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4 avril 2025
NGOR GARDE L'ESPRIT MAMBETY
Ses compagnons de route, surnommés les Mambety Boys, perpétuent l'héritage du réalisateur de "Touki Bouki" à travers projections nomades et partages communautaires. L'île garde vivante la mémoire de celui qui aurait eu 80 ans aujourd'hui
(SenePlus) - Le cinéaste sénégalais Djibril Diop Mambety aurait célébré ses 80 ans aujourd'hui. Bien que disparu en 1998 à Paris, son esprit créatif continue d'habiter l'île de Ngor grâce à ses fidèles compagnons, les "Mambety Boys", comme le rapporte RFI dans un récent reportage.
L'auteur de "Touki Bouki", récompensé du prix de la critique internationale à Cannes en 1973, et de "Hyènes", a laissé une empreinte indélébile dans le cinéma africain. C'est à Keur Yaadikoone, fondation qu'il avait créée pour les enfants et la nature, que ses disciples perpétuent aujourd'hui sa vision.
Parmi eux, Alassane Samb, qui a grandi aux côtés du réalisateur, poursuit l'une des traditions les plus chères au cinéaste : le cinéma itinérant. Comme il le confie à RFI : "On prenait un car rapide, on déroulait la bache et on faisait des projections en plein milieu du village." Cette pratique, bien que complexe à maintenir, continue de rencontrer le succès à chaque projection. Samb maintient également vivante une autre tradition instaurée par Mambety : offrir quotidiennement un repas partagé aux habitants de l'île.
La dimension humaniste de l'œuvre de Mambety résonne particulièrement auprès des nouvelles générations. Selon l'écrivain Abdoulaye Soumaré, cité par RFI, ses films constituent un pont entre les cultures : "Ce serait bien si la jeune génération réfléchie à ses œuvres, parce que ça aide à transcender les différends qu'il y a entre l'Europe, l'Afrique et le reste du monde."
Sur l'île de Ngor, la présence du cinéaste demeure palpable : son visage orne les murs et son nom est inscrit sur les pirogues. Pourtant, comme le souligne RFI, son œuvre reste inachevée, la mort l'ayant empêché de terminer sa trilogie "Histoire de petites gens" et de réaliser son projet "Malaïka". Malgré cela, la fondation Keur Yaadikoone continue d'être un lieu vivant où expositions et événements culturels perpétuent l'esprit du maître disparu.
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ET SI LE SÉNÉGAL REFUSAIT LE DÉVELOPPEMENT ?
L'extrême « francisation » du Sénégal l’empêche d'exploiter les immenses richesses endogènes susceptibles de stimuler son développement dans de nombreux domaines, notamment celui de la santé, constate le Dr Éric Gbodossou qui allie modernité et tradition.
L'extrême francisation du Sénégal l’empêche d'exploiter les immenses richesses endogènes susceptibles de stimuler son développement dans de nombreux domaines, notamment celui de la santé. C’est le constat, mais aussi le regret, du Dr Éric Gbodossou, fils adoptif de la communauté sérère et vodouisant pratiquant. Mais au dela du Sénégal son constat concerne d’autres pays du continent. Fonadteur de l'organisation Prometra, il se bat pour la vulgarisation des medcinies traditionnelles et des savoirs endogenes en Afrique. mais comme nul n'est prophete en sa terre, c'est hors du continent que sa medecine traditionnelle est bien accueilie, mais n'est pas pret a tout brader aux Occidentaux
Médecin combinant modernité et tradition, et fervent promoteur des médecines et traditions négro-africaines, le Dr Gbodossou a développé des solutions efficaces pour traiter de nombreuses maladies réputées incurables, y compris des troubles mentaux. Cependant, il fait face à de nombreux obstacles dans ses efforts pour vulgariser ses remèdes et transmettre ces savoirs au Sénégal, alors que d’autres pays comme l’Ouganda ou le Mali voisin les adoptent et les expérimentent déjà.
Les différents gouvernement sénégalais qui se sont succédé a la tête du pays depuis des décennies semblent peu enthousiastes, bien que les États-Unis eussent reconnu depuis très longtemps l’efficacité de ses remèdes en leur délivrant des brevets pour ses découvertes dans le domaine de la sante. Ironiquement, ce même pays cherche avec instance à « acheter » ces savoirs du médecin pour des milliards de dollars. Face à cette situation, le médecin résiste fermement, convaincu que ces connaissances doivent rester en Afrique et servir prioritairement les Africains.
Sur le plan géopolitique et de la géostratégie, l’Afrique est à la traîne, notamment dans le domaine des intelligences artificielles. Cependant, elle dispose d’un avantage indéniable dans le domaine de la santé : ses savoirs endogènes. Là où la médecine moderne a montré ses limites, les traditions médicales africaines démontrent une efficacité qui pourrait devenir une force majeure pour le continent.
Malheureusement, des siècles de colonisation ont laissé des séquelles profondes. L’aliénation culturelle empêche de nombreux Africains de s’affranchir de leurs chaînes et de valoriser leurs propres richesses culturelles et scientifiques. Selon le Dr Gbodossou, cette situation freine l’Afrique dans sa quête de reconnaissance et l’empêche de reprendre sa place dans le concert des nations, ainsi que de restaurer son brevet de respectabilité d’avant la colonisation.
Adopté par le Sénégal, pays de la Teranga, et proche de la communauté sérère depuis plusieurs décennies, le Dr Gbodossou est bien conscient de la résistance à une science fondée sur les réalités ancestrales africaines. N’eut-été cette résistance, la Sénégal se serait épargne quelques drames qu’il a vécu au cours de son histoire ou du moins amortir les effets.
En effet, avec « ses parents Sérères », il dit avoir souvent produit un rapport annuel détaillé envoyé aux autorités, notamment aux différents gouvernement qui se sont succédé. Ces rapports contenaient parfois des drames et indiquaient des solutions, mais les autorités ont toujours négligé ces prédictions et laisser les choses se produire comme si elles étaient inéluctables. C’est le cas de la crise sénégalo-mauritanienne, la pandémie de Covid-19, et même la tragédie du Joola.
Le Dr Gbodossou affirme lors de sa conference avoir annoncé toutes ces crises avec son équipe. Comme nul n’est prophète en son pays, c’est outre-Atlantique qu’il est écouté, recherché, car les Américains seraient prêts à acheter son cerveau à coups de milliards.
En définitive, il est courant de voir des élites africaines (hommes politiques et intellectuels) monter sur leurs grands chevaux et déclarer à la ville et au monde que le développement de l’Afrique doit être endogène, basé sur les réalités africaines, à l’instar de la Chine ou d’autres pays d’Asie. Cependant, il convient de se poser la question de savoir jusqu’où les auteurs de ces propos y croient. Sinon, comment comprendre ce que le Dr Éric Gbodossou explique ? Que perd-on à essayer même si on croit être civilise par le bons sens de la science des lumières
LE MARIAGE N'OBLIGE PAS AU SEXE
Dans un arrêt historique rendu jeudi 23 janvier, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a condamné la France pour avoir considéré comme fautive une femme qui avait refusé des relations sexuelles à son mari
(SenePlus) - Dans un arrêt historique rendu jeudi 23 janvier, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a condamné la France pour avoir considéré comme fautive une femme qui avait refusé des relations sexuelles à son mari. Cette décision fait jurisprudence en matière de droits des femmes et de consentement au sein du mariage.
L'affaire concerne une Française de 69 ans dont le divorce avait été prononcé aux torts exclusifs par la cour d'appel de Versailles en 2019. Selon Le Monde, la justice française avait alors retenu comme "faute" son refus d'avoir des "relations intimes avec son mari" sur une période de plusieurs années.
La CEDH a fermement rejeté cette interprétation, établissant un principe fondamental : "tout acte sexuel non consenti est constitutif d'une forme de violence sexuelle". La Cour a particulièrement insisté sur le fait que le consentement au mariage ne peut être assimilé à un consentement perpétuel aux relations sexuelles. Comme le rapporte l'AFP, la CEDH a explicitement déclaré qu'une "telle justification serait de nature à ôter au viol conjugal son caractère répréhensible".
Cette affaire met en lumière l'évolution complexe de la jurisprudence française en la matière. Initialement, en juillet 2018, le tribunal de grande instance de Versailles avait adopté une position différente, refusant de prononcer le divorce pour faute et reconnaissant que les problèmes de santé de l'épouse pouvaient justifier l'absence de relations sexuelles dans le couple. Cependant, la cour d'appel avait ensuite inversé cette décision, une position maintenue par la Cour de cassation qui avait rejeté le pourvoi de la requérante.
Face à cette situation, la plaignante s'était tournée vers la CEDH en invoquant l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme relatif au respect de la vie privée et familiale. Sa victoire devant la juridiction européenne représente, selon ses propres mots rapportés par l'AFP, "un tournant dans la lutte pour les droits des femmes en France".
Cette condamnation de la France par la CEDH établit ainsi un précédent juridique majeur en matière de consentement conjugal et de protection des droits fondamentaux des femmes au sein du mariage.
LE CRI D'ALARME DE MOUSSA FAKI
Dans un courrier adressé aux chefs d'État africains, son président dénonce une paralysie généralisée. De la dépendance financière à l'inefficacité du Conseil de paix et de sécurité, il pointe les failles béantes de l'institution
(SenePlus) - Dans un document exclusif obtenu par Jeune Afrique, le président sortant de la Commission de l'Union africaine (UA), Moussa Faki Mahamat, dresse un bilan sans concession de l'organisation panafricaine. Cette missive de trois pages, datée du 30 septembre et intitulée "Questions urgentes à résoudre", met en lumière les défis majeurs auxquels fait face l'institution à l'aube de son vingtième anniversaire.
Le constat est particulièrement sévère concernant le Conseil de paix et de sécurité (CPS), pilier censé garantir la stabilité du continent. Comme le souligne Faki Mahamat dans sa lettre, "le CPS a vu ses décisions et communiqués se succéder sans effets significatifs sur le réel politique et sur le terrain". Plus grave encore, il dénonce ouvertement que "les textes de base de l'Organisation ont été violés", remettant ainsi en question l'efficacité du dispositif actuel face aux changements anticonstitutionnels.
La dépendance financière de l'UA constitue un autre point critique abordé dans ce document. Le président de la Commission qualifie cette situation "d'insoutenable", expliquant qu'elle limite considérablement la marge de manœuvre de l'organisation, "restreignant toute velléité, si peu ambitieuse soit-elle, de la part de l'UA".
La Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) n'échappe pas non plus aux critiques. Faki Mahamat s'inquiète particulièrement de "la conception de partenariats stratégiques conduits sans aucun rôle significatif de l'UA, marginalisée devant la bilatéralisation des intérêts en jeu". Il pointe également du doigt "les déficiences patentes des chaînes de solidarité africaines" face aux menaces terroristes et aux catastrophes naturelles.
Selon Jeune Afrique, cette initiative du président sortant n'a pas suscité l'écho espéré au sein de l'institution. Un diplomate en poste à Addis-Abeba, cité par le magazine, va jusqu'à qualifier ce document de "pavé lancé dans la mare des chefs d'État et de gouvernement" et y voit surtout "l'aveu d'impuissance et de faiblesse de sa présidence".
Alors que l'UA vient d'intégrer le G20 en 2024, et que Moussa Faki Mahamat s'apprête à quitter ses fonctions le 15 février prochain, son appel à une "réflexion active" et à l'organisation d'une "retraite spéciale" pour aborder ces questions cruciales reste pour l'instant lettre morte. Les réunions proposées ont été systématiquement repoussées, illustrant paradoxalement l'immobilisme dénoncé dans sa missive.
Dans ce contexte tendu, certains au sein de l'institution semblent pressés de "tourner la page Faki", selon une expression qui circule dans les couloirs de l'UA, rapporte Jeune Afrique. Le président sortant conclut néanmoins sa lettre sur une note diplomatique, remerciant les dirigeants africains pour "leur confiance et leur soutien" et souhaitant "un plein succès" à son successeur.
PAR Pouye Ibra
PRIÈRE D’UN ENFANT TALIBÉ
Un sort scellé. Un destin brisé. Une vie en lambeaux. Une grande déchirure. Conscience violée. Je ne suis qu’un objet qui vole au gré du vent. Aucun regard. Aucun amour. Aucune haine même. Parce que je suis inexistant
Ô mon Dieu, pourquoi suis-je destiné à être cet être que tout le monde balaie du regard dans les rues ? Et surtout dans les rues de Dakar, où nous pullulons tels des rats d’égout. Ô bon Dieu, pourquoi tant de pitié envers l’être que je suis ? Pourquoi un tel évitement du regard des gens ? L’on me fuit et me poursuit. Je suis une proie facile. L’on me viole du regard. Toujours à la recherche de la pitance. En guenilles. La main tendue et dans le froid. Je grelotte. Je pleure. En effet, la pitié se lit sur le visage de bon nombre de passants. Je suis très fatigué, bon Dieu. Je pense à mes parents qui, emportés par une irresponsabilité sourde et faute de moyens voire d’une crise économique aigüe, m’ont abandonné dans les bras de quelqu’un qui se fait passer pour un maître coranique. Alors qu’il est un faux dévot. Ô Dieu, pourquoi cette vie de chien ? Même un chien a une vie plus confortable que la mienne. Personne, je pèse et soupèse mes mots, ne m’aime ! Aucun regard. Aucun amour. Aucune haine même. Parce que je suis inexistant. L’on fait semblant de me voir mais je suis invisible. Je ne compte pour personne. Ce qui importe pour mon maître coranique, c’est ce que je rapporte tous les soirs, à la fin d’une journée de marathon et de dur labeur. Seule la pitance l’intéresse. Ô sacrilège ! Ô désespoir ! Mon Dieu, pardonne à mes parents, à mon maître censé m’apprendre le Coran et à l’Etat parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font !
L’irresponsabilité de mes parents
Je devais être un élève ou disciple apprenant le Coran. Tels sont mes dessein et destin. Que nenni. Le maître coranique, à la voix mielleuse, habillé de jolis atours et d’un boubou blanc, fit croire à mes pauvres parents que j’étais destiné à l’apprentissage du Coran. En effet, il m’enleva de la tendresse familiale et fit de moi son esclave. Un destin brisé auquel je fais face tous les jours. Et pourtant, j’étais un bon élève avant que l’on m’arrachât à l’affection de mes parents. L’on me prédit un bel avenir mais mes parents n’y avaient peu ou pas cru. L’occasion s’offrit et l’on m’offrit à ce charlatan des mots. Ce charlatan qui fait du Coran son fonds de commerce. Je ne puis croire que c’est mon destin mais en l’alchimie de la condescendance et de la bonne parole qui a germé dans certains esprits malsains. En effet, le mot talibé découle du mot apprenti. Celui qui veut apprendre et a une soif de connaissance. C’est ce qu’on dit à mes parents que je ne condamne pas. Ils sont ce qu’ils sont. Et moi, l’objet de leur désir. Un être ne devant pas avoir droit au chapitre. Un être calfeutré dans un silence assourdissant et la mort dans l’âme. C’est fort de café ce que je veux dire : j’ai été vendu comme un vilain esclave.
Mon maître coranique
Ô mon maître ! Lui-là, je le condamne fermement ! Il fit de moi ce qu’il voulut que je fusse. C’est-à-dire son objet. Sa chose. Son jouet. M’a-t-il appris quelque chose ? En effet, il a mis dans mon crâne, embué de contre-vérités, que quelques versets du livre saint. Lui-là, c’est faites ce que je dis mais ne dites pas ce que je fais. La chicotte est sa communication. Il est très économe de parole. Un sacré artiste, celui-là ! Et que dire de l’heure de la prière, il n’en fait pas trop son affaire. Pour lui, cela le dérange à tel point qu’il préfère aller dormir. Un de ses jeux favoris, c’est de nous réveiller en nous versant des sceaux d’eau froide sur le visage. Et tout en nous répétant d’aller à la quête de la pitance et de nous exiger le montant que nous devions ramener à la maison. A défaut de somme exigée, la chicotte fera sa mue. En rire ou en pleurer ? Telle est la vie dans la plupart des daras de ce Sénégal-là. Et moi, qu’est-ce que j’ai fait pour mériter cette chienne de vie ? Je ne peux le dire. J’ai du mal à trouver les mots parce qu’ils n’arrivent pas à sortir de ma gorge profonde. Un sort scellé. Un destin brisé. Une vie en lambeaux. Une grande déchirure. Conscience violée. Je ne suis qu’un objet qui vole au gré du vent.
Le rôle de l’Etat
L’Etat sénégalais dans toute sa splendeur. Cet Etat dans toute sa providence. Cet Etat protecteur. Qu’a-t-il fait pour parer à cette décrépitude de la société ? Une sans loi et encore moins investie dans l’amour du prochain. Rien et tout dans le vent ! Alors autant vaut la parole publique ? Elle n’est plus sacrée et surtout au Sénégal. Ce pays a failli à une de ses missions premières. Celle de protéger ses propres enfants. Mais à l’heure actuelle, l’on assiste à une résurgence de ce phénomène social. La pauvreté à tous les étages. A chaque coin, il existe des moi et des moi, en loques, la morve au nez, le visage si triste à réveiller un mort, et tendant la main et ne sachant même pas réciter un verset du Coran. Il est des moments où l’Etat semble oublier ce qui fait sa force de demain, sa jeunesse. Cette richesse qui coule de source que nous envie la vieille Europe. L’Etat, les talibés et la responsabilité des hommes ? Une drôle d‘histoire menée de main de maître par certains lobbys tapis à l’ombre. Et chacun y trouvant son compte. Mais bon Dieu, fais que ma situation change ! Me demande si je pourrais tenir face à cette dangereuse cavalcade parce que je suis las de vivre ainsi. Vivement que la vieille faucheuse vienne m’emporter et autant en emporte l’enfant talibé que je suis ! Né pour souffrir. Né pour ne plus compter dans ce bas-monde happé par la décadence d’une société. L’on parle in fine de Sénégal-50 et de son Agenda national de transformation, l’ère du président Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko. De zéro talibé dans les rues de Dakar et dans les grandes villes du Sénégal. Vivement la repentance de tous les acteurs ! Vivement que demain soit aujourd’hui. Vivement la fin de ce calvaire tuant à petit feu la société d’où pourrait surgir un jour une violente révolte embrasant tout sur son chemin. A ma muse doublée d’un bel esprit d’une matinée sur fond d’une conversation succulente posée sur les deux bords de la Méditerranée que t’est destinée cette supplique de l’enfant talibé pour réveiller le catharsis sommeillant en nous.
par Abdoul Aziz Diop
LE TESTAMENT POLITIQUE DE MAMADOU DIA
Le désarroi d'Ousmane Camara face aux insuffisances du Sénégal contemporain le pousse à une relecture radicale de l'indépendance. Mais les témoignages historiques, notamment ceux de Mamadou Dia, révèlent une réalité plus nuancée
Prenant la parole à l’occasion de la cérémonie de présentation du rapport significatif d’étape – « Introspection, rétrospection et prospection : 50 ans d’indépendance en Afrique de l’Ouest » –, initié et réalisé par la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (RADDHO), l’ancien juge Ousmane Camara dit être « effrayé par ce qui est arrivé » au Sénégal pendant et après les événements de décembre 1962. L’ancien ministre dans les gouvernements des présidents Senghor et Diouf considère alors que « jusqu’à présent nous vivons la même chose ». Et Ousmane Camara d’ajouter qu’« en réalité, nous n’étions pas indépendants. Cette indépendance était un leurre. Tous nos problèmes découlent de cela ». C’est qu’à ses yeux, « Senghor et Dia n’étaient que des pions ». Cette sentence est d’un grand intérêt quoique confusément sévère et polémique. Son intérêt est tel qu’elle pousse son auteur à proposer au pays « la tenue d’états généraux de l’histoire du Sénégal ». Mais c’est là que tout se complique puisque « l’histoire, avertit le grand romancier Argentin Enesto Sabato, est faite d’oublis et de sophismes ».
Ce n’est qu’en 1979, cinq ans après sa libération de prison et trois ans après son amnistie, que l’instituteur Mamadou Dia - qui fut, pendant treize ans, le secrétaire général du Bloc démocratique sénégalais (BDS), sénateur, député à l’Assemblée nationale française, député du Sénégal, maire de Diourbel et président du Conseil du gouvernement du Sénégal –, céda à la pression d’amis et de jeunes pour apporter son témoignage sur l’histoire politique du Sénégal.
Déjà victime d’une « mesure de rétrogradation » dans sa carrière d’enseignant du fait de son hostilité manifeste aux autorités coloniales et de son refus des mots d’ordre du régime de Vichy, Dia donna à la création du BDS « le sens d’une protestation contre la politique de la SFIO, qui se traduisait par l’inféodation à un parti politique européen ». Pour, comme disait Senghor, « tuer le vieil homme sénégalais » plutôt tenté par le « parti de clients » et le « remaniement de l’idéal de jadis », Dia, animé d’une conviction profonde et d’un désintéressement absolu, suscita une véritable « autonomie de pensée et d’action » en récusant, dès la Libération, tout arrimage aux partis européens. Très tôt, Mamadou Dia cria son indignation contre les « effets regrettables des compromissions » qui firent de Dakar et de Thiès des villes d’occupation par suite de la mutation des bases de la Communauté en bases militaires punitives et d’agressions contre les peuples qui se révoltent. « Dès 1961, écrit Mamadou Dia dans ses Lettres d’un vieux militant (Compte d’auteur, 1991), il y a eu des négociations avec le gouvernement français pour l’évacuation totale des bases françaises ». « Dans le domaine monétaire, ajoute-t-il, nos négociations avaient prévu la création d’une zone monétaire dans la région, zone monétaire indépendante de la zone franc. » D’ores et déjà, il nous paraît impossible de ne pas nous interroger sur ce qui s’est passé par la suite au détour d’« états généraux de l’histoire du Sénégal ».
A la différence d’autres témoins de l’histoire, Dia accusa Senghor de son vivant, lui offrant ainsi la possibilité de répondre. « C’est bien aux mutations subies par l’homme Senghor que l’on doit les avatars du Sénégal de l’après indépendance », tranche Mamadou Dia dans les colonnes du mensuel d’expression et de combat Andë Sopi. Mais Dia ne se contente pas d’une accusation. Les témoignages de Senghor dans une interview accordée à Bara Diouf, fin 1978, lui font justice quand on lui jeta à la face l’action de son gouvernement contre la classe ouvrière, le Parti africain de l’indépendance (PAI), le pluralisme et la démocratie entre 1959 et 1960. Quid du « pion » ? Dia répond lui-même : « Oui, j’ai été toujours ami de la France, mais jamais son agent. » En 1959, Mamadou Dia adressa à De Gaulle « une vigoureuse lettre de protestation » - ce sont ses mots – et fit arrêter deux Français impliqués dans un complot contre la Guinée. Dia réagissait ainsi à un communiqué diffusé à l’époque par Radio-Conakry et dans lequel le président Ahmed Sékou Touré accusait le Sénégal preuves à l’appui. Dia agissait en ami de la France tout en se défendant d’en être l’agent ou le « pion ». C’est que « nulle part dans le bréviaire du politique, il n’est écrit l’incompatibilité entre le nationalisme en actes et l’amitié pour les autres peuples dont les dirigeants respectent votre personnalité et ne piétinent pas vos droits ». Dia s’efforça d’élargir le champ de la coopération du Sénégal avec le reste du monde. Il prôna aussi « une solidarité de condition avec le Tiers-monde » contre « la coopération extravertie », facteur de « servitude économique », perceptible à travers, entre autres, « le Programme général d’importation (PGI) selon lequel, sous prétexte d’économies des devises, les importations du Sénégal hors CEE sont soumises à licences ». L’élargissement des relations avec l’Afrique au sud du Sahara achoppa, lui, sur « le renversement de tendance ou l’ère de l’auto-colonisation ».
On connaît la suite qui révulse Ousmane Camara, le poussant à se demander : « pourquoi en 2011 nous n’avons ni eau ni électricité ? » Dia déplora aussi l’état d’arriération d’un pays qui fut « le fer de lance du développement de l’Afrique, à l’aube des indépendances nationales ». Nous devons commencer par le dire si nous voulons des « états généraux de l’histoire » pour l’action. Mamadou Dia y contribue à travers son œuvre « que l’on n’aura pas tort de lire comme un testament politique à l’adresse de la jeunesse d’Afrique ».
En image, au recto de la page vierge de mon recueil de chroniques (octobre, 2003), les mots du président Dia écrits par son épouse sous sa dictée et qu’il signa lui-même de sa main de patriarche des bonnes causes sénégalaises, africaines et mondiales.
PAR Frédéric Kwady Ndecky
VIGILANCE FACE À LA MONTEE DES DISCOURS ETHNICISTES
EXCLUSIF SENEPLUS - Ces propos, qu’ils soient le fruit d’émotions mal maîtrisées ou de manipulations cyniques, sèment des graines de division qui, si elles ne sont pas extirpées rapidement, pourraient compromettre notre avenir commun
"Saytaane waxul dëgg waaye yàq nam xel" – Proverbe wolof (« Satan ne dit pas la vérité mais provoque le doute »)
Ne négocions jamais notre vivre ensemble !
Le Sénégal, pays d’équilibre et de résilience, a toujours su surmonter les épreuves pour préserver son unité et sa stabilité. Cependant, cette harmonie, fruit d’un héritage commun bâti au fil des décennies, est aujourd’hui mise à l’épreuve par la montée préoccupante des discours ethnicistes. Ces discours, comme le rappelle le proverbe wolof, ne disent pas forcément la vérité, mais sèment le doute et divisent. Ce doute, pernicieux et insidieux, menace de fragiliser notre cohésion sociale et d’alimenter des fractures qu’aucun citoyen responsable ne peut ignorer.
L’histoire politique et sociale du Sénégal témoigne d'une remarquable capacité à surmonter des crises profondes. La crise politique de 1988, marquée par des contestations post-électorales et des tensions prolongées, fut l’un des premiers épisodes de turbulences majeures qui ont secoué notre démocratie naissante. Quelques années plus tard, en 1993, l’assassinat du vice-président du Conseil constitutionnel a plongé le pays dans une autre crise de grande ampleur, mettant à l’épreuve notre système politique et notre stabilité institutionnelle. Cependant, loin de sombrer dans la division, ces épreuves ont incité le Sénégal à prendre un tournant décisif. En renouant avec le dialogue national, en engageant des réformes profondes et en renforçant la transparence du processus électoral, le pays a non seulement surmonté ces crises, mais a aussi renforcé ses bases démocratiques. Ainsi, malgré la gravité de ces événements, le peuple sénégalais a fait preuve de retenue, de résilience et d’une profonde volonté de justice, permettant à notre pays de préserver sa stabilité.
Entre 2021 et 2023, le Sénégal a traversé une autre période de turbulence, marquée par des manifestations virulentes nourries par l’insatisfaction économique et des tensions politiques exacerbées. Des milliers de jeunes, frustrés par des défis sociaux et économiques, sont descendus dans les rues pour exprimer leur mécontentement. Ce contexte aurait pu dégénérer, mais fidèle à son héritage de dialogue, le Sénégal a su éviter le pire et amorcer un retour à la stabilité. Ces épisodes, bien que difficiles, illustrent notre capacité collective à protéger l’unité nationale et à surmonter les défis dans un esprit de paix. Ce sont ces valeurs que nous devons continuer à promouvoir et préserver sans compromis.
Cependant, la montée des discours ethnicistes représente une menace nouvelle et insidieuse. Ces discours, souvent portés par des acteurs en quête d’intérêts politiciens ou par des opportunistes malintentionnés, jouent sur les peurs et les préjugés, opposant des communautés qui, depuis toujours, vivent ensemble. Ces propos, qu’ils soient le fruit d’émotions mal maîtrisées ou de manipulations cyniques, ne reflètent aucune vérité, mais sèment des graines de division qui, si elles ne sont pas extirpées rapidement, pourraient compromettre notre avenir commun. Nous devons les combattre avec fermeté et refuser qu’ils érodent les bases de notre vivre ensemble.
La Constitution sénégalaise, dans son préambule, affirme avec force que « le Sénégal est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Elle consacre l’égalité de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Ces principes fondamentaux constituent le socle de notre vivre ensemble. Mais aussi solides soient-ils, ces textes ne suffiront pas à garantir notre unité si nous, citoyens, ne prenons pas pleinement conscience de notre responsabilité. La vigilance collective est impérative. Chacun doit s’interroger : à qui profitent ces discours de haine ? Pourquoi laisser prospérer des idées qui mettent en péril cet héritage précieux que nos anciens ont bâti avec courage et détermination ?
Nous n'avons pas le droit de ternir le legs précieux de nos illustres aînés, hommes et femmes d'exception, porteurs de sagesse, de courage et de dignité, qui ont façonné le Sénégal tel que nous le connaissons aujourd'hui. Des figures politiques emblématiques, telles que Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia, Lamine Gueye, Waldiodio Ndiaye, Abdou Diouf, Abdoulaye Wade, Majhemout Diop, Abdoulaye Bathily, Amath Dansokho, Landing Savané et bien d’autres – qu'ils aient exercé le pouvoir ou incarné l’opposition – ont joué un rôle fondamental dans la construction de l'État et la consolidation de la démocratie. Dans le domaine religieux, des leaders comme Cheikh Ahmadou Bamba, El Hadj Malick Sy, Seydina Limamou Laye, Cheikh Al Islam Ibrahim Niasse (Baye Niasse), Monseigneur Hyacinthe Thiandoum, Monseigneur Théodore Adrien Sarr, et bien d’autres ont incarné l'unité nationale et œuvré sans relâche pour la paix sociale et le dialogue interreligieux. Des intellectuels et écrivains tels que Cheikh Anta Diop, Ousmane Sembène, Aminata Sow Fall, Mariama Bâ, entre autres, ont enrichi notre culture et affirmé notre identité. Ces figures, issues de divers horizons, ont bâti et nous ont légué une nation forte et solidaire. Leur héritage est un bien précieux que nous avons le devoir de préserver et de transmettre.
Le Sénégal ne peut se permettre de céder à ces dérives. Notre diversité culturelle, ethnique et religieuse a toujours été une richesse, jamais un obstacle. C’est cette diversité qui a permis à notre pays de rester un modèle en Afrique et dans le monde. En mars 2024, lorsque pour la première fois un opposant est arrivé au pouvoir dès le premier tour sans contestation, nous avons montré au monde ce que nous sommes capables d’accomplir lorsque nous restons unis. Cette avancée majeure dans notre processus de construction nationale et de consolidation démocratique, largement saluée par la communauté africaine et internationale, témoigne de la solidité de nos institutions et de la maturité de notre démocratie.
Ne laissons pas des discours irresponsables détruire ce que des générations ont bâti avec courage et détermination. Le Sénégal est notre bien commun, un héritage précieux que nous avons le devoir de transmettre intact, sinon renforcé, aux générations futures.
Unissons-nous pour défendre notre unité nationale.
Unissons-nous pour dire non aux discours de division et de haine.
Unissons-nous pour protéger notre vivre ensemble, car de lui dépendent notre stabilité et notre avenir.
Ne négocions jamais notre vivre ensemble !
A DAKAR, LES BOUTIQUES DE DROIT ONT RECENSE PLUS DE 90 CAS DE VIOL
La Fidh et ses trois organisations membres au Sénégal – la Lsdh, l’Ondh et la Raddho -, ainsi que, l’Ajs, demandent au gouvernement de prendre les dispositions législatives et judiciaires nécessaires pour une meilleure protection des femmes et des filles
La chargée de projets à l’Association des juristes sénégalaises, Mme Sène, a soutenu qu’en conclusion de la mission de plaidoyer qui a pris fin, hier, la Fidh (Fédération internationale des droits humains) et ses trois organisations membres au Sénégal – la Lsdh, l’Ondh et la Raddho -, ainsi que leur partenaire de longue date, l’Ajs (Association des Juristes du Sénégal) demandent au gouvernement de prendre les dispositions législatives et judiciaires nécessaires pour une meilleure protection des femmes et des filles victimes de violences physiques, sexuelles, psychologiques, économiques.
Elle l’invite également à mettre en place un dispositif efficace d’assistance juridique et judiciaire aux victimes. Ensuite, de prendre les mesures législatives nécessaires pour la mise en conformité des dispositions nationales aux engagements pris en 2004 par la ratification sans réserve le protocole dont l’article 14 prévoit l’accès à l’avortement médicalisé aux victimes de viol et d’inceste, ou lorsque la vie ou la santé de la mère ou du fœtus sont en danger. Enfin, de veiller à l’effectivité de l’application des peines prononcées à l’encontre des auteurs de faits de violences à l’égard des femmes et des filles.
La Fidh salue les militants et militantes « au courage remarquable » qui continuent leur combat malgré les nombreuses menaces et attaques à leur encontre. L’organisation pense qu’en 2025, il est urgent que le gouvernement s’exprime sur le sujet, garantisse le respect de l’État de droit et mène des actions concrètes pour la promotion et une meilleure protection des droits des femmes. « Le Sénégal le doit aux petites filles et aux femmes du pays. Il s’y est engagé il y a 20 ans. Je fais partie de l’association des juristes sénégalaises. Nous avons nos boutiques de droit qui nous servent de relais. Dans ces boutiques de droit implantées à Dakar, Sédhiou, Ziguinchor, Kébémer et Kaolack, nous avons recensé plus de 90 cas de viols », a-t-il fait savoir. Et rien qu’à Dakar, on note plus de 98 cas de viols.
POUR LA LÉGALISATION DE L'AVORTEMENT MEDICALISÉ
Malgré la loi le criminalisant, le viol prend des proportions alarmantes au Sénégal avec son lot conséquences dont la grossesse
Malgré la loi le criminalisant, le viol prend des proportions alarmantes au Sénégal avec son lot conséquences dont la grossesse. Dans le dernier rapport de l’Ansd, on note qu’un peu plus de 30% de victimes de violences faites aux femmes sont des mineures de moins de 16 ans. Hier, la Fédération internationale pour les droits humains a invité l’Etat à respecter son engagement, pris il y a 20 ans, d’autoriser l’avortement médicalisé en cas d’inceste ou de viol.
Les cas de viol et d’inceste sont devenus récurrents au Sénégal. Le 12 janvier dernier, le pays s’est réveillé sous le choc avec le cas d’une petite fille de 9 ans vivant à Joal violée par son maître coranique qui devrait lui transmettre le savoir et la guider sur le droit chemin.
Plus dramatique, le viol a été suivi d’une grossesse mettant en danger la petite fille. Bien avant, en mars 2023, les Sénégalais étaient dans déjà l’émoi et la consternation avec une affaire de viol sur 27 filles âgées de 6 à 15 ans vivant dans la région de Diourbel par un maître coranique. Un phénomène qui prend de l’ampleur avec des victimes qui portent à vie des séquelles de ces atrocités.
Hier, la Fédération internationale pour les droits humains a tenu une rencontre pour inviter l’Etat à réagir face à ce fléau que vivent les femmes et à respecter son engagement de permettre l’avortement médicalisé en cas de d’inceste ou de viol.
Elle a déclaré que cette recrudescence de violences faites aux femmes et aux enfants est mise en exergue par l’Ansd qui, en novembre dernier, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, avait publié un rapport sur la situation des violences faites aux femmes. Le document indique que 31,9 % des femmes âgées de 15 ans et plus ont subi au moins une forme de violence (physique, psychologique, sexuelle ou économique) au cours des 12 derniers mois. Par ailleurs, poursuit cette association des droits humains, 17,3% des femmes de 15 ans et plus ont déclaré avoir été victimes de violences sexuelles hors union au moins une fois dans leur vie…
Plus de 30 000 femmes recourent à l’avortement clandestin
Même les enfants de moins de cinq ans n’y échappent pas. En 2022, l’Association des juristes sénégalaises a pu relever que, sur 331 victimes de viols recensés, les 43% avaient entre 4 et 14 ans. Dans ce sillage, entre 2016 et 2017, le Centre de Guidance infantile et familiale de Dakar a dénombré 97 cas de viols suivis de grossesse, avec une moyenne d’âge de 11 ans, uniquement dans la région de Dakar.
C’est dans ce contexte de multiplication des violences faites aux femmes et aux filles que la Fédération Internationale des Droits Humains (Fidh), en partenariat avec l’Association des juristes sénégalaises (Ajs) et en étroite collaboration avec les organisations membres, la Raddho, la Lsdh et l’Ondh, a mené, en décembre 2023, une mission de documentation sur les violences sexuelles et l’application du Protocole de Maputo ratifié par le Sénégal en 2004.
La vice-présidente de l’Ondh, Fatou Habibatou Samb, de rappeler que l’Etat a signé et ratifié le protocole de Maputo avant de souligner que le nouveau régime, qui parle de rupture avec son slogan « Jub-Jubbal-Jubbanti », devrait respecter son engagement afin de soutenir les filles qui subissent ces atrocités.
« Ne serait-ce que pour les jeunes filles qui, le matin, quittent leur maison et leurs parents pour aller à l’école, sont agressées sexuellement en cours de route et sont souvent obligées de suspendre leur scolarité et de suivre une grossesse au péril de leur vie, l’Etat doit pouvoir respecter ses engagements », a plaidé la défenseure des droits humains.
Elle a soutenu que cette mission de documentation a donné naissance au rapport intitulé « Double peine : les survivantes de viol et d’inceste contraintes de poursuivre leur grossesse au Sénégal ». Le document analyse les obstacles à la légalisation de l’avortement médicalisé en cas d’inceste ou de viol et fournit des recommandations. Elle poursuit qu’il ressort de ce rapport que, chaque année, plus de 30 000 femmes et filles risquent leur vie et leur liberté en avortant clandestinement.
Présente à la rencontre, la juriste consultante Ndèye Oulimata Sène a déclaré que dans le document, il est indiqué clairement que l’avortement clandestin est l’une des causes principales de décès maternels au Sénégal et que les femmes y ayant recours, qand elles survivent, encourent jusqu’à deux ans d’emprisonnement. En 2024, 11% de la population carcérale concerne les faits d’avortement et d’infanticide. « Il s’agit de la deuxième cause d’incarcération des femmes et des filles », a dit la chargée de projets à l’Association des juristes sénégalaises.
Elle a ajouté que suite à la diffusion de ce rapport, en septembre dernier, et en considération de la nouvelle alternance politique, la Fidh, ses organisations membres (Lsdh, Ondh, Raddho) et l’Ajs ont souhaité rencontrer les nouvelles autorités pour leur présenter les conclusions du rapport et les sensibiliser sur la nécessité de faire appliquer le protocole de Maputo pour aider à la prise en charge médicale des femmes et filles victimes de viols ou d’inceste suivi de grossesse.
CASAMANCE, COMMENT LE TOURISME A SURVÉCU AU CONFLIT
Pendant un long moment, la région qui a connu une insécurité précaire à cause du conflit armé avait du mal à voir l’ombre d’un touriste. Au fil du temps, la donne a changé avec le calme qui est revenu.
Pendant un long moment, la Casamance qui a connu une insécurité précaire à cause du conflit armé avait du mal à voir l’ombre d’un touriste. Au fil du temps, la donne a changé avec le calme qui est revenu.
En 1992, le conflit armé qui a démarré dès l’aube des années 1980 a plongé tout le sud du Sénégal dans une insécurité sans fin. Cette situation a mis en péril le secteur touristique qui a enregistré une vague de départs immédiats de touristes présents dans la zone. Avec les braquages incessants qui survenaient à tout moment sur l’axe Cap Skirring-Ziguinchor, la situation s’est envenimée. Les porteurs d’armes, supposés appartenir au Mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc), pouvaient surgir à n’importe quelle heure pour s’en prendre aux populations.
À cause de l’insécurité qui y prévalait du fait de la crise armée, la Casamance était estampillée zone rouge et sensible. Aussi, la mort par “accident” d’un groupe de touristes dans les années 2000, non loin de Katakalousse, à quelques kilomètres de la station touristique de Cap Skirring, a amplifié les départs. Pendant ce temps, les réceptifs peinaient à se relever. L’insécurité fut fatale au tourisme local, occasionnant la fermeture des hôtels et l’arrêt des services offerts. Quelques années plus tard, en 2021, les manifestations politiques sont venues s’ajouter aux conséquences du conflit armé déjà désastreuses.
Le tourisme tourne, à nouveau, au ralenti. Dans ce contexte, peu de touristes viennent en Casamance pour les vacances. Donc, dans cette partie du Sénégal, le tourisme était à terre. Aujourd’hui, le sud du pays, y compris la zone touristique de Cap Skirring, commence à renouer avec la sécurité. Au mois d’octobre, la ville a accueilli son premier vol international en provenance de Bruxelles et Paris. À bord, une centaine de touristes. La particularité : il y avait beaucoup d’enfants. La vie reprend paisiblement dans la localité. Le tourisme retrouve sa place de choix avec des complexes hôteliers qui font le plein, surtout avec l’ouverture de la présente saison. Les fréquentations reprennent ainsi de plus belle. Même les campements implantés dans des localités éloignées y trouvent leur compte.
Gérant d’un campement dans les îles de la Basse-Casamance, Agolène Gomis se réjouit de la sécurité qui prévaut dans le département d’Oussouye et le reste de la Casamance. Contacté par “Le Soleil”, le jeune promoteur touristique affirme que “la sécurité favorise un bon climat des affaires”. Actuellement, rassure-t-il, les choses marchent très bien. “Il fut un temps, on ne recevait pratiquement pas de touristes à cause de l’insécurité. Nous vivions une situation très compliquée. Nous avions du mal à nous en sortir financièrement. En revanche, tout cela est derrière nous. On rend grâce à Dieu parce que les choses évoluent positivement.
Mon campement est plein depuis deux mois et la clientèle continue à frapper à nos portes”, jubile Agolène. Entrepreneur touristique depuis 10 ans, le fils de Sifoca, dans la commune de Diembéring, indique que nul ne peut investir dans une zone où règne l’insécurité. L’insécurité et la Casamance, c’est une histoire de plusieurs décennies qui a mis à genou le tourisme local. Cependant, les choses semblent revenir à la normale avec des retombées économiques profitables à ceux qui osent se lancer dans le secteur.