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3 avril 2025
Politique
Par Bachir FOFANA
UN PRESIDENT NE SE LAMENTE PAS, IL AGIT
En avouant son échec et celui de son Premier ministre par ricochet (Diomaye mooy Sonko), le chef de l’Etat semble jeter l’éponge avant même d’avoir entamé le combat. Il s’avoue défaitiste
Commençons par exprimer notre solidarité à Abou Diallo et Oumar Sow, aujourd’hui en prison pour des propos que le procureur de la République qualifie de «déclarations de nature à inciter à la discrimination ethnique». Tout démocrate et amoureux de la liberté devrait leur apporter un soutien. Leur arrestation est la énième manifestation de la dérive autoritaire et partisane dont le régime en place s’est fait l’auteur, en quelques petits mois d’exercice du pouvoir. Bah Diakhaté, Amath Suzanne Kamara, Commissaire Keïta, les directeurs de publication des journaux Le Quotidien et La Tribune, Cheikh Yérim Seck, Bougane Guèye Dany, Kader Dia… sont tous passés entre les mains de ce pouvoir liberticide. Tous les républicains et démocrates de ce pays doivent se mobiliser pour arrêter ces harcèlements à la fois injustes et dangereux pour la paix et la stabilité du Sénégal. Et c’est dans ces moments qu’on se demande où sont les universitaires très prompts à pondre un texte sous le régime de Macky Sall.
Ensuite, souhaitons un bon retour parmi nous à Moustapha Diakhaté, qui hume l’air de la liberté après deux mois à l’ombre pour ses opinions politiques. «Danga alku», une expression que tout le monde utilise tous les jours, a été considérée par le procureur de la République comme une insulte, et cela lui a valu un séjour carcéral. L’homme que je suis allé voir en prison m’avait déjà exprimé sa volonté de revenir en force, et il l’a réitérée dès sa sortie : il n’est pas prêt à déposer les armes. «Je suis sorti en très bonne santé, comme avant mon entrée en prison. Je reste convaincu que le combat pour le respect du pluralisme et de la liberté d’expression est mon credo. (…) Je suis encore plus que jamais déterminé à consacrer ma vie à la défense de la démocratie et des Sénégalais», at-il déclaré sur la Rfm. La prison de Rebeuss, pour Moustapha Diakhaté, est «une vraie université». «Un séjour à Rebeuss, même s’il faut payer pour y aller, il faut le faire. J’ai beaucoup appris là-bas.» Bienvenue Grand.
Pastef n’a pas de stratégie
En son absence, beaucoup de choses se sont passées dont la dernière est la première Conférence des administrateurs et managers publics (Camp) tenue cette semaine. Une seule chose a retenu l’attention : les lamentations du président de la République. Oui, un président de la République qui se lamente est tellement rare que cela mérite d’être souligné. Au terme de neuf mois d’exercice du pouvoir, le président de la République, attendu sur des solutions, s’alarme. «D’abord, un Etat contraint dont les marges de manœuvre budgétaire et financière n’existent quasiment plus, une Administration républicaine, mais manquant de cohérence et figée dans des schémas dépassés, alors même que les réalités socio-économiques évoluent rapidement, marquées notamment par la transformation numérique et l’essor de l’Intelligence artificielle», regrette le chef de l’Etat, qui indique de plus que le secteur parapublic est hypertrophié, faisant souvent doublon à l’administration centrale, budgétivore et dont la contribution aux dividendes de l’Etat reste trop faible. Toujours dans ses propos lors de la Conférence des administrateurs et managers publics, le président de la République entend se départir des services publics complexes et coûteux qui limitent l’efficacité des politiques publiques et ternissent l’image de l’Etat. Dès lors, il est impératif de refonder l’Administration, pour la rendre plus moderne, plus proche des citoyens et plus efficiente dans ses missions. C’est l’objectif même de cette Conférence des administrateurs et managers publics, qui se veut un espace de dialogue, de réflexion et d’orientation stratégique.
«Un Président ne devrait pas dire ça…» est le titre d’un livre des journalistes français d’investigation Gérard Davet et Fabrice Lhomme, publié en 2016 et consacré à cinq années d’entretiens privés des deux hommes avec le président de la République française d’alors, François Hollande. Nous aussi, nous sommes tentés de dire à notre cher président de la République qu’«un président se ne lamente pas», ne pleurniche pas. Qu’il est élu pour solutionner les maux dont il a hérité.
A l’alternance de 2000, Me Abdoulaye Wade, lors de son premier voyage en France, avait dit sur le perron de l’Elysée, être venu «chercher des armes car l’Armée du Sénégal est souséquipée. Les caisses de l’Etat sont remplies d’agent». C’est bien plus tard que les Sénégalais ont su par l’entremise de Idrissa Seck, que la situation héritée des socialistes était bien catastrophique. Il dira que pour ne pas casser l’espoir du Peuple, et surtout continuer de bénéficier de la confiance des partenaires, ils étaient dans l’obligation de ne pas communiquer sur la situation réelle du pays
En 2012, lors de l’élection présidentielle, le même Wade prédisait que si Macky Sall était élu, les fonctionnaires pourraient ne pas percevoir leurs salaires. Ce qui présageait d’une situation complexe du pays. L’on se souvient du premier Conseil des ministres du premier gouvernement de Macky Sall, nouvellement élu. A l’unisson, Abdoulaye Daouda Diallo, ministre du Budget, et certains de ses collègues, avaient annoncé que «les caisses de l’Etat (étaient) vides». Mais il leur a vite signifié qu’il ne s’agissait pas de communiquer sur le phénomène, mais de s’atteler à régler les problèmes pour lesquels ils ont été élus
En avouant son échec et celui de son Premier ministre par ricochet (Diomaye mooy Sonko), le chef de l’Etat semble jeter l’éponge avant même d’avoir entamé le combat. Il s’avoue défaitiste contrairement à leurs annonces d’avant accession au pouvoir, quand ils disaient ne pas croire «à la réalité du pouvoir», ou qu’ils avaient les solutions aux problèmes du pays et qu’il ne leur fallait pas plus de «deux mois» pour voir les effets d’une transformation systémique du pays.
Un président de la République ne doit pas être un spectateur de la situation…
Finalement, le parti Pastef n’a pas de stratégie. Finalement, c’est triste de découvrir que c’était juste un regroupement de beaux parleurs au lieu d’être une force de proposition concrète. Le produit n’a pas répondu aux attentes, et c’est dommage. Car les jeunes et la diaspora croyaient réellement au «Porozet» pour un changement qualitatif de leur vie. Diomaye ne fait pas encore le poids ; et si ça se confirme, ce sera de la faute de Sonko qui l’a proposé au Peuple sénégalais. Au Gabon, le Président putschiste a limité les salaires à 5 millions. Au Mali et au Burkina Faso, il y a des menaces de rembourser l’argent pillé ; c’est comme ça qu’on gère. Mais au Sénégal, on assiste à de l’hésitation, des slogans, à d’interminables voyages coûteux qui n’ont rien rapporté. Un Président ne se lamente pas, il a tous les moyens pour agir et il doit agir. «Un président de la République ne doit pas être un spectateur de la situation, mais un acteur central qui porte des réformes ambitieuses. Le Président doit incarner une vision claire, prendre des responsabilités sur des enjeux fondamentaux et ne pas se dérober face aux difficultés», disait Nicolas Sarkozy, le 14 janvier 2007 à Villepinte.
Le Président Diomaye devrait s’inspirer de Napoléon Bonaparte lors du siège de Toulon en 1793. Jeune Capitaine, voyant que la France était en train de perdre face à la Marine britannique et son artillerie, Napoléon soumet un plan d’attaque au Général Dugommier, qui a pris le commandement du siège. L’application de ce plan permit la reprise de la ville aux troupes royalistes et britanniques le 18 décembre, après la prise du Petit Gibraltar. Il est fait d’office Général de brigade pour cette audace.
Oui, il faut de l’audace pour faire bouger les choses. Les Sénégalais ont sanctionné le pouvoir sortant, donc élu Diomaye pour qu’il apporte des solutions, non pour simplement identifier les problèmes. De tels comportements ne font pas honneur à notre République qui a toujours été dirigée par de grands leaders incarnant un leadership avéré et respecté. De plus, un Etat doit rassurer. Un Etat doit donner de l’espoir. Un Etat doit être ouvert d’esprit, moins bavard et plus pragmatique. C’est ce qui facilite les investissements venant de l’extérieur et booste le secteur privé national. Or, à part constater des manquements et se lamenter, Pastef n’a aucune vision. Il est impératif d’agir plutôt que de se contenter de constater les dysfonctionnements. Les constats sont connus, les solutions sont souvent évoquées, mais c’est dans l’action concrète et décisive que se trouve la véritable réforme. Etre dans le temps de l’action suppose de savoir où on va. On est dans le pilotage à vue et dans les règlements de comptes via la Justice
L’Administration sénégalaise connaît les mêmes goulots d’étranglement depuis fort longtemps. Sous Abdou Diouf, nous avions un ministère dédié à la Modernisation de l’Etat. Wade a érigé le département de la Compétitivité et de la bonne gouvernance. Macky Sall a eu à confier le ministère de la Fonction publique, de la rationalisation des effectifs et du renouveau du service public à Viviane Bampassy. C’est dire…
MAMADOU DIA À CŒUR OUVERT
Nous avons rencontré le président Dia pour discuter de vive voix avec cet homme fier et altier, prisonnier de ses certitudes axiologiques et éthiques, de toutes les questions évoquées avec un style si poignant dans son ouvrage
Interview conduite par Babacar TOURE, Ibrahima FALL, Boubacar Boris DIOP |
Publication 25/01/2025
L’actualité politique sénégalaise a été marquée ces derniers temps par la publication des mémoires de MM. Maguette Lo, ancien ministre et de Mamadou Dia, ancien président du Conseil. La publication de ces deux livres a suscité plusieurs réactions de la part des acteurs des douloureux événements de 1962. Suivant une certaine logique de légitimation ou de justification, beaucoup de personnalités ayant jadis joué un rôle de premier plan sur l’échiquier politique sont intervenus dans le débat pour faire part à l’opinion de leur propre lecture des événements.
Au centre du débat, le président Dia affirme être quitte avec sa conscience après avoir, selon lui, rétabli la véracité des faits. Son livre en tout cas constitue un document d’une rare densité intellectuelle dont les analystes politiques ne manqueront pas de tirer les conséquences.
Nous avons rencontré le président Dia pour discuter de vive voix avec cet homme fier et altier, prisonnier de ses certitudes axiologiques et éthiques, de toutes les questions évoquées avec un style si poignant dans son ouvrage. Nous avons abordé avec ce patriote intransigeant, nourrissant un véritable culte de l’amitié, toutes les questions susceptibles de vous intéresser. Très disponible malgré son âge avancé, le président Dia a évoqué pour nous, le contexte de publication de ses mémoires, les événements de décembre 1962, ses rapports avec ses anciens camarades de l’UPS et de l’opposition d’alors, l’échec de la Fédération du Mali, sa conception de l’Unité africaine, le sens de son actuel combat dans l’opposition sénégalaise, etc. Nous vous livrons le fruit de cette réflexion recueillie à chaud. Et spontanément.
Sud Magazine : Pourquoi des mémoires maintenant seulement ?
Mamadou Dia : Je n’avais pas l’intention d’écrire. C’est à la suite de l’interview de Rolland Collin et sous la pression des amis que j’ai finalement décidé d’écrire. Et puis, il y a eu toute cette controverse alimentée par mes adversaires, alors qu’il y a eu amnistie et ils ont continué à déformer l’Histoire.
Hier c’était Magatte Lo, aujourd’hui c’est vous qui publiez vos mémoires. Cette coïncidence est-elle le fruit du hasard ?
Beaucoup de gens pensent que ce n’est pas un simple hasard et avancent l’hypothèse de la parade car, la sortie de mon livre était annoncée depuis 3 ans.
Pour entrer dans le vif du débat, y a-t-il eu en 1962 de votre part tentative de coup d’Etat ?
Je vous renvoie à mon livre. On ne prend pas le pouvoir quand on a tous les pouvoirs. Le bon sens l’exclut. Il y a des gens qui ont comploté contre le Parti et se sont emparés de l’appareil du Parti alors que j’étais prêt à céder le pouvoir à Senghor.
Comment expliquez-vous l’absence de réaction du parti en votre faveur alors que vous réclamiez le respect de la primauté du parti sur l’Etat ?
Vous savez l’appareil gouvernemental est déterminant dans le jeu du pouvoir en Afrique.
Finalement la politique a eu raison de votre amitié avec Senghor, et vous avez perdu le pouvoir et l’ami
Un homme politique véritable doit faire la part des choses. J’ai le fétichisme de l’amitié. C’est un tort, une insuffisance en politique. Je fais mon autocritique. Cependant, même la politique ne doit pas exclure l’éthique qui est au-dessus de tout. Si vous excluez l’éthique de la politique, il n’y a plus rien du tout. C’est valable en politique comme en religion.
On peut penser qu’après toutes ces années d’isolement, c’est l’amertume, les ressentiments, l’esprit revanchard, qui vous font parler
Je n’ai pas de ressentiments ni d’amertume. Si j’ai pu paraître tranchant dans mon livre, c’est que ce sont les faits que j’évoque qui sont durs, dramatiques. Je devais la vérité à l’opinion. Personnellement, je me considère comme un homme chanceux. Dans cette affaire, c’est le pays qui a perdu.
Vous vous êtes attiré l’inimitié [de] collectivités ... à cause de vos méthodes qualifiées d’autoritaires
Je suis un homme d’autorité mais je suis un démocrate. Il y a des secteurs que ma politique heurtait aussi bien dans leurs privilèges que dans leur conservatisme. Par exemple, la promotion d’un islam éclairé, rénové, ne plaisait pas à tout le monde, la politique coopérative, les champs collectifs tout cela n’était pas du goût de certains.
Pour une certaine opinion, le président Dia, c’était la rigueur et l’assainissement des mœurs bien sûr, mais également une certaine rudesse.
Oui, oui, c’est vrai.
Et ça ne vous a pas toujours gagné les faveurs de l’opinion ...
Oui, sûrement mais moi je pensais qu’il fallait faire simplement ce qu’on avait à faire. Il fallait faire son devoir et je me souciais très peu vraiment de propagande, parce que tout ça c’est de la propagande. Moi je pense qu’on a des tâches à faire, on les fait en toute conscience. Je me suis efforcé tout simplement de mener à bien les tâches qui m’étaient dévolues en toute conscience, sans me soucier vraiment de ce qu’on pouvait en penser.
(…) Dans un passage de votre livre vous dites que quand vous avez été arrêté. Senghor ne voulait pas de procès, il avait des mouvements d’âme, mais que c’est Lamine Guèye et Fofana qui ont insisté ...
Je crois à ça aussi. Je l’ai dit dans le livre. Je crois que Lamine Guèye m’en voulait personnellement parce qu’il me considérait comme celui qui l’a vraiment abattu. Je crois que c’est ça le fond du problème. Lamine Guèye a toujours considéré que s’il n’y avait que lui et Senghor, il n’en aurait fait qu’une bouchée.
Est-ce que ce n’étaient pas des divergences d’ordre idéologique puisqu’il était le principal animateur de la section sénégalaise de la SFIO ?
Non ! Il n’y a pas que ça, parce que Lamine Guèye n’était pas un idéologue. Il avait des principes démocratiques et je l’ai dit : c’était un Républicain et il allait le prouver par son œuvre législative. Il était un grand juriste et je l’ai dit. Il avait une certaine générosité sur le plan politique mais à côté de ça, il était très personnel, Lamine Guèye. C’est lui qui devait régner par don. Il admettait difficilement que des jeunes soient venus le bousculer. Et le jeune loup, ce jeune loup qui a beaucoup contribué à l’époque à abattre Lamine Guèye, c’était moi.
(…) Quels étaient vos rapports avec Abdou Diouf, puisque c’est vous qui l’aviez également nommé gouverneur à l’époque ?
Oui, vous savez qu’Abdou Diouf à l’époque, sa tante, Toutane Basse, était la première militante de St-Louis. Il a été élevé par elle. Cette dernière avait pour moi de l’amitié en plus des relations entre camarades de parti. Il y a également des rapports personnels. Quand elle venait à Dakar, elle descendait chez moi, mais pas toujours puisqu’elle avait des parents ici à Dakar. Donc Toutane Basse avait beaucoup insisté auprès de moi (Abdou Diouf venait de terminer ses études à Paris), elle voulait que je fasse tout pour le faire revenir au pays. Comme je considère toujours mes amitiés, alors j’ai tenu quand même à honorer ce vœu de mon amie Toutane Basse.
C’est ainsi donc que d’abord, je me suis arrangé pour le faire figurer parmi la délégation du Sénégal aux Nations-Unies. J’ai été moi-même aux Nations Unies pour représenter le Sénégal et ça a été l’occasion pour moi d’amener Abdou Diouf avec moi. J’étais ministre de la Défense du Sénégal et également président du Conseil. Je me souviens donc que j’ai nommé Abdou Diouf comme secrétaire général de la Défense, à mes côtés. Puis quelques mois après, c’était la réforme territoriale, il y avait la création de postes de gouverneur de région et c’est en ce moment-là que je l’ai proposé comme gouverneur de la région du Sine-Saloum. J’ai trouvé, d’ailleurs, qu’il avait également un bon dossier. Il n’y avait pas seulement des relations personnelles qui ont joué, il y avait également ses mérites personnels, parce que s’il n’y avait pas eu ses mérites personnels, je ne me serais pas permis de lui confier un poste aussi important. C’était aussi l’époque où je me disais qu’il fallait préparer la relève. J’allais ainsi même mettre un peu partout dans tous les postes importants des Sénégalais, même s’ils n’avaient pas encore l’expérience. Senghor n’était pas de cet avis-là. Mais je pense que c’est en se jetant à l’eau que l’on apprend à nager. En tout cas qu’ils se jettent à l’eau me disais-je ! C’est donc dans ces conditions-là que j’ai nommé Abdou Diouf. Il y en avait d’autres comme Habib Thiam et Babacar Ba, comme mon directeur de cabinet. Donc Abdou Diouf a été nommé comme gouverneur. Là aussi, je me heurtais à l’argument de l’inexpérience et de la non-appartenance au parti. Alors là, j’ai parlementé avec eux pour les convaincre d’entrer au parti, ce qu’ils ont fait d’ailleurs.
Quel rôle a joué, lors des événements de 62, Abdou Diouf en tant que gouverneur ?
Mais il a fait comme tous les autres gouverneurs, aussi je n’ai pas compris. On a voulu faire un sort spécial à Abdou Diouf. La vérité c’est que tous les gouverneurs de l’époque me soutenaient et quand on leur demandait d’envoyer des messages de soutien à Senghor, ils étaient tous réticents. Ily avait Amadou Arona Sy à Ziguinchor. Valentin était alors à Thiès. Abdou Diouf a résisté quelques temps. Je dis le seul qui a résisté jusqu’au bout, c’est Amadou Arona Sy, mais ça on ne le dit pas. On dit qu’Abdou Diouf a été le seul, ce n’est pas vrai, c’est une façon de déformer l’histoire.
Est-ce qu’effectivement il a envoyé la motion de soutien à Senghor parce qu’il y a une controverse jusqu’à présent ?
Ça je ne sais pas. C’est des détails, ça je l’ignore. Ce que je sais c’est que tous les gouverneurs de région étaient réticents d’abord. Je dis qu’après, le seul qui ne se soit pas enrôlé, c’est Amadou Arona Sy
Vous vouliez à l’époque que la génération de Abdou Diouf prenne la relève, aujourd’hui la relève est assurée par Abdou Diouf, est-ce que vous regrettez votre option de départ puisque vous vous opposez à lui aujourd’hui ...
Certainement je l’ai dit, mais j’étais de bonne foi, je ne le regrette pas et je pensais qu’il fallait mettre les gens devant leurs responsabilités. Pas seulement d’ailleurs assurer une relève sur le plan politique, mais aussi une relève sur le plan administratif. Je crois que ça aussi, c’est important. Il fallait que ce soit des Sénégalais. Senghor lui n’avait pas confiance aux Sénégalais. Il me disait : « Dia attention, on n’est pas prêt, il faut se préparer vous savez ». II faut que les gens se jettent à l’eau. Je crois que c’est une idée qu’il faut défendre. Il faut la relève et aujourd’hui encore je défends la politique de la relève. Mais relève avec qui ? C’est ça le problème.
(…) Il y a peut-être une question qui concerne vos mémoires parce que nous avons eu beaucoup d’échos et les gens disent que vous êtes trop tendre avec Senghor, même à la limite, câlin.
Oui, mais je pense que je n’arrive pas à faire preuve de hargne à l’égard de Senghor, pas plus d’ailleurs que je dois le faire à l’égard de qui que ce soit, à plus forte raison à l’égard de Senghor. Je considère qu’il y a des liens anciens. J’ai raconté comment j’ai connu Senghor, comment nous avons ensemble milité, nous nous sommes battus ensemble, même si par la suite, il y a eu ce qu’on peut appeler trahison de sa part. Ces choses-là, on ne peut, du jour au lendemain, les gommer. Moi, je suis un homme avec ma nature, ma sensibilité. Bon, je pense que je peux avoir porté un jugement politique sur cela, mais ça ne peut pas altérer ma sensibilité personnelle. Je l’ai dit d’ailleurs, il a exercé sur moi un certain charme. Je crois d’ailleurs que tous ceux qui ont rencontré Senghor reconnaissent que le personnage est séduisant. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il a eu aussi à posséder tous ses compagnons, tous ses amis. Je ne suis pas le seul à avoir subi le charme du personnage. Oui, et j’ai parlé du fétichisme de l’amitié, c’est moi qui suis ainsi fait. Malgré tout, il y a des choses que je respecte.
Et puis, il faut dire que politiquement, j’ai eu raison. Ayant eu raison vraiment, et je crois avoir raison, ai-je besoin de piétiner ce personnage ? Je crois que c’est inutile.
Vous avez tu beaucoup de choses sur Senghor qui auraient pu être plus graves
J’ai dit ce que je devais dire sur le plan politique, aux gens, à mes compatriotes. Ce que je sais sur le plan personnel, ça c’est autre chose. Je n’ai pas à dire ce que je sais. Non seulement de Senghor mais aussi des autres. Il y a des choses que je devrais porter à la connaissance de l’opinion, c’est ce que je me suis efforcé de faire sans donner l’impression que je nourris une haine quelconque à l’égard de Senghor. Je n’ai pas de haine et c’est même dommage que Senghor n’ait pas tout à fait compris cela parce que je pense que s’il avait compris, il aurait même, pendant qu’il était encore au pouvoir, pu essayer de faire encore quelque chose. Et je l’aurais aidé certainement dans la mesure où vraiment, il aurait fait son autocritique, ce qu’il n’a jamais fait. Je crois qu’il n’a pas compris
(…) Senghor, depuis qu’il a quitté le pouvoir vous êtes-vous rencontrés?
Non je l’ai vu deux fois quand il était encore au pouvoir, c’était au lendemain de ma libération quand je suis allé le saluer et le remercier de nous avoir remis en liberté sans conditions, sans que nous le demandions. Je suis allé le revoir une deuxième fois quand j’ai créé l’Internationale africaine des Forces pour le Développement, pour lui soumettre le projet, lui en exposer les mensurations. Je crois que ce sont les deux fois que j’ai rencontré Senghor. Depuis, on ne s’est pas vus. Quand il a perdu son fils, je lui ai envoyé une lettre de condoléances dont il semblait être très touché d’ailleurs parce qu’il m’a répondu en des termes touchants. Pour moi, vraiment, les rapports humains c’est autre chose que les rapports politiques. Quand deux ans après, à mon tour j’ai perdu mon fils, il m’a adressé une lettre de condoléances. Mais depuis, nous ne nous sommes pas vus.
Vous étiez prêt à renouer avec Senghor à votre sortie de prison ? Vous avez dit que vous l’aviez invité à la discussion politique mais qu’il a refusé. S’il avait accepté y aurait-il eu une possibilité d’un nouveau départ ?
J’aurais discuté avec lui. Je ne sais pas s’il y aurait eu une possibilité, ça moi, je n’en sais rien. En tout cas je pensais qu’au lendemain de notre libération, étant donné la situation du pays, de son échec manifeste, il pouvait comprendre qu’il y avait là une planche de salut que je lui tendais. Je pensais à discuter de la façon de reprendre les choses mais pas pour partager le pouvoir, créer pour moi une vice-présidence et ce n’est pas le problème pour moi. S’il était d’accord sur un programme de redressement national, un programme de rénovation nationale, en ce moment-là, j’aurais certainement aidé à la réalisation de ce programme sans prendre d’ailleurs une responsabilité active dans un gouvernement quelconque. Mais j’étais prêt en ce moment-là, mais, malheureusement, il n’a pas accepté.
(…) Vos rapports avec le patronat de l’époque surtout étranger ?
Ils étaient contre la politique de socialisation. Cependant je distingue entre les intérêts privés et le gouvernement français.
Comment vouliez-vous la Fédération à l’époque ? Quels étaient les instruments de cette Fédération ? Comment devaient-ils se mettre à l’œuvre concrètement ?
Vous reprenez les statuts de la Fédération du Mali. A l’époque il y a eu d’abord le Congrès du PFA, son document qui avait défini les structures de la fédération, -sa politique sur tous les plans : intérieur, économique et financier, les projets, et sur le plan constitutionnel ainsi que sur celui de la diplomatie. C’est pourquoi, je crois que vous avez intérêt à aller aux sources, il y a quand même dans ce livre des indications où je donne des précisions. Il y a la Fédération du Mali, sa Constitution. Donc il y avait vraiment tous les instruments de la Fédération. J’ai expliqué aussi dans « Nations africaines et Solidarité mondiale », dans la postface, (si vous ne l’avez pas lu je vous l’indique).
La Fédération du Mali donc a échoué alors que vous vous aviez de réelles convergences avec Modibo Keïta ?
Ah oui !
Vous avez également joué un rôle déterminant dans l’éclatement ?
Oui, c’est vrai parce que là aussi je pense que Modibo Keïta n’a pas joué le jeu. Il ne suffit pas d’avancer qu’on est d’accord pour telle fédération, s’il faut utiliser la fédération pour dominer un Etat, un territoire, un peuple. Ça on ne peut pas être d’accord et, manifestement, c’était la démarche de nos partenaires du Soudan. Ce qu’ils voulaient, c’était exercer une sorte d’hégémonie sur le Sénégal. C’était clair. Et le débat d’ailleurs qu’on a eu avec eux, Senghor qui l’avait présidé, l’a montré, indiquait qu’ils intervenaient dans les affaires intérieures du Sénégal. Nos correspondances étaient violées ainsi que celles de nos camarades syndicalistes. Des responsables syndicalistes, Abdoulaye Ba, a fait état comme responsable syndical des correspondances qui ont été violées par le ministre de l’Information du Mali.
Comment voyez-vous l’évolution probable des relations arabo-africaines et quelle solution préconiseriez-vous?
Je pense qu’il faudrait reprendre tout ça. Peut-être même qu’il faudrait une conférence et cette conférence devra être préparée. Bien sûr, de temps en temps, ils tiennent des conférences, ils appellent ça des conférences islamiques, des pays islamiques et sous le manteau de l’Islam. Là il faudrait vraiment démystifier parce que si on fait ces choses-là en disant que c’est sous le couvert de l’Islam, le résultat n’est pas valable parce qu’il y a des chefs d’Etat non musulmans. Tandis que si on disait qu’il y a une solidarité qui doit exister entre les pays arabes et les pays africains en tant que pays anciennement dominés et qui continuent d’ailleurs de l’être, sur cette base là, on peut tenir des conférences et on verra comment maintenant réaliser cette coopération. Cette coopération doit d’abord être économique. Quand je dis économique, il ne s’agit pas seulement d’aide mais de projets concrets de développement. Surtout sur le plan économique, financier, sur le plan des échanges : il y a des tas de choses qu’on aurait dû faire et qu’on n’a pas faites. Quand on se réunit sous le couvert de l’Islam, on est en train d’escamoter les problèmes vrais de la solidarité entre les pays arabes et nos pays.
Vous pensez donc que les conférences organisées sous le couvert islamique, ont pu être un facteur qui a peut-être marginalisé les Etats qui ont reconnu Israël ?
C’est évident. Ces problèmes sont des problèmes politiques concrets. Il y a l’Islam, d’ailleurs on ne peut pas l’exclure de cela. Je pense que l’Islam avait même sa place au sein de ces conférences-là, mais si on fait uniquement sous le couvert de l’Islam, je dis que c’est même restreindre la portée de cette conférence-là. Ça c’est mon avis et je le dis en tant que musulman.
Donc vous serez pour une suppression de l’organisation de la conférence islamique ?
Non ! S’ils préfèrent la conférence islamique, qu’ils la maintiennent. Je dis ce qui est encore plus important, c’est quelque chose qui déborde, qui dépasse cette conférence islamique. Cette conférence islamique est une conférence politique mais dans le sens vulgaire du terme politique. C’est une conférence politicienne, une conférence de politiciens. Voilà ce que je pense moi de ça qui n’a rien à voir avec l’Islam. Qu’est-ce qu’on a fait pour l’Islam ? Il n’y a pas de projet concret, il n’y en a pas. Alors on se sert tout simplement du drapeau de l’Islam. Moi je dis que ce n’est pas honnête. Je n’exclus pas que les pays musulmans discutent entre eux de l’Islam mais il faut dépasser cela et cesser surtout d’exploiter l’Islam à des fins politiciennes.
Mais peut-être que ça nous amène à un problème plus national ...
Est-ce qu’il est normal qu’un pays comme le nôtre, que notre gouvernement qui se dit laïc puisse présider une conférence islamique, vous trouverez cela normal ? Voilà des contradictions.
Que pensez-vous de la résurgence de l’Islam au Sénégal. Il y a des gens qui prônent carrément une société musulmane islamique régie par la Charia et donc la fin de la laïcité ?
Nous pensons d’ailleurs que l’avenir est aux institutions musulmanes dans des pays comme le nôtre. Mais nous pensons qu’il faut préparer cela et que l’exigence c’est d’abord de former les Musulmans. Mais nous pensons que dans l’état actuel des choses, la création au Sénégal, d’une République islamique, ce serait vraiment un désastre. Parce que les gens n’ont pas d’éducation islamique. Ce serait les féodaux qui prendraient le pouvoir. En tout cas nous insistons surtout sur l’éducation islamique, la formation d’abord.
Et quel est votre point de vue sur la laïcité ?
Oui c’est çà, je dis que ce n’est pas sincère. La laïcité du Sénégal est une laïcité hypocrite. Le chef de l’Etat du Sénégal est vice-président de la Conférence islamique. Alors où est la laïcité. D’un autre côté également quand on parle du président de la République, il se rend régulièrement dans certaines métropoles islamiques pour prendre des instructions. Tout le monde le sait. Où est la laïcité ! Mais ily a un phénomène important et grave qu’il faut signaler qui aussi représente un dangerréel pour la religion et qui explique également cette émergence de ce qu’on appelle aujourd’hui l’intégrisme musulman. Il y a une sorte de provocation de la minorité religieuse soutenue par le pouvoir. Tout le monde parle par exemple de distribution de secours internationaux. Celui de la Croix Rouge « catholique », ça aussi ce sont des choses qui posent ce problème-là. Là aussi, la majorité musulmane se sent frustrée.
Quelle serait la place de la minorité catholique dans un Etat islamique?
Vous savez que l’Islam reconnaît ses droits à cette religion surtout dans la constitution de Médine. Là, non plus, les gens qui parlent d’intégrisme, n’ont pas étudié les institutions musulmanes. Depuis la constitution de Médine, l’Islam accorde une place aux minorités religieuses. Les Juifs, en particulier, qui étaient les principaux ennemis de l’Islam ont des droits reconnus dans la constitution de Médine et ce sont les Juifs qui, dans le premier Etat islamique, jouaient sur le plan économique et en particulier sur le plan bancaire, le rôle le plus important. S’il y a une religion de tolérance c’est l’Islam.
Mais est-ce que vous ne pensez pas que l’existence de l’Islam confrérique au Sénégal soit un frein?
Ah ! Je crois que dans un sens ça n’aurait pas dû l’être, malheureusement ça l’est. D’abord, ça divise les Musulmans alors que les confréries n’étaient pas faites pour ça au départ. Mais en fait, c’est devenu maintenant un handicap parce que c’est une source de division quand on arrive maintenant à ne plus pouvoir se mettre d’accord sur une date pour le Carême, pour la rupture du Carême, pour la Tabaski, qu’on ne puisse plus se mettre d’accord pour le premier jour de l’année musulmane, la Tamkharit. Je pense là, il y a conflit.
(…) Comment s’analyse la léthargie de l’opposition au Sénégal ?
Il y a des gens qui créent des partis pour affaiblir l’opposition véritable. Ceux-là servent le pouvoir. L’opposition se manifeste par des attitudes et non pas seulement par des discours et des proclamations. Nous avons toujours cette idée de conférence nationale des forces populaires pour le changement qui réunirait les forces vives de la Nation organisées ou non au sein de l’opposition. Evidemment le pouvoir et ses satellites ne sont pas partie prenante dans ce processus, car, ils font partie du problème mais pas de la solution. Nous avons enregistré des réactions positives. Cependant, il y a des partis qui ne sont pas très indépendants, et il y a aussi qu’il faut transcender les problèmes de préséance pour ne prendre en compte que l’intérêt national
De plus en plus, on parle des responsabilités de l’opposition sur la situation actuelle. On dit que l’opposition aussi a trahi. On a entendu même Majhmout Diop le dire.
Et vous m’avez également entendu renchérir. Oui mais étant donné ce que nous savons du pouvoir, tous les secteurs de l’opposition disent qu’il n’y a rien à faire avec ce pouvoir. Or la seule façon de faire face, je pense à ce pouvoir-là, c’est entreprendre sa liquidation dans l’intérêt national. On est d’accord. C’est ça, il faut qu’elle soit conséquente avec elle-même et là essayer de se regrouper sous la forme la plus efficace, la plus crédible. Or une coordination ce n’est pas efficace, ce n’est pas crédible. Il faut absolument que les gens acceptent de se regrouper dans une structure organique disciplinée. C’est de cette façon-là que l’opposition pourra être crédible. Il y a là des tas de gens qui attendent, qui disent : « Mais nous on veut bien ». Même au P.S., il y a aujourd’hui des secteurs importants qui sont prêts à suivre l’opposition mais pas une opposition dispersée. C’est ça la faute de l’opposition. C’est pourquoi nous insistons sur la nécessité d’un front organique.
Est-ce que vous pouvez affirmer que l’opposition a trahi dans ce cas-là ?
Ah, oui, je pense que si l’opposition continue de tergiverser surtout, dans la situation actuelle, ce serait une trahison, c’est évident. Les misères du pays sont telles qu’il faut absolument liquider ce pouvoir qui se révèle absolument inefficace, qui ne peut régler aucun problème, même le problème des semences comme des engrais, assurer une bonne rentrée des classes, la lutte antiacridienne qui dure depuis trois mois. L’alerte est venue de l’extérieur, des organisations internationales.
Mais à quoi vous attribuez la dispersion de l’opposition. Est-ce un problème de personnes, de préséance ou autre chose ?
Je crois qu’il y a eu un peu de tout ça, de tout ce que vous dites là. Je crois qu’à un moment donné, peut-être même jusqu’ici encore, ily a des problèmes de personnes. Encore que certains malgré tout, aient transcendé ces problèmes de personnes. Il y a aussi, peut-être, le fait que tous les partis ne sont pas libres de se déterminer même sur le plan des alliances. Il y a des partis qui reçoivent des mots d’ordre malheureusement, il en existe, de l’extérieur. Evidemment ils ne peuvent pas se déterminer en toute indépendance. Moi je crois que c’est là que se trouve la responsabilité de l’opposition. Il est à l’opposition de savoir qu’il est d’intérêt national, qu’elle essaie justement non pas de se saborder mais de faire front dans la cohésion. C’est ça le problème. Ce front patriotique, nous disons que c’est un front structurel, organisé, discipliné avec un seul chef.
Y a-t-il à vos yeux un danger d’intervention de l’armée sur la scène politique au Sénégal ?
Le danger pourrait exister à terme mais, il n’est pas immédiat, mais d’autres forces réactionnaires peuvent faire une incursion. Seulement, en aucun cas, l’armée ne peut être une alternative démocratique ni même efficace.
Que vous inspire la jeunesse d’aujourd’hui ?
Espoirs. Néanmoins, il semble qu’aujourd’hui, il y a beaucoup moins de jeunes militants. Il y en a qui font de la politique par clientélisme. Il y a aussi des jeunes qui essaient de dire NON. Mais d’une manière générale les jeunes sont devenus plus prudents, moins enclins aux sacrifices qu’exigent les épreuves.
Et la presse ?
Il faut regretter ce qu’elle est devenue. Il n’y a plus de vocation journalistique, il y a une sorte de démission. Indépendamment des dispositions des lois, il y a les dispositions d’esprit. La presse des partis ne fait guère mieux. Elle ne soulève pas non plus les problèmes du pays, le concret, mais reflète plutôt des idéologies et de l’intellectualisme.
Seriez-vous prêt à exercer le pouvoir à nouveau ?
Ecoutez, mes mémoires, je les considère simplement comme une mise au point. Je n’ai pas de prétentions pouvoiristes. Ceux qui me considèrent comme un rival se trompent. Je ne veux appartenir à aucune structure de pouvoir
Quelle image voudrez-vous que la postérité garde de vous ?
Oh, ça c’est m’est égal. L’image qu’elle voudra mais l’essentiel pour moi c’est de lui donner suffisamment d’informations qui lui permettent n’est-ce pas de se faire l’image la plus correcte. Ce que je souhaite tout simplement c’est qu’elle puisse choisir objectivement l’image qu’elle veut bien se faire de ma personne
LA CLAIRVOYANCE D’UN PATRIARCHE
Seize ans après sa disparition survenue le 25 janvier 2009, Mamadou Dia, président du Conseil du Sénégal indépendant, est une référence et ses idées irriguent les nouvelles générations d’hommes et de femmes politiques du pays
Par Henriette Niang KANDE |
Publication 25/01/2025
Seize ans après sa disparition survenue le 25 janvier 2009, Mamadou Dia, président du Conseil du Sénégal indépendant, est une référence et ses idées irriguent les nouvelles générations d’hommes et de femmes politiques du Sénégal. En hommage à cette figure emblématique de l’histoire politique du Sénégal, Sud Quotidien remet au goût du jour des instants de réflexion sur la trajectoire, la pensée et l’œuvre du Grand Maodo.
Dans une interview accordée à Babacar Touré, publiée dans le numéro 3 de Sud Magazine (octobre 1986) Mamadou Dia répondait à la dernière question posée : « Quelle image voudrez-vous que la postérité garde de vous » ? Réponse : « Oh, ça c'est m'est égal. L'image qu'elle voudra, mais l'essentiel pour moi, c'est de lui donner suffisamment d'informations qui lui permettent, n'est-ce pas, de se faire l'image la plus correcte. Ce que je souhaite tout simplement c'est qu'elle puisse choisir objectivement l'image qu'elle veut bien se faire de ma personne » .
Aujourd’hui, l’image que la jeune génération d'hommes politiques sénégalais a de lui, est que Mamadou Dia est une référence, pour plusieurs raisons, principalement, en lien avec ses valeurs, sa vision politique, et son rôle historique dans la construction du Sénégal indépendant. Les points qui expliquent cet attrait son un modèle d’intégrité politique, un leader visionnaire et progressiste, un engagement inébranlable en faveur du peuple et un symbole de rupture avec les pratiques politiciennes.
Pendant longtemps, l'histoire de Mamadou Dia a été reléguée au second plan. Cependant, une réhabilitation de sa mémoire a eu lieu à travers des livres, des documentaires, des témoignages et des débats politiques. Pourla jeune génération, donc, ilreprésente une figure historique marquante à (re)découvrir. Son nom évoque une trajectoire unique. Éducateur, militant, et homme d’État, il a incarné avec constance des principes inébranlables, au prix de sacrifices personnels immenses. Mamadou Dia a traversé son temps en témoin privilégié, marquant son époque par son rôle de pionnier et sa fidélité à ses idéaux. De l’école à la politique, son chemin fut tracé par un profond désir de justice sociale et d’émancipation.
Entré en politique grâce à son mentor, Léopold Sédar Senghor, dès 1948, il participe à la création du Bloc Démocratique Sénégalais (BDS) et contribue à son implantation à travers le pays. Il conduit le parti de victoire en victoire électorale, devenant en 1957 vice-président du Conseil de Gouvernement, sous le régime de l’autonomie interne.
Toutefois, des divergences profondes avec Senghor émergèrent à propos du référendum de 1958 sur l’indépendance. Dia, fervent partisan du « non » à toute forme d’allégeance envers la France, s’opposa à la position plus modérée de Senghor. Finalement, un compromis en faveur du « oui » fut trouvé, mais Dia resta convaincu que cette décision compromettait la souveraineté nationale.
Premier ministre du Sénégal indépendant, Dia entreprit de profondes réformes visant à moderniser l’économie et à libérer la paysannerie de l’économie de traite. Son projet d’« économie de participation collective » reposait sur l’autogestion et l’animation rurale. Mais cette vision, jugée trop progressiste, attira des ennemis puissants, tant à l’intérieur qu’à l’étranger
En 1962, des tensions avec Senghor dégénérèrent en une crise politique majeure. Accusé de tentative de coup d’État, Dia fut condamné à une déportation perpétuelle et emprisonné à Kédougou. Pour la première fois dans l’histoire de l’Afrique post-indépendance, un affrontement éclate, dépassant le simple conflit de tempéraments, personnalités ou styles. L’incompatibilité d’humeur laisse place à un divorce ancré dans des divergences politiques profondes. Tout le reste relève de l’anecdotique, que l’Histoire ne retiendra qu’en marge, comme des détails accessoires. Aux dirigeants d’hier et d’aujourd’hui, aux générations d’Africains marginalisées par les manœuvres politiciennes et privées de leur potentiel décisif, aux alliés et adversaires du continent, le témoignage de Mamadou Dia rappelle que, dans une ère marquée par des ruptures inévitables, seules les idées ont un véritable poids
Malgré plus d’une décennie d’emprisonnement, Dia resta fidèle à ses convictions. Il qualifia cette période d ’« ermitage pieux et studieux », durant laquelle il approfondit sa réflexion sur la justice sociale et le développement participatif. Libéré en 1974, il poursuivit son combat politique, publiant plusieurs ouvrages d’analyse et de propositions.
Critique avéré des présidences de Senghor et de Diouf, il ne le fut pas moins quand Abdoulaye Wade, qu’il avait soutenu en 2000, arriva au pouvoir. Dans une de ses chroniques « L’œil du Patriarche », il dénonça les atteintes à la démocratie et appela à une opposition vigoureuse. Il fait partie des rares leaders politiques à s’être distingué par son opposition frontale lors du référendum constitutionnel du 7 janvier 2001. Ce scrutin, décrit comme un « plomb dans les ailes de l’Alternance balbutiante », l’a poussé à qualifier le projet de Constitution wadiste de « chef-d'œuvre d'hérésie [et] de nid d'artifices de bas étage ».
La suite de son combat s’intensifie après la présidentielle du 25 février 2007, marquée par ce qu’il désigne comme un « pickpocket électoral sans précédent ». Dans une déclaration solennelle, il dresse un parallèle saisissant entre les autocrates d’hier et les dirigeants de l’époque : « Naguère, on a eu la génération Bokassa, Amin Dada, Mobutu. Assiste-t-on à un remake de cette ère lugubre pour l’Afrique avec Mugabe, Conté et Wade ? »
Critiquant fermement les dérives du pouvoir de Wade, il dénonce un climat d’impunité : « Sous le Sénégal de l’alternance, on absout les crimes politiques, on tente d’assassiner les opposants et on les agresse - eux et d’autres- en toute impunité. » Il fustige également le comportement de Wade : « Lorsque le gardien de la Constitution, et donc de la légitimité républicaine, se met hors la loi de façon éhontée […] il n’y a plus de place pour l’illusion d’un formalisme juridique quelconque. »
Appelant à une riposte courageuse, il exhorte l’opposition à prendre les devants : « La riposte doit être à la mesure de la provocation. Il n’y a pas d’autre solution que l’action sur le terrain, en acceptant sans hésiter les risques possibles et imaginables. »
Il conclut sur une note déterminée, reprenant la célèbre devise du capitaine chouan : « J’avance, suivez-moi. Si je meurs, vengez-moi. Si je recule, tuez-moi !
Aujourd’hui, Mamadou Dia laisse l’image d’un homme politiquement intègre, ayant traversé les tumultes de l’histoire politique sénégalaise sans jamais trahir ses principes. Il laisse en héritage une vision audacieuse d’un pays souverain et démocratique.
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L'ÉLITE SILENCIEUSE DE LA POLICE SÉNÉGALAISE
La Brigade d'Intervention Polyvalente, fleuron des forces spéciales, forme ses agents à l'excellence opérationnelle dans le secret. Entre entraînements intensifs et missions sensibles, plongée dans le quotidien de ces gardiens méconnus de la paix
La Brigade d'Intervention Polyvalente (BIP), unité d'élite de la police sénégalaise, opère depuis 1975 dans l'ombre de la sécurité nationale. Cette force spéciale, directement rattachée à la présidence de la République et à la Direction Générale de la Police Nationale, constitue le fer de lance de la lutte antiterroriste et du combat contre le grand banditisme au Sénégal.
Dans leurs installations ultramodernes à Dakar, les agents de la BIP suivent un programme d'entraînement intensif quotidien. Leur journée commence invariablement par des exercices physiques rigoureux, suivis de séances tactiques comprenant tir de précision, simulation d'interventions et neutralisation d'engins explosifs. Le centre dispose notamment d'un simulateur de tir laser unique en Afrique de l'Ouest, permettant un entraînement réaliste tout en économisant les munitions.
La formation des agents couvre un large spectre de compétences. Les arts martiaux occupent une place prépondérante, avec la pratique du taekwondo, de l'aïkido, de la boxe et de la lutte. Ces disciplines s'avèrent cruciales lors d'interventions où l'usage d'armes à feu n'est pas approprié. L'unité excelle également dans la détection et la neutralisation de colis piégés, démontrant une expertise technique de haut niveau.
Rompant avec les stéréotypes, la BIP intègre des femmes dans ses rangs. Ces agentes suivent la même formation exigeante que leurs homologues masculins et participent à l'ensemble des missions, prouvant que la compétence prime sur le genre dans cette unité d'élite.
La BIP maintient une disponibilité permanente, ses membres restant mobilisables 24 heures sur 24. L'unité cultive une culture du secret, symbolisée par le port systématique de cagoules lors des interventions, préservant l'anonymat nécessaire à l'efficacité de leurs missions sensibles.
Entre protection rapprochée des hautes personnalités nationales et internationales, interventions antiterroristes et assistance aux autres services de police, la BIP incarne l'excellence opérationnelle de la police sénégalaise. Son professionnalisme et sa discrétion en font un maillon essentiel de la sécurité nationale.
par Birane Diop
LE TEMPS LONG DONNE RAISON À SENGHOR
Du Théâtre national Daniel Sorano aux écoles d'infirmiers, il a créé les institutions essentielles du pays. Son œuvre, aujourd'hui contestée, témoigne pourtant d'une vision universaliste plus que jamais d'actualité
En ces temps formidables marqués par l’ère de la post-vérité sans limites, il m’arrive de discuter avec des compatriotes de l’héritage de nos devanciers, notamment Cheikh Anta Diop et Léopold Sédar Senghor. Deux figures majeures de notre histoire intellectuelle, culturelle, sociale et politique, dont tout Sénégalais devrait être fier au regard de leur trajectoire, bien que leurs visions du monde fussent antagonistes, voire opposées. J’ai lu leurs œuvres et compris leurs désaccords ainsi que leurs petites querelles. Cheikh Anta prêchait la renaissance africaine, tandis que Senghor, dans la même veine que ses amis Damas et Césaire, militait en faveur de la négritude. Cependant, j’ai constaté que l’héritage de Senghor est parfois analysé avec un excès de mauvaise foi, peut-être lié à l’ignorance.
Certains affirment, sans nuance ni recul – des qualités pourtant nécessaires à toute analyse sérieuse et exempte de biais –, que Senghor était un suppôt de la France, un aliéné, un renégat, que sa vision du monde était bidouillée et qu’il serait la principale cause de notre « retard économique ». Pourtant, l’économiste et penseur décolonial sénégalais Felwine Sarr nous dit dans son essai Afrotopia (Philippe Rey, 2016) : « L’Afrique n’a personne à rattraper. » On impute aisément à Senghor une part démesurée de nos échecs. Quelle époque singulière !
Léopold Sédar Senghor était un grand homme d’État. Il a placé le Sénégal, petit pays niché en Afrique de l’Ouest, sur la carte du monde grâce à deux piliers : la culture et l’éducation. Il a fondé les premières institutions culturelles sénégalaises, notamment le Théâtre national Daniel Sorano et la Manufacture nationale de Tapisserie, et fut l’initiateur du Festival mondial des arts nègres. Il a également créé les écoles des agents sanitaires de Saint-Louis ainsi que celles des infirmiers et infirmières d’État, contribuant ainsi à renforcer les infrastructures éducatives et sanitaires du pays. Il avait compris, avant tout le monde, que la culture et l’éducation sont essentielles pour façonner des vies.
C’est pourquoi, durant son magistère, Senghor avait consacré plus d’un quart du budget de l’État à l’éducation et à la culture, convaincu que ces deux domaines constituaient les fondations indispensables d’une nation, qui irait au « rendez-vous du donner et du recevoir », par l’entremise de ses filles et fils bien instruits et éduqués. Le natif de Joal, ancien maire de Thiès – la ville rebelle –, profondément enraciné dans son royaume d’enfance, le pays sérère, mais ouvert aux influences du monde libre, savait que la construction de l’homme total, voire universel, passait par ces deux mamelles. À ce titre, je puis affirmer sans réserve qu’il était en avance sur son temps et sur son monde.
Face aux crises qui assaillent l’humanité et aux impasses de la mondialisation et du néolibéralisme, à la montée de la xénophobie et des passions tristes – ici comme ailleurs dans le corps social –, l’œuvre de Senghor nous invite à monter en humanité en plaçant l’humain au cœur de l’action publique afin qu’il accède au bonheur et au bien-être, quelle que soit sa langue, son origine, sa couleur de peau, son sexe ou sa religion. La pandémie de Covid-19 nous l’a appris à nos dépens. Revisiter son œuvre, bien qu’imparfaite – comme toute œuvre humaine –, nous arme pour résister aux discours de haine, aux assignations identitaires et aux ressentiments.
Par ailleurs, l’œuvre foisonnante de Senghor nous enseigne ceci : le Sénégalais est un être qui s’empêche. Il bâtit des ponts, mais n’érige jamais de barrières. Le Sénégalais est un citoyen du monde, qui a pour seule boussole l’altérité et doit toujours emprunter les voies de la créolisation. Les actualités géopolitiques, notamment ce qui se déroule à Gaza sous nos yeux, rappellent la portée de cette vision universaliste. Senghor, catholique mais avant tout Sénégalais, avait accordé à Yasser Arafat, alors président de l’Autorité palestinienne, un passeport diplomatique lui permettant de voyager sans entraves dans les aéroports du monde libre. Ce geste illustre sa conception d’un humanisme transcendant les frontières religieuses, culturelles et politiques.
L’autre leçon magistrale que nous prodigue le vieux savant sérère est celle-ci : le Sénégalais est animé par une mystique républicaine profondément enracinée en lui. Comme l’avait si bien formulé le philosophe catholique Charles Péguy, « la République est une mystique avant d’être une politique ». Ainsi, la République laïque doit être pour le Sénégalais sa seule patrie, sa seule certitude et le socle inébranlable de son unité.
Aujourd’hui, certains individus sans mesure ni retenue, prompts à invectiver devant l’éternel, s’acharnent encore dans une entreprise abjecte de diffamation, autrement dit, d’outrager sa mémoire. Senghor n’était pas parfait. Il était un simple homme, avec ses failles, ses zones d’ombre et ses erreurs. Cette humanité complexe et imparfaite avait d’ailleurs été mise en lumière lors de l’exposition « Senghor et les arts : réinventer l'universel », qui s’était tenue au Musée du quai Branly. J’ai eu la chance de visiter cette exposition un samedi matin ensoleillé d’août 2023, et elle m’a permis de mieux appréhender la richesse de son héritage, au-delà des critiques souvent réductrices dont il fait l’objet. Mais une chose demeure irréfutable : Senghor a construit l’État-nation, forgeant une identité nationale unifiée malgré la diversité linguistique, religieuse et ethnique qui caractérise le Sénégal. C’était cela, Senghor : un bâtisseur de ponts, un homme de vision. De surcroît, il n’était ni un démagogue, ni une élite désincarnée surfant sur les affects en politique.
Birane Diop est diplômé de l’Université Cheikh Anta Diop, de l’Université Jean Moulin Lyon 3 et du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM Paris).
UNE AUTORITÉ UNIQUE POUR CONTRÔLER MEDIAS ET RÉSEAUX SOCIAUX
La future instance aura pour mission de superviser l'ensemble des supports de diffusion, qu'ils soient physiques ou numériques. L'objectif affiché est d'assurer des "contenus de qualité respectueux des normes éthiques et du droit à l'information"
(SenePlus) - Le ministère de la Communication (MCTN) franchit une étape décisive dans la régulation du paysage médiatique. Lors d'une journée de concertation organisée à Dakar le 24 janvier 2025, le ministre Alioune Sall a présenté un avant-projet de loi visant à créer une autorité administrative indépendante aux compétences élargies.
D'après les initiateurs, cette réforme s'impose face aux limites du système actuel. En effet, depuis 2006, le Conseil National de Régulation de l'Audiovisuel (CNRA) ne couvre ni la presse traditionnelle, ni les médias en ligne, ni les réseaux sociaux. Une lacune d'autant plus problématique que le paysage médiatique a profondément évolué avec la révolution numérique.
"En l'absence de régulation efficace, les plateformes numériques, les réseaux sociaux et l'intelligence artificielle peuvent être sources de menaces sérieuses", a averti le ministre Sall lors de la présentation. Il a notamment pointé du doigt "la prolifération des discours de haine, de défiance, de désinformation, de manipulation et de déstabilisation sociale, politique et économique, nuisibles à tous."
La future instance aura pour mission de superviser l'ensemble des supports de diffusion, qu'ils soient physiques ou numériques. L'objectif affiché est d'assurer des "contenus de qualité respectueux des normes éthiques et du droit à l'information", selon les termes du ministre.
Cette initiative a reçu le soutien du président du CNRA, Mamadou Oumar Ndiaye, qui s'est félicité de voir les compétences de régulation étendues aux plateformes numériques ainsi qu'à la presse écrite et en ligne. Il a insisté sur un principe fondamental : "aucun média, y compris les plateformes numériques, ne devrait échapper à la régulation."
Ce projet ambitieux, présenté devant les organisations faîtières de la Coordination des Associations de Presse, marque un tournant dans la gouvernance des médias au Sénégal. Il vise à adapter le cadre réglementaire aux défis de l'ère numérique, tout en renforçant les mécanismes de contrôle existants.
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LES PROCHAINES ÉTAPES APRÈS LA LEVÉE DE L'IMMUNITÉ PARLEMENTAIRE DE FARBA NGOM
La justice est désormais libre de poursuivre son travail dans l’affaire issue du rapport de la Centif. Daouda Mine a détaillé les étapes suivantes, notamment la transmission du dossier au parquet et l’éventuelle saisine d’un juge d’instruction.
iGFM - TV Après la levée de l’immunité parlementaire de Farba Ngom quelle étape va suivre dans la procédure ? Une question à laquelle Daouda Mine a donné une réponse détaillée sur le plateau de iGFM – Tv.
L’immunité parlementaire de Farba Ngom a été levée ce vendredi. À présent, la justice peut faire son travail sur l’affaire découlant du rapport de Centif.
Selon Daouda Mine, chroniqueur judiciaire, après cette étape, l’Assemblée nationale notifiera au ministre de la Justice la levée de l’immunité du député.
Puis, le ministre le répercutera au parquet. «Et à partir de ce moment, il n’y a plus de barrage pour engager des poursuites contre Farba Ngom», explique Daouda Mine.
Puis, l’autre étape pourrait être l’établissement d’un réquisitoire introductif adressé au Juge d’instruction pour engager des poursuites en visant les infractions précises.
Le Juge d’instruction pourra convoquer le prévenu (et ses avocats) et procéder à l’inculpation au besoin.
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FARBA NGOM PERD SON IMMUNITÉ
Malgré le retrait spectaculaire des députés de l'APR et de Takku Wallu, le vote pour la levée de l'immunité parlementaire du député s'est tenu. Le résultat est sans appel : 130 voix pour, contre seulement 3 oppositions et 3 abstentions
Ce vendredi 24 janvier 2024, l'Assemblée nationale a procédé à la levée de l'immunité parlementaire du député Mouhamadou dit Farba Ngom, lors d'une séance marquée par des tensions et des départs.
La session a été particulièrement mouvementée avec le retrait des députés de l'Alliance pour la République (APR), qui ont quitté l'assemblée sur instruction de leur collègue Abdou Mbow. Ce dernier a qualifié l'initiative d'« escroquerie politique » visant à écarter Farba Ngom. De même, les députés de Takku Wallu ont également choisi de ne pas participer aux délibérations en quittant l'hémicycle.
Malgré ces absences notables, le vote s'est tenu avec 136 participants, dont 10 par délégation. Les résultats sont sans appel : 130 pour la levée de l'immunité, 3 voix contre et 3 abstentions.
Cette décision intervient dans un contexte politique particulièrement tendu. La séance s'est conclue avec le renvoi à la Conférence des présidents pour la fixation du calendrier des prochains travaux parlementaires.
La levée de l'immunité parlementaire de Farba Ngom ouvre désormais la voie à d'éventuelles poursuites judiciaires contre le député dans le cadre d'une affaire portant sur une somme de 125 milliards de FCFA.
Par Serigne Saliou DIAGNE
LETTRE À HAMIDOU ANNE, CE CAPITAINE COURAGE
Quand tout le monde hurlait avec les hyènes pour refuser de voir les vérités en face, Hamidou Anne aura su se dresser par ses idées et aller en rupture de ban pour donner résonance à la parole vraie et surtout à la parole contraire
«Quand tu aimes, il faut partir», «Traverses» prend ici donc fin. Je m’engage désormais en politique pour poursuivre ma réflexion, en y adjoignant désormais l’action du terrain, au service des valeurs qui fondent ma vie : la République, la liberté, la démocratie et la laïcité.» Ces derniers mots de Hamidou Anne, lus ce début de semaine, dans les colonnes du Quotidien ont soulevé en moi beaucoup de tristesse, mais également beaucoup de fierté. Hamidou Anne est cet intellectuel sénégalais d’un courage des dieux qui, face à l’adversité et aux critiques, n’a jamais battu en retraite. Pour la République, pour la justice, pour le bien de son Peuple, il a toujours trempé sa plume afin d’exorciser nos maux, de professer une lucidité et une retenue, d’appeler au dialogue avec l’autre. Dans une ère où les insultes, menaces et quolibets ont pris le dessus sur les idées et arguments sensés dans le débat public, il a su se dresser en chantre de la parole libre et en adversaire de toutes les entreprises de terrorisme intellectuel qui pullulent partout, mais avec une voracité terrible dans notre pays.
«Vos insultes sont nos médailles», ce fort mot de Hamidou Anne, beaucoup de gens pouvant émettre des avis dans l’espace public ont pu se l’approprier pour en faire un bouclier, voire une carapace contre toutes les attaques barbares et en-dessous de la ceinture qu’on a vu émerger dans notre pays depuis la séquence folle de mars 2021. Quand tout le monde hurlait avec les hyènes pour refuser de voir les vérités en face, Hamidou Anne aura su se dresser par ses idées et aller en rupture de ban pour donner résonance à la parole vraie et surtout à la parole contraire. C’est dans cette belle terre de démocratie, dans ce pays qui aura à travers des décennies, exploré le modèle d’un Etat républicain dans ses plus beaux atours et étant au service de tous, qu’une horde de fascistes imposera une dictature des idées et une censure des questions. Cela, jusqu’à ce qu’ils soient rares les intellectuels qui osent se mettre au travers de cette roue ou pourraient avoir le courage de la briser. Avec l’absence totale de nombreux de nos intellectuels du débat public, malgré toutes les manœuvres attentatoires aux libertés publiques et à la démocratie que le nouveau régime mène sans relâche, on peut dire que le temps aura donné raison à Hamidou Anne pour avoir interpellé toutes les impostures qui ne cessaient ces dernières années de pilonner les tenants précédents de notre Etat à coups de tribunes conjointes, pamphlets et pétitions. Aujourd’hui, leur silence enseigne bien que la partisannerie aveugle, en rentrant à l’université, dans nos administrations et dans le monde des médias, finira par causer la perte de ce pays.
De Hamidou Anne, il faudra également retenir que ces chroniques auront toujours été un voyage intime où il aura donné à tous, une part de lui avec une sincérité déconcertante. Je l’ai souvent lu en me disant qu’il est trop transparent, sincère et vrai pour un public souvent assez tortueux et prêt à donner à nos écrits, l’interprétation qui sied le mieux à ses émotions et affiliations du moment. Dans la chronique «Traverses», Hamidou aura parlé pour les petites gens, pour le Sénégalais lambda et toute personne dotée d’une compassion humaniste sur le sort de nos peuples, sur l’organisation de notre vivre-ensemble et sur la confrontation de nos pouvoirs publics à leurs responsabilités dans la noble mission de servir. Il aura su ériger des ponts et passerelles, contribuant à une consolidation du modèle laïc sénégalais en ne manquant pas de le comparer aux errements d’ailleurs.
C’est un enfant de Pikine, fier fils des Chemins de fer sénégalais, qui nous aura fait voyager pendant quatre années dans ces colonnes. Il nous aura montré l’étendue des possibles pour tout citoyen du monde. Il aura plaidé pour les femmes, pour les opprimés, il aura défendu la veuve et l’orphelin. Il aura mis en garde contre la tentation diabolique du populisme, il aura critiqué les excès de tous nos Léviathans modernes présidant à nos destinées communes. Il aura rappelé aux serviteurs de nos administrations et aux gens de nos métiers des armes, l’obligation de retenue et l’impératif de faire passer les intérêts du Sénégal au-dessus de tout. Sa voix aura également résonné à l’international pour donner une certaine idée du Sénégal, tant dans les idées, l’élégance discursive et la rigueur intellectuelle qui, au train actuel des choses, finiront par se perdre. A Hamidou Anne, mes sincères encouragements et remerciements pour avoir aidé à hisser si haut le débat d’idées dans ces colonnes, en toute liberté et indépendance. Face à l’immensité de la faille et de l’effondrement de toute une Nation comme il le dit si bien, il est bien que des hommes forts et courageux s’engagent. La survie de la République, la préservation des libertés et le plaidoyer perpétuel pour un humanisme franc et sincère valent tous les sacrifices. Bon vent cher Hamidou, que tu restes le timonier exemplaire dans tes nouvelles initiatives, afin de mener ta barque à bon port. L’intérêt général, tu le connais, nul besoin de te dire que ta barque sera nôtre et celle de bien de gens nourris des mêmes valeurs.
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LA FACTURE CACHÉE D'AIR SÉNÉGAL
Les dettes atteindraient 500 milliards de francs CFA, soit cinq fois plus que le montant officiel. Une gouvernance défaillante et des choix stratégiques contestables ont poussé la compagnie nationale dans l'abîme
Invité à l'émission Soir d'Info de la TFM ce jeudi 23 janvier 2025, le Commandant Malick Tall, ancien pilote d'Air Afrique et ex-directeur des opérations d'Air Sénégal International, a dressé un tableau alarmant de la situation financière d'Air Sénégal.
Selon cet expert qui cumule plus de 20.000 heures de vol, la dette réelle de la compagnie nationale avoisinerait les 500 milliards de francs CFA, soit cinq fois plus que les 100 milliards officiellement déclarés. Cette situation critique trouve ses racines dans des décisions stratégiques contestables prises depuis 2018, notamment l'abandon d'un business plan initial qui avait été validé dès par la RAME.
Le Commandant Tall pointe particulièrement du doigt le contrat avec la société américaine Carline, dont les avions âgés de 20 à 25 ans grèvent lourdement le budget de la compagnie en frais de maintenance et de carburant. Il préconise leur retrait immédiat de la flotte.
Malgré ce constat sévère, l'ancien directeur des opérations insiste sur la nécessité de maintenir une compagnie aérienne nationale, élément crucial pour le développement du tourisme et de la logistique au Sénégal. Il propose une série de mesures d'urgence : audit des anciennes directions, établissement de comptes d'exploitation certifiés, et recrutement de professionnels compétents aux postes clés.
Ces révélations interviennent alors que le gouvernement sénégalais a annoncé lors du dernier Conseil des ministres, une restructuration globale de la compagnie, avec deux réunions interministérielles prévues en février.