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6 avril 2025
L'ACCÈS UNIVERSEL À L'EAU, SI PROCHE, SI LOIN
L'eau est partout autour d'eux, mais pas une goutte n'est potable. Chaque jour, les insulaires sénégalais traversent les flots en pirogue à la recherche du précieux liquide bleu, loin des statistiques officielles
Ignace NDEYE, Moussa DRAME, Yves TENDENG, Abdoulaye FALL et Samba Niébé BA |
Publication 20/12/2024
Le Sénégal travaille activement pour l’atteinte du sixième point des Objectifs de développement durable (ODD6), visant à garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau. Donc un accès universel et équitable à l’eau potable, à l’hygiène et à l’assainissement d’ici 2030, en particulier pour les populations vulnérables mais également une gestion durable de cette ressource et la réduction du nombre de personnes souffrant de la rareté de l’eau. Cet objectif intègre la notion de gestion transfrontalière de cette ressource, essentielle à la gestion durable mais aussi favorable à la paix et à la coopération. Ainsi, dans le sous-secteur de (l’accès à) l’eau potable, le Sénégal affiche, depuis 2022 déjà, un taux d'accès en milieu urbain de près de 99%, il «est passé de 98% en 2013 à 98,8%», soit plus de 6.374.796 personnes desservies par branchements domiciliaires et plus de 594.870 par bornes fontaines, contre un taux en milieu rural de 96,9% en 2022. Même si notre pays peut se targuer d’être sur la bonne voie, il est encore loin des cibles en matière d’accès universel à l’eau. En effet, au-delà de ces statistiques globales qui cachent mal d’énormes disparités à l’échelle nationale, la réalité sur le terrain, notamment à l’intérieur du pays et particulièrement en zones rurales et reculées, est toute autre. Non seulement elles n’ont pas accès au liquide précieux, mais des populations de certaines localités qui en sont pourvues sont obligées de prendre en charge les coûts des branchements et autres matériels pour le raccordement au réseau d’adduction d’eau. Quid de la cherté du mètre-cube et des factures élevées ? Aussi le Sénégal doit-il relever le défi de la qualité, de la disponibilité (avec les baisses de pressions et coupures fréquentes) et de la sécurité de la denrée. Tour d’horizon à Kaolack, Mbour, Saint-Louis, Sédhiou et Ziguinchor permet de corroborer ces constats.
Ziguinchor - l’accès au liquide précieux, une véritable problématique - Le paradoxe d’une région bien arrosée qui manque d’eau potable...
Ziguinchor, pourtant région la plus arrosée du pays, fait partie des régions qui ont le plus faible taux d’accès à l’eau potable. Un paradoxe qui trouve sa justification dans la problématique de l’accès à l’eau potable dans plusieurs localités de la région. Dans plusieurs localités, l’eau potable reste une denrée rare, comme dans les iles où les populations, les pieds dans l’eau, continuent de réclamer de l’eau potable. L’image que présentent les insulaires de la région qui souffrent de l’approvisionnement en eau potable est assez patente. Ces populations de ces îles des département de Bignona et d’Oussouye sont obligées de faire de kilomètre, très loin, pour trouver le liquide précieux .
Dans plusieurs localités de la région de Ziguinchor, l’accès universel à l’eau et à l’assainissement d’ici 2030 reste un simple slogan ou vœux des autorités. Le pari est encore loin d’être atteint. Si dans les zones urbaines la situation est quasi résolue, avec l’approvisionnement en eau potable assuré par la Société des Eaux, dans certaines localités, le pari d’un accès universel est loin d’être atteint. Si ce ne sont pas des ONG qui viennent au chevet des populations, par l’érection de forages, des fois ces dernières se rabattent sur les puits parfois infectés et sources de maladies.
Toutefois la lancinante question des difficultés des branchements sociaux dans des délais inexplicables et l’extension du réseau reste une véritable contrainte pour certaines populations en zone urbaine ; ces dernières qui se contenter des puits ou des forages forés dans les maisons, avec tous les risques et dangers dans la consommation de ces eaux. La plupart des forages ne sont pas mis à niveau. …
Les insulaires, les pieds dans l’eau, réclament de l’eau potable
Mais aujourd’hui, s’il y a des populations qui souffrent plus de cette problématique de l’accès à l’eau potable ce sont bien les insulaires de la région de Ziguinchor. L’eau reste encore et toujours une denrée rare dans ces îles de la région où les populations, les pieds dans l’eau, souffrent du manque du liquide précieux. Elles sont à côté de l’eau, mais n’ont pas d’eau pour boire.
Dans les îles Bliss-Kassa, dans le département de Bignona, la situation est beaucoup plus lancinante. Niomoune, Hiitou, Haer, Diogué sont des îles où les populations sont obligées de parcourir des kilomètres pour trouver le liquide précieux. A bord de pirogues et munis de bidons, ces insulaires s’approvisionnent en eau potable dans certaines localités de la terre ferme. Une dure épreuve qui n’a toujours pas trouvé de solution, malgré les nombreuses complaintes des populations et promesses des autorités
Les îles du Kassa, dans le département de Bignona, ne sont pas également épargnées par ce manque d’eau crucial. A Windaye, Njikine, Karabane, la situation est pratiquement la même que dans les îles précitées. Sur place, ces insulaires profitaient de l’hivernage pour recueillir l’eau de pluie qu’ils conservent. Mais, quelques semaines suffisent, après la fin de la saison des pluies, pour voir tarir toutes ces réserves en eau dans ces îles
Outre ces îles, d’autres localités de la région de Ziguinchor restent confrontées à ce manque d’eau potable. L’exemple le plus patent demeure la situation au Capskiring, une station balnéaire, où il a fallu des «émeutes de l’eau» pour que la lancinante question du manque d’eau potable resurgisse. Si les sites hôteliers s’approvisionnent par les forages, dans le village du Capskiring, les populations ont recours aux puits, avec tous les risques de maladies, du péril fécal. Il a fallu des émeutes pour que les branchements pour l’adduction d’eau démarrent dans cette cité balnéaire qui avait été secoué par des tensions estampillées «les émeutes de l’eau»
Autre difficulté qui s’adjoint à ce manque d’eau potable, c’est la gestion de cette eau dans certaines localités. La volonté de dessaisir les Comités de la gestion des forages pour les confier à une autre société suscite des grincements de dents chez les populations de certains villages comme Tendouck, dans le département de Bignona.
Les populations s’étaient d’ailleurs signalées, pour leur désapprobation de voir leur comité perdre la gestion de du forage. Pour elles, le prix au mètre-cube revient plus cher avec la nouvelle société préposée à la gestion de l’eau. «Inadmissible et inacceptable… », avait alors pesté ces populations qui, rappelons-le, avaient même organisé une marche en son temps pour décrier une telle situation. Les populations qui s’expliquent difficilement une telle décision de l’Etat. Certaines ONG essaient de transcender cette difficulté d’eau potable, dans la région ; mais le passif est tellement grand. La région pourtant bien arrosée manque d’eau potable à plusieurs endroits ; un véritable paradoxe.
Sedhiou- progression lente de la couverture en eau potable 43% de réalisation, avec des disparités énormes
La région de Sédhiou peine jusque-là à atteindre la moitié des besoins prioritaires en matière d’accès à l’eau potable. Jusqu’au mois de mars 2024, le taux de réalisation était de 43% d’accès, selon le document de présentation de l’Agence régionale de développement (ArD) de Sédhiou. Ces chiffres cachent mal des disparités surtout en milieu rural et reculé où les populations éprouvent d’énormes difficultés à accéder à ces services sociaux de base. Le défi est grand et la progression lente dans une zone où la priorité n’est plus à démontrer.
L ’accès à l’eau potable en quantité et en qualité est un droit universel. Dans la région de Sédhiou, il existe jusque-là plusieurs localités qui peinent à disposer d’une eau de qualité, même si beaucoup d’actions ont été menées dans l’amélioration de la couverture en eau potable, surtout à partir de 2015.
Le document de synthèse traitent de l’accès aux services sociaux de base dans la région de Sédhiou, qui est élaboré par le Comité technique régional restreint et sous la coordination de l’Agence régionale de développement de Sédhiou (ARD), renseigne que le niveau d’accès global à l’eau potable dans la région de Sédhiou reste faible et tourne autour d’une moyenne de 43%.
Cependant, il existe des disparités entre les départements. «Le département de Sédhiou a un taux d’accès aux infrastructures.
hydrauliques égal à celui de Bounkiling et se situe à 47%. Par contre, celui Goudomp est à seulement 35%», indique le document. «Les programmes et projets tels que le PUDC, l’I2AE, le PEPAM/UE, USAID/ ACCES, le Projet AADEPA, etc. ont contribué à une amélioration sensible de l’accès à l’eau potable», lit-on dans ce document.
Des disparités selon les départements
Les points d’accès à l’eau potable dans la région de Sédhiou sont les forages, les puits modernes et les bornes fontaines. Il ressort que le département de Sédhiou dispose de plus d’infrastructures hydrauliques que les autres départements. On y dénombre 34 forages fonctionnels, 299 puits modernes et 77 bornes fontaines. Toutefois, sur 313 localités que compte le département, moins de la moitié (147) sont dotées d’une infrastructure hydraulique. Dans le département de Bounkiling, il est dénombré 37 forages dont 02 non fonctionnels dans les communes de Ndiamalathiel et Diaroumé, 157 puits modernes et 510 bornes fontaines. Ces infrastructures couvrent 193 localités sur 441 que compte le département ; soit 47% de taux d’accès à l’eau potable. Toutes les communes urbaines du département de Bounkiling ont accès à l’eau potable, à l’exception de celle de Madina Wandifa où le réseau de distribution est défectueux, et la potabilité de l’eau douteuse.
Dans le département de Goudomp, il a été dénombré 22 forages dont 01 non fonctionnel à Kolibantang, 123 puits modernes et 56 bornes fontaines. Goudomp est le seul département de la région où une seule commune urbaine a un accès universel à l’eau potable ; il s’agit de Diattacounda.
Saint-Louis : Un taux de couverture autour de 84,5% avec des disparités dans les départements, selon le Directeur de l’ARD
La région de Saint-Louis est caractérisée par des avancées assez significatives en matière d’accès à l’eau potable, comparée à la situation il y a 10 ans, pour ainsi reprendre les propos du Directeur de l’Agence régionale de Développement (ArD), Ousmane Sow, qui dit constater que le niveau d’accès aujourd’hui est assez satisfaisant.
Pour l’accès universelle à l’eau potable, Saint-Louis avoisine une moyenne régionale de 84,5% de taux de couverture dont 93% dans le département de Saint-Louis ; 78% dans le Podor et 70% dans le Dagana. «En milieu rural, on serait un peu en deçà de cela parce qu’à part quelques collectivités locales dans le département de Podor, où on a une partie Diéry très fournie en établissements humains dispersés. Là, on a encore des taux d’accès ou de couverture qui sont autour de 60 voire 70%. Mais, si on s’en réfère à l’accès par rapport à la population qui est touchée, on serait véritablement à une moyenne autour de 80%. Ce qui me semble être une avancée notoire, comparée à la conférence d’harmonisation qu’on avait organisée en 2009 où le milieu rural dans la région était en deçà de 60% pour la plupart des cas», a fait savoir Ousmane Sow, le Directeur de l’Agence Régionale de Développement (ARD), rappelant qu’il y a certes des avancées importantes mais qu’il y a également encore des défis à relever. Ces défis, a-t-il rappelé, c’est de dépasser aujourd’hui cette appréciation selon seulement l’existence d’un point d’eau au niveau de la localité. «Les défis, c’est faire de sorte que, dans chaque ménage, on puisse avoir un branchement particulier. Et, à ce niveau-là, il y a encore des efforts à faire et les dernières estimations ou enquêtes que nous avons faites nous montrent que dans la région, beaucoup de ménages ne sont pas encore raccordés au réseau de distribution d’eau. On peut même prendre le cas de la ville de Saint-Louis où le problème de l’accès à l’eau se pose aujourd’hui surtout en ce qui concerne la continuité du service car il y a des moments où nous avons des coupures d’eau ou des baisses de pression, etc. C’est lié aussi à l’augmentation de la demande et que les travaux pour booster les capacités ne sont pas encore achevés. Donc, c’est ce qui justifie la situation que nous vivons ; mais nous espérons que nous la dépasserons bientôt», a dit M. Sow. Le Directeur de l’ARD reconnaît que la question de l’eau reste une problématique dans la région de Saint-Louis. «Par rapport à l’accès à l’eau, il y a des avancées notoires. Par rapport au service de qualité de desserte, il y a encore des défis à relever, surtout en milieu rural où il y a encore des gaps notamment dans le département de Podor où environ 06 collectivités locales n’ont pas encore de taux qui atteignent les 70%. Dans le département de Dagana aussi, bien que le taux d’accès est autour de 70%, n’empêche il y a beaucoup de localités telles que Ngnith, Mbane, Bokhol où il y a des efforts à faire. La situation est identique dans le département de Saint-Louis, précisément à Fass-Ngom et Ndiébène-Gandiol», a-t-il expliqué.
Kaolack : Le calvaire des fermiers
Le débat autour de l'accès des populations à l'eau potable se pose avec acuité en ville comme dans les villages situés dans la région de Kaolack
Malgré la tenue de concertations profondes entre acteurs du secteur de l’eau, les 21, 22 et 23 novembre derniers à Kaolack et les conclusions prometteuses tirées de ces assises, la question de l’accès à l'eau se pose toujours chez les populations des cités urbaines et rurales. Selon les dernières études relativement menées sur l'accès des populations à l’eau potable, 98,41% des personnes sont aujourd'hui approvisionnées. Dans les régions de Kaolack et de Kaffrine, les chiffres ont donné 1,5 millions d'usagers pour 279 forages. Certes, des statistiques réconfortantes, mais qui ne reflètent pas la réalité sur le terrain car, si en ville, la majorité des consommateurs sont contestataires des coupures incessantes d’eau du réseau d’approvisionnement, dans les villages, c'est plutôt la problématique des factures élevées ou parfois la qualité de l'eau qui se pose.
Relations tendues entre usagers et fournisseurs, l'équation des fermiers
Depuis l'arrivée des fermiers aux commandes, la distribution d'eau potable dans les villages est souvent perturbée par de contestations çà et là, au sein des mouvements populaires. Si ce n'est pas la qualité de l'eau distribuée qui est décriée, c'est le montant des factures qui provoque souvent la réaction des populations et les vagues de soulèvement populaire qui s’en suivent à chaque fois qu'elles sont remontées. Ces contestations, pour la plupart du temps, s'expliquent par l'hostilité des populations vis-à-vis des fermiers qui ont repris la gestion des forages ruraux, avec des coûts au mètre-cube jugés très élevés, comparés aux ceux pratiqués en milieux urbains. Ce qui fait que, dans la plupart des contrées rurales, les populations ne veulent plus de fermiers dans la gestion de l'eau dans leurs villages. Leur volonté est surtout de restituer la gouvernance de la filière eau aux Associations des usagers des forages (Asufor) qui en avaient, jusque-là, la responsabilité. Histoire de surmonter, elles-mêmes, les nombreux défis auxquels elles sont confrontées.
Au-delà des besoins déjà cités, les usagers résidant dans les villages déplorent, pour autant, les charges qui leur sont imputées dans les opérations de branchement domiciliaire. Plus le tuyau central du réseau d’adduction est loin, plus le coût du branchement est cher. Il varie de 50 à 90.000 FCFA. Quant à la facture qui est amortie de deux (2) à un (1) mois, elle est souvent estimé à 5000 FCFA pour les ménages moyens et moins de 5000 FCFA pour les petites familles. Il faut cependant ajouter que, souvent, à travers leurs plateformes revendicatives, les populations rurales réclament les importantes sommes déposées auprès des banques, avant la décision de l'État de leur retirer la gestion des forages ruraux au profit des fermiers.
Mbour : Des communes en souffrent encore
Le département de Mbour compte 16 communes aux fortunes diverses par rapport à l'accès à l'eau potable. Si certaines communes comme Mbour, Saly-Portudal, Malicounda, Ngaparou connaissent un niveau acceptable d’approvisionnement en liquide précieux, tel n'est pas le cas pour d'autres contrées comme Diass, la Somone, Fissel, Nguéniène et Sessène. Malgré les efforts faits du côté des autorités gouvernementales et des opérateurs pour un meilleur accès à l'eau potable. Une revue de l'accès à l'eau potable dans le département de Mbour, pour faire le point dans certaines localités, permet de corroborer ce constat.
Cheikh Issa Sall, le maire de la commune de Mbour, interrogé sur la question, a fait part des efforts de son équipe municipale. Selon lui, en 2022, à son arrivée à la tête de la commune, la seuls 18 quartiers sur les 42 que compte la ville de Mbour avaient accès à l'eau potable. De nos jours, ce constat est devenu un vieux souvenir : la commune a procédé à la pose de 87 kilomètres de tuyauterie pour faciliter l'accès l’eau potable à certains quartiers périphériques. Cette volonté affichée sera renforcée en avril 2024, car les plans remis par la Sen’Eau devant permettre la connexion au réseau et faciliter les branchements sociaux. Non loin de Mbour, la commune frontalière de Malicounda s'illustre par un accès universel à l'eau potable. Autre municipalité, autre réalité. A Diass, le maire Mamadou Ndione a rappelé le raccordement de sa commune au grand projet KMS3. Et, par conséquent, a-t-il déclaré : «Diass ne peut plus dépendre de l'opérateur Aquatech, du fait des difficultés d'accès à l'eau potable de certains villages».
Pour Ciré Dia, le secrétaire municipal de la Somone, la commune est en grande partie engagée pour l'accès à l'eau potable pour tous. A cette fin, la municipalité est un taux de couverture effectif de 90 pour cent. Par contre, la commune de Fissel souffre le martyr en matière d'accès à l'eau potable. Selon une source municipale, une dizaine de villages n'ont pas accès à l'eau potable. Les localités de Mbédap, Mbidine, Ndiop, Ndiassane, Ndamndam, Ngonenne et certains hameaux polarisés font partie de celles souffrant du manque d'eau potable. La baisse de pression allant jusqu'au manque d'eau total s'invite dans certaines contrées comme Khawoul et Sob. Les robinets y sont à sec. Ces faits évoqués ont poussé la commune de Fissel à s'investir pour amoindrir le mal, en dégageant 100 millions de FCFA pour le matériel, la mise en réseau. L'appel d'offres est lancé et l'espoir est permis, selon notre source. Tout de même, le soutien des autorités gouvernementales est souhaité.
LES PIQUES DE L'AS DE CE VENDREDI 20 DECEMBRE 2024
LE BAD BUZZ DE CHEIKH YERIM
Depuis hier matin, le célèbre journaliste Cheikh Yérim Seck fait le buzz sur les réseaux sociaux. Et cette fois-ci, c’est n’est pas à cause de ses réflexions percutantes mais de sa vie privée qui se retrouve encore sur la Toile. Refusant de répondre directement aux attaques d’une certaine Ngo La Diva qui se réclame son épouse, Cheikh Yérim a préféré passer par l’insulteur Adamo pour solder ses comptes avec son « ex », mais lors du coup de fil, Yérim ignorait totalement qu’il parlait en direct devant des milliers d’internautes qui écoutaient religieusement sa version des faits. Pire, à la fin du coup de fil, Yérim a dit à son interlocuteur Adamo de garder leur conversation secrète. Ce qui lui a valu des moqueries sur Internet. Un mal ne venant jamais seul, Ngo La Diva a encore fait un live pour rendre public un audio de Cheikh Yérim Seck pour l’enfoncer encore.
Ngoné Mbengue assure l’intérim de Barth
Après la constatation de la démission de Barthélémy Dias par le préfet de Dakar, en vertu de l’article 277 du code électoral, c’est la première adjointe au maire, Ngoné Mbengue, qui assure l'intérim à la tête de la ville de Dakar. Membre de « Taxawu Dakar », Ngoné Mbengue a fait cette annonce hier lors d’une interview à la Radio Futurs Médias (RFM), exprimant au passage sa volonté de poursuivre les projets déjà commencés par le fils de Jean Paul Dias. «Aujourd’hui, en tant qu’adjointe au maire assurant l’intérim, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour continuer le travail. Et suivre l’agenda que le maire avait laissé, en me focalisant sur tout ce qui est prioritaire pour les Dakarois», a-t-elle déclaré. Cette annonce vient encore confirmer que depuis des années, la mairie de Dakar est la chasse gardée de «Taxawu Dakar». Car, depuis que le Parti démocratique sénégalais (PDS) l’a perdue avec Pape Diop, battu par Khalifa Sall, seuls des responsables politiques appartenant à Taxawu ont occupé successivement la tête de la mairie de Dakar.
Audit des entreprises minières du Sénégal
L’État va lancer un audit financier des sociétés minières. C’est ce qui ressort d’un communiqué de la société des Mines du Sénégal (SOMISEN) parvenu hier L’AS. L’audit concerne Sabadola Gold Opération, Petiwal Mining Company (PMC) SA, Sored Mines, Afrigold, MANAGEMBOTO SA, Makabingui Gold Opérations (MGO), les Industries Chimiques du Sénégal (ICS), Baobab Mining and Chemical Corp. Sa et Société Minière de la Vallée du fleuve Sénégal. Les sociétés ciblées sont également la Grande Côte Opérations (GCO), Ciments de l’Afrique Cimaf, Dangote Industries Sénégal SA (DANGOTE), Sénégal Mines et la Société des Mines de fer du Sénégal Oriental. Selon le texte, c’est dans le but de développer le portefeuille minier de l'État pour accroître ses recettes dans le secteur que la structure dirigée par Ngagne Demba Touré a décidé de lancer l’audit financier de toutes les sociétés minières concernées. D’après le texte, une correspondance a été adressée à toutes ces sociétés pour assurer la transmission diligente de documents y afférents. À la fin du processus, ajoute le communiqué, le premier rapport d'évaluation de la valeur de la participation de l'État dans les opérations minières sera adressé aux autorités. Ce rapport, poursuit le document, sera accompagné de recommandations stratégiques pour une gestion rentable du portefeuille minier de l'État et une gouvernance responsable des ressources minérales au profit du peuple souverain, conformément à l'article 25-1 de la Constitution. Le texte précise que la Direction générale de la SOMISEN a entamé, depuis le mois de juin 2024, une analyse approfondie de l'état des actions détenues par l'État dans les entreprises minières. Pour la SOMISEN, cette opération va être conduite en deux phases et a démarré par l'identification exhaustive de toutes les sociétés minières dans lesquelles l'État détient des actions.
Hajj 2025
Les préinscriptions pour l'édition 2025 du Hajj démarre le mardi 24 décembre 2024. Ce que renseigne un communiqué de la Délégation générale au Pèlerinage aux Lieux saints de l'Islam rendu public hier. Selon le document, ces préinscriptions sont ouvertes auprès de la Banque Islamique du Sénégal (BIS) sur l'ensemble du territoire national. Le texte précise qu'un versement provisoire de quatre millions (4 000 000) de francs CFA est exigé, en attendant la publication officielle du package 2025.
TER
Les passagers qui font la navette entre Yeumbeul et Diamniadio ont dû chercher hier un autre moyen de transport pour vaquer à leurs occupations. Et pour cause, il y avait un arrêt des circulations du TER sur cet axe à cause d’un incendie, signalé à la gare de Rufisque. Ce qui fait que les trains circulaient uniquement entre Dakar et Yeumbeul, dans les deux sens. La reprise de la circulation sur toute la ligne était prévue aux environs de 14 heures.
Le Cosce exprime ses inquiétudes sur la mairie de Dakar
Le Collectif des Organisations de la Société Civile pour les Élections (COSCE) élargi à d’autres organisations comme ONG 3D, Gradec, Pacte, Réseau Siggil Jigeen, Forum du justiciable ou encore la ligue Sénégalaise des Droits de l’Homme (LSDH), reste préoccupé par la situation actuelle à la mairie de Dakar. Dans un communiqué, l'organisation a exprimé ses inquiétudes et annonce avoir reçu une délégation de conseillers municipaux de la ville de Dakar. Ces derniers ont signalé qu'ils se sont vu interdire l'accès aux locaux de la mairie par les forces de défense et de sécurité, à la suite de la révocation de Barthélémy Dias. Cependant, ils ont affirmé leur attachement aux valeurs fondamentales de justice, d’équité et au respect des droits des citoyens. Par ailleurs, l’instance rappelle qu’une telle mesure, si elle est confirmée, doit être fondée sur des bases juridiques respectant les droits constitutionnels des citoyens.
Un élève en classe de seconde fauché par un camion à Passy
Un accident mortel a eu lieu hier sur la route nationale à la sortie de la ville de Passy, située dans le département de Foundiougne, région de Fatick. En effet, un élève du lycée de Passy qui circulait à vélo a perdu la vie après avoir été percuté par un camion étranger, d’après APS. Ce drame a plongé la communauté scolaire dans une profonde tristesse, particulièrement les élèves et le personnel du lycée, qui pleurent la perte d’un de leurs camarades.
Le khalife général des Khadres reçu par Diomaye Faye
Dans le cadre de sa tournée traditionnelle annuelle, le Khalife général des Khadres, Cheikhna Cheikh Abdoul Aziz Aïdara Ould Cheikh Ayah Ould Cheikh Talibouya Ould Cheikhna Cheikh Sadbouh Aïdara, a été reçu au Palais ce mercredi par le président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye. Accompagné d’une importante délégation, le Khalife a abordé avec le Chef de l'État beaucoup de sujets, dont le renforcement des relations entre le Sénégal et la Mauritanie, le rôle de la confrérie Qadiriyya sur la scène internationale en tant que vecteur de paix, de dialogue interreligieux et de cohésion sociale.
Conflit entre agriculteurs et éleveurs à Darou Salam
Le tribunal de grande Instance de Kaolack a condamné, hier jeudi, un berger transhumant qui avait blessé un agriculteur dans son champ à Darou Salam, suite à un affrontement entre bergers et cultivateurs. Il a été condamné à trois (3) mois de prison assorti d'une amende de 500 mille francs FCFA. Attrait à la barre du Tribunal de la grande Instance de Kaolack, un berger a été condamné à 3 mois de prison ferme et d’une amende de 500 mille francs CFA. Les faits se sont déroulés le 12 décembre dernier, au village de Keur Serigne Ahmadou, localité située dans la commune de Darou Salam (département de Niro). Le sieur M. Sall a été grièvement blessé lors d'un affrontement entre agriculteurs et éleveurs. Le bilan de l'affrontement faisait état de deux (2) blessés dont l'agriculteur qui a été évacué au centre de santé de Nioro du rip après avoir reçu des coups de machette. Pour rappel, des affrontements sanglants entre éleveurs et agriculteurs sont très fréquents dans cette zone, provoquant plusieurs blessés. Les autorités sont interpellées.
Prix de la critique d’art
Initialement prévue le 20 décembre, la date de clôture de l’appel à candidatures pour le prix Iba Ndiaye Djadji de la critique d’art a été prorogée jusqu’au lundi 30 décembre 2024. Selon les membres de l’Association sénégalaise de la critique d’art (ASCA), le prix Iba Ndiaye Djadji de la critique d’art a été lancé pour récompenser le meilleur article de presse portant sur une réalisation artistique In ou Off liée à la 15 édition de la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar (Dak’art), clôturée le 7 décembre dernier. Pour eux, l’ambition de ce prix est de contribuer à valoriser le travail de critique d’art au Sénégal. Il faut rappeler que les critères retenus pour cet appel à candidatures ouvert à toutes les nationalités sont « la qualité de l’écriture, l’originalité de l’analyse, la pertinence des arguments et la clarté de la pensée ». Les candidats doivent être âgés de 35 ans au plus à la date du 31 décembre 2024, précisent les initiateurs.
Je dis Hooray
A vos fesses noires
Vos fesses qui ont parlé toutes les langues de la terre
duVietnam au Congo
Du Fouta à Vertières
Et Vertières c’était avant, nous les avons
Vos fesses qui ont ricané et vibré
Sur d’autres très dociles
D’autres fesses admiratrices et frêles
Je salue vos bras de fer
Vos regards profonds
Vous avez claironné contre la trahison
à Chasselay, à Thiaroye
Oui
Un Thiaroye rouge de la tiédeur du déni
Vous êtes les tirailleurs du monde
Votre vie ?
Un bagne
Vos lendemains?
L’opprobre
Et puis la salissure du silence
La froidure hivernale de tombes anonymes
Demain,
S’il y a demain
Je dirai l’éclair d’airan
Qui traverse vos yeux
Vos regards frénétiques
Vos regards defélins
Je dis
Je redis
Que vous êtes la Judée
Vous êtes Kaya Magan
Vous qui avez hurlé
En Wolof, en Dioula
Akan, Berbère et Mossi
Vous seuls combattants combattus autour de repas sans dessert
Ecrasés par la roue du mépris
La roue de la haine
Victimes du désespoir, de la honte du mépris
Victimes du maraudage
Et pourtant
Vos vainqueurs froids et méchants
Aux échancrures cardiaques sous leurs poitrines
Fanfaronnent et glapissent
Sur les chemins tortueux
Les routes du Midi et d’ailleurs
Hélas, comme trophées des victoires sans gloire
Des victoires qui font tressaillir
Les madrépores
Des victoires de chienlit
Des couches fétides
Des célébrations aux champs de Mars
Qui n’ont pour répondant
Que le mensonge, l’hypostase
Ces sourires de trente-deux dents
Traversés de larmes
Mais qui ne disent pas le vrai
Des sourires d’anges sur des faces de démons
Voilà que s’esbignent
Les chevaliers de l’ombre
Créatures lugubres et malodorantes,
Pour dire leur regret
Pour avouer devant l’évidence
Des crimes commis et tus
Des forfaits cachés, ensevelis
Que seule l’usure du temps
A pu dévoiler
Le temps
Ennemi de l’ivraie de la fourberie
Et le temps ne fait que commencer
Fini
Le rugissement de l’hyène
Devant les lions assoupis
Fini
Les mots frelates les gestes tordus
Le dépouillement fébrile de langue de bois
Fini
La canaille, fini la grisaille
Le soleil, non pas celui de la mi- nuit
Pas celui glacé et lent du septentrion
Mais le soleil vrai du Congo
Qui darde ses flammes en plein océan
Ce soleil la
C’est celui du jugement de tous les cancrelats
Et Thiaroye et Gorée
Cancrelats rotant
Cancrelats fouineurs
Cancrelats boursouflés
Cancrelats qui pétentet qui puent
Thiaroye encore, et Gorée et Ouidah
Mais Dien Bien Phu
Vos largesses de Cœur
Ecrasées et encrassées dans la barbarie
Vous revoici debout et droits
LE DÎNER À LA MAISON BLANCHE ATTENDRA
Le nouveau livre de Madiambal Diagne explore les thèmes de l’émigration, de la tragédie sociale et de la condition féminine. L’œuvre mêle un récit journalistique romancé et une critique poignante de la société sénégalaise
La préface de “Le Dîner à la Maison Blanche attendra”, explore les thèmes de l’émigration, de la tragédie sociale et de la condition féminine. Inspirée par une rencontre fortuite avec un émigrant sénégalais et les réalités tragiques de nombreux jeunes qui fuient leur pays. L’œuvre mêle un récit journalistique romancé et une critique poignante de la société sénégalaise.
Le roman aborde également la question du viol et des agressions sexuelles.
L’histoire de Kéthiel, une femme trop belle pour être heureuse, symbolise les injustices faites aux femmes dans une société obsédée par les apparences et dominée par des relations de pouvoir et de convoitise.
Dans la nuit oppressante, Kéthiel subit une agression brutale, un événement qui marque le début d’une série de tragédies dans sa vie. Issue d’une famille respectée, avec un père, Kaaw Thierno, patriarche influent, elle grandit dans l’admiration de tous. Promise à son cousin Bandel, leur mariage scelle son destin d’obéissance et de silence. Pourtant, l’arrivée de l’instituteur Lamine Fall déclenche une passion interdite. Une grossesse cachée mène à un drame :l’accouchement clandestin d’un enfant mort-né, qui scandalise la communauté et conduit Kéthiel en prison.
À sa libération, rejetée par son père et répudiée par son mari, elle trouve refuge auprès de sa mère, Maam Faty. Ensemble, elles s’installent à Dakar pour échapper à leur passé. Une seconde grossesse, issue d’un viol, renforce leur isolement mais aussi leur résilience. Kéthiel, dévouée à son fils, CR7, lutte pour offrir un avenir meilleur. Ses efforts la mènent à un choix risqué : entreprendre un périlleux voyage vers les États-Unis, espérant un renouveau.
L’odyssée de Kéthiel, confrontée aux défis et drames de l’exil, sur fond de quête de survie et de spiritualité est racontée dans la deuxième partie du livre. Perdue dans les méandres d’une migration marquée par des épreuves, elle traverse des territoires hostiles, comme la Colombie, le Nicaragua, le Guatemala et le Mexique, où se mêlent solidarité humaine et exploitation.
Au Mexique, Kéthiel, est obligée de dormir dans une église, et de s’intégrer à une communauté guidée par le prêtre Don Padre, prônant la fraternité religieuse. Sa rencontre avec Maria Morales, une sociologue retraitée au Guatemala,révèle les sacrifices des femmes face aux régimes oppressifs. La dégradation de l’état de santé de Fanta, son amie, culminant avec son décès, illustre les tragédies personnelles des migrants.
La narration suit les péripéties de Kéthiel, du rejet de la traversée maritime en pirogue à son séjour chez Mama Africa, une figure maternelle mexicaine. Ce refuge temporaire à Tapachula, mêlé d’anecdotes culturelles, reflète les luttes des migrants pour trouver un abri et des ressources dans des conditions précaires.
Plusieurs étapes mettent en lumière la vulnérabilité des migrants : les périls du “train des inconnus”, les rencontres avec des passeurs, ou encore les dangers des frontières. Le récit prend un tournant spirituel lorsqu’un rêve conduit Kéthiel à un temple précolombien, où elle se découvre une nouvelle intuition et capacité d’aider les autres.
Finalement, la traversée tumultueuse du Rio Bravo marque l’entrée de Kéthiel aux États-Unis, une étape qui symbolise à la fois la fin et le début d’une quête, mêlant réalisme cru de la vision de tous les démunis et précaires, chez qui elle retrouve l’écho de ses propres galères. Loin de l’image rêvée de l’Amérique, NewYork se révèle saturée, impitoyable pour les nouveaux arrivants.
Un bref répit lui est offert lors d’une visite au « Bamba Day » à Harlem, rassemblement religieux des mourides sénégalais. Ce moment d’unité est cependant éclipsé par la dureté de sa cohabitation dans un foyer surpeuplé, où tensions et jalousies minent le quotidien. La quête d’emploi s’avère infructueuse, la poussant à envisager d’autres horizons.
Fuyant un incident compromettant chez un guérisseur de Brooklyn, elle part pour Washington DC, avec l’espoir d’y trouver une stabilité. Mais là encore, l’avenir se bouche. Dans une ultime tentative, elle décide de rejoindre un groupe de migrants en route vers le Canada, perçu comme un nouvel Eldorado. La traversée clandestine tourne mal, et Kéthiel est arrêtée par la police américaine, suspectée à tort dans une affaire de meurtre.
Épuisée, acculée, Kéthiel sombre dans le désespoir. Lors de son interrogatoire, elle commet l’irréparable en mettant fin à ses jours, mettant un terme à une existence marquée parl’exil, les sacrifices, et les rêves brisés.
Ce livre, dans sa première partie, est un cri d’indignation contre un système qui brise les femmes, et un hommage à celles qui, comme Kéthiel, subissent silencieusement les drames d’une société abrupte et inégalitaire. Le récit est bouleversant dans sa deuxième partie qui illustre les désillusions vécues par de nombreux migrants. Entre les dangers de l’exil et l’injustice des systèmes, la quête de dignité et de sécurité se heurtent souvent à des obstacles insurmontables, révélant l’âpreté de leur lutte pour survivre.
52 FEMMES ET JEUNES PORTEURS DE PROJETS FORMES A DES METIERS PORTEURS
Ils sont en tout 52 femmes et jeunes de la région de Saint-Louis, porteurs de projets et âgés entre 18 et 40 ans, à avoir été formés par l'Institut de Technologie Alimentaire sur les métiers de l'agroalimentaire, du pétrole et du gaz, du cuir et des peaux
Ils sont en tout 52 femmes et jeunes de la région de SaintLouis, tous des porteurs de projets et âgés entre 18 et 40 ans, à avoir été formés par l'Institut de Technologie Alimentaire (ITA) sur les métiers de l'agroalimentaire, du pétrole et du gaz, du cuir et des peaux. Cela s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du Projet D'appui au Développement des Compétences et de l'Entreprenariat des Jeunes dans les secteurs porteurs (PDCEJ). Ils ont reçu leurs attestations au terme de leur formation qui a duré huit semaines.
Cette cérémonie de remise d’attestations est l’aboutissement de la formation entreprise dans le cadre de la convention nouée entre le Projet D'appui au Développement des Compétences et de l'Entreprenariat des Jeunes dans les secteurs porteurs (PDCEJ) et l'Institut de Technologie Alimentaire (ITA).
Les récipiendaires ont bénéficié de formations techniques et professionnelles en transformation de céréales ; fruits et légumes ; produits d’élevage ; produits halieutiques ; boulangerie-pâtisserie et cuisine à base de produits locaux. « L'ITA a formé à Saint-Louis 52 porteurs de projets sur sept (07) modules technologiques de transformation agroalimentaire et quatre (04) modules de gestion d'entreprises. Ils ont été formés pendant huit (08) semaines », a fait savoir Mor Talla Guèye, Directeur général de l’Institut de Technologie Alimentaire (ITA). Il s’est aussi félicité que 34% de cette cohorte soit déjà en activité entreprenariale. « En terme de bilan, le PDCEJ a formé à mi parcours 2935 jeunes et femmes dans les cinq (05) régions ciblées à savoir Dakar, Thiès, Kaolack, Kaffrine et Ziguinchor. et Sain-tLouis.
Parmi ces 2935 bénéficiaires, les 1028 ont été formés par l'ITA », a dit Ibrahima Ciss, chargé du suivi et évaluation du PDCEJ. Il a rappelé les chantiers de ce projet notamment les trois centres de formation dont celui de Saint-Louis (Bango) qui est dédié aux métiers du pétrole et du gaz en cours de construction ; celui dédié aux métiers du cuir et des peaux qui sera implanté à Ngaye Mékhé dans la région de Thiès et un troisième centre qui va s'activer dans les métiers de l'agroalimentaire et qui va être logé dans l'enceinte de l'Institut de Technologie Alimentaire (ITA). « Pour l'incubation, le PDCEJ a eu à former 496 personnes dans les différents secteurs de l'agro-industrie ; des énergies renouvelables et de l'énergie solaire », a précisé M. Ciss.
La cérémonie s’est déroulée en présence du Directeur général de l’Institut de Technologie Alimentaire (ITA), Mor Talla Guèye qui s’est réjoui des résultats obtenus dans le cadre de cette convention nouée avec le PDCEJ en vue d’accompagner les femmes et les jeunes. « Le statut de l'ITA a beaucoup évolué dans le temps mais est resté toujours ancré dans le domaine de l'industrie pour l'accompagner.
Créé en 1963, l'ITA a mis au point une dizaine de technologies et des innovations majeures allant des procédés de fabrication des produits nouveaux en passant par les équipements de transformation et de conservation des produits de l'agriculture, de l'élevage, de la pêche et la foresterie entre autres », a expliqué M. Guèye.
LES INSCRIPTIONS AU HAJJ OUVERTES LE 24 DÉCEMBRE
A travers un communiqué publié hier, jeudi 19 décembre, la Délégation générale au pèlerinage aux lieux saints de l'Islam informe le public du démarrage des préinscriptions, pour l'édition 2025 du Hajj
Les inscriptions pour le pèlerinage à La Mecque de 2025 seront entamés ce 24 décembre 2024. La délégation générale au pèlerinage en a fait l’annonce dans un communiqué publié hier, jeudi 19 décembre. Les candidats au Hajj sont aussi appelés à faire un dépôt de 4 millions en attendant le coût du package.
A travers un communiqué publié hier, jeudi 19 décembre, la Délégation générale au pèlerinage aux lieux saints de l'Islam informe le public du démarrage des préinscriptions, pour l'édition 2025 du Hajj. Elles sont prévues à partir du 24 décembre 2024. Ces préinscriptions sont ouvertes auprès de la Banque Islamique du Sénégal (BIS) sur l'ensemble du territoire national.
La délégation générale informe également qu'un versement provisoire de quatre millions (4 000 000) de francs CFA est exigé, en attendant package 2025. Le hajj 2025 devrait débuter aux alentours du 4 juin 2025 et prendre fin vers le 9 juin. Rappelons que les autorités saoudiennes ont pris des mesures strictes pour cette édition. Les personnes de plus de 65 ans ou souffrant de maladies chroniques (problèmes cardiaques, rénaux ou respiratoires, diabète et aux femmes enceintes) d’envisager de reporter leur pèlerinage.
Tous les voyageurs en provenance de pays ou de zones à risque de fièvre jaune doivent présenter un certificat de vaccination attestant que la personne a été vaccinée au moins dix jours et au plus dix ans avant son arrivée à la frontière.
Un vaccin contre la méningite est aussi demandé. Pour les ressortissants de pays comme le Sénégal, le Mali et la Côte d’Ivoire, une chimioprophylaxie à base de comprimés de ciprofloxacine (500 mg) sera administré au port d’entrée. Il est conseillé de se faire vacciner contre la grippe saisonnière avant leur arrivée en Arabie saoudite, en particulier ceux qui présentent un risque élevé de complications graves liées à la grippe.
Cette année 2024 près de 1000 pèlerins sont décédés à La Mecque. L’âge avancé des pèlerins et les fortes températures sont indexés comme étant les causes de cette perte en vie humaine.
ENTRE POTENTIEL ET DÉFIS À RELEVER SUR L'AXE DAKAR-BANJUL
Ousmane Sonko expose le potentiel du Sénégal, mais également les défis actuels qui entravent l’économie du Sénégal et de la Gambie
G. DIATTA (Envoyé spécial à Banjul) |
Publication 20/12/2024
Dans la délégation du Premier ministre Ousmane Sonko, on note la présence du directeur général de l’Agence pour la promotion des investissements et des grands travaux (Apix SA), Séga Bathily. Ce dernier a, lors de l’ouverture de la deuxième session du forum économique, commercial et d’investissement, exposé le potentiel du Sénégal, mais également les défis actuels qui entravent l’économie des deux États.
Le Sénégal, qui a récemment intégré le cercle des pays producteurs de pétrole, se trouve sur une bonne dynamique. Outre cette avancée, le pays de la « Téranga » dispose de 4 millions d’hectares de terres arables, soit près de 20% de sa superficie, employant 70% de sa population active. De plus, le secteur des hydrocarbures au Sénégal connaît une dynamique prometteuse, avec des productions pétrolières et gazières effectives depuis fin 2023. Ces statistiques, partagées hier à Banjul par le directeur général de l’Apix, Séga Bathily, montrent que le climat des affaires pourrait sensiblement connaître une nette amélioration dans l’espace sénégambien.
Cependant, le successeur d’Abdoulaye Baldé a révélé que les défis à relever demeurent encore nombreux. « Depuis la première édition de ce forum, tenue à Dakar en octobre 2023, des avancées significatives ont été réalisées, avec notamment la signature d’un protocole d’entente entre Dakar Dem Dikk (Sénégal) et la Gambia Transport Service Company, facilitant la circulation des personnes et des biens, ainsi que la mise en place d’un partenariat stratégique entre Apix SA et la Gambian Investment and Export Promotion Agency (GIEPA) visant à promouvoir et faciliter les investissements bilatéraux », a souligné M. Bathily.
Cependant, le DG de l’Apix SA a indiqué que malgré ces progrès, des « défis subsistent pour la valorisation durable de nos ressources naturelles, une intégration régionale accrue, et la structuration d’un secteur privé dynamique et innovant ». Reconnaissant que la Gambie et le Sénégal regorgent de ressources naturelles et humaines de qualité, le directeur général de l’Apix SA a révélé que, tout comme le pays de la « Téranga », la Gambie dispose d’un potentiel « tout aussi impressionnant, notamment dans les domaines de l’agriculture, du tourisme et des services ». À ce titre, M. Bathily a soutenu que la production d’arachides, représentant 30% du Produit Intérieur Brut (PIB) de la Gambie et employant 70% de la population, « pourrait conduire nos gouvernements à travailler sur une politique agricole commune sur ce sous-secteur afin d’en tirer davantage profit sur les marchés national et international ».
Tout comme le Premier ministre Ousmane Sonko, le DG de l’Apix SA a appelé à unir « nos forces pour développer des secteurs clés tels que l’agriculture, l’agro-industrie, les TIC et les énergies renouvelables ». Mais, pour y arriver, a-t-il fait savoir, il a suggéré de lever les obstacles existants, notamment la révision des taxes de transit et l’harmonisation des procédures douanières. Présents à Banjul, dans le cadre dudit forum, d’éminents membres du secteur privé sénégalais, dont Serigne Mboup, président de l’Union nationale des chambres de métiers du Sénégal, et Amadou Seck, DG d’Eurogen, ont salué à l’unanimité le discours souverainiste du Premier ministre Ousmane Sonko. Pour eux, l’intégration économique des États passe nécessairement par la création d’un marché commun.
AGENDA DU PM À BANJUL
Ce vendredi, dans la matinée, en plus des activités liées au forum, le Premier ministre Ousmane Sonko et le Vice-président de la République islamique de Gambie, Muhammed B.S. Jallow, vont présider la 5e session de la Commission consultative conjointe chargée du suivi de la coopération entre les deux pays, avant d’animer, peu avant 13 heures, une conférence de presse conjointe au Centre international de conférences Sir Dawda Kairaba Jawara.
LEOPOLD SEDAR SENGHOR, À JAMAIS LE PREMIER
Dans l’après-midi du 20 décembre 2001, à l’âge canonique de 96 ans, le poète-président sénégalais s’est éteint dans son domicile de Verson, en Normandie, où il s’était installé avec son épouse après avoir quitté volontairement le pouvoir en 1980
Il y a 23 ans, jour pour jour, disparaissait Léopold Sédar Senghor. Dans l’après-midi du 20 décembre 2001, à l’âge canonique de 96 ans, le poète-président sénégalais s’est éteint dans son domicile de Verson, en Normandie, où il s’était installé avec son épouse après avoir quitté volontairement le pouvoir en 1980. Retour sur l’œuvre et la vie d’une figure centrale de l’unité nationale sénégalaise.
Le XXe siècle n’avait que six ans lorsque Léopold Sédar Senghor est venu au monde. Né à Joal, dans une famille d’ethnie sérère et de confession chrétienne, Senghor s’est d’abord mobilisé pendant la guerre, enrôlé comme fantassin de 2e classe dans un régiment d’infanterie coloniale, avant d’être arrêté en 1940 par les Allemands et interné dans les camps réservés aux troupes coloniales. Il faillit être fusillé, avec 3 000 de ses codétenus, selon l’histoire. Sauvé de justesse, il est resté prisonnier pendant deux ans. Il emploiera son temps à rédiger des poèmes.
1961 : Premier président du Sénégal indépendant
La carrière politique du futur chef de l’État sénégalais commence en 1945, lorsque, la guerre terminée, il est invité par le général de Gaulle à participer aux travaux de la commission Monnerville, chargée d’étudier la représentation des colonies dans la future Assemblée constituante. Au cours de l’un de ses voyages au Sénégal pour faire des recherches sur la poésie sérère, pour laquelle il avait obtenu une bourse du CNRS, il est approché par le chef de file local des socialistes, Lamine Guèye, qui lui propose de se présenter à la députation. Senghor accepte et est élu député de la circonscription Sénégal-Mauritanie à l’Assemblée nationale française, où les colonies sont désormais représentées.
Mais il rompt finalement avec les socialistes et, notamment, avec leur leader local Lamine Guèye, pour fonder, avec son compère Mamadou Dia, leur propre parti, le Bloc démocratique sénégalais.
En 1958, lorsque le général de Gaulle revient au pouvoir, Senghor lui apporte son soutien en faisant voter les Sénégalais en faveur de la communauté franco-africaine que le nouvel homme fort de Paris voulait voir se réaliser. Mais sous la pression des événements, l’idée fédérale est rapidement abandonnée, et l’Afrique occidentale française se dirige, morcelée, vers la souveraineté et l’indépendance.
Léopold Sédar Senghor est ainsi élu président du Sénégal devenu indépendant en août 1960, après l’éclatement de la Fédération du Mali, formée en 1959 par le Sénégal et la République soudanaise.
La vitalité créative de Senghor est désormais entravée par ses responsabilités d’homme d’État. Le poète en souffrit forcément, mais cela ne l’empêchera pas de prendre goût à la chose politique, marquant de son empreinte l’évolution de son pays. Il mit en place des institutions étroitement inspirées de la Ve République française : un exécutif fort, mais surveillé par des garde-fous institutionnels, garants de l’État de droit.
Il est également à l’origine de l’organisation à Dakar, en 1966, du Festival mondial des arts nègres, qui fit triompher la pensée de la négritude et imposa Dakar comme la capitale africaine incontestée de la culture et des idées.
1980 : Premier chef d’État à quitter de lui-même le pouvoir
Il faut, toutefois, rappeler que les deux décennies de présidence de Senghor sont marquées à la fois par des progrès démocratiques et des turbulences sociales. Dès 1962, le nouveau président fait l’objet d’un « coup d’État » qui échoue mais ébranle néanmoins la confiance de Senghor dans son entourage. Il accuse son Premier ministre Mamadou Dia, compagnon de route depuis les années 1950, d’avoir comploté pour le renverser. Dia est arrêté et jeté en prison. Senghor prend les rênes du pouvoir et instaure un régime présidentiel fort qui n’hésite pas à recourir à des moyens musclés pour mettre fin à des grèves estudiantines ou pour combattre les manœuvres de ses opposants politiques. Il impose le parti unique.
Le président est toutefois élu cinq fois de suite au suffrage universel. Avec le temps, Senghor se révèle être un véritable démocrate, en réintroduisant le multipartisme d’une part et en organisant des élections régulièrement. Chose rare en Afrique à l’époque, il quitte volontairement le pouvoir en 1980, avant le terme de son cinquième mandat, transmettant le pouvoir à son successeur Abdou Diouf.
1983 : Premier écrivain noir à entrer à l’Académie française
La poésie était déjà l’horizon et la porte de salut de l’ancien professeur de Lettres classiques. Selon Jean-Pierre Langellier, la grande chance du jeune Sénégalais était d’avoir rencontré, dès ses premières années à Paris, l’Antillais Aimé Césaire et le Guyanais Léon-Gontran Damas. Ensemble, le trio s’était embarqué dans une aventure intellectuelle et poétique autour de la redécouverte et de la célébration de la négritude, qui donne sens à leurs vies. Senghor avait fait parallèlement des études solides : une licence de littérature, une agrégation de grammaire. Sur les bancs du lycée Louis-le-Grand, il s’était aussi lié d’amitié avec Georges Pompidou, futur chef de l’État français, un khâgneux comme lui, qui l’initia à la poésie et à la pensée françaises, de Claudel à Bergson. C’est ce métissage entre la négritude et la francité qui est la source de la poétique de Senghor.
Mais après le pouvoir, cette figure emblématique de la francophonie africaine s’est consacrée à l’écriture et à la réflexion sur la littérature, qu’il n’avait jamais réellement abandonnées même pendant sa présidence. En reconnaissance de sa contribution à la littérature française avec une dizaine de recueils de poésie à son actif et de nombreux essais aux thèmes divers (littérature, politique, Afrique, métissage), Senghor est élu à l’Académie française en 1983 au 16e fauteuil, où il succède au duc de Lévis-Mirepoix. Il est reçu solennellement sous la coupole, le 29 mars 1984. Il est le premier Africain à siéger parmi les « Immortels », le surnom par lequel les Académiciens français sont désignés. Jusqu’aux dernières années de sa vie, malgré sa santé chancelante, Senghor assiste assidûment aux séances hebdomadaires de l’Académie.
Héritages
l’histoire politique sous les présidences de Senghor et Diouf. La nomination rapide d’Ousmane Tanor Dieng comme secrétaire général en 1996, soutenue par Diouf, a conduit à des tensions internes, en partie responsables de la perte du pouvoir en 2000. Malgré des échecs électoraux successifs, Tanor a lutté pour maintenir son autorité, mais son leadership autoritaire a exacerbé les divisions au sein du Parti.
Après son décès en juillet 2019, Aminata Mbengue Ndiaye a pris la direction, mais le Parti reste en quête de renouveau. Avec la chute de son allié Macky Sall et la dissolution de Benno, la formation des « Verts » de Colobane est en déclin.
Cependant, son héritage culturel reste visible dans un monde du rendez-vous du donner et du recevoir qui lui est si cher. En effet, promouvoir les cultures et créations artistiques, où qu’elles se trouvent, exige de mettre en exergue les langues nationales, qui sont à la fois le produit et la sève nourricière des cultures florissantes que le génie africain a su créer, avait-il toujours soutenu. Senghor, l’homme multidimensionnel, est resté toute sa vie, jusqu’à ses 95 ans, au service du dialogue des cultures, qui se noue dans toutes les communautés nationales, dans les États, au niveau des continents.
Sa pensée converge avec celles de Teilhard de Chardin et de Leo Frobenius, entre autres, mais puise beaucoup dans sa culture communautaire sérère, ainsi que dans la culture française qui l’a profondément marquée. Il est bien l’homme de toutes ces synthèses. C’est pourquoi, 23 ans après sa disparition, sa pensée reste plus actuelle que jamais, dans un monde en proie aux discriminations, aux conflits communautaires et au terrorisme.
Les paroles de sage de Senghor, à travers des textes majeurs dans ses ouvrages de la série Liberté, dans ses poésies sublimes comme Joal, Femme noire ou Masques, sont encore méditées par les nouvelles générations. À Joal, Gorée, Saint-Louis, voire la Martinique ou la Guadeloupe…, son nom reste inscrit en lettres d’or.
DAKAR, VILLE REBELLE
Alors que certains pensaient voir un calme relatif avec l’arrivée de figures comme Sonko et Diomaye, les récentes tensions liées à Barthélemy Dias rappellent que la capitale est un territoie où le pouvoir s’exprime et se conteste bruyamment
Dakar, ville capitale, bastion politique et centre économique du Sénégal, demeure un terreau fertile de contestation. Depuis l'époque coloniale jusqu’à nos jours, elle n’a cessé d’être le théâtre des luttes sociales et politiques. Alors que certains pensaient voir un calme relatif avec l’arrivée de figures comme Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye, les récentes tensions liées à Barthélemy Dias rappellent que Dakar est une ville où le pouvoir s’exprime et se conteste bruyamment.
Ces derniers jours, les événements l'ont encore prouvé. Le maire sortant de Dakar, Barthélemy Dias, a vu ses activités une nouvelle fois entravées. Son point de presse prévu à la mairie de Dakar, hier mercredi, a été interdit par les forces de l’ordre, l’obligeant à chercher refuge dans un magasin voisin, avec le soutien de Bougane Guèye Dany. Ce scénario, où la police bloque un accès administratif, n’est pas nouveau. Vendredi déjà, un dispositif similaire avait empêché une autre rencontre.
Ces interdictions révèlent un climat tendu et soulignent le rôle central de Dakar comme arène de confrontations politiques et sociales. Dans un entretien accordé à ‘’Jeune Afrique’’, à la veille des élections locales de 2022, Ibrahima Kane, analyste d’Osiwa, rappelait : ‘’Dakar a toujours été une ville rebelle, depuis le temps du PS. C’est dans la capitale que se déroule l’essentiel de l’activité économique et sociale. Les problèmes y sont multipliés par dix et cela joue toujours contre le pouvoir en place.’’
Cette dynamique historique persiste : Dakar s’érige souvent contre les régimes dominants, symbolisant la contestation nationale.
Un bastion de l’opposition depuis Khalifa Sall
La rupture a eu lieu en 2009, avec l’élection de Khalifa Sall comme premier maire de l’opposition. Après des décennies d’hégémonie du Parti socialiste sous Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf – malgré des secousses majeures comme mai 1968 et février 1994 – le président Abdoulaye Wade perd cette forteresse stratégique. Les Dakarois, fatigués par une gestion marquée par l’inflation, les coupures d’électricité et la vie chère, infligent une défaite cuisante au régime du Sopi.
Cette victoire n’est pas anodine. Dakar a toujours été perçue comme un tremplin politique : être maire de la capitale, c’est souvent avoir une stature présidentielle. En 2009, Wade espérait faire de son fils, Karim Wade, un dauphin politique en remportant Dakar. Le résultat en fut tout autre.
En 2014, Macky Sall tente à son tour de reprendre la capitale en envoyant Aminata Touré, alors Première ministre, affronter Khalifa Sall. Malgré des changements dans le mode de scrutin et les moyens déployés, Mimi Touré subit une défaite humiliante. Quelques mois plus tard, elle est remerciée par Macky Sall, conséquence directe de ce revers.
Khalifa Sall consolide alors son ancrage, défiant le pouvoir central jusqu’à ce que des accusations de mauvaise gestion aboutissent à son emprisonnement. Cette manœuvre, perçue comme un moyen de l’écarter de la Présidentielle de 2019, renforce le ressentiment des Dakarois envers le régime. À son départ, les conseillers municipaux, dans un geste symbolique, choisissent Soham Wardini, proche de Khalifa Sall, pour lui succéder, rejetant ainsi le candidat proposé par le pouvoir.
La mainmise de l’opposition sur Dakar se consolide en 2022, lorsque Barthélemy Dias, candidat de la coalition Yewwi Askan Wi, humilie Abdoulaye Diouf Sarr, un des rares maires ‘’aperistes’’ victorieux aux Locales de 2014. Cette élection symbolise une sanction directe contre le régime de Macky Sall, mais aussi une reconnaissance de la longévité et du poids de l’opposition dans la capitale.
Pourtant, malgré cette victoire, Barthélemy Dias traverse aujourd’hui une zone de turbulence marquée par la perte de la mairie de Dakar et de son siège de député. Ce revers politique, doublé de tensions avec les forces de l’ordre, remet sur le devant de la scène la capacité de Dakar à se rebeller et à résister.
Une capitale stratégique et contestataire
Dakar reste unique au Sénégal. Selon l’ANSD, la capitale concentre l’essentiel du tissu économique et industriel du pays. Avec plus de 7 500 habitants au kilomètre carré, les problématiques d’infrastructures, de transport et de vie quotidienne pèsent lourdement sur les habitants, nourrissant frustrations et colère.
C’est dans ce contexte que s’inscrit la particularité de cette ville cosmopolite : un poumon économique et un bastion politique où les oppositions s’organisent pour contester les régimes dominants. De Khalifa Sall à Barthélemy Dias, Dakar n’a cessé d’incarner cette résilience face aux pouvoirs successifs.
Lors de la crise préélectorale de 2024, Dakar s'est une fois de plus imposée comme le principal épicentre des manifestations, enregistrant le plus grand nombre de victimes dans un climat politique tendu. La capitale a donné le ton à la contestation nationale, réaffirmant son statut de bastion historique de la résistance sociale et politique.
La place de la Nation : un sanctuaire de la contestation
Depuis 2011, la place de la Nation (ex-Obélisque) s'est érigée en lieu symbolique des rassemblements populaires. C'est sur cette esplanade que se sont écrites certaines des pages les plus marquantes des luttes sociales et politiques du pays, notamment avec les mouvements emblématiques comme Y en a marre, le M23 et une large frange de l'opposition. La place est devenue l'épicentre des manifestations contre les abus du pouvoir, les injustices sociales et les atteintes aux libertés.
L'influence de Dakar ne s'arrête pas aux frontières nationales. Ses figures et ses combats résonnent à travers tout le pays et même au-delà, inspirant d'autres mouvements sociaux dans la sous-région.
Le mouvement Y en a marre, né à Dakar en janvier 2011, a joué un rôle prépondérant dans la mobilisation citoyenne contre les dérives politiques. Il a non seulement structuré la contestation interne, mais a également inspiré d'autres mouvements similaires en Afrique, comme le Balai citoyen au Burkina Faso. Ce dernier a été un acteur clé dans les événements ayant conduit à la chute de Blaise Compaoré en 2014.
Ainsi, Dakar s'affirme comme un véritable laboratoire de résistance populaire où les idées citoyennes et les luttes pour la démocratie prennent racine avant de se propager. Son épanouissement intellectuel et son effervescence sociale font partie de son charme unique.
Dans le passé, Dakar a joué un rôle central dans la formation de l'élite africaine, grâce notamment à ses institutions d'enseignement de renommée mondiale, comme l'université Cheikh Anta Diop ou William Ponty. La capitale a été un terreau fertile pour les intellectuels et les leaders politiques du continent, contribuant à la construction d'une Afrique consciente et engagée.
Par ailleurs, le rôle de contre-pouvoir de la presse dakaroise est un autre signe majeur de la contestation. Véritable pilier démocratique, la presse a activement participé à l'éveil des consciences et à la diffusion des idées contestataires. Les médias, par leurs reportages, éditoriaux et enquêtes, ont permis de mettre en lumière les dérives du pouvoir, tout en servant de relais aux préoccupations de la population. Cette posture critique a non seulement renforcé la transparence, mais a aussi contribué à amplifier les luttes sociales et politiques à Dakar.
Un rappel historique : la bataille de Dakar
L'histoire de Dakar est également marquée par des épisodes d'une importance internationale. La bataille de Dakar, ou l’opération Menace a eu lieu du 23 au 25 septembre 1940 pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette attaque navale, menée par la Royal Navy britannique et accompagnée du général de Gaulle et des Français libres, avait pour but de rallier l'Afrique-Occidentale française (ÀOF) à la France libre.
Toutefois, les forces armées fidèles au gouvernement de Vichy, dirigées par Pierre Boisson, ont réussi à repousser l'offensive au large de Dakar et sur la presqu'île du Cap-Vert. Cet épisode reste un symbole de la résilience militaire et stratégique de Dakar.
Dakar demeure un symbole de lutte, de résistance et de résilience. Que ce soit par son rôle historique, sa capacité à mobiliser la société civile ou son influence sur le reste de l'Afrique, la capitale joue un rôle majeur dans l'évolution politique et sociale du pays. Chaque crise, chaque manifestation et chaque contestation qui y naissent écrivent une nouvelle page de son histoire, confirmant son statut de cœur battant du Sénégal et de la sous-région.
Aujourd’hui encore, les événements récents rappellent que Dakar est une ville rebelle où la société civile et les acteurs politiques s’expriment sans détour. Barthélemy Dias, malgré les obstacles, incarne cette tradition de lutte.
Si Dakar reste le baromètre politique du Sénégal, elle montre aussi que les soubresauts de la capitale sont souvent annonciateurs de changements profonds à l’échelle nationale.
Dans les rues de Dakar, l’histoire se réécrit sans cesse, mais toujours avec le même message : la capitale ne se soumet jamais.