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3 avril 2025
Politique
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UNE PROCÉDURE IRRÉPROCHABLE
Pour Maurice Soudieck Dione, le rapport de la Centif sur l'affaire Farba Ngom ne laisse aucune marge d'appréciation au Procureur qui doit automatiquement transmettre le dossier au juge d'instruction
Le professeur Agrégé en Sciences politiques, Maurice Soudieck Dione, invité de l’émission Objection de la radio Sudfm (privée) hier, dimanche 26 janvier, a estimé que la procédure de levée de l’immunité parlementaire du député Mouhamadou Ngom dit Farba, soupçonné par le Parquet judiciaire financier (PJF) d’être impliqué dans des transactions suspectes portant sur plus de 125 milliards de Fcfa a été respectée. Insistant sur le fait que la transmission de ce dossier au juge d’instruction aurait dû être automatique si Farba Ngom n’était pas député, il a précisé par ailleurs que, sur le plan strictement procédural, le placement sous mandat de dépôt est obligatoire si le procureur le demande.
Soupçonné par le Parquet judiciaire financier (PJF) d’être impliqué dans des transactions suspectes portant sur plus de 125 milliards de Fcfa, le député Mouhamadou Ngom dit Farba qui a vu son immunité parlementaire levée le vendredi 24 janvier conformément à une demande du ministre de la Justice, Garde des Sceaux, ne devrait pas tarder à être présenter à un juge d’instruction financier. L’avis est du professeur Agrégé en Sciences politiques, Maurice Soudieck Dione. Invité de l’émission Objection de la radio Sudfm (privée) hier, dimanche 26 janvier, le Professeur Dione a, indiqué que n’eût été son statut de député, la transmission du rapport de la Centif du Procureur de la République financier au juge d'instruction serait automatique.
Par ailleurs, interpellé sur la procédure de levée de son immunité parlementaire, le professeur a pris le contrepied de certains observateurs partisans et souteneurs du député maire de Agnam qui accusent Premier ministre, Ousmane Sonko d’instrumentaliser la justice dans le cadre de cette affaire.
Face à notre confrère Baye Oumar Gueye, Maurice Soudieck Dione a fait remarquer que sur le plan strictement légal, toutes les conditionnalités préalables liées à la levée de l’immunité parlementaire de Farba Ngom ont été satisfaites. « Je crois que la procédure a été d’autant plus respectée qu’il faut rappeler que c’est sur la base d’un rapport de la Centif qui est une institution autonome, placée sous la tutelle du ministère du Budget avec une autonomie. Elle (Centif) travaille sur tout ce qui est blanchiment de capitaux avec des ramifications sur le plan communautaire. Donc la Centif joue un rôle essentiel dans le dispositif de sécurisation des États par rapport à l'argent qu'on pourrait blanchir ou qu'on pourrait utiliser à des fins de terrorisme ou autre, en tout cas dans le cadre d'activités délictuelles » a-t-il d’emblée fait remarquer. Il poursuit en ces termes : « Il est bon de le relever que ce rapport de la Centif date de 2023, c'est-à-dire que c'est un rapport qui ne date pas de maintenant mais il a été fait sous le régime du président Macky Sall. Il est bon de relever aussi que l'article 66 de la loi de 2024 exige à la Centif de transmettre le rapport au Procureur de la République ».
Sous ce rapport, poursuivant son explication, l’enseignant chercheur précise dans la foulée que le Procureur n’a aucune capacité d'appréciation dans le cadre de cette procédure. « Il n'a pas la capacité et la qualité à apprécier de l'opportunité des poursuites ou de classer sans suite. Il est, ici en l'espèce, une simple courroie de transmission procédurale. Il ne fait que transmettre le dossier au juge d’instruction qui instruit à charge et, à décharge »
Tout en insistant sur le fait que la transmission du dossier de Farba Ngom aurait dû être automatique si ce dernier n’était pas député a précisé par ailleurs que le sur le plan strictement procédural, le placement sous mandat de dépôt est obligatoire si le procureur le demande au juge d’instruction. « S'ily a des implications qui sont de nature à avoir des connexions avec un détournement de deniers publics, lorsque le procureur de la République demande le mandat de dépôt, le mandat de dépôt est obligatoire. C'est la loi qui le dit sur la base de l'article 142 du Code de procédure pénale en application des articles 152 à 155 du Code pénal. Lorsque le procureur le demande, c'est le mandat de dépôt ou c'est la consignation de la totalité des sommes litigeuses », a-t-il précisé.
CHEIKH TIDIANE YOUM SUR SIEGE EJECTABLE
Les Secrétaires Généraux de Fédération (SGF) et Secrétaires Nationaux (SN) du Parti de l'Unité et du Rassemblement (PUR) réclament la tête de Cheikh Tidiane Youm, le Secrétaire général du parti de Serigne Moustapha Sy.
La crise interne qui a touché la majorité des partis défaits lors de la présidentielle de 2024 n’épargne pas le Parti de l'Unité et du Rassemblement (PUR). Neuf mois après l’élection du Président Bassirou Diomaye Faye, un vent de révolte souffle au sein du parti dont les Secrétaires Généraux de Fédération (SGF) et Secrétaires Nationaux (SN) réclament la tête de Cheikh Tidiane Youm, actuel secrétaire général national et unique représentant du PUR à l’Assemblée nationale.
Les Secrétaires Généraux de Fédération (SGF) et Secrétaires Nationaux (SN) du Parti de l'Unité et du Rassemblement (PUR) réclament la tête de Cheikh Tidiane Youm, le Secrétaire général du parti de Serigne Moustapha Sy. En effet, ces cadres du PUR, au sortir d'une rencontre tenue, samedi 25 janvier, au siège du parti, ont fait face à la presse pour "définir les bases d'une nouvelle organisation politique" plus solide et plus adéquate" mais surtout déclarer "indésirable" le Secrétaire général au sein du parti. Ces responsables qui accusent Cheikh Omar Youm de semer la zizanie et d'approfondir le désaccord entre la base et la direction du parti, ont ainsi décidé de le démettre de tous ses postes de responsabilité.
"Les responsables, militants et sympathisants du Parti de l’Unité et du Rassemblement (PUR), réunis au sein de ce collectif, souhaitent exprimer leur désaccord avec certaines initiatives politiques et organisationnelles entreprises par Cheikh Tidiane Youm au nom du parti. Après une longue période de réflexion, d’introspection et d’évaluation des activités menées, il est ressorti de ce diagnostic que le sieur Cheikh Tidiane Youm n’a pas varié dans ses actes de sabotage; d’insubordination et de manipulation pour casser la volonté des militants et sympathisants du parti lors de rendez-vous politiques importants", a affirmé le secrétaire national du mouvement de la jeunesse du PUR. Selon Babacar Lo, Sg du mouvement des jeunes du parti, "par rapport à toutes les échéances qui se sont passées, Cheikh Tidiane Youm n’a pas respecté les orientations du parti. Par conséquent, il a été demandé parl’Assemblée de le défénestrer de toutes ses responsabilités nationales et périphériques au sein du PUR"
Lors de ce face-à-face avec les journalistes, les secrétaires nationaux et les secrétaires généraux des fédérations du PUR ont rappelé que leur unique leader reste le responsable moral du parti, Serigne Moustapha Sy. Ainsi, le secrétariat national qui estime que Cheikh Tidiane Youm n’a pas respecté les orientations du PUR par rapport à toutes les échéances électorales passées, a pris la décision majeure de mettre en place un comité ad hoc qui devra conduire à la tenue d’une Assemblée générale dans les tout prochains jours. D'après ce Collectif des Secrétaires Nationaux, Secrétaires Généraux de Fédérations et Responsables Nationaux, militants et sympathisants du PUR, un calendrier préparatoire du congrès extraordinaire devant se faire dans les meilleurs délais sera établi et soumis à l’appréciation du président du parti, pour ensuite être partagé partout et pour tous.
Par Vieux SAVANE
DE QUI SE MOQUE-T-ON ?
Drôle de pays que le nôtre où l’on fait mine de ne pas se rendre compte qu’il est gangrené par une gestion prédatrice et clientéliste des deniers publics. Tout ce tapage alentour semble bien dérisoire lorsqu’il est question de la reddition des comptes
Les rapports de la Cellule nationale de Traitement des Informations financières (Centif) transmis au Procureur de la République qui font étalage de crimes économiques présumés donnent froid dans le dos.
A bien des égards ils sont révélateurs du rapport au pouvoir qui travaille ce pays qui est le nôtre. Aussi, en lieu et place des indignations, des cris d’orfraie et des mouvements de soutien qui s’époumonent ici ou là, il conviendrait plutôt de s’interroger sérieusement sur une réalité indéniable qui le gangrène et plombe l’économie nationale.
Depuis ces dernières années en effet, le compteur de l’impunité et de la prédation s’affole en attendant que la justice fasse enfin son travail dans le respect de la séparation des pouvoirs. Dernier rempart susceptible de garantir la cohésion sociale, elle a l’obligation, à travers les personnes qui sont censées la dire au nom du peuple sénégalais, de rester fidèle à son serment. Et cela, conformément à l’idéal de la balance, symbole d’équilibre qu’elle incarne, parce que censée ne pencher ni d’un côté ni de l’autre. En dehors de toute connivence, refusant d’être aux ordres, il lui revient de dire le droit en ayant pour seule boussole, une conscience trempée dans l’éthique et la déontologie. C’est à ce prix qu’elle pourra contribuer à l’éveil d’une nouvelle confiance citoyenne autour de laquelle pourra s’édifier et se consolider le vivre-ensemble.
Et cette dernière, convient-il de le rappeler, se noue autour de l’exemplarité. Les dirigeants actuels doivent par conséquent montrer qu’ils incarnent au premier chef, la rupture systémique à laquelle ils appellent. Aussi, importe-t-il qu’ils nous montrent de la simplicité, de l’humilité et de l’ardeur au travail en prônant une vigilance à toute épreuve, refusant de succomber à cet ego hypertrophié qui aveugle et fait sombrer dans l’hubris d’un pouvoir fait d’arrogance et d’irresponsabilité.
Au premier chef sont-ils donc appelés à s’éloigner de cette culture de l’apparat voire du m’as-tu vu avec ces énormes bolides en provenance des usines de l’Occident décrié et/ou d’Asie, et qui coûtent aux deniers publics. L’Asie aurait dû au contraire, servir plutôt de modèle, pour avoir montré sa capacité à compter sur ses propres forces. Voilà un continent qui a misé sur l’ingéniosité et le sens de l’engagement et du don de soi des citoyens guidés par la volonté patriotique de transformer positivement un espace, naguère humilié par la domination étrangère, en pays qui emprunte avec panache le chemin de la souveraineté économique.
Déprivatiser les trottoirs du palais
A rebours de tout cela, la gouvernance impériale semble prendre ses quartiers sous nos cieux. Les tenants du pouvoir sont encore dans un m’as-tu vu, fait de sirènes, de gyrophares et de cortèges tapageurs. Avec en prime, pour le chef de l’État, des déplacements sur des parcours jalonnés par un impressionnant dispositif des forces de l’ordre. Sans compter cette régression démocratique qu’on peine à comprendre et que même les régimes précédents n’avaient osé imposer et qui consiste en la privatisation des trottoirs qui bordent le Palais présidentiel, c’est-à dire la maison des Sénégalais. Ils sont interdits à la circulation piétonne; mesures inadmissibles en dehors des périodes de crise, puisqu’il s’agit d’un espace public. Aussi, est-il souhaitable que le gouverneur du Palais puisse corriger ce qui ressemble à un abus de pouvoir d’un autre temps. Et pour tout clore, tout dernièrement le chef de l’État a présidé un séminaire relatif à l’administration pour appeler à plus d’efficacité, oubliant de relever que la première mesure à prendre car commandant tout le reste, et que les autorités doivent incarner au premier chef, est de rompre avec l’heure sénégalaise. Cet alibi paresseux qui pétrifie la ponctualité et ouvre un grand boulevard au laxisme, jusqu’à pas d’heure.
Il urge alors que les mots épousent les choses dans le sens d’une rupture qui refuse de se complaire dans l’incantation, oubliant que la puissance performative est de l’ordre du champ mystico-religieux, contrairement à celui de la réalité concrète qui nécessite que l’on se confronte à elle. En dehors des mots, des belles promesses et des décisions sans lendemains qui chantent. Une manière de s’inspirer ainsi de Thomas Sankara, une des références du pouvoir actuel, qui lui avait l’honnêteté de se conformer à l’idéal auquel il appelait. Avec simplicité et humilité, il circulait dans une petite voiture, incitait avec vigueur à une consommation endogène, à l’image du port « Faso danfani ».
La gouvernance n’est pas un gâteau à partager
L’actuel pouvoir avait par ailleurs promis de se démarquer du népotisme et de toute forme de tribalisme en ayant recours à des appels à candidature pour là aussi, finir par se noyer dans le poto-poto partisan, oubliant que la gouvernance n’est pas un gâteau à partager, ni une récompense pour services rendus mais question de compétence et de sens aigu du service public. Ce qu’on attend de nos dirigeants c’est de transpirer, de voir leurs cheveux blanchir sous le harnais, leurs mines préoccupées, à cœur de sortir le Sénégal de l’ornière. On attend d’eux qu’ils révolutionnent notre rapport au pouvoir. Que l’on n’ait plus à se réjouir de la nomination d’une tierce personne à un poste de responsabilité signifiant par-là, qu’elle va avoir accès aux ressources. Les urgences devraient pourtant être ailleurs au regard des problèmes de santé, de l’emploi, de la promotion positive des femmes dans les sphères de décision, des enfants talibés qui se voient voler leur avenir, etc. Alors que l’école est obligatoire ne les voilà-ils pas jetés dans la rue à la merci de toutes sortes de prédateurs sexuels et autres usuriers ? Autre signe inquiétant, on voit se poursuivre en dépit de toutes les campagnes de prévention et des mesures de répression, des vagues de départ de jeunes par pirogues, au risque de leur vie, en dépit des rêves et du « Projet », à la recherche d’une bouée d’espérance. Sans compter que le front syndical est entrain de se réchauffer, du fait de l’impatience qui commence à gagner certains secteurs sociaux.
La rupture systémique promue doit donc impérativement s’éloigner de la fétichisation des slogans pour avoir l’obsession de dérouler un chemin autre, en n’ayant pas en ligne de mire un second mandat car cela implique des calculs politiciens avec tout ce que cela suppose comme renoncement à des principes. Qu’importe du reste ce qui adviendra, car s’impose un sens du sacrifice, puisqu‘il faudra balayer toutes les mauvaises habitudes acquises durant ces dernières années, lesquelles se sont sédimentées autour du clientélisme et de la prédation.
Assurément, le souverainisme ce n’est pas passer son temps dans une conflictualité de dénonciation, mais s’inscrire dans une démarche de compter sur ses propres forces, comme axe central articulé autour de l’ouverture aux autres. Il s’agit en effet d’inverser la donne de l’échange inégal en se focalisant sur ce qui permet d’être maître de son destin. En somme consommer ce que l’on produit et produire ce que l’on consomme, car liberté ne peut être sous tutelle
L’impératif de justice
Drôle de pays que le nôtre où l’on fait mine de ne pas se rendre compte qu’il est gangrené par une gestion prédatrice et clientéliste des deniers publics ! Pour s’en convaincre, il suffit tout simplement de se souvenir de ce président de la République issu de la première alternance démocratique proférant ces paroles effarantes dès l’acceptation de sa défaite par l’opposition. « Nos problèmes d’argent sont maintenant terminés » avait-il clamé. Avec une brutalité teintée d’un cinglant cynisme, il posait ainsi un désastreux rapport au pouvoir ressemblant à un nid de la poule aux œufs d’or qui ne demande qu’à être pillé.
En réalité il ne faisait que mettre en exergue une vision qui s’est infusée dans le corps social et qui se traduit par le fait que, dès lors qu’une personne est nommée à un poste de responsabilité, ce qui intéresse d’emblée, ce ne sont pas les défis à relever mais la cagnotte qu’elle va devoir gérer. On se souvient aussi d’un autre président issu de la deuxième alternance qui se targuait d’avoir mis sous le coude des dossiers diligentés par l’inspection générale d’Etat (Ige), dans l’optique de neutraliser des adversaires politiques potentiels. Il menaçait aussi de se défaire de tout directeur de société nommé par ses soins en cas de défaite électorale, incitant ainsi à puiser allègrement dans les ressources publiques. Pourvu que ça rapporte gros sur le plan électoral !
A l’évidence, il est attendu ici que la justice s’empare des dossiers qui lui sont soumis par la Centif et puisse les instruire équitablement. A charge et à décharge, loin des calculs et des pressions politiques. Tout ce tapage alentour semble bien dérisoire lorsqu’il est question de la reddition des comptes. A se demander de qui se moque-t-on ?
IL EST ESSENTIEL QUE NOUS ELABORIONS UNE FEUILLE DE ROUTE CLAIRE
« Le legs de 77 ans d’histoire de notre parti nous impose de faire notre part et de transmettre aux générations montantes le témoin. Nous devons être à la hauteur de cet héritage », a laissé entendre Aminata Mbengue Ndiaye.
Lors de la réunion du Secrétariat exécutif national (Sen) du Parti socialiste (Ps), présidée par la Secrétaire générale Aminata Mbengue Ndiaye, des stratégies ont été discutées pour redynamiser la formation politique et renforcer son engagement en 2025.
Samedi 25 janvier, le Parti socialiste (Ps) a tenu une réunion importante de son Secrétariat exécutif national (Sen) à la permanence de ladite formation politique à Dakar.
Cette rencontre, présidée par la Secrétaire générale du Ps, Aminata Mbengue Ndiaye, a rassemblé de nombreux membres engagés, tous déterminés à redynamiser le parti et à soumettre des propositions concrètes pour les années à venir. Soulignant les défis auxquels leur formation politique est confrontée, elle a déclaré : « La situation de notre parti nous interroge tous et il est crucial que nous réfléchissions ensemble sur son bon fonctionnement et son positionnement optimal dans le paysage politique ». La Secrétaire générale a exhorté chacun à participer activement à la relance des activités du parti. « Nous devons ensemble nous donner les moyens d’y parvenir, dans la solidarité agissante », a-t-elle affirmé.
Elle a également rappelé que les travaux du bureau politique avant les élections législatives anticipées de novembre 2024 avaient permis de poser les bases d’une réflexion constructive pour les mois à venir. Évaluation et restructuration La responsable du parti a ensuite proposé la création immédiate d’une commission spéciale de mise en œuvre avec un calendrier précis pour l’évaluation de ses progrès.
« Il est essentiel que nous élaborions une feuille de route claire et que nous fixions un délai d’un semestre pour cette commission, afin qu’elle initie des actions concrètes en faveur du renouveau de notre parti », a-t-elle précisé.
Parmi les chantiers phares de ces réformes, figure la réorganisation du bureau politique, qui nécessitera la désignation de secrétaires généraux adjoints et le remplacement des postes vacants au sein du Sen.
La mise en place d’un cabinet pour le secrétaire général est aussi prévue afin d’améliorer l’efficacité de la direction du parti. Dans cette même lancée, il est envisagé le renouvellement de la participation du parti dans les entreprises, dans les universités et dans les milieux sociaux et économiques, pour renforcer sa présence sur le terrain.
Mme Ndiaye a également annoncé la tenue d’une Université d’été en 2025. Elle offrira une plateforme d’échanges et de formation pour les militants. Elle a souligné l’importance de ces événements dans le renforcement de la base militante et dans la diffusion des valeurs du parti au sein de la société.
Concernant les questions de financement et de gestion du patrimoine du Ps, l’ancienne maire de Louga a appelé à une réflexion approfondie pour garantir la pérennité des ressources tout en veillant à la transparence des opérations du parti. À la fin de l’échange, les membres ont unanimement convenu de l’importance de l’unité et de la solidarité, des valeurs fondamentales qui cimentent la base du Ps.
« Le legs de 77 ans d’histoire de notre parti nous impose de faire notre part et de transmettre aux générations montantes le témoin. Nous devons être à la hauteur de cet héritage », a laissé entendre Aminata Mbengue Ndiaye.
LA VISION «SOUVERAINISTE» DU «PREMIER MAODO» REVISITEE
Lors de la conférence autour du thème : «Mamadou Dia, un engagement pour l’indépendance et le développement du Sénégal», les panélistes ont largement survolé le parcours politique et la vision économique du « Premier Maodo »
Lors de la conférence autour du thème : «Mamadou Dia, un engagement pour l’indépendance et le développement du Sénégal», tenue samedi dernier à Dakar, les panélistes ont largement survolé le parcours politique et la vision économique du « Premier Maodo ».
Cette rencontre qui marquait le 16e anniversaire de sa disparition (25 janvier 2009) a aussi permis de réaffirmer l’importance de l’héritage de l’ancien président du Conseil du gouvernement. Le lancement des « Grandes conférences de Douta Seck » a été l’occasion pour célébrer le 16e anniversaire de la disparition de l’ancien président du Conseil (1958-1962). Lors de cette rencontre, les différents panélistes sont largement revenus sur l’importance de préserver la mémoire de l’ancien de Mamadou Dia dont l’œuvre politique et la vision peuvent constituer une source d’inspiration pour la nouvelle génération. Ainsi ont-ils abordé son programme politique autour du socialisme autogestionnaire, ses projets de modernisation de l’économie sénégalaise et son legs politique.
Pour Adama Baytir Diop, enseignant-chercheur en Histoire à la retraite qui a retracé le parcours politique de Mamadou Dia, le « Premier Maodo » est l’archétype même de l’homme politique modèle dont le sens premier de son action était la promotion d’une démocratie participative au service de tous les citoyens. « Mamadou Dia est le chantre d’une probité morale sans faille. Il s’était fixé comme mission de lutter contre le népotisme, le clientélisme et la corruption, vestiges du système colonial oppressant pour les masses. Son engagement politique s’est articulé autour de deux éléments : le socialisme autogestionnaire afin de promouvoir la démocratie participative et libérer les paysans, longtemps victimes d’un système d’assujettissement, et la promotion des valeurs citoyennes pour combattre les réseaux d’intérêt personnel au détriment du peuple », a déclaré le panéliste.
D’après M. Diop, ce projet politique, basé sur le souverainisme et le nationalisme, sera fortement combattu par une coalition de forces conservatrices. « Les élites urbaines, les maisons de commerce et certains milieux maraboutiques vont s’appuyer sur des parlementaires pour le combattre et le renverser. Ainsi, après les évènements de décembre 1962, il sera condamné à de la prison à vie avant d’être gracié par le président Senghor. Après sa sortie de prison, en 1974, il crée le Mouvement démocratie politique (Mdp) qui, en 1981, deviendra le Mouvement pour le salut et l’unité (Msu) », a rappelé Adama Baytir Diop.
Les freins à l’action politique de Mamadou Dia Pour sa part, Dr Ibrahima Dème, inspecteur de la Coopération à la retraite, a indiqué, dans son exposé, que le legs économique de Mamadou Dia peut se mesurer à l’aune de son attachement au développement de coopératives agricoles. « Mamadou Dia, à travers les coopératives agricoles, voulait mettre en avant le caractère communautaire de l’économie africaine qui se distingue par un système d’entraide et de coordination des communautés villageoises.
Par ailleurs, Mamadou Dia, qui a adopté le décret nº 60-177 du 20 mai 1960 portant statut des coopératives agricoles, voulait mettre fin à la mainmise des maisons de commerce et des sociétés d’indigènes de prévoyance sur le monde agricole. La vision de Dia était la mise sur pied d’une organisation économique basée sur des coopératives agricoles autonomes capables de gérer tous les aspects liés à la production et qui vont jusqu’à la commercialisation de leurs produits. Pour cela, il va créer l’Office de commercialisation agricole et des structures bancaires dans le but faciliter l’accès aux crédits pour les paysans », a-t-il affirmé.
Pour le panéliste, cette politique de formation, d’encadrement et de financement sur le monde rural peut servir de modèle aux nouvelles autorités. Prenant la parole, Alla Kane, député à l’Assemblée nationale et ancien responsable du Parti africain de l’indépendance (Pai), est revenu sur les limites de l’action politique de Mamadou Dia qui, d’après lui, l’ont empêché de mettre en œuvre sa vision d’un Sénégal souverain et totalement indépendant. « Mamadou Dia était investi de la mission historique, politique de conduire et d’organiser la constitution d’un État démocratique.
Or, ni l’Ups ni le gouvernement néocolonial n’avaient comme objectif la réalisation de la révolution démocratique. Surtout que son engagement politique l’avait empêché de penser à la création d’un parti national fort, capable d’engager la lutte pour l’indépendance, dans l’intérêt de la bourgeoisie nationale », dit le parlementaire. Selon le doyen d’âge de 15e législature, cette absence d’un parti bien organisé, avec un programme clair, des dirigeants et des cadres déterminés, a été son talon d’Achille. « S’il avait laissé, après son arrestation, un parti fort, même dans la clandestinité, celui-ci aurait pu engager, en alliance avec d’autres forces politiques et démocratiques, la bataille de mobilisation des masses par de puissantes manifestations pour l’arracher des mains de ses geôliers », a-t-il conclu.
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
FATOU NDIAYE SOW, UNE POÉSIE POUR LA MÉMOIRE
EXCLUSIF SENEPLUS - Sa poésie minimaliste capture l'essence même de l'histoire africaine, des souffrances de l'esclavage à l'espoir de la renaissance. Dans "Gorée", chaque mot est pesé, chaque image est ciselée pour porter la mémoire d'un continent
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
Fatou Ndiaye Sow nous entraîne dans son univers poétique de simple manière. Les images sont épurées, touchant l’essence du verbe « dans les hauteurs célestes », aboutissant à la pureté de la parole.
Cette poésie minimaliste évoque la minutie du graveur de pierres, elle laisse des traces sur les rochers lisses par la « mer immense, mer sans limite ».
Le style est intensément poétique, retenu et déployant des figures scintillantes comme « les vagues nacrées ». Cette poésie, qui inspire la beauté de l’aube et l’infini de l’horizon, porte en elle une unité émotionnelle qui bâtit un ton personnel.
Puis l’imaginaire de la poétesse se métamorphose, le « je » devient un autre. On remonte le courant de l’histoire, « un soir sans lune », pour suivre le récit insoutenable de la déportation, de l’esclavage et de l’exploitation qui perdure.
Gorée, texte poétique à la beauté saisissante, est la somme de la douleur du génocide, du sang qui jonche la poussière « de routes inconnues », de l’espoir qui renaît à relever la tête, à dire la vérité, sa conviction, à ne pas laisser se briser les liens de l’histoire, à retrouver le corps meurtri de l’Afrique qui a laissé son souffle dans les Caraïbes et aux Etats-Unis d’Amérique.
La renaissance africaine est contenue dans cette élévation de la mémoire, dans les chants amers et féconds du monde noir qui résonnent sur toute la terre. L’âme africaine est dans toutes les musiques du monde, elle se livre pour répandre l’histoire des royaumes déchirés, la longue traversée mortelle, la fougue du désir retrouvé, la dignité à se connaître et la grandeur à renaître.
Née en 1937 à Tivaouane (Sénégal), Fatou Ndiaye Sow a été professeure à l’école primaire. Elle a publié de la littérature pour la jeunesse, « Takam-takam », éditions N.E.A., 1981 et a composé des nouvelles encore inédites. Elle est membre fondatrice du comité international des femmes écrivaines. Elle est décédée subitement le 23 octobre 2004, alors qu’elle participait à un congrès de femmes écrivaines africaines à New York.
Dans un arrêt historique rendu jeudi 23 janvier, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a condamné la France pour avoir considéré comme fautive une femme qui avait refusé des relations sexuelles à son mari
(SenePlus) - Dans un arrêt historique rendu jeudi 23 janvier, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a condamné la France pour avoir considéré comme fautive une femme qui avait refusé des relations sexuelles à son mari. Cette décision fait jurisprudence en matière de droits des femmes et de consentement au sein du mariage.
L'affaire concerne une Française de 69 ans dont le divorce avait été prononcé aux torts exclusifs par la cour d'appel de Versailles en 2019. Selon Le Monde, la justice française avait alors retenu comme "faute" son refus d'avoir des "relations intimes avec son mari" sur une période de plusieurs années.
La CEDH a fermement rejeté cette interprétation, établissant un principe fondamental : "tout acte sexuel non consenti est constitutif d'une forme de violence sexuelle". La Cour a particulièrement insisté sur le fait que le consentement au mariage ne peut être assimilé à un consentement perpétuel aux relations sexuelles. Comme le rapporte l'AFP, la CEDH a explicitement déclaré qu'une "telle justification serait de nature à ôter au viol conjugal son caractère répréhensible".
Cette affaire met en lumière l'évolution complexe de la jurisprudence française en la matière. Initialement, en juillet 2018, le tribunal de grande instance de Versailles avait adopté une position différente, refusant de prononcer le divorce pour faute et reconnaissant que les problèmes de santé de l'épouse pouvaient justifier l'absence de relations sexuelles dans le couple. Cependant, la cour d'appel avait ensuite inversé cette décision, une position maintenue par la Cour de cassation qui avait rejeté le pourvoi de la requérante.
Face à cette situation, la plaignante s'était tournée vers la CEDH en invoquant l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme relatif au respect de la vie privée et familiale. Sa victoire devant la juridiction européenne représente, selon ses propres mots rapportés par l'AFP, "un tournant dans la lutte pour les droits des femmes en France".
Cette condamnation de la France par la CEDH établit ainsi un précédent juridique majeur en matière de consentement conjugal et de protection des droits fondamentaux des femmes au sein du mariage.
LE CRI D'ALARME DE MOUSSA FAKI
Dans un courrier adressé aux chefs d'État africains, son président dénonce une paralysie généralisée. De la dépendance financière à l'inefficacité du Conseil de paix et de sécurité, il pointe les failles béantes de l'institution
(SenePlus) - Dans un document exclusif obtenu par Jeune Afrique, le président sortant de la Commission de l'Union africaine (UA), Moussa Faki Mahamat, dresse un bilan sans concession de l'organisation panafricaine. Cette missive de trois pages, datée du 30 septembre et intitulée "Questions urgentes à résoudre", met en lumière les défis majeurs auxquels fait face l'institution à l'aube de son vingtième anniversaire.
Le constat est particulièrement sévère concernant le Conseil de paix et de sécurité (CPS), pilier censé garantir la stabilité du continent. Comme le souligne Faki Mahamat dans sa lettre, "le CPS a vu ses décisions et communiqués se succéder sans effets significatifs sur le réel politique et sur le terrain". Plus grave encore, il dénonce ouvertement que "les textes de base de l'Organisation ont été violés", remettant ainsi en question l'efficacité du dispositif actuel face aux changements anticonstitutionnels.
La dépendance financière de l'UA constitue un autre point critique abordé dans ce document. Le président de la Commission qualifie cette situation "d'insoutenable", expliquant qu'elle limite considérablement la marge de manœuvre de l'organisation, "restreignant toute velléité, si peu ambitieuse soit-elle, de la part de l'UA".
La Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) n'échappe pas non plus aux critiques. Faki Mahamat s'inquiète particulièrement de "la conception de partenariats stratégiques conduits sans aucun rôle significatif de l'UA, marginalisée devant la bilatéralisation des intérêts en jeu". Il pointe également du doigt "les déficiences patentes des chaînes de solidarité africaines" face aux menaces terroristes et aux catastrophes naturelles.
Selon Jeune Afrique, cette initiative du président sortant n'a pas suscité l'écho espéré au sein de l'institution. Un diplomate en poste à Addis-Abeba, cité par le magazine, va jusqu'à qualifier ce document de "pavé lancé dans la mare des chefs d'État et de gouvernement" et y voit surtout "l'aveu d'impuissance et de faiblesse de sa présidence".
Alors que l'UA vient d'intégrer le G20 en 2024, et que Moussa Faki Mahamat s'apprête à quitter ses fonctions le 15 février prochain, son appel à une "réflexion active" et à l'organisation d'une "retraite spéciale" pour aborder ces questions cruciales reste pour l'instant lettre morte. Les réunions proposées ont été systématiquement repoussées, illustrant paradoxalement l'immobilisme dénoncé dans sa missive.
Dans ce contexte tendu, certains au sein de l'institution semblent pressés de "tourner la page Faki", selon une expression qui circule dans les couloirs de l'UA, rapporte Jeune Afrique. Le président sortant conclut néanmoins sa lettre sur une note diplomatique, remerciant les dirigeants africains pour "leur confiance et leur soutien" et souhaitant "un plein succès" à son successeur.
PAR Pouye Ibra
PRIÈRE D’UN ENFANT TALIBÉ
Un sort scellé. Un destin brisé. Une vie en lambeaux. Une grande déchirure. Conscience violée. Je ne suis qu’un objet qui vole au gré du vent. Aucun regard. Aucun amour. Aucune haine même. Parce que je suis inexistant
Ô mon Dieu, pourquoi suis-je destiné à être cet être que tout le monde balaie du regard dans les rues ? Et surtout dans les rues de Dakar, où nous pullulons tels des rats d’égout. Ô bon Dieu, pourquoi tant de pitié envers l’être que je suis ? Pourquoi un tel évitement du regard des gens ? L’on me fuit et me poursuit. Je suis une proie facile. L’on me viole du regard. Toujours à la recherche de la pitance. En guenilles. La main tendue et dans le froid. Je grelotte. Je pleure. En effet, la pitié se lit sur le visage de bon nombre de passants. Je suis très fatigué, bon Dieu. Je pense à mes parents qui, emportés par une irresponsabilité sourde et faute de moyens voire d’une crise économique aigüe, m’ont abandonné dans les bras de quelqu’un qui se fait passer pour un maître coranique. Alors qu’il est un faux dévot. Ô Dieu, pourquoi cette vie de chien ? Même un chien a une vie plus confortable que la mienne. Personne, je pèse et soupèse mes mots, ne m’aime ! Aucun regard. Aucun amour. Aucune haine même. Parce que je suis inexistant. L’on fait semblant de me voir mais je suis invisible. Je ne compte pour personne. Ce qui importe pour mon maître coranique, c’est ce que je rapporte tous les soirs, à la fin d’une journée de marathon et de dur labeur. Seule la pitance l’intéresse. Ô sacrilège ! Ô désespoir ! Mon Dieu, pardonne à mes parents, à mon maître censé m’apprendre le Coran et à l’Etat parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font !
L’irresponsabilité de mes parents
Je devais être un élève ou disciple apprenant le Coran. Tels sont mes dessein et destin. Que nenni. Le maître coranique, à la voix mielleuse, habillé de jolis atours et d’un boubou blanc, fit croire à mes pauvres parents que j’étais destiné à l’apprentissage du Coran. En effet, il m’enleva de la tendresse familiale et fit de moi son esclave. Un destin brisé auquel je fais face tous les jours. Et pourtant, j’étais un bon élève avant que l’on m’arrachât à l’affection de mes parents. L’on me prédit un bel avenir mais mes parents n’y avaient peu ou pas cru. L’occasion s’offrit et l’on m’offrit à ce charlatan des mots. Ce charlatan qui fait du Coran son fonds de commerce. Je ne puis croire que c’est mon destin mais en l’alchimie de la condescendance et de la bonne parole qui a germé dans certains esprits malsains. En effet, le mot talibé découle du mot apprenti. Celui qui veut apprendre et a une soif de connaissance. C’est ce qu’on dit à mes parents que je ne condamne pas. Ils sont ce qu’ils sont. Et moi, l’objet de leur désir. Un être ne devant pas avoir droit au chapitre. Un être calfeutré dans un silence assourdissant et la mort dans l’âme. C’est fort de café ce que je veux dire : j’ai été vendu comme un vilain esclave.
Mon maître coranique
Ô mon maître ! Lui-là, je le condamne fermement ! Il fit de moi ce qu’il voulut que je fusse. C’est-à-dire son objet. Sa chose. Son jouet. M’a-t-il appris quelque chose ? En effet, il a mis dans mon crâne, embué de contre-vérités, que quelques versets du livre saint. Lui-là, c’est faites ce que je dis mais ne dites pas ce que je fais. La chicotte est sa communication. Il est très économe de parole. Un sacré artiste, celui-là ! Et que dire de l’heure de la prière, il n’en fait pas trop son affaire. Pour lui, cela le dérange à tel point qu’il préfère aller dormir. Un de ses jeux favoris, c’est de nous réveiller en nous versant des sceaux d’eau froide sur le visage. Et tout en nous répétant d’aller à la quête de la pitance et de nous exiger le montant que nous devions ramener à la maison. A défaut de somme exigée, la chicotte fera sa mue. En rire ou en pleurer ? Telle est la vie dans la plupart des daras de ce Sénégal-là. Et moi, qu’est-ce que j’ai fait pour mériter cette chienne de vie ? Je ne peux le dire. J’ai du mal à trouver les mots parce qu’ils n’arrivent pas à sortir de ma gorge profonde. Un sort scellé. Un destin brisé. Une vie en lambeaux. Une grande déchirure. Conscience violée. Je ne suis qu’un objet qui vole au gré du vent.
Le rôle de l’Etat
L’Etat sénégalais dans toute sa splendeur. Cet Etat dans toute sa providence. Cet Etat protecteur. Qu’a-t-il fait pour parer à cette décrépitude de la société ? Une sans loi et encore moins investie dans l’amour du prochain. Rien et tout dans le vent ! Alors autant vaut la parole publique ? Elle n’est plus sacrée et surtout au Sénégal. Ce pays a failli à une de ses missions premières. Celle de protéger ses propres enfants. Mais à l’heure actuelle, l’on assiste à une résurgence de ce phénomène social. La pauvreté à tous les étages. A chaque coin, il existe des moi et des moi, en loques, la morve au nez, le visage si triste à réveiller un mort, et tendant la main et ne sachant même pas réciter un verset du Coran. Il est des moments où l’Etat semble oublier ce qui fait sa force de demain, sa jeunesse. Cette richesse qui coule de source que nous envie la vieille Europe. L’Etat, les talibés et la responsabilité des hommes ? Une drôle d‘histoire menée de main de maître par certains lobbys tapis à l’ombre. Et chacun y trouvant son compte. Mais bon Dieu, fais que ma situation change ! Me demande si je pourrais tenir face à cette dangereuse cavalcade parce que je suis las de vivre ainsi. Vivement que la vieille faucheuse vienne m’emporter et autant en emporte l’enfant talibé que je suis ! Né pour souffrir. Né pour ne plus compter dans ce bas-monde happé par la décadence d’une société. L’on parle in fine de Sénégal-50 et de son Agenda national de transformation, l’ère du président Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko. De zéro talibé dans les rues de Dakar et dans les grandes villes du Sénégal. Vivement la repentance de tous les acteurs ! Vivement que demain soit aujourd’hui. Vivement la fin de ce calvaire tuant à petit feu la société d’où pourrait surgir un jour une violente révolte embrasant tout sur son chemin. A ma muse doublée d’un bel esprit d’une matinée sur fond d’une conversation succulente posée sur les deux bords de la Méditerranée que t’est destinée cette supplique de l’enfant talibé pour réveiller le catharsis sommeillant en nous.
par Abdoul Aziz Diop
LE TESTAMENT POLITIQUE DE MAMADOU DIA
Le désarroi d'Ousmane Camara face aux insuffisances du Sénégal contemporain le pousse à une relecture radicale de l'indépendance. Mais les témoignages historiques, notamment ceux de Mamadou Dia, révèlent une réalité plus nuancée
Prenant la parole à l’occasion de la cérémonie de présentation du rapport significatif d’étape – « Introspection, rétrospection et prospection : 50 ans d’indépendance en Afrique de l’Ouest » –, initié et réalisé par la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (RADDHO), l’ancien juge Ousmane Camara dit être « effrayé par ce qui est arrivé » au Sénégal pendant et après les événements de décembre 1962. L’ancien ministre dans les gouvernements des présidents Senghor et Diouf considère alors que « jusqu’à présent nous vivons la même chose ». Et Ousmane Camara d’ajouter qu’« en réalité, nous n’étions pas indépendants. Cette indépendance était un leurre. Tous nos problèmes découlent de cela ». C’est qu’à ses yeux, « Senghor et Dia n’étaient que des pions ». Cette sentence est d’un grand intérêt quoique confusément sévère et polémique. Son intérêt est tel qu’elle pousse son auteur à proposer au pays « la tenue d’états généraux de l’histoire du Sénégal ». Mais c’est là que tout se complique puisque « l’histoire, avertit le grand romancier Argentin Enesto Sabato, est faite d’oublis et de sophismes ».
Ce n’est qu’en 1979, cinq ans après sa libération de prison et trois ans après son amnistie, que l’instituteur Mamadou Dia - qui fut, pendant treize ans, le secrétaire général du Bloc démocratique sénégalais (BDS), sénateur, député à l’Assemblée nationale française, député du Sénégal, maire de Diourbel et président du Conseil du gouvernement du Sénégal –, céda à la pression d’amis et de jeunes pour apporter son témoignage sur l’histoire politique du Sénégal.
Déjà victime d’une « mesure de rétrogradation » dans sa carrière d’enseignant du fait de son hostilité manifeste aux autorités coloniales et de son refus des mots d’ordre du régime de Vichy, Dia donna à la création du BDS « le sens d’une protestation contre la politique de la SFIO, qui se traduisait par l’inféodation à un parti politique européen ». Pour, comme disait Senghor, « tuer le vieil homme sénégalais » plutôt tenté par le « parti de clients » et le « remaniement de l’idéal de jadis », Dia, animé d’une conviction profonde et d’un désintéressement absolu, suscita une véritable « autonomie de pensée et d’action » en récusant, dès la Libération, tout arrimage aux partis européens. Très tôt, Mamadou Dia cria son indignation contre les « effets regrettables des compromissions » qui firent de Dakar et de Thiès des villes d’occupation par suite de la mutation des bases de la Communauté en bases militaires punitives et d’agressions contre les peuples qui se révoltent. « Dès 1961, écrit Mamadou Dia dans ses Lettres d’un vieux militant (Compte d’auteur, 1991), il y a eu des négociations avec le gouvernement français pour l’évacuation totale des bases françaises ». « Dans le domaine monétaire, ajoute-t-il, nos négociations avaient prévu la création d’une zone monétaire dans la région, zone monétaire indépendante de la zone franc. » D’ores et déjà, il nous paraît impossible de ne pas nous interroger sur ce qui s’est passé par la suite au détour d’« états généraux de l’histoire du Sénégal ».
A la différence d’autres témoins de l’histoire, Dia accusa Senghor de son vivant, lui offrant ainsi la possibilité de répondre. « C’est bien aux mutations subies par l’homme Senghor que l’on doit les avatars du Sénégal de l’après indépendance », tranche Mamadou Dia dans les colonnes du mensuel d’expression et de combat Andë Sopi. Mais Dia ne se contente pas d’une accusation. Les témoignages de Senghor dans une interview accordée à Bara Diouf, fin 1978, lui font justice quand on lui jeta à la face l’action de son gouvernement contre la classe ouvrière, le Parti africain de l’indépendance (PAI), le pluralisme et la démocratie entre 1959 et 1960. Quid du « pion » ? Dia répond lui-même : « Oui, j’ai été toujours ami de la France, mais jamais son agent. » En 1959, Mamadou Dia adressa à De Gaulle « une vigoureuse lettre de protestation » - ce sont ses mots – et fit arrêter deux Français impliqués dans un complot contre la Guinée. Dia réagissait ainsi à un communiqué diffusé à l’époque par Radio-Conakry et dans lequel le président Ahmed Sékou Touré accusait le Sénégal preuves à l’appui. Dia agissait en ami de la France tout en se défendant d’en être l’agent ou le « pion ». C’est que « nulle part dans le bréviaire du politique, il n’est écrit l’incompatibilité entre le nationalisme en actes et l’amitié pour les autres peuples dont les dirigeants respectent votre personnalité et ne piétinent pas vos droits ». Dia s’efforça d’élargir le champ de la coopération du Sénégal avec le reste du monde. Il prôna aussi « une solidarité de condition avec le Tiers-monde » contre « la coopération extravertie », facteur de « servitude économique », perceptible à travers, entre autres, « le Programme général d’importation (PGI) selon lequel, sous prétexte d’économies des devises, les importations du Sénégal hors CEE sont soumises à licences ». L’élargissement des relations avec l’Afrique au sud du Sahara achoppa, lui, sur « le renversement de tendance ou l’ère de l’auto-colonisation ».
On connaît la suite qui révulse Ousmane Camara, le poussant à se demander : « pourquoi en 2011 nous n’avons ni eau ni électricité ? » Dia déplora aussi l’état d’arriération d’un pays qui fut « le fer de lance du développement de l’Afrique, à l’aube des indépendances nationales ». Nous devons commencer par le dire si nous voulons des « états généraux de l’histoire » pour l’action. Mamadou Dia y contribue à travers son œuvre « que l’on n’aura pas tort de lire comme un testament politique à l’adresse de la jeunesse d’Afrique ».
En image, au recto de la page vierge de mon recueil de chroniques (octobre, 2003), les mots du président Dia écrits par son épouse sous sa dictée et qu’il signa lui-même de sa main de patriarche des bonnes causes sénégalaises, africaines et mondiales.