SenePlus | La Une | l'actualité, sport, politique et plus au Sénégal
3 avril 2025
Opinions
ON NE PEUT PAS ETRE UN PARTI AU POUVOIR SANS CONTROLER DAKAR
Le jackpot en vaut la chandelle ! Plus qu’un grenier de sièges pour l’Assemblée, Dakar est aussi politiquement convoitée du point de vue symbolique. Inutile donc de dire que c’est au cœur de cette capitale que vont se jouer les plus intenses joutes...
Le jackpot en vaut la chandelle ! Plus qu’un grenier de sièges pour l’Assemblée, Dakar est aussi politiquement convoitée du point de vue symbolique. Inutile donc de dire que c’est au cœur de cette capitale que vont se jouer les plus intenses joutes de ces Législatives anticipées. Mieux, le caractère quasi exceptionnel du contexte préfigure à lui seul la force de l’enjeu. Autrement dit, un parti présidentiel décidé à laver l’affront face à d’anciens alliés qu’il considère avoir conduit jusqu’à destination, avant d’être «trahi» en tant que locomotive électorale de Yewwi askan wi. Sur ce, les esprits sont évidemment braqués sur Khalifa Sall et ses camarades dont le plus ciblé Barthélémy Dias.
Bien que frappé d’inéligibilité aux Législatives, le maire de Dakar est farouchement attendu sur le terrain par Abass Fall, patron de Pastef dans la capitale. «Ce qui est sûr, c’est que le Pastef va reprendre Dakar. On connait d’ailleurs le rôle que nous y avons joué lors des précédentes élections. Rien que pour la Présidentielle, nous avons remporté 280 000 voix. Surtout qu’on ne peut pas être un parti au pouvoir sans contrôler Dakar. Parce que qui gagne Dakar gagne le Sénégal», avait juré le parlementaire au cours de l’émission «Banc public» sur Seneweb. C’est dire que pour quelqu’un qui rêvait de conduire la liste de Yewwi à Dakar aux dernières Locales, puis Législatives avant d’être écarté au profit de Barth’, l’heure de la revanche a sonné.
Par Falilou MBALLO
CAPITAL MORTAL KOMBAT !
Si, à l’intérieur du pays, la course aux sièges sera âprement disputée pour ces Législatives anticipées, à Dakar, la bataille pour les 7 le sera davantage.
Si, à l’intérieur du pays, la course aux sièges sera âprement disputée pour ces Législatives anticipées, à Dakar, la bataille pour les 7 le sera davantage. Entre unnouveau pouvoir tenu de s’imposer, le camp de Taxawu, détenteur de la municipalité de cette ville et un Amadou Ba, chef de l’opposition obligé de s’affirmer dans son fief, l’enjeu augure un mortal kombat.
Le jackpot en vaut la chandelle ! Plus qu’un grenier de sièges pour l’Assemblée, Dakar est aussi politiquement convoitée du point de vue symbolique. Inutile donc de dire que c’est au cœur de cette capitale que vont se jouer les plus intenses joutes de ces Législatives anticipées. Mieux, le caractère quasi exceptionnel du contexte préfigure à lui seul la force de l’enjeu. Autrement dit, un parti présidentiel décidé à laver l’affront face à d’anciens alliés qu’il considère avoir conduit jusqu’à destination, avant d’être «trahi» en tant que locomotive électorale de Yewwi askan wi. Sur ce, les esprits sont évidemment braqués sur Khalifa Sall et ses camarades dont le plus ciblé Barthélémy Dias. Bien que frappé d’inéligibilité aux Législatives, le maire de Dakar est farouchement attendu sur le terrain par Abass Fall, patron de Pastef dans la capitale. «Ce qui est sûr, c’est que le Pastef va reprendre Dakar. On connait d’ailleurs le rôle que nous y avons joué lors des précédentes élections. Rien que pour la Présidentielle, nous avons remporté 280 000 voix. Surtout qu’on ne peut pas être un parti au pouvoir sans contrôler Dakar. Parce que qui gagne Dakar gagne le Sénégal», avait juré le parlementaire au cours de l’émission «Banc public» sur Seneweb. C’est dire que pour quelqu’un qui rêvait de conduire la liste de Yewwi à Dakar aux dernières Locales, puis Législatives avant d’être écarté au profit de Barth’, l’heure de la revanche a sonné.
«Borom Ndakaaru» menacé
Pour l’autre camp qui se revendique «BoromNdakaaru», c’est aussi l’occasion de prouver qu’il reste maitre des lieux. Mieux, après la grosse déception de la Présidentielle, Khalifa Sall, ou Taxawu, court le risque de ne garder que la mairie. En attendant les prochaines Locales. Il est loin le temps où il mettait en ballotage le parti au pouvoir en 2017 avec une différence de 2000 voix dans le département de Dakar en faveur de Benno qui avait fini par rafler les 7 sièges. Une inter-coalition avec le Ps et Amadou Ba ou le Pur comme annoncé sera-t-elle suffisant pour reprendre la main à Dakar, après le score fleuve de la coalition Diomaye Président à Dakar et ailleurs ? Taxawu n’a pas d’autre choix que de trouver une formule puissante à la dimension de Yewwi-Wallu.
Amadou Ba contre l’Apr, le combat des frères ennemis
Prêt à se lancer dans sa «Nouvelle responsabilité» politique, Amadou Ba est l’autre baron attendu dans cette bataille de Dakar. À l’image d’un Abass Fall, lui aussi est sûrement loin d’avoir digéré le choix qui était porté sur Diouf Sarr comme tête de liste de Benno à Dakar aux Locales de janvier 2022. Probablement, l’Apr (re)mettra l’homme de Yoff dans la capitale. Emancipé du mentorat politique du Président Macky Sall qui l’avait contraint de faire profil bas, le leader de l’opposition (au regard des résultats de la dernière Présidentielle) n’a plus droit à l’échec dans son propre fief. Avec ces Législatives, il est appelé une nouvelle fois à prouver que c’était Macky Sall qui avait obstrué son ascension, quoique n’importe quel schéma aurait difficilement résisté à la vague Yewwi-Wallu en 2022. Et pour un homme politique de sa trempe qui aspire à la Présidence, c’est maintenant ou jamais !
PAR ELHADJI MAMADOU MBAYE
DE L’ÉVALUATION DE L’ACTION GOUVERNEMENTALE DE DIOMAYE-SONKO
EXCLUSIF SENEPLUS - Le gouvernement n'a pas encore réussi à dissiper le pessimisme ambiant face à la soif d'espoir de la jeunesse. Ils n’ont pas encore réussi à agir sur les imaginaires. Le bilan à l’heure actuelle est « mi-figue, mi-raisin »
Peut-on, doit-on « déjà » évaluer l’action gouvernementale de Diomaye-Sonko ? Cette question fait l’objet de débats aussi bien dans les forums scientifiques, les forums politiques et ceux de la société civile.
L’évaluation d’un travail gouvernemental dépend des indicateurs que nous voulons évaluer. On ne peut pas évaluer sans avoir eu de baseline, c’est-à-dire d’où l’on est parti et où on veut aller, dans combien de temps. Cela aurait nécessité au premier mois d’avoir un projet suffisamment clair, des objectifs suffisamment précis à court, moyen et long terme pour permettre à l’ensemble des observateurs de suivre et d’évaluer en tout temps et en tout lieu l’action gouvernementale. Nous sommes à 6 mois et n’avons toujours pas un tableau de bord, ce « PROJET » qui nous permettrait d’apprécier l’action publique. Cette situation désagréable entraine conflits et controverses chez ceux-là même qui ont voté pour le nouveau régime. Quand faut-il alors les évaluer ? après la mise en place de la Nouvelle Assemblée ? À un an ? à la fin du mandat de cinq ans ? Et s’ils n’ont pas la majorité absolue à l’Assemblée ?
Quels indicateurs pouvons-nous évaluer pour dire que les nouvelles autorités sont sur la bonne, la mauvaise voie, s’ils vont réussir ou échouer. Est-ce que le facteur temps : six mois, est suffisant pour évaluer un travail gouvernemental surtout dans le contexte actuel du Sénégal.
Une analyse diachronique et synchronique dans d’autres contextes démontre que la réussite d’un travail gouvernemental dépend des orientations prises au début, à l’origine. La référence mondiale est « les 100 premiers jours », qui renvoient au New Deal de Roosevelt qui avait réussi en 100 jours à voter une série de lois qui ont fixé le cap et permis aux Etats-Unis de sortir de la crise de 1929. Nous sommes à plus 200 jours ! Effectivement, le contexte n’est pas le même, mais en six mois, il est possible, déjà, de montrer la voie, de donner de l’espoir à la population (en France, on dirait c’est cet espoir qui permet de susciter la consommation des ménages et de faire repartir l’économie). Au Sénégal, la plupart des investisseurs attendent d’être édifiés sur les orientations du gouvernement avant d’investir.
Oui, effectivement, sur certaines questions (la lutte contre la corruption, les politiques agricoles, la réforme de la justice… c’est plus ou moins clair me semble-t-il, il y a déjà des orientations, mais sur beaucoup d’autres et parfois les plus importantes, les orientations ne sont pas claires. Nous attendons le Projet et la déclaration de politique générale.
L’une des attentes majeures et sur lesquelles, les Sénégalais et surtout les jeunes attendent le gouvernement c’est de rétablir l’espoir. Malheureusement, sur cette question fondamentale, le gouvernement n’a pas encore réussi à mettre fin au pessimisme des Sénégalais : 52% des jeunes qui représentent 75% de la population souhaitent quitter le pays dès qu’ils en ont l’occasion. Comment alors construire un pays si plus de la moitié de sa population ne souhaite pas y rester ? Il y a alors un travail fondamental à réaliser pour agir sur les consciences et fixer le cap qui permettrait aux Sénégalais de retrouver de l’espoir. C’est vrai qu’on peut reprocher aux jeunes, aux Sénégalais d’être trop pressés. Mais regardons le nombre de jeunes candidats à l’émigration morts depuis six mois, le nombre de vies perdues dans les hôpitaux depuis six mois, le nombre de personnes ayant perdus leur logement depuis six mois, le nombre de morts sur la route depuis six mois…. Le gouvernement est-il responsable ? Bien sûr, car il est élu pour trouver des solutions aux problèmes des Sénégalais, les nouvelles autorités ont suscité de l’espoir. Combien de temps leur faudra-t-il pour rétablir l’espoir… Pour le moment, ils n’ont pas encore réussi à agir sur les imaginaires et à remettre en cause la perception que la majorité des Sénégalais ont des hommes politiques (« ils sont tous pareils les politiciens », « ils se servent d’abord avant de servir la population », « ils continuent de faire de la politique politicienne », « les promesses des politiciens visent uniquement leur accès au pouvoir » …).
Les acteurs politiques, scientifiques et de la société civile ont le droit et même l’obligation de faire pression au gouvernement et de leur rappeler leurs engagements toujours et sur tout ce qu’ils avaient promis. Quand, de manière rétrospective, nous visionnons leurs vidéos en tant qu’opposants et candidats, tout avait l’air tellement facile, ils semblaient être le messie pour résoudre, sur un coup de baguette magique les problèmes des Sénégalais et surtout des jeunes… Aujourd’hui leur discours sur ces problèmes est plus réaliste. Ils le disent : il n’y a pas de solution magique ! C’est surtout cela que nous leur reprochons, d’avoir eu un discours populiste pour accéder au pouvoir, et de ne pas être assez prompt sur les solutions aux problèmes ou plutôt sur les pistes de solutions car le temps de la résolution des problèmes est un temps long et parfois élastique, mais comme dit un proverbe africain « connaitre le chemin est plus important que de marcher vite ».
L’un des défis majeurs est d’être capable d’agir sur les mentalités, sur les consciences pour lutter contre la corruption, le népotisme, l’émigration irrégulière, les accidents de la route, l’échec scolaire et tous les problèmes auxquels les Sénégalais sont confrontés…. Nous avons besoin d’un réferentiel nouveau en matière de politique publique qui peut agir sur les mentalités des Sénégalais pour impulser une nouvelle dynamique à tous les niveaux et dans tous les secteurs d’action publique. La politisation, l’électoralisation de l’action gouvernementale n’est pas la meilleure solution. Effectivement, il faut une majorité pour gouverner, néanmoins, ne pas être capable de convaincre les députés, certains députés, pour avoir une majorité suffisante pour mettre en place les mesures les plus urgentes, c’est d’abord un aveu d’échec, car me semble-t-il, ils, nous aimons tous ce pays et sommes tous prêts à suivre la voie qui va permettre à la majorité des Sénégalais de vivre dignement… Il faut rassembler les Sénégalais autour d’une vision commune, éviter les divisions et « faire nation » car l’enjeu majeur est là, permettre aux Sénégalais d’être ensemble, aux jeunes de vivre dignement tout en restant dans leur pays.
Ceci ne passe pas seulement par des discours, mais par des pratiques, des actions quotidiennes pour réduire le train de vie de l’État (non pas seulement supprimer la CESE et du HCCT, mais aussi dans celui de ces centaines d’agences, consulats, administrations qui continuent de peser sur le budget de l’État, encourager les Sénégalais à payer leurs impôts à être solidaires les uns les autres, à se respecter, à avoir confiance à notre administration…. On pourrait continuer l’énumération, mais l’heure n’est peut-être pas encore celle de l’évaluation…. Mais le bilan à l’heure actuelle est « mi-figue, mi-raisin ». Pour cela, comme dit plutôt, nous devons continuer à analyser, surveiller, dénoncer, critiquer, rappeler car c’est seulement dans les controverses constructives qu’on peut inscrire notre nation dans la voie du développement.
Elhadji Mamadou Mbaye est enseignant-chercheur en science politique à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis et membre de Sursaut Citoyen et du Collectif des Universitaires pour la défense de la démocratie
par l'éditorialiste de seneplus, alymana bathily
LÉGISLATIVES 2024 : QUATRE INITIATIVES AVANT, DEUX APRÈS
EXCLUSIF SENEPLUS - Qu’il aille à l’élection sous son seul nom ou dans le cadre d’une coalition de partis, le Pastef n’a qu’un seul objectif : confirmer le plébiscite. "Motali yéné", tel est le slogan de cette élection
Alymana Bathily de SenePlus |
Publication 23/09/2024
Cette élection parachèvera le plébiscite du président Bassirou Diomaye Faye obtenu au premier tour de l’élection présidentielle du 24 mars avec 54,28 % des voix. Qu’il aille à l’élection sous son seul nom ou dans le cadre d’une coalition de partis, Pastef n’a qu’un seul objectif : confirmer le plébiscite.
Motali yéné, c’est le slogan de cette élection. « Parachevez l’élection du président Bassirou Diomaye Faye en nous donnant la majorité absolue à l’Assemblée pour nous permettre de prendre les lois nécessaires à la mise en œuvre du Projet. »
En accordant une majorité absolue à l’Assemblée nationale à Pastef, les Sénégalais permettront en effet au président de la République et à son premier ministre Ousmane Sonko de mettre en œuvre le Projet pour répondre enfin aux attentes des Sénégalais en matière de développement économique, social et culturel ainsi que de souveraineté sur tous les plans.
Il ne fait pas de doute que les Sénégalais qui ont subi depuis 60 ans des régimes successifs de domination et d’exploitation néocoloniale et qui ont été récemment victimes de la cleptocratie et de la répression souvent sanguinaire du régime Macky Sall, confirmeront leur élection du président Bassirou Diomaye Faye.
Quatre initiatives avant
Il ne serait pourtant pas fastidieux pour le gouvernement d’initier avant même l’ouverture de la campagne électorale des initiatives concrètes susceptibles de confirmer que le président Bassirou Diomaye Faye et le premier ministre ont d’ores et déjà engagé le pays dans la voie promise du renouveau en même temps que du « jub, jubal, jubanti ».
Nous suggérons ici, des initiatives, quatre à annoncer avant les élections, trois autres après, que nous mettons dans la « corbeille » pour parler comme le Grand Maodo, « l’ancien gardien du grenier du village ».[1]
La première de ces initiatives pourrait concerner la publication du « livre blanc » (Livre noir ou rouge sang devrait-on dire plutôt) sur le régime Macky Sall. On rappellera, chiffres à l’appui, d’abord les impasses politiques dans lesquels l’ancien président a engagé ou maintenu notre pays, notamment au plan monétaire en refusant la réforme du FCFA, au plan militaire en gardant intact les accords de coopération avec la France et au plan régional africain en cautionnant la politique de « containment » des régimes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO victimes d’agressions terroristes.
On rappellera ensuite les crimes économiques et de sang qui ont jalonné les douze longues années du régime de l’APR-Benno : des spoliations foncières récurrentes au scandale Petro-Tim, de l’achat illicite d’armes de guerre, à la disparition depuis le 18 novembre 2022 des gendarmes Didier Badji et Fulbert Sambou, à celui de François Macambou arrêté le 16 juin 2022, gardé à vue à la Sûreté urbaine puis déclaré mort à l’hôpital principal de Dakar et à l’assassinat froidement exécuté de ces dizaines de jeunes (60?) à travers le pays, notamment à Dakar, à Bignona, à Ziguinchor.
La deuxième initiative qu’il faudrait engager dès à présent concerne la reddition des comptes, d’ailleurs annoncée comme imminente puisque le pool judiciaire et financier chargé d’entendre les plaintes est déjà en place.
Il suffit de plaider ici pour le lancement rapide de la procédure et sa large publicité.
La troisième initiative dont nous souhaitons la mise en œuvre ou tout au moins l’annonce avant les élections législatives concerne l’emploi des jeunes. On pourrait dès à présent entreprendre et annoncer des actions précises.
Par exemple l’enrôlement, dès après l’hivernage de dizaines de milliers de jeunes pour des travaux d’intérêt public, dans tous les départements du pays, avec l’encadrement de l’AGETIP et du génie militaire et le financement provenant des nombreuses agences dédiées à l’emploi des jeunes qu’on aura fusionné.
On pourrait aussi restructurer, organiser et financer les milliers d’ateliers de mécanique, d’électricité, de plomberie et autres métiers et assurer leur encadrement au plan de leur gestion en leur demandant en contrepartie à chacun l’embauche et la formation de quelques jeunes.
La quatrième initiative à annoncer avant les législatives concerne l’émigration clandestine des jeunes. Le gouvernement peut et doit dès à présent proposer une alternative à cette forme d’émigration, en prenant en compte à la fois le droit des gens d’aller et de venir, les lois des pays de destination et la nécessité d’assurer la sécurité des émigrés ainsi que l’accomplissement de leur projet dans la dignité.
L’Alliance « Africa Avanza » (Stratégie Afrique ) que le président de la République vient de signer avec le premier ministre du Royaume d’Espagne qui reconnait « que la migration régulière est un levier de prospérité et de développement économique, social et culturel » et appelle « à améliorer la gestion des flux migratoires, à intégrer une composante de retour et de réintégration dans le marché du travail local, à développer des programmes de migration circulaire, y compris l'approche genre… » pourrait constituer un modèle à proposer aux pays de l’Union Européenne et au Royaume Unie de Grande Bretagne.
Ces pays prennent désormais de plus en plus en compte les besoins en main d’œuvre de leurs économies et reviennent sur les considérations idéologiques voire racialistes qui fondent encore leurs politiques migratoires.
Notre gouvernement devrait annoncer au cours de la campagne électorale qu’il confluera des accords de migration circulaire régulière avec les différents pays européens en faveur des dizaines de milliers de jeunes qui bénéficieraient ainsi de formations et/ ou d’emplois dans de conditions décentes et pour des métiers ciblés, contribuant aux projets de développement du pays.
Deux initiatives après
La première initiative consisterait à dénoncer la loi d’amnistie portant sur les faits liés aux manifestations politiques intervenues entre février 2021 et février 2024 qui « constitue un déni de justice pour les victimes, ainsi que pour leurs familles, qui attendent justice » ainsi que l’a souligné Amnesty International.
La dénonciation de cette loi permettra de poursuivre toutes les personnes impliquées dans des crimes de sang au cours de cette période y compris le président Macky Sall.
La deuxième initiative post élections législatives concernerait la mise en œuvre des recommandations de la Commission Nationale de Réforme des Institutions (CNRI) visant notamment : « la consolidation de l’Etat de droit, l’équilibre des Pouvoirs entre l’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire, le renforcement de l’indépendance de la Justice, l’approfondissement de la démocratie représentative et participative, le renforcement et la protection des libertés publiques, le renforcement de la décentralisation et de la déconcentration, la territorialisation des politiques publiques, la protection et la promotion des valeurs positives de notre société… »
Cette initiative aboutira en fin de compte à l’examen pour adoption par référendum d’une nouvelle Constitution dont la première mouture a été proposée par la CNRI.
L’adoption de cette Constitution marquera la rupture nette avec l’ancien régime et le système de gouvernement néocolonial et inaugurera l’entrée du Sénégal dans une République nouvelle.
[1] Mamadou Dia : Corbeille pour l’an 2000, Editions Paix et Développement 1995.
DIOM WOURO BA
LE DRAME DE L’ÉMIGRATION IRRÉGULIÈRE : LES RAVAGES DE F.V.V.A.
Il est essentiel de disposer de statistiques fiables sur le rapport entre les migrants qui réussissent la traversée en Europe et en Amérique, d’une part, et, d’autre part, ceux qui perdent la vie en route ou sont refoulés dès leur arrivée.
F.V.V.A. est le sigle utilisé pour Femmes, Voitures, Villas, Argent, le titre d’un film réalisé par Moustapha Alassane, sorti en 1972. Dans cette production vieille de plus d’un demi siècle, le cinéaste nigérien alertait déjà sur la proportion de plus en plus inquiétante que prenaient le goût du lucre et de la jouissance ainsi que la quête effrénée de biens matériels dans les sociétés africaines modernes.
Les signes extérieurs répertoriés alors comme facteurs de réussite sociale restent d’actualité, renforcés par de nouveaux besoins tout aussi exigeants : le téléphone portable qu’il faut changer à la vitesse vertigineuse des progrès technologiques ; les mèches naturelles qui coûtent une fortune ; des vacances à Dubaï ; le bâtré (distribution ostentatoire de billets de banque) à l’occasion de cérémonies ; etc.
La mise en exergue de cette réalité sociologique vise à rappeler une dimension majeure de la pression qui pèse sur notre jeunesse, les nouveaux rêves concoctés par une société qui place la barre chaque jour un peu plus haut. L’aspiration aux nouveaux canons du bien-être et la volonté de prouver qu’on est à la hauteur, ont fini de transformer nos jeunes en aventuriers intrépides de la mer et du désert. Tels les lemmings des toundras, ils s’engagent dans des voyages qui, pour bon nombre d’entre eux, sont sans retour. Interrogez les survivants de ces tragédies, certains répondront sans ambages qu’ils ne regrettent rien et qu’ils repartiraient à la première occasion.
Quelles lecture et solutions face à ce drame qui vide notre pays d’une partie de ses forces vives ?
Il est essentiel de disposer de statistiques fiables sur le rapport entre les migrants qui réussissent la traversée et la pénétration en Europe et en Amérique, d’une part, et, d’autre part, ceux qui perdent la vie en route ou sont refoulés dès leur arrivée. Les médias s’appesantissent généralement sur les accidents et les « échecs ». Or, bien souvent, les candidats au départ ont des amis, des parents ou encore des voisins qui ont tenté l’aventure et sont arrivés à destination, sans trop de dommages. Mieux, ils sont des témoins oculaires de leurs réalisations au pays : les transferts d’argent ; la maison construite ; la voiture achetée ; en un mot, l’amélioration des conditions de vie des familles, la « réussite » tant espérée. Il va sans dire que pour cette catégorie de candidats, toute communication consistant à réduire l’émigration irrégulière à l’échec, voire à la mort, ne peut susciter que scepticisme.
Les statistiques en question devraient donner une idée de ce que deviennent ceux qui parviennent à « échapper ». Un aspect indissolublement lié à la question suivante : comment expliquer la relative porosité des frontières européennes et américaines concernées, si l’on sait que ce sont des centaines, voire des milliers, de migrants qui parviennent à passer entre les mailles des filets, en dépit des moyens technologiques énormes dont disposent les pays cibles (drones, satellites, …) ? La vérité est que la plupart de ces migrants, presque sans droit, en raison de leur vulnérabilité administrative, servent bien souvent de main d’œuvre bon marché à des chefs d’entreprise véreux. Dans des pays ayant des services de renseignement généralement compétents, il est difficile d’envisager que tout ce travail au noir puisse se faire à l’insu de l’Etat et de ses démembrements. Ce ne serait guère une vue de l’esprit de penser qu’une certaine administration décide de fermer les yeux pour booster la production locale. L’existence de réseaux de trafic humain est un secret de Polichinelle. Plus d’une fois, des films documentaires de grandes chaînes de télévision du Nord ont mis à nu l’emploi clandestin de milliers de migrants africains et asiatiques.
Ce qui précède exige de nos Etats une diplomatie efficace en matière de mobilité internationale de nos concitoyens. L’absence d’approche holistique du problème a fait que jusque-là toutes les solutions proposées ont échoué. Nul ne peut dénier aux pays cibles le droit et le devoir d’élaborer leurs propres politiques migratoires. De la même manière, ces pays auraient tort de penser que des barbelés et des contingents de policiers suffiraient à arrêter le phénomène. C’est dire que toutes les parties ont intérêt à jouer franc jeu, dans le cadre d’un partenariat mutuellement bénéfique : prise en compte des besoins respectifs ; mécanismes d’attribution de visas et de titres de séjour plus souples et respectueux de la dignité humaine ; mutualisation des moyens pour la surveillance des zones de départ.
Toutefois, il faut souligner que les solutions déterminantes ne peuvent être qu’endogènes et sont d’ordre économique et culturel. En effet, sans une économie dynamique, génératrice de richesses et d’emplois valorisants, il sera impossible d’empêcher les laissés-pour-compte de tenter leur chance ailleurs. Cela a été dit et répété : la pauvreté, le chômage, la déstructuration de secteurs d’activités telles que la pêche et l’agriculture, le pillage foncier, la faiblesse du tissu industriel, le taux élevé d’abandon et d’échec dans nos écoles, l’inadéquation entre la plupart des programmes de formation et les besoins du marché de l’emploi, le manque de vision et la corruption ont installé le pays tout entier dans la précarité. Une situation qui va de mal en pis, faisant disparaître les lueurs d’espoir et, avec elles, les rêves d’un avenir meilleur à domicile. Dès lors, certains ne voient qu’une issue : partir à tout prix, avec tous les risques que cela comporte. Au moment où nous écrivons ces lignes nous apprenons la découverte, au large des Mamelles, d’une pirogue en dérive, avec à son bord près de deux cents (200) corps en état de décomposition avancée.
Pour inverser cette tendance, il est urgent d’investir massivement dans l’éducation et la formation afin de doter nos jeunes de métiers pertinents dans les différents secteurs d’activités du pays. Cela doit aller de pair avec la création d’un environnement propice à la performance individuelle et collective dans des domaines tels que l’agriculture, l’élevage, la pêche, l’industrie, l’artisanat, le tourisme et les services.
Quant au volet culturel, il constitue le défi le plus important et le plus difficile à relever, car il s’agit de déconstruire un système de valeurs profondément ancré dans notre conscience collective : le culte de l’argent et des biens matériels ainsi que la fascination pour l’Occident, perçu comme un eldorado, en constituent les principaux piliers. Pour changer la donne, il faut entamer sans délai le travail titanesque de réinvention d’une autre culture, pas à pas, grâce à un système éducatif reformaté et impliquant tous les pans et outils existants : la famille, l’école réformée, les médias, le mouvement associatif et bien d’autres mécanismes. La finalité de cette entreprise est de donner un nouveau contenu aux notions de réussite et de richesse, d’exhorter à plus de sobriété et de restaurer l’espoir que l’on peut vivre heureux en restant au Sénégal. Un certain nombre de pays asiatiques ont réussi le pari de la fixation volontaire de leurs citoyens, grâce à des politiques de développement génératrices de bien-être pour le plus grand nombre.
En attendant, le plus urgent est d’arrêter l’hécatombe. Pour ce faire, l’Etat doit agir sans faiblesse, en alliant sensibilisation et sanction sévère des passeurs mais aussi des candidats. Réduire ces derniers à de simples victimes relève d’une démagogie destructrice.
Il va sans dire que le combat à mener a besoin d’un portage populaire : c’est la communauté tout entière qui doit se mobiliser pour mettre un terme à la tragédie qui frappe quotidiennement des dizaines de familles tout en vidant le pays d’une force de travail inestimable.
Par Zaynab SANGARÈ
SENEGAL, UN PEUPLE ABANDONNE PAR SES ELITES FACE A LA TRAGEDIE DE L'IMMIGRATION CLANDESTINE
Au Sénégal, une crise silencieuse et dévastatrice se joue au large des côtes atlantiques. Depuis plusieurs mois, l’immigration clandestine, motivée par le désespoir économique et social, prend des proportions dramatiques.
iGFM - (Dakar) Au Sénégal, une crise silencieuse et dévastatrice se joue au large des côtes atlantiques. Depuis plusieurs mois, l’immigration clandestine, motivée par le désespoir économique et social, prend des proportions dramatiques.
Les jeunes, souvent sans emploi, sans perspectives, et confrontés à une précarité croissante, se jettent à corps perdu dans des embarcations de fortune pour tenter de rejoindre l’Europe. Pourtant, dans ce contexte tragique, les réponses des élites politiques, de la société civile, des activistes, et même de la majorité des journalistes, se font attendre. Ce silence coupable les rend complices d’une catastrophe humanitaire qui ébranle les fondements mêmes du pays.
En ce 23 septembre 2024, une énième tragédie a frappé les côtes sénégalaises. Une pirogue surchargée, transportant des dizaines de migrants, a chaviré au large des Mamelles de Dakar. Les premiers secours ont découvert une scène macabre : des corps sans vie, des jeunes et des enfants, arrachés à la vie dans leur quête désespérée pour rejoindre l'Europe. Le bilan est encore incertain, mais déjà, le drame s’inscrit dans une série de naufrages qui ont endeuillé le Sénégal tout au long de l'année.
Pourtant, pendant que les familles pleurent leurs disparus, le gouvernement et la classe politique semblent avoir la tête ailleurs. Alors que les corps des victimes sont encore repêchés, les politiciens, eux, se concentrent sur les manœuvres électorales en vue des élections législatives du 17 novembre prochain. Les débats sont focalisés sur les stratégies de campagne, les alliances politiques et les calculs partisans, tandis que la mer continue d’engloutir ceux qu’ils devraient protéger.
Ce fossé entre les préoccupations de l’élite et les réalités du peuple sénégalais est criant. Le Sénégal, pris dans une crise migratoire qui coûte des vies, semble laissé à lui-même. Les acteurs politiques, pourtant élus pour représenter et défendre les citoyens, semblent avoir tourné le dos à cette tragédie nationale. Ce silence et cette inaction sont autant de preuves de la complicité tacite des élites face à une situation qui continue de se détériorer.
Un désespoir profond : le terreau fertile de l’émigration clandestine
Le Sénégal, pays souvent vanté pour sa stabilité politique en Afrique de l’Ouest, se retrouve aujourd’hui pris dans un engrenage social et économique dévastateur. Les jeunes, qui constituent plus de 60% de la population, sont au cœur de cette crise. Le manque d'opportunités, la dégradation des conditions de vie, et l'échec des politiques publiques en matière d'emploi et d'inclusion sociale nourrissent un sentiment de désespoir généralisé. Entre mars et septembre 2024, plusieurs milliers de Sénégalais ont tenté la traversée périlleuse vers l’Europe, via les côtes marocaines, mauritaniennes, ou directement les îles Canaries.
À Dakar, dans des quartiers populaires comme Parcelles Assainies, Ouakam ou encore Pikine, les récits de jeunes disparus en mer deviennent monnaie courante. Au-delà de la capitale, les localités côtières comme Mbour, Saint-Louis, et Joal sont des points de départ privilégiés pour les pirogues clandestines. « C’est une question de survie », confie un jeune pêcheur de Joal. « Ici, les perspectives sont nulles. Partir est notre seul espoir. »
En avril 2024, un reportage révélait déjà l’ampleur du désespoir des jeunes Sénégalais. La majorité d'entre eux affirmaient que le gouvernement n’avait pas tenu ses promesses, malgré les récentes élections et les espoirs de renouveau qu’elles avaient suscités. « Quatre mois suffisent pour voir la direction que prend le pays », affirmait un groupe de jeunes interrogés. Leurs discours, empreints de déception, montraient clairement une perte de confiance vis-à-vis des autorités.
La montée des drames maritimes : un cycle infernal
Les tragédies s'accumulent. Le 16 août 2024, une pirogue chavire à Keur Marieme Mbengue, transportant à son bord des bébés et des femmes enceintes. Le 20 août, 196 migrants, après six jours en mer, débarquent aux Îles Canaries. Les récits des survivants sont glaçants : des conditions de navigation déplorables, un manque cruel de nourriture et d’eau, et des situations sanitaires effroyables.
Le 11 septembre 2024, une autre catastrophe frappe les côtes sénégalaises. Un bateau transportant plus de 125 personnes fait naufrage au large de Mbour. Les chances de retrouver des survivants sont quasi nulles. Le président Bassirou Diomaye Faye s’est rendu sur place, mais sa réponse se limitait à l’annonce d’une traque des passeurs via un numéro vert. Une initiative largement perçue comme insuffisante par les familles des victimes, qui réclament des actions plus concrètes et des mesures d’accompagnement pour les jeunes tentés par l’émigration.
Cette même semaine, une autre pirogue remplie de corps sans vie a été découverte au large des Mamelles de Dakar. Ce sont des histoires comme celle-ci qui ponctuent l’actualité au Sénégal, alors que les départs se multiplient, au nez et à la barbe des autorités.
La marine nationale : seule au front
Face à cette hémorragie humaine, la marine nationale sénégalaise est en première ligne. Entre mars et septembre 2024, elle a intercepté 4 198 migrants à bord de 29 pirogues. Parmi eux, des mineurs, des femmes enceintes, et des familles entières fuyant le désespoir. L’opération «Jokko Rek», lancée par les autorités, a permis d’interpeller 690 migrants lors de grands événements nationaux comme le Magal de Touba.
Les forces navales sénégalaises multiplient les patrouilles dans les eaux troubles de l’Atlantique, mais malgré ces efforts, elles ne peuvent pas stopper l’afflux incessant de migrants. Chaque pirogue interceptée est immédiatement remplacée par une autre, gonflée par l’espoir d’une vie meilleure en Europe. En septembre 2024, deux embarcations transportant au total 421 personnes, dont 20 enfants, ont été interceptées au large de Mbour. Des opérations de ce genre se répètent à un rythme alarmant, mettant en lumière l’ampleur du phénomène.
Malgré les moyens déployés par la marine nationale, la lutte contre l’immigration clandestine ressemble de plus en plus à une bataille perdue d’avance. Les moyens sont insuffisants, et la réponse des autorités reste trop limitée pour freiner un tel exode. Le soutien à la marine, en termes de matériel et de logistique, devient une priorité urgente. La situation exige une réponse nationale coordonnée, incluant des mesures préventives pour offrir aux jeunes des alternatives crédibles à l'émigration.
Silence assourdissant des élites et médias : une complicité tacite
Dans cette tragédie nationale, le silence des élites politiques, des activistes, de la société civile et des journalistes est profondément troublant. Les politiciens, habituellement bruyants sur des sujets de moindre importance, semblent ignorer la gravité de la situation. À l'Assemblée nationale, les débats se concentrent sur des questions politiciennes, tandis que des familles pleurent leurs enfants disparus dans les vagues.
Les journalistes, eux, semblent davantage préoccupés par l’actualité politique et les rivalités entre factions. Les reportages sur les naufrages de pirogues, bien que réguliers, ne parviennent pas à créer le choc nécessaire pour pousser à une mobilisation nationale. Le rôle des activistes, souvent prompts à s'indigner face à l'injustice, se fait étrangement discret. Le peuple sénégalais, dans ses quartiers populaires, ressent ce silence comme une trahison.
Un appel à l'action : renforcer les moyens et offrir des alternatives
Il est clair que les solutions répressives seules ne suffiront pas. La traque des passeurs est certes nécessaire, mais elle doit s’accompagner de mesures d’ordre économique et social pour empêcher les jeunes de se jeter à l’eau. L'État doit investir massivement dans l'éducation, la formation professionnelle, et la création d'emplois pour les jeunes. L’ouverture de perspectives viables dans les régions les plus touchées par l’immigration est une priorité pour éviter que cette vague de départs ne devienne incontrôlable.
Le renforcement des moyens de la marine nationale est également crucial. Les patrouilles doivent être mieux équipées, et une coopération renforcée avec les pays voisins, comme la Mauritanie et le Maroc, est indispensable pour lutter contre les réseaux de passeurs qui prospèrent sur la misère des populations. Mais surtout, il faut une prise de conscience nationale. Le silence des élites et des médias doit cesser. Il est temps pour les dirigeants, les activistes, les journalistes, et la société civile de prendre leurs responsabilités et de s’unir pour sauver ce qui peut encore l’être.
Une nation à un tournant
Le Sénégal est à un tournant historique. La crise migratoire qui secoue ses côtes est un signal d'alarme qu’il ne peut plus ignorer. Les jeunes, qui devraient être le futur du pays, se noient dans des eaux inhospitalières où ils se retrouvent coincés dans des camps de détention en Europe. Leur sacrifice ne peut plus rester sans réponse. La nation entière doit se lever pour offrir à sa jeunesse une alternative au désespoir, pour que les pirogues ne soient plus synonymes de mort, mais que l’avenir au Sénégal devienne une promesse de vie meilleure.
Par Abdou Khadre GAYE
REE BA TAS
Une fresque à mourir de rire ou de pleur, l’actualité commentée par les passagers d’un car rapide
Une fresque à mourir de rire ou de pleur, L’actualité commentée par les passagers d’un car rapide
Dans un car de transport en commun, l’autre jour, j’ai surpris une conversation devenue récurrente : les passagers s’entretenaient sur les dérives du nouveau pouvoir. Rien n’a été oublié : ni le bavardage assommant de Sonko, ni la complaisance de Diomaye envers son Pm, ni l’amateurisme, ni la duplicité, ni l’arrogance… Un jeune passager qui réclamait avec force son «ex-patriotisme» s’esclaffa : «Sonko ak porojem, dangay ree ba tas !», c’est-àdire : «Sonko et son projet, c’est à mourir de rire !» Il ajouta, en se mordant les lèvres : «Dafa jaar sunu kaw, wallaay !» (Il nous a roulés dans la farine, hélas !) Les éclats de rire, alors, comme une bouffée d’air pur, déchargeant les poitrines de l’amertume, soulageant les cœurs des déceptions et rancœurs, emplirent le véhicule bringuebalant, en une musique à nulle autre pareille. Je me contentai d’un sourire minuscule, semblable à une grimace : j’étais rempli du mal de mon pays, de la souffrance de mon Peuple. Je pensai aux jeunes fuyant le terroir, comme des rats quittant un navire menacé de naufrage, aux chefs de famille croulant sous le poids de leur impossible charge, aux malades agonisants dans les hôpitaux délaissés, aux étudiants désespérés, aux enfants de la rue pieds nus sur le chaud goudron, aux marchands ambulants indésirables, à l’insécurité ambiante, au laisser-aller, au laisser-faire, au je-m’en-foutisme…
Le car traînaillait sur les routes embouteillées de la capitale. La conversation battait son plein : on rit du «Projet fantôme» partout évoqué, toujours invisible, on rit des postures incroyables du «Pm et son Pr». On rit des invites au civisme, à la citoyenneté et au respect des institutions de ceux-là qui ont appelé à la casse et à la désobéissance civile, non sans faire le tour de chapelet des reniements, au moyen de Var bien croustillants. On rit du népotisme du ministre de la Santé se vantant de ne considérer que les Cv des militants de son parti. On rit des déclarations burlesques et autres trébuchements langagiers, à l’image de la ministre de l’Intégration africaine et des affaires étrangères qui «mange du pain» en montrant «comment l’intégration africaine et les affaires étrangères se marient». On rit de «la chèvre de Rouba» appelant d’un bêlement pathétique le châtiment sur Macky et son bilan dont elle est comptable, à plusieurs titres…
Lorsque le nom de Cheikh Omar Diagne fut évoqué, on arrêta de se marrer : ce fut une explosion de colère contre le traqueur de signes maçonniques, grand fabulateur et insulteur des chefs de confrérie. Et l’on traita de tous les noms d’oiseaux «le promoteur de la mosquée du palais de la République», adepte de la loi du talion, qui appelait les manifestants à «tuer les policiers», «comme ceux-ci les tuent», et qui ne supporte pas de croiser dans la rue «certains citoyens». La colère se dissipa, cédant la place au rire, lorsqu’une dame demanda sur un ton enjoué : «Waaw mane : bii nawet nawetu kan la ?»
(Je demande : à qui donc appartient cet hivernage ?) Une autre, d’une voix encore plus enjouée : «Jël Brt ak Ter, jël salaire, jël caisse noire, naan nawet bi du sunu nawet !» (Tu ne peux pas t’approprier le Brt, le Tet et les budgets, et ne pas être responsable des dégâts causés par l’hivernage !).
Sourd aux rigolades, je pensai à la ruine morale qui règne dans mon pays et qui s’est si tristement manifestée à l’occasion du Gamou 2024, transformant maintes manifestations religieuses en soirée de gala ou en concert de vulgarités, dont les vagues nauséabondes éclaboussent, aujourd’hui encore, notre quotidien, via les réseaux sociaux. Je pensai à la régression culturelle, intellectuelle et spirituelle qui frappe mon Peuple, ainsi qu’à l’image du Sénégal perdant de l’éclat et partout chahutée, surtout par les activistes africains, ex-soutiens du parti Pastef. Je pensai à l’épée de Damoclès sur la presse et les dignitaires de l’ancien régime. Je pensai aux interdictions illégales de sortie du territoire, aux emprisonnements répétitifs pour délits d’opinion, touchant notamment : Bah Diakhaté, imam Ndao, commissaire Keïta...
On évoqua la marche interdite de Massalikoul Djinane à Colobane, la colère de la communauté mouride et les larmes de Akassa Samb qui a tant défendu le Pros. On évoqua l’ire de Serigne Moustapha Sy contre Sonko, non sans rappeler la fameuse lettre ouverte de Abbé André Latyr Ndiaye intitulée : «Conseils à un jeune politicien nouvellement promu à un haut poste de responsabilité», où l’on peut lire à l’adresse du Pm : «Changez votre rhétorique de guerre sinon elle risque de vous perdre !» On évoqua le «protocole du Cap Manuel», épiloguant sur la transaction et le complot sur le dos du Peuple.
On évoqua l’éclipse de Idy, l’effacement de Khalifa, la Nouvelle Responsabilité de Amadou Ba si timide, Decroix et Kama si accommodants… On évoqua la mollesse de Karim qui veut contrôler le Pds depuis Dubaï et gagner sans descendre sur le terrain…
Et la pugnacité de Bougane et Bocoum, l’intelligence politique de Barth’, le courage de Anta Babacar…
«Mimi a raison : qui dit nouvelle responsabilité doit aussi dire ancienne responsabilité !», «Le problème est qu’elle accuse en se dédouanant ! Or elle est comptable des dérives qu’elle dénonce ! Et celui qu’elle pointe du doigt est le chef de l’opposition !», «Le chef de l’opposition est trop timide !», «Il n’est pas timide, il est poli !», «Il n’est pas poli, il est trop poli. Et trop poli = timide !», «Bougane lui est un vrai «gatsagatseur» ! Il est la copie conforme de Sonko ! Il ne laisse rien passer !», «C’est peut-être pourquoi les pastéfiens le craignent tant !», «L’épine dans le pied de Barth’, c’est l’affaire Ndiaga Diouf, hélas !», «Mais il sait se battre, Barth’, contrairement à Karim !», «Karim n’a pas le courage de son père !», «Moi, j’ai la nostalgie de Macky et Marième !», «Dites : où donc se cache El Hadj Diouf ?», «Il est encore sous le choc de la défaite ! Il a le vertige ! Il voit trouble !», «C’est toute l’opposition traditionnelle qui est groggy, d’où sa grande frilosité !», «Sonko est un puncheur !Il estle Cassius Clay du ring politique sénégalais !», «Ce pays a besoin d’un bâtisseur, pas d’un boxeur !», «Ah ! Un sphinx renaît toujours de ses cendres ! Les vieilles marmites cuisinent les meilleurs plats !», «En tout cas, le Pm doit laisser tranquille les voiles des collégiennes, les traques politiciennes et s’occuper de l’huile, du riz et du sucre !», «S’il n’arrête pas de frapper sur tout ce qui bouge, il finira par se mettre KO lui même, tout comme ce lutteur qui s’est assommé avec son propre canari d’eau bénite !», «J’aime Diomaye : il est poli, posé, poupin ! Il s’habille tellement bien ! Ses épouses sont tellement belles ! Il a l’air tellement vulnérable avec un regard innocent, zieutant si adorablement à droite, à gauche, en haut, en bas !», «Et patati !
Et patata ! Et tralala ! Diomaye est un trompeur !Il est plus dangereux que Sonko ! Tout le monde a vu son jeu avec l’Assemblée !»… «Dites : que pensez-vous des élections législatives à venir ?», «Sonko gagnera : le vent du changement balayera tout sur son passage !», «Mais le vent du changement a changé de cap :l’opposition l’emportera largement !», «En attendant, l’Atel a du pain sur la planche !», «Surtout que, surtout que -mais buma kenn yoole nak (que personne ne me dénonce)-, surtout que la chasse aux sorcières a commencé en même temps que les opérations électorales. N’est-ce pas bizarre ?», «Très bizarre !»…
Un jeune dit au revoir au groupe en imitant le salut militaire de Coura Macky et son anglais approximatif, un autre en déclarant : «Sonko ! Sonko ! Bayyi leen doomu jambur, bu leen ko lekk !» (Toujours Sonko ! Laissez-le tranquille, ne le mangez pas !) Réponse : «Dunu ko lekk, danu koy daggat daggatee ! Danu koy firiir !» (On ne le mangera pas, on le tranchera seulement ! On le fera griller à l’huile chaude !) Un troisième s’en alla, en criant : «J’emporte l’urne, il n’y aura pas d’élection !»...
Choc retentissant, sursaut collectif, cris stridents : un jakartaman et sa moto, heurtés par un taxi, se roulaient sur l’asphalte cuisant du soleil de midi…
Le débat changea de cours. On commenta l’accident. On parla de sécurité routière… Lorsque le car de transport en commun se gara sur ma demande, la discussion portait sur le dernier rapport du Fmi et sur les nuages lourds de menaces dans le ciel sénégalais… Je songeais : «Si nos acteurs politiques pouvaient de temps en temps voyager dans les cars rapides…»
Par Madiambal DIAGNE
SONKO-DIOMAYE, LA STRATÉGIE DU CHAOS
Le gouvernement travaille à rendre difficile, voire impossible la participation de l’opposition aux législatives. Il y a de bonnes raisons d’avoir peur pour l’avenir de ce pays et pour son système démocratique
Les élections législatives du 30 juillet 2017 avaient été les plus chaotiques de tous les scrutins de la longue histoire électorale du Sénégal. Les services du ministère de l’Intérieur, dirigé alors par un certain Abdoulaye Daouda Diallo, étaient débordés par l’ampleur de la tâche. En effet, 47 listes avaient été en compétition. On peut cependant dire que les organisateurs du scrutin avaient eu toute la latitude de préparer ces élections législatives de 2017, dans une certaine sérénité, conformément aux conditions régulières prévues par la loi électorale. Mieux, le scrutin, qui avait été fixé dans un premier temps au 2 juillet 2017, a été repoussé au 30 juillet 2017. En effet, suite à une concertation avec la classe politique, le président Macky Sall avait pris un décret, du 18 janvier 2017, pour fixer la nouvelle date, afin d’éviter que la campagne électorale ne se déroulât au courant de la période de Ramadan. C’est dire que le gouvernement avait eu plus de sept mois pour organiser lesdites élections.
La fatale catastrophe du 17 novembre 2024
C’est en tirant les leçons du scrutin de 2017 qu’il avait été décidé de mettre en place le système de parrainage, un filtre devenu désormais nécessaire pour les élections nationales. De ce fait, seules huit listes avaient pu être en compétition pour les élections législatives suivantes, du 31 juillet 2022. Force est de dire que c’est écrit sur le destin des élections législatives anticipées du 17 novembre prochain qu’elles seront catastrophiques, et pour cause !
Le système du parrainage est supprimé et on note déjà la floraison de listes de candidats. Qui ne se rappelle pas qu’à la présidentielle de 2024, le système du parrainage avait empêché plus de 200 candidatures ? Et on voit déjà des centaines de listes de candidatures s’annoncer pour les élections législatives à venir. Dans quelles conditions se déroulera alors le scrutin ? Quelles seront les aptitudes et compétences des nouvelles autorités gouvernementales et administratives pour tirer leur épingle du jeu ? Elles sont, pour la plupart, novices dans l’organisation matérielle d’un scrutin national. Le nouveau ministre de l’Intérieur, le Général Jean-Baptiste Tine, ne pourra pas compter sur des collaborateurs expérimentés ; ils se retrouvent tous à devoir organiser le premier scrutin de leur carrière. Il s’y ajoute qu’ils vont manquer cruellement de temps pour satisfaire aux diligences nécessaires. Pour les préparatifs de ce scrutin, les délais sont comprimés, dans une bien courte période de deux mois.
En outre, le Sénégal ne dispose pas de la logistique nécessaire pour fabriquer par exemple des centaines de millions d’imprimés électoraux nécessaires pour satisfaire des centaines de listes en compétition. Il faudrait tirer au moins sept millions de bulletins pour chaque liste. L’ensemble des imprimeurs de la place, même réquisitionnés par l’Etat, ne sont guère outillés pour réaliser un tel travail, dans un temps impossible, encore que les stocks de papier n’existent pas sur le marché. Faudrait-il passer des commandes, en urgence, de papier d’imprimerie et autres matériels électoraux et, ou faire réaliser certains travaux à l’étranger ? Dans quelles conditions ? Et, le cas échéant, rien ne garantirait des livraisons dans les délais. Encore une fois, en 2017, des imprimés et autres matériels électoraux avaient été livrés de justesse et même pas en quantité suffisante ! Il s’avère alors nécessaire d’engager des concertations avec les acteurs politiques, si tant est que le gouvernement souhaiterait tenir le scrutin dans des conditions acceptables. Peut-être aussi que les délais serrés pour le dépôt des candidatures empêcheront des listes en veux tu en voilà !
Le gouvernement travaille à provoquer le boycott du scrutin par l’opposition
Il faut bien le dire, le gouvernement travaille à rendre difficile, voire impossible la participation de l’opposition au scrutin. Le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko ont dissimulé toutes les informations et tous les actes préparatoires du scrutin, alors qu’il vient de se révéler qu’ils travaillaient sur la tenue du scrutin depuis le 10 juillet 2024, date à laquelle le Conseil constitutionnel, sollicité par le président de la République, leur avait donné un avis relativement à la tenue des élections anticipées. Cet avis se trouve, jusqu’à la semaine dernière, caché au grand public. Cette démarche, qui consacre ce que le journal Walfadjri a appelé, dans son édition de ce samedi 21 septembre 2024, un «délit d’initié», manque de fair-play et dénote d’une absence de scrupule. Le camp politique au pouvoir a pris une bonne avance sur ses concurrents potentiels.
Le président Faye a imposé ainsi aux autres acteurs de confectionner des listes de candidatures dans un délai de dix jours ; alors que tout porte à croire que le parti Pastef au pouvoir avait déjà pris les devants pour faire en catimini ses investitures et préparer les dossiers administratifs de ses éventuels candidats. Un rush des candidats de l’opposition pour chercher des documents administratifs dans les services des greffes et de l’état-civil s’opère dans des conditions inadéquates. Les formations politiques de l’opposition étaient dans l’ignorance totale et ces délais étriqués ne leur laissent pas de temps pour discuter d’alliances électorales. Tout est donc organisé à la défaveur des acteurs de l’opposition ou à leur détriment. Il y a alors une rupture manifeste de l’égalité des candidats et cette situation devrait interpeller le juge électoral, le Conseil constitutionnel.
Plus grave, de nombreux responsables politiques de l’opposition font l’objet de harcèlements, d’ostracisme, d’actes d’intimidation et de menaces publiques, jusqu’à des convocations et des arrestations, dans le but évident de les empêcher de se consacrer à préparer leur participation au scrutin. De toute façon, cette démarche, on ne peut plus déloyale, a été annoncée et assumée publiquement par des responsables du pouvoir, Ousmane Sonko au premier chef. L’opposition, regroupée dans le cadre de l’Alliance pour la transparence des élections législatives (Atel), montée au plus pressé, va-t-elle céder à ces provocations pour se résoudre à refuser de participer au scrutin ? Ce serait une erreur fatale. Ousmane Sonko qui, de plus en plus, appréhende l’issue de ce scrutin, serait fort heureux de voir l’opposition boycotter ces élections législatives. Il n’aura aucun scrupule à les tenir, avec quelques faire-valoir, et remporter une confortable majorité qu’il aura de la peine à obtenir, en cas d’une participation effective de listes de l’opposition qui se seront assez mobilisées.
L’impopularité du président Faye et de son Premier ministre est perceptible. Ils sont rattrapés par leur gestion difficile du pouvoir. L’incompétence du gouvernement et les déclarations polémiques et irresponsables installent un désamour assez prématuré, après seulement six mois de pouvoir du tandem Diomaye-Sonko. Des votes sanctions sont également redoutés dans le camp de Pastef, et la Coalition Diomaye Président a fini de voler en éclats. Le risque est réel pour leur régime d’essuyer une déconvenue électorale et qu’ils se retrouvent obligés de vivre une forme de «cohabitation avec l’opposition». La perspective les inquiète grandement et cela risque de constituer une pesante menace pour les élections législatives du 17 novembre 2024. Vont-ils se résoudre à annuler le scrutin pour s’épargner une défaite ? C’est un truisme que de dire que Ousmane Sonko en est bien capable. La porte sera alors grande ouverte au chaos.
La dictature arrive à grands pas
Il y a de bonnes raisons d’avoir peur pour l’avenir de ce pays, et pour son système démocratique. Ousmane Sonko est un autocrate dans l’âme et ne souffre de contradiction ou d’opposition. Au grand dam de la stabilité du pays, il a ainsi entraîné le président Bassirou Diomaye Faye dans une spirale de la violence politique, par la rhétorique et les actes de manipulation des institutions. Le souci de ménager le confort personnel de Ousmane Sonko, qui a refusé de satisfaire à l’exigence constitutionnelle de procéder à une Déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale, a provoqué un chamboulement institutionnel jamais connu. C’est ainsi que les querelles, qu’il a engagées inopportunément avec les députés de l’opposition, ont eu pour conséquences des représailles disloquant les institutions publiques.
Le Premier ministre a poussé le chef de l’Etat à fouler aux pieds sa dignité de président de la République. Bassirou Diomaye Faye a osé avouer, dans un message à la Nation du 12 septembre 2024, visiblement enregistré dans une situation de contrainte psychologique, avoir délibérément floué l’Assemblée nationale. Il a trompé la Représentation nationale en lui faisant croire que le Premier ministre fera sa Déclaration de politique générale le 13 septembre 2024. Puisqu’un crime n’est jamais parfait, Ousseynou Ly, le conseiller en communication du Président Faye, révélera que l’adresse à la Nation avait été enregistrée des jours auparavant. On s’en doutait déjà ! Mon Dieu, le chef de l’Etat a-t-il pris la mesure d’un tel acte pour son image et son honorabilité ? Véritablement, Ousmane Sonko a obtenu ce qu’il voulait, à savoir le scalp de l’Assemblée nationale, celui du Conseil économique, social et environnemental (Cese) et celui du Haut-conseil des collectivités territoriales (Hcct). Pour autant, qu’est-ce que cela a pu coûter à Bassirou Diomaye Faye et à la respectabilité de l’institution présidentielle ? Il faut le dire, l’acte qu’il a osé n’est point de l’audace ou de la ruse politique, c’est de la forfaiture, une désacralisation de la signature du président de la République.
L’ultime foulée de la cavalcade a été donc cette dissolution dolosive de l’Assemblée nationale, dans un contexte crucial pour la mise en œuvre de diligences indispensables à la bonne marche de l’Etat. Le gouvernement n’en a cure de n’avoir pas corrigé le budget 2024 par une Loi de finances rectificative ou encore qu’il prenne avec légèreté le pari d’aller à l’année 2025 sans un budget de l’Etat, adopté dans les formes régulières. Les conséquences seront dramatiques pour les finances publiques et l’économie du pays. (Voir notre chronique du 9 septembre 2024). Il restera que le comble des catastrophes qui guettent le Sénégal sera que, si pour une raison ou pour une autre, les élections législatives n’arrivaient pas à se tenir à la date prévue, le Sénégal vivra alors sans une Assemblée nationale et sans aucune institution, autre que le gouvernement. Aucun contrôle de l’action gouvernementale ne sera assuré et dans ces conditions, le président de la République s’autorisera allègrement à prendre des actes réglementaires pour des questions relevant du domaine de la loi. Il l’a d’ailleurs commencé, depuis la dissolution de l’Assemblée nationale.
Il a fixé, par décret, les délais de dépôt des listes de candidatures, alors qu’une telle formalité relève du domaine législatif. Il a mis de côté le Code électoral. On dira que son prédécesseur Macky Sall s’était aventuré à vouloir fixer par décret des questions d’ordre législatif, mais le Conseil constitutionnel n’avait pas manqué de retoquer sa copie. Assurément, on a de bonnes raisons de croire que le président Faye, qui se ravale à un simple rôle d’homme lige du Premier ministre Sonko, ne se gênera pas pour «légiférer», restreindre par exemple les libertés publiques et prendre des «oukazes», au gré de l’humeur et des caprices de son Premier ministre. Peut-être même qu’il poussera le bouchon jusqu’à prendre un acte pour lui transférer les attributions présidentielles. Prenons garde, ce n’est pas une simple vue de l’esprit ! Désormais, aucune indécence n’est de trop au Sénégal. Voilà que des citoyens, en l’absence de poursuite pénale et de notification en bonne et due forme, se sont vu empêcher de voyager, d’aller et de venir, parce que le Premier ministre l’aura décidé ! On remarquera que même les procédures judiciaires contre d’autres citoyens sont annoncées en primeur par des responsables politiques de Pastef, sans aucun égard pour l’institution judiciaire et les règles et principes d’indépendance des magistrats ! Le pays vit déjà un profond recul démocratique, car jamais il n’est resté sans un Parlement, et les acteurs politiques ont toujours réussi à établir des consensus pour la sauvegarde des institutions et le processus démocratique. Diomaye et Sonko, à l’instar de tous les autocrates d’ailleurs, n’ont aucun respect pour leur opposition.
Par Ismaila NDIAYE
VERS UNE MEILLEURE GESTION DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES DANS L’ÉTAT
L’article du Dr. Pierre-Marie Niang lance un débat essentiel sur la gestion des affaires religieuses au Sénégal, pays caractérisé par une riche diversité religieuse où l’islam, le christianisme et les religions traditionnelles coexistent
L’article du Dr. Pierre-Marie Niang lance un débat essentiel sur la gestion des affaires religieuses au Sénégal, pays caractérisé par une riche diversité religieuse où l’islam, le christianisme et les religions traditionnelles coexistent, bien que dans des proportions différentes. En défendant le principe d’«équitabilité», l’auteur met en avant la nécessité d’une stricte égalité entre les confessions dans la représentation étatique. Toutefois, cette réflexion mérite d’être approfondie pour éviter que le concept d’équitabilité ne se transforme en un «égalitarisme» injuste.
Il est reconnu que les communautés religieuses au Sénégal ont historiquement bénéficié d’un traitement différencié de la part de l’État, tant avant qu’après l’indépendance. Certaines, bien organisées, ont su s’intégrer dans le système étatique, profitant de divers soutiens et d’une coopération fructueuse avec l’État. D’autres, en revanche, ont subi des tentatives de marginalisation, des volontés de dislocation, une surveillance accrue et même des sabotages pendant la période coloniale et d’une moindre mesure dans celle post-coloniale, freinant leurs efforts pour mieux s’organiser et accroître leur influence. Enfin, une petite minorité de cultes, souvent ésotériques ou classés comme religions traditionnelles africaines, n’a pas exprimé de revendications pour un encadrement étatique, leurs pratiques restant essentiellement privées et communautaires.
Dans cette perspective, il devient impératif pour un État soucieux de réconcilier ses citoyens avec leur culture, leur foi et leurs pratiques cultuelles, de mettre en place des mesures fortes visant à une véritable équité. Cela implique d’accorder aux communautés musulmanes, victimes d’un traitement inapproprié dès la naissance de la République, un accompagnement proportionnel à leur poids démographique et historique, sans pour autant dépasser les limites d’une juste égalité.
À la lecture du texte du Dr. Niang, deux points méritent d’être clarifiés. Premièrement, l’affirmation selon laquelle la création ou nomination de structures ou personnes chargées des affaires religieuses serait une nouveauté est inexacte. Il convient de rappeler que le professeur Cheikh Tahirou Doucouré avait été nommé ministre chargé des affaires religieuses par le Président Senghor, jouant un rôle crucial dans les relations entre l’État et les chefs religieux. Par la suite, les présidents Abdoulaye Wade et Macky Sall ont également nommé des ministres conseillers chargés des affaires religieuses, tels que Mouhammadou Bamba Ndiaye, Imam Mbaye Niang et le Professeur Abdoul Aziz Kébé. Il faut d’ailleurs saluer l’audace du Président Macky Sall, qui a initié la création d’un bureau dédié aux affaires religieuses et à l’insertion des diplômés arabophones, aujourd’hui transformé en direction avec des prérogatives élargies.
Deuxièmement, l’allusion à des motivations opportunistes derrière cette décision, visant à «contenter d’éventuels bailleurs non-occidentaux», avant de s’attaquer à ceux-là est sans fondement. Ces bailleurs non-occidentaux dont il parle, financent eux-mêmes les plus grands pays occidentaux avant que des fonds modestes ne soient dirigés vers nos pays. Cette question échappe d’ailleurs au cadre de cet article et ne pourrait y être abordée dans sa profondeur. Il est rassurant de constater que les revendications comme celles du Dr. Niang ne sont ouvertement soutenues par aucune autorité reconnue des communautés religieuses non musulmanes du Sénégal. Celles-ci, pleinement conscientes des efforts d’accompagnement fournis par l’État depuis l’époque pré-indépendance jusqu’à aujourd’hui.
Ainsi, la création d’une direction des affaires religieuses, dirigée par un cadre musulman bilingue, notamment arabophone, serait une initiative opportune et symboliquement forte. Elle représenterait la reconnaissance, au sein de l’État, d’une partie importante de la population sénégalaise éduquée dans une langue qui était celle de l’administration avant la colonisation. La création d’un tel cadre marquerait une forme de réparation historique pour la communauté arabophone du pays et contribuerait à une justice plus inclusive. En intégrant les compétences des citoyens sénégalais arabophones dans l’administration, le Sénégal pourrait rétablir un meilleur équilibre entre les composantes de la nation, tout en ouvrant de nouvelles perspectives d’intégration pour tous les citoyens, quelles que soient leurs langues ou croyances.
Par ailleurs, bien que l’Église catholique dispose déjà d’une organisation solide, il serait pertinent de créer une sous-direction spécifique aux affaires chrétiennes. Cela permettrait de maintenir un lien étroit avec l’administration des affaires religieuses, principalement orientée vers l’islam, tout en assurant une gestion équilibrée et harmonieuse des diverses confessions, dans le respect des particularités de chaque culte et pour le bien de la cohésion nationale.
Ismaila NDIAYE
Citoyen Sénégalais,
Par Vieux SAVANÉ
DU BRUIT ET DE LA FUREUR
Avec un taux d'alphabétisation de 37,1%, la rupture doit se faire par l'action, pas par des paroles de compassion comme les pouvoirs précédents. Vu les urgences, le retour du débat sur le voile lors de la réunion sur la rentrée scolaire est surprenant
«Sous un soleil de plomb, au rond-point 26 des Parcelles Assainies, une scène familière se déroule chaque jour : des mendiants de tous âges envahissent les lieux, transformant l’espace en un théâtre de misère humaine. Des enfants, défiant l’insécurité, s’avancent vers les voitures immobilisées par les embouteillages, espérant quelques pièces… » (in Sudquotidien. Samedi 21 Septembre 2024
S’il est vrai que cette description rend compte d’un spectacle affligeant qui ne semble plus émouvoir grand monde tant il participe de la normalité, il serait pourtant salutaire de s’y appesantir à la veille de la rentrée des classes 2024- 2025. Continuer de voir des enfants talibés déguenillés déambuler ainsi dans les rues, le regard intelligent pétrifié par la violence d'un vécu réduit à tendre la sébile, se retrouver à dormir dans la rue, victimes de violences physiques, psychologiques et soumis à toutes sortes de perversions, est en effet un problème national. Et cela mérite à coup sûr une mobilisation nationale afin de lui trouver une solution définitive.
Dans une ville comme Dakar où se concentrent tout le mal être et les rêves de réussite sociale, on compte ainsi près de 54 837 enfants talibés, dont 30 000 sont engagés quotidiennement dans la mendicité forcée. Sur cet aspect, l’Etat a incontestablement failli à son devoir puisque la loi établit que la scolarité est obligatoire pour tous les enfants des deux sexes âgés de 6 ans à 16 ans. Et parmi ceux et celles qui ont eu la chance d’être scolarisés un nombre assez important le sont dans des conditions peu amènes, leur apprentissage se déroulant dans des abris provisoires qui durent et s’éternisent.
C’est pourquoi, aux autorités qui se retrouvent aux manettes il n’est pas attendu l’expression, même sincère et douloureuse, d’une indignation face aux « statistiques en termes d’abris provisoires, d’écoles sans électricité ». Avec un taux d’alphabétisation affligeant estimé à 37,1% la rupture doit plutôt s’effectuer, non point par le biais de paroles de compassion à l’instar de l’ensemble des pouvoirs qui ont exprimé le même sentiment mais dans l’action concrète, pour appliquer une disposition constitutionnelle qui rend l’école obligatoire.
Il s’y ajoute que de cette catégorie, seuls 11, 3% atteindront le lycée et à peine 37% d’entre eux obtiendront le baccalauréat, ce fameux sésame ouvrant la possibilité à des études supérieures. Même si l’on sait qu’à l’université beaucoup y vont pour bénéficier de la bourse, sans aucune illusion relativement à l’obtention d’un parchemin. Avec tous les diplômés-chômeurs qu’ils côtoient, ils savent que cela n’ouvre pas nécessairement une perspective d’emploi.
Entre les écoles ceintes par des marchés et des cantines, les classes pléthoriques, le déficit d’enseignants et de tablesbancs, le taux d’échec très élevé aux examens et concours, l’inadéquation formation/emploi, les maux qui continuent de gangrener l’école sénégalaise méritent décidément que soient mises en œuvre des actions vigoureuses.
Diversion
Face à toutes les urgences auxquelles est confrontée l’école, on est en droit de s’interroger sur l’étrange retour de la question du port du voile lors de la réunion interministérielle sur la rentrée scolaire 2024-2025 de jeudi dernier. Le Premier ministre Ousmane Sonko y a en effet appelé à « assurer les conditions d’une éducation inclusive, garantissant le libre accès de tous les enfants à l’école, sans distinction aucune, notamment portant sur le port vestimentaire ». Aussi, a-t-il invité le ministre de l’Education nationale à « soumettre, au plus tard le 27 septembre 2024, un arrêté invitant les établissements scolaires à conformer leurs règlements intérieurs aux dispositions de la Constitution.» A se demander d’ailleurs comment il sera rédigé, d’autant que la Constitution stipule que « la République du Sénégal est laïque, démocratique et sociale.
Diversion, simple coup d’épée dans l’eau, un os à ronger, une fixation qui tarde à révéler ses motivations profondes ? A l’évidence, tel que posé c’est un faux débat susceptible toutefois de provoquer des remous pour peu que l’on ne se recentre pas sur la réalité des faits. En effet, l’intérêt fondamental de l’école catholique (voir communiqué du Conseil national du Laïcat Sénégal) n’est pas de s’opposer à ce que des personnes qui le souhaitent puissent porter un foulard sur la tête. C 'est précisément de ne pas admettre qu' une jeune élève puisse refuser d'être la voisine de table-banc d'un garçon, de lui serrer la main ou tout simplement de se mettre en rang à ses côtes sous prétexte de convictions personnelles. Lieu de brassage ethnique, social, religieux, culturel, l'école doit-on le rappeler l’école est un creuset du vivre-ensemble. Et en cela, elle refuse toute discrimination et prône l'égalité de chance entre les hommes et les femmes de toutes origines. Que l'on sache, aucune école catholique n'a exprimé l'idée d'être en dehors de la juridiction constitutionnelle qui régit ce pays, ne serait-ce que parce que tout le monde y est soumis. Et au premier chef le président de la République, le Premier ministre et son gouvernement. Lors de cette réunion interministérielle, il a été aussi fait mention des tenues scolaires, comme si cela se posait au moment où comme on peut le constater c’est le cas dans nombre d’établissements scolaires privés et/ou public.
Nostalgie de l'excellence
64 ans après les indépendances sourdent une impatience de reconnaissance et d’estime de soi et de son pays autour de la réussite et des valeurs centrées sur l'effort, la morale et l'éthique. C'est cela que traduisait la marée humaine noyée sous les drapeaux du Sénégal fièrement déployées et agitées lorsque l'équipe nationale du Sénégal a été championne d'Afrique en 2022. Ce que l'on attend de nos gouvernants c’est qu’ils fassent montre d'humilité et surtout de la conscience de faire leur part dans cette œuvre commune colossale consistant à redresser un pays qui a mal à sa jeunesse. Lorsqu'on s'occupe vraiment de sortir de la pauvreté et de la précarité une frange importante de 18 millions de Sénégalais, on ne saurait avoir le temps de s'enliser dans des batailles périphériques qui ne vont pas changer la face du pays. L’emploi, la santé, la sécurité alimentaire, l’égalité hommes/femmes, la promotion des sciences et des techniques, le développement d’une culture de la paix, la reddition des comptes sont entre autres, les grands défis qu’il convient de relever et qui doivent mobiliser toutes les énergies. Loin de toute stratégie du bruit et de la fureur qui ne peut servir de politique pour qui a cœur de prendre à bras le corps les véritables problèmes et de leur apporter des solutions. L'espérance qui a soufflé lors de la dernière présidentielle raconte, faut-il le souligner, une nostalgie de l'excellence qu’il serait dommage de piétiner en s’enlisant dans des gesticulations et des coups de menton inutiles.