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3 avril 2025
Opinions
PAR SIDY DIOP
L’ÈRE DU CACHE-CACHE
Tout ce qui devrait être clair et limpide finit sous le tapis, derrière un rideau, dans un compte offshore. Le phénomène n’a pas de frontières. Un ministre jure qu’il ne possède rien, avant qu’un enquêteur trop curieux ne tombe sur un joli pactole oublié.
«On nous cache tout, on nous dit rien », chantait Dutronc. Il ignorait sans doute qu’il décrivait aussi bien son époque que la nôtre. La dette ? Cachée. L’épouse ? Cachée. La fortune ? Dissimulée.
Tout ce qui devrait être clair et limpide finit sous le tapis, derrière un rideau, dans un compte offshore. Le phénomène n’a pas de frontières. Un ministre jure qu’il ne possède rien, avant qu’un enquêteur trop curieux ne tombe sur un joli pactole oublié.
Un chef d’entreprise, en pleine faillite, pleure sur le sort de ses salariés, tout en préparant son exil fiscal sous les cocotiers. Même en amour, la mode est au mystère : certains cachent leurs doubles vies avec autant de soin qu’un banquier suisse protège ses clients. Mais ne soyons pas naïfs. Si l’on cache, c’est que l’on craint d’être vu.
L’ère de la cachotterie est aussi celle de la révélation. Tout finit par éclater, souvent trop tard, parfois trop tôt. Et pendant que certains s’ingénient à masquer, d’autres s’emploient à dévoiler.
Les temps modernes n’ont pas seulement inventé l’art de la dissimulation, ils ont aussi perfectionné celui de la fuite. À force de jouer à cache-cache avec la vérité, il arrive toujours un moment où quelqu’un soulève le voile.
PAR OUMAR NDIAYE
ÉVITER LA CONFRONTATION AU MAGHREB
"Les tensions semblent encore tenaces et vivaces au Maghreb avec toujours en toile de fond la confrontation entre l’Algérie et le Maroc. Depuis presque une dizaine d’années, le Maroc a réussi à prendre une avance et une revanche face à son rival..."
Les tensions semblent encore tenaces et vivaces au Maghreb avec toujours en toile de fond la confrontation entre l’Algérie et le Maroc.
Depuis presque une dizaine d’années, le Royaume du Maroc, de par une politique étrangère développée avec réalisme, pragmatisme et dynamisme économique a réussi à prendre une avance et une revanche face à son rival et voisin algérien, sur le dossier du Sahara occidental, point central et principal des frictions et contradictions entre ces deux pays de l’Afrique du nord.
Les récents soubresauts diplomatiques entre la France et l’Algérie ont ainsi suivi les courbes d’évolution de la position française sur la question sahraouie. En effet, le 30 juillet dernier, la diplomatie française avait opéré un grand tournant dans ses relations avec le Maroc. Jusque-là prudente sur le sujet, la France avait décidé ainsi de s’aligner sur le plan marocain d’autonomie du Sahara occidental de 2007 qui, selon une lettre d’Emmanuel Macron, « est la seule base pour aboutir à une solution politique juste, durable et négociée conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies». Ainsi, en l’espace d’un mois, le Maroc a réussi la prouesse d’accueillir deux grands chefs d’État du monde.
Le Président français, Emmanuel Macron, y était du lundi 28 au mercredi 30 octobre 2024 pour une visite considérée comme celle de la « réconciliation » tant les points de frictions étaient nombreux entre la France et le Royaume chérifien. Ensuite, le chef d’État chinois, Xi Jinping, y a fait escale, de retour de sa participation au Sommet du G20 à Brasilia, au Brésil. Boosté par la reconnaissance américaine de la marocanité du Sahara lors du premier mandat de Donald Trump, le Maroc a multiplié les succès sur ce dossier. Une question qui, depuis plus de deux ans, est revenue au-devant de la scène marquée surtout par la résurgence et la fréquence des tensions avec le voisin algérien.
Dans cet épineux dossier qui est à la fois d’un intérêt vital et stratégique pour le Maroc, l’Algérie a été pendant longtemps à l’initiative en servant de mentor au Front Polisario. Cette avance du Maroc sur le dossier sahraoui n’est pas le seul où le Royaume tente de surclasser et même de dépasser son voisin.
Sur la question du Sahel où l’Algérie a longtemps été un des maillons essentiels de la médiation internationale, elle commence même à y perdre du terrain. Les Accords d’Alger de 2015 qui étaient censés apporter la réconciliation au Mali ont volé en éclats depuis que les autorités maliennes ont accusé leur voisin du nord « d’ingérence ».
Avec son Initiative Atlantique en faveur des pays du Sahel, le Maroc compte ainsi se positionner comme un appui et un allié économique des pays de l’Alliance du Sahel qui sont en rupture de ban avec leur organisation communautaire, la Cedeao. Ses relations, très poussées avec ces trois pays, ont même conduit le Maroc à jouer les bons offices et faire libérer, en décembre dernier, quatre fonctionnaires français accusés d’espionnage au Burkina Faso.
Cette dualité et rivalité entre l’Algérie et le Maroc s’est même vue au dernier Sommet de l’Union africaine qui a consacré le retour algérien dans le leadership continental avec la victoire de sa candidate Selma Malika Haddadi au poste de vice-présidente de l’Union africaine face à la… marocaine Latifa Akherbach.
C’est dire que les tensions toujours latentes dans cette zone entre le Maroc et l’Algérie risquent de se prolonger dans une spirale de confrontations dont elle n’a pas besoin au vu de tout ce qu’elle a traversé ces dernières années
PAR OMAR DIOUF
PÔLE URBAIN DE DIAMNIADIO, UNE ERREUR ?
Dakar étouffe. Tout le monde le dit, mais personne n’a encore trouvé la meilleure solution pour désengorger et suppléer la capitale sénégalaise. Une agglomération qui représente 0,28 % de la superficie du pays, et concentre quatre millions d’habitants
Dakar étouffe. Tout le monde le dit, mais personne n’a encore trouvé la meilleure solution pour désengorger et suppléer la capitale sénégalaise. Une agglomération qui représente, selon l’ouvrage « Dakar, métamorphoses d’une capitale » des architectes Carole Diop et Xavier Ricou, 0,28 % de la superficie du pays, et concentre quatre millions d’habitants. Soit 22 % de la population nationale et 80 % de l’activité économique du pays. Et en 2030, l’agglomération dakaroise dont les activités économiques génèrent 60 % du Pib sénégalais, d’après des estimations, comptera près de 7 millions d’habitants. Comment ou qui pour arrêter cette hypercentralisation à Dakar ?
Du Président Léopold Sédar Senghor avec son projet jamais réalisé de ville industrielle « Keur Farah Pahlavi » dans les années 70, au Pôle urbain de Diamniadio entamé par le président Macky Sall, en passant par Me Abdoulaye Wade avec ses deux projets de capitale à Mékhé-Pékesse et de Pôle urbain au Lac Rose agités au début des années 2000, aucun gouvernement n’a encore résolu cet épineux problème de désengorger Dakar avec un projet d’envergure réussi. En 2003, sous le régime de Me Wade, le ministre de l’Urbanisme et de l’Aménagement du Territoire d’alors, Seydou Sy Sall, résumait si bien la situation : « Si nous voulons désengorger la capitale, le site à retenir ne doit pas être très loin de Dakar, pour éviter de créer d’autres dysfonctionnements. Le site de la future capitale du Sénégal doit aussi être proche du futur aéroport de Diass et dans une zone qui polarise le maximum de populations… ».
Une description qui sied bien pourtant à la ville de Thiès ! Oui, la capitale du Rail à qui en 2007, les différents candidats à l’élection présidentielle promettaient le rôle de capitale administrative et industrielle du Sénégal.
« En cas de victoire, je ferais de Thiès la capitale administrative du Sénégal », avait promis devant son auditoire Cheikh Bamba Dièye du Fsdb/J, évoquant la nécessité d’une « politique de décentralisation imminente avec des priorités accentuées sur l’emploi, l’éducation et la santé ». Le leader de l’Afp Moustapha Niasse également souhaitait faire de Thiès, « une ville industrielle, de tourisme culturelle ; une ville universitaire, une ville carrefour ». Devant une foule de militants et sympathisants, M. Niasse était certain que « c’est faisable. Parce que Thiès le mérite. Parce que Thiès doit l’avoir… ». Landing Savané alors candidat d’AJ/Pads, argumentait lui que la politique de redéploiement économique qu’il envisageait trouve en Thiès un modèle naturel : « Un modèle de soi pour relancer la région de Thiès ; lui donner la puissance qui fera d’elle une région pilote dans le développement de notre pays ».
Idrissa Seck alors maire de la Ville et Abdoulaye Wade président sortant, étaient les seuls à ne pas faire de grandes promesses aux Thièssois durant cette campagne électorale 2007. Deux ans auparavant, les deux hommes s’étaient brouillés à propos des « Chantiers de Thiès » exécutés dans le cadre des préparatifs de la Fête de l’Indépendance célébrée le 4 avril 2004. Bref, après douze ans de Wadisme donc, ce projet de nouvelle capitale s’est dégonflé et c’est… Macky Sall, héritier de la pensée libérale, qui a lancé le nouveau de Pôle urbain à Diamniadio en 2014.
Centre international de conférences, Stade national olympique, Arena multisports, sphères ministérielles, université publique, centre d’expositions sont, entre autres, les réalisations phares du projet de ce Pôle urbain, si cher à l’ancien président sénégalais parti après deux mandats à la tête du pays. Mais comme souvent, les grands projets d’envergure nationale déclinent avec leurs initiateurs, une fois ces derniers quittent le pouvoir, à défaut d’être portés et achevés par leurs successeurs. Pour le cas de Diamniadio, nous lisons dans une interview de l’architecte Carole Diop accordée la semaine dernière au magazine Jeune Afrique, que ce projet est une erreur.
« Diamniadio est une erreur. C’est une ville trop proche de Dakar, installée sur un terrain qui est plus propice à l’agriculture qu’à la construction », a martelé Carole Diop. L’architecte rappelle la nature du sol de Diamniadio qui comporte « beaucoup d’argiles gonflantes », et déplore le manque de « loisirs, commerces, écoles » pour en faire une ville. Avec le temps, l’histoire lui donnera peut-être raison. Peut-être non.
Par Ibou FALL
IL Y A UN AN, LA RÉVOLUTION...
Au menu de ce premier anniversaire du pouvoir : des "Boucliers du Projet" mais pas de ministres aux agapes, des pleurs pour un "ndogou" manqué et le retour des milices. Pastef suit le chemin de ses prédécesseurs
Alors, la mission du Fmi, la dette, la Cour des comptes, les chiffres falsifiés, on en parle ou pas ? De toutes les manières, personne n’y comprend goutte…
Revenons sur terre.
Ça passe si vite, un mandat. Cela fait aujourd’hui un an et trois jours que 54% des électeurs sénégalais soldaient leurs comptes avec le régime précédent. La surprise du chef se nomme Bassirou Diomaye Faye, que l’on présente pendant la présidentielle comme l’alter ego d'Ousmane Sonko, lequel bat campagne comme si lui-même était le candidat… Dans les derniers salons où l’on cause, ça parle d’alternance. La troisième, après la première, celle du Pape du «Sopi», Me Abdoulaye Wade en 2000, qui envoie à la retraite Abdou Diouf après vingt ans de règne, et aux oubliettes le Parti socialiste qui sévit depuis quarante interminables années ; il y a aussi, d’alternance, la seconde, celle de Sa Rondeur Macky Sall, en 2012, dans le touchant scénario parricide du fils modèle qui tue le père indigne.
Tous deux, futurs « alternoceurs », apprivoisent la bête après un laborieux premier tour auquel succède un deuxième vote qui voit le ralliement de tous les laissés-pour-compte devenus des électeurs fâchés.
Le 24 mars 2024 est un tout autre théâtre qui se joue : l’opposant emprisonné à dix jours du scrutin sort de prison - par la magie de palabres nocturnes avec un Macky Sall que sa raison semble déserter - et remporte les élections dès le premier tour, à 54% des votes.
Son CV est riquiqui, il marche dans l’ombre d'Ousmane Sonko depuis une décennie. A part quelques rares plateaux télévisés où il ne se distingue pas particulièrement et une déclaration pétaradante sur les juges qui le conduit direct en prison, on le connaît à peine : le 24 mars 2024 est une révolution…La majorité des Sénégalais sont en colère depuis bien longtemps. Leur vendre la haine est un jeu d’enfant.
Comme Wade et le PDS qui, entre 1988 et 2000, drainent des foules en colère auxquelles ils promettent de sécher leurs larmes et leurs sueurs, Ousmane Sonko et le parti Pastef, bons plagiaires, vendent l’espoir d’un nouveau monde aux vagues en furie.
Les régimes de Abdou Diouf, Abdoulaye Wade et Macky Sall, avec le temps, deviennent arrogants et imbus de leur supériorité, regardent la négraille de haut, festoient beaucoup, mais sont surtout timorés : ces bons messieurs veulent bien défendre la République, ou plutôt ce qu’il en reste après leur saccage, mais pas à n’importe quel prix.
De compromis en compromissions, ils finissent par déposer les armes. Bien sûr, avant d’en arriver là, que n’ont-ils pas fait ? Diouf courbera l’échine dix ans pour éviter de faire de l’ombre à Senghor, se gardera d’exister avant de le dénigrer une fois au Palais ; Wade soufflera le chaud le jour et le froid la nuit pour avoir l’adversaire à l’usure ; Macky Sall, aussi, courbera l’échine jusqu’au jour où on le virera de la cour des Wade comme un vulgaire courtisan dont l’empressement finit par s’émousser et la flagornerie commence à sonner faux.
Le PDS est une ordure du PS, et ils sont en train de quitter la scène publique et d’être enterrés ensemble. Wade se serait bien contenté, déjà sous Senghor, de quelque ministère peinard qui lui permettrait, une fois dans la semaine, de paraître au journal télévisé… De même, l’APR est un déchet du PDS. Macky Sall, que l’art de plaire aux Wade obsèdera jusqu’en 2008, non plus, ne demande alors pas plus que de garder son fromage avec, au dessert, juste un peu de respect.
Jusqu’où nous mènent nos dépits amoureux…
Pastef est un rebut de l’APR, et ils risquent, comme le PS et le PDS, après s’être étripés, de quitter le théâtre politique bras dessus, bras dessous… L’inspecteur des Impôts et domaines, Ousmane Sonko, deviendrait-il un si virulent opposant si on lui confiait par surprise quelque direction nationale alors qu’il réfléchit à ses plans de carrière dans l’Administration ? Lorsque les Sénégalais confient les destinées du Sénégal à l’opposant Wade, cela fait vingt-six ans qu’il les mène en bateau ; lorsqu’ils se rabattent sur Macky Sall, il est là depuis dix ans aux côtés des Wade. Et il leur faut deux tours pour se laisser convaincre, en 2000 et 2012. L’élection de Bassirou Diomaye Faye l’an dernier est un saut dans, pardon, avec l’inconnu. Et c’est cela, la révolution.
Cette semaine, des militants, pardon, les p’tits soldats de Pastef, qui se surnomment les « Combattants du Projet », pour fêter le premier anniversaire de leur triomphe, choisissent d’organiser des agapes en banlieue. Y’en a un qui profite de l’occasion pour pleurnicher : pas un ministre, pas un député, pas un PCA n’honore ce glorieux anniversaire. Il aurait souhaité que le sang des bovins gicle partout sur les lieux pour que le peuple des mécontents savoure au moins un bon «ndogou».
Rien de tout cela, hélas.
Ça n’entame en rien leur détermination manifestement. Et pour ne rien inventer, les héros du peuple des 54% lancent, dans la continuité des bagarres de rue qui mènent le tandem «Diomaye môy Sonko» au Palais, le mouvement des «Boucliers du Projet». Rien de nouveau sous un soleil habitué aux gardes prétoriennes privées, qui voit passer en 1988 les «Tontons Macoutes» de Abdoulaye Moctar Diop, cidevant l’un des vénérables deux Grands Serigne de Dakar ; on se souvient aussi des «Calots bleus» du Pds, tout comme des «Marrons du feu» de Macky Sall…
Ce n’est pas la bonne méthode pour rester au pouvoir, apparemment.
Ils en profitent pour rendre hommage à quelques-unes de leurs identités remarquables dont le truculent Cheikh Oumar Diagne, l’ancien collaborateur du président Bassirou Diomaye Faye qui s’en est débarrassé sans états d’âme. J’apprends également que Mody Niang aurait démissionné de son strapontin de PCA du Soleil pour des raisons de santé.
La saison du «moss dèm» serait-elle lancée ?
par Jean Pierre Corréa
AN 1 DES PATRIOTES, SENTIMENT DE SUBJUGATION
EXCLUSIF SENEPLUS - Un an après, la seule activité intellectuelle des partisans de Pastef a consisté à scruter chaque mercredi, les nominations des Conseils de ministres, de plus en plus déçus de ne pas être de la ripaille promise
« Quand tu traces un chemin dans l’espace public, tout le monde a le droit de l’emprunter. Et pi cé tou. »
Il aura fallu deux jours pour évacuer de mon esprit l’état de sidération dans lequel la surréaliste célébration de ce premier anniversaire du pouvoir « Patriote » l’avait plongé…
Comme tous les Sénégalais, je suis subjugué…par tant de talent à promouvoir en tout temps le vacarme à la place du travail.
Le propre d’un anniversaire est de se remémorer, de faire le point sur le cours de nos existences, joies, aléas et regrets mêlés. En regard des espoirs qui avaient envahi les Sénégalais, au premier rang desquels notre pléonastique jeune jeunesse, il est naturellement indiqué d’aller scruter ce qui se disait de cette folle aventure au lendemain de cette historique victoire du 24 mars 2024, frappée d’un indéniable sceau divin.
Il y a un an, le monde entier chantait ce pays « en Afrique » et pas seulement « Africain », vantant son exceptionnalité et sa singularité dans une sous-région volatile et fiévreuse. Le Sénégal scintillait de ses joyeux feux sur tous les écrans du monde qui célébraient la résilience, le courage, la détermination d’un peuple et de ses nouveaux leaders à emprunter ce nouveau chemin balisé par un enthousiasmant « Projet ». Même s’il n’était pas nécessaire d’être de leur camp, il n’en demeurait pas moins que nous étions admiratifs de cette force et de cet entrain qui se dégageaient alors des hommes portés aux responsabilités, donnant le sentiment que « nous allions voir ce que nous allons voir » et qu’il suffisait de le dire pour que cela soit !
Une année plus tard, que reste-t-il de cet enthousiasmant « désir de Sénégal » qui nous a fait croire que la planète entière allait débouler dans ce pays, attiré par son génie et protégé et des Dieux et de ses saints guides religieux ?
Un an après, des milliers de jeunes s’enfuient à toutes jambes, et surtout à la nage pour échapper à la misère d’abord et aux requins ensuite. Des centaines de milliers d’entre eux postulent, désespérés, à faire partie des 150 esclaves que l’Espagne daigne convoquer pour assurer les récoltes de leurs orangeraies, que pourtant « le Projet » avait promis de mettre en terre dans leurs campagnes alors désertées à cause du « gang » imposé par le Diable Macky Sall…
Un an après, la seule activité intellectuelle des partisans de Pastef a consisté à scruter chaque mercredi, les nominations des Conseils de ministres, de plus en plus déçus de ne pas être de la ripaille promise.
En guise d’anniversaire, on s’attendait à un florilège de bilans tirés, sur toutes les chaînes rescapées de notre paysage odieux-visuel, rivalisant de merveilles et de révolutions apportées par « Les Solutions » promises et espérées par tout un peuple tétanisé de crédulité extatique, qui, ingrat, n’a même pas la reconnaissance d’être rassuré par le président de l’Assemblée nationale, qui, empruntant les guenilles usées du Docteur Coué, exulte, ne doutant de rien que « Le Sénégal changera qualitativement, car nous le voulons, parce que nous sommes des patriotes ! ». Juste parce que nous le voulons. C'est très léger ça pour être inscrit dans les annales de notre grande Histoire !
En guise de bilan sidérant et qui nous aurait rendus satisfaits de l’œuvre de nos deux dirigeants installés sur le « canapé présidentiel », voilà-t-il pas que le seul débat qui occupe la scène médiatique et le barnum politique qui s’y pavane en totale insouciance, en ce jour anniversaire de la « Révolution Patriote », déroule, à la limite de l’indécence, mais sonnant comme un aveu d’incapacité, le brouhaha lié à ce qui n’est, de fait, qu’une altercation entre un chroniqueur et un honorable député. N’ayant guère envie de me départir de l’état de subjugation qu’un tel vaudeville tropical m’inspire, je renonce à en détailler le contenu, n’ayant pas le cœur à me remémorer les si merveilleuses pages de l’antique « Dakar Matin » qui relataient sous l’exquise plume de Edou Corréa, ce qu’il appelait avec délices « Les batailles de Bornes Fontaines ».
Le jour de l’an 1 de notre nouvelle ère sous « mou sell mi », nous avons eu droit à ça et au chœur des insulteurs effarouchés et indignés … Quand tu traces un chemin dans l’espace public, tout le monde a le droit de l’emprunter. Et pi cé tou.
Vaut mieux entendre ca que d’etre sourd !
Au pays de Cheikh Anta Diop, opposant irréductible à Senghor, un chef de parti, devenu Premier ministre, a traité ses compatriotes de l’opposition de «tapettes» dans un… live, sur Facebook. Un autre use du vocable ordurier de «chef de gang» à l’encontre d’un ancien président de la République. Le même ministre vient de dire publiquement que l’Etat du Sénégal cache le meurtre d’un ancien ministre des Finances avec la complicité tacite de l’Etat français…
Ce parti, qui a souvent été au cœur de discours virulents et de dérapages verbaux, doit reconnaître sa part de responsabilité dans la banalisation de l’invective dans le débat public. Les attaques répétées des responsables et militants du Pastef contre les magistrats, les institutions de la République, ainsi que les commandements de la gendarmerie et de la police, ont contribué à instaurer un climat de mépris et de défiance envers l’autorité.
Badara Gadiaga vient ainsi de donner à tous ceux qui vont s'opposer à ces gens le mode d'emploi, le modus operandi qui permet de régler cet affront qu'ils ont usé et utilisé urbi orbi sur tout le monde.
Un partout donc et balle au centre !
En tous les cas, et dans le plus profond respect qui est dû aux personnalités qui nous dirigent actuellement, il est juste de dire et de proclamer, après l’avoir constaté, que nos nouvelles autorités, sans nous mêler de la survenue de leurs subits, indécents et visibles embonpoints, auraient pu au moins faire preuve de la plus élémentaire élégance par ces temps d’inquiétudes populaires face à des lendemains hasardeux : avoir des cheveux blancs, signe d’inquiétudes face aux responsabilités qu’impliquent le respect des promesses faites et la satisfaction des attentes créées par leurs discours aventureux, simplistes et populistes. Le président Abdou Diouf avait eu l’élégance de blanchir sa longue silhouette dès les premiers instants de l’ajustement structurel qui frappa le Sénégal à l’entame de son premier mandat, Barack Obama prit 10 ans en six mois, Wade est hors concours pour cause de calvitie, tous les hommes d’état qui doivent transpirer avant chaque signature engageant leurs responsabilités, portent les stigmates de la sincérité de leur gouvernance et de l’angoisse de l’atteinte des objectifs salvateurs promis.
Bon anniversaire à tous ! Les Sénégalais sont heureux pour ces gens qui ont vraiment su grossir et se montrer dans des atours et une élégance vestimentaire où tout semble neuf pour eux : voitures neuves, maisons neuves, habits neufs, secondes épouses neuves.
A l’année prochaine !!! Qui vivra…Verra !!!
C’est pour quand le bonheur ? Vous avez « la Preuve par La TEUF !!! Que la Croisière s’amuse !!!
Par Baba DIOP
LA LUNE
Ton’s rêvassait sur son « pliane » mais sentait que ses mollets fourmillaient. Une bonne promenade pour se dégourdir les jambes, même s’il avait l’estomac dans les talons et des gargouillis au ventre.
Les premiers jours du Ramadan, Ton’s jubilait. Le temps était frais, glacial même. Rien à voir avec les Ramadans qui se déroulaient en temps de canicule où il fallait couvrir le frigo de khotou sakkou trempé, pour conserver un tantinet de fraicheur et le temps où il fallait dormir toute la journée pour échapper aux rigueurs climat. Une période où la gorge criait soif à tue-tête.
Ton’s là-bas, dans son village, se transformait en hippopotame, faisant du fleuve sa couverture. A peine sorti de l’eau, c’est comme s’il n’y était jamais entrer. Alors il y retournait autant de fois que nécessaire.
Ton’s rêvassait sur son « pliane » mais sentait que ses mollets fourmillaient. Une bonne promenade pour se dégourdir les jambes, même s’il avait l’estomac dans les talons et des gargouillis au ventre. A dire vrai, Ton’s avait l’humeur en berne bien que faisant le fanfaron.
Sur son agenda de poche, il raturait les jours. Ton’s dans son dégourdissement, s’arrêta devant des graffeurs à l’œuvre. Il contemplait l’approche futuriste des paysages en fleur, l’arrondi des lettres et les couleurs. Ton’s resta un moment à réfléchir puis lui vint une sublime idée. Il écarta l’un des graffeurs et sur un des dessins y plaça un magnifique croissant lunaire puis il demanda au gugusse « c’est quoi ça » et l’autre de répondre : « La lune ! ».
Ton’s de secouer vigoureusement le bras du jeune graffeur en répétant « Mabrouk, Mabrouk weer wi fégn na ». Le quartier d’accourir. « Weeru midi ? Aaaah ! Ton’s nakk ! ». Suivirent les « piii pooon ! piii poooon » de l’ambulance de Fann
Par Alioune Tine et Amrit Singh
LA LOI D’AMNISTIE, LE DÉNI DE JUSTICE PERMANENT ?
La loi d'amnistie, telle qu'interprétée par la proposition législative, nécessite des améliorations pour se conformer à l'État de droit. L'introduction d'une exemption pénale pour les acteurs politiques conduirait à une discrimination dangereuse
Alioune Tine et Amrit Singh |
Publication 27/03/2025
Une proposition de loi en passe d’être adoptée au Sénégal ravive les tensions au sujet de l’amnistie. Cette proposition vise à interpréter la loi du 13 mars 2024 ayant accordé l’amnistie pour les crimes et les délits liés à des manifestations politiques ou ayant des motivations politiques qui ont été commis entre le 1er février 2021 et le 25 février 2024.
Lors de ces évènements, soixante-cinq personnes ont été tués et près d’un millier ont été détenues arbitrairement, maltraitées et parfois torturées, selon plusieurs organisations de défense des droits humains et un collectif de journalistes. La loi d’amnistie a été adoptée dans « un esprit de réconciliation », tel que déclaré par le président de l’époque, Macky Sall. Elle a permis l'organisation des élections présidentielles de 2024 et une transition pacifique du pouvoir à Bassirou Diomaye Faye, qui a été libéré de sa détention grâce à la loi. M. Faye a rapidement nommé le chef de l'opposition Ousmane Sonko au poste de premier ministre, lui aussi libéré en vertu de la loi d'amnistie.
Si cette loi a effectivement sorti le Sénégal d'une impasse politique, elle a introduit l'impunité dans un pays qui a longtemps fait figure de modèle en matière de protection des droits humains. Comme l'ont démontré nos organisations dans un rapport publié en janvier dernier, la loi d'amnistie est en tout point contraire au droit international et à la jurisprudence des juridictions régionales telles que la Cour et la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples, et la Cour de justice de la CEDEAO. Elle contredit tous les principes énoncés par les Nations Unies.
En l'état, la loi empêche les victimes des pires abus d'accéder à toute forme de justice. Les victimes sont privées de leur droit à un recours effectif pour les violations qu'elles ont subies. Leur droit de connaître la vérité sur les abus est réduit à néant. La loi piétine l'obligation du Sénégal d'enquêter et de poursuivre les personnes susceptibles d'être pénalement responsables de violations flagrantes des droits de l'homme. Enfin, en offrant une immunité inconditionnelle aux bourreaux sans exiger d'eux qu'ils remplissent la moindre condition préalable, la loi sacralise l'impunité.
L’espoir fut toutefois retrouvé lorsqu'en décembre 2024, le Premier ministre Ousmane Sonko a annoncé son intention d'abroger cette loi, « pour que toute la lumière soit faite et les responsabilités établies de quelque bord que ce soit », et que des fonds destinés aux victimes soient inscrits dans le projet de loi de finances pour l'année 2025.
La proposition de loi récemment déposée par un député de la majorité de M. Sonko était censée acter cet engagement. En réalité, elle fait tout le contraire.
Non seulement la proposition de loi n'abroge pas la loi, mais elle représente aussi, selon les observateurs politiques, un changement radical de position de la majorité, suggérant que celleci préfère maintenir une amnistie à son seul avantage.
La proposition de loi, qui ne vise qu'à fournir une interprétation de la loi d'amnistie, soulève plus de questions que ne fournit de réponses.
Nous admettons que le préambule suscite de l'enthousiasme, puisqu'il indique que la proposition vise à « adapter le corpus juridique interne » aux obligations internationales du Sénégal en vertu de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, ainsi que du Statut de Rome. Elle exprime à juste titre que l'interdiction de la torture et les crimes du Statut de Rome ne peuvent bénéficier d'une amnistie. Cependant, la proposition elle-même reste silencieuse sur ce point fondamental alors qu'elle devrait l’aborder expressément, la force contraignante d'un préambule étant laissée à l'appréciation du juge.
Le principal ajout de cette proposition de loi est de préciser que l'amnistie s'applique aux actes « ayant exclusivement une motivation politique ». Cette précision est loin de répondre aux exigences de l'État de droit, car elle contrevient à deux principes juridiques fondamentaux : la sécurité juridique et l'égalité devant la loi.
S’agissant d’abord du principe de sécurité juridique. La clarté, la détermination, l'accessibilité et la prévisibilité constituent des exigences essentielles de toute loi affectant la responsabilité pénale. Alors que la loi d'amnistie sénégalaise initiale couvre les actes criminels liés à des manifestations politiques ou ayant des motivations politiques, le projet de loi précise que la loi s'applique aux actes « ayant une motivation exclusivement politique ». Malheureusement, sans offrir quelque définition à cet ajout, le projet de loi sème le flou.
Il est évident que l'amnistie s'applique traditionnellement aux crimes et délits politiques, qui constituent des types d’incriminations pour lesquels des mesures alternatives, comme la négociation, pourraient efficacement permettre de restaurer l'État de droit, rétablir la confiance dans les institutions et prévenir de nouveaux délits
Cependant, il est essentiel que les lois d'amnistie soient formulées avec suffisamment de précision et de clarté concernant le champ d’application personnel, matériel et temporel de l'amnistie, tant ces lois ont une incidence sur la responsabilité pénale dans un contexte sociétal sensible. Distinguer les actions politiques des autres actions sociales peut être une démarche subjective et spécifique au contexte.
Le motif exclusivement politique dans la proposition de loi, érigé en critère principal pour déterminer le champ d'application de la loi, ne répond pas à l'exigence de précision et de clarté. Bien que la proposition prétende ne rien ajouter à la loi, elle précise que les faits se rapportant aux manifestations ne sont amnistiés que s’ils ont une motivation exclusivement politique. Cela signifie-t-il que seuls les manifestants demandant un changement politique sont couverts par l'amnistie ? Qu'en est-il des forces de sécurité qui réagissent violemment aux manifestants, agissent-elles exclusivement par motivation politique ? Qu’en estil des milices privées armés qui tirèrent sur les manifestants ? De même, quel sort pour les jeunes apolitiques qui ont suivi le courant populaire, se sont laissés entraîner et ont commis des infractions contre des bâtiments publics ? L'amnistie les couvre-t-elle ?
Nous pensons que le critère de « motivation exclusivement politique » devrait être clarifié, sinon supprimé. La proposition devrait en outre énumérer clairement les crimes et délits qui seront amnistiés.
Ensuite, cette proposition législative menace une norme juridique fondamentale : l'égalité devant la loi. Cette dernière exige que les critères de l’amnistie ne soient pas conçus pour couvrir des individus spécifiques. Le manque de lisibilité de la proposition pourrait être un stratagème pour restreindre l'amnistie à certains individus seulement. Cependant, l'introduction d'une exemption pénale pour les acteurs politiques conduirait à une discrimination dangereuse et pourrait contribuer à légitimer la violence politique, comme l'a affirmé un observateur sénégalais
Dans l'ensemble, la loi d'amnistie, telle qu'interprétée par la proposition législative, nécessite des améliorations cruciales pour se conformer aux normes de l'État de droit. En l'état, et si le Parlement adopte le projet de loi interprétatif, la loi d'amnistie demeurera en violation flagrante du droit international. Elle continuera à priver les victimes des pires abus des droits humains de toute forme de justice. Et elle bloque l’obligation du Sénégal d'enquêter pour faire éclater la vérité sur les événements tragiques, de situer les responsabilités et de poursuivre les personnes susceptibles d'être pénalement responsables.
Alioune Tine est fondateur d’Afrikajom Center de Dakar.
Amrit Singh est Professeure de droit et directrice exécutive du Rule of Law Impact Lab de l’école de droit de Stanford.
L’ART DE SE RUINER
La fête de l’Aïd al-Fitr ou Korité arrive à grands pas. Le compte à rebours semble égrener des minutes d’angoisse pour certains chefs de famille, coincés dans le couloir des besoins faussement imprescriptibles pour fêter dignement
La fête de l’Aïd al-Fitr ou Korité arrive à grands pas. Le compte à rebours semble égrener des minutes d’angoisse pour certains chefs de famille, coincés dans le couloir des besoins faussement imprescriptibles pour fêter dignement. Habits neufs, poulets à gogo plus qu’on ne peut en consommer, ça donne forcément des cheveux blancs au pauvre « gorgorlou » qui se débrouille pour exister dans une société très attachée au paraître.
La Tabaski, n’en parlons pas. Le mouton, qui n’est pourtant pas une obligation pour celui qui n’en a pas les moyens, réussit quand même à donner des coups de corne dans notre poche avant sa mise à mort. Quitte à s’endetter ou à casser sa tirelire. Elle est bien sénégalaise, cette propension à dépenser plus qu’on ne peut lors des grands évènements religieux ou cérémonies familiales tels que les baptêmes, mariages… Ou bien à flamber l’épargne de plusieurs années en moins de 24 heures. L’essentiel, c’est d’honorer et de bien tenir son rang dont on a été éjecté depuis belle lurette par les vicissitudes de la pauvreté. L’ivresse de la fête une fois passée, le guichet automatique de banque d’une journée revient à la dure réalité : il a dépensé de façon déraisonnable le fruit de plusieurs mois ou années de labeur.
Que dire du jeune qui vient de dénicher difficilement un travail ? À peine le premier salaire perçu, il se fait un devoir de gravir les échelons sociaux en s’adjugeant un nouveau standing de vie. Et bonjour les prêts bancaires pour afficher au vu et au su de tous un changement de statut (appartement huppé, voiture flambant neuf…). Les découverts bancaires prennent rapidement le relais pour ne pas perdre le marathon du prestige. Et voilà notre Sénégalais pris dans un cycle d’endettement à vie. Ce comportement laisse perplexe quand on analyse bien les mécanismes et astuces pour se donner les moyens de s’extirper de la pauvreté. Prenons l’exemple des tontines, ce système d’épargne collective tournante a fini de démontrer les capacités d’épargne de la gent féminine en particulier. Des femmes ont réussi dans les affaires grâce à des investissements judicieux rendus possibles par un capital provenant des tontines.
Par contre, d’autres moins avisées engloutissent leur mise dans des dépenses de prestige. C’est le labeur de toute une année qui part ainsi en fumée. On aura donc épargné pour gaspiller. Ce paradoxe bien sénégalais nous maintient dans une vulnérabilité socioéconomique que nous avons du mal à expliquer. Les plus superstitieux, comparant les montants brassés et le peu de réalisations à leur actif, en arriveront à la conclusion suivante : « khaliss bou barkéloul » (de l’argent maudit en quelque sorte). Et on est surpris que le gagne-petit d’hier, sou après sou, parvient à se faire une place au soleil.
D’ailleurs, à la base de la plupart des fortunes de ce pays, on remarquera toujours qu’elles ont comme dénominateur commun la détestation du gaspillage. L’argent appelle l’argent, disait le chanteur Pamelo Mounk’A. Ces fortunes ont su se relever après chaque faux pas, croyant ferme en leur étoile et se disant qu’au bout de leur peine, il y a la réussite. Cette force sommeille en chacun de nous pourtant, mais il nous manque juste la patience et la détermination à garder le cap indiqué par la boussole pour atteindre notre objectif. Les plus pressés seront tentés par les raccourcis à l’issue tragique, comme nous le rappelle la fin malheureuse des adeptes du trafic de drogue, de l’escroquerie, du faux monnayage.
PAR Ndongo Samba Sylla et Peter Doyle
LE FMI DOIT D'ABORD FAIRE LE MÉNAGE EN SON SEIN
EXCLUSIF SENEPLUS - S'agit-il de ne pas examiner les chiffres de près, de peur que des transactions n'apparaissent publiquement, ce qui aurait pu nuire à l'avenir politique du meilleur ami de la France au Sénégal, Macky Sall ?
Ndongo Samba Sylla et Peter Doyle |
Publication 26/03/2025
Dans sa publication mondiale phare – Perspectives de l’Économie mondiale - publiée en octobre 2024, le FMI prévoyait que l'inflation sur 12 mois au Sénégal en décembre 2025 serait de -13,4 % et de 41,9 % pour l’année d’après. Ces prévisions n'étaient pas fondées. En effet, l'inflation sur 12 mois au Sénégal en décembre 2024 était de 0,8 %, ce qui confirme, si besoin était, que les prévisions du FMI étaient erronées.
Nous avions indiqué à l'époque que cet épisode reflétait une défaillance majeure de contrôle de qualité du FMI concernant ses propres travaux de base. Cependant, nous notions que le problème essentiel n'était pas sa mauvaise compréhension évidente de l'inflation. Nous soulignions plutôt que cette erreur sur une variable macroéconomique aussi centrale n'était que « la partie émergée de l'iceberg ».
En effet, si le FMI s’est fourvoyé à ce point sur un indicateur macroéconomique de base tel que l'inflation sur un horizon aussi court, quelles assurances pourrions-nous avoir qu’il ne s’est pas trompé sur les autres et plus lourdement ?
Un récent audit public des finances publiques de 2019 à mars 2024 nous apprend que la dette publique du Sénégal à la fin de 2023 s'élevait à 18 558 milliards de francs CFA, soit 99 % du PIB officiel, et non 74 % du PIB comme indiqué précédemment.
Une partie de cette dette élevée est due au FMI lui-même uniquement en raison des décaissements liés à son programme avec le Sénégal qui n'auraient pas dû être effectués parce que, sur la base de données correctes, les critères de performance du programme avaient été largement enfreints.
Il ne s'agit pas ici, comme l'a récemment suggéré le chef de la mission du FMI, de « déclarations erronées » de la part du gouvernement sénégalais de l'époque.
Il s'agit plutôt de savoir comment les services du FMI ont pu perdre de vue plus de 20 % du PIB au cours d'un programme intensif avec ce gouvernement, et ainsi mal mesurer les critères de performance.
Le plus gros dans l’affaire est que le FMI n’a pas seulement perdu de vue plus de 20 % du PIB. Il a dû aussi à plusieurs reprises, mission après mission, pendant cinq ans, perdre toute trace de ces sommes à quatre endroits : dans la balance des paiements, dans l'enquête monétaire, dans les comptes nationaux et, bien sûr, dans les comptes publics.
Le fait que le FMI n'ait pas détecté ce problème en temps réel constitue donc un manquement majeur à son obligation de diligence. En effet, à chaque revue de programme avec le Sénégal, les services du FMI étaient tenus de déclarer à tous les actionnaires du FMI, y compris au peuple sénégalais, que les données reflétaient fidèlement les actions du gouvernement de Macky Sall.
Autrement, nous devons nous demander : s'agit-il simplement d'un « manque » de diligence raisonnable de la part du FMI, d'autant plus que le FMI a ignoré les avertissements de l'opposition sénégalaise concernant les fausses déclarations dès 2018 ? Peut-être s'agit-il plutôt d'une décision délibérée de ne pas examiner les chiffres de trop près, de peur que des transactions n'apparaissent dans le domaine public, ce qui aurait pu nuire à l’avenir politique du meilleur ami de la France au Sénégal, M. Macky Sall ?
Quoi qu'il en soit, le chef de la mission du FMI note que le FMI pourra agir « rapidement » pour résoudre les difficultés du Sénégal, dès que les sources des déclarations erronées auront été identifiées.
Tout sauf ça, serions-nous tentés de dire !
En fait, le même problème s'est posé en 2016 au Mozambique lorsqu'il est apparu que la dette publique, en proportion du PIB, était 10 % plus élevée que ce qui avait été confirmé précédemment par le FMI, dans le contexte d'un boom des actifs carbone. De toute évidence, le FMI aurait dû examiner comment il avait pu perdre de vue 10 % du PIB dans les données du Mozambique afin d'éviter qu'une telle situation ne se reproduise. Mais il est rapidement passé à autre chose.
Cette « rapidité du FMI », il est maintenant clair, s'est faite aux dépens du Sénégal.
Ainsi, si, dans la précipitation, le FMI propose maintenant que le Sénégal stabilise son imposante dette publique en s'engageant à atteindre des objectifs élevés d'excédent primaire dans son budget - peut-être 4 % du PIB - un tel conseil n'aurait absolument aucun fondement, tout comme ses projections d'inflation pour décembre 2025 et 2026, et tout comme toutes ses assurances antérieures au fil des ans que les données macroéconomiques pour le Sénégal étaient saines.
Non, le FMI ne devrait pas conseiller ou agir à la hâte. Il devrait d'abord faire le ménage en son sein.
*Ndongo Samba Sylla est économiste sénégalais, Directeur de Recherche à l’International Development Economics Associates (IDEAs).
*Peter Doyle est économiste américain, ancien cadre du FMI et de la Banque d’Angleterre.
Par Baba DIENG
LE SENEGAL ET L’AES DECONSTRUISENT LA FRANCOPHONIE
Il n’est pas étonnant de voir ces militaires, qui fascinent nos dirigeants contre toute raison, quitter la Francophonie. L’imaginaire sénégalais, et c’est déplorable, a été mobilisé contre cette organisation que nous avons créée
Après avoir quitté la Cedeao au bout d’une passe d’armes, les militaires souverainistes de l’Aes, plus incompétents et avides de pouvoir que les civils, reviennent à la charge contre l’ordre francophone et ses suppôts de l’impérialisme françafricain. Ces militaires dont la seule légitimité émane des baïonnettes, «mus par les idéaux de rapprochement de leurs peuples par la coopération multilatérale fondée sur la promotion de la diversité linguistique et culturelle, et le dialogue des civilisations», ont conjointement décidé de quitter l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif). Dans un communiqué de presse conjoint des ministres des Affaires étrangères du Niger, du Mali et du Burkina Faso en date du 18 mars 2025, ils ont dénoncé les «sanctions sélectives sur la base de considérations géopolitiques» qui leur ont été infligées par cet «instrument politique téléguidé» qu’est l’Oif, depuis l’avènement des différentes transitions (ou intronisations).
Le Niger -il est très intéressant de le rappeler- est un pays fondateur de la Francophonie institutionnelle. Le 20 mars 1970 à Niamey, le poète-Président Léopold Sédar Senghor et ses homologues tunisien, Habib Bourguiba, et nigérien, Hamani Diori, ainsi que le Prince Norodom Sihanouk du Cambodge, décidèrent de mettre en place cette institution. Toujours est-il que le plus illustre des Sénégalais, dans «De la francophonie» -discours qu’il avait prononcé pour le cinquantième anniversaire de la Faculté des Lettres de l’Université Laval, à Québec, le 5 septembre 1987-, précise ceci : «On oublie, trop souvent, le rôle majeur que joua le Général de Gaulle dans la naissance et l’organisation de la Francophonie. Il est vrai qu’homme de culture et de courtoisie, homme de pudeur par excellence, Charles de Gaulle voulut, toujours, laisser les Africains prendre les initiatives, après Brazzaville.» Mais enfin… Au fond, l’idée était de mettre le français (langue que Français et Africains ont en partage) au service du dialogue fécond des cultures et du développement.
C’est le Sénégal, pays fondateur et porte-étendard de la Francophonie, qui a commencé le «boycott» de celle-ci. Lors du dernier sommet à Villers-Cotterêts, les 4 et 5 octobre 2024, le président de la République Bassirou Diomaye Faye avait décidé, vraisemblablement pour des raisons souverainistes (les raisons officielles de cette absence n’ont pas été communiquées), de ne pas y assister. Notre pays, pour la première fois de son histoire, avait décidé de négliger cette grande rencontre où les affaires du monde se discutent, posant ainsi un acte fort de marginalisation de l’organisation. D’une manière générale, nos souverainistes, qui singent parfois les militaires de l’Aes, ont un sérieux problème avec le français -ce vieux saligaud qui souille notre authenticité sénégalaise, sinon africaine, depuis les indépendances. Après le congédiement inélégant des Eléments français au Sénégal (Efs) pour des raisons aussi débiles que fallacieuses, il faut s’attendre à ce que cette langue du maître soit conjurée de notre quotidien. L’irresponsabilité d'Ousmane Sonko - le Premier ministre dont la geste fait ombrage au plus atone des présidents de la République - est allée à un point où nos différends avec la France se règlent sur Facebook...
C’est Mme Yassine Fall, ministre de l’Intégration africaine et des affaires étrangères, et diplomate de petit calibre, qui était chargée de représenter le Sénégal à ce grand rendez-vous. L’on se souvient, avec indignation, de sa cacophonie sur la Francophonie, de son discours inaudible et ignominieux pour notre pays. En plus de baragouiner notre langue officielle, la cheffe de notre diplomatie peine à tenir un seul discours structuré et audible, digne de la grandeur de notre pays. Elle porte difficilement la voix du Sénégal. Celle-ci, à sa décharge, pourrait-on dire, n’est pas si facile à porter du fait de son histoire. C’est le successeur de Antoine de Lévis Mirepoix à l’Académie française qui a eu le génie de faire du Sénégal, petit pays très pauvre, une Nation dont le rayonnement culturel est respecté partout dans le monde. Impossible d’oublier ces mots sublimes de André Malraux, alors ministre français de la Culture, à l’occasion du Festival mondial des arts nègres en 1966 : «C’est la première fois qu’un chef d’Etat [Léopold Sédar Senghor] prend en ses mains périssables le destin spirituel de tout un continent.»
Il n’est pas étonnant, au regard de la conduite anachronique de notre pays, de voir ces militaires, qui fascinent nos dirigeants contre toute raison, quitter la Francophonie. L’imaginaire sénégalais, et c’est déplorable, a été mobilisé contre cette organisation que nous avons créée. Cette posture est indigne de notre pays. Mesurer la grandeur du Sénégal consiste à se dire qu’il doit être présent partout où l’avenir de notre monde se joue, avec ses positions, avec sa grande voix. Notre mission naturelle, facilitée par une diplomatie redevenue conquérante, doit être le renforcement et la promotion de la Francophonie aux fins de poursuivre les idéaux de celle-ci : la promotion de la langue française, la paix, l’éducation, la démocratie, les droits de l’Homme, le métissage, la diversité culturelle, le plurilinguisme, etc. Ce souverainisme ambiant est un anachronisme. Il faut s’attaquer au vrai problème des Sénégalais : l’économie. Pour ce faire, il faut des hommes compétents et républicains, et non des plaisantins qui ne mesurent ni la portée ni la symbolique de leurs fonctions respectives.