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4 avril 2025
Politique
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
DE LA DÉCOLONISATION DE LA PENSÉE CRITIQUE AU RÉCIT AFRICAIN
EXCLUSIF SENEPLUS - Son essai, riche en références et en analyses, pose les bases d'une méthodologie qui intègre l'histoire, la cosmogonie et l'oralité comme pierres angulaires d'une lecture authentique de la littérature africaine
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
L’essai littéraire, dans son acceptation traditionnelle, est un texte qui, par ses arguments, cherche à convaincre le lecteur. Pour cela, l’auteur utilise différents procédés qui enrichissent une réflexion, sans viser à divertir, et propose une vision nouvelle sur une problématique donnée, en structurant son propos et en l’appuyant d’exemples significatifs.
Cette démarche est véritablement à l'œuvre dans l’essai de Mamadou Kalidou Ba qui porte un titre enrichi de plusieurs paradigmes : Décoloniser la critique littéraire africaine - Nouvelles perspectives théoriques et critiques - Approche ontologique du texte africain.
Cette proposition est éminemment pertinente pour parvenir à une analyse approfondie et juste du texte littéraire africain, avec des entrées d'études qui tiennent compte des symboles et de l’imaginaire littéraires de la littérature africaine.
En effet, Mamadou Kalidou Ba, spécialiste de l’analyse littéraire africaine, s’attache à démontrer combien les référents culturels, l’empreinte sociale, les enjeux sociétaux et symboliques doivent être au centre de la critique littéraire, si l’on veut restituer, dans sa complexité, l’imaginaire littéraire africain qui s’inspire d’un réel historique, tout autant que de ses représentations structurelles.
Même si Mamadou Kalidou Ba prend le soin de préciser qu’il ne s’agit pas de circonscrire l’espace littéraire africain dans un carcan identitaire, il convient toutefois d’en faire un portrait qui prend sa source dans des archétypes qui sont définis par une expérience cognitive africaine.
Comme le souligne Aimé Césaire, cité par l’auteur dans son essai, la conception littéraire, au-delà de son universalité, est travaillée par ce qui est fondamental, ce sur quoi tout le reste s’édifie et peut s’édifier : le noyau dur et irréductible ; ce qui donne à un homme, à une culture, à une civilisation sa tournure propre, son style et son irréductible singularité.[1]
En effet, malgré ses déplacements géographiques liés à la migration choisie ou celle plus tragique de la traite et de l’esclavage, l’anthropologie africaine et ses spécificités possèdent un ancrage qui s’inscrit dans son parcours ontologique.
De plus, Mamadou Kalidou Ba souligne la mise en demeure idéologique qui incarne un négationnisme culturel, imposé par l’esclavage, la période coloniale et postcoloniale comme autant de simulacres d’un impérialisme de la pensée.
Et c’est ce qu’aujourd’hui les chercheurs, les intellectuels et les écrivains africains doivent non seulement combattre mais également transformer en essais qui relèvent d’une véritable analyse anthropologique et sociologique qui s’occupent, dans un mouvement pluriel, de la trajectoire africaine dans son histoire et dans son imaginaire.
Ainsi à travers son étude, Mamadou Kalidou Ba pose plusieurs problématiques pour recouvrir un nouveau paysage dans la critique littéraire africaine.
Il s’agit tout d’abord de se débarrasser de l’utilisation des logiques occidentales qui ne convoquent que des réflexions ethniques ou tribales, asservies à un phantasme irréel, qui sont des impasses culturelles et humaines. Il ne faut pas oublier l’impact de toutes les ruptures épistémologiques liées à l’imposition de langues et de croyances exogènes qui a perduré pendant plusieurs siècles.
En réalité, l’imaginaire africain possède des savoirs pluriels qui prennent leur racine dans un multilinguisme étonnant et créateur de récits et dans un passé à la didactique orale. De plus, la cosmogonie qui oeuvre dans la narration africaine est celle qui finalement est aux origines de la création du monde et de celle des humains. Cette empreinte culturelle puissante constitue un assemblage littéraire singulier qui métamorphose la mise en récit, la temporalité, l’imaginaire et la personnification de l’univers africain.
La critique littéraire moderne doit donc se situer à cette intersection, celle de l’intertextualité fondatrice et des spécificités ontologiques de la pensée africaine.
Tout comme, il faut retenir que la création littéraire africaine puise dans tous ses totems pour parvenir à des caractéristiques narratives originales qui s’entendent à la lumière d’une critique qui accepte toutes les tensions ne cherchant qu’à rompre avec l’ignorance.
Cette nouvelle ontologie de la critique littéraire africaine est une révélation indispensable à la poursuite de notre propre récit. Ainsi, l’histoire, la cosmogonie, les langues africaines, la culture de l’oralité deviennent des angles d’analyse, en somme à valeur pédagogique, pour éclairer les sources natives de la critique littéraire africaine.
Ainsi, l’essai, éminemment scientifique, historique et engagé, de Mamadou Kalidou Ba devient un ouvrage incontournable de la pensée critique littéraire africaine. Argumenté, illustré et référencé, il devient un opus indispensable à tous ceux qui travaillent sur la formation de la création littéraire et à ses analyses théoriques et méthodologiques. Cet ouvrage, qui pose une première pierre à notre pyramide métaphysique de la critique littéraire africaine, en appelle d’autres qui pourront encore embrasser toute la production littéraire africaine contemporaine.
Amadou Elimane Kane est écrivain, poète.
[1] Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Paris, Présence Africaine, 1955, p. 89.
Les militants montent au créneau pour défendre leur leader, impliqué dans une affaire financière liée à l'APROSI. Le porte-parole Mor Sylla dénonce des accusations "mensongères" visant à salir la réputation de l'ancien ministre
Le porte-parole des militants de la coalition FARLU à Louga, Mor Sylla, a dénoncé, samedi, les accusations portées contre le député-maire de la commune, Moustapha Diop, dans une affaire de litige financier portant sur 700 millions de francs CFA.
‘’C’est avec beaucoup de désolation que nous avons appris les accusations portant sur un litige de 700 millions que Madame Tabaski Ngom a prononcées contre le député-maire de la commune de Louga, notre ami et frère Moustapha DIOP’’, a-t-il déclaré.
Dans une déclaration publique lors d’un rassemblement des militants et sympathisants de la coalition FARLU de Louga, Mor Sylla a qualifié ces accusations de “mensongères” et a affirmé qu’elles visaient uniquement à nuire à la réputation de l’édile. Il a également salué la décision de Moustapha Diop de demander lui-même la levée de son immunité parlementaire, y voyant une opportunité pour ce dernier de “laver son honneur et sa dignité”.
Les militants ont réaffirmé leur ”soutien indéfectible” à leur leader et ont appelé la population à se mobiliser à ses côtés.
Mor Sylla a insisté sur le respect de la présomption d’innocence dans le traitement des affaires judiciaires, tout en réaffirmant l’attachement des militants aux institutions républicaines du pays. “La probité morale de Moustapha Diop dans la gestion des affaires publiques ne souffre d’aucun doute”, a-t-il conclu, appelant à ‘’l’unité et à la sérénité face à cette situation’’.
L’immunité parlementaire du député et maire de la ville de Louga, Moustapha Diop cité dans une affaire présumée de détournement de deniers publics a été levée par ses collègues.
Cette demande de levée de l’immunité du parlementaire ayant occupé entre 2014 et 2024 plusieurs postes ministériels émane notamment des juges d’instruction du Pool judiciaire financière qui enquête sur le détournement présumé d’un montant de 700 millions de francs CFA à l’Agence d’aménagement et de promotion des sites industriels (APROSI).
LES NOUVEAUX GLADIATEURS DE L’ARÈNE MÉDIATIQUE
Dans un paysage politique sénégalais souvent dominé par les invectives et les polémiques, deux hommes se démarquent par leur rigueur intellectuelle et leur éloquence: Amadou Ba de Pastef et Pape Malick Ndour de l'APR
Le débat public sénégalais, autrefois marqué par des joutes oratoires nourries et des confrontations d’idées, semble aujourd’hui s’enliser dans la médiocrité. Entre attaques ad hominem, polémiques stériles et postures clivantes, l’espace politique peine à produire des figures capables d’élever le débat. Pourtant, deux hommes politiques, bien que distincts par leur affiliation partisane, se démarquent par leur rigueur intellectuelle, leur éloquence et leur capacité à privilégier l’argumentation aux invectives : Amadou Ba (Pastef/Les Patriotes) et Pape Malick Ndour (APR).
L’un, jeune député brillant, juriste aguerri, incarne la nouvelle génération de Pastef, portant une parole structurée et une maîtrise rare des questions constitutionnelles. L’autre, économiste chevronné, ancien ministre et président de conseil départemental, défend avec verve les réalisations de l’ancien régime tout en maintenant un niveau de débat élevé. Opposés politiquement, ils partagent une même exigence : celle de substituer la réflexion à la polémique, la cohérence à la démagogie.
Amadou Bâ, député et membre de la mouvance présidentielle, s’est très tôt distingué par son verbe facile et sa maîtrise des questions constitutionnelles. Un contradicteur redoutable mais jamais complaisant, il se distingue par son calme olympien et sa préférence pour l’argumentation solide plutôt que pour les attaques personnelles. Très à l'aise en français comme en wolof, il mise sur la substance plutôt que sur les débats superficiels, les exemples concrets plutôt que sur les digressions inutiles.
Récemment, alors que certains cadres de Pastef appelaient au boycott du groupe GFM suite aux « insultes » du chroniqueur Badara Gadiaga contre lui et Ousmane Sonko, le parlementaire a choisi une autre voie. Au lieu de suivre cette interdiction populiste, il a accordé une longue interview à L'Observateur (quotidien du groupe GFM). Ce face-à-face lui a permis de revenir en détail sur la proposition de loi interprétative sur l’amnistie, un texte qu'il porte depuis plusieurs semaines. Il a déployé une véritable campagne de communication autour de cette proposition, multipliant les interventions médiatiques et les publications sur sa page Facebook afin d’expliquer ses positions.
Face à la polémique suscitée par cette proposition, Amadou Bâ a présenté plusieurs amendements pour tenter d’en clarifier la portée. Prévu pour un vote le 2 avril 2025, le texte a suscité de vives protestations et des appels à manifester.
Mais loin de se limiter à cette question, le député s’attaque à d'autres chantiers législatifs. Parmi ses propositions figurent une loi sur le foncier visant à interdire toute délibération foncière dans des zones stratégiques afin de lutter contre la spéculation, ainsi qu'une modification terminologique sur les finances publiques. Il propose notamment de remplacer l’expression « deniers publics » par « deniers du Peuple » ou « deniers de la Nation » afin de souligner que ces fonds appartiennent avant tout aux citoyens.
Le natif de Thiès ne compte pas être un parlementaire passif. Son activisme contraste fortement avec un autre député et un autre Amadou Bâ, ancien Premier ministre et candidat malheureux à la présidentielle de 2024. Ce dernier semble être éclipsé par l'autre. Légalement, il a été élu député suppléant lors des législatives de 2022 et a pris la place de Birame Soulèye Diop lorsque celui-ci a été nommé ministre. Son rôle fut encore plus crucial lors de l’élection présidentielle de 2024, où il a été le mandataire du candidat Bassirou Diomaye Faye.
Son aisance médiatique et son expertise en droit en font une figure incontournable du Pastef. Militant de la première heure, il a occupé la tête de liste du parti à Thiès au dernier scrutin en novembre 2024. Il nourrissait de grandes ambitions pour l'hémicycle, qu’il estimait avoir besoin d’une « cure de jouvence ». Juriste de formation, il est titulaire d'un DEA obtenu à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et a poursuivi ses études en France à l’Université de Reims. Pendant 20 ans, il a vécu dans l'Hexagone, où il s’est investi dans l’accompagnement juridique des demandeurs d’asile, des sans-abris et des jeunes en situation de précarité.
Ces années d’engagement auprès des plus démunis lui ont donné une perception affinée des inégalités, tant en Afrique qu’en Occident. Lui-même le dit : « Cela m’a permis de comprendre toutes les difficultés de l’Afrique et des autres pays sous-développés. » Flegmatique, de taille élancée et au regard perçant, il est imperturbable face aux critiques. Lorsqu’il est attaqué sur sa personne, il répond soit par le silence, soit avec une courtoisie qui désarme ses détracteurs.
Avec une vision ancrée dans la justice sociale et le développement du pays, il continue de tracer son sillon au sein de l’Assemblée et au-delà.
Pape Malick Ndour : le nouveau fer de lance de l’opposition
Depuis la chute du régime de Macky Sall, peu de figures du camp présidentiel déchu ont su maintenir une présence aussi active sur la scène politique que Pape Malick Ndour. L’ancien ministre de la Jeunesse s’est illustré par une implication continue dans l’espace public, prenant le flambeau des marrons-beige à un moment où la majorité des cadres de l’Alliance pour la République (APR) ont préféré se terrer face à la montée en puissance de Pastef.
Pape Malick Ndour n’est pas un novice en politique. Avant la défaite de l’APR aux élections présidentielles de 2024, il était déjà une figure incontournable des débats publics. Pourtant, il était souvent éclipsé par d’autres porte-parole du régime, comme Seydou Guèye ou Pape Mahawa Diouf, qui captaient davantage l’attention médiatique. Aujourd’hui, en l’absence de ces ténors, il occupe une place centrale dans le camp de l’opposition.
Régulièrement invité sur les plateaux de télévision, il est devenu un ardent défenseur du bilan de Macky Sall et un contradicteur redoutable du nouveau pouvoir. Ses interventions, marquées par une solide maîtrise des dossiers économiques et budgétaires, lui confèrent une crédibilité que peu d’opposants parviennent à égaler. Son camarade de parti, Mouhamed Faye, souligne que Pape Malick Ndour « a toujours aimé participer à des débats riches en politique, économie et développement », une passion qui transparaît dans chacune de ses prises de parole.
Une voix imposante contre les accusations du FMI et de la Cour des comptes
L’un des dossiers les plus sensibles sur lesquels Pape Malick Ndour s’est positionné ces derniers mois concerne les révélations du Fonds monétaire international (FMI) sur une supposée dette cachée de 7 milliards de dollars sous le régime de Macky Sall. L’ancien ministre a vivement contesté ces accusations, affirmant que le rapport de la Cour des comptes était « infondé et partial » car il n’aurait pas respecté « le principe du contradictoire », privant ainsi les anciens responsables de la possibilité de défendre leur gestion.
Lors d’une interview sur France 24, il a réaffirmé sa position : « Ce sont des accusations infondées et mensongères. » Selon lui, les difficultés économiques actuelles du Sénégal ne sont pas dues aux choix budgétaires du précédent gouvernement, mais à des erreurs de gestion du nouveau régime.
Dans un contexte où le débat public est souvent marqué par des postures populistes, Pape Malick Ndour se distingue par une approche plus technique. Économiste de formation, il privilégie l’argumentation chiffrée et documentée, ce qui le rend difficile à contredire sur les sujets liés aux finances publiques. Contrairement à d’autres figures politiques qui préfèrent les polémiques stériles, lui choisit de camper son discours sur des thématiques substantielles.
Un parcours politique et académique impressionnant
Né en 1984 à Mbadakhoune, dans la région de Kaolack, il a gravi les échelons de la politique sénégalaise avec une ascension fulgurante. Il est, à ce jour, le plus jeune président de Conseil départemental de l’histoire du Sénégal.
Son engagement politique remonte à ses années étudiantes. Titulaire d’un Master 2 en économie, avec une spécialisation en économie monétaire, financière et bancaire à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), il s’est très tôt intéressé aux questions de finances publiques. Il a également obtenu une maîtrise en analyse et politique économique à l’UCAD. Cette expertise lui a permis d’intégrer le ministère de l’Économie et des Finances, où il a contribué à plusieurs travaux stratégiques.
Sur le plan politique, il a été Coordonnateur National Adjoint et Porte-parole du Mouvement des Élèves et Étudiants Républicains (MEER). Membre fondateur de l’APR, il est également un responsable actif de la Coordination des Jeunesses Républicaines (Cojer) et un cadre influent dans le département de Guinguinéo. Depuis décembre 2008, il milite sans relâche au sein de l’Alliance pour la République.
Une nouvelle figure de l’opposition face au pouvoir en place
Dans un paysage politique sénégalais en recomposition, où l’opposition peine à structurer une riposte efficace face au gouvernement de Bassirou Diomaye Faye, Pape Malick Ndour apparaît comme l’une des rares figures capables de mobiliser et d’incarner un discours cohérent.
Contrairement à d’autres anciens dignitaires du régime de Macky Sall, qui ont choisi la prudence, il n’hésite pas à affronter directement le pouvoir en place. Il dénonce régulièrement ce qu’il considère comme des manipulations du gouvernement actuel, notamment sur les réalisations économiques du précédent régime. À chaque intervention, il rappelle que c’est sous Macky Sall que le Sénégal est sorti du groupe des 25 pays les moins avancés.
Son franc-parler et sa capacité à argumenter avec rigueur font de lui un acteur incontournable du débat public. Régulièrement vêtu d’une chemise et d’une cravate, ou d’un blazer décontracté, il cultive une image d’homme sérieux et accessible. Son aisance sur les sujets économiques lui confère un avantage indéniable dans une opposition qui manque cruellement d’experts dans ce domaine.
Pour beaucoup d'observateurs, s'il continue sur cette lancée, il pourrait bien s’imposer comme l’un des leaders de la future opposition sénégalaise. Dans un contexte où le débat politique est souvent réduit à des attaques personnelles, il privilégie la substance et la clarté des idées.
Face à un gouvernement qui cherche encore ses marques, il se positionne déjà comme un sérieux contradicteur. Reste à voir s’il parviendra à fédérer autour de lui une opposition encore en quête de repères. Mais une chose est sûre : avec son énergie et son expertise, il est bien parti pour jouer un rôle clé dans les années à venir.
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UNE HOMONYMIE AUX CONSÉQUENCES TRAGIQUES
Le corps d'Ibrahima Traoré, décédé en France, a été confondu avec celui d'un autre défunt et inhumé à Dakar. Sa famille, sans nouvelles depuis plus de deux semaines, témoigne de son désarroi face au silence des autorités
La famille Traoré vit un véritable cauchemar depuis plus de deux semaines. Selon leur témoignage, le corps d'Ibrahima Traoré, décédé le 2 mars dernier d'un arrêt cardiaque au Centre Hospitalier de Corbeil-Essonnes, a été confondu avec celui d'un autre défunt et envoyé par erreur au Sénégal où il aurait été inhumé.
"Il est où mon mari ? Il est où Ibrahim Traoré ?" Ces questions déchirantes, Fatumata Traoré les répète depuis que sa famille a découvert avec stupeur l'absence du corps de son époux lors de la toilette mortuaire prévue avant l'inhumation. La scène décrite par les proches est traumatisante : ils se sont retrouvés face à un corps qui n'était manifestement pas celui d'Ibrahima.
"Mon père faisait 1,85m, il était chauve," explique l'une des enfants du défunt. "On nous montre un homme avec les cheveux afro, qui ne ressemble pas du tout à ça." Face à cette découverte, la confusion a rapidement fait place à la colère et à l'incompréhension.
Selon les explications fournies par l'établissement hospitalier, une erreur d'identification aurait été commise, possiblement en raison d'une homonymie partielle. Les deux défunts portaient le nom de Traoré. Le corps d'Ibrahima aurait ainsi été envoyé à Dakar le 7 mars et y serait enterré depuis, loin de sa terre natale du Mali où il souhaitait reposer, près de sa mère à Sikasso.
"Ils nous ont détruit, ils ont détruit ma famille," témoigne sa fille. Plus de deux semaines après cette terrible méprise, la famille n'a toujours aucune nouvelle concernant le rapatriement du corps, malgré une lettre du Centre Hospitalier Sud-Francilien reconnaissant l'erreur et promettant "de tout mettre en œuvre pour organiser un rapatriement rapide".
"Comment peut-on faire notre deuil ?" s'interroge un autre membre de la famille. "Je n'arrive même plus à dormir." Pour Fatumata, son épouse depuis 40 ans, la douleur est double : "La mort nous a vraiment séparés, mais une autre douleur s'y ajoute : la perte du corps."
Face à cette situation exceptionnelle et dramatique, la famille exige désormais un test ADN pour confirmer l'identité du corps enterré à Dakar. Elle a également engagé un avocat pour porter plainte contre l'hôpital, la morgue et la société de pompes funèbres impliquées dans cette affaire.
"C'est trop, même dans un film, même dans une série, jamais, jamais je n'ai entendu ça. Improbable," la fille du défunt.
DES DEMANDEURS D'ASILE AUX ETATS-UNIS, PIÉGÉS AU PANAMA
Des camps dans la jungle aux abris précaires de Panama City, CNN a suivi le parcours de ces migrants pris au piège d'un imbroglio diplomatique. Expulsés des USA sans documentation selon leurs avocats, leur avenir s'écrit désormais dans l'incertitude
(SenePlus) - Selon un reportage de CNN, des dizaines de migrants se retrouvent dans une situation de limbes administratifs au Panama après avoir été expulsés des États-Unis sans possibilité de retourner dans leurs pays d'origine où ils craignent pour leur vie.
D'après l'enquête du média américain, cette situation découle directement du "plan d'expulsion massive de l'administration Trump", qui a exercé des pressions sur des pays d'Amérique latine comme le Panama pour qu'ils acceptent ces migrants. Les personnes concernées viennent notamment du Cameroun, d'Afghanistan, de Russie, de Chine et d'Éthiopie.
Une femme identifiée sous le pseudonyme d'Ambo, originaire du Cameroun, témoigne avoir quitté son pays "en raison de problèmes politiques". Elle explique à CNN : "C'est soit je serai condamnée, soit je passerai le reste de ma vie en prison." Comme beaucoup d'autres, elle est arrivée à la frontière américano-mexicaine le 23 janvier, espérant pouvoir demander l'asile.
La chaîne américaine rapporte comment ces migrants ont été embarqués dans un avion par les autorités américaines, pensant être transférés vers un autre centre d'immigration aux États-Unis. Ce n'est qu'à l'atterrissage qu'ils ont découvert leur destination réelle.
"Nous leur demandions pourquoi ils nous amenaient au Panama. Pourquoi sommes-nous au Panama ?", raconte Ambo à CNN, évoquant la confusion et le désarroi des personnes déportées.
Selon les informations recueillies par CNN, à leur arrivée, les migrants ont d'abord été conduits dans un hôtel de Panama City sous haute surveillance, avec un accès très limité aux communications extérieures. Ambo espérait encore qu'une solution soit trouvée : "Peut-être que l'immigration des États-Unis est venue au Panama pour écouter nos histoires, pourquoi nous sommes allés là-bas", avant de voir son "optimisme anéanti".
Plus tard, comme le précise le reportage, plus d'une centaine de ces migrants ont été transférés dans un camp isolé dans la jungle, loin des ressources de la capitale. Artemis Hazm Sada, une Iranienne qui a fui son pays après avoir changé de religion, décrit des conditions de vie déplorables : "La nourriture était vraiment dégoûtante. Les toilettes étaient très sales, sans intimité, sans porte. L'eau, même quand vous prenez une douche, provoque des démangeaisons."
Les avocats défendant ces migrants affirment que leurs droits ont été violés à chaque étape du processus. CNN rapporte leur position : "Quand ils sont arrivés en Amérique, et quand ils sont arrivés au Panama, ils n'ont jamais été autorisés à parler à un officiel qui voulait qu'un avocat entende leur histoire et leur situation. Et donc, même s'ils prétendent tous être des demandeurs d'asile, ils n'ont jamais eu le droit d'être entendus."
Début mars, le gouvernement panaméen a libéré les migrants du camp de la jungle, mais leur a délivré des permis temporaires pour trouver un autre endroit où aller, sous peine d'expulsion du Panama. Selon CNN, ces permis de 30 jours, qui expirent début avril, sont prolongeables jusqu'à 90 jours.
"Je ne pense pas pouvoir rester au Panama, mais maintenant la question est : où vais-je aller ?", confie Ambo, exprimant l'incertitude qui plane sur son avenir et celui des autres migrants.
Interrogé sur le sort de ces personnes après l'expiration des 90 jours, un responsable du ministère panaméen de la Sécurité n'a pas catégoriquement exclu des retours forcés, indiquant que "chaque cas sera examiné individuellement", rapporte CNN.
Le média américain précise avoir contacté le Service des douanes et de la protection des frontières américain (CBP) et l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) concernant ces vols d'expulsion. Selon CNN, le CBP a affirmé que "ces migrants ont été légalement traités et expulsés, et ont reçu la documentation appropriée dans une langue qu'ils comprennent". Cependant, les avocats des migrants au Panama "nient que les migrants aient reçu une quelconque documentation", souligne le reportage.
Pour ces personnes comme Salam, une Éthiopienne qui a confié à CNN ne plus avoir de famille dans son pays car "ils sont déjà morts", ou Artemis qui risque "une longue peine de prison, ou à la fin, la mort" en Iran pour avoir changé de religion, le retour dans leur pays d'origine équivaut à une condamnation à mort.
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LA NATION REND HOMMAGE À ME KHOUREYCHI BA
La communauté judiciaire, politique et religieuse s'est rassemblée samedi à l'hôpital Principal de Dakar pour honorer la mémoire de l'avocat décédé le 26 mars à Istanbul. Il a marqué l'histoire judiciaire du pays par son engagement indéfectible
Autorités politiques, judiciaires, religieuses, confrères, parents et amis ont pris part, samedi, à l’hôpital Principal de Dakar, à la cérémonie de levée du corps de Me Khoureychi Ba, saluant un avocat d’une ‘’grande dignité’’, qui défendait ‘’la veuve éplorée’’, ‘’l’orphelin esseulé’’ et des ‘’clients plus célèbres’’.
Me Cheikh Khoureychi Ba, figure emblématique du Barreau sénégalais, est décédé, mercredi 26 mars, à Istanbul, en Turquie, des suites d’une maladie, à l’âge de 69 ans.
Il a fait partie du pool des avocats de Pastef, alors dans l’opposition, et qui luttait contre des affaires juridico-politiques ayant donné lieu à de graves crises au Sénégal entre 2021 et 2024. Avec ses confrères Bamba Cissé et Ciré Clédor Ly, il faisait partie des ‘’avocats du peuple PASTEF’’, qualificatif donné par les militants du parti fondé par l’actuel Premier ministre, Ousmane Sonko, et le président de la République, Bassirou Diomaye Faye.
Mes Ciré Clédor Ly, Said Larifou (Comores), Juan Branco (France) étaient présents à la cérémonie de levée du corps aux côtés d’autres membres de la famille judiciaire.
Le Premier ministre Ousmane Sonko a rendu hommage à un homme d’une ‘’grande dignité’’, qui était au service de son prochain. Il rappelé la présence de Me Ba aux côtés des militants de son parti Pastef. Selon lui, Me Khoureychi Ba faisait partie de ceux qui ‘’sont toujours présents pour tout le monde’’.
Au nom du président de la République, il a présenté les condoléances du gouvernement et de la nation à la famille du défunt.
L’avocat Me Ousseynou Fall a relevé que son confrère était un avocat d’une ‘’’grande dignité’’, qui incarnait ‘’la compétence, le courage et la culture’’.
Me Cheikh Khoureychi Ba, selon lui, incarnait ‘’l’avocat au vrai sens du mot’’, celui qui ‘’est appelé au secours et ne demande rien en retour’’. Il avait toutes les qualités requises chez un avocat, ‘’la dignité, la probité, l’honneur, le courage et l’humilité’’, a-t-il dit.
Selon le Bâtonnier de l’Ordre des avocats, Me Cheikh Khoureychi Ba, ‘’c’est plusieurs vies menées au travers de combats multiformes dans sa quête de vérité et de justice’’.
”Il est bien réducteur de ramener la dimension exceptionnelle de l’homme à l’aune d’un de ses clients les plus célèbres. Toute ton œuvre, ton sacerdoce t’ont conduit à fréquenter la veuve éplorée, l’orphelin esseulé, l’étranger en errance et angoissé, les caves surpeuplées pour répondre à l’appel de la justice’’, a-t-il déclaré dans son éloge funèbre.
Cette cérémonie de levée du corps était ‘’un moment émouvant, d’une très grande tristesse’’, selon Me Ciré Clédor Ly, soulignant que le nombre de personnes présentes ‘’témoigne de la dimension de l’homme’’.
Me Cheikh Khoureychi Ba était ‘’un homme d’une grande spiritualité’’, ‘’un avocat qui excellait dans son art, la plaidoirie à l’écrit comme à l’oral’’, a dit son confrère.
Me Ciré Clédor Ly a rappelé que Me Cheikh Khoureychi Ba ‘’a mené des combats très jeune’’ pour la défense des libertés et de la démocratie au Sénégal, soulignant qu’’’il n’y a jamais eu de changement ou d’alternance sans qu’il y ait l’empreinte de Khoureychi Ba’’.
‘’C’était une personne inconnue de ce pays (…). Cet homme avait aussi une dimension internationale’’, a-t-il dit, rappelant qu’il a défendu des hommes et des femmes en Afrique et même en Europe. Selon lui, ‘’peu de personnes savaient qu’il était malade, mais il a tenu jusqu’au bout’’.
CHACUN À L’OCCASION DE VOIR ET D’APPRÉCIER SELON SA CONSCIENCE
Amadou Ba dévoile sa proposition d’amendement de la loi d’amnistie
Alors que la polémique continue toujours sur la nécessité d’abrogation ou non de la loi d’amnistie de mars 2024 et que les députés sont convoqués en séance plénière, le mercredi 02 avril 2025, pour l’examen de la proposition de loi interprétative de cette loi (d’amnistie), l’auteur de cette dernière initiative, Amadou Ba, député à l’Assemblée nationale, dévoile le texte proposé et portant amendement de la loi d’amnistie.
Soucieux, dit-t-il, d’informer l’opinion et de lever toute ambigüité sur le contenu de sa proposition de loi, Amadou Ba, député à l’Assemblée nationale, membre du groupe parlementaire de la majorité, expose ainsi son sa proposition de loi interprétative de la loi d’aministie pour permettre à chacun de l’apprécier, selon sa conscience.
Dans le texte posté sur ses réseaux sociaux, il écrit ceci : «Pour que nul n’en ignore, voilà le texte de la proposition portant amendement de la loi d’amnistie. Chacun a l’occasion de voir et d’apprécier selon sa conscience. Notre proposition de loi interprétative n’a d’autre but que d’exclure du champ de l’amnistie, les infractions criminelles et correctionnelles constitutives ou pouvant être qualifiées «assassinats, meurtres, actes de torture, de barbarie, de traitements inhumains et dégradants, de disparition forcée, et de façon globale, de violations graves des droits fondamentaux de la personne humaine, conformément aux obligations internationales du Sénégal régulièrement ratifiées dans des traités. Les Organisations de la Société civile, le Collectif des victimes, et les citoyens ont ainsi l’occasion de constater, que la proposition de loi interprétative vise à lutter contre l’impunité pour les violations graves de droits humains, considérées comme des infractions imprescriptibles, relavant des normes impératives de droit international (Jus Cogens) qui ont une autorité supérieure aux lois nationales. Tous les AUTEURS d’infractions graves sont concernés, exécutants et surtout COMMANDITAIRES qui ont recruté, armé et financé les nervis et autres milices privées. Non Mme la ministre Aïssata Tall Sall, vous ne pouvez pas amnistier «seulement» ceux qui ont assassiné et tué pour poursuivre «uniquement» les actes de torture. C’est immoral et illégal! Voilà le texte de loi qui sera présenté à la plénière de l’Assemblée nationale, le 02 avril 2025», a posté l’auteur de la proposition de loi portant interprétation de la loi d’amnistie.
EXAMEN DE LA PROPOSITION DE LOI N°05/2025 PORTANT INTERPRETATION DE LA LOI D’AMNISTIE N°2024-09 EN PLENIERE, MERCREDI PROCHAIN
Cette sorite intervient alors que de plus en plus de voix discordantes s’élèvent pour appeler à l’abrogation de la loi d’amnistie (et non à son interprétation), notamment dans la classe politique au sein de l’opposition et des acteurs de la société civile et des familles des victimes. Pendant ce temps, la Commission nationale des droits humains (CNDH), que préside Pr Amsatou Sow Sidibé, invite à recueillir l’avis du Conseil constitutionnel, pour trancher cette question qui commence à polluer le débat politique.
En attendant, dans cinq (05) jours, les parlementaires seront appelés à adopter (ou non) cette proposition de loi interprétative. «Les députés sont convoqués en séance plénière, le mercredi 02 avril 2025 à 10 H 00. L’ordre du jour porte sur l’examen de la proposition de loi n°05/2025 portant interprétation de la loi d’amnistie n°2024-09 du 13 mars 2024», renseigne un communiqué du servie communication de l’Assemblée nationale.
DOUMBOUYA GRACIE DADIS
Condamné pour sa responsabilité dans l'un des massacres les plus sanglants de l'histoire récente de Guinée, l'ancien chef de la junte retrouve sa liberté pour "raison de santé", tandis que les blessures des victimes du 28 septembre 2009 demeurent béantes
(SenePlus) - Dans un développement inattendu qui secoue la scène politique guinéenne, le chef de la junte au pouvoir, le général Mamadi Doumbouya, a accordé une grâce présidentielle à l'ancien dictateur Moussa Dadis Camara. Cette décision, annoncée par décret vendredi 28 mars et diffusée à la télévision nationale guinéenne, intervient moins d'un an après la condamnation historique de l'ex-chef d'État pour sa responsabilité dans l'un des épisodes les plus sombres de l'histoire récente du pays.
Selon les informations rapportées par RFI, le porte-parole de la présidence guinéenne, le général Amara Camara, a lu le décret présidentiel lors d'une intervention télévisée vendredi soir : « Sur proposition du garde des Sceaux, ministre de la Justice, une grâce présidentielle est accordée à M. Moussa Dadis Camara pour raison de santé ». Cette justification médicale étonne, car comme le souligne RFI, « la fragilité de son état de santé n'avait jamais été évoquée jusqu'à présent ».
Moussa Dadis Camara purgeait une peine de 20 ans de réclusion pour crimes contre l'humanité, prononcée le 31 juillet 2024. Sa condamnation avait été saluée comme un pas important dans la lutte contre l'impunité en Afrique.
Pour comprendre l'ampleur de cette décision, il faut revenir aux événements du 28 septembre 2009. Ce jour-là, un rassemblement pacifique de l'opposition guinéenne au grand stade de Conakry s'est transformé en bain de sang. D'après RFI, citant un rapport d'une commission d'enquête internationale mandatée par l'ONU, « au moins 156 personnes avaient été tuées par balle, au couteau, à la machette ou à la baïonnette et des centaines d'autres blessées ». Le même rapport précise qu'« au moins 109 femmes avaient également été violées ».
Moussa Dadis Camara, qui dirigeait la Guinée entre 2008 et 2009, a été reconnu coupable « sur la base de la responsabilité du supérieur hiérarchique » et pour « son intention de réprimer la manifestation », selon les termes du président du tribunal rapportés par RFI. Il avait également été condamné pour avoir manqué à son devoir de sanctions contre les auteurs du massacre.
L'ancien chef du CNDD (Conseil National pour la Démocratie et le Développement) avait quitté la Guinée en 2010 après une tentative d'assassinat, vivant en exil au Burkina Faso pendant 13 ans. Il est revenu volontairement en Guinée en 2022 pour assister à son procès, au cours duquel il « répondait d'une litanie de crimes d'assassinats, violences sexuelles, actes de torture, enlèvements et séquestrations ». Il encourait initialement la réclusion à perpétuité mais a finalement été condamné à 20 ans de prison.
Cette grâce intervient dans un contexte particulier. RFI rapporte que « cette semaine, huit mois après ce verdict qualifié d'historique par certaines ONG de défense des droits de l'homme, les autorités guinéennes ont également publié un décret annonçant la prise en charge des frais d'indemnisation des victimes du massacre du 28 septembre 2009 ». Mais la réalité sur le terrain reste amère : « À ce jour, les 400 parties civiles attendent toujours réparation », précise la source.
Ce développement soulève des questions importantes sur l'engagement de la junte militaire actuelle envers la justice transitionnelle et le respect des décisions judiciaires dans un pays qui tente encore de panser les plaies de son passé récent.
La libération de Moussa Dadis Camara marque un nouveau chapitre controversé dans l'histoire politique tumultueuse de la Guinée, alors que le pays reste sous gouvernance militaire après le coup d'État de septembre 2021 qui a porté le général Mamadi Doumbouya au pouvoir.
PAR Mamadou Diop Decroix
RÉFLEXION ET PROPOSITIONS SUR LA CRISE DU DÉBAT PUBLIC AU SÉNÉGAL
L'État doit jouer un rôle central par ses régulations et son exemplarité, mais la solution pérenne nécessite l'engagement coordonné des médias, des leaders politiques, de la société civile et des plateformes numériques autour d'une charte commune
Le processus de délitement du débat public (injures, diffamations, diffusion de fausses nouvelles, manipulation…) se poursuit et s’approfondit. Chacun a sa petite idée là-dessus mais beaucoup attendent qu’une solution nous tombe du ciel, ce qui ne sera jamais le cas. L’Etat, premier concerné, ne peut détourner le regard et doit s’en occuper mais l’éradication du phénomène ne peut être exclusivement qu’étatique. En tant que phénomène social, son éradication à terme ne passera que par de nouvelles mutations sociales à impulser. Nous avons en effet une société qui change à une vitesse accélérée.
L’urbanisation rapide, l’explosion médiatique et les réseaux sociaux, articulés à la faiblesse de notre présence, en termes de contenus, dans la mondialisation des références culturelles, entraînent une recomposition des normes sociales avec un affaiblissement de nos propres valeurs traditionnelles de respect et de retenue. Sur ce terreau fertile vient se greffer un processus insidieux de politisation outrancière des identités.
La société sénégalaise était et reste réputée pour sa stabilité et sa relative harmonie dues à des mécanismes intrinsèques très forts comme le brassage naturel des différentes communautés par les mariages, le cousinage à plaisanterie, etc. Cependant, aujourd’hui, les discours de haine nous préoccupent et nous inquiètent. Si nous en recherchons les fondements on les retrouvera pour l’essentiel dans la frustration sociale et économique. En effet, une partie de cette violence verbale peut être vue comme le symptôme d’une frustration généralisée, notamment chez la jeunesse. Le chômage, les inégalités sociales croissantes et le sentiment d’un avenir incertain peuvent provoquer une radicalisation du langage et une polarisation du débat.
Frantz Fanon, dans Les Damnés de la Terre avait déjà expliqué comment les frustrations économiques et sociales pouvaient se traduire par des formes de violence, y compris verbale. D’autres grands penseurs antérieurs ou postérieurs à Fanon sont parvenus à la même conclusion. Il s’y ajoute que les réseaux sociaux sont venus transformer la manière dont les débats se déroulent. Les discours y sont plus directs avec la possibilité de l’exprimer de façon anonyme ce qui libère les propos les plus extrêmes et les plus violents.
Tout ceci se déploie dans le contexte d’une crise du modèle traditionnel de régulation sociale. Les instances de légitimation (figures d’autorité) ont décroché du débat public depuis un certain temps ce qui peut aussi expliquer cette montée des tensions verbales. Le phénomène est donc transversal : crise économique, prégnance des réseaux sociaux, mutation des valeurs culturelles et recomposition des rapports politiques. La solution devrait donc être recherchée à travers un ensemble d’actions combinées. Une régulation plus stricte des médias pourrait aider sans qu’il ne s’agisse d’enfreindre la liberté d’expression.
Par exemple édicter des règles de modération plus rigoureuses sur les discours haineux et les insultes dans l’espace public. Dans la formation des journalistes prêter davantage attention à une éthique du débat et promouvoir des plateformes médiatiques plus équilibrées. Sensibiliser les jeunes aux dangers des fake news et de la manipulation politique. Le kersa, le weg mag ak wegante, etc. devraient être à nouveau promus. Il ne s’agit pas d’un retour nostalgique au passé, mais d’une actualisation de ces valeurs dans le contexte actuel en redonnant aux anciens et aux instances de légitimation un rôle plus actif dans l’éducation civique dès le plus jeune âge. La mise en place d’espaces de dialogue intergénérationnels pourrait également contribuer à éliminer l’antagonisme artificiel introduit par la notion d’alternance générationnelle. En Afrique c’est plutôt la convergence générationnelle qu’il nous faut cultiver où les jeunes peuvent apprendre des codes de respect et de tolérance sans se sentir étouffés .
S’agissant du discours politique, nous devons le refonder sur des bases plus saines. Une bonne partie du problème vient du fait que le discours politique au Sénégal (comme ailleurs) est devenu plus agressif et polarisant. Si les citoyens ont le sentiment que leurs idées comptent, ils seront moins enclins à exprimer leur frustration par la violence verbale. Au-delà des médias et de la politique, il faut repenser la manière dont les Sénégalais interagissent dans l’espace public.
L’État est au centre de cette transformation, car c’est lui qui a les moyens d’impulser les changements nécessaires, que ce soit par la réglementation des médias, la réforme de l’éducation, la promotion d’un discours politique plus sain ou la création d’espaces de dialogue inclusifs. Au fond, cette crise à laquelle nous sommes confrontés ne date ni d’aujourd’hui ni d’hier. Elle a accompagné la faillite de l’état néocolonial dont la vacuité idéologique, politique et sociale ne pouvait produire mieux. Sa vocation et ses ambitions ne portaient pas sur l’équilibre et l’harmonie d’une société où règnent la justice, l’unité et la cohésion. L’exemplarité des institutions et des responsables politiques qui les incarnent sera un aspect important au sens de l’influence positive que cela exerce sur le reste de la société.
Mais aux côtés de l’État doivent aussi se tenir les organisations citoyennes. Il faut une approche participative et inclusive pour la co-construction d’une stratégie d’éradication de cette crise du débat public. Les professionnels de l’Information et de la Communication (pour fixer des règles éthiques dans les débats), les leaders politiques (pour les responsabiliser sur leurs langage et comportements), la Société civile, etc. Il reste cependant entendu que tous ces compartiments et secteurs de notre pays sont confrontés, chacun en son sein, à une exigence d’auto-remise en cause et d’auto ajustement. Cela pourrait déboucher sur une charte commune qui engagerait tous les acteurs.
Les campagnes publiques et travailler avec les plateformes comme Facebook, Twitter, YouTube… (si ce n’est pas déjà en cours) pourraient constituer un puissant levier dans la lutte. En espérant que l’Afrique finira par acquérir son autonomie dans ce domaine digital (Intelligence artificielle) comme d’autres grandes puissances.
par Seydou Barham Diouf et Ahmeth Fall Thioune
ABDOURAHMANE THIAM, BÂTISSEUR DE L’AUTONOMIE
EXCUSIF SENEPLUS - Doté d'une vision audacieuse et d'une passion indéfectible pour l'enseignement et la recherche, il a su guider le département de sciences politiques de l'Ucad avec une sagesse et une détermination exemplaires
Seydou Barham Diouf et Ahmeth Fall Thioune |
Publication 28/03/2025
Dans le paysage académique des sciences politiques, certaines personnalités se démarquent non seulement par leur savoir, mais surtout par leur capacité à inspirer et à transformer. Le Professeur Abdourahmane Thiam incarne cette rare combinaison de qualités qui définit un véritable leader. Doté d'une vision audacieuse et d'une passion indéfectible pour l'enseignement et la recherche, il a su guider le département de sciences politiques de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar avec une sagesse et une détermination exemplaires.
Sa pédagogie innovante, associée à une écoute attentive des préoccupations des étudiants, a créé un climat académique propice à l'épanouissement intellectuel. Le Professeur Thiam se distingue également par sa capacité à établir des liens solides entre théorie et pratique, encourageant les étudiants à se confronter aux réalités du monde contemporain. Sa rigueur académique est accompagnée d'une empathie profonde, ce qui lui permet d'être non seulement un enseignant respecté, mais aussi un mentor engagé pour les étudiants du département.
Par-delà les murs académiques,
L’histoire des institutions académiques est souvent marquée par des figures qui, par leur engagement, leur vision et leur détermination, façonnent leur devenir. Le département de Sciences Politiques de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) a connu, au cours des dernières années, une transformation remarquable sous la direction du Professeur Abdourahmane Thiam. «L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde », disait Nelson Mandela. Cette maxime résume bien à elle seule son impact sur des générations d’étudiants au sein de ce département. Elu en 2020, à un moment charnière où le département de sciences politiques venait juste d’acquérir son autonomie, il a su, en quelques années seulement, poser les bases d’une structure académique solide et pérenne.
Pour la consolidation d’une autonomie affirmée !
L’autonomisation du Département de Sciences Politiques par rapport à celui des Sciences Juridiques n’était pas une simple réorganisation administrative. Il s’agissait d’un processus complexe, impliquant des défis structurels, académiques et organisationnels. Un département nouvellement autonome doit se doter de sa propre gouvernance, structurer son offre pédagogique, renforcer son corps professoral et créer des espaces d’échange et d’apprentissage adaptés aux besoins des étudiants.
Tel un architecte minutieux, le Professeur Thiam a su poser les pierres angulaires d’une institution en quête d’indépendance. Sous son magistère, le Département a connu une métamorphose sans précédent. En cinq ans seulement, le nombre d’étudiants s’est vu exploser. Là où on comptait des centaines d’étudiants pour tout le département, on en compte aujourd’hui des milliers. N’est-ce pas là un véritable signe éclatant de l’aspiration collective vers l'excellence et la pertinence d’une discipline en parfaite évolution dans un univers où elle est presque méconnue.
S’inspirant des grands penseurs tels que Pierre Bourdieu, qui affirmait que « chaque institution est une œuvre collective », le Professeur Thiam a su mobiliser l’intelligence collective. Son engagement envers le développement des ressources humaines a été notable. Le recrutement de plusieurs professeurs assistants a enrichi l'équipe pédagogique, permettant une diversité de perspectives et un renforcement des compétences académiques. Chaque nouveau membre de cette équipe a contribué à cette symphonie d'idées, insufflant ainsi un nouvel élan propice à l’épanouissement intellectuel au département.
Vers une effervescence intellectuelle !
« La plus grande réussite d'un leader est de créer un avenir qui perdure au-delà de lui », disait Nelson Mandela. Le Professeur Abdourahmane Thiam a incarné cet idéal avec une détermination exemplaire. Son mandat n'a pas seulement été marqué par une gestion administrative, mais par une véritable vision stratégique pour le département de science politique, une vision qui non seulement a transformé le paysage académique, mais a également posé les bases d'un avenir prometteur pour les générations futures.
Sous l'impulsion du Professeur Thiam, chaque maquette de cours, de la licence 1 au Master 2, a été rigoureusement révisée et enrichie, reflétant l'évolution des sciences politiques et les enjeux contemporains. De nouveaux programmes de Master ont été conçus avec une attention particulière, visant à offrir des parcours diversifiés et adaptés aux besoins du marché du travail. Et le nombre de mémoires soutenus au cours de ce mandat a considérablement augmenté. Cela témoigne d'une dynamique de recherche revitalisée au sein du département. Cette évolution n'est pas anecdotique ; elle marque un tournant décisif dans la culture de production de savoir.
Cette effervescence intellectuelle a ouvert de nouvelles voies pour la réflexion critique. Le département ne se contente pas de former des étudiants passifs ; il engendre des penseurs, des innovateurs, des dirigeants qui sont prêts à relever les défis d'une société en pleine mutation. En cultivant un esprit d'analyse et d'évaluation critique, le département, à sa tête le Professeur THIAM, a su préparer ses étudiants à devenir des acteurs éclairés, capables de naviguer dans un monde complexe et interconnecté.
Et la mémoire du chapiteau…
Debout devant le parking de la faculté depuis 2020, le chapiteau n’a accueilli d’étudiants que pendant une courte durée avant d’être réduit en cendres lors des douloureux évènements de juin 2023. Un coup dur ! Mais un jalon marquant le mandat du Professeur Thiam a été la reconstruction du chapiteau en si peu de temps. Grâce à son leadership éclairé, cet espace de vie et d’échanges d’idées est aujourd’hui complètement réhabilité et pourra accueillir encore des étudiants à la prochaine rentrée. Quel bonheur de se retrouver sous le toit de ce bâtiment, symbole de résilience et d’une détermination collective à transcender les défis.
Jokanjaal Professeur !
Diriger, c’est anticiper, orienter et bâtir. Mais diriger un département naissant, c’est aussi poser les fondations d’une institution, tracer des sillons durables et affronter l’incertitude avec détermination. Le Professeur Abdourahmane Thiam l’a fait durant tout son mandat, avec engagement et rigueur, en tant que chef du Département de Science Politique de la FSJP de l’Ucad. Aujourd’hui, alors qu’il passe le flambeau au Professeur Boubacar Kante, il laisse derrière lui un département totalement métamorphosé, avec des réalisations, visibles et palpables, qui ne sont que la face émergée de l’iceberg. Derrière elles, il y a eu des heures de travail, des négociations, des combats parfois silencieux pour faire avancer le département et lui donner sa pleine autonomie.
Une nouvelle page s’ouvre aujourd’hui avec l’arrivée du Professeur Boubacar Kanté à la tête du département, il est alors essentiel pour nous, étudiants de ce coin de la fac, de rendre hommage à celui qui a posé les jalons de cette ascension. Jokanjaal, Professeur Abdourahmane Thiam ! Merci pour votre engagement, votre dévouement et votre vision. Soyez assuré que votre contribution à ce département reste gravée en lettres d’or dans l’histoire de la faculté des sciences juridiques et politiques de l'Ucad.
Les auteurs sont étudiants en deuxième année de Master en Science Politique à l’Ucad.