Le tribunal des flagrants délits de Dakar a condamné, ce mercredi, l’opposant Ardo Gningue à une peine de deux ans de prison avec sursis, assortie d’une amende de 200 000 FCFA. Il était poursuivi pour des propos jugés contraires aux bonnes mœurs, tenus sur les réseaux sociaux.
Le parquet avait requis une peine de six mois de prison, dont trois fermes. Toutefois, le juge a opté pour une sanction plus lourde mais entièrement assortie de sursis, permettant ainsi au prévenu de retrouver la liberté après une dizaine de jours passés en détention provisoire.
L’affaire trouve son origine dans une publication où Ardo Gningue interpellait le procureur de la République en des termes considérés comme irrespectueux. Il dénonçait l’absence d’enquête contre le journaliste Pape Assane Seck, qu’il accusait d’avoir tenu des propos similaires aux siens.
Devant le tribunal, le jeune opposant a tenté de nuancer ses déclarations, soutenant que le mot incriminé n’était pas une insulte à proprement parler, bien qu’il reconnaisse son caractère déplacé. Exprimant des regrets face aux juges, il a déclaré : « C’était une erreur. Cela ne se reproduira plus. Les pastéfiens ne cessaient de me menacer en disant que je passerais la Korité en prison. »
Le substitut du procureur a, pour sa part, dénoncé une attitude visant à « faire le buzz » et a rappelé l’importance du respect dans l’espace public : « Dès que vous êtes devant les caméras, vous dites tout ce qui vous traverse l’esprit. C’est après que vous réalisez vos erreurs. On peut interpeller le procureur, mais il faut le faire avec respect. »
Cette décision de justice intervient dans un climat politique marqué par une forte tension entre pouvoir et opposition, où les réseaux sociaux sont devenus un terrain d’expression mais aussi de controverse pour les figures publiques.
LA NOUVELLE MOUTURE D'AMADOU BÂ
Face à la polémique, le député de Pastef/Les patriotes, Amadou Bâ, a apporté des amendements sur la proposition de loi interprétative de la loi d’amnistie
Amadou Bâ, qui a fait des amendements, tente de clarifier sa pensée et le champ d’application de sa proposition de loi interprétative pour essayer de calmer les contestations. Si l’esprit n’a pas totalement changé, trois articles de la précédente proposition (2, 5 et 6) ont été biffés dans le nouveau document qui devrait être soumis au vote le 2 avril.
Face à la polémique, le député de Pastef/Les patriotes, Amadou Bâ, a apporté des amendements sur la proposition de loi interprétative de la loi d’amnistie. Selon le nouveau document, «au sens de l’article 1er de la loi n°2024-09 du 13 mars 2024 portant amnistie, sont exclus du champ de l’amnistie les faits survenus entre le 1er février 2021 et le 25 février 2024, tant au Sénégal qu’à l’étranger, sans lien avec l’exercice d’une liberté publique ou d’un droit démocratique, et qualifiés notamment d’assassinats, de meurtres, de crimes de torture, d’actes de barbarie, de traitements inhumains, cruels ou dégradants, même si ces faits se rapportent à des manifestations, quelle qu’en soit la motivation, et indifféremment de leurs auteurs». Si «la présente proposition de loi ne comporte plus que les dispositions à interpréter, à savoir l’article premier et l’article 3», dans le nouveau document présenté à la Commission des lois le 21 mars, l’article 1er de la loi n°2024-09 du 13 mars 2024 portant amnistie, il faut comprendre les «faits susceptibles de qualification criminelle ou correctionnelle ayant une motivation politique ou se rapportant à des manifestations s’entendent comme des faits liés à l’exercice d’une liberté publique ou d’un droit démocratique, que leurs auteurs aient été jugés ou non».
Par ailleurs, le parrain de cette proposition ajoute dans son amendement qu’au sens de l’article 3 de la loi n°2024-09 du 13 mars 2024, «l’amnistie ne préjudicie ni aux droits des tiers ni aux droits des victimes à une réparation intégrale». Alors que le troisième article stipule que «les articles 2, 5 et 6 sont supprimés du texte de la proposition de loi portant interprétation».
Les articles 2, 5 et 6 sont supprimés du texte de la proposition de loi portant interprétation
Qu’est-ce qui a changé ? Il faut savoir que l’article premier du document initial, qui a soulevé des controverses et des polémiques, était ainsi intitulé : «Sont amnistiés, de plein droit, tous les faits susceptibles de qualification criminelle ou correctionnelle ayant exclusivement une motivation politique, y compris ceux commis par tous supports de communication, entre le 1er février 2021 et le 25 février 2024, tant au Sénégal qu’à l’étranger. Mais les faits se rapportant à des manifestations ne sont compris dans le champ de la loi que s’ils ont une motivation exclusivement politique.»
Que disaient les articles 2, 5 et 6 initialement évoqués dans le premier document ? Respectivement : «L’amnistie entraîne, sans qu’elle ne puisse jamais donner lieu à restitution, la remise totale de toutes les peines principales, accessoires et complémentaires, ainsi que la disparition de toutes les déchéances, exclusions, incapacités et privations de droits attachées à la peine.»
«Les contestations relatives à l’application de la présente loi d’amnistie sont jugées par la Chambre d’accusation de la Cour d’appel de Dakar, dans les conditions prévues par l’article 735 du Code de procédure pénale.»
«Il est interdit à tout magistrat ou fonctionnaire de rappeler ou de laisser subsister sous quelque forme que ce soit dans un dossier judiciaire ou de police ou dans tout document officiel, les condamnations, déchéances, exclusions, incapacités, et privations de droits attachés à la peine effacée par l’amnistie sauf dispositions prévues à l’article de la présente loi. (…)» Au sens de l’article 3 de la loi n°2024-09 du 13 mars 2024, «l’amnistie ne préjudicie ni aux droits des tiers ni aux droits des victimes à une réparation. Egalement, la contrainte par corps ne peut être exercée contre les condamnés ayant bénéficié de l’amnistie, si ce n’est à la requête des victimes de l’infraction ou de leurs ayants droit».
Prévu le 2 avril, le vote de la loi interprétative de la loi d’amnistie continue à charrier des protestations avec l’enchaînement des appels à manifester le jour-j pour faire retirer cette proposition de loi interprétative.
UNE AUGMENTATION DE L’EFFECTIF A 18.716 AGENTS ENTRE 2013 ET 2022
La Fonction publique locale a connu une augmentation de plus de 100% de son effectif entre la période 2013 et 2022, passant de 9308 à 18.716 agents, selon diagnostic effectué par le Centre national de la Fonction publique locale et de la Formation (CNFPLF
La Fonction publique locale a connu une augmentation de plus de 100% de son effectif entre la période 2013 et 2022, passant de 9308 à 18.716 agents. C’est ce qui ressort du diagnostic effectué par le Centre national de la Fonction publique locale et de la Formation (CNFPLF) dont les résultats ont été restitués hier, mardi 25 mars 2025, lors d’un atelier présidé par le ministre de l'Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l'Aménagement des territoires. Les résultats de l’étude-diagnostic ont également révélé un taux d’administration faible au niveau national.
En vue de mieux cerner les caractéristiques et les particularités de la Fonction publique locale et dresser les problématiques liées à la formation des agents, l'Etat du Sénégal, avec le soutien de l’ambassadeur de France, a initié un diagnostic de la Fonction publique locale. Sous la conduite du Centre national de la Fonction publique locale et de la Formation (CNFPLF), ce diagnostic, articulé autour de quatre objectifs notamment l’évolution des effectifs, du taux d’administration, de la structure des effectifs par statut…, a révélé une augmentation des effectifs de plus 100% entre 2013 et 2022. Donc, de 9308 en 2013 la Fonction publique locale est passée à 18.716 agents en 2022, contrairement à la Fonction publique d’Etat qui a connu une évolution de moins de 75% pendant cette même période. Les résultats de cette étude diagnostic ont également fait état d’un faible taux d’administrations des Collectivités territoriales au niveau national. Le taux d’administration étant le nombre d’agents sur 1000 habitants, au Sénégal, ce taux dans les Collectivités territoriales varie entre 0,39 et 2,15 agents. Pendant ce temps, ce taux d’administration est autour de 14% dans les pays développés.
INÉGALITÉS DANS LA RÉPARTITION, LA STRUCTURATION DES EFFECTIFS ET LA MASSE SALARIALE
L’étude-diagnostic s’est aussi intéressée à l’inégalité dans la répartition de ces effectifs sur l’étendue du territoire, où la région de Dakar concentre le plus grand nombre d’effectifs des Collectivités territoriale et la région de Kédougou vient en dernière position
En ce qui concerne la structuration de ces effectifs dans les Collectivités territoriales, l’étude a constaté une Fonction publique locale assez atypique où il y a seulement 6% de fonctionnaire pour 41% d’agents non fonctionnaires, 37% de contractuels et 16% pour les autres types d’agents, comparé à la Fonction publique d’Etat où la structuration est de 80% de fonctionnaires et moins de 20% d’agents non fonctionnaires. La répartition de ces effectifs par Collectivité territoriale montre que 72% des agents des Collectivités territoriales travaillent dans les communes, 9% dans les Conseils départementaux (CD) et 19% dans les villes. Pour ce qui est du ratio de la masse salariale par rapport au budget de fonctionnement des Collectivités territoriales, le diagnostic note, au niveau des communes, un ratio de 22% du budget de fonctionnement. Pour les Conseils départementaux, ce ratio est de 44% ; alors que pour les villes, il est autour de 29%. Ce qui porte aux alentours de 25%, selon l’étude, le ratio plus le budget de fonctionnement dans les Collectivités territoriales, avec un salaire moyen mensuel de 164.861 FCFA. Au-delà de ces indicateurs cidessus, le diagnostic s’est également intéressé aux dispositifs de gouvernance des agents des Collectivités territoriales. A ce titre, il a été décelé que seuls 19% des Collectivités territoriales disposaient d’un personnel dédié à la fonction GHR dans les collectivités.
POUR L’ACTUALISATION DU STATUT DE LA FONCTION PUBLIQUE LOCALE ET L’AMÉLIORATION DES CONDITIONS DE GESTION DES RESSOURCES HUMAINES
A l’issue de cette étude-diagnostic, plusieurs recommandations ont été formulées afin de corriger certaines anomalies. L’une des recommandations formulées par la mission du Centre national de la Fonction publique locale et de la Formation, c’est l’actualisation du Statut de la Fonction publique locale et l’amélioration des conditions de gestion des ressources humaines. Tout en saluant l’initiative politique de mettre en place une Fonction publique locale, la mission du CNFPLF estime que si derrière on ne met pas en place un statut qui épouse les spécificités des Collectivités territoriales, ça ne servira pas à grande chose. En outre, le CNFPLF préconise le renforcement de la professionnalisation des emplois par les Collectivités territoriales. Il en veut pour preuve l’inadéquation entre la nomenclature des corps de fonctionnaires et les métiers territoriaux. La mission a également recommandé de garantir l’accès équitable à des services du Centre national de la Fonction publique locale aux Collectivités territoriales…
L’ACTE 4 DE LA DÉCENTRALISATION EN VUE
Présent lors de cet atelier de restitution des résultats du diagnostic, le ministre Balla Moussa Fofana a salué l’initiative. Selon le ministre des Collectivités territoriales, ce «diagnostic vient en son heure parce qu’il nous permet, à partir de maintenant, de pouvoir définir une feuille de route, de lancer les grandes concertations et de pouvoir mettre les résultats de nos travaux dans la grande réforme que nous préparons, qui est l’Acte 4 de la Décentralisation.»
par Boubacar Danfakha
OÙ VA LE PIT-SÉNÉGAL ?
La commission centrale de contrôle doit sortir de sa très longue et profonde hibernation, pour nous expliquer en quoi la ligne adoptée actuellement par le secrétariat est bien la nôtre. Samba Sy peut toujours s’employer à laver blanc
Il n'y a pas longtemps le secrétariat du Pit–Sénégal titrait une de ses déclarations « où va Sénégal ‘». Moi militant de ce parti me pose à contrario la question où va le PIT de nos jours ? Le large rassemblement proclamé lors de la dernière élection présidentielle a vécu avec les résultats qu’on sait. Sa variante aux législatives, itou mais en pire. Des nèfles ! Leur clone dit FDR en piste depuis quelques temps a dans son code génétique des tares qui ne lui feront aboutir qu’à un avorton. La notion de large rassemblement n’est donc plus une panacée. Le fétiche du label ne prospère plus.
Il ne peut en être autrement quand on a fini d’apprendre après le Petit Larousse la définition de l’expression rassembler un cheval : « le tenir dans la main et dans les jambes de façon à le préparer aux mouvements, qu’on veut lui faire imprimer », exactement la compréhension et la finalité du rassemblement pour Macky Sall. L’illustration parfaite en a été donnée lors de la rencontre de Diamniadio aux dépends du secrétaire général du PIT-Sénégal.
Par ailleurs, ce que nous avons voulu être une constante dans notre démarche (le rassemblement) est dorénavant dérivé par la coalition Diomaye Président. Mathématiquement parlant, le dérivé d’une constante est nul. Arithmétiquement, le FDR c’est du zéro + zéro + zéro, donc du zéro pointé.
Le déroulé de nos jours quant à la reddition des comptes offre un spectacle proprement affligeant. Comment un parti au pouvoir a-t-il pu être dans l’ignorance des données institutionnelles ? En attendant peut-être que le secrétariat nous présente la véritable situation. Comment notre perspicacité a pu nous échapper pour ne pas appréhender l’Etat profond sous Macky Sall ?
Macky Sall le travailleur, le très grand travailleur. Sauf que, divine surprise, le bosseur est viré comme un malpropre par ses compatriotes aux yeux desquels ses résultats sont particulièrement insuffisants voire négatifs.
Mathématiquement parlant là aussi un produit est nul quand l’un des facteurs au moins est nul. Pédagogiquement, l’échec renvoie à un travail insuffisant et l’ampleur de l’échec ne peut, en général, faire mériter aucune indulgence. Les contorsions ne feront rien changer à cette réalité.
Pour moins que ce bilan particulièrement délétère, dénoncé par nous, on a été viré du gouvernement de la majorité présidentielle élargie de Abdou Diouf en 1996.
Avons-nous désappris à ce point ? Étions-nous enivrés par les effluves et bonnes senteurs du pouvoir, aveuglés par les lambris dorés ? Pour faire ringard, revenant à l’œuvre majeure de Lénine « le gauchisme ou maladie infantile du communisme dont la dissection met à jour dans un mouvement de gauche :
- une aile droite : opportuniste, réformiste, souvent dirigée par des leaders dérivant vers la droite, sous prétexte de pragmatisme, mais dont le danger est l’aliénation idéologique, au point de faire oublier notre conscience de classe.
- une aile gauche : dont les adeptes clairvoyants considèrent bien que la politique n’est qu’un rapport de force et que l’expérience du concret fait la réalité du concret, mais aussi les puristes allergiques à tout compromis et faisant surtout passer le principe avant la réalité …
D’autre part, on peut également avoir quelques réminiscences de Marx quant à l’accumulation primitive du capital. Notre bourgeoisie nationale qui a accumulé sou par sou, est à la peine, à toutes les peines. En lieu et place c’est plutôt à une accumulation (à une vitesse supersonique d’une extrême sauvagerie de milliards de nos pauvres sous par des individus venant de nulle part), à laquelle nous assistons, sous le regard amusé de celui qu’on peut dorénavant considérer comme le président le plus corrompu de l’histoire politique du Sénégal et certainement le plus sanguinaire et criminel de notre pays : Macky Sall.
Que faire maintenant ?
D’abord sortir de ces coalitions et surtout celles qui n’ont aucunement l’onction du parti. Procéder à notre autocritique courageuse pour avoir donné quitus à des responsables peu vertueux et peu patriotes comme Macky Sall.
Ensuite arrêter sans délai cette fuite en avant du secrétariat du parti, dont les déclarations successives récentes ne font que vendanger toutes les sympathies engrangées par le parti du fait du labeur glorieux de nos leaders historiques.
Quand on a été rejeté massivement par les Sénégalais, il y a mieux à faire que de donner des leçons, en évitant des appels au dialogue dont la finalité par expérience au Sénégal recouvre deux objectifs :
arrêter ce qui est en cours : la reddition des comptes par exemple
recycler des acteurs politiques particulièrement indélicats , prêts à refaire la sale besogne au détriment du peuple.
Samba Sy peut donc toujours s’employer à laver blanc. A laver plus blanc. Il demeure que BBY s’est avérée être une coalition des plus nocives pour le pays.
Un impératif catégorique : la commission centrale de contrôle doit sortir de sa très longue et profonde hibernation, pour nous expliquer en quoi la ligne adoptée actuellement par le secrétariat est bien la nôtre.
En quoi est sincère l’appel au dialogue national de Samba Sy quand lui-même est incapable de discuter avec son opposition interne. La mésentente dure déjà depuis quelques années et certainement pas au profit du parti.
En un mot comme en mille, il urge d’abandonner la ligne de compromission, tant il est vrai qu’elle jure étrangement avec une ligne marxiste-léniniste.
La bonne fonction qui est nôtre, à savoir la capacité d’orientation et de réorientation de nos luttes pour la retrouver passera nécessairement par là.
TRUMP TOURNE LE DOS À 250 ANS D’HISTOIRE AMÉRICAINE
Selon Bernie Sanders, le président américain considère les dictateurs du monde entier comme ses amis, nos alliés démocratiques comme ses ennemis et le recours à la force militaire comme le moyen d’atteindre ses objectifs
(SenePlus) - Dans une tribune d’une rare gravité publiée initialement par The Guardian et reprise ce jour par Le Monde, Bernie Sanders, sénateur indépendant du Vermont et figure historique de la gauche américaine, dresse un constat alarmant : selon lui, les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, ont cessé d’être un modèle de démocratie pour le monde. Pire, ils seraient en train de rejoindre, délibérément, le camp des autocraties.
Cette dénonciation directe, frontale, intervient alors que les tensions géopolitiques s’intensifient et que les États-Unis se trouvent à la croisée des chemins : continuer à incarner la défense des droits humains, ou céder à la tentation de l’autoritarisme.
Un reniement historique de l’engagement américain pour la liberté
Dès les premières lignes, Sanders rappelle avec émotion le rôle historique des États-Unis dans la promotion de la démocratie à l’échelle mondiale. Il invoque la Déclaration d’indépendance et la Constitution comme des références universelles ayant inspiré des générations de combattants pour la liberté.
Mais ce passé glorieux est désormais piétiné, affirme-t-il. Donald Trump, par ses actes récents, a tourné le dos à cet héritage pour s’aligner sur des figures aussi inquiétantes que Vladimir Poutine, Kim Jong-un ou Ali Khamenei. Le vote américain contre une résolution de l’ONU condamnant l’invasion russe de l’Ukraine – une résolution soutenue par 93 pays, dont les principaux alliés des États-Unis – en serait la preuve la plus éclatante.
Une rupture inédite avec l’ordre international et les alliés traditionnels
Le 24 février, l’administration Trump a franchi une ligne rouge symbolique. Pour la première fois, les États-Unis ont voté contre une résolution des Nations unies exigeant le retrait des troupes russes d’Ukraine. Une décision qui les place, de facto, du côté des agresseurs et des régimes autoritaires.
« Plutôt que de se joindre à nos alliés historiques pour défendre la démocratie, le président a voté aux côtés de la Russie, de la Corée du Nord, de l’Iran et de la Biélorussie », écrit Sanders, soulignant l’isolement moral croissant des États-Unis sur la scène internationale.
Ce vote constitue selon lui bien plus qu’un simple positionnement diplomatique : c’est un signal clair que Trump rejette le droit international et la solidarité démocratique au profit d’une vision du monde cynique, brutale et dominée par la force.
Trump, Poutine et la fascination pour le pouvoir autoritaire
Sanders ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’attaque au président russe Vladimir Poutine, qu’il qualifie de « dictateur » ayant anéanti les espoirs démocratiques de la Russie post-soviétique. Il dénonce les assassinats politiques, la répression de la presse, le pouvoir des oligarques et les crimes de guerre perpétrés en Ukraine, y compris l’enlèvement de milliers d’enfants envoyés dans des camps de « rééducation ».
Mais ce qui inquiète le plus le sénateur, c’est la proximité croissante entre Trump et ce modèle autoritaire. Il l’accuse de chercher à extorquer les ressources naturelles de l’Ukraine au profit de ses amis milliardaires, sans aucune considération pour le peuple ukrainien ou pour le droit des nations à disposer d’elles-mêmes.
Une vision impériale, délirante et dangereuse du monde
La tribune ne s’arrête pas à l’Ukraine. Sanders élargit son réquisitoire à l’ensemble de la politique étrangère de Trump, qu’il juge incohérente, mégalomaniaque et dangereuse. Il cite plusieurs exemples qui relèvent presque de la satire, mais qu’il présente comme des intentions réelles :
l’annexion du Groenland, territoire autonome du Danemark ;
la reprise en main du canal de Panama ;
l’absorption du Canada comme 51e État des États-Unis ;
et même l’expulsion de 2,2 millions de Palestiniens pour transformer Gaza en « station balnéaire pour milliardaires ».
Autant d’exemples qui, selon Sanders, trahissent une vision impériale décomplexée, une nostalgie du colonialisme, et un mépris absolu pour les règles internationales.
Le monde face à un tournant historique
Sanders inscrit cette situation dans une perspective historique plus large. Il rappelle qu’au début du XXe siècle, la majorité du monde vivait sous le joug de monarques et d’empires, souvent légitimés par le mythe du « droit divin ». Depuis, une marche difficile mais continue vers la démocratie a été engagée – et les États-Unis y ont joué un rôle central, des champs de bataille de Gettysburg à ceux de Normandie.
Mais aujourd’hui, cette marche est menacée. « Nous sommes à un tournant », avertit-il. Le monde peut encore choisir la voie de la démocratie, de la justice et de la coopération, mais il peut tout aussi bien replonger dans l’autoritarisme, l’oligarchie et la loi du plus fort.
Un appel à la mobilisation des citoyens américains et des démocrates du monde
Le message de Bernie Sanders est clair : ne pas se résigner. Il appelle les citoyens américains à « se battre pour nos valeurs » et à refuser la dérive incarnée par Donald Trump. Il lance également un appel à la coopération internationale entre démocrates, progressistes et défenseurs des droits humains pour préserver l’ordre fondé sur le droit.
Dans une période où les clivages se durcissent et où les voix critiques sont parfois marginalisées, cette tribune constitue un cri d’alarme. Mais aussi un manifeste de résistance. Un plaidoyer vibrant pour la dignité humaine, l’engagement citoyen et la solidarité mondiale.
En conclusion, la tribune de Bernie Sanders est bien plus qu'un texte d'opinion ; c'est un acte politique fort. Elle interpelle les consciences, refuse le cynisme et réaffirme la foi dans une démocratie exigeante, parfois imparfaite, mais essentielle.Alors que les États-Unis sont confrontés à des choix cruciaux sous la présidence de Donald Trump, ce texte pourrait bien devenir l'un des manifestes fondateurs de la résistance démocratique à venir.
par Fadel Dia
CE QUE PARLER VEUT DIRE
EXCLUSIF SENEPLUS - Donner à un texte le titre « Ethnicisme -Needo (sic) ko- bandam(sic) /Violences et prédation sous Macky Sall », c'est réduire le mandat de l'ancien président à une dérive uniquement imputable à son appartenance ethnique
Donner à un texte, et l’ordre des mots est important, le titre de « Ethnicisme -Needo (sic) ko- bandam(sic) /Violences et prédation sous Macky Sall » (le signe / est de moi et le reste est d’origine), c’est apparier d’autorité des notions dont on se demande, à priori, ce qu’elles ont en commun et ce qui justifie, sans que démonstration préalable en ait été faite, qu’on les accole l’une à l’autre. C’est donner à croire que le magistère de l’ancien chef de l’Etat pouvait se réduire à une unique dérive, dont son appartenance ethnique serait seule comptable, et cela nous rappelle cette propension des médias occidentaux à toujours juxtaposer « délinquance » et « immigration » pour accréditer l’idée que l’une produit systématiquement l’autre.
Si le texte lui-même se donne des apparences d’étude sociologique, il n’est en réalité qu’une charge, entre excès de zèle et masochisme, contre une composante nationale, tout entière associée, sans restriction, au pouvoir d’un homme qui pourtant avait été élu au suffrage universel et dont le supposé vivier électoral, ce fameux « titre foncier » qui lui avait été attribué par un courtisan, représente à peine plus de la moitié du corps électoral de la seule ville de Pikine.
Le ton employé est empreint d’une certitude inébranlable, ce qui n’est pas souvent le meilleur chemin pour parvenir à la vérité, et les mots sont excessifs puisqu’on parle « d’éthnicisme ambiant », de « mafieux », de « pulsions de mort », de « gangstérisme d’état », d’un « cercle » aux allures maçonniques et pour finir, mais celle-là on l’attendait au tournant, « d’arrogance » congénitale. Enfin, pour achever la bête, et c’est sans doute l’accusation la plus grave car c’est une forfaiture, on invoque un « ostracisme ethniciste » qui a conduit à mettre au pain sec une partie essentielle du territoire national pour des raisons proprement tribales.
Au total, une somme de comportements qui, nous dit-on, ont failli conduire à la dislocation du pays et dont nous n’aurions été sauvés que grâce au « Bloc de résistance » constitué par les (autres ?) composantes nationales qui « dans leurs diversité culturelle et religieuse, s’en sont tenues au respect du pacte ancestral de paix et de solidarité »!
Je ne m’intéresserai pourtant qu’à la première partie de l’étrange diptyque qui sert de titre à cet article parce que je n’ai ni l’envie ni la légitimité de défendre un président que je n’ai jamais fréquenté, pour lequel je n’avais pas voté et que je n’ai jamais soutenu quand il exerçait le pouvoir. De toutes façons, il n’était ici qu’un prétexte, le sujet dépasse sa personne, sa personnalité ou son parcours politique, qui auraient peut-être pu éclairer sa gestion de l’Etat, sont totalement ignorés. On remarquera néanmoins que dans ce « cercle pular », dans ce réseau de comploteurs qui ont failli conduire notre pays à la ruine et qui comprendrait d’éminents cadres des affaires, des finances, de l’administration ou du milieu maraboutique, un seul complice sort de l’ombre, l’auteur de l’article n’ayant osé citer nommément qu’un seul d’entre eux, le plus insignifiant de tous, un électron libre qui n’exerçait aucune fonction officielle, le maillon faible sans doute qu’il traite « d’immigré » à Dakar, et ce mot a un sens ! Manque de chance pour lui car aucune des personnalités qu’il met au cœur de cet éthnicisme forcené qu’il pourfend, ni le présumé concepteur du projet ni son folklorique propagateur, ne sont, à proprement parler, des modèles parfaits de « l’homo pulaarensis », soit en raison de leur lieu de naissance soit en raison de leur origine familiale.
C’est pourtant à partir de ce « binôme » qu’il a bâti une théorie, mais encore lui faudrait-il trouver les bons termes, ne pas se tromper sur leur sens, ni jouer au yoyo sur leur transcription, et savoir les employer à bon escient ! Ce n’est malheureusement pas le cas et on est plutôt frappé par l’imprécision, voire l’impropriété, des expressions et mots pulaar employés ici dans leur transcription française et cela donne l’impression que leur auteur est peu imbu des arcanes du parler du monde qu’il passe au scalpel avec un parti pris évident.
Commençons par l’appellation par laquelle il désigne ses habitants qu’il nomme « Al pular » (sic), comme s’il s’agissait d’une tribu arabe, et qui fait peu cas de l’histoire. L’expression par laquelle s’appellent elles-mêmes les populations qui vivent sur les deux rives du fleuve Sénégal découle en effet du fait que leur région a été un lieu de passage et de mélange de peuples divers dont le lien principal est devenu la langue imposée par le dernier envahisseur. Elles ne s’appellent ni « Al Pulaar » ni « Toucouleurs » mais « Haal Pulaareen », avec un h bien aspiré et un double a dans chacun des deux termes, si on veut respecter la codification des langues nationales et tenir compte de l’accentuation qui est importante dans la langue peule. Ce n’est pas à proprement parler un nom d’ethnie, puisque l’expression « haal pulaar », au singulier, signifie littéralement « celui qui parle le pulaar », ou fulfulde ou fulani sous d’autres cieux, ou tout bonnement le peul. C’est un terme qui peut s’appliquer à des communautés réparties dans près d’une vingtaine de pays africains éparpillés de l’océan Atlantique aux confins du Nil mais dont les usages et les traditions ne se recouvrent pas rigoureusement. A l’intérieur du Sénégal ils varient selon qu’on se trouve au bord du fleuve Sénégal, dans le Ferlo, au Fouladou, sur les rives de la Gambie et un peu partout à travers le pays. Même à l’échelle du Fouta proprement dit le parler de Matam, dans le Nguénar, n’est pas exactement celui de Podor, dans le Toro. Cela n’est guère étonnant car toute culture est un espace de mélange et la première erreur de l’auteur de ce texte c’est de faire croire qu’il y a une spécificité culturelle exclusive à une communauté et dont aucun signe ne se retrouve ailleurs. Il est vrai qu’il dit par ailleurs que le trait culturel qui sert d’axe à sa démonstration est une « tradition de Teranga » (dont il ne donne pas l’équivalent en pulaar) et qu’elle est commune aux sociétés sénégambiennes, sans en donner néanmoins les différentes versions , parenté qu’il remet vite en cause en précisant que cette valeur a été travestiee par le groupe politique qu’il accuse d’avoir braqué le pouvoir qui l’a transformée en « facteur culturel de structuration ».
Voilà comment sont nées les stigmatisations qui depuis quelques années minent la cohésion sociale dans les pays de l’AES et nous avons à nous inquiéter car les prises de position récentes d’énergumènes qui cherchent à faire le buzz dans les médias semblent indiquer qu’au Sénégal aussi la chasse est ouverte.
Après « Al pular », l’auteur hésite entre « Needo » (avec deux e) et « Neddo »(avec deux d), entre « bandAm » et « bandUM »,c’est sans doute un détail à ses yeux, mais il se trompe car en pulaar il suffit d’une syllabe pour changer le sens d’un mot. L’expression qui fait le titre de cet article, telle qu’elle est écrite, « Needo ko bandam », a un sens tout différent de celui qu’il voudrait lui donner puisque sa traduction littérale c’est … « Celui qui a ELEVE est MON parent » ! Pour dire « l’homme c’est sa parenté » il eût fallu écrire « neDDo », avec un double DD, (lettre que j’utilise faute d’avoir une machine adaptée à la langue pulaar), et « bandUM », en lieu et place de « bandAm ». Mais même écrite correctement, cet adage a subi ce sort qui fait que les mauvaises monnaies chassent les bonnes, son sens profond, celui qui pousse à la réflexion, a été éclipsé par son sens littéral, celui qui incite à la répréhension. C’est une expression qu’on se plait à marteler à tout bout de champ, notamment dès qu’on parle de la solidarité, que l’on croit atavique chez tous les Peuls, ce qui est encore une autre idée reçue. Tous ceux qui connaissent le passé du Fouta, en particulier, savent, pour le regretter, que ses habitants se sont fait plus souvent la guerre entre eux que contre les autres, que son histoire est traversée de jalousies, de rivalités et de divisions qui l’ont souvent affaibli, de conflits familiaux dont certains ont fait des morts, et qu’une autre manière de désigner des adversaires est de dire qu’ils sont de même père. Tous les Foutankés qui ont eu des parents à des postes de responsabilité étatique importants savent qu’il est rare que ceux-ci fassent la promotion intempestive de leurs proches parents à de hautes fonctions, de peur justement d’accréditer la réputation qui leur est faite. Macky Sall (c’est la seule fois où je le citerai, mais c’est une justice qu’il faut lui rendre) est comme par hasard le seul de nos anciens présidents à n’avoir pas nommé une personne de son sang, son neveu, son frère ou son fils, parmi les membres de ses différents gouvernements. S’il a pratiqué le « neDDo ko banndUm » ses proches parents en doutent puisqu’une de ses tantes avait fait scandale il y a quelques années en avouant aux journalistes qui visitaient son village ancestral qu’il n’avait rien fait pour ses parents restés dans la maison familiale et que son propre frère a pris le risque de laver son linge sale en public en confessant qu’ils ne s’étaient vus qu’à de rares occasions pendant ses deux mandats ! Alors pourquoi, quand on est chercheur, ne pas avoir fait l’effort de chercher ailleurs que dans son origine ethnique les raisons de tous ses dévoiements politiques ?
« NeDDo ko banndUm », dans son sens originel, c’est en réalité un appel à la solidarité entre les humains et sa vraie et initiale signification c’est « tout homme est votre parent » parce qu’il est votre semblable, ou plus généralement, qu’en tant qu’homme, le sort d’aucun être humain ne peut m’être indifférent. On est bien loin du sens restrictif qu’on donne à cette expression, de l’usage qu’on en fait et de l’interprétation qui en est rendue ici, pour des raisons dont on imagine les motivations.
Je n’ai pas cherché à répondre à cet article, sur le fond, car il a déjà suscité des réactions qui montrent que les idées qu’il contient ne sont pas partagées par la majorité des Sénégalais. Je me suis contenté d’en faire un commentaire et si je le fais avec une certaine acrimonie, c’est parce qu’il manque de rigueur scientifique et que c’est de l’absence de précision que naissent souvent les mésententes et les conflits, et aussi pour qu’il ne serve pas de viatique à ceux qu’il encense. Mais plus que de la colère j’éprouve de la tristesse, comme chaque fois que je vois quelqu’un qui se targue d’être un chercheur se complaire dans l’à peu près, se refuser de faire l’effort d’aller au fond des choses et, surtout, oublier que le pire ennemi de la connaissance c’est le préjugé.
LE GOUVERNEMENT INTERPELLÉ
Le député Guy Marius Sagna a adressé, lundi 24 mars 2025, douze questions écrites au gouvernement, portant sur divers sujets d’intérêt public. Parmi elles, la dixième retient particulièrement l’attention en soulevant la question du cadre légal des ...
Le député Guy Marius Sagna a adressé, lundi 24 mars 2025, douze questions écrites au gouvernement, portant sur divers sujets d’intérêt public. Parmi elles, la dixième retient particulièrement l’attention en soulevant la question du cadre légal des interdictions de sortie du territoire. Le parlementaire s’interroge sur l’existence d’enquêtes ou de procédures judiciaires en cours à l’encontre d’anciens responsables, et sur l’éventuelle notification de telles restrictions aux personnes concernées.
D’autres thématiques touchant à l’éducation, la santé et les infrastructures figurent dans ses interrogations. Sa première question porte sur les critères de sélection en Master à l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane (Un-Chk), tandis que la deuxième concerne les difficultés budgétaires du Centre régional de formation en santé (CRFS) de Ziguinchor.
Le député a également alerté sur la menace d’effondrement du service d’hémodialyse de l’hôpital régional de Thiès (3), ainsi que sur la pénurie d’eau qui affecte certains quartiers de Ziguinchor depuis plusieurs jours (4). La cinquième question porte sur l’électrification du quartier Samine Santo, situé dans la commune de Samine.
Sur le plan des infrastructures et des services publics, M. Sagna a interpellé l’exécutif sur la couverture radio mobile et la qualité jugée défectueuse des services des opérateurs téléphoniques dans le Diéri, en particulier dans la commune de Ndiayène Pendao (6). Il a aussi sollicité des précisions sur le bitumage de l’axe Thillé Boubacar-Mbidi-Tessakeré-Mbeulekhé (7).
Le député membre de la CEDEAO a également demandé des explications sur l’exigence de billets d’avion pour l’obtention d’un passeport au commissariat de Yama Togne à Ziguinchor (8). La sécurisation des infrastructures numériques (9), le retard dans le paiement des bourses des élèves-maîtres (11) et les arriérés de salaire de deux mois dus aux travailleurs du projet Registre national unique (RNU) de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) (12) font aussi partie de ses interpellations.
Par cette série de questions écrites, Guy Marius Sagna cherche à obtenir des clarifications sur ces différents dossiers et attend des réponses concrètes de la part du gouvernement.
LA REALITÉ DE LA SOUVERAINETÉ NATIONALE, AU-DELÀ DU DISCOURS
Si quelques actes symboliques marquent une rupture avec l'ancien régime, les experts notent l'absence d'une stratégie claire pour transformer profondément les structures économiques et politiques héritées de l'époque coloniale
Le Parti Pastef actuellement au pouvoir a bâti sa notoriété politique sur la nécessité pour le pays de se réapproprier sa souveraineté. mais après un an au pouvoir, le tandem Diomaye-Sonko peine manifestement à prendre de grandes mesures allant dans ce sens, même si des intellectuels perçoivent une certaine lueur.
Souveraineté économique et monétaire, panafricanisme, départ des troupes françaises au Sénégal… l'idéologie du parti Pastef, au-delà des batailles politiques avec l'ancien régime de Macky Sall, avait séduit grâce à sa propension à vouloir s'affranchir totalement du joug colonial et néocolonial et son agenda panafricain. Ce qui a notamment poussé beaucoup de partis de gauche à se ''dissoudre'' dans cette formation politique aujourd'hui au pouvoir. Mais après un an au pouvoir, cette promesse souverainiste commence-t-elle à se concrétiser ? Une ligne de démarcation avec ce qui se faisait est-elle perceptible ? La réponse est visiblement nuancée. Pour le directeur de Legs Africa, Elimane Kane, le nouveau régime gagnerait à commencer d'abord par adopter une définition opératoire de la souveraineté. ''Et concevoir un référentiel avec des principes, des exigences et indicateurs de souveraineté'', conseille-t-il.
''Il n'y a pas encore d'actes de rupture créatrice d'une perspective souverainiste''
Contributeur du Rapport Alternatif sur l'Afrique (RASA), il note en outre qu'il n'y a pas encore d'actes de rupture créatrice d'une perspective de souveraineté. Ou encore, insiste-il, des leviers clairement identifiés pour renverser les tendances du ''business as usual''. De son avis, le discours du nouveau régime est de plus en plus un discours d'explication de crise et d'accusation. ''S'il y a une capacité de résilience observée dans le maintien de la stabilité institutionnelle, cette résilience ne montre pas encore une capacité créative vers des solutions durables'', précise Elimane Kane non sans signaler que la gestion des finances publiques suit la tendance de stabilisation des acquis qui passe nécessairement par la négociation du rééchelonnement de la dette à travers une dérogation et qui va plus rapprocher des institutions de Bretton Woods avec l'option d'avoir des prêts concessionnels ''à substituer à la dette commerciale et augmenter les marges de manœuvres budgétaires. Cette option ne va pas dans le sens de renforcer la souveraineté mais plutôt de rester dans la coopération multilatérale'', renseigne-t-il. Dans le même ordre d'idées, le spécialiste en gouvernance rappelle aussi que les options de souveraineté comme le levier monétaire et la mobilisation de l'épargne locale ne sont pas pour l'instant défrichées. Pour sa part, le prospectiviste Cheikh Guèye trouve qu’une volonté de rupture sur les questions de souveraineté existe. ''Et ce n'est pas surprenant; car c'est autour de cette idée que le projet Pastef a été construit'', renseigne le chargé de veille à IPAR.
« Il y a des actes qui sont posés et qui sont symboliques comme la fermeture des bases françaises »
À l'en croire, il y a des jalons qui ont été posés et qui sont symboliques. ''Comme la fermeture des bases françaises et une célébration affirmée de Thiaroye 44. Maintenant nous sommes loin d'atteindre un degré de souveraineté avec des indicateurs qu'on aura construits'', indique Dr Cheikh Guèye. Il souligne néanmoins qu'à ce stade, il est très tôt de constater des gains de souveraineté. Par ailleurs, il trouve aussi qu'une souveraineté ne sera faisable qu'avec les autres pays africains et notamment de la sous-région. ''Pour des pays pauvres comme le Sénégal très dépendant de l'économie extravertie, il est impossible de s'en sortir seul. Notre souveraineté ne peut se construire sans les autres pays africains'', pense le secrétaire permanent du RASA qui, comme le directeur de Legs Africa, a bien voulu répondre aux questions de l'AS. Interpellé sur les coopératives agricoles, ce dernier déclare que l'idée est progressiste mais la démarche est questionnable. ''Les coopératives doivent être une émanation des dynamiques paysannes avec l'accompagnement de l'Etat'', souhaite Elimane Kane.
par Christophe Banko
MABOUBA DIAGNE GAGNERAIT À FAIRE PREUVE DE TRANSPARENCE LORSQU’IL Y EST INVITÉ
Le ministre de l'Agriculture répond avec irritation aux questions d'Abdoul Mbaye sur la campagne arachidière. Derrière cette colère se cache une manipulation des chiffres qui transforme une modeste progression de 3,8% en succès spectaculaire
Dans Le Soleil du 21 mars 2025, le ministre de l’Agriculture, Mabouba Diagne, a enfin livré des précisions sur le déroulement de la campagne agricole 2024-2025. À propos de l’arachide, il s’en prend à Abdoul Mbaye, ancien Premier ministre, l’accusant de verser dans la politique politicienne. Pourtant, ce dernier s’est simplement limité à inviter courtoisement, à plusieurs reprises, le gouvernement à communiquer sur les résultats de la campagne, afin d’évaluer les revenus générés dans les campagnes et d’identifier les soutiens nécessaires à apporter aux paysans.
En guise de réponse, le ministre fournit des statistiques biaisées, s’irrite, et tente de discréditer Abdoul Mbaye en s’interrogeant sur son bilan à la Primature. Une lecture attentive de ses propos permet pourtant de distinguer clairement qui fait de la politique politicienne sous couvert de technocratie.
Une colère inutile. Pourquoi “hausser le ton” lorsqu’on demande simplement de rendre des comptes ? Il est inutile, déplacé, voire puéril, de réagir ainsi. Cette interview accordée au Soleil aurait pu être l’occasion d’une réponse posée et factuelle. Était-ce l’interpellation qui a agacé le ministre ? ou le simple fait d’être contraint à plus de transparence ? Aux lecteurs d’en juger.
Des chiffres tronqués et une comparaison biaisée. C’est justement parce qu’il s’intéresse au revenu des paysans qu’Abdoul Mbaye a questionné la répartition de la production arachidière, notamment entre ce qui est acheté par les huiliers et ce qui est exporté. Mais le ministre a choisi d’omettre délibérément la part exportée. Ce « trou de mémoire » lui permet de comparer les tonnages collectés par les huiliers en 2024-2025 à ceux d’une campagne antérieure durant laquelle les exportations étaient bien plus importantes, donnant ainsi l’illusion d’une progression spectaculaire. Or, les exportations génèrent elles aussi des revenus pour les paysans dont le ministre ne semble se préoccuper. Heureusement, plus loin dans l’interview, il finit par donner le chiffre : 101 403 tonnes d’arachides décortiquées exportées au 20 mars 2024. Il devient alors possible d’établir une comparaison honnête : les 209 430 tonnes de cette campagne à la date du 16 mars doivent être comparées à la somme de 100 389 tonnes (collectées par les huiliers) et 101 403 tonnes (exportées) en 2023-2024, soit un total de 201 792 tonnes. Ainsi, la supposée progression de 109 040 tonnes tombe à 7 637 tonnes, soit une hausse réelle de seulement 3,8 %. Les lecteurs apprécieront la nuance.
Espérons donc que les prochaines communications du ministre intégreront cette correction statistique indispensable.
Mais il faut aussi se rappeler que les précédentes campagnes reposaient sur des données fausses qu’Abdoul Mbaye n’a jamais cessé de dénoncer depuis son départ de la Primature. Il n’a jamais défendu une culture du chiffre déconnectée du réel, destinée à masquer la pauvreté rurale et à gonfler artificiellement le PIB, contribuant ainsi à dissimuler le surendettement du pays et son déficit budgétaire. Les chiffres fournis par Mabouba Diagne pour la campagne 2023-2024 pourraient d’ailleurs permettre à l’ANSD et au FMI de procéder à des ajustements sur les PIB de 2024 et ceux antérieurs. Ce serait déjà un pas vers plus de transparence.
Cependant, au lieu de s’enorgueillir d’une hausse artificielle de 109 040 tonnes, le ministre aurait mieux fait d’expliquer les écarts entre ses objectifs initiaux pour la campagne 2024-2025 et les résultats obtenus, malgré les 120 milliards FCFA mobilisés. Il rappelle un objectif de collecte de 300.000 tonnes pour les huiliers, en baisse donc de 100.000 tonnes par rapport à ses déclarations antérieures. Là également la baisse de l’objectif devient une autre source de performance… Il promet toutefois de revenir sur tous ces chiffres à la fin de la campagne, d’ici un mois. Espérons simplement qu’il ne faudra pas, une fois encore, lui forcer la main pour qu’il rende des comptes. Une justification claire des retards et une présentation honnête des résultats auraient évité cette mise en scène fondée sur des données biaisées.
Dans le même entretien, Mabouba Diagne affirme qu’« au 16 mars 2025, les réceptions ont montré une dynamique encourageante de la collecte. Ainsi, 148.899,241 tonnes d’arachides coque ont été réceptionnées par les établissements de la Sonacos. Il y a 358,705 tonnes en graines décortiquées d’arachide soit 233,15 tonnes de coques pour un taux de conversion de 0,65 selon la Sonacos. ». Là encore, les chiffres manifestement faux par leur incohérence mériteraient d’être vérifiés et corrigés.
Une méconnaissance préoccupante du rôle des semences. L’essentiel de cette interview se trouve ailleurs, lorsqu’il déclare : « 60 297 tonnes de semences à certifier ont été collectées. » Cette phrase illustre une confusion préoccupante entre les « graines sélectionnées » et les « semences certifiées ». Cette ignorance traduit l’absence d’une stratégie agricole cohérente pour relancer la filière arachidière. Depuis l’arrêt de la production de semences certifiées en 2002 remplacées par des graines prétendument « sélectionnées », les qualités germinatives des semences se dégradent, les rendements s’effondrent, et les subventions à l’achat de ces graines et à leur revente aux paysans explosent.
Conscient de ce problème, Abdoul Mbaye avait initié en 2012 un programme de reconstitution du capital sénégalais de semences certifiées, indispensable pour restaurer durablement la production. Ce programme fut malheureusement abandonné après son départ parce que contraire aux intérêts des opérateurs semenciers. Dans son ouvrage « Servir », il qualifie ce système de « financement du sous-développement » et y décrit en détail les raisons de son engagement sur ce sujet. Mais encore faut-il que ceux qui lui ont succédé se donnent la peine de lire.
Mabouba Diagne conclut en lançant à Abdoul Mbaye : « Je l’invite à revoir ses notes. Et je lui demande ce qu’il a fait quand il était là. » La réponse est simple : qu’il lise « Servir » rédigé pour rendre compte d’une gouvernance et servir aux générations de futurs dirigeants sénégalais ; et surtout, qu’il interroge les paysans sur leurs conditions de vie durant les campagnes 2012-2013 et 2013-2014, puis qu’il les compare à celles de 2024-2025. Il comprendra alors ce qu’Abdoul Mbaye a fait, et qui, véritablement, travaille pour l’intérêt général.
Christophe Banko est Directeur exécutif de l’ACT (Alliance pour la Citoyenneté et le Travail).
par Moustapha Dieye
DANS LE BROUILLARD AMNISTIANT
Dans ce pays où chaque alternance efface la mémoire, Pastef tente de naviguer entre promesses de vérité et zigzags juridiques. Abrogation ? Interprétation ? Le nouveau pouvoir cherche sa voie pendant que les familles des victimes attendent justice
À Ndoumbélane, l’histoire n’a pas de mémoire, elle a des archives que les vainqueurs réécrivent à chaque alternance. Dans le pays de Laay Njomboor où les promesses de campagne n’engagent que ceux qui y croient, les besoins en lumière des esprits finissent souvent dans l’obscurité des tiroirs sélectifs de la loi. Pastef, nouveau propriétaire du volant républicain, semble vouloir conjurer cette fatalité et conduire le pays vers la vérité des « crimes de sang ». Mais entre les zigzags d’abrogation, les demi-clignotants de la loi interprétative, et les freinages en urgence de la cohérence, on se demande s’il ne faudrait pas appeler un garagiste constitutionnel pour éviter une panne générale des esprits. En attendant, les familles pleurent, les morts se taisent, et les vivants… tergiversent.
Du tarxiis sémantique pour élucider des "crimes de sang"
La législature Pastef semble tenir à une promesse de campagne majeure : faire toute la lumière sur les crimes dits de sang perpétrés sur le ndoumbélanien. Même si l'ambition est claire, les moyens de sa réalisation n'ont pas fini de faire sourire à cause d'un tarxiis (glissement) sémantique digne d'un babillage de nourrisson. On est passé d'une volonté d'abrogation totale à un proposition de loi interprétative supplément amendement, en passant par une volonté d'abrogation partielle. Rien que ça ! C'est cocasse, mais il ne serait pas vraiment sérieux de s'y attarder au regard du drame convoqué par le sujet, n'est-ce pas ? Parlons-en. Des Sénégalais sont abattus comme des cailles pendant une partie de chasse. D'autres sont persécutés, maltraités et torturés. Personne n'y aurait cru s'il n'y avait un travail de documentation amateur et professionnel des évènements qui ont secoué Ndoumbélane entre 2021 et 2024. Comme pour narguer l'opinion, le Watchacha évoque le besoin de stabiliser le climat social et sortit de sa manche une loi pour oublier. La législature Benno, pour enfoncer le glaive dans la plaie déjà béante, vota ladite loi. C'était aussi bête et grave que cela. Ils n'imaginaient peut-être pas qu'Amadou Njamala, le député trop riche pour être honnête, allait essuyer un revers d'anthologie devant le duo Koromak mooy Ngundu à la présidentielle de 2024, malgré le soutien controversé de son patron, le Watchacha.
Pas de sang, pas de responsabilité
Amadou Ba, le député connaît tout de Pastef, est en train de faire le tour des plateaux pour "éclairer" l'opinion sur le tarxiis sémantique. À demi-mot et avec une curieuse légèreté, il a taillé une sorte d'irresponsabilité aux manifestants au motif que cela se passe ainsi ailleurs et que ces derniers n'ont jamais été inquiétés après les évènements de 2011. Ce qu'il oublie ou omet peut-être, c'est que ces "manifestants" avaient une drôle de manière d'exercer leur droit constitutionnel de résister. En effet, à Ndoumbélane, on a résisté en faisant des courses clandestines à Auchan, saccagé et incendié des commerces, des infrastructures publiques et des bus, des maisons et des véhicules privés, insulté les visages institutionnels de la République, appelé à l'insurrection. On a même bouffé le très délicieux poulet de Me Elhadj Diouf après avoir effectué une ziara razzia à son domicile. La liste des actes de "résistance" n'est pas exhaustive mais il serait inopportun de pondre un mémoire sur la question. D'autant plus qu'il ne s'agit là que d'une simple piqûre rappel, pour tous les esprits qui seraient trop tentés par le démon de l'oubli sélectif.
Déclarez l'état d'urgence, le Premier ministre est ‘‘insulté’’ !
Après les propos de Badara langue de feu à l'endroit d'Amadou Ba connaît tout et Koromak, Le parti aux milliers de cadres, entendez Pastef, et des ministres de la République ont réagi à l'unisson : il est hors de question de continuer d'accepter que Koromak se fasse "injurier." Ce qui est cocasse dans ce mélodrame, c'est que Koromak a n fois adressé les propos qu'il a reçus à des institutions de la République. À l'époque, cela ne dérangeait curieusement pas ces fervents gardiens de l'intégrité de la République et de ses symboles. Mais enfin, ce n'est pas cela le plus important. Ce qu'il faut surtout rappeler, c'est que Koromak est le visage d'une forte institution de la République de Ndoumbélane, le gouvernement. Tous les citoyens, de ce fait, sont tenus de lui accorder la dignité qui est attachée à son statut. La liberté d'expression ne saurait tout permettre et les hommes des médias et les leaders d'opinion devraient témoigner davantage de respect aux oreilles qui les entendent et aux yeux qui les lisent. Ave Ndoumbélane !