Donna Brazile, ancienne présidente du Comité national démocrate, confie au NYT : "Les leaders démocrates ont appris que concentrer toute l'énergie sur un seul homme n'a pas fait la différence. C'est une pilule amère à avaler, mais ce n'est pas la fin."
Les manifestants qui persistent dans leur opposition, comme Lisa Clark, 65 ans, venue d'Akron dans l'Ohio, expriment leur lassitude tout en maintenant leur détermination : "Pourquoi devons-nous continuer à faire cela ? Mais bon, nous le ferons. Nous avons déjà été là, et nous y retournerons si nécessaire."
Cette seconde investiture de Trump marque ainsi, selon le New York Times, un tournant majeur dans la politique américaine. Le journal conclut que le président élu "n'a même pas besoin d'agir pour forcer ses adversaires à s'adapter" : sa simple présence suffit à remodeler le paysage politique américain. Une réalité qui laisse Sarah Longwell, stratège républicaine anti-Trump, poser la question qui hante désormais Washington : "Comment endurer les quatre prochaines années ?"
DANS LES COULISSES DU POUVOIR AVEC OUSMANE YARA
De Conakry à Dakar, en passant par Lagos et Tripoli, Ousmane Yara a bâti un empire d'influence dans l'ombre des palais présidentiels. Aujourd'hui, l'homme d'affaires malien révèle comment il est devenu l'artisan de l'apaisement politique au Sénégal
(SenePlus) - L'homme qui a joué un rôle clé dans les coulisses de la dernière présidentielle sénégalaise sort de l'ombre. Dans une série d'entretiens accordés à Jeune Afrique, Ousmane Yara, discret homme d'affaires malien, lève le voile sur son rôle d'intermédiaire entre Macky Sall et Ousmane Sonko durant la période trouble qui a précédé l'élection de mars 2024.
Il y a un an, dans la résidence présidentielle de Mermoz à Dakar, un dîner allait changer le cours de la politique sénégalaise. Selon Jeune Afrique, c'est lors de cette soirée qu'Ousmane Yara, face à un Macky Sall préoccupé par les tensions politiques, propose de servir d'intermédiaire avec l'opposant emprisonné Ousmane Sonko. "J'ai vu que la direction dans laquelle certains voulaient le pousser lui créerait des problèmes, et créerait des problèmes au pays", confie-t-il au magazine panafricain.
Cette intervention n'est pas le fruit du hasard. La relation entre Yara et Sall remonte au début des années 2000, quand ce dernier était Premier ministre d'Abdoulaye Wade. Une proximité qui a permis à cet homme d'affaires malien de devenir un acteur clé dans les négociations politiques au Sénégal.
Né en janvier 1970 à Lubumbashi, fils d'un diamantaire malien, Ousmane Yara a construit son influence pas à pas. Comme le révèle JA, c'est d'abord en Guinée, sous l'aile d'Alpha Condé, qu'il commence à tisser son réseau. "Grâce à lui, j'ai pu côtoyer Mahamadou Issoufou, Ibrahim Boubacar Keïta, Muhammadu Buhari et même le président sud-africain Jacob Zuma", énumère-t-il.
Mais c'est au Nigeria qu'il bâtit sa fortune, notamment dans le pétrole, en se rapprochant du milliardaire Aliko Dangote. Son influence s'étend aujourd'hui bien au-delà des frontières africaines : le magazine rapporte qu'il prépare actuellement "la venue de certains chefs d'État africains" à l'investiture de Donald Trump.
Cette position d'intermédiaire ne fait pas l'unanimité. "Il ressemble surtout à l'un de ces hommes d'affaires qui cherchent à être proches des palais présidentiels pour avoir en retour un accès aux marchés publics", confie au journal un chef d'entreprise ouest-africain. Une critique que Yara réfute fermement : "Il n'y a aucun chef d'État que j'ai aidé et qui, en retour, m'a facilité l'obtention de marchés publics."
Macky Sall lui-même semble avoir cerné la complexité du personnage. Lors de l'inauguration d'un hôtel du groupe Azalaï à Dakar en novembre 2023, il déclarait, non sans ironie : "Ousmane Yara est un homme très exceptionnel et très dangereux." Une description qui résume parfaitement l'ambiguïté de cet homme de l'ombre devenu, le temps d'une crise politique majeure, un acteur incontournable de la vie politique sénégalaise.
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L'APPEL À LA RÉSISTANCE DE DOMINIQUE DE VILLEPIN
Celui qui s'était opposé à la guerre en Irak dresse un parallèle inquiétant entre cette période et la situation actuelle. Entre technologie débridée et retour des idéologies de la séparation, il voit se dessiner un choc des civilisations à contrer
Dans un entretien accordé à Edwy Plenel pour l'émission "L'échappée", Dominique de Villepin, ancien ministre français, lance un avertissement solennel sur les dangers qui menacent l'ordre mondial. Vingt-deux ans après son discours historique à l'ONU contre la guerre en Irak, il dresse un parallèle saisissant entre cette période et la situation actuelle.
L'ancien Premier ministre alerte sur l'émergence d'une Amérique trumpiste qui, selon lui, incarne un modèle dangereux porté par les oligarques de la Silicon Valley, dont Elon Musk. Il dépeint un monde où s'affrontent désormais trois visions de l'humanité : l'universalisme français hérité de la Révolution, prônant l'égalité et la liberté ; l'individualisme américain exacerbé ; et le collectivisme autoritaire chinois.
Face à la montée du suprémacisme et de la hiérarchisation des humanités, de Villepin appelle à une résistance active de l'Europe. Il met en garde contre la réduction de l'être humain à de simples données monétisables par les géants technologiques et plaide pour une défense vigoureuse des valeurs humanistes.
L'ancien diplomate s'insurge également contre la simplification excessive des enjeux diplomatiques actuels. Il défend une approche fondée sur la nuance et le doute constructif, critiquant au passage la tendance à réduire des situations complexes à des formules choc, notamment dans les relations avec l'Algérie.
Dans cet entretien réalisé au musée du Quai Branly-Jacques Chirac, de Villepin réaffirme son engagement à porter une voix indépendante dans le débat public, malgré les intimidations et les attaques personnelles. Il se pose en défenseur d'une certaine idée de la France et de l'Europe face aux défis majeurs qui se profilent à l'horizon, appelant à une mobilisation des consciences pour préserver les valeurs humanistes face aux dérives autoritaires et technologiques.
OUVERTURE DE L’ÉCOLE AFRICAINE DE GOUVERNANCE
L’école africaine de gouvernance ouverte au Rwanda va encourager les dirigeants à stimuler le développement durable de l’Afrique en fournissant une éducation innovante en politiques publiques, une recherche de pointe et une plateforme d’engagement politik
L’école africaine de gouvernance ouverte au Rwanda va encourager les dirigeants à stimuler le développement durable de l’Afrique en fournissant une éducation innovante en politiques publiques, une recherche de pointe et une plateforme d’engagement politique.
(ASG, sigle anglais) a été officiellement ouverte le 14 janvier 2025 à Kigali, au Rwanda, en amont du recrutement de sa cohorte inaugurale 2025/2026. La cérémonie d’inauguration a rassemblé des dirigeants, des décideurs politiques, des universitaires et des parties prenantes du continent et au-delà, pour célébrer la création de l’ASG en tant qu’établissement à l’avant-garde des questions de gouvernance. L’ASG est cofondée par Paul Kagame, président du Rwanda, et Haile Mariam Desalegn, ancien premier ministre d’Éthiopie, explique un communiqué transmis vendredi à APA.
L’ASG est une institution unique et transformatrice dédiée à former une génération de dirigeants éthiques et motivés disposant des compétences et des mentalités nécessaires pour relever les défis et assurer la transformation socioéconomique sur le continent africain. La mission de l’école est d’encourager les dirigeants à stimuler le développement durable de l’Afrique en fournissant une éducation innovante en politiques publiques, une recherche de pointe et une plateforme d’engagement politique qui promeut une gouvernance transformatrice adaptée aux valeurs et aux opportunités spécifiques du continent. Au cours de l’événement, qui marque le point d’origine dans la mission de l’ASG visant à autonomiser la prochaine génération de dirigeants et d’innovateurs africains dans tous les secteurs, Haile Mariam Desalegn a déclaré : « L’ouverture de l’École africaine de gouvernance et le lancement du recrutement inaugural marquent un moment décisif dans l’engagement de l’Afrique en faveur de l’excellence en matière de leadership. En formant une nouvelle génération de leaders et d’innovateurs en recherche politique dans tous les secteurs, l’ASG crée le socle pour une gouvernance transformatrice éthique, innovante et ancrée dans les réalités de l’Afrique. Cette institution pionnière jouera un rôle central pour façonner l’avenir du continent en donnant à ses étudiants les moyens de promouvoir un développement systémique et un changement pérenne. »
Peter Materu, qui a prononcé un discours au nom de la Fondation Mastercard, a déclaré que l’ASG s’inscrit dans la stratégie Young Africa Works de la Fondation Mastercard, qui permettra à 30 millions de jeunes Africains, dont 70 pour cent de femmes, d’accéder à des opportunités de travail dignes et enrichissantes d’ici 2030. Aspect central de l’inauguration, le lancement de la première campagne de recrutement des étudiants de l’ASG a pour but de créer un groupe diversifié de talents de tout le continent africain, y compris des communautés sous-représentées, pour inscrire plus de 100 étudiants de premier cycle et professionnels de différents secteurs en première année aux programmes de master en administration publique (MPA) et de master exécutif en administration publique (EMPA).
LES MINISTRES DU DÉVELOPPEMENT DE L’AES CHEZ ASSIMI GOITA
La rencontre de 3 jours au Mali entre Assimi Goïta et les ministres de l’AES s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la feuille de route adoptée par les Chefs d’État de la Confédération en juin dernier à Niamey.
La rencontre de 3 jours au Mali entre Assimi Goïta et les ministres de l’AES s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la feuille de route adoptée par les Chefs d’État de la Confédération en juin dernier à Niamey. Parmi les projets clés abordés, la création d’une banque régionale d’investissement, destinée à soutenir le développement économique et les infrastructures des pays membres, a été largement discutée. Des experts du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont déjà entamé des travaux préparatoires pour établir les bases de cette nouvelle institution financière.
Nacanabo Aboubacar, ministre burkinabè de l’Économie, des Finances et de la Prospective, a souligné que l’Alliance des États du Sahel repose sur trois piliers fondamentaux : La défense, la diplomatie et le développement. Il a précisé que cette réunion de trois jours à Bamako, en présence des experts, vise à concrétiser les actions définies dans la feuille de route, notamment pour le pilier du développement. La rencontre avec le Président de la Confédération, le général Assimi Goïta, a permis de recevoir des instructions claires pour accélérer la mise en œuvre des actions concrètes au bénéfice des populations.
Le président Goïta a réaffirmé sa vision claire pour le développement de l’espace sahélien, exhortant les ministres à travailler de manière résolue afin d’assurer le développement pour le bien-être des populations. Cette initiative s’inscrit dans la continuité des efforts déployés depuis la création de l’AES en septembre 2023, visant à renforcer la coopération entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
La concrétisation de ces projets ambitieux témoigne de la volonté des États membres de l’AES de promouvoir un développement socioéconomique durable et de renforcer leur souveraineté face aux défis régionaux, à l’approche du retrait effectif de la Cédéao prévu pour le 29 janvier prochain.
LA JUSTICE AMÉRICAINE MET TIKTOK AU PIED DU MUR
La Cour suprême vient de valider l'interdiction de la plateforme sur le sol américain, à moins que sa maison-mère chinoise ByteDance ne cède ses activités d'ici dimanche. Une décision qui menace directement les 170 millions d'utilisateurs
(SenePlus) - D'après les informations rapportées par Associated Press (AP) ce 17 janvier 2025, la Cour suprême des États-Unis a rendu une décision historique concernant l'avenir de TikTok sur le territoire américain. Dans un arrêt unanime, la plus haute instance judiciaire du pays a confirmé la constitutionnalité de la loi fédérale qui impose à ByteDance, la maison-mère chinoise de l'application, de vendre ses activités américaines sous peine d'interdiction.
Cette décision capitale intervient dans un contexte politique particulièrement tendu. Comme le souligne AP, "la dispute autour des liens de TikTok avec la Chine est devenue l'incarnation de la compétition géopolitique entre Washington et Pékin". La Cour a notamment estimé que "le Congrès a déterminé qu'une cession était nécessaire pour répondre à ses préoccupations fondées en matière de sécurité nationale concernant les pratiques de collecte de données de TikTok et sa relation avec un adversaire étranger".
Les implications de cette décision sont considérables pour les 170 millions d'utilisateurs américains de l'application. Selon les précisions du Département de la Justice citées par Associated Press, si l'application ne disparaîtra pas immédiatement des téléphones des utilisateurs existants, "les nouveaux utilisateurs ne pourront pas la télécharger et les mises à jour ne seront pas disponibles", ce qui finira par rendre l'application inutilisable.
La situation est d'autant plus complexe que le président élu Donald Trump, qui compte lui-même 14,7 millions d'abonnés sur la plateforme, adopte une position plus conciliante. Associated Press rapporte qu'il a évoqué le sujet lors d'une conversation avec le président chinois Xi Jinping, suggérant la possibilité d'une solution négociée.
Les réactions à cette décision sont contrastées. Kate Ruane, directrice au Center for Democracy & Technology, citée par l'agence de presse américaine, a qualifié la décision de "sans précédent", estimant qu'elle "nuit à la liberté d'expression de centaines de millions d'utilisateurs de TikTok dans ce pays et dans le monde". Les créateurs de contenu s'inquiètent également des répercussions économiques, comme l'illustre le témoignage de Desiree Hill, propriétaire d'un atelier mécanique en Géorgie : "Je suis très, très inquiète de ce qui va se passer au cours des prochaines semaines".
La question de la vente reste au cœur des débats. Bien que ByteDance ait déclaré son refus de vendre, certains investisseurs, dont l'ancien secrétaire au Trésor Steven Mnuchin et l'homme d'affaires Frank McCourt, ont manifesté leur intérêt. Cependant, comme le rappelle Associated Press, la loi chinoise restreint la vente de l'algorithme propriétaire qui a fait le succès de la plateforme, compliquant considérablement toute transaction potentielle.