SenePlus | La Une | l'actualité, sport, politique et plus au Sénégal
4 avril 2025
International
L'IRAN TIRE DES MISSILES SUR LE TERRITOIRE ISRAÉLIEN
Ces tirs de missiles surviennent quatre jours après la mort du leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, assassiné dans un raid aérien de l’armée israélienne, dans la banlieue sud du Liban.
Dakar, 1er oct (APS) – Des missiles ont été lancés de l’Iran sur le territoire israélien où les sirènes d’alerte ont retenti mardi, ont annoncé plusieurs médias,
L’agence de presse officielle iranienne, IRNA, a évoqué des tirs de ‘’missiles sur Tel-Aviv’’, sans aucune autre précision.
Dans un communiqué publié le même jour, l’armée israélienne a confirmé cette information, appelant la population à la vigilance.
‘’Il vous est demandé d’être vigilants et d’agir exactement selon les instructions du Commandement du Front Intérieur’’, a notamment déclaré un porte-parole de l’armée israélienne, citée par des médias.
Les mêmes sources ajoutent que l’espace aérien israélien a été fermé et les vols ont été détournés, selon les autorités aéroportuaires de l’Etat hébreu.
Ces tirs de missiles surviennent quatre jours après la mort du leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, assassiné dans un raid aérien de l’armée israélienne, dans la banlieue sud du Liban.
Le guide suprême iranien Ali Khamenei avait affirmé que la mort de Hassan Nasrallah ‘’ne sera pas vaine’’. Le Premier vice-président de la République islamique d’Iran, Mohammad Reza Aref avait averti, dans la foulée, que cet assassinat aller entrainer la ‘’destruction’’ d’Israël.
L’attaque de missiles lancée par l’Iran contre Israël est également considérée comme une réponse au meurtre en juillet dernier à Téhéran d’Ismael Haniyeh, leader politique du Hamas, le mouvement islamique de la résistance palestinienne.
par Oumou Wane
CONFERENCE DE PRESSE DE SONKO : ÉTAT D’URGENCE ?
EXCLUSIF SENEPLUS - Comment nos anciens dirigeants pourront-ils se cacher derrière ce triste héritage s’il est avéré ? il appartient à la nouvelle génération de briser le cercle vicieux de la débâcle financière
Alors que le pays fêtait en avril dernier la retentissante victoire de la « révolution » Bassirou Diomaye Faye et du « phénomène » Ousmane Sonko, dans un gigantesque espoir de changement pour la jeunesse, nous étions loin de nous douter que le navire Sénégal prenait l’eau de toutes parts et que l’ancien régime, quittait le vaisseau avec un bilan économique aussi calamiteux et à la dérive.
C’est ce qui ressort en tout cas des propos d’Ousmane Sonko, le jeudi 26 septembre, lors d’une conférence de presse à Dakar, avec une question sous-jacente : Comment redresser la barre au plus vite ?
L’État de grâce aura été de courte durée pour le nouveau régime. Après près de six mois au pouvoir, la nouvelle autorité sénégalaise, par la voix du Premier ministre Ousmane Sonko, a fait un état des lieux implacable de la gouvernance de Macky Sall.
Et le bilan est plus que désastreux ! Selon lui, "le régime du président Macky Sall a menti au peuple et aux partenaires financiers" et le premier ministre, Ousmane Sonko, dénonce une « corruption généralisée » sous l’ancien pouvoir. « Nous étions loin de nous imaginer que les choses étaient aussi catastrophiques », a lancé le premier ministre, lors de cette conférence de presse.
Le nouveau chef du gouvernement, en place depuis avril 2024, accuse d’anciens ministres et l’ex-président, Macky Sall, d’avoir manipulé les chiffres des finances publiques. Il annonce l’ouverture d’enquêtes.
En réalité, il s’agirait d’un véritable gâchis social et économique et d’une honte politique pour des dirigeants dont l’heure du bilan a sonné.
L’argent magique, des dépenses folles, les contrats de dupes… en effet, un écart abyssal semble séparer les promesses et les réalisations de Macky Sall !
Avec le punch qui le caractérise, Ousmane Sonko a donc été sans pitié avec l’ancien président.
Mais probablement que Macky Sall aura l’occasion de s’en expliquer, puisqu’il est annoncé comme tête de liste de la coalition Takku-Wallu en vue des élections législatives anticipées du 17 novembre 2024. Ousmane Sonko, étant lui aussi tête de liste de son parti, le combat s’annonce rude !
Mais revenons un peu sur les dérapages budgétaires, déficits hors de contrôle, endettement des plus inquiétants… Comment nos anciens dirigeants pourront-ils se cacher derrière ce triste héritage s’il est avéré ?
En guise d’explications franches pour éclairer la lanterne des Sénégalais face aux accusations du Premier ministre, nous voici pour le moment revenus au vieux réflexe délétère qui consiste à tenter d’impliquer le nouveau ministre des Finances, Monsieur Cheikh Diba, dont un communiqué de la Cellule de communication du ministère des Finances et du Budget souligne pourtant qu’il a toujours agi avec "professionnalisme et rigueur" dans le respect des règles en vigueur. Selon le document, l’actuel ministre des Finances et du budget n’est ni de près ni de loin mêlé à ce scandale. Et c’est cela la vérité !
Face à cette machine à creuser les inégalités et à cette corruption qui priverait le pays d'une partie de ses ressources, il appartient à la nouvelle génération au pouvoir de briser le cercle vicieux de la débâcle financière avec un plan de relance économique pertinent, complet et structuré qui laisse sa chance à tous.
C’est à elle désormais de proposer pour les vingt prochaines années un nouveau cap pour la société sénégalaise, une ambition partagée, inspirée d’une véritable intelligence stratégique et économique ainsi qu’une volonté de reprise de la souveraineté du Sénégal sur les secteurs économiques et les ressources naturelles, technologiques et humaines.
Oumou Wane est présidente d’Africa7
Par Hamidou ANNE
LE SEUL PROJET DE PASTEF EST L’ABAISSEMENT DU SÉNÉGAL
Soutenir urbi et orbi que les comptes du pays sont maquillés pose plusieurs problèmes de forme et de fond. Soit la personne qui a parlé ne comprend rien à l’économie - ce qui est probable -, soit elle verse dans la manipulation grossière...
Soutenir urbi et orbi que les comptes du Sénégal sont maquillés pose plusieurs problèmes de forme et de fond. Soit la personne qui a parlé ne comprend rien à l’économie -ce qui est probable-, soit elle verse dans la manipulation grossière, ce qui est tout aussi soutenable. De plus, tenir de tels propos pour un responsable public c’est inaugurer un nouveau chapitre dans l’entreprise d’abaissement national, qui est la marque déposée du parti Pastef. Le Sénégal dispose de fonctionnaires sérieux et compétents ; parmi eux d’éminents spécialistes des finances publiques, qui ont travaillé d’arrache-pied pour redresser notre économie dont les taux de croissance n’ont cessé de tendre à la hausse depuis l’entrée en vigueur du Pse.
Si sa croissance a été erratique entre 2000 et 2011 (3,3% en moyenne), le Sénégal a été déclaré pays à la plus régulière moyenne de croissance économique pour la décennie 2011-2021. Il s’y ajoute une gestion remarquable du Covid-19, qui a permis l’atténuation des chocs et la relance plus rapide grâce aux mécanismes mis en œuvre et surtout à la résilience de l’agriculture et de l’industrie. Outre une économie placée sur les rails de l’émergence, le Sénégal dispose d’une administration sérieuse que M. Sonko et son cheptel politique ne cessent de vilipender et d’accuser de complots divers depuis une décennie. Les propos de M. Sonko, pour tout Sénégalais avec un peu de jugeote, n’ont aucune crédibilité tant l’homme est en indélicatesse naturelle avec la vérité. Mais que le chef de l’administration dise de celle-ci qu’elle est une machine de faussaires est le summum de l’irresponsabilité. En plus, les déclarations sont fausses pour la simple raison que le Sénégal n’évolue pas en vase clos. Nous sommes au sein de l’Uemoa et en étroite collaboration avec le Fmi et d’organisations multilatérales. Le budget est connu, les dépenses et les recettes retracées, les lois de finances rectificatives publiquement votées. Mieux, la Cour des comptes a déjà validé les lois de règlement des rapports de gestion 2020, 2021 et 2022. Le Sénégal ne saurait cacher ses données au Fmi, à la Banque mondiale, à la Banque centrale, etc.
Pire, le régime se dédit et publie des chiffres différents en une semaine. En effet, ils viennent de publier une Stratégie nationale de développement basée sur un déficit de 4,9%. Les mêmes viennent nous annoncer une semaine plus tard que le déficit est à hauteur de 10,4%.
Lors de deux missions récentes, le Fmi a donné ses chiffres et ses notes de perspective sur notre économie, qui n’ont du reste pas été démentis par le gouvernement. L’urgence par conséquent pour ce régime est de trouver des pistes de solution aux problèmes graves que soulève le Fonds, à l’issue de la dernière revue. Après avoir exprimé sa satisfaction sur le bilan du régime précédent, le Fonds revient trois mois plus tard peindre un tableau sombre de l’actuel régime. Le déficit en un trimestre est passé de 3,9 % à 7,5 % du Pib. La croissance, elle, a baissé, passant de 7,1 à 6,0 %. Le Fmi donne même les raisons de ce climat morose, relatives aux mesures incohérentes et tapageuses sur les Btp, les mines et l’industrie.
Ce gouvernement affirme vouloir miser sur le secteur privé, avec un volume de financement projeté à 12 000 milliards de F Cfa mais s’acharne à étouffer les entreprises par une politique fiscale confiscatoire et irréfléchie, et des tracasseries politiciennes puériles. Qu’ils nous disent quelle est la cohérence de compter sur le secteur privé tout en mettant nos capitaines d’industrie en prison et en versant dans l’acharnement fiscal. Miser sur le secteur privé tout en tenant un discours qui ferait reculer n’importe quel investisseur relève d’une curieuse manière de faire. Car dans les faits, suite aux propos hallucinants du 26 septembre, les marchés s’affolent et le crédit du Sénégal s’est à nouveau aminci selon un article de Bloomberg largement relayé. L’incompétence de Ousmane Sonko nuira à terme au prestige de l’Etat et à la sécurité nationale
Les perspectives sont sombres pour notre économie avec un volume de mobilisation des ressources en baisse contrairement aux années précédentes, des taux d’intérêt qui explosent et un déficit creusé après seulement six mois de gestion. La confiance s’est effritée et l’incertitude gagne les milieux d’affaires du fait de l’imprévisibilité du Premier ministre le plus incompétent de l’histoire de notre pays. Tout ceci nous oblige à interpeller M. Sonko, entre deux déplacements au Grand Théâtre, au sujet du coût de la vie, des drames de l’émigration irrégulière, des inondations, du chômage et de l’isolement progressif du Sénégal sur la scène internationale.
Un autre aspect du problème réside même dans la méthode cavalière ponctuée d’affabulations, de manipulations et d’absence de tenue pour des gens qui sont censés diriger un Etat. Car aux termes de l’article 1.7 de la loi 2012-22 du 27 décembre 2012 portant Code de transparence dans la gestion des finances publiques, «dans les trois mois suivant chaque nouveau mandat présidentiel, la situation globale des finances publiques, et en particulier la situation du budget de l’Etat et de son endettement, fait l’objet d’un rapport préparé par le gouvernement. Ce rapport, audité par la Cour des comptes, est publié dans les trois mois suivants».
Or la Cour des comptes n’a toujours pas publié le rapport portant situation globale des finances publiques. Donc d’où viennent les chiffres distribués à des journalistes qui les relaient sans veiller à l’exigence basique de vérification qui est au cœur de leur métier ? Je n’accorde pour ma part aucun crédit aux chiffres, propos, promesses et engagements d’un individu habitué aux falsifications et aux déclarations outrancières.
Après les gendarmes, les policiers, les magistrats, les militaires traités de mercenaires à la solde de la France, les fonctionnaires du ministère des Finances prennent leur part de dénigrement. L’entreprise est constante : désacraliser les institutions, se soustraire aux vrais débats et à la confrontation d’idées comme la Dpg le prévoyait. Il préfère s’adresser à une masse informe excitée et à une presse peu rigoureuse voire complice. M. Sonko est tout sauf constant dans son parcours peu enviable. Je lisais la semaine dernière dans Le Quotidien, un texte d’un de nos compatriotes. Ses paroles terribles de justesse m’ont glacé le sang. Parlant à M. Sonko, il lui dit : «Vous avez fait haïr et détester tout ce qui est grand, bon et beau dans ce pays.»
Je repensais à cette phrase en écrivant cette chronique, et je ne peux me résoudre à accepter que mon pays aille vers l’abîme avec la complicité d’universitaires, de cadres, de militants, qui jadis rivalisaient d’ardeur dans la signature de tribunes pour soi-disant défendre l’Etat de Droit. Le Sénégal s’abaisse sous leurs yeux et ils font mine de regarder ailleurs. Cette année, nous commémorons la 22ème année du traumatisme national qu’a été le chavirement du Joola et la disparition d’environ 2000 personnes. Ce 26 septembre avait une saveur particulièrement désagréable, car le parti Pastef, dans son entreprise de destruction de tout ce qui peut fédérer la communauté nationale, a encore sévi. Le Sénégal a envoyé une délégation dirigée par un ministre pour le Débarquement de Provence, à 6000 km de nos côtes. Ce même gouvernement décide de rompre avec la tradition de la commémoration nationale du 26 septembre. Son chef a décidé de polluer le moment de la sacralité et du recueillement de toute la Nation en organisant un show politicien. Ce personnage rustique s’acharne à répéter son exercice favori : dire du mal de ses compatriotes et ridiculiser notre pays devant les yeux du monde.
Il a seulement le bon goût de ne pas convier Baba Wone pour chanter ses louanges, en guise d’oraison funèbre. Mais c’est désormais une affaire de temps.
VIDEO
LES COALITIONS NE SUFFIRONT PAS
Le politologue Lamine Sarr pointe l'obsession des partis pour les jeux d'alliances, au détriment des enjeux sociaux. Il estime que la décision de Pastef de se présenter seul pourrait marquer un retour à une politique plus lisible pour les électeurs
Dans un entretien accordé à la TFM ce lundi soir, le Dr Lamine Sarr, enseignant-chercheur en sciences politiques, a livré une analyse sur les prochaines élections législatives anticipées. Alors que plus de 40 listes ont été déposées à la Direction Générale des Élections, Sarr met en garde contre une focalisation excessive sur les jeux d'alliances. "Les coalitions font parti du paysage politique sénégalais depuis des décennies, mais elles ne sont pas une fin en soi", affirme-t-il. Le chercheur pointe du doigt la nécessité pour les partis de proposer des solutions concrètes aux problèmes quotidiens des citoyens.
Dans ce contexte, la décision du parti Pastef de se présenter seul aux élections prend une dimension particulière. "C'est un choix qui pourrait rebattre les cartes", estime Sarr. Cette stratégie, qui rompt avec la tendance aux grandes coalitions, pourrait selon lui marquer un retour à une politique plus lisible pour les électeurs.
Pour Lamine Sarr, les véritables défis de ces élections se situent sur le terrain socio-économique. "La reddition des comptes est importante, mais elle ne nourrira pas les familles", souligne-t-il. L'expert insiste sur l'urgence de s'attaquer à des problèmes tels que le chômage des jeunes, l'immigration clandestine et la hausse du coût de la vie.
Responsable du Master Paix, Sécurité et Développement à l'Université Cheikh Anta Diop, Sarr n'a pas manqué de mettre en lumière les défis du secteur éducatif. "La massification des universités compromet la qualité de l'enseignement", déplore-t-il, appelant à une réforme en profondeur du système éducatif.
ADAMA DIENG PLAIDE POUR LA LIBERTÉ RELIGIEUSE EN AFRIQUE
L'ancien haut fonctionnaire de l'ONU dresse un constat alarmant de la montée de l'extrémisme et de l'intolérance. Mais il propose aussi une vision d'espoir, où le respect des croyances de chacun devient un moteur de développement et de paix
(SenePlus) - Dans une tribune publiée dans l'édition de septembre-octobre 2024 du magazine Africa Briefing, Adama Dieng, Envoyé spécial de l'Union africaine pour la prévention du crime de génocide et autres atrocités de masse, lance un appel vibrant en faveur de la liberté religieuse en Afrique. Il souligne l'importance cruciale de cette liberté pour le développement du continent, mettant en avant la paix, la tolérance et le respect comme piliers d'une société juste.
"Nous vivons une époque de turbulences, de tensions et de transitions", déclare Dieng dès l'ouverture de son texte. Il dresse un tableau sombre de la situation actuelle, où "les sociétés sont plus diverses, mais l'intolérance est en hausse", pointant du doigt la propagation de l'extrémisme violent et l'élargissement des conflits caractérisés par "un mépris fondamental du droit international et de la vie humaine".
L'auteur met en garde contre la manipulation de la religion à des fins d'intérêts particuliers, qui peut aller jusqu'à "encourager, organiser et commettre des crimes atroces". Il salue le travail de l'All-Africa Religious Liberty Association pour promouvoir la liberté de religion pour tous, en fonction de leurs croyances ou traditions.
Adama Dieng insiste sur le fait que la liberté religieuse est un droit fondamental, crucial pour la dignité humaine et la liberté individuelle. "Permettre aux individus de choisir leurs pratiques religieuses favorise une société diversifiée et pluraliste", affirme-t-il, ajoutant que "cette diversité peut conduire à une plus grande compréhension et tolérance entre différents groupes".
L'ancien haut fonctionnaire de l'ONU souligne le rôle crucial de la liberté religieuse dans le développement de l'Afrique. Selon lui, elle « réduit les conflits interconfessionnels et favorise la coexistence pacifique entre différentes communautés », créant ainsi « un environnement stable propice au développement économique et social ».
Cependant, Dieng reconnaît les défis auxquels l'Afrique est confrontée en matière de liberté religieuse, notamment l'extrémisme islamique dans le Sahel et en Afrique de l'Est. Il appelle à des « réponses coordonnées et inclusives, impliquant à la fois les gouvernements, les organisations religieuses et la société civile pour promouvoir la tolérance et le respect des droits de chacun ».
L'auteur insiste sur l'importance de la prévention des conflits plutôt que de leur résolution. Il affirme que « les pays en paix sont plus susceptibles de connaître un développement économique et social durable » et que la prévention des conflits contribue à « créer un environnement stable, propice à l'investissement et à la croissance ».
Adama Dieng met également l'accent sur le rôle crucial de l'éducation pour lutter contre l'intolérance et la persécution religieuse. Il évoque l'importance de l'Agenda 2030 pour le développement durable, en particulier l'Objectif de développement durable 4, qui inclut « la promotion des valeurs et des compétences liées à l'éducation et à la citoyenneté mondiale ».
L'ÉTERNEL RETOUR D'IDRISSA SECK
Le caméléon politique du Sénégal tente un nouveau coup de poker après le cuisant revers de la dernière présidentielle, avec l’APR de Macky Sall et le PDS de Karim Wade. Objectif : "contrer la montée du populisme incarné par le Pastef"
(SenePlus) - Dans un grand angle publié récemment, Jeune Afrique dresse le portrait d'Idrissa Seck, figure emblématique de la politique nationale, à l'approche des législatives du 17 novembre. Malgré une cuisante défaite à la présidentielle de mars 2024, où il n'a recueilli que 0,9% des voix, "Idy" semble prêt à rebondir une fois de plus.
Le parcours sinueux de Seck est marqué par de multiples allers-retours entre majorité et opposition. Comme le souligne Matar Sèye, secrétaire général de Rewmi depuis 2020, « Les gens ont toujours analysé le positionnement d'Idrissa Seck par rapport à ses ruptures et rassemblements successifs, jugeant son itinéraire sinueux. Mais lui estime que son parcours est rectiligne, uniquement guidé par les intérêts du Sénégal."
La dernière défaite électorale a néanmoins eu un impact dévastateur sur le parti Rewmi. Plusieurs cadres importants ont quitté le navire, comme Pape Abdou Mané, ex-secrétaire national chargé des relations avec la presse, qui a annoncé son départ le 20 septembre. D'autres, comme Ass Babacar Guèye, ancien vice-président de Rewmi chargé des élections, ont suivi le mouvement.
Malgré ces départs, certains restent confiants. Marietou Dieng, l'unique députée de Rewmi à l'Assemblée nationale dissoute, affirme : « Le président Idrissa Seck reste l'homme de la situation, et les Sénégalais le savent. Si on lui confie le pays le lundi, le mardi il saura comment dérouler."
La stratégie du silence adoptée par Seck lors de la dernière campagne présidentielle a été controversée. Un collaborateur ayant quitté le parti explique : "Lorsqu'il a accepté le poste de président du Cese, fin 2020, ce ralliement à Macky Sall a provoqué de la déception, voire un tollé, chez nos militants ; et même, au-delà, chez les Sénégalais."
Pourtant, Idrissa Seck semble prêt à entamer une nouvelle phase de sa carrière politique. Il s'apprête à officialiser une coalition avec l'APR de Macky Sall et le PDS de Karim Wade pour les législatives à venir. Marietou Dieng justifie ce choix : « À chaque moment important de l'histoire politique sénégalaise, il s'est sacrifié pour faire advenir une réunification de la famille libérale, même si les gens ne l'ont pas nécessairement compris et que ce fut parfois au détriment de son parti et de sa personne".
Cette alliance viserait à contrer ce que certains perçoivent comme un « vent de populisme » incarné par le Pastef de Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Dieng explique : "Il fallait s'unir comme un seul homme pour ramener la stabilité et la paix, relancer l'économie et défendre l'intérêt supérieur de la nation."
Cependant, des incertitudes persistent quant à la solidité de cette coalition. Les relations entre Idrissa Seck et Karim Wade, en particulier, restent ambiguës, marquées par l'ombre des événements de 2005 lorsque Idy fut "sacrifié" par Abdoulaye Wade.
Malgré les défis et les revers, Idrissa Seck semble une fois de plus prêt à renaître de ses cendres politiques. Les prochaines législatives diront si cette énième renaissance sera couronnée de succès face aux "Patriotes" renforcés par leur récente victoire.
MOUSTAPHA KÉMAL, UNE HISTOIRE TURQUE DE LA MODERNISATION
Atatürk (1881-1938) n’a dirigé la Turquie, en tant que président de la République, que sur une période de 15 ans. Sa présence reste pourtant toujours vivace dans la conscience populaire.
Ankara, 30 sept (APS) – Moustapha Kémal Atatürk (1881-1938) n’a dirigé la Turquie, en tant que président de la République, que sur une période de 15 ans. Sa présence reste pourtant toujours vivace dans la conscience populaire. Une preuve parmi tant d’autres de l’attachement et de la reconnaissance des Turcs à son action de modernisation du pays, plus de 80 ans après sa mort.
Dans la métropole d’Ankara, les grandes avenues, l’environnement verdoyant, comme les gratte-ciels qui se profilent et défilent le long des routes entrecoupées par endroits de parcs végétaux, donnent une idée du grand bond réalisé par la Turquie en matière d’infrastructures ces dernières décennies.
De la même manière, le visiteur peut se faire une idée de la détermination avec laquelle le pays cherche à se faire une place dans le cercle des nations qui comptent, dans une région très complexe comme le Moyen-Orient peut se prévaloir de bien des acquis, sur le plan religieux, politique comme géographique.
Si le style des véhicules apparaissant moins extravagant et semble parfois contraster avec le niveau de développement économique et social du pays, la qualité des routes renseigne sur le chemin jusque-là parcouru par la Turquie en matière de développement.
Le visiteur venant d’un contexte géographique et politique déterminé comme le Sénégal, où c’est la photo officielle du président de la République en exercice qui décore les bureaux de l’administration publique, fait la curieuse découverte qu’en Turquie, c’est plutôt l’image de Moustapha Kémal qui s’impose partout et à tout le monde.
L’ombre tutélaire d’Atatürk
La photo du président en exercice apparait très rarement à côté de celle du fondateur de la République turque. Comme si la stature de celui que l’on appelle Atatürk – le père de la Turquie moderne – est au-dessus de tout.
Son buste trône encore aujourd’hui dans les établissements scolaires, les institutions militaires et universitaires, comme dans les bâtiments touristiques et les entreprises médiatiques, des décennies après sa mort en 1938.
Statues et graffitis dédiés à sa mémoire sont partout présents dans les villes turques, de même que ses nombreuses représentations, en tenue militaire ou habillé en civil, jusqu’au sommet de certaines collines au sortir de la ville.
Ce qui attise plus que tout la curiosité du visiteur, en l’incitant à s’intéresser à la dimension singulière de celui dont la trajectoire imprègne grandement la vie des Turcs et structure leur conscience mémorielle.
Il n’a dirigé le pays que durant une quinzaine d’années, de 1923 à 1938, mais il apparait aujourd’hui que cette période a grandement déterminé l’avenir de la Turquie, au point que le nom de Moustapha Kémal a fini par donner le rythme de la marche d’un pays placée à la croisée des civilisations occidentale et orientale, de par son histoire et sa géographie.
L’omniprésence de cette personnalité charismatique renseigne sur le besoin, dans la plupart des pays, d’une figure emblématique, presque transcendantale, qui dépasse les clivages et dont la pensée et l’action poussent les citoyens à tout donner pour leur pays.
Interpellée devant une peinture moins familière du défunt leader, une consœur de l’agence de presse officielle Anadolu, ne put s’empêcher une digression en réponse à la question : who is this man in the photo ?
Entre autres commentaires, elle rappela que c’est la photo du père de la République de Turquie. Comme si se limiter à la seule réponse attendue à la question, en donnant juste le nom de celui qui était représenté par cette peinture, serait blasphématoire ou ne dirait pas grand-chose sur l’histoire et l’évolution du pays.
La littérature renseigne également que ce militaire passé à la postérité sous le sobriquet Kémal, qui veut dire en arabe littéral le parfait, a préféré la construction d’une République moderne au vaste empire ottoman qui a dirigé le monde musulman à partir du début du XIIIe siècle jusqu’à l’abolition du califat islamique en 1924 et la dislocation de ses territoires hétérogènes sous l’impulsion justement du kémalisme triomphant de l’époque.
La sortie d’Atatürk de la domination linguistique et culturelle de la civilisation arabe pour bâtir une identité islamique propre à son peuple est un peu à l’image de la construction somme toute inachevée de ce que l’on a voulu appeler l’islam noir en Afrique au Sud du Sahara.
Une sorte d’islam propre aux Subsahariens et qui serait moins orthodoxe et moins érudit. Moustapha Kémal Atatürk s’était ainsi évertué à encourager la scolarisation de ses concitoyens à partir de l’alphabet latin et non plus par les caractères arabes. Lui-même étant né dans les territoires de la Grèce actuelle, il se faisait photographier en train de donner des cours d’alphabétisation en langue latine.
Cohabitation entre religion et modernité
Son approche moderniste souvent considérée comme un cas d’école dans les parcours universitaires sur le réformisme dans le monde arabo-musulman se manifeste dans la rue à travers notamment l’habillement et l’attitude très à l’occidentale de la femme turque. Cette modernisation, d’autres diront une occidentalisation à outrance de la vie publique, s’accompagne d’un strict respect du culte. Dans plusieurs services visités, même des bâtiments militaires, le visiteur peut naturellement apprécier l’érection d’une mosquée, ou tout au moins d’une salle de prière aménagée pour ceux qui veulent pratiquer leur religion, sans encombrement ou difficulté.
Le linguiste passionné ou l’activiste convaincu de l’importance de la conscience historique ne peut qu’apprécier positivement le recours que les peuples peuvent faire à leur langue et fonds culturels pour bâtir leur hégémonie et faire face aux agressions culturelles et idéologiques de plus en plus marquantes dans le monde contemporain. Et cela, même si parfois, en dehors des lieux de grandes rencontres, comme les restaurants, les rédactions ou les universités, le visiteur devra s’attendre à subir la barrière linguistique.
C’est le cas par exemple d’un confrère du Djibouti qui, cherchant un renseignement dans un lieu marchant, a vu la satisfaction de voir un de ses compatriotes maîtrisant la langue du pays lui venir au secours et lui servir d’interlocuteur, par le plus heureux des hasards.
Son interlocuteur turc n’a pu s’empêcher une remarque qui peut être étonnante : “Pourquoi votre frère ne parle pas notre langue comme vous ?”.
La conversation avec des gens qui vous interpellent, certainement pour savoir si tout se passait bien dans votre séjour, finit très souvent dans un éclat de rire contagieux, devant l’impossibilité de continuer la communication.
L’arabophone peut tout au plus comprendre les mots qui reviennent le plus souvent : Merhaba, Teşekkür, dont la racine en arabe renvoie au fait de souhaiter la bienvenue à quelqu’un ou de lui dire merci. Tout se passe comme si votre interlocuteur chercherait à vous dire merci quand-même, malgré la barrière de la langue.
Une autre curiosité du pays concerne l’usage très répandu de la cigarette, sans différence d’âge et de sexe, qui fait que votre interlocuteur peut ostensiblement allumer sa cigarette électronique ou classique, au détour d’une discussion, sans avoir la courtoisie ou l’élégance de vous demander si vous étiez fumeur ou si la fumée vous insupporte. Il fait comme c’était naturel de fumer. Comme on se délecterait si naturellement de la très variée et appréciable cuisine turque.
par Lamine Fall
AMADOU MAKHTAR MBOW, SCOUT TOUJOURS
La contribution peu connue de Makhtar Mbow « Ecureuil actif » était sa participation au mouvement scout. Avec la majorité des routiers et des responsables, ils réclamaient une accélération du processus d'indépendance par rapport aux EDF
Acteur majeur de l'Histoire du scoutisme en Afrique, Ousmane Thiané Sar, connu sous le nom de "Sanglier zélé", fonde en 1938 à l'École Normale William Ponty, à Sébikhotane. Le Groupe local Pontyville, qui compte plusieurs unités, et c'est grâce à lui qu'un pontyn sur deux a franchi le pas vers le scoutisme.
De cette manière, la contribution peu connue d'Amadou Makhtar Mbow « Ecureuil actif » était sa participation au mouvement scout. Avec la majorité des routiers et des responsables, ils réclamaient une accélération du processus d'indépendance par rapport aux EDF (Éclaireurs de France) tout en appelant, dans des motions de congrès, les autorités à mettre fin aux guerres coloniales fratricides qui touchaient surtout la jeunesse, qui est la force vive des Nations.
À cette époque, l'École Normale William Ponty de Sébikhotane était connue pour former tous les cadres de l'administration, des instituteurs (d'où son nom d'École Normale), des candidats à l'École de médecine et de pharmacie Jules Carde, des candidats à l'École de vétérinaire ou supérieure de technique de Bamako... Ceux-ci, de toutes ethnies et de toutes croyances, étaient des habitants des territoires de l'AOF (Afrique occidentale française) et même de l'AEF (Afrique équatoriale française).
Parmi eux se trouveront de nombreux hommes d'État, diplomates de carrière, enseignants brillants, médecins de renom : Bakary Djibo, professeur Assane Seck, Abdoulaye Albert Ndiaye, Baffa Gaye, Dr Thianar Ndiaye, Thierno Souleymane Diop, Abdoulaye Seck dit Douta, Sidi Mohamed Ould Déyine, Professeur Papa Kouaté, Demba Bèye, Macodou Diène, Bocar Cissé, Ibrahima Ahmadou Sangho, Arona Sy, Mody Diagne, Malick Thioye, Séga Gueye, Abdoulaye Diallo, Dr Lamine Sine Diop, Abo Damadia, Kassory Bangoura, Paul Zoukou Bailly, Issa Diop, Alassane Diop, Dr Brelotte Sow, Dr Papa Gaye, Dr Abdourahmane Kélétigui, Edouard Coll, Lompolo Koné, etc.
Au cours de la période de décolonisation, la majorité des membres du scoutisme laïque, qui est un mouvement d'éveil de conscience et de prise de responsabilités, seront parmi les principaux dirigeants des divers partis politiques, mouvements de jeunesse ou syndicats, parmi lesquels on pouvait mentionner, entre autres : Ousmane Thiané Sar, Ouézzin Coulibaly, Majhemout Diop, Amadou Makhtar M’Bow, Abdoulaye Ly, Abdoulaye Gueye-Cabri, Assane Seck, Ibrahima Sangho, Bocar Cissé, Alassane Diop, Bakary Djibo, Saër Gaye, Baffa Gaye, Kassory Bangoura, Issa Diop, Mody Diagne, Ali Bocar Kâne, Alioune Badara Paye, Tibou Tounkara, Boubacar Diallo Telli, Abel Goumba, Abdoul Maham Bâ, Mamadou Marone, Amadou Ndéné Ndaw, Malick Diop, Mbakhane Ndaw, Cheikh Dé Thialaw Dieng, Bara Goudiaby etc.
Avec Ousmane Thiané Sar, Amadou Makhtar Mbow et d’autres frères éclaireurs avaient initié entres autres à St-Louis un projet d’auto-construction populaire appelé communément « Cité castors ». Pa Mbow comme l’appelé affectueusement certains, avait servi sa communauté, son pays, l’Afrique et le monde. Pour paraphraser quelqu’un, « il est resté à l’image de son totem, toute sa vie durant, le travailleur acharné et infatigable que le monde entier connaît. Inusable militant de la cause humaine, du tiers-monde et des valeurs de la République pour lesquelles il donnera jusqu’à sa santé ».
DE LA DIFFAMATION EN POLITIQUE
LU POUR VOUS - Cette arme stratégique est devenue un levier destructeur, notamment dans le cas de La France insoumise et de son fondateur Jean-Luc Mélenchon, accusés faussement d’antisémitisme
(SenePlus.com) - L’article « L’Art de la diffamation politique » de Serge Halimi et Pierre Rimbert, paru dans Le Monde diplomatique en octobre 2024, s’attaque à une problématique centrale dans les débats politiques contemporains : l’utilisation de la diffamation comme arme stratégique pour discréditer les opposants politiques. À travers une analyse détaillée et éclairante, les auteurs montrent comment cette tactique est devenue un levier destructeur, notamment dans le cas de La France insoumise (LFI) et de son fondateur Jean-Luc Mélenchon, accusés faussement d’antisémitisme. En dépit du manque de preuves tangibles, cette campagne de dénigrement a eu des conséquences lourdes sur l’image et la légitimité du premier parti de gauche en France.
La construction d’une accusation infondée
L’article s’ouvre sur le contexte politique des élections législatives du 7 juillet dernier, où le Nouveau Front populaire (incluant LFI) a remporté 193 sièges sur les 577 de l’Assemblée nationale, surpassant la coalition présidentielle (166 sièges) et le Rassemblement national (RN), qui s’est allié avec la droite (142 sièges). Malgré ce succès électoral, un premier ministre issu du parti Les Républicains (LR), Michel Barnier, a été nommé à la tête du gouvernement par le président Emmanuel Macron. Ce dernier a formé un cabinet minoritaire avec le soutien de la droite, une alliance qui contredit les résultats des urnes. Halimi et Rimbert notent que cette « dissonance entre le vote des Français et sa représentation politique est devenue habituelle » dans un paysage politique où les manœuvres électorales contournent de plus en plus les voix populaires (Le Monde diplomatique, octobre 2024).
La clé de cette situation politique réside dans une campagne médiatique et politique visant à discréditer Jean-Luc Mélenchon et LFI en les associant à l’antisémitisme. Cette accusation, qualifiée par les auteurs de « mensonge politique », a permis d’ostraciser un des plus grands partis de gauche, tout en réhabilitant l’extrême droite, réputée pour ses positions historiques antisémites. Les auteurs rappellent l’ampleur de la charge diffamatoire, illustrée par les propos de Philippe Val, ancien directeur de Charlie Hebdo, qui, sur Europe 1, a déclaré le 2 septembre 2024 : « Que croit la bande de Mélenchon ? Qu’on va regarder s’installer dans les ministères des antisémites et des copains d’antisémites comme des vaches regardent passer des trains ? » Cette rhétorique incendiaire, poursuivent Halimi et Rimbert, vise à alimenter la peur et à dresser une barrière infranchissable entre LFI et le reste de l’échiquier politique.
Les effets politiques d’une diffamation
L’un des aspects les plus frappants de cette campagne, notent les auteurs, est la manière dont elle a permis de normaliser et même de légitimer la montée de l’extrême droite en France. Selon Halimi et Rimbert, cette opération a réalisé trois objectifs simultanément : « ostraciser le premier groupe parlementaire de gauche, réhabiliter l’extrême droite (qui aurait cessé, elle, d’être antisémite) et justifier la mise à l’écart de la coalition qui comptait le plus grand nombre d’élus ».
Là réside l’ironie de cette manœuvre politique. Alors que LFI est attaquée pour des accusations infondées d’antisémitisme, le Rassemblement national, autrefois paria politique pour ses positions antisémites et racistes, est progressivement réhabilité et intégré dans la normalité politique. Halimi et Rimbert montrent que cette inversion des rôles sert à affaiblir la gauche tout en renforçant les forces conservatrices et d’extrême droite. Cette stratégie, expliquent-ils, s’appuie sur un usage délibéré de la « fausse information », un phénomène que les autorités françaises s’efforcent de combattre dans d’autres contextes (par exemple lorsqu’il s’agit de désinformation en provenance de Moscou ou des États-Unis sous Donald Trump), mais qu’elles tolèrent ici en raison de ses bénéfices politiques immédiats.
L’accusation d’antisémitisme, soulignent Halimi et Rimbert, n’est pas une simple attaque rhétorique. Elle a des répercussions concrètes sur le paysage politique français. Elle permet de justifier la mise à l’écart de LFI, un parti qui, en raison de sa forte représentation à l’Assemblée nationale, aurait pu prétendre à une part importante du pouvoir législatif. Au lieu de cela, LFI est présentée comme une menace pour la démocratie, et des figures comme Philippe Val appellent à les « chasser des ministères de la République », en leur promettant de « vivre l’enfer » jusqu’à ce qu’ils quittent la scène politique.
Une manœuvre politique hypocrite
Les auteurs dénoncent également l’hypocrisie derrière ces accusations d’antisémitisme. Ils montrent que la violence de la charge contre LFI n’est pas justifiée par des faits tangibles, mais par une volonté de réduire au silence une opposition politique gênante. « La violence de la charge contre LFI, combinée à l’absence d’éléments irréfutables permettant de la justifier, donne le vertige », écrivent-ils. Cette utilisation abusive de l’antisémitisme comme arme politique, soulignent-ils, reflète une tendance plus large dans la politique contemporaine, où les débats idéologiques sont de plus en plus remplacés par des attaques diffamatoires visant à détruire des adversaires.
Ce processus est particulièrement pernicieux dans le cas de LFI, un parti qui s’est constamment opposé au racisme et à l’antisémitisme. En liant faussement LFI à des idéologies antisémites, la campagne diffamatoire cherche non seulement à discréditer le parti, mais aussi à délégitimer toute forme de contestation politique venant de la gauche. Halimi et Rimbert affirment que ce type d’accusations est une arme puissante dans le champ politique : elle permet de détourner l’attention des vrais débats et de saper la crédibilité des mouvements progressistes.
La rhétorique maccarthyste du XXIe siècle
L’une des conclusions les plus puissantes de l’article réside dans la comparaison faite par les auteurs entre cette campagne diffamatoire et le maccarthysme des années 1950 aux États-Unis. À l’époque, des accusations infondées de sympathies communistes étaient utilisées pour réduire au silence des personnalités publiques, des intellectuels et des politiciens. De la même manière, l’accusation d’antisémitisme devient aujourd’hui un outil pour marginaliser les voix de gauche et empêcher toute remise en cause du système en place.
Halimi et Rimbert soulignent également les dangers pour la démocratie de cette dérive rhétorique. En réduisant le débat politique à des accusations infamantes, on empêche toute discussion rationnelle et nuancée sur les enjeux de fond. Cela fragilise non seulement les partis ciblés, mais aussi l’ensemble du débat démocratique. Cette instrumentalisation de l’antisémitisme pour des fins politiques érode la confiance du public dans les institutions et affaiblit la lutte réelle contre le racisme et l’antisémitisme.
En conclusion, « L’Art de la diffamation politique » est un article percutant qui dénonce avec force l’usage cynique de la diffamation dans le débat politique contemporain. En se concentrant sur le cas de La France insoumise et de Jean-Luc Mélenchon, Serge Halimi et Pierre Rimbert offrent une analyse convaincante des mécanismes de marginalisation politique et des dangers que cela représente pour la démocratie. La manière dont les accusations d’antisémitisme sont manipulées à des fins politiques ne doit pas seulement être perçue comme une attaque contre un parti particulier, mais comme un symptôme d’un mal plus profond qui mine le débat démocratique dans son ensemble.
Cet article est un appel à la vigilance face à ces pratiques et un rappel que la démocratie repose avant tout sur la possibilité d’un débat ouvert, honnête et basé sur des faits. Lorsque ce débat est remplacé par des accusations mensongères et infondées, c’est toute la démocratie qui est en danger.
TROIS AFRICAINS EN LICE POUR DIRIGER LE COMMONWEALTH
Vingt-quatre ans après que le Nigérian Emeka Anyaoku a eu cet honneur, c’est au tour de l’Afrique de fournir une fois de plus le prochain secrétaire général du Commonwealth le mois prochain, selon le système de rotation du bloc.
Deux Ouest-africains et un ressortissant de l’Afrique australe sont en compétition pour diriger le Commonwealth.
Vingt-quatre ans après que le Nigérian Emeka Anyaoku a eu cet honneur, c’est au tour de l’Afrique de fournir une fois de plus le prochain secrétaire général du Commonwealth le mois prochain, selon le système de rotation du bloc.
Les trois prétendants à ce prestigieux poste sont Mamadou Tangara, actuel ministre des Affaires étrangères de la Gambie, l’avocate et diplomate ghanéenne Shirley Ayorkor Botchwey et le sénateur Joshua Setipa du Lesotho, qui travaille toujours au Secrétariat du Commonwealth.
Les 56 membres du Commonwealth voteront pour l’un des trois candidats qui devra remplacer la secrétaire générale sortante Patricia Scotland lors de la prochaine réunion des chefs de gouvernement (CHOGM), prévue à Samoa du 21 au 27 octobre 2024.
Un mois avant cet événement fondateur, les enjeux ne pourraient jamais être plus élevés à un moment où le Ghana et ses petits rivaux africains, la Gambie et le Lesotho, sont en quête de cette approbation retentissante pour diriger cette relique organisationnelle qui doit son existence à l’héritage colonial peu flatteur de la Grande-Bretagne, mais qui défie d’une manière ou d’une autre les prédictions antérieures sur sa disparition éventuelle.
Le vainqueur aura l’honneur et le prestige réservés à la direction d’un organisme qui est passé d’un club moribond d’anciennes colonies britanniques à un bloc qui, ces dernières années, a réussi à intégrer dans son giron d’autres nations sans aucun lien colonial avec la Grande-Bretagne.
Tangara, Setipa et Botchwey espèrent suivre les traces de M. Anyaoku, qui est le seul Africain à avoir dirigé le bloc pendant dix ans entre 1990 et 2000.
Alors que la course à la tête de cette organisation composée principalement de pays anglophones et d’une poignée d’autres membres extérieurs au cercle colonial britannique s’intensifie, les parcours stellaires et les riches carrières des trois témoignent de l’exigence rigoureuse de normes élevées que le Commonwealth est venu représenter.
Malgré leurs origines différentes, les trois semblent partager la conviction de rebaptiser le Commonwealth, loin du pillage et de la rapine dont le colonialisme a été témoin, pour en faire un club moderne qui comble les différences culturelles, améliore la compréhension et favorise le progrès économique des citoyens de ses pays membres.
Tangara, un polyglotte à la conquête du Commonwealth
Tangara, qui parle un français impeccable, est l’un des diplomates les plus anciens au monde aujourd’hui, ayant été ministre des Affaires étrangères sous Yahya Jammeh, un poste qu’il occupe toujours sous le successeur immédiat de l’ancien président, Adama Barrow.
Il est titulaire d’un master de l’Université de Limoges en France et de l’Université de Louvain (UCLouvain) en Belgique. Ancien professeur à l’Université de Gambie, il est titulaire d’un doctorat en sciences sociales.
Né la même année que l’indépendance de son pays en 1965, Tangara voit dans cette coïncidence le symbole de la main du destin qui le lie à l’un des vestiges vivants d’un passé auquel son pays doit son existence en tant qu’entité et, par extension, à la famille plus large du Commonwealth qui partage cette histoire commune.
Etroite bande de terre enclavée par le Sénégal francophone à l’exception d’un court littoral s’ouvrant sur l’océan Atlantique, la Gambie, dans un acte d’auto-préservation pour une nation improbable, a demandé à adhérer au Commonwealth qu’elle a rejoint le jour même de son indépendance, le 18 février 1965, et est devenue membre de l’Onu en septembre de la même année.
Selon M. Tangara, la pertinence de l’organisation dans le monde d’aujourd’hui est devenue plus évidente au cours des décennies qui ont suivi grâce à l’importance culturelle et historique du Commonwealth pour ses membres qui ont augmenté en nombre, à sa diversité grâce à l’inclusion de pays comme le Gabon, le Togo, le Rwanda et le Mozambique, considérés comme sa force. Ces derniers membres ont peu ou pas de liens coloniaux avec la Grande-Bretagne et sa sphère d’influence diplomatique immédiate, mais ont peut-être trouvé que c’était un club suffisamment bon pour y adhérer.
Pour bien servir sa campagne, Tangara a naturellement gardé la même feuille de route en chantant des louanges au Commonwealth malgré l’ironie curieuse d’être le ministre des Affaires étrangères de son pays lorsqu’il s’est retiré du bloc il y a onze ans.
« Du témoignage de l’histoire du rôle du Commonwealth dans l’effondrement du système d’apartheid en Afrique du Sud, qui est considéré comme l’une des réalisations les plus remarquables du Commonwealth, à l’affirmation retentissante du rôle formidable que l’organisation a joué dans la promotion des aspirations de développement post-indépendance de la Gambie. Cela s’est manifesté dans les domaines de l’éducation, de la démocratisation et de la promotion des droits fondamentaux de l’homme », a déclaré Tangara à un journal du Commonwealth qui publie un profil des candidats.
« Un exemple clé est l’amélioration de l’administration de la justice en Gambie grâce à la fourniture d’une assistance technique aux juges et au système judiciaire, rappelant la crédibilité du Commonwealth en tant qu’organisation de principes ancrés dans l’amélioration de la vie de l’humanité dans son ensemble », ajoute-t-il.
Il ne manque pas d’admirateurs à l’étranger. Dans un article publié dans la revue en ligne ModernDiplomacy, le Dr Mathew Pajares Yngson décrit Tangara comme un outsider dans la course qui « ne correspond pas au profil des meilleurs diplomates du monde qui attirent généralement l’attention des médias grand public… Contrairement au comportement poli du secrétaire d’Etat américain Anthony Blinken, à la personnalité vibrante du ministre britannique des Affaires étrangères David Lammy ou au charisme et à l’humour de l’ancien ministre nigérian des Affaires étrangères Geoffrey Onyeama, le Dr Tangara se présente comme un individu très sérieux, ce qui reflète son caractère ».
Le Dr Yngson, membre du Conseil des Caraïbes de l’ASEAN et envoyé des affaires diplomatiques de la Chambre des Caraïbes orientales et de l’Asie du Sud-Est, estime que les vertus et les qualités de Tangara « correspondent parfaitement aux besoins du Commonwealth d’avoir un impact mondial ».
Il affirme que ces qualités comprennent un sens aigu du réalisme et un esprit irrépressible.
« Tangara a une compréhension profonde des problèmes qui entravent la croissance et l’influence du Commonwealth et s’est engagé à collaborer avec son équipe dès le début pour trouver des solutions efficaces », souligne-t-il, concluant que l’organisation devrait s’estimer heureuse d’avoir quelqu’un de la trempe du diplomate gambien pour la diriger.
Cependant, M. Tangara fait face à une réaction violente sous la forme d’une opposition véhémente de la part des militants des droits de l’homme dans son pays, qui ont évoqué son passé mouvementé sous Jammeh, l’ancien dirigeant gambien en exil accusé de violations flagrantes des droits de l’homme pendant ses 22 ans de règne.
En tant que ministre des Affaires étrangères, Tangara était à la tête de la diplomatie gambienne lorsque Jammeh, dans un élan d’énergie fantaisiste, a ordonné à la Gambie de quitter le Commonwealth le 2 octobre 2013. Des critiques ont utilisé cet argument contre la tentative de Tangara de diriger l’organisation. Les pétitionnaires gambiens ont recueilli des signatures pour une pétition destinée à l’actuel président du Commonwealth, Paul Kagamé, au sujet de son rôle présumé dans l’aide et l’encouragement de la « dictature de Jammeh » à une époque de violations flagrantes, notamment des meurtres, des arrestations arbitraires, des incarcérations, des disparitions, des tortures et des viols.
Il est surtout connu par ses détracteurs pour s’être battu avec ses compatriotes lors du piquetage de Jammeh et de son entourage devant le hall d’un hôtel de New York lors d’un voyage à l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre 2013. L’un de ses adversaires s’en est sorti avec une chemise déchirée alors que Jammeh était emmené à la hâte par ses gardes du corps américains. Beaucoup de choses se sont passées sous la proverbiale époque depuis lors, mais cela continue de ternir la carrière par ailleurs illustre de Tangara aux yeux de beaucoup de ses compatriotes. « C’est un cas d’actes impies qui reviennent vous hanter au moment où vous vous y attendez le moins », déclare un observateur neutre qui estime par ailleurs que Tangara devrait avoir la chance de porter haut le drapeau de son pays au sein d’une organisation mondiale qui devrait donner aux petits Etats membres comme la Gambie une grande chance de refléter la diversité et l’égalité au sein du groupe.
Bien qu’il doive lutter contre Mme Botchwey, une autre Africaine de l’Ouest pour les votes dans la région, obtenir des soutiens ailleurs pourrait avoir plus de poids en termes de nombre, notamment en Afrique de l’Est où les membres du Commonwealth (8) sont plus nombreux que ceux d’Afrique de l’Ouest (4). Il reste à voir si les membres du Commonwealth d’Asie, des Caraïbes et du Pacifique, qui recueillent la majeure partie des votes, apprécieront sa personnalité. Tangara a peut-être reconnu qu’il n’a pas grand-chose à jouer dans la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) dont le Lesotho Joshua Setipa a récolté les votes tout en jetant son proverbial filet de pêche au-delà de sa région d’origine. La SADC compte onze membres du Commonwealth.
Considéré comme une figure de proue dans son pays, cet homme politique érudit incarne l’espoir et les aspirations de toute la région de la SADC dans sa tentative de diriger le Commonwealth, un bloc qui, selon lui, a été fondé sur les principes d’unité dans la diversité culturelle, la compréhension, la tolérance et les droits humains universels.
Setipa, le candidat de l’Afrique australe
Setipa a servi le Lesotho à divers titres, notamment en tant que ministre du Commerce, et est un vétéran respecté des organismes internationaux, dont la Banque mondiale. Ses partisans, dont le gouvernement du Premier ministre du Lesotho, Sam Matekane, estiment qu’il correspond au profil requis par le poste.
Il est titulaire d’une licence en administration publique et en sciences politiques de l’Université nationale du Lesotho et d’un diplôme en relations internationales et en commerce de l’Université nationale australienne. Il est également titulaire d’un MBA de l’Université de Bradford.
Son pays et la SADC estiment que l’efficacité et l’intégrité dont Setipa a fait preuve lors de son travail avec les Nations Unies et l’Organisation mondiale du commerce font de lui un candidat naturel pour ce poste.
Le Sud-Africain est déjà une valeur sûre au sein du Secrétariat du Commonwealth où il occupe toujours le poste de directeur principal de la stratégie, du portefeuille, des partenariats et de la division numérique. Ceux qui le soutiennent estiment que ses collègues sauront à quoi s’attendre de lui en termes de passion, de compétence et d’accessibilité.
En avril dernier, le Premier ministre Mpotjoane a décrit la candidature de Setipa, âgé de 55 ans, comme une étape importante pour le Lesotho, annonçant l’influence croissante de sa nation sur la scène internationale et donnant au candidat un avantage stratégique sur ses rivaux d’Afrique de l’Ouest.
La course aux voix est un jeu d’échecs diplomatique, généralement impitoyable envers les personnes peu méticuleuses et timides.
La SADC espère également que sa candidature initiera un changement d’orientation vers la région en tant que domaine prioritaire du futur programme du Commonwealth.
Étant donné que l’Afrique australe compte plus de pays dans le Commonwealth que l’Afrique de l’Ouest, qui n’en compte que quatre, qui seraient divisés en deux en raison des deux candidats de la Gambie et du Ghana, Setipa peut facilement remporter la majorité des voix en Afrique et entrer dans la course pour l’approbation des membres d’Asie et des Caraïbes. Sa candidature est considérée comme la bonne réponse aux défis du Commonwealth en matière d’équité entre les États membres, grands ou petits, riches ou pauvres, puissants ou faibles.
L’homme qui a commencé sa vie dans le service extérieur du Lesotho en tant qu’officier du protocole il y a de nombreuses années s’est engagé auprès du Commonwealth et en son nom est l’acte de signature de la rédaction de la proposition défendant la cause de 41 pays en développement, dont 33 sont membres du Commonwealth.
« Cette proposition a joué un rôle déterminant dans la création d’un nouveau groupe reconnu de pays connus aujourd’hui sous le nom de PEV, mettant en valeur la capacité du Commonwealth à apporter des changements significatifs », a-t-il déclaré au journal en ligne du Commonwealth.
« Lorsque j’étais au service de l’Organisation mondiale du commerce, j’ai facilité la coopération entre le Commonwealth et les États membres en développement pour leur fournir un soutien technique lié au commerce, leur permettant de s’engager efficacement dans l’économie mondiale dans le cadre du Programme de développement de Doha », a-t-il ajouté.
Comme son rival Tangara qui vient d’un petit pays, Setipa dit que la géographie de son Lesotho natal présente des défis pour ses citoyens qui s’efforcent de percer sur la scène mondiale.
« Lorsque les gens regardent une carte, ils nous oublient souvent et ne voient que l’Afrique du Sud », a-t-il ironisé.
Setipa dit qu’il apportera à ce poste des décennies d’expérience dans la gestion d’organisations internationales, de solides compétences politiques acquises en tant que ministre et une profonde compréhension du Commonwealth et de ses réalités tout en défendant ses valeurs et ses principes.
Il cherchera également à « renforcer les capacités du Secrétariat, à travailler avec des organisations accréditées par le Commonwealth et à développer un capital humain qualitatif doté des compétences nécessaires aux réalités d’aujourd’hui ».
Shirley Botchwey, l’autre candidate de l’Afrique de l’ouest
Aucun autre candidat n’a peut-être une relation plus personnelle avec le Commonwealth que Shirley Ayorkor Botchwey, la diplomate et politicienne qui a bénéficié d’un programme de bourses qui a renforcé sa compréhension du développement des ressources humaines « comme condition essentielle pour renforcer la résilience ». Elle a suivi une formation universitaire au Ghana et au Royaume-Uni.
Mme Botchwey, 61 ans, est ministre des Affaires étrangères du Ghana depuis 2017 et parle d’une affinité personnelle avec le Commonwealth, une organisation qu’elle espère diriger avec une conviction farouche qui laisserait un héritage profond sous la forme d’échanges éducatifs, unissant les peuples et ouvrant de nouvelles voies dans le développement socio-économique de ses 2,4 milliards d’habitants, représentant un tiers de la population mondiale.
La diplomatie ghanéenne est l’une des plus redoutables d’Afrique et elle est déployée à plein régime pour aider Botchwey, la seule femme en lice pour remporter la direction de l’une des organisations les plus durables au monde.
La gagnante se prélasserait dans l’honneur et le prestige réservés à la direction d’un organisme qui est passé d’un club moribond d’anciennes colonies britanniques à un bloc qui, ces dernières années, a réussi à intégrer dans son giron d’autres nations sans aucun bagage colonial lié à la Grande-Bretagne.
Beaucoup la voient comme une sorte de dame de fer, n’étant pas du genre à hésiter à prendre des décisions difficiles tant que la fin les rend justifiables. Les Ghanéens en ont eu un aperçu l’année dernière, lorsqu’elle a démontré son talent pour la dureté, en limogeant un groupe d’agents du bureau des passeports d’Accra accusés de corruption. C’est cette apparence dure que ses partisans espèrent voir se renforcer tout au long de son mandat à la tête du Commonwealth. Ils estiment que si le Commonwealth réclame un leadership fort, il est inconcevable de regarder au-delà d’elle.
Mère célibataire de deux enfants, Mme Botchwey apporte une touche d’énergie féminine dans la mêlée, compte tenu de son expérience en tant que membre des comités du genre et de l’enfance du parlement ghanéen. Largement respectée dans certains cercles pour avoir joué un rôle déterminant dans l’élaboration des politiques sur le genre et l’enfance, qui ont abouti à une législation protectrice, Botchwey portera cet activisme dans les cercles du pouvoir du Commonwealth, où ces questions ont gagné en importance sous la direction des anciens secrétaires généraux depuis le début du siècle, à commencer par le Néo-Zélandais Sir Don McKinnon (2000-2008).
Ses chances de se classer devant ses rivaux masculins ne sont pas évidentes, mais elle profiterait du pedigree diplomatique du Ghana, façonné par les années de formation de Kwame Nkrumah, dont le prestige a brillé au-delà des frontières immédiates de son pays et du continent. Botchwey devra faire face à une rude concurrence en Afrique de l’Ouest, où son adversaire gambien Mamadou Tangara a également fait campagne avec vigueur pour le soutien du Nigeria et de la Sierra Leone.
Bien que les quatre bulletins de vote de la région ne constituent peut-être pas un décompte décisif dans le décompte global couvrant l’Afrique de l’Est et du Sud et d’autres pays dans des coins reculés du monde, la tendance à ne rien laisser au hasard témoigne de la sensation de vie ou de mort qui règne autour de la course à la direction.
Le gouvernement ghanéen, grâce à son influence diplomatique bien supérieure sur tout ce que la Gambie et le Lesotho pourraient rassembler, pourrait donner à Botchwey un avantage, même marginal. La course aux voix est un jeu d’échecs diplomatique, généralement impitoyable pour les personnes peu méticuleuses et pusillanimes. Botchwey, qui a le nez dur, doit se méfier des pièges inhérents à la pêche aux voix dans les terrains inconnus de l’Asie, de l’Amérique du Nord, des Caraïbes et du Pacifique.
En marge de la 79ème Assemblée générale des Nations Unies à New York, Botchwey a couru d’un engagement diplomatique à l’autre avec ses homologues d’autres pays membres, y compris le ministre des Affaires étrangères de Singapour, pour revendiquer le siège chaud du Commonwealth et approfondir les liens avec son propre pays – tout cela fait d’un seul coup.
Bien que l’Afrique soit peut-être la seule gagnante de tout cela, quel que soit le résultat, les jeux d’échecs diplomatiques de Botchwey avec ses deux rivaux masculins remettent déjà le poids des attentes sur le continent qui a parcouru un long chemin depuis le début des années 2000, lorsque l’un de ses citoyens dirigeait le Commonwealth.