SenePlus | La Une | l'actualité, sport, politique et plus au Sénégal
5 avril 2025
SENEPLUS TV
VIDEO
MÉFIEZ-VOUS DE CE QUE LES IMAGES VOUS FONT CROIRE
Des outils comme ChatGPT ou Midjourney peuvent nous assister de manière utile et efficace, mais leur usage doit s’accompagner d’un esprit critique, sous peine de nous mener à notre perte, de l'avis de Djiby Diakhaté
Djiby Diakhaté attire notre attention sur les défis de la cohabitation entre l'humain et la technologie, dans un monde où l'homme tend à devenir l'outil de ses propres outils : les intelligences artificielles.
La performance de ces technologies ne cesse de croître, rendant indispensable une vigilance accrue face à leur utilisation. Ces dernières années, avec les avancées technologiques, nous avons assisté à des réalisations impressionnantes, fruit des capacités que l’humain a conférées aux machines.
Aujourd’hui, ces machines en viennent même à concurrencer leurs propres créateurs. Exemple frappant : les images hyperréalistes générées par l'IA ou encore les voix imitées à la perfection. D’où la nécessité d’une véritable éducation aux médias pour appréhender ces transformations.
Les intelligences artificielles font désormais partie intégrante de nos vies, et cette tendance ne fera que s’intensifier avec des capacités toujours plus avancées et de nouvelles tâches accomplies par les machines. Des outils comme ChatGPT ou Midjourney peuvent nous assister de manière utile et efficace, mais leur usage doit s’accompagner d’un esprit critique, sous peine de nous mener à notre perte.
Invité des Carnets culturels, le sociologue Djiby Diakhaté pose un regard avisé sur l’essor des intelligences artificielles et met en garde contre les dangers qu’elles peuvent représenter pour l’humain.
VIDEO
LES MARCHANDS DE RÊVES QUI VOLENT LA JEUNESSE
Derrière les écrans lumineux et les promesses de gains faciles se cachent des vies brisées, des études abandonnées et des familles ruinées. Pape Samba Kane reprend un combat entamé il y a 18 ans, avec son livre choc "La folie des jeux d'argent"
Dans un ouvrage coup de poing intitulé "La folie des jeux d'argent", l'écrivain et journaliste Pape Samba Kane (PSK- renouvelle son combat contre les jeux de hasard au Sénégal, 18 ans après une première publication qui lui avait valu de sérieuses représailles.
Cette réédition enrichie cible particulièrement les "Narbi", ces salles de paris sportifs électroniques qui ont envahi les quartiers populaires de Dakar et d'autres villes sénégalaises. Selon l'auteur, ces établissements ont remplacé les "casinos de quartier" qu'il avait dénoncés en 2006, mais avec des conséquences encore plus dévastatrices.
"Ils ont mis des Narbi dans les mêmes quartiers difficiles, les mêmes quartiers pauvres, avec la même dissémination partout", révèle Pape Samba Kane, qui voit dans ce phénomène un véritable "virus contagieux" touchant toutes les couches sociales, et particulièrement les jeunes.
L'enquête de PSK expose les mécanismes implacables de l'addiction aux jeux en ligne. Contrairement aux loteries traditionnelles, les paris sportifs électroniques maintiennent une pression constante sur les joueurs, les incitant à parier en temps réel sur différentes phases d'un match. "Pendant 90 minutes, comment peut-on regarder un match aussi tendu en perdant son argent et en gagnant un peu de temps en temps?", s'interroge l'auteur.
Les conséquences de cette addiction sont alarmantes : détournements d'argent, mensonges, endettement, prostitution et parfois suicides. L'écrivain rapporte des cas dramatiques, comme celui d'un étudiant qui a disparu avec l'argent destiné au loyer familial, ou d'un autre qui a abandonné ses études pendant une année entière pour fréquenter ces établissements.
Pape Samba Kane dénonce également l'absence de régulation efficace. "La loi stipule que seul le président de la République peut donner une autorisation pour l'ouverture d'un casino. Pourquoi y a-t-il des casinos dans nos téléphones sans que le président n'ait son mot à dire?", s'indigne-t-il, plaidant pour une commission de régulation comme il en existe au Bénin ou en France.
Face à cette situation, l'écrivain s'étonne du silence des autorités religieuses, politiques et morales, pointant du doigt le rôle des opérateurs téléphoniques et des célébrités qui font la promotion de ces jeux. Il révèle toutefois que le champion de lutte Modou Lô aurait récemment refusé 300 millions de francs CFA pour une campagne publicitaire de paris en ligne.
Malgré les risques, PSK poursuit son combat, soutenu par des personnalités du monde culturel qui projettent d'adapter son livre au théâtre et au cinéma. "C'est l'arbitrage de Dieu", conclut-il, espérant que cette fois son message sera entendu avant que cette "arme d'autodestruction surnoise" ne fasse davantage de ravages dans la société sénégalaise.
La situation en République démocratique du Congo illustre une fois de plus l’impuissance de l’Union africaine à résoudre les crises au sein de ses États membres. Les violences se sont intensifiées ces derniers mois dans le pays, impliquant notamment des armées régulières d’autres États de la région des Grands Lacs, en particulier celle du Rwanda, que le président Kagame ne peut plus nier comme à son habitude.
Depuis Dakar, le Professeur Penda Mbow, actrice de la société civile, livre son analyse sur cette crise qui ensanglante le cœur de l’Afrique et dont la communauté dite internationale n’a, selon toute vraisemblance, aucun intérêt à ce que la paix revienne, au vu des comportements de chacun et des inétrêts évidents des multinationales occidentales dans cette partie de l'Afrique.
VIDEO
POUR QUE NOS LANGUES NE MEURENT JAMAIS
À contre-courant d'une édition dominée par le français, Ndeye Codou Fall Diop fait le choix des langues nationales. Son parcours, d'EJO Editions à la vice-présidence de Fonk Sunuy Làmmiñ, témoigne d'un engagement total
Dans un entretien accordé récemment à Amani TV, Ndeye Codou Fall Diop, directrice d'EJO Editions et vice-présidente de l'association Fonk Sunuy Làmmiñ, partage sa vision pour la promotion des langues nationales au Sénégal et détaille son parcours atypique qui l'a déterminé à devenir une figure incontournable de l'édition en langues locales.
Titulaire d'un baccalauréat littéraire et ayant débuté des études de philosophie à l'université, Mme Diop raconte comment son questionnement sur sa propre langue maternelle s'est développé au fil de son parcours. "J'ai découvert le potentiel de ma langue maternelle et j'ai découvert également que la langue est un vecteur de culture et également vecteur identitaire", explique-t-elle.
La maison d'édition qu'elle dirige, EJO Editions, fondée par l'écrivain Boubacar Boris Diop, est spécialisée exclusivement dans la publication d'ouvrages en langues nationales. Un choix qui ne va pas sans difficultés, notamment financières. "Nous travaillons sur fonds propres", précise-t-elle, tout en mentionnant quelques soutiens occasionnels comme celui du Fonds d'aide à l'édition de la Direction du livre.
Malgré ces contraintes, son engagement reste total : "On ne crée pas une maison d'édition pour attendre de l'aide. On crée une maison d'édition parce qu'on a envie de le faire", affirme-t-elle. Une philosophie qui reflète sa vision de l'édition comme un acte militant plus qu'une entreprise commerciale.
Pour Ndeye Codou Fall Diop, chaque livre publié en langue nationale représente une victoire et un héritage pour les générations futures : "Les paroles s'envolent et les écrits restent. Demain, quand on parlera de l'histoire culturelle et littéraire du Sénégal, on parlera également d'EJO et de LuDef Wou."
Le message central de cette prof de Wolo au Cesti est clair : un pays ne peut se développer en marginalisant la majorité de sa population. "Dans un pays où ceux qui comprennent et parlent les langues étrangères représentent peut-être 20 % de la population, je crois que tout ce que nous devons faire doit tourner autour des langues nationales", insiste-t-elle.
Cette conviction l'a également amenée à cofonder l'association Fonk Sunuy Làmmiñ, qui propose des cours gratuits d'alphabétisation en wolof, pulaar et serer. "Les cours sont gratuits, en présentiel et en ligne, et les gens peuvent s'inscrire et participer", précise-t-elle, soulignant l'engagement bénévole des membres de l'association.
Au-delà de l'alphabétisation, l'association organise également des événements culturels comme "Taataan" pour présenter des ouvrages en langues nationales et rendre hommage aux pionniers du domaine.
Interrogée sur la place des femmes dans le monde littéraire, Ndeye Codou Fall Diop est catégorique : "les femmes doivent s'exprimer parce que, comme on dit, elles sont mieux placées pour parler de leurs propres problèmes." Elle explique que les préoccupations et les perspectives féminines apportent une dimension essentielle à la littérature.
Pour encourager davantage les femmes à prendre la plume, elle recommande de "soutenir des événements comme 'Miss littérature' organisé par Salamata Ousman Diallo ou 'Le salon du livre féminin d'Amina Seck". Par ailleurs, elle suggère que l'on puisse mettre en place des ateliers d'écriture et aider les femmes à publier leurs ouvrages.
Le président de l'Alliance démocratique Penco estime que l'argument budgétaire avancé par la majorité pour rejeter la proposition de loi d'abrogation de l'amnistie introduite par Thierno Alassane Sall est "fallacieux" et "dangereux" pour l'avenir
Le président de l'Alliance démocratique Penco, Moussa Tine, a vivement critiqué dimanche le rejet par l'Assemblée nationale de la proposition de loi d'abrogation totale de l'amnistie introduite par le député Thierno Alassane Sall. Invité de l'émission "Point de vue" sur la RTS, il a dénoncé cette décision qu'il qualifie d'"erreur parlementaire".
Selon Moussa Tine, l'argument avancé par la majorité pour rejeter cette proposition - celui des implications budgétaires - est totalement infondé. "La justification est fallacieuse, elle est grave et elle est dangereuse", a-t-il déclaré, expliquant que cette interprétation de l'article 82 de la Constitution crée un dangereux précédent.
"On dit qu'on rejette parce qu'il y a des incidences budgétaires. Mais tout projet de loi entraîne forcément une implication budgétaire, directe ou indirecte", a-t-il argumenté. "C'est quoi la charge nouvelle d'abroger une loi ? La loi existait, elle était là. On l'a créée, on dit juste 'la loi, elle n'existe plus'. C'est quoi la charge budgétaire nouvelle qu'on a créée ?"
Pour le leader politique, cette abrogation représente un devoir moral et politique, notamment pour faire la lumière sur les décès survenus lors des manifestations. "Les Sénégalais sont morts parce que nous avons appelé à des batailles [...]. Il s'est trouvé qu'il y a des Sénégalais qui sont morts", a-t-il rappelé.
"Aujourd'hui, quand nous avons la majorité, nous avons une obligation à la fois morale, mais aussi une obligation politique d'abroger cette loi d'amnistie pour permettre que la lumière soit faite justement sur cette affaire-là", a insisté Moussa Tine.
Il a également tenu à rassurer que l'abrogation ne remettrait pas en cause la situation des actuelles autorités : "Personne ne peut mettre le premier ministre en prison. Et d'ailleurs, nous avions considéré que ces gens étaient injustement en prison."
"Mais par contre, vous allez aider à savoir justement ce qui s'est passé, pourquoi des Sénégalais sont morts. Les familles vont savoir pourquoi leur enfant est mort", a-t-il conclu, estimant que cette vérité est due aux victimes et à leurs proches.
VIDEO
OUSTAZ TAÏB SOCÉ, LE PRÉDICATEUR AUX MULTIPLES TRIBUNES
Formé exclusivement dans les écoles coraniques, ce maître de l'exégèse a su transformer sa connaissance traditionnelle en succès médiatique. Son émission "Tafsir 2.0" représente l'aboutissement d'un parcours riche en enseignements et en défis
Reconnu comme l'une des voix les plus influentes de la prédication islamique au Sénégal, Oustaz Taïb Socé poursuit son parcours médiatique avec son émission "Tafsir 2.0" diffusée sur Radio Sénégal International et la télévision nationale.
Formé exclusivement dans les écoles coraniques traditionnelles, d'abord auprès de son père puis de son oncle dans un village du Rip, ce natif de Ndina Sabar a commencé sa carrière comme maître coranique pendant une dizaine d'années avant de s'installer à Dakar.
C'est en 1994 que sa carrière médiatique prend son envol sur les ondes de Dunia FM. Son exégèse de la sourate Yassine rencontre un succès immédiat auprès du public, le propulsant rapidement parmi les prédicateurs les plus écoutés du pays.
Malgré une épreuve judiciaire en 2019 - où il a été accusé d'escroquerie avant d'être blanchi par la justice - Oustaz Taïb Socé a su rebondir. En plus de trente ans de carrière, il a multiplié les collaborations avec différents médias (iTélé, Sud FM, RFM, 7FM) et continue d'élargir son audience avec son style d'exégèse caractéristique.
VIDEO
LE SPRINT DU NDOGOU À DAKAR
Les routes dakaroises se muent en champ de bataille quand l'heure de la rupture du jeûne approche. Des milliers de jeûneurs, affaiblis et impatients, défient les lois de la prudence dans une course effrénée vers leur domicile
À Dakar, le mois de Ramadan transforme les heures de pointe en véritable défi. Chaque soir, les automobilistes se lancent dans une course effrénée pour rejoindre leur domicile avant la rupture du jeûne.
Les embouteillages s'intensifient et la tension monte sur les routes. La faim et la soif, après une journée de jeûne, augmentent l'irritabilité des conducteurs, entraînant parfois des accrochages. "La faim et la soif me conduisent à ressentir de la colère et occasionnent un manque de concentration", témoigne un chauffeur de taxi.
Face à cette situation préoccupante, des appels à la prudence se multiplient. "On est dans le mois de Ramadan, on doit gérer. Soyons juste plus compréhensifs", rappelle un usager de la route.
Pour les fidèles, partager le "ndogou" (rupture du jeûne) en famille reste un moment précieux qui justifie cette précipitation quotidienne. Cependant, les autorités insistent sur l'importance d'arriver à destination sain et sauf, rappelant que la sécurité doit primer sur tout le reste.
VIDEO
LE PATRON DU TRÉSOR SORT DU SILENCE
Amadou Tidiane Gaye a levé le voile sur l'intrusion qui a ciblé les systèmes informatiques de son administration. Si des ordinateurs et téléphones portables ont bien disparu, le haut fonctionnaire affirme que les données critiques restent intactes
Le mystère qui entourait l'intrusion dans les locaux du Trésor public sénégalais vient d'être partiellement levé. Face aux caméras de la RTS vendredi 7 mars 2025, le directeur général de la comptabilité publique et du Trésor, Amadou Tidiane Gaye, a livré sa version des faits concernant cet incident qui alimente les rumeurs depuis plusieurs jours.
"C'est une intrusion dans les locaux de la direction de l'informatique du Trésor qui est un bâtiment annexe au bâtiment principal situé à l'avenue Pompidou", a précisé d'emblée M. Gaye. L'incident s'est produit "exactement la nuit du dimanche", selon ses déclarations.
Le haut fonctionnaire a confirmé qu'il s'agissait bien d'un vol ciblant "des ordinateurs portables et des téléphones portables". Toutefois, il s'est voulu rassurant quant aux conséquences de cette effraction : "Les données financières et comptables du Trésor public ont été préservées et sauvegardées. Il n'y a eu aucune interruption dans l'exercice du service public au niveau du Trésor."
Face aux interrogations sur un possible lien avec la récente publication du rapport de la Cour des comptes, le directeur général s'est montré prudent : "On ne peut pas faire le lien a priori", a-t-il indiqué, précisant que "l'enquête en cours permettra de savoir exactement les motivations de ceux qui ont commis cet acte."
M. Gaye a également évoqué brièvement "l'affaire Tabaski", concernant une inspectrice du Trésor, tout en refusant de s'étendre sur ce dossier distinct "en cours de procédure judiciaire".
Pour rassurer les usagers, le responsable a détaillé les mesures de sécurité en place : "Nous avons mis en place un dispositif de sécurité qui concerne d'abord l'intégrité des données et la continuité du service avec ce que nous appelons un plan de continuité de l'activité." Il a ajouté que le Trésor dispose "d'un dispositif de sauvegarde permanente des données financières et comptables."
Une enquête de la police scientifique est actuellement en cours pour déterminer l'ampleur exacte du préjudice et identifier les auteurs de cette intrusion.
VIDEO
AES, UN COUP DE CANIF À L'INTÉGRATION
Le Pr Penda Mbow regrette l’absence de consultation des peuples du Burkina Faso, du Mali et du Niger avant que ces pays ne décident de se retirer de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Le Pr Penda Mbow regrette l’absence de consultation des peuples du Burkina Faso, du Mali et du Niger avant que ces pays ne décident de se retirer de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Toutefois, l’historienne espère que ces trois pays, à l’origine de l’Alliance des États du Sahel (AES), réintègreront un jour la CEDEAO.
Certes, la CEDEAO a commis des erreurs incontestables dans la gestion des récents coups d’État militaires, mais décider de la quitter n’est pas forcément une solution. Contrairement au Burkina et au Niger, le cas du Mali est particulier dans la mesure où c’est la population elle-même, menée par l’imam Dicko et l’ex-Premier ministre Choguel Maïga, qui a poussé les militaires à prendre le pouvoir.
Selon Penda Mbow, les meneurs de ce soulèvement populaire auraient dû, à un moment donné, faire une pause pour entamer des négociations avec le président Ibrahim Boubacar Keïta, en vue d’une transition civile apaisée, sans intervention des militaires. Ainsi, le pays ne se serait pas retrouvé dans la situation actuelle, marquée par une longue transition militaire et de nombreuses incertitudes.
Dans la même veine, l’historienne déplore la décision unilatérale des militaires du Mali, du Niger et du Burkina de quitter la CEDEAO pour créer l’Alliance des États du Sahel (AES) sans consulter leurs populations par référendum.
Enfin, Penda Mbow estime que cette scission est préjudiciable aux populations, aussi bien de l’AES que de ce qui reste de la CEDEAO, notamment en matière de libre circulation des biens et des personnes. Elle nourrit néanmoins l’espoir que, tôt ou tard, le Mali, le Niger et le Burkina reviendront au sein de l’instance supranationale.
VIDEO
LES ENNEMIS DE L'ÉGALITÉ AU POUVOIR
Edwy Plenel évoque les connexions entre le régime de Poutine, l'administration Trump et l'extrême droite européenne. Il rappelle les crimes coloniaux commis par la France dont l'héritage pèse encore sur le présent
Dans une interview percutante accordée à TV5 Monde ce jeudi 6 mars 2025, Edwy Plenel, cofondateur de Mediapart, a dressé un tableau sombre des défis géopolitiques actuels, établissant des liens entre les crises en Ukraine, à Gaza, et la montée de l'extrême droite mondiale.
"Monsieur Poutine c'est monsieur Trump", a affirmé Plenel, dénonçant l'émergence d'un "pacte des oligarques" et d'un "capitalisme mafieux à la face du monde". Le journaliste a qualifié le président russe de "mafieux", dirigeant "un régime criminel" qui menace "non seulement son propre peuple mais les libertés du monde".
Concernant la réponse européenne au conflit ukrainien, le cofondateur de Mediapart s'est montré particulièrement critique: "Ce qu'a dit monsieur Macron hier, c'est à la fois trop tard et trop peu". Selon lui, l'Europe aurait dû "mettre le paquet" dès le début de l'agression russe contre l'Ukraine, "un peuple souverain agressé par un impérialisme".
Plenel a également dénoncé l'application à "géométrie variable" du droit international, soulignant le paradoxe d'une défense des principes en Ukraine tout en soutenant "inconditionnellement monsieur Netanyahou dans sa guerre de vengeance avec ses crimes de guerre" à Gaza.
L'interview a pris une dimension particulière lorsque le journaliste a établi des liens entre ces conflits et les dynamiques politiques intérieures: "Monsieur Poutine et monsieur Trump, c'est l'extrême droite européenne, c'est Orban, c'est nos extrêmes droites", a-t-il déclaré, évoquant une "droite trumpisée" en France qui "parle comme l'extrême droite".
La France face à son passé colonial
Évoquant son livre "Palestine notre blessure", Plenel a développé une analyse qui replace le conflit israélo-palestinien dans la continuité du colonialisme européen. Il n'a pas hésité à aborder frontalement l'histoire coloniale française, rappelant que "la France avait commis en Algérie des dizaines de milliers de crimes".
"Le laboratoire des crimes européens a été la colonisation", a-t-il affirmé avec force, en élargissant son propos aux autres territoires colonisés par la France. "C'est le cas des Kanaks", a-t-il précisé, mentionnant également la pratique consistant à couper les têtes des colonisés et à les conserver.
Le journaliste a évoqué des épisodes particulièrement violents de l'histoire coloniale, citant notamment le cas d'un responsable français qui aurait préconisé "d'exterminer tous" les habitants au-dessus de sept ans dans certaines situations, allant jusqu'à utiliser "des chiens mangeurs d'esclaves" importés de Cuba.
Sur la situation actuelle du débat public, Plenel a dénoncé les tentatives de censure visant ceux qui rappellent ces faits historiques, évoquant le cas récent de son confrère Jean-Michel Aphatie, "banni pour quelques jours d'une antenne de radio privée pour avoir simplement fait le propre du métier de journaliste, c'est-à-dire énoncer des vérités de fait".
Face à ces défis multiples et à ces héritages douloureux, Edwy Plenel a lancé un appel solennel: "Nous sommes dans un moment où il faut être au-dessus de nous-même. Nous avons rendez-vous avec notre humanité."