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4 avril 2025
Opinions
Par Mamadou Diop
LA LIGNE DE FRACTURE SE DESSINE
Le débat sur la dette est inévitable parce que tout le monde la paye ; donc chacun a le droit de savoir et d’en parler. À mon avis, le cœur de l'exercice auquel le gouvernement s’est prêté le 26 septembre dernier n’est pas sur les chiffres...
Le débat sur la dette est inévitable parce que tout le monde la paye ; donc chacun a le droit de savoir et d’en parler. À mon avis, le cœur de l'exercice auquel le gouvernement s’est prêté le 26 septembre dernier n’est pas sur les chiffres si importants soient-ils, si significatifs soient-ils mais sur la nouvelle posture de transparence qui est affichée.
Le sceau nouveau sous lequel les nouvelles autorités semblent vouloir entretenir des relations non seulement avec les institutions de Bretton Woods, avec les partenaires techniques et financiers (PTF) mais d’abord et avant tout avec le peuple Sénégalais, me semble être le sceau de la vérité c’est-à-dire du courage en politique, le sceau de l’éthique de gestion. Pour certains il ne fallait pas révéler les résultats du travail d’audit au motif que cela ferait fuir les investisseurs.
Au fond qu’est-ce que nous voulons ? Depuis le premier PAS (plan d’ajustement structurel) de 1979 sous le Premier Ministre Abdou Diouf, toutes les générations d’opposants ont accusé leurs adversaires du gouvernement de fournir à l’opinion publique, au Fmi et à la Banque mondiale de faux chiffres. La particularité ici est que des chiffres sont publiés et sont appelés à servir de référentiel pour la suite des orientations et actions de l’État. Je considère que c’est extrêmement courageux et c’est la seule voie pour se faire respecter. Croire que le pays va se transformer au bénéfice de ses citoyens sur la base du faux serait, pour les nouvelles autorités, une manière de capituler, de renoncer à toute ambition de changer positivement les choses.
Contrairement à ce qu’on annonce ici et là, aucun partenaire économique et financier ne partira du Sénégal du fait du discours de vérité du gouvernement sauf si le Sénégal le décide souverainement. Tous les observateurs avertis du rapport de forces actuel dans le monde le savent. Les politiques du FMI et de la Banque mondiale ont toujours été critiquées depuis les années 80, à juste titre, par les Africains au motif que leur seul objectif est de leur soustraire des ressources pour payer des dettes qui n’ont pas toujours servi les peuples qui pourtant les remboursent. Ces institutions ne se sont pas invitées ici. C’est l’irresponsabilité des gouvernants africains y compris au Sénégal, vassalisés par les puissances extra africaines qui a mis nos pays à genoux. Ces institutions ne nous apprennent rien que nous ne sachions déjà en termes de gestion vertueuse. Si la Transparence et le parler-vrai sont synonymes de défaillances graves chez ceux qui dirigent l’État, alors il ne reste plus qu’à rompre les rangs car tout est définitivement perdu. Mais heureusement que ce n’est pas le cas.
Je perçois dans la démarche du gouvernement une manière de prendre date. Nous ne pouvons nous en sortir en continuant notre train-train habituel. Notre pays n’est pas en guerre mais les maux dont il souffre ne sont pas différents de ceux des pays en guerre. La faim et la malnutrition à longueur d’année, tomber malade sans pouvoir se soigner pour des millions de personnes, le chômage et les hécatombes qui en sont la conséquence sur les océans etc.
Lorsque la France a été occupée par l’Allemagne en 1940 avec 100.000 morts en un mois et 8.000.000 de déplacés, l’Angleterre s’est retrouvée seule face à Hitler. Winston Churchill, alors Premier Ministre britannique dans un discours historique eut ses propos qui détonnent encore dans les oreilles des historiens. :
« Je dis que c'est faire la guerre par terre, par mer et par air. Faire la guerre de toutes nos forces et de toute la force que Dieu nous a donnée, et faire la guerre à une monstrueuse tyrannie jamais surpassée dans le sombre et lamentable catalogue du crime humain. C'est notre politique… Je n'ai à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur » (Je souligne ce passage).
Que je sache, Bassirou Diomaye et Ousmane Sonko n’offrent ni sang ni larmes parce que notre pays n’est pas dans une guerre chaude contre un ennemi comme l’était l’Angleterre face à l’Allemagne nazie, mais ils ont sûrement du labeur et de la sueur à offrir.
Le discours de vérité du 26 septembre 2024 du Premier Ministre sur la situation réelle du pays est salutaire à tous égards parce qu’annonciateur de nouvelles postures partout et par tous, à l’interne comme avec l’extérieur. J’espère qu’il y en aura bien d’autres pour fonder et porter la seule praxis capable de nous sortir du marais où nous pataugeons depuis si longtemps.
Notre espoir est dans ce cap.
par Nioxor Tine
ENTERRER LE SYSTÈME
Il faudra bien que les acteurs politiques de tous bords, y compris les actuels gouvernants, clarifient leur position par rapport aux enjeux décisifs de refondation institutionnelle, de respect des droits et libertés, de souveraineté nationale
Le moins qu’on puisse dire est que l’enfantement d’un nouveau Sénégal souverain se fait dans la douleur et des secousses singulières bien qu’artificielles. Pour neutraliser les provocations des élites déchues, les leaders du camp patriotique pourraient élever le niveau du débat, dans le respect strict des droits et libertés, en fixant le cap et en élaborant une feuille de route très claire, qui prenne en charge de manière holistique, les problématiques liées à la transformation systémique. Dans cette phase de transition cruciale, devant acter l’avènement d’une nouvelle ère de souveraineté pleine et entière, de gestion vertueuse de l’Etat, de redistribution équilibrée des ressources nationales et de justice sociale se dressent des obstacles multiples.
Le premier a trait à la nature même du cours que les tenants de la transformation systémique veulent imprimer à l’évolution politique de notre Nation, empêtrée jusque-là dans le bourbier néocolonial. De fait, la tâche d’anéantissement de la domination impérialiste qui sévit encore dans nos pays, censée faire advenir une nouvelle époque de libération nationale et sociale renvoie au clair-obscur de Gramsci, à un interrègne durant lequel surviennent les phénomènes morbides les plus variés.
Devant la détermination du camp patriotique et des panafricanistes de la sous-région à clore le sinistre chapitre de la Françafrique, (dont un des plus fidèles serviteurs, M. Robert Bourgi, vient de dévoiler les mécanismes les plus pervers), on observe une résistance farouche du camp de la continuité néocoloniale.
On y retrouve, au premier plan, la coalition Takku Wallu, animée, pour l’essentiel, par des héritiers de Wade, ayant montré, le 3 février 2024, leurs vrais visages de putschistes constitutionnels, qui, projetaient de renvoyer aux calendes grecques, la présidentielle initialement prévue le 25 février dernier. Ses liens étroits avec l’ancienne métropole sautent aux yeux, car sa tête de liste, l’ancien président Macky Sall, qui a dirigé notre pays d’une main de fer, pendant douze années, est un collaborateur fidèle du président Macron, son envoyé spécial et président du comité de suivi de son pacte de Paris pour la planète et les peuples. La deuxième personnalité de cette association de « malfaiteurs politiques » est le fils biologique du président Wade, émissaire de Sarkozy, en juin 2011, à Benghazi, où il s’était rendu pour demander à Kadhafi d’abandonner la résistance à l’Occident et de partir.
Quant à l’autre coalition Jamm Ak Njariñ, elle ne rassure pas davantage, car son président, le « fonctionnaire milliardaire » Amadou Bâ, candidat malheureux de Benno Bokk Yakaar à la dernière présidentielle, était allé en France, proposer ses services comme cheval de substitution à Macky Sall, (rattrapé par la limitation des mandats), pour perpétuer le système françafricain. Elle compte, d’ailleurs, en son sein, plusieurs anciens barons du précédent régime, dont d’anciens combattants de la gauche, qui croient pouvoir se créer une nouvelle virginité politique et effacer leurs « délits politiques » antérieurs, en changeant de parti ou coalition, sans faire le plus petit effort d’autocritique. C’est d’ailleurs cette absence de remise en cause, des anciens tenants du pouvoir, de leurs démarches antérieures, qui explique leur manière de s’opposer, leur but ultime étant de restaurer, le plus vite possible, l’ancien ordre rejeté massivement par peuple sénégalais.
S’il faut saluer la distanciation des membres des coalitions Samm Sa Kaddu et Senegal Kese par rapport aux deux premières, qui tenaient les rênes du pouvoir et qui ont été électoralement battues, le 24 mars dernier, on ne peut qu’être perplexes devant leur excès d’agressivité par rapport au nouveau régime et leur réticence farouche à soutenir et/ou accompagner les ruptures annoncées par Pastef.
Au-delà des vicissitudes et péripéties plus ou moins dérisoires de la vie politique, il faudra bien que les acteurs politiques de tous bords, y compris les actuels gouvernants, nous édifient sur leur positionnement par rapport aux enjeux décisifs de refondation institutionnelle, de respect des droits et libertés, de souveraineté nationale, de gestion vertueuse et de justice sociale, autour desquels de larges convergences peuvent être trouvées.
S’agit-il de démanteler le système (néocolonial), en vigueur dans notre pays, depuis son accession à l’indépendance formelle et dont la faillite est devenue manifeste avec le régime quasi-autocratique de Benno Bokk Yakaar ? Ou alors s’agit-il de réanimer ce système désastreux, en se soumettant au diktat des puissances occidentales en général et de la Françafrique, en particulier, ce qui équivaut à la poursuite de la domination économique et politique sur nos pays ?
Voilà les questions de fond auxquelles il faut apporter des réponses claires, au lieu de continuer à louvoyer et de s’adonner à une guérilla politicienne ininterrompue contre le pouvoir en place pour l’amener à abdiquer sur ses orientations progressistes.
Notre souhait le plus ardent est une option résolue vers l’enterrement du système néocolonial honni, par la confirmation du positionnement patriotique lors des prochaines législatives du 17 novembre 2024.
Mauvaise nouvelle : Aliou Cissé ne conduira pas la troupe nationale qui repart à la conquête d’un second titre continental, ainsi que d’une qualification au prochain Mondial en rêvant de consécration planétaire.
Mauvaise nouvelle : Aliou Cissé ne conduira pas la troupe nationale qui repart à la conquête d’un second titre continental, ainsi que d’une qualification au prochain Mondial en rêvant de consécration planétaire. Ce que j’en retiens : un grand monsieur, qui sait se tenir dans la vie, de même que sur un terrain de foot et le banc d’entraîneur ; il est celui à qui nous autres, Sénégalais, devons le standing d’épouvantail dans le microcosme si incertain du football mondial.
Il reste à jamais le premier entraîneur à nous ramener le trophée continental le plus coté, celui qui ouvre l’ère du football sénégalais conquérant, sûr de lui, capable de battre le mythique Brésil ; il dope la fierté nationale, après avoir ramené la discipline et le sens de la Patrie dans les rangs des Lions.
Je reste persuadé que le meilleur l’attend. Respect.
Quant à la meute qui réclame sa tête depuis toujours et peut se glorifier de l’avoir enfin obtenue, je me contenterai à son endroit de citer Dumas : «Il y a des services si grands qu’on ne peut les payer que par l’ingratitude.»
Retour à notre faune politicienne.
Le sort en est jeté, quarante-cinq listes poussent des soupirs en retenant leur souffle dans l’attente d’une validation définitive du juge électoral. Pour l’heure, à la Direction générale des élections, ça épluche les dossiers pendant que les candidats croisent les doigts…
Le scrutin du 17 novembre 2024 aura le mérite de solder les comptes de ces bons messieurs de la politique…
Première nouvelle : Macky Sall est tête de liste de sa coalition, une émanation bancale de la famille libérale avec rien que des estropiés et autres blessés de guerre. L’Apr dépecée, le Pds rachitique, Rewmi fantomatique et Bokk gis-gis soporifique…
Est-il encore besoin de prouver que la décision de Macky Sall de ne pas se présenter à la dernière Présidentielle ne lui vient pas du fond du cœur ? Cette fausse manœuvre l’excluant du jeu politique, il tente de la rattraper en torpillant le processus électoral, au risque de plonger la République dans un monde d’incertitudes. Il fragilise, par la même occasion, son camp.
C’est de là que vient le pourrissement de ses relations avec Amadou Ba. Le 17 novembre, l’électorat nous dira qui des deux est le plus digne de sa confiance. D’ailleurs, pour donner le la, Amadou Ba claque la porte de l’inter-coalition qui doit les réunir, en plus des enfants de Wade, avec les opposants radicaux sous la houlette de Barthélemy Dias.
Ce sera au moins clair : au sortir des votes, Amadou Ba connaîtra son poids électoral. En clair, les 36% de voix engrangés en mars sont-ils dus à l’aura de Macky Sall ou relèvent-ils de son seul mérite ?
Autres comptes à solder pour Macky Sall, celui avec Ousmane Sonko : jusque-là, le tandem «Diomaye môy Sonko» n’a pas les coudées franches pour gouverner. Il lui manque la majorité parlementaire qui lui attribuera les pleins pouvoirs. Si l’électorat confirme ou infirme le choix du 24 mars 2024, le temps sera alors venu de servir la version du vainqueur à propos des événements sanglants qui jalonnent les années 2021, 2022 et 2023.
S’il y a un rendez-vous qui s’annonce passionnant, c’est le face-à-face entre les anciens alliés de Yewwi askan wi : ça risque de faire des étincelles -c’est un euphémisme -entre Barthélemy Dias, Moustapha Sy d’un côté, et Ousmane Sonko, de l’autre. Le maire de Dakar, député sortant, doit-il ses titres à Ousmane Sonko alors leader de l’opposition qui se déploie dans tout le Sénégal pour soutenir ses candidats, ou bénéficie-t-il juste de l’héritage de Khalifa Sall ?
La réponse est au fond des urnes. Et pas que…
Le Premier ministre Ousmane Sonko, comme à son habitude, régale… La semaine passée, face à la presse nationale et internationale, il ne cherche pas ses mots pour qualifier le régime de Macky Sall : une bande de faussaires et de Rapetou que son art de maquiller les chiffres dépasse l’entendement.
Le Pmos est si absorbé par le sujet que lorsqu’une consœur de la presse étrangère lui demande quelles sont les mesures de son gouvernement pour soulager les Sénégalais, il refuse de sortir de sa route toute tracée…
Comment un Etat arrive-t-il, douze années durant, à maquiller sa comptabilité au nez et à la barbe de la Cour des comptes, de l’Ige, l’Ofnac, l’Assemblée nationale (pourquoi souriez-vous ?), du Giaba, du Fmi, de la Banque mondiale, l’Afd, l’Usaid, l’Ue, des «journalistes d’investigation» locaux, des opposants irréductibles, de la Société civile ?
Il n’y a que le Premier ministre, Ousmane Sonko, qui en tient la réponse…
Bien entendu, toutes ces rapines vont coûter la peau des fesses aux contribuables auxquels on annonce des sacrifices. Le Pit, d’ailleurs, fait vite d’expliquer aux Sénégalais que des coupes sombres s’annoncent sur leurs salaires et pensions de retraite. D’autres oiseaux de mauvais augure prédisent même une hausse vertigineuse des prix : eau, électricité, denrées de première nécessité…
Démenti du gouvernement aux yeux desquels la manipulation électoraliste est un crime intolérable. Comment tomber aussi bas juste pour quelques voix supplémentaires dans les urnes…
Ça va sévir, bien sûr…
Ça commence déjà à défiler devant les enquêteurs. Cette semaine, ce sont Cheikh Yérim Seck et Bougane Guèye Dany qui s’y collent, histoire d’ouvrir la file des gibiers de potence insolents qui oseraient mal penser du régime actuel…
Non, mais !
Après le 17 novembre, il devrait y avoir une majorité assez forte pour revenir sur la loi d’amnistie et poursuivre tous ceux qui ont les mains tâchées de sang, ou pataugent dans les biens mal acquis.
Question idiote : une élection sénégalaise sans un fiasco retentissant de Maître Moussa Diop en est-elle vraiment une ? Ça va devenir la coutume…
Après son ratage de la Présidentielle, pour cause de déclarations intempestives, l’ancien patron de Dakar Dem Dikk, cette fois, nous en sort une encore plus rigolote… «L’avocat inscrit au Barreau de Paris» vient de se faire rouler par son mandataire : le bonhomme en question aurait disparu avec les listes de candidats entre le Qg et la Dge.
Le détail qui tue : le fameux Projet - défense de ricaner !- serait le sujet d’un film projeté au Grand Théâtre cette semaine. Je dis ça, je dis rien…
Par Eric LOPEZ
LETTRE OUVERTE À MADAME KHADY DIENE GAYE, MINISTRE DES SPORTS
Je me dois de vous exprimer mon inquiétude quant à l’avenir de l’athlétisme sénégalais. Les jeunes athlètes, encadrés par des coachs dévoués et compétents, sont prêts à exceller, mais sont entravés par le manque de soutien institutionnel
À l’attention de Madame Khady Diene Gaye, Ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture,
Madame la Ministre, Je me permets de vous adresser cette lettre en tant qu’ancien athlète international sénégalais et président de l’organisation à but non lucratif Sponsor Zone, basée aux États-Unis.
Mon parcours dans l’athlétisme m’a mené à représenter fièrement le Sénégal lors de divers événements sportifs tels que les Championnats d’Afrique d’athlétisme en 1984 et 1989, respectivement à Rabat et à Lagos, les Jeux Africains de 1987 à Nairobi et les Jeux Universitaires à Duisburg, en Allemagne, où j’ai atteint la finale avec l’équipe de relais du 4x100.
Depuis 2021, Sponsor Zone s’est donnée pour mission de soutenir la jeunesse sénégalaise à travers l’athlétisme. Nous avons lancé les camps Lamine Diack, destinés à former et encadrer de jeunes athlètes issus des 14 régions du Sénégal, avec l’objectif de les préparer pour les Jeux Olympiques de la Jeunesse, prévus à Dakar en 2026. Les deux premières éditions de ces camps, en 2021 et 2022, ont été des succès.
En 2021, 60 jeunes de la Jeanne D’Arc ont participé à notre premier camp. L’année suivante, en 2022, nous avons accueilli 120 jeunes de la ligue de Dakar au Collège Sacré Coeur, offrant des programmes complets incluant des cours, des entraînements sportifs, ainsi que des activités de civisme, en plus de prendre en charge la nourriture, le transport et les équipements nécessaires.
Malheureusement, en 2023, l’édition du camp n’a pas eu lieu, faute de financements, malgré nos efforts et ceux des coachs pour continuer à soutenir les jeunes. Ni le CNOSS, ni la FSA, malgré nos sollicitations répétées, n’ont répondu à l’appel.
Madame la Ministre, je me dois de vous exprimer mon inquiétude quant à l’avenir de l’athlétisme sénégalais. Les jeunes athlètes, encadrés par des coachs dévoués et compétents, sont prêts à exceller, mais sont entravés par le manque de soutien institutionnel. Nous avons fait de notre mieux pour offrir des ordinateurs et des formations aux coachs afin de digitaliser le suivi des jeunes, et les résultats sont déjà visibles : les jeunes issus de nos camps dominent les compétitions locales.
Cependant, la Fédération Sénégalaise d’Athlétisme, telle qu’elle est actuellement constituée, n’est pas légalement en règle et est en conflit avec la ligue de Dakar, privant ainsi nos jeunes d’un soutien essentiel. Le CNOSS, de son côté, n’a pas manifesté de volonté sincère de contribuer à la formation de nos futurs champions. Nous sommes à un tournant crucial : les Jeux Olympiques de la Jeunesse de 2026 approchent, et si nous ne prenons pas les mesures nécessaires dès maintenant, nous risquons de laisser passer une occasion historique pour nos jeunes de briller sur la scène internationale.
Il serait inconcevable de voir les jeunes des autres pays rafler toutes les médailles chez nous. C’est pourquoi je vous sollicite personnellement, Madame la Ministre, pour que votre ministère prenne en charge l’organisation de l’édition 2024 du camp Lamine Diack et assure également le financement des deux éditions suivantes en 2025 et 2026. Les coachs sont prêts, les jeunes attendent avec espoir, et tout le cadre est déjà en place pour un succès immédiat. L’avenir de l’athlétisme sénégalais repose entre vos mains. Je vous exhorte à dissoudre la FSA et à réorganiser le secteur afin que les dirigeants, qui semblent davantage préoccupés par leurs intérêts personnels que par le bienêtre des jeunes, soient remplacés par des personnes dévouées au développement du sport. Investir dans les jeunes et leurs encadreurs est la seule voie vers des résultats concrets et durables.
Je reste à votre disposition pour discuter de ce projet ambitieux et de la manière dont nous pourrions, ensemble, garantir un avenir brillant à l’athlétisme sénégalais. Dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de mes salutations distinguées.
Eric Lpez est président de Sponsor zone, ancien athlète international sénégalais.
Par Ousmane Biram SANE
LES PRIX DES OBLIGATIONS DU SENEGAL VONT REMONTER BIENTOT !
Si les boursicoteurs jouent la spéculation sur le papier sénégalais il n’y a pas à s’alarmer mais plutôt à le considérer comme une reconnaissance internationale et un défi pour nos ministères en charge de l’économie et des finances.
Parler de chute des obligations du Sénégal à la suite de la sortie de Monsieur le Premier ministre Ousmane Sonko est un bon signal par rapport à la signature du Sénégal sur les marchés financiers contrairement à l’opinion apparue dans plusieurs organes de presse ! Nous allons le démontrer.
Premièrement, quand un résumé de la situation financière du Sénégal fait par son chef de gouvernement entouré de quelques ministres-clés fait réagir les marchés financiers internationaux cela est un point positif pour notre pays. Pourquoi ? Parce que depuis de longues années nos économies étaient faiblement connectées au marché financier international et jusqu’à récemment ce sont les agences de notation qui jouent l’interface entre les investisseurs et nous. Alors si les investisseurs réagissent à la sortie du gouvernement sur les finances publiques cela crédite la thèse que la parole du Premier ministre Ousmane Sonko est très suivie dans le monde entier et qu’il bénéficie de la confiance des investisseurs ! Car quand il dit « ça ne va pas chez moi », les investisseurs le croient et s’ajustent aussitôt en baissant le prix du titre de créance qu’ils détiennent ! A contrario, le jour où il affirmera que tout va bien, une réaction positive s’en suivrait. L’enseignement à tirer à ce niveau est que la prochaine sortie du PM le 7 octobre fera forcément réagir les marchés financiers en mode : position vendeur – conservateur- ou acheteur de titres d’obligations du Sénégal.
Deuxièmement, le Premier Ministre a le soutien implicite du FMI. En effet, pour les initiés qui comprennent la relation risque rendement dans les produits obligataires qui sont fondamentalement des produits de taux et non des produits de plus-value comme les actions, la confirmation par le Fonds monétaire que le Sénégal est classé dans la catégorie « pays à risque de surendettement modéré » anéantit l’hyberbole « chute des obligations du Sénégal ! ». Pourquoi ? Parce qu’une obligation c’est une dette remboursable donc on ne perd pas en valeur nominale, si vous prêtez un million à l’Etat du Sénégal d’ici 2029, à l’échéance en 2029 l’Etat vous rendra votre million pile pour parler en langage simple ! Donc si le Sénégal est encore un Etat pas surendetté donc solvable à terme, les détenteurs du papier sénégalais n’ont aucune crainte quant à la bonne fin de leurs créances ! En plus s’ils ont l’opinion pacifiante du FMI c’est totalement rassurant car le FMI peut être considéré comme la première agence de notation au monde puis viennent les autres S&P, Moody’s, …sans oublier l’africaine Bloomfield.
Troisièmement, last but not least, les obligations du Sénégal vont reprendre l’ascenseur parce que, et ne l’oublions pas, les obligations sont des produits d’épargne à long terme. Cela est d’autant plus vrai pour les obligations d’Etat dont la crédibilité se joue sur deux critères essentiels : une politique macroéconomique vertueuse de l’émetteur-Etat et la qualité des dirigeants. Arrêtons-nous sur ce dernier aspect à savoir la qualité des dirigeants. Le Sénégal est dirigé depuis le 24 mars 2024 par des cadres qui ont comme atouts principaux : leur jeunesse, courage, franc-parler, probité et leur amour illimité pour le pays. Ce sont des dirigeants qui ont promis un don de soi et qui plus est, parlent un langage de vérité aux populations et aux partenaires internationaux y compris les investisseurs. Cette option de transparence va rassurer les marchés financiers et contribuera à la remontée du prix des obligations du Sénégal pour les faire coter au pair si elles s’en étaient trop écartées ! Pourquoi cette équipe dirigeante rassurerait les investisseurs ? Parce qu’autour du PM se trouvent de brillants sénégalais experts respectés dans leurs domaines respectifs. Prenons juste deux ou trois d’entre eux : Abdourahmane SARR ministre en charge de l’économie, est un ancien fonctionnaire du FMI donc il connaît cette maison. A titre d’anecdote, c’est en 2011 si mes souvenirs sont bons, que j’ai fait la connaissance de A. Sarr, alors fonctionnaire du FMI à Lomé au Togo. Lors d’un bref échange, il me fît la confidence qu’il comptait démissionner du FMI ! Tourner le dos au FMI, quelle audace, quelle ambition me disais-je ! Nous voilà vivre la suite de sa belle histoire ! Quant à Monsieur Al Amine LO, il est le Directeur National sortant de l’Agence nationale de la BCEAO. Je l’ai connu comme étant un pragmatique. En 2022 nous avions travaillé ensemble sur la question lancinante du financement des PME avec le Comité National de Pilotage du Dispositif PME (CNP-PME, ex-CISAE (Comité d’Identification des Structures d’Appui et d’Encadrement) et le projet « Accès des PME au financement » de la Coopération allemande à travers la GIZ. J’ai su apprécier tout l’engagement de notre banque centrale pour la cause de la promotion du financement des Micro Petites et Moyennes Entreprises en Afrique de l’Ouest en général et au Sénégal en particulier. J’aurai pu en dire autant pour Abdourahmane Diouf le ministre en charge de l’enseignement supérieur dont le passage à la direction générale de la Sones a redonné de la crédibilité à la réforme du secteur de l’eau notamment s’agissant des relations SONES SDE. Quant au ministre de la justice, M. Ousmane Diagne les sénégalais sont unanimes sur ses compétences et sa crédibilité ce qui renforce la confiance des milieux d’affaires.
En somme et pour conclure, retenons que, si les boursicoteurs jouent la spéculation sur le papier sénégalais il n’y a pas à s’alarmer mais plutôt à le considérer comme une reconnaissance internationale et un défi pour nos ministères en charge de l’économie et des finances.
D’ailleurs, il est de l’avantage du Sénégal que les marchés financiers nous suivent de près au point qu’une sortie de presse de nos autorités soit aussitôt interprétée par les places financières internationales prêteuses ! Un tel arrimage du discours et des actes de nos dirigeants aux marchés financiers prouvent que nous ne sommes pas seuls et que le monde s’intéresse à nous dans une perspective de coopération franche, sincère et équilibrée.
A cet égard, le 8 octobre au lendemain de la présentation de la Stratégie Nationale de développement 2025-2029, la réaction des places financières prêteuses du Sénégal sera intéressante à suivre. En effet, en cas de confiance au président de la République et à son programme conduit par son Premier Ministre, elles afficheront la remontée ou tout au moins la stabilité ! Alors les paris sont lancés !
En attendant, en tout état de cause et pour revenir aux fondamentaux retenons que, le crédit repose sur la confiance et la confiance provient de l’homme ! De ce point de vue, l’équipe d’argentier en place avec le nouveau régime, démarre avec un capital confiance confortable enraciné dans le Jub Jubal Jubanti et apte à attirer des capitaux à la fois nationaux et étrangers pour développer le Sénégal.
Par Abdou Karim DIARRA
MAMADOU OUMAR NDIAYE, LA RÉCOMPENSE D’UN BAROUDEUR
La modestie et la témérité incarnées dans un seul homme. MON, le dernier des Mohicans de la presse sénégalaise, accède à la présidence du CNRA. Son parcours, jalonné de défis et de convictions, témoigne d'une vie dédiée au journalisme intégré
La nouvelle a surpris au sein de la rédaction du Témoin. Osons le dire, le concerné a été lui aussi surpris de la décision du président Bassirou Diomaye Faye de le nommer à la tête du Conseil national de régulation de l’audiovisuelle (CNRA) en remplacement de Babacar Diagne. Il a prestement sauté de son bureau pour rejoindre la rédaction centrale pour s’enquérir de la nouvelle. Et pourtant certains d’entre nous, notamment votre serviteur qui lui sert de rédacteur en chef depuis le 01 er novembre 2015ne sont pas surpris d’une telle nouvelle. Il faut le dire après le départ de Babacar Diagne, j’ai pensé que le poste méritait de revenir à un doyen, mais surtout à un des derniers Mohicans de la Presse sénégalais qui formait la bande des 4 moustiquaires (Babacar Touré de Sud, Sidy Lamine Niasse de Wal Fadjri, Laye Bamba Diallo du « Cafard libéré » d’alors et Mamadou Oumar Ndiaye). Au sein de la presse, l’homme qui fonda en 1990 l’hebdomadaire Le Témoin devenu depuis 2015 un quotidien est familièrement appelé MON. Il jouit d’un profond respect de ses pairs. Du Soleil en terminant par le Témoin, Mon a été un baroudeur passionné d’un métier à travers d’autres rédactions notamment Takussan et « SOPI ». Le Témoin hebdomadaire a réussi à marquer le paysage médiatique sénégalais.
Sa parution du mardi était fortement attendue parce qu’elle recelait des révélations exclusives. Et pourtant l’homme déroute par sa modestie légendaire qu’il porte fièrement dans la quotidienneté de la pratique d’un métier qu’il savoure comme à chaque fois qu’on lui sert sa tasse de thé. Devant l’ordinateur, l’homme fascine par sa témérité, mais surtout par le courage de ses positions. Il ne se gêne guère de dire tout le bien d’un acte posé par le président de la République, un ministre ou une haute autorité publique. Après cela, ceux qui le connaissent ne seront pas surpris quelques semaines après de voir le même MON vouer aux gémonies ces mêmes autorités. Au décompte final, ce chevalier Bayard de la presse nationale qui reste le seul directeur de publication à son âge à continuer à pratiquer le journalisme de ses convictions est d’une témérité légendaire jusqu’à pouvoir battre le records Guiness des procès pour diffamation. Il a été condamné dans certaines affaires et relaxé dans d’autres mais était tellement habitué aux prétoires qu’il pourrait écrire un bouquin sur le délit de diffamation ! Récemment, je suis tombé sur une interview de l’homme qui rappelle que cette témérité lui a valu des représailles matérielles et physiques.
En exécution d’un procès qu’il avait gagné contre Mon, le fils de Bara Diouf, l’ancien DG du Soleil, avait fait exécuter la décision par le biais de son avocat qui n’était autre que… Me Augustin Senghor, l’actuel président de la Fédération sénégalaise de football ! Lequel avait envoyé un huissier saisir tous les biens meubles de MON qui avait dormi la première nuit sur une natte avant de se voir offrir par des âmes charitables des matelas et autres commodités matérielles pour équiper son appartement. En outre un beau matin de 1997, une forte explosion avait retenti chez lui. Les fenêtres de sa maison avaient été emportées par le souffle d’une forte explosion.
Cette histoire de l’attentat à la bombe chez Mon n’a jamais été élucidée. On oubliera son refus de recevoir une médaille de l’Ordre national du Mérite des mains d’un ancien président de la République. L’homme est resté chevillé à ses principes de dignité et d’orgueil Haal Pulaar, mais aussi à sa témérité d’enfant de la banlieue, plus précisément du quartier de Diamaguène-Diacksao dont il continue à se réclamer et où il se rend à chaque fois qu’un ancien voisin est touché par une épreuve. D’une générosité sans faille, notre dirpub a aussi le sens du partage mixé à un humanisme fécond. En réalité, MON reste un feuilleton vivant de l’histoire de la presse sénégalaise de ces 40 dernières années. Il a réussi à préserver son talent, mais surtout à faire aimer le métier à de jeunes professionnels qui sont passés entre ses mains dans sa prestigieuse rédaction du Témoin. Au Témoin, à ses côtés, nous n’avons cessé d’apprendre parce que MON est une école au quotidien pour tout journaliste qui veut progresser et bien faire son travail. Malgré notre proximité, MON n’a jamais hésité à censurer un article quand il doute de sa pertinence ou des faits qu’il contient. Il le fait sans état d’âme, mais il fait dans un strict respect en te donnant les raisons pour lesquelles le papier n’est pas publiable.
Au finish, nous lui concédons cela parce qu’il sait ce que nous ne savons pas. Le président Bassirou Diomaye Faye a vu juste. Sa décision ne sonne pas chez nous comme une récompense à notre directeur de publication. MON ne connait ni Bassirou Diomaye Faye, ni Ousmane Sonko, mais il n’a pas hésité à afficher ouvertement son soutien aux actes de redressement du duo à la tête de pays. Ce faisant, il se moque éperdument de ce que les autres peuvent penser de ce soutient. Parce quand il écrit, il le fait avec conviction. Voilà ce que l’on peut dire de MON. Mais une chose est sûre. Sa nomination à la tête du CNRA participera à donner à cet organe de régulation de l’audiovisuel de nouveaux gages de crédibilité. Parce que, encore une fois, c’est un océan de crédibilité dans le milieu de la presse nationale. Nous sommes convaincus que MON réussira sa mission. Bon vent grand MON et que Dieu t’accompagne dans cette nouvelle mission !
par Makhtar Diouf
SOUVENIRS AVEC AMADOU MAKHTAR MBOW
EXCLUSIF SENEPLUS - À la découverte de l'homme derrière la légende. Ce récit retrace une amitié riche en enseignements. Un témoignage précieux sur l'un des grands intellectuels africains du 20ème siècle
C’est vers la fin de mes études que je rencontre A. Makhtar Mbow pour la première fois et rapidement à l’Unesco, avant qu’il en devienne le Directeur général. A l’époque, il est ministre de de l’Education nationale du Sénégal.
Rentré à Dakar après son passage durant douze ans à la tête de l’Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture, il ne boude aucune manifestation intellectuelle, culturelle où il est invité.
Le 6 février 1996, lors de la célébration du 10ème anniversaire du rappel à Dieu de Cheikh Anta Diop au Cices, il préside une séance où je prononce une conférence sur La marginalisation de l’Afrique. C’est là que commence véritablement notre amitié.
Un peu plus tard, dans le même lieu où se tient la Fiara (Foire internationale de l’agriculture et des ressources animales), en visitant les différents stands, je tombe sur celui de Femmes de la région de Saint-Louis. Je le trouve là, devant une carte détaillée de la région. Lorsque je le salue, il tend ma main vers la carte et la pointe sur la localité, je crois Nguélar, et me dit en wolof : Fii la sama papa juddo (C’est là qu’est né mon père). Je lui dis : yow nga judoo Luga (Et toi tu es né à Louga). Il me répond : gnu bari loolu la gnou fook, waaya ma ngi judoo Dakar. (C’est ce que beaucoup croient, mais je suis né à Dakar).
Le 12 septembre 2013 à l’amphithéâtre de l’Ecole normale supérieure, il introduit le Cours inaugural de l’Université du Troisième âge. Il tient le public en haleine pendant plus d’une heure, sans une feuille de note. Il nous parle beaucoup de Lamine Guèye, homme multidimensionnel qui à Saint-Louis enseignait les mathématiques et l’arabe, et aussi grand nationaliste.
A l’époque, nous raconte notre illustre conférencier, les autorités coloniales n’accordent des bourses d’études en France aux Africains que pour faire des études vétérinaires. Soigner des animaux, mais pas des humains. Il n’est pas question de s’inscrire en Faculté de Médecine et Pharmacie et encore moins en Faculté de Droit. Mais Lamine Guèye a réussi, nous dit-il, à contourner toutes les difficultés et est arrivé à s’inscrire en Faculté de Droit pour devenir le premier Licencié puis Docteur en Droit et avocat de l’AOF, se faisant le défenseur des victimes d’injustice du système colonial.
Il nous apprend que lorsque devenu maire de Dakar, Lamine Guèye a accordé des bourses d’études en France à tous les Africains qui le désiraient, chacun pouvant faire les études de son choix. On y compte entre autres Cheikh Anta Diop, Abdoulaye Wade, Fadilou Diop devenu un grand avocat. Amady Ali Dieng en parle aussi dans son excellent livre Lamine Guèye.
A la fin de son exposé, je m’approche de Makhtar Mbow et je le supplie d’écrire ses Mémoires. Ce sont, lui dis-je, des écrits dans lesquels on trouve bien des informations qu’on ne trouve pas dans des livres d’Histoire. Il me promet de le faire.
Lors de l’enterrement du président Mamadou Dia le 25 janvier 2009 au cimetière de Yoff, je me trouve à côté de lui sur l’esplanade, en attente de l’arrivée du corbillard. C’est là qu’il me raconte que Mamadou Dia est né en 1910 et non en 1911 comme il apparaît sur son état-civil, que c’est le stratagème qui avait été trouvé pour lui permettre de s’inscrire à l’école primaire alors qu’il n’avait pas encore l’âge requis.
Lors de la décision d’organiser les Assises nationales en 2008, je suis approché par des amis universitaires pour y prendre part. Je suis réticent, n’y voyant qu’une entreprise politicienne du défunt régime PS. C’est lorsque j’apprends que Makhtar Mbow a accepté d’entre être le président que j’ai donné mon accord, pour être dans la Commission Economie et Finance. Je passe le voir de temps en temps dans le bureau qui lui est affecté.
Il m’a raconté qu’à un moment donné, pour une raison d’équité, il avait ouvert la porte de l’Unesco à des islamologues occidentaux de renom, pour y faire une présentation objective et sereine de l’Islam. Comme le Français Maxime Rodinson (auteur de Islam et capitalisme,1966). Comme le diplomate suisse Marcel Boisard, qui a passé toute sa carrière diplomatique dans les pays arabes, auteur de L’humanisme de l’Islam, 1979 et L’Islam aujourd’hui, 1985, édité par l’Unesco. (J’ai pu juger de l’érudition et de l’objectivité de Boisard pour avoir lu ses deux ouvrages qu’il m’avait offerts dans son bureau de Genève).
Makhtar Mbow était une mémoire vivante de l’histoire politique, sociale et culturelle du Sénégal de son époque. Un conteur remarquable des évènements qu’il a vécus.
Notre dernière rencontre a lieu lors de la levée de corps de notre regretté Amady Ali Dieng le 14 mai 2015 à la mosquée du Point E. C’est là qu’il me dit qu’il a presque fini de rédiger ses Mémoires. Il me dit aussi qu’il est en proie à des problèmes cardiaques. Raison pour laquelle je m’abstenu de lui rendre visite ou de lui téléphoner pour ne pas le déranger, sachant que même dans la douleur il savait se rendre disponible.
Il m’appelait toujours turandoo (mon homonyme). Une fois il m’a servi du ‘’Grand Makhtar’’ : dans une de nos plaisanteries, je lui avais dit que je suis plus âgé que lui parce que je suis né un 19 mars et lui un 20 mars. Un grand homme.
Par Makhtar DIOUF
SOUVENIRS AVEC AMADOU MAKHTAR MBOW
C’est vers la fin de mes études que je rencontre A. Makhtar Mbow pour la première fois et rapidement à l’Unesco, avant qu’il en devienne le Directeur général. A l’époque, il est ministre de d’Education nationale du Sénégal.
C’est vers la fin de mes études que je rencontre A. Makhtar Mbow pour la première fois et rapidement à l’Unesco, avant qu’il en devienne le Directeur général. A l’époque, il est ministre de d’Education nationale du Sénégal.
Rentré à Dakar après son passage durant douze ans à la tête de l’Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture, il ne boude aucune manifestation intellectuelle, culturelle où il est invité.
Le 6 février 1996, lors de la célébration du 10ème anniversaire du rappel à Dieu de Cheikh Anta Diop au Cices, il préside une séance où je prononce une conférence sur La marginalisation de l’Afrique. C’est là que commence véritablement notre amitié.
Un peu plus tard, dans le même lieu où se tient la Fiara (Foire internationale de l’agriculture et des ressources animales), en visitant les différents stands, je tombe sur celui de Femmes de la région de Saint-Louis. Je le trouve là, devant une carte détaillée de la région. Lorsque je le salue, il tend ma main vers la carte et la pointe sur la localité, je crois Nguélar, et me dit en wolof : Fii la sama papa juddo (C’est là qu’est né mon père). Je lui dis : yow nga judoo Luga (Et toi tu es né à Louga). Il me répond : gnu bari loolu la gnou fook, waaya ma ngi judoo Dakar. (C’est ce que beaucoup croient, mais je suis né à Dakar).
Le 12 septembre 2013 à l’amphithéâtre de l’Ecole normale supérieure, il introduit le Cours inaugural de l’Université du Troisième âge. Il tient le public en haleine pendant plus d’une heure, sans une feuille de note. Il nous parle beaucoup de Lamine Guèye, homme multidimensionnel qui à SaintLouis enseignait les mathématiques et l’arabe, et aussi grand nationaliste.
A l’époque, nous raconte notre illustre conférencier, les autorités coloniales n’accordent des bourses d’études en France aux Africains que pour faire des études vétérinaires. Soigner des animaux, mais pas des humains. Il n’est pas question de s’inscrire en Faculté de Médecine et Pharmacie et encore moins en Faculté de Droit. Mais Lamine Guèye a réussi, nous dit-il, à contourner toutes les difficultés et est arrivé à s’inscrire en Faculté de Droit pour devenir le premier Licencié puis Docteur en Droit et avocat de l’AOF, se faisant le défenseur des victimes d’injustice du système colonial.
Il nous apprend que lorsque devenu maire de Dakar, Lamine Guèye a accordé des bourses d’études en France à tous les Africains qui le désiraient, chacun pouvant faire les études de son choix. On y compte entre autres Cheikh Anta Diop, Abdoulaye Wade, Fadilou Diop devenu un grand avocat. Amady Ali Dieng en parle aussi dans son excellent livre Lamine Guèye. A la fin de son exposé, je m’approche de Makhtar Mbow et je le supplie d’écrire ses Mémoires. Ce sont, lui dis-je, des écrits dans lesquels on trouve bien des informations qu’on ne trouve pas dans des livres d’Histoire. Il me promet de le faire.
Lors de l’enterrement du Président Mamadou Dia le 25 janvier 2009 au cimetière de Yoff, je me trouve à côté de lui sur l’esplanade, en attente de l’arrivée du corbillard. C’est là qu’il me raconte que Mamadou Dia est né en 1910 et non en 1911 comme il apparaît sur son état-civil, que c’est le stratagème qui avait été trouvé pour lui permettre de s’inscrire à l’école primaire alors qu’il n’avait pas encore l’âge requis.
Lors de la décision d’organiser les Assises nationales en 2008, je suis approché par des amis universitaires pour y prendre part. Je suis réticent, n’y voyant qu’une entreprise politicienne du défunt régime PS. C’est lorsque j’apprends que Makhtar Mbow a accepté d’entre être le Président que j’ai donné mon accord, pour être dans la Commission Economie et Finance. Je passe le voir de temps en temps dans le bureau qui lui est affecté.
Il m’a raconté qu’à un moment donné, pour une raison d’équité, il avait ouvert la porte de l’Unesco à des islamologues occidentaux de renom, pour y faire une présentation objective et sereine de l’Islam. Comme le Français Maxime Rodinson (auteur de Islam et capitalisme,1966) . Comme le diplomate suisse Marcel Boisard, qui a passé toute sa carrière diplomatique dans les pays arabes, auteur de L’humanisme de l’Islam, 1979 et L’Islam aujourd’hui, 1985, édité par l’Unesco. (J’ai pu juger de l’érudition et de l’objectivité de Boisard pour avoir lu ses deux ouvrages qu’il m’avait offerts dans son bureau de Genève).
Makhtar Mbow était une mémoire vivante de l’histoire politique, sociale et culturelle du Sénégal de son époque. Un conteur remarquable des évènements qu’il a vécus.
Notre dernière rencontre a lieu lors de la levée de corps de notre regretté Amady Ali Dieng le 14 mai 2015 à la mosquée du Point E. C’est là qu’il me dit qu’il a presque fini de rédiger ses Mémoires. Il me dit aussi qu’il est en proie à des problèmes cardiaques. Raison pour laquelle je me suis abstenu de lui rendre visite ou de lui téléphoner pour ne pas le déranger, sachant que même dans la douleur il savait se rendre disponible.
Il m’appelait toujours turandoo (mon homonyme). Une fois il m’a servi du ‘’Grand Makhtar’’ : dans une de nos plaisanteries, je lui avais dit que je suis plus âgé que lui parce que je suis né un 19 mars et lui un 20 mars. Un grand homme.
PAR MAKHTAR DIOUF
Par Babacar MBAYE
SOMMET DE LA FRANCOPHONIE : RETOUR AUX SOURCES DE L’ESPERANCE
Les vendredi 4 et samedi 5 octobre prochains, le Président Bassirou Diomaye Faye se rendra en France pour prendre part au XIXe Sommet de la Francophonie que le pays de Marianne accueille pour la première fois depuis 1991.
Les vendredi 4 et samedi 5 octobre prochains, le Président Bassirou Diomaye Faye se rendra en France pour prendre part au XIXe Sommet de la Francophonie que le pays de Marianne accueille pour la première fois depuis 1991. En se retrouvant sur deux lieux, Paris et ensuite la commune de Villers-Cotterêts, les dirigeants francophones vont passer en revue l’état de la langue française et les enjeux actuels du monde.
Le choix de Villers-Cotterêts est symbolique car dans le château de la commune, est érigée la Cité internationale de la langue française, site culturel dédié à la révélation de « la langue française comme source de créativité et d'échanges, d’épanouissement intellectuel et esthétique, de plaisir et comme un levier d’insertion sociale, économique et citoyenne ».
Dans le château de Villers-Cotterêts, ancien palais de François 1er, le roi a signé en 1539 l’ordonnance érigeant l'usage du français dans les actes administratifs et judiciaires en France.
L’histoire devrait alors ériger les leaders qui s’y retrouveront pour penser l’avenir de l’humanité, en proie à des crises protéiformes et à des mouvements et dynamiques, notamment au sein de la jeunesse des pays membres.
Pour ce sommet des chefs d’État et de gouvernement, les dirigeants vont plancher sur le thème suivant : « Cŕeer, innover et entreprendre en français pour l’emploi des jeunes », et ils auront certainement ̀a cœur d’apprécier les opportunités qu’offre l’espace francophone, notamment au bénéfice de la jeunesse. Cette jeunesse dont le réservoir se trouve en Afrique fait face à des défis colossaux en termes d’emploi, d’inclusion sociale, de mobilité et d’accès aux opportunités du numérique et de l’intelligence artificielle.
Il est indéniable que l’avenir de la jeunesse francophone se situe en Afrique. La croissance démographique est un indicateur important pour mesurer le poids du continent dans les prochaines décennies et dans le cycle des échanges économiques et sociaux. La population francophone africaine va passer de 321 millions d’habitants aujourd’huì a 715 millions d’habitants d’ici 2050. Cette population qui sera en majorité jeune inspire aux décideurs qui se retrouveront en France de vrais défis générationnels, liés notamment au climat, au numérique, à l’IA et à la paix et la sécurité.
L’OIF est un cadre important pour la diplomatie multilatérale. Elle a un rôle majeur à jouer pour relever les défis de la paix, la sécurité, les migrations et l’urgence climatique. Le continent africain, qui accueille la plus forte densité de populations francophones, fait face à des défis démocratiques et sécuritaires importants. Au Sahel, les juntes qui ont pris le pouvoir virent vers un autoritarisme sans précédent et ferment tous les espaces de respiration démocratique. Elles se maintiennent au pouvoir, refusent d’organiser des élections et emprisonnent et harcèlent journalistes et membres de la société civile.
Ces juntes n’arrivent pas non plus à annihiler les groupes armés qui sévissent dans la région et provoquent des milliers de morts civils et militaires. En RDC, grand pays francophone, la guerre civile est persistante, et aucune solution proche n’est envisagée. C’est dans ce cadre qu'un huis clos des chefs d’État et de gouvernement est prévu sur le thème : « Pour un multilatéralisme renouvelé ». Depuis la Déclaration de Bamako de 2003, l’OIF s’est dotée d’un cadre normatif sur la démocratie, les droits et les libertés dans l’espace francophone.
Sur la base des valeurs de notre langue en partage, les chefs de délégation échangeront aussi sur le climat et le numérique. Deux leviers essentiels de croissance et de survie d’une jeunesse dynamique mais en proie au doute. Ce sommet devrait être l’occasion de minimiser le doute et de fouetterle potentiel créatif d’une jeunesse ingénieuse et porteuse de projets allant dans le sens de transformer le présent et l’avenir. Seront présents à Paris, au Grand Palais, et à Villers-Cotterêts, des jeunes issus d’Hanoï, de Dakar, de Kinshasa et de Québec pour se mobiliser et penser une francophonie moderne, ambitieuse et au cœur des enjeux actuels. Car selon les organisateurs du Sommet de 2024, « les chefs d’État et de gouvernement pourront pour la première fois ́echanger avec de jeunes cŕeateurs, innovateurs et entrepreneurs qui ́evoqueront leurs ŕeussites mais également les défis qu’ils rencontrent ».
Il faut espérer du Sommet de Villers-Cotterêts qu'il soit un moment pour tordre le bras aux idées reçues sur une francophonie vieillotte et poussiéreuse. A l’heure où le multilatéralisme est largement éprouvé à Gaza, en RDC, au Soudan, en Ukraine et au Liban, des engagements forts sont attendus pour remettre l’OIF au cœur de la géopolitique des crises. Ce sera aussi l’occasion de montrer que la francophonie est attractive car en plus de porter les belles valeurs de la langue française, elle charrie des solutions aux crises du monde.
A Villers-Cotter̂ets, la francophonie retourne aux sources de sa mère-patrie. Mais elle revient enrichie des ajouts, des inventions, des innovations issues des maquis d’Abidjan, des cafés dakarois, des salons libanais et des jardins genevois.
Au moment où le Président sénégalais s’apprête à participer à son premier Sommet de la Francophonie en France, il faut avoir une pensée pour le père-fondateur de cette organisation, Léopold Sédar Senghor, sénégalais et français. Homme-lien, trait d’union, dont l’esprit de synthèse devrait habiter la relation saine et fertile entre les deux pays. Ce retour aux sources devrait fertiliser l’espérance.
PAR YOUSSOU DIALLO
SYSTÈMES ET POPULISMES !
Ce qu’on appelle aujourd’hui laborieusement le « système », sans jamais le définir, est souvent un fourre-tout politique, théorique, idéologique et social. D’où la nécessité de clarifier certains aspects théoriques et historiques de ce concept.
Ce qu’on appelle aujourd’hui laborieusement le « système », sans jamais véritablement le définir, est souvent un fourre-tout politique, théorique, idéologique et social. D’où la nécessité de clarifier certains aspects théoriques et historiques de ce concept, d’identifier les mouvements politiques et sociaux communément appelés mouvements « anti- systèmes » ou « populistes »; ce qu’ils sont réellement au-delà des proclamations et pétitions de principes, d’essayer de comprendre leurs projets et de faire des projections sur leurs avenirs .
De l’évolution historique des systèmes
Le système, pour parler de lui, n’est pas tombé du ciel ; c’est un fait social et historique, une création des hommes, animée et dirigée par eux. Aucun système n’est mauvais en soi et dans l’absolu ; tout système social correspond à une forme nécessaire et rationnelle d’organisation et de fonctionnement des sociétés humaines à un moment historique déterminé. C’est l’usage que font les hommes du système qui le pervertit ou le bonifie ! L’Afrique du Sud après Mandela, avec l’ANC, mouvement d’obédience communiste-socialiste et dirigée par les présidents noirs qui lui ont succédé, est de l’avis quasi unanime, plus corrompue et plus inégalitaire aujourd’hui que sous le système de l’Apartheid !
Toutes les formes d’organisation humaine, après les communautés primitives, sont des systèmes parce qu’elles obéissent à des règles et des mécanismes de fonctionnement et de reproduction basés sur l’inégalité, la hiérarchie et l’ordre.
Au début étaient les sociétés barbares reposant sur la loi du plus fort, la force, la violence et la domination ; ensuite, de manière plus civilisée et subtile, les sociétés féodales avec leurs ordres et privilèges ; puis le capitalisme, qui consacre juridiquement la liberté et l’égalité et privilégie le travail et le mérite individuels comme seuls critères d’accomplissement social. Ces systèmes que je viens d’évoquer sont socialement typés avec des classes et couches dominantes qui règnent sur la grande masse. Ces systèmes sont consacrés, garantis et défendus par l’État grâce à sa force armée et sa justice, en tant qu’institution dominante dotée d’un pouvoir de contrainte, voire de répression. L’État impose par la loi et la violence légale( forces de l’ordre ), l’ordre établi par les classes dominantes du système socio-politique. Cependant, les systèmes ne se réduisent pas uniquement à l’État et à ses institutions ; ils se retrouvent dans des sous-systèmes que sont toutes les formes d’organisations sociales et religieuses dans lesquelles des pouvoirs, des intérêts et des privilèges sont en jeu.
Avec l’évolution du système capitaliste, qui domine le monde depuis le XVIIIe siècle et qui est devenu capitalisme-impérialisme au début du XXe siècle, malgré les poussées fulgurantes du communisme-socialisme au début du XXe siècle (avec la Révolution russe d’octobre 1917, la Révolution chinoise en 1949, la naissance du Bloc de l’Est après la Seconde Guerre mondiale, les révolutions dans le Tiers Monde avec l’Inde, l’Iran, l’Indochine, Cuba, etc.), le système capitaliste est pour l’essentiel restauré au plan économique, tout au moins dans les pays anciennement socialistes et communistes (économie de marché dominante, appropriation privée des moyens de production combinée à un capitalisme d’État, forte insertion dans le marché capitaliste mondial des biens, services et capitaux). Le système capitaliste mondial, devenu unipolaire autour des États-Unis après la chute du Bloc de l’Est au début des années 1990, est rigoureusement contesté par la Chine, la Russie, l’Inde et certains pays émergents regroupés sous le vocable de BRICS.
Le système capitaliste dominant dans lequel nous vivons toujours au début du XXIe siècle s’est adapté par des formes diverses, allant des démocraties occidentales de type libéral (Europe occidentale, Amérique du Nord, etc.) aux démocraties du Tiers Monde avec des variantes autoritaires pour beaucoup, totalitaires pour certains et des transitions démocratiques pour le plus grand nombre. Ces formes modernes du capitalisme, qu’elles soient démocratiques, libérales ou autoritaires, se caractérisent par l’existence de fortes inégalités sociales, le chômage, la pauvreté, l’économie de marché, un mode d’appropriation privée des moyens de production et, de façon manifeste ou diffuse, par la domination du système par des oligarques (castes et minorités, groupes de pression et lobbies) ou des ploutocrates (personnes riches), ou les deux à la fois. Les systèmes sont généralement sociologiquement relativement fermés ; ils ont vocation à se perpétuer et à se reproduire pour la conservation des privilèges des classes et couches dominantes. « Tous les systèmes sont mauvais », nous disait Jean-Jacques Rousseau ! La démocratie, toujours selon lui, « est le système le moins mauvais » !
La démocratie, qui est le système actuel de gouvernement dominant dans le système capitaliste, est relativement plus ouverte que les autres systèmes, plus dynamique, parce que elle cherche en permanence à s’adapter, à se réformer et à se renouveler .
Des populismes aujourd’hui
Depuis la chute et la dislocation du Bloc de l’Est et les réformes libérales en Chine, on a de moins en moins tendance à qualifier les systèmes par leurs caractéristiques sociales, idéologiques ou socioéconomiques. Les systèmes sont devenus relativement « neutres » et quasiment « uniformes » socialement. Ils n’ont plus d’épithètes idéologiques ; ils sont devenus le Système avec un grand « S » des États-Unis à l’Europe, de l’Asie à l’Amérique latine, du Brésil à l’Afrique. Maintenant le Système signifie le pouvoir en place tout court et quel qu’il soit, celui des élites sur le peuple. Le système s’exerce aux plans économique et financier à travers les oligarques, les lobbies, la politico-bureaucratie, les affairistes etc. La révolution sociale cède la place à la lutte anti-système dirigée par des mouvements et partis populistes.
Le populisme ne s’inscrit pas dans une perspective de renversement et de bouleversement de l’ordre sociale mais dans une perspective de remplacement des élites par d’autres. Bien que proclamant partout , à cor et à cris, vouloir restaurer la souveraineté du peuple , transformer la société par le bas, dans leur démarche concrète, les populistes de tous les pays font le contraire de ce qu’ils disent une fois arrivés au pouvoir. D’ailleurs, le glissement sémantique, la substitution subtile du concept « anti système » par celui de « transformation systémique » traduit ce glissement. L’anti- système logiquement détruit le système tandis que le transformateur systémique cherche a le modifier, à l’adapter à lui. On est ainsi en face d’un flou artistique socialement et idéologiquement parlant.
La plateforme d’offre politique des populistes prévoit en général l’instauration d’une gouvernance et d’un contrôle directs par le peuple des affaires publiques( la souveraineté populaire) , la souveraineté nationale, la souveraineté économique, le remplacement des anciens dirigeants et des élites du système, une réallocation des ressources en faveur du peuple et des démunis, des lendemains radieux pour le peuple, les jeunes et les laissés pour compte en particulier.
Le combat populiste est inspiré et dirigé, dans les pays développés, par des élites bourgeoises dites de droite ou d’extrême droite, voire fascistes, donc appartenant aux classes dominantes tandis que dans les pays du Tiers Monde et pauvres comme les nôtres, il est porté par les couches moyennes ( petits bourgeois) produits du système. Au Sénégal deux courants idéologique, en plus des nationalistes et des révoltés de tous ordres, dirigent et animent les mouvements d’obédiences populistes : les intellectuels anciennement de gauche, adeptes de la « Révolution » et du « Grand Soir » relativement minoritaires dans cette mouvance et un courant d’intellectuels formés à l’école occidentale et en même temps militants de courants religieux islamistes bien structurés, apparus au Sénégal au milieu des années 1980. Ces courants islamistes sont fortement inspirés par les obédiences « Frères musulmans » et « Salafistes ».
Ces intellectuels islamistes malgré les ajustements et alliances tactiques opérés avec les intellectuels occidentalisés, sont stratégiquement opposés aux Confréries musulmanes installés au Sénégal depuis fort longtemps et les considèrent comme des hérésies dans l’Islam. Le DMG de la Présidence de la République, Cheikh Oumar Diagne, n’est pas un épiphénomène, c’est le représentant assumé sans fards ni hypocrisie de ce courant. Les références idéologiques et sociales sont généralement éludées ou volontairement rendues floues. Ils présentent juste à l’opinion un concentré de revendications nationalistes, de promesses de rupture aux plans politique économique, éthique, morale et de lutte contre corruption et ce qu’ils appellent la mal gouvernance . Leurs revendications correspondent souvent à des exigences populaires légitimes susceptibles d’indigner et de mobiliser les populations, les jeunes et les laissés pour compte principalement.
Leurs stratégies et méthodes en matière de communication sont la victimisation à outrance, la dénonciation et la déconstruction systématiques, la stigmatisation, le harcèlement médiatique et les agressions verbales, le matraquage de l’opinion et du peuple, le tout articulé autour d’un discours simple, simpliste et réducteur, à des fins de propagande et manipulation des masses . Leurs stratégies de communication se sont révélées efficaces et mobilisatrices avec l’apport des réseaux sociaux et des médias.
Leurs modes d’action sont à la limite de la légalité républicaine., il accepte la légalité tant qu’elle les arrange, quand elle leur est favorable et la conteste immédiatement par des voies souvent de non droit, par l’épreuve de force, par des manifestations de rue pouvant aller jusqu’aux émeutes et autres actes de vandalisme.
Souvenons-nous de l’occupation de la Chambre des Représentants et du Sénat américain par les hordes pro-Trump, les émeutes et les occupations de la rue et des principales Institutions du Brésil par les Bolsonaristes après leur dernière défaite électorale. Souvenons-nous aussi, au Sénégal, des émeutes de début mars 2021 et de juin 2023 à l’appel de Ousmane Sonko leader de Pastef qui ont fini par décider le Gouvernement à dissoudre ce parti .
Les populistes, c’est les virages a 180 degrés du discours et au respect des engagements, tantôt anarchistes et émeutiers accomplis dans l’opposition, aussi, dictateurs et négateurs des droits et libertés individuelles et collectives, une fois arrivés au pouvoir. Depuis qu’ils sont au pouvoir au Sénégal , ils n’ont quasiment autorisé aucune manifestation légale de l’opposition et mettent à tour de bras, de simples citoyens en prison pour des délits « d’opinion »!) .
Les marqueurs forts de la ligne d’actions des populistes sont l’occupation du terrain politique par les réseaux sociaux, les médias et les appels incessants à des mobilisations afin de maintenir une tension politique et sociale permanente. Les jeunes mécontents et le lumpen prolétariat des grands centres urbains sont les fers de lance de leurs actions de rue et de casse.
Le combat des mouvances populistes a toujours besoin d’être incarné et dirigé par un leader charismatique, un tribun iconoclaste, parfois fantasque voir messianique, quasiment vénéré et souvent considéré comme « inspiré » et « infaillible » ! Les militants et adeptes des mouvements populistes donnent plus l’impression dans leurs attitudes vis à vis de leur leader, de « talibés » fanatiques et d’illuminés que de personnes ayant adhéré librement et consciemment à une cause ( mêmes chez certains intellectuels !). Leur leader, quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, a toujours raison et il faut le défendre, se sacrifier pour lui, parce qu’il incarne la cause, le « Projet » qui est « sacré ». Les conditions objectives de l’éclosion et de développement fulgurant des mouvements populistes dans nos pays sont le bas niveau de conscience politique des populations , de culture intellectuelle chez notre jeunesse et même d’une bonne partie de nos élites. Cette situation est accélérée par la tyrannie des réseaux sociaux et des médias de l’instantané, du sensationnel et du buzz.
Ensuite, les conditions de pauvreté de masse, les inégalités découlant des limites des politiques et solutions proposées par les élites dirigeantes, l’insuffisance d’équité et de justice sociales, la corruption et l’enrichissement illicite. Ces limites incluent l’insuffisance d’emplois décents et d’activités pour les jeunes en particulier, le creusement des inégalités sociales et l’exclusion de pans de plus en plus significatifs de la population des retombées du développement. Enfin, la mondialisation forcenée des économies qui laisse peu de marges de manœuvre à nos pays, la stagnation et la régression de nos économies agricoles combinées à une démographie galopante et un exode rural massif ainsi que l’absence d’alternatives socioéconomiques crédibles et d’espoir en un avenir meilleur.
Les mouvements anti-système ont généralement cette magie de concentrer toutes les contestations et tous les mécontentements populaires du moment, en réunissant dans une même dynamique les exclus du développement et tous ceux qui aspirent à un changement, quel qu’en soit le prix et quelles qu’en soient les perspectives. Malheureusement, les espoirs que ces personnes fondent sur les promesses de leurs dirigeants populistes sont vite déçues, une fois le pouvoir conquis. D’abord, les nouvelles élites populistes s’emparent rapidement des principaux leviers de l’appareil de répression du « système » et les utilisent vigoureusement et sans états d’âme contre tous ceux qui daignent les contester, y compris le peuple. Ensuite, les promesses à caractères sociale et économique comme l’emploi, l’amélioration du pouvoir d’achat, la souveraineté monétaire, la souveraineté alimentaire et économique, l’industrialisation révèlent la difficulté de leur faisabilité à l’épreuve de la réalité.
Et enfin, la gouvernance vertueuse, transparente et économe passent aussi à la trappe des promesses non tenues( suppression des fonds politiques, réductions du train de vie de l’Etat, reddition des comptes par tous , la patrie avant le parti etc.). Enfin de compte, dans la plupart des cas, il est constaté que le « système » est toujours là , il n’est pas détruit et il est reproduit en pire avec les nouveaux dirigeants « anti systèmes ». Cette situation creuse chaque jour davantage un fossé plus large et plus profond entre les dirigeants populistes et le peuple.
Les courants et mouvements anti-systèmes d’obédience populiste et souverainiste dans les grands pays capitalistes sont nés pour combattre ce système qui échappe à ses « actionnaire » et au peuple. Ces courants et mouvements dans les pays occidentaux ont profité du caractère de plus en plus monopolistique du capitalisme qui se concentre entre très peu de mains et du déclin des mouvements révolutionnaires, populaires et syndicaux « devenus des appendices du système » pour émerger et se développer. Ces courants ont pour base sociale les couches et classes populaires ( ouvriers, paysans, les déclassés des couches moyennes ), les personnes âgées, les xénophobes et les racistes. Ils ont produit les Le Pen, Mattéo Salvini, Trump, Bolsonaro, etc.
Leurs dirigeants sont des produits du système capitaliste qu’ils cherchent non pas à renverser, mais à réformer en promettant de le « rendre plus populaire » par moins d’impôts à l’intérieur du pays, plus de droits de douane contre les pays concurrents, démantèlement des bureaucraties, dans les organisations d’intégration et d’union comme l’Union Européenne , limitation et éradication de l’immigration etc. Par contre dans nos pays, ce nationalisme appelé par les dirigeants populistes « patriotisme »ou « souverainisme » est souvent un mélange confus de prétentions diplomatique, politique et socioéconomique le tout sur fond de démagogie et de promesses irréalistes, d’exhortation de l’ego et des « instincts » primaires du peuple. Le seul parti populiste en Afrique arrivé au pouvoir par la voie démocratique ( élections libres et démocratiques ), c’est Pastef. Dans les autres pays africains, ils sont identifiés à des putschistes qui tentent de se recycler, après leurs forfaits institutionnels, pour récupérer les masses, les jeunes des grands centres urbains en particulier, à travers un discours aux relents populistes et souverainistes . C’est le cas notamment des pays de l’Alliance du Sahel ( AES), Niger, Burkina et Mali.
Le caractère messianique du discours est commun à tous les populistes du monde. Ils font beaucoup recours aux valeurs, à l’éthique, à la morale en s’adossant fortement à des courants religieux, les Évangélistes chez Trump et d’autres courants de l’Eglise chez d’autres en Europe et en Amérique, les courants Frères musulmans, Salafistes etc. chez nous . En revanche, dans nos pays, les mouvements anti-systèmes sont des mouvements socio-politiques composites, essentiellement dominés par la petite bourgeoisie administrative et certaines élites intellectuelles qui se sont constituées dans le « système ». Dans leurs stratégies les espaces de libertés offerts par la Démocratie sont exploités à fond pour imposer un changement de régime. D’abord, par les voies et moyens classiques, pacifiques offerts par l’État de droit et la Démocratie , ensuite avec l’évolution du rapport de forces en leur faveur, par des actions de mobilisation et des manifestations de plus en plus séditieuses tendant à affaiblir, bloquer et renverser le système par la rue ou les élections, ou les deux à la fois !
De l’État et du système
L’État et le Système sont deux réalités contradictoires, dialectiquement liées. L’un ne peut pas exister sans l’autre. Karl Marx nous apprend que le système, qui repose sur les inégalités et l’exploitation de l’homme par l’homme, ne disparaîtra qu’à l’extinction de l’État avec l’avènement du communisme supérieur (« à chacun selon ses capacités et à chacun selon ses désirs ! »). Ainsi donc, vouloir être anti-système dans une société où il existe l’État est un non-sens ! Pour la simple raison que ceux qui s’en réclament, à l’épreuve du pouvoir, cherchent plus à l’utiliser à leur profit contre les déchus et leurs adversaires supposés ou réels. L’État est le premier système politique organisé.
D’ailleurs les révolutions communistes du début du 20 eme siècle et de l’après seconde guerre mondiale avec l’émergence du Bloc de l’Est ont vu apparaître des Etats dits « de dictature du prolétariat »ou « de dictature démocratique et populaire » pour, disaient les communistes et socialistes d’alors, « détruire l’Etat bourgeois et capitaliste et instaurer un Etat des ouvriers, un Etat du peuple ».Ce fut partout des échecs qui ont débouché sur l’instauration d’un capitalisme d’État , de régimes bureaucratiques, inégalitaires, corrompues et inefficaces dans la gestion économique et sociale. Ce qui conduisit au début des années 1990 à la Pérestroïka et l’effondrement du Bloc de l’Est. La Chine communiste a pu éviter sa Pérestroïka et malgré le printemps de Pékin avec la révolte des étudiants écrasée dans le sang, grâce au génie et au pragmatisme du Premier Ministre Deng Tsiao Ping. Les réformes de Deng ont établi la dualité économique « un pays deux systèmes »et instaurer l’ « économie social de marché ».
Des oligarques issus généralement des cadres et dirigeants des partis communistes en Chine, en Russie et dans les pays dits communistes et socialistes ont été « fabriqués » pour contourner le mode d’appropriation privée des grands moyens de production et pour porter les grandes entreprises à vocations nationale et internationale. Finalement une adaptation plus réaliste des pays « socialistes » et « communistes » pour tirer un meilleur avantage du « système » capitaliste et du marché mondial capitaliste. D’ailleurs cette défaite du camp socialiste et ses tentatives laborieuses de s’adapter au capitalisme et à la mondialisation capitaliste ont amené le politologue et économiste américain, Francis Fukuyama, à conclure dans son best-seller « La Fin de l’Histoire et le dernier Homme » publié en 1992, que avec la chute du Bloc de l’Est et l’ avènement d’un système capitaliste unipolaire mondialisé et dominant, que le système capitaliste libéral « était l’ultime système de gouvernement de l’humanité » ! D’où la fin de l’Histoire ! Sur un autre plan, par le développement prodigieux de la technostructure et de la mondialisation, les États, les administrations et les entreprises sont devenus des structures de plus en plus complexes et difficiles à gérer.
On voit ainsi apparaître des pouvoirs de décision de plus en plus éloignés des fonctions de gestion, de coordination, d’exécution et de contrôle. Ces fonctions apparaissent tous les jours plus complexes, plus pointues et plus spécialisées. Ces fonctions techniques d’assistance et de subordination ont pris une importance croissante et décisive dans toutes les sociétés contemporaines. Ces fonctions complexes et mondialisées nécessitant une expertise avérée pour certaines ont fini par presque donner le contrôle, et parfois même la domination de pans décisifs des systèmes à la technostructure. Cette technostructure, aussi appelée la bureaucratie, a créé un système dans le système (des sous-systèmes) à travers des constitutions, des lois, des règlements, des procédures et des techniques d’organisation, de gestion, de contrôle et de suivi, de telle sorte que le système échappe non seulement au peuple mais même en partie aux dirigeants et aux actionnaires en faveur de certains cols blancs et bleus.
Ce magma charrie « délits d’initiés », « conflits d’intérêts », « collusions », « corruption » ( l’histoire des sub-primes avec Modoff qui avait provoquée la grande crise financière de 2008) etc. La société semble tenue à la gorge par ces « initiés » qui profitent indûment des richesses de l’État, des actionnaires, des investisseurs, des producteurs, des travailleurs et du peuple en général. Les courants et mouvements anti-systèmes d’obédience populiste et souverainiste dans les grands pays capitalistes proclament que leur objectif est de combattre ce système qui échappe à ses propriétaires et au peuple.
Pour finir, à l’entame de cette contribution nous rappelions qu’aucun système n’est mauvais en soi et dans l’absolu, tout système correspond à une forme de rationalité et de nécessité de l’organisation politique, sociale, économique, militaire et même géostratégique d’un peuple à un moment historique déterminé pour lever les contraintes diverses liées à son développement à sa sécurité et sa survie. Cependant, notre avis est que, quel que soit le système en question dans nos sociétés actuelles, il y a des invariants fondamentaux qui doivent être scrupuleusement établis et consolidés si tant est qu’on aspire à servir au mieux les citoyens et le peuple. Ces invariants ou valeurs sont la liberté, l’égalité, la justice, le mystique du travail, la consécration du mérite, la promotion des valeurs de respect, d’obéissance, d’ordre, de tolérance et de paix, le culte du savoir, de la connaissance, de la science, de la technologie et de l’innovation, le respect des règles d’efficience économique, la culture de la solidarité et de la fraternité entre les hommes et entre les peuples du monde.