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3 avril 2025
Culture
LE SENEGAL QUI VIENT
El Hadji Mamadou Diao, dans un livre aux allures de programme pour l’élection présidentielle au Sénégal prévue le 25 février 2024, livre son diagnostic et propose des solutions. Sud Quotidien qui a reçu l’ouvrage, publie les bonnes feuilles.
Le Sénégal est aujourd’hui confronté à des situations inédites de son histoire : la possibilité, par nos actions et postures, de s’autodétruire ou de rendre notre pays inhabitable. La découverte des gisements pétroliers et gaziers dans un contexte de mondialisation et de troubles multiformes, notamment le dérèglement climatique, l’Internet, les cyber-attaques et, récemment la mystérieuse COVID-19 qui a mis les économies à genoux et occasionné des morts par centaines… ces questions interpellent nos consciences et imposent une nouvelle posture dans l’optique de créer les conditions d’une stabilité durable et d’une vie sociale harmonieuse. Comment conjurer les périls ? El Hadji Mamadou Diao, dans un livre aux allures de programme pour l’élection présidentielle au Sénégal prévue le 25 février 2024, livre son diagnostic et propose des solutions. Sud Quotidien qui a reçu l’ouvrage, publie les bonnes feuilles pour ses lecteurs
Ce livre de plus de quatre mille mots (268 pages), n’a pas la prétention d’apporter des solutions définitives ou tranchées sur ces questions, précise d’emblée le désormais ex-Directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (CDC). Il est davantage, selon lui, une sorte de bréviaire à l’adresse de tous ceux qui aspirent à présider aux destinées du Sénégal. Avec, en toile de fond, une question essentielle : celle de la responsabilité. Parce que souligne-t-il, «il me semble fondamental que nous comprenions, hommes politiques et citoyens, que nous ne pouvons plus être des occupants insouciants et sans titre de notre pays. Qu’individuellement et collectivement, nous sommes fatalement engagés dans un même processus. Et que nous sommes tous comptables vis-à-vis des générations futures de tout acte et de toute action que nous aurons à poser». Par conséquent, ce livre doit être compris, dans son esprit du moins, comme un plaidoyer pour une nouvelle présence de l’homosenegalensis.
ENGAGEMENT POLITIQUE
«Mon engagement politique est motivé par une double conviction : celle que Macky Sall présentait historiquement tous les atouts, aux plans moral, intellectuel et éthique pour porter le Sénégal sur une voie rapide d’émergence ; et celle que ma ville, Kolda, recèle de potentialités énormes devant permettre son décollage économique. Une ville pour laquelle je nourris une ambition et une passion quasi obsessionnelles», avance El Hadji Mamadou Diao. Et d’ajouter, «penser et agir par nous-mêmes, afin de construire un modèle basé sur une autonomie stratégique et, surtout, la sécurité alimentaire». De ce point de vue, tout un chapitre est consacré au «défi agricole» qui met l’accent sur l’amélioration de l'accès aux intrants et à la technologie ; le renforcement des compétences et des capacités des agriculteurs ; l’amélioration des infrastructures ; la facilitation de l'accès aux marchés ; la promotion de l'innovation et de la recherche, etc.
REPENSER LES INSTITUTIONS
Au demeurant, il avance qu’il s’avère nécessaire de repenser nos institutions. Les autorités locales et traditionnelles devaient jouer pleinement leur partition, au côté d’une société civile sénégalaise qui, sans parti pris, s’attellera à son rôle de veille et de vigie. De même, il est tout aussi essentiel que la Presse reste alerte et demeure ferme sur les principes et normes qui la régissent et sur lesquels d’ailleurs reposent ses propres critères de légitimité. C’est un des piliers de notre démocratie qui, si elle s’affaisse, c’est tout l’édifice qui risque de s’écrouler. En effet, les médias sont si intimement liés à la démocratie qu’il n’est rigoureusement pas possible d’énoncer l’idée démocratique sans une presse libre.
La démocratie repose sur un électorat bien informé, qui se renseigne auprès d’institutions médiatiques solides et indépendantes. Cette liberté de la presse, face aux pouvoirs économiques et aux idéologies loufoques, est souvent mise en doute lorsque la logique des intérêts fonctionne par-dessus les exigences d’indépendance ou de l’exigeante conscience d’être au service du public. Or, souligne Mameboye Diao, «le gage d’une démocratie réside dans une indépendance totale de la presse vis-à-vis de toute influence». Sous ce rapport, il est opportun de citer le Professeur Souleymane Bachir Diagne qui déclare ceci : «La démocratisation des États africains a été, pour une part essentielle, l’œuvre des médias. C’est lorsque journaux et radios indépendants ont connu le développement spectaculaire qui a été le leur que la marche vers des sociétés ouvertes, pluralistes, a été enclenchée : les médias ont obligé les pouvoirs à fonctionner sous le regard et la surveillance du public, en même temps qu’ils ont donné à entendre des voix dissidentes, des démarches alternatives».
De l’avis du philosophe, donc, «on peut mesurer la qualité d’une démocratie en Afrique, aujourd’hui, à la qualité et à l’indépendance de sa presse». De manière imagée, si la démocratie était un organisme, la presse en serait la bouche. C’est par cet orifice qu’il s’exprime et qu’entrent des corps qui peuvent le nourrir ou le rendre malade. « Le Sénégal qui vient » sera aussi le Sénégal du pétrole. Cette ressource prodigieuse est source de fantasmes, d’exagération et d’attentes. La conjoncture économique est fortement dégradée par un contexte mondial marqué par des multiples phénomènes : renchérissement des matières premières et inflation ; perturbation des échanges commerciaux ; chaînes d’approvisionnement et des transferts de fonds, flux de réfugiés ; perte de confiance et incertitude avec, à la clé, une déstabilisation des marchés émergents. Alors que certains épiloguent sur la bénédiction ou la malédiction du pétrole, Mameboye Diao soutient qu’il est plutôt indiqué de mettre en évidence ce qui devrait être un remède efficace mais radical. Qui consiste à ne pas injecter l'essentiel des recettes pétrolières dans l'économie du pays. La manne financière devrait être épargnée en perspective des jours sombres. Ou, à tout le moins, pour lisser les effets de la volatilité des cours.
D’ailleurs, c’est au regard de cette occurrence que le Sénégal a préparé un cadre juridique très structuré pour encadrer l’exploitation du pétrole. Il s’agit d’une législation de parti pris au service d’une ambition. Celle, d’une part, de faire profiter à la population de tous les bénéfices tirés de l’exploitation du pétrole et du gaz et, d’autre part, de conjurer toutes les causes de la malédiction du pétrole. La Constitution, de façon claire et définitive, déclare, relève-t-il, que «les ressources naturelles appartiennent au peuple. Elles sont utilisées pour l’amélioration de ses conditions de vie. L’exploitation et la gestion des ressources naturelles doivent se faire dans la transparence et de façon à générer une croissance économique, à promouvoir le bien-être de la population en général, et à être écologiquement durables». Cette disposition est reprise par l’article 5 du Code minier qui dispose : «tous les gisements et accumulations naturelles d’hydrocarbures sur le territoire de la République du Sénégal sont la propriété du peuple sénégalais». Il s’agit, par ce texte, d’asseoir la totale souveraineté du peuple sur les ressources naturelles. De façon immédiate, le Sénégal entend prévenir toute spoliation de cette ressource au profit d’intérêts particuliers. A cela s’ajoute que la préférence nationale se traduit aussi par des dispositions particulières qui promeuvent la participation du capital sénégalais dans l’exploitation.
UNE NOUVELLE ERE
Le Sénégal inaugure donc une ère nouvelle, répète l’auteur de l’ouvrage pour qui, les attentes parfois fantasmées et les menaces de malédictions qui pèsent sur cette ressource doivent inviter à la plus grande prudence. S’il est vrai que sur le plan juridique l’architecture règlementaire offre certaines garanties qui sont de nature à prévenir certaines dérives, le projet de loi relative à la répartition et à l’encadrement de la gestion des recettes issues de l’exploitation des hydrocarbures a été réalisé en s’articulant autour de quatre grands principes. A savoir «la budgétisation intégrale des recettes fiscales et non fiscales tirées de l’exploitation des hydrocarbures» ; «l’interdiction de toute cession anticipée des ressources d’hydrocarbures et/ou toute sûreté anticipée sur ces ressources» ; «la création d’un Fonds de stabilisation» ; et «la création d’un Fonds intergénérationnel». Le foncier est aussi une préoccupation principale du candidat déclaré à l’élection présidentielle du 25 février 2024. Il est important, tout d’abord, relève-t-il, que deux régimes fonciers coexistent au Sénégal pour administrer le droit de propriété : le régime de l’immatriculation et celui du domaine national. Le principe est schématiquement que le régime de l’immatriculation recouvre toutes les terres, situées aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural, qui ont fait l’objet d’une immatriculation au nom de personnes–physique ou morale. Partant de la loi de 1964, il soutient qu’il n’est pas superfétatoire de proposer des réformes devant permettre de favoriser une révolution agricole et la reconversion d’une bonne partie des populations rurales vers l’urbain, l’industrie, et les services à découvrir.
Dans la même veine, et du point de vue agricole, le principal objectif de sécurité alimentaire recherché par les pouvoirs publics serait atteint sans passer par l’autosuffisance alimentaire dans des produits spécifiques comme c’est le cas au Sénégal. En effet, la finalité de la production dans une économie monétaire et d’échange, et non de subsistance, n’est pas la consommation propre des producteurs (individuellement ou collectivement), mais la vente pour des revenus. La finalité est l’obtention de revenus pour pouvoir se procurer ce que l’on désire d’où que cela puisse provenir. L’essentiel étant de tenir en compte l’aspect sécurité alimentaire. Avec notre arrimage sur l’euro et notre appartenance à une Union douanière, M. Diao estime que nos populations ne sont pas obligées d’acheter la production locale, et les revenus de producteurs locaux soutenus par l’Etat ne sont pas nécessairement dépensés localement, produisant ainsi un effet neutre sur nos soldes extérieurs. En revanche, un revenu minimum garanti provenant d’usufruitiers et de dividendes de sociétés privés productives pourrait garantir la sécurité alimentaire de notre main d’œuvre d’autosubsistance et permettre une révolution agricole si elle est aussi accompagnée d’une réforme monétaire qui permette à l’argent de circuler localement. «Ainsi, nous devrions nous essayer à la simulation d’un RMG en milieu rural comme option de développement agricole.
A cet effet, les préalables seront un aménagement du territoire consensuel et une réforme foncière qui donnerait aux populations des titres de propriétés transférables par surface minimale de terres arables à agréger et à mutualiser en de grandes surfaces indivisibles», avance-t-il. Ce RMG pourrait être complété de ressources venant des secteurs de la santé et de l’éducation qui n’arrivent pas non plus à améliorer les indices de développement humain avec les ressources budgétaires qui leur sont allouées.
OUVERTURE SUR LE MONDE ET EDUCATION NATIONALE
Le Sénégal n’a pas d’existence in abstracto, s’exclame Mameboye Diao. Il est aussi balayé par des vents souvent «hostiles» venus d’ailleurs. Voilà pourquoi, indique-t-il, il me semble important, à travers ce petit livre, d’aborder quelques problématiques qui nous préoccupent comme la très sensible question de «l’homosexualité». Mais également celle des «évolutions génétiques» et de «l’intelligence artificielle» qui risquent de perturber et de plonger dans l’anomie une société sénégalaise fondamentalement basée sur l’oralité. Tout ceci est condensé dans un chapitre générique intitulé «Une nouvelle vision du monde». C’est dire donc que la construction du Sénégal de demain ne saurait faire l’économie d’une éducation performante, notamment par l’expérimentation des langues nationales à côté du français, notre langue officielle. Parce qu’aucun pays ne s’est développé exclusivement à partir d’une langue étrangère. La promotion de la langue nationale est un outil économique. Le secteur dit informel, dans son entendement, n’est autre que PME. «En ce qui me concerne, je suis de ceux qui refusent d’être l’otage de l’immédiateté, et qui préconisent des mesures d’accompagnement pour valoriser les métiers de «l’informel», tonne-t-il. «Par ailleurs, le Sénégal nouveau, selon la conception que j’en ai, devra se fonder sur les instruments de régulation de la société sénégalaise qui ne sont pas officiellement codifiés. Comme les pouvoirs sociaux et religieux qui doivent avoir des cadres de réflexion plus cohérents afin que les autorités qui les incarnent puissent être à même d’apporter efficacement leur pierre à l’édifice».
LA JEUNESSE, L’ALPHA ET L’OMEGA
Selon le rapport démographique publié par l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) en 2020, sur une population de 16.705.608, les 11.505.667 ont moins de 35 ans. Cette jeunesse qui constitue l’avenir a besoin de modèles, parce qu’elle est un acteur clé dans le développement. Elle est hélas confrontée à de nombreux enjeux comme le chômage endémique, l’accès à l’emploi… Mais il n’y a pas de fatalité et des solutions existent pour relever et surmonter ces défis. Par exemple la mise en place de stratégies de développement via l'éducation et la formation. Ce qui, par la même occasion, permettra de freiner le mouvement migratoire de ces milliers de jeunes à la recherche de cieux supposément plus cléments. Un travail méticuleux sur la citoyenneté est probablement une des clés de solution à certains problèmes de la jeunesse. «Il nous faut donc, en l’occurrence, avoir à l’esprit le fait que la jeunesse et la citoyenneté sont des sujets fondamentaux et essentiels. Les jeunes représentent l’écrasante majorité de la population sénégalaise et sont, effectivement et/ou potentiellement, les moteurs du changement social, politique, et économique de notre pays. Au même titre que la diaspora sénégalaise», a soutenu Mameboye Diao, pour qui, plus généralement, il est nécessaire de comprendre que le principal bailleur de l’Afrique doit être l’Afrique.
KANKOURANG, UN MYTHE QUI RISQUE DE S'EFFONDRER
Le septembre mandingue bat son plein dans la capitale de la Petite côte. Le Kankourang qui est un patrimoine mondial immatériel de l'UNESCO attire du monde. Durant ce mois, Mbour devient par la force des choses la destination la plus prisée au Sénégal...
Le septembre mandingue bat son plein dans la capitale de la Petite côte. Le Kankourang qui est un patrimoine mondial immatériel de l'UNESCO attire du monde. Durant ce mois, Mbour devient par la force des choses la destination la plus prisée au Sénégal pendant les weekends. Au-delà de l'aspect culturel, l’événement permet de booster les activités économiques dans la ville. Toutefois, malgré les alertes des années précédentes à cause d’une organisation de plus en plus défaillante, le mythe du Kankourang risque de s'effondrer si les sages ne trouvent pas une solution pour préserver la culture.
Mbour est la principale destination durant le mois de septembre. Grâce à l'événement du Kankourang qui se tient chaque année à pareille période, on assiste à un engouement et une ferveur des jeunes qui viennent des quatre coins du pays et d’autres de l'étranger. Aujourd'hui, cet événement est devenu emblématique et est collé à l'image de la ville de Mbour. La circoncision chez les Mandingues est un évènement culturel historique qui permettait aux membres de cette communauté de garder leur identité, leur histoire et leur culture. C’est la case de l’homme, mais au-delà de la circoncision, c’est toute une culture avec le Diambadong ou la danse des feuilles vertes. Au sortir de cette période, les initiés, de par l’endurance dont ils auront fait montre et la sagesse qu’ils auront acquise, deviennent aptes à être intégrés dans la société. Grâce à cet engouement et l'esprit d'ouverture des sages, ce rite initiatique qui était strictement réservé aux membres de la communauté mandingue est désormais ouvert aux enfants ayant un parent mandingue puis à toute personne le désirant, pourvu qu'elle s'engage à en respecter les principes. On les appelle «les bofman».
ANARCHIE DANS LA CREATION DES CELLULES
Depuis l'avènement d’El hadj Ibrahima Cissé, un érudit de l'Islam et dignitaire de la communauté mandingue voulant créer son ‘’lël’’ ou cellule, la culture est de plus en plus banalisée. En 2016, le patriarche avait réitéré sa demande sur la table de la collectivité mandingue pour obtenir une autorisation. Comme les années précédentes, le bureau lui oppose un niet catégorique et il s’en est suivi un bras de fer opposant les deux parties. Las d'attendre qu'une poignée de personnes s'appropriant la culture lui refuse son droit, celui que ses disciples et sympathisants appellent affectueusement Pa Cissé sort son Kankourang et crée sa propre cellule. Ce fut le début des hostilités entre les membres d’une même communauté. Malheureusement, la collectivité mandingue qui avait déjà par le passé réussi à vite étouffer un vent de rébellion initié par le défunt Mamadou Sokhna, va échouer lamentablement pour le cas de Pa Cissé. D’ailleurs, les partisans du vieux Cissé se plaisent à marteler cette boutade : «Le vieux Cissé n’est pas le vieux Sokhna».
De ce bras de fer entre les deux camps ont d’ailleurs découlé des affrontements violents qui sont restés en travers de la gorge de certains membres de la communauté éprise de paix. Il aura fallu la médiation du Directeur du patrimoine immatériel d’alors, Hamady Bocoum et du ministre de la Culture de l’époque Mbagnick Ndiaye pour que les angles soient arrondis et qu’un compromis dynamique soit trouvé. En présence du Commissaire central d’alors Mandjibou Lèye, les deux parties qui avaient été regroupées autour d’une même table à la préfecture de Mbour étaient tombées d’accord sur la décision de permettre à chaque parti d’organiser ses activités. Après cette étape, plusieurs cellules ont été créées. La cellule Woyinka Kounda plus connue sous le nom de Pa Dialma, située à côté du lycée Demba Diop, devait se déplacer vers le croisement Saly, plus précisément sur le terrain qui appartient à la collectivité, malheureusement cette délocalisation a entraîné une division avant qu'une partie des sages n'aille occuper les lieux sous le nom de la cellule de Woyinka. Aujourd'hui à Mbour, il y a 3 cellules de plus, ce qui fait passer le nombre de 5 à 8 dans la ville. A Malicounda où il y avait une cellule qui est celle du mythique lël du village de Mboulème qui a donné naissance au Kankourang de Mbour, d'autres cellules ont été créées. A Nianing, la population sort désormais un Kankourang. A ce rythme, si les sages ne dépassent pas les considérations personnelles et taisent certaines rancunes et malentendus, il sera presque inévitable d'assister à la banalisation du Kankourang qui va tuer le mythe. Il faut donc le soutien de l'autorité administrative pour revoir les conditions de création d'une cellule sinon, en faisant effondrer le mythe, les conséquences économiques se feront ressentir dans la Petite côte.
L'ECONOMIE BOOSTEE
L’activité du mois de septembre fait courir de nombreux politiciens qui y voient une bonne tribune pour sortir de l'anonymat afin de charmer l’électorat. Ainsi ils se relaient dans les lël où ils apportent des dons au profit des initiés et circoncis. Aujourd'hui, le budget municipal est passé de 2,5 millions à 3 millions, soit une augmentation de 25%que la municipalité de la ville de Mbour a réussi à allouer à la collectivité mandingue. A cela s'ajoute le fait que Cheikh Issa Sall a déboursé une enveloppe de 4 millions et 4 tonnes de riz qu’il a distribués aux 8 cellules de la ville, soit 500 000 FCFA et 1/2 tonne de riz par «lël».
L’argent offert par le maire représente 24,8% des prises en charge, soutient Aïdara Diop secrétaire général de la collectivité mandingue. Le cumul du don de la mairie et de Cheikh Issa fait que la municipalité assure 40% des charges durant le mois de septembre. Le septembre mandingue ne doit plus être une activité culturelle avec des festivités qui génèrent de l’argent au profit des négoces sans pour autant que la mairie n’y gagne, a soutenu le premier magistrat de la ville de Mbour qui estime qu’elle devrait servir à renflouer les caisses. «Le septembre mandingue, en plus d'être culturel, est aussi économique. C'est pourquoi c'est le moment choisi par le Trésor pour le recouvrement car durant cette période, l'économie tourne à fond.
Au niveau de la municipalité, nous sommes en train de voir comment mettre en place des taxes pour que les Mbourois puissent en tirer plus de profits. C'est un événement phare qui permet à la ville de vivre», a soutenu Cheikh Issa Sall maire de Mbour. Durant cette période, au moins plus de 40 mille personnes viennent à Mbour. Les hôtels et les auberges en tirent profit. De jour comme de nuit, les lieux de vente de nourriture comme les Fast Food, les restaurants, les bars ouvrent 24h/24. Pourtant malgré ces chiffres d'affaires exorbitants, la collectivité mandingue ne gagne pas en ristournes. Bref, les négoces font bonne affaire sans même verser un centime de leur bénéfice dans la caisse de la collectivité mandingue. Or, un tel versement allait permettre à la collectivité de réaliser de nombreux projets et de prendre en charge une bonne partie de ses dépenses au lieu de bénéficier des dons de tiers. Pour anticiper, dans la commune de Malicounda, l'un des projets phares de la municipalité est de créer la maison du Kankourang.
Dans le département de Mbour, tout est parti de ce village situé dans la commune de Malicounda. C'est de là que le Kankourang a été célébré avant que le vieux Koïta ne l'exporte à Mbour. Pour garder cette histoire dans la Petite côte, l'équipe municipale ne se limite pas à faire un appui en argent mais projette de créer la maison du Kankourang qui va donner une autre considération à la culture mandingue dans la zone. Aujourd'hui, de jour comme de nuit, Mbour vit dans la fièvre du Kankourang. Les nuits blanches sont organisées un peu partout les samedis, les plages sont bondées de monde en tout temps. Les vendeurs de tissus, d'habits et les petits commerçants se frottent les mains. Du côté financier, seule la collectivité mandingue pourtant organisatrice de cet événement phare, n'en tire pas profit, ne se contentant que de dons et de soutiens. Même si les violences sont de moins en moins notées grâce à une organisation plus rigoureuse, il n'en demeure pas moins que des incidents regrettables sont relevés de temps à autre.
L’INAUGURATION DU MUSEE MEMORIAL DES NAUFRAGES PREVU LE 26 OCTOBRE PROCHAIN
En visite de travail, vendredi dernier à Ziguinchor, dans le cadre de la célébration des 21 ans du naufrage du ‘’Joola’’, le ministre de la Culture et du Patrimoine historique a annoncé l'inauguration prochaine du musée mémorial dédié aux victimes...
En visite de travail, vendredi dernier à Ziguinchor, dans le cadre de la célébration des 21 ans du naufrage du ‘’Joola’’, le ministre de la Culture et du Patrimoine historique a annoncé l'inauguration prochaine du musée mémorial dédié aux victimes de la catastrophe maritime.
Le ministre Aliou Sow était l'hôte de Ziguinchor, vendredi dernier. Ce séjour entre dans le cadre d'une visite avec l'Association nationale des familles des victimes et rescapés du naufrage du bateau ‘’Le Joola’’ qui avait sombré, le 26 septembre 2002, emportant avec lui plus de 2 000 âmes. Le ministre a mis à profit son séjour pour se rendre au niveau du chantier de réalisation du mémorial des naufragés du ‘’Joola’’ afin de constater, de visu, les derniers développements des travaux.
Aliou Sow en a profité pour mettre à la disposition des familles des victimes et rescapés une dizaine de millions de francs CFA devant servir à l'organisation de la commémoration, mais également à impliquer les acteurs des cultures urbaines de la région afin qu'ils soient des relais en matière de sensibilisation, d'information et d'appropriation du contenu muséologie et des leçons tirées de cette catastrophe maritime.
Aliou Sow a aussi révélé que son ministère accompagne désormais la seule femme rescapée et à surtout pris la décision de construire sa maison parce qu'elle reçoit, entre autres, de nombreux journalistes sénégalais et étrangers. Pour le ministre, cette dame est une sorte d'extension du mémorial. Cette rescapée, ajoute-t-il, ne doit pas être abandonnée comme les autres parents de victimes.
Il a, ensuite, indiqué que le décret portant création, organisation et fonctionnement d'un établissement public à caractère administratif du mémorial avec un conseil d'administration, une direction générale et un secrétariat général prévoyant une gestion inclusive avec les familles des victimes, a été élaboré et transmis à qui de droit et sera bientôt signé par le président de la République.
Le ministre Sow a, par ailleurs, promis que les orphelins majeurs du naufrage seront accompagnés dans leurs initiatives qui relèvent de mesures de politique sociale autour du mémorial, avant d'annoncer l'inauguration du musée mémorial un mois après la commémoration du 21e anniversaire de l'une des plus grandes catastrophes de la navigation maritime prévu ce 26 septembre 2023 à Ziguinchor.
par Jean Pierre Corréa
LES MÉMOIRES CORRECTIVES DE PAPE SAMBA KANE : LA POÉTIQUE DE LA POLITIQUE
Les personnages qui peuplent et animent aujourd'hui notre monde politique, culturel, religieux, sportif ou autres, pourraient-ils faire l'objet d'un travail similaire à celui réalisé dans le livre "Mémoire Corrective" de Pape Samba Kane ?
Amis de la poésie et de la politique, c'est un pur bonheur de vous livrer un témoignage sous forme de note de lecture des deux tomes concentrés d'agilité spirituelle, que PSK a intitulés "Mémoires Corresctives".
Ces "Mémoires" sont pour moi, véritablement correctives, voire une merveilleuse découverte, du fait que de 1987 à 1996, je demeurais à l'étranger, vivant à Paris depuis 1977, d'où il m'arrivait de m'échapper pour rentrer au Sénégal, pour côtoyer un grand frère pour lequel je nourrissais une admiration qui confinait à la fascination, je veux parler de l'immense Mame Less Dia. Je ne découvrais qu'accidentellement, au détour de visites à certains amis, quelques exemplaires du réputé turbulent "Cafard Libéré". Tout ça pour vous dire que traverser ces quelques 200 portraits, m'a permis de connaître à travers la plume alerte de Pape Samba Kane, des hommes et des femmes, qui, croqués à la musique de son talent, de son humour, de son regard décalé, se révélaient tous, chargés avant tout d'humanité, de chair et de convictions, et qui chacun à sa manière, m'a fait comprendre que le Sénégal n'était pas né, loin de là, en 2000.
Nombre d'entre eux ont disparu, en laissant des traces dans notre Histoire et des souvenirs dans nos esprits, aujourd'hui empreints d'une certaine nostalgie, cette douce nostalgie qui fait dire à Emile Cioran que "si la nostalgie n'existait pas les rossignols rôteraient".
Certains de ses personnages sont là, présents encore, vivants c'est sûr, ils sont souvent de chers amis, et en en connaissant certains de façon très intime, la plume de Pape Samba Kane a déclenché chez moi un sourire, parfois un rire, relatif à un trait que je n'avais pas vu ni décelé, et qui d'un coup rendait évident, ce qui faisait la singularité ou la particularité de ces êtres.
Dresser le portrait d'une femme ou d'un homme publique est un art qui demande, exige plutôt, de ne jamais avoir le mot qui tache...et, sacrilège, entache... Peu de personnes qui ont connu l'honneur, c'en fut un, d'être scrutés par le regard d'un tel homme, entre le "teggi ndawal" et le garçon taquin, sont je l'imagine, venus rouspéter et lui dire leurs courroux. Les autres ont du sourire et penser que la Liberté avait décidément le goût de l'encre dans laquelle ce chenapan trempait sa plume.
Ces deux livres témoignent de la vitalité, de l'humanité, du courage des hommes et des femmes qui ont fait l'histoire de ce pays. C'est une belle somme. La question que nous devons poser à ce maître de la satire, consiste à lui demander si les personnages qui peuplent et animent aujourd'hui notre monde politique, culturel, religieux, sportif ou autres, complètement buzzifiés et twitterisés pourraient faire l'objet et surtout être les sujets d'un tel travail. Ont-ils assez de chair, d'humanité, d'urbanités et d'aspérités auxquels accrocher nos joyeuses satires?
Pape Samba Kane a tout mon respect et je lui dois cet hommage. Je l'ai connu lorsque Youssou Ndour m'a convaincu de rentrer de Paris où je sévissais à Radio France, pour monter ici, la 7FM, avec l'emblématique et précurseur Groupe COM 7, où il dirigea le quotidien "L'INFO 7". Plus tard il fut celui, devenu alors Dirpub du quotidien TAXi, entreprit de me persuader que je n'étais pas qu'une voix, et que je devais me lancer dans l'écriture. Il me confia le billet qui m'allait si bien, que je signais "Siruman", puis j'eus à m'enhardir et à taquiner l'édito, l'analyse et la chronique, et avec l'aide d'Ibrahima Wane, à apprendre d'où on part et où l'on va quand on a quelque chose à dire.
Je pense être devenu grâce à PSK ce modeste chroniqueur à qui il a appris à regarder ailleurs quand on nous montre l'évidence et à toujours respecter l'intelligence des personnes qui nous font l'honneur de nous lire, et sans jamais oublier que dans le mot "impertinence", il y avait si justement celui de "pertinence".
Je remercie PSK de m'avoir appris que " la pensée était le seul mode de transports qui n'était pas en commun".
Merci pour ces 23 années de compagnonnage et puissent les réjouissants projets qui bouillonnent en lui continuer à nous faire cheminer ensemble, et à garder nos esprits libres et alertes.
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DANS LA TÊTE D'UN DJÉLI, ABLAYE CISSOKHO
Lors de la soirée de vernissage de son expo rendant hommage à la littérature africaine et à ses auteurs, l'institut culturel italien de Dakar a fait appel à ce griot talentueux pour agrémenter la cérémonie en présence de l'ambassadeur d'Italie à Dakar
C'est l'un des griots les plus célèbres du Sénégal. Auteur-compositeur, Ablaye Cissokho parcourt le monde pour faire connaître sa musique et sa culture toujours muni de sa kora.
Lors de la soirée de vernissage de son expo rendant hommage à la littérature africaine et à ses auteurs, l'institut culturel italien de Dakar a fait appel à ce griot talentueux pour agrémenter la cérémonie en présence de l'ambassadeur d'Italie à Dakar et de plusieurs autres personnalités.
Il y a distillé généreusement quelques notes de sa musique. Extrait de sa prestation
QUI A PEUR DE YOUSSOU NDOUR ?
Le roi du mbalax revient sur les perturbations de son concert parisien par des pro-Sonko. Il évoque son engagement politique et affirme que son éventuelle candidature à la présidentielle suscite des craintes chez beaucoup au Sénégal
Dans une interview exclusive accordée au Parisien, Youssou N'Dour, célèbre chanteur sénégalais, revient sur les perturbations survenues lors de la première mondiale de son spectacle "Birima" au théâtre du Châtelet, à Paris. L'événement a été marqué par l'intervention de partisans d'Ousmane Sonko, principal opposant au président sénégalais Macky Sall, actuellement incarcéré. Proche du président et impliqué politiquement, Youssou N'Dour réagit à cet incident et évoque ses ambitions politiques pour l'avenir.
La soirée de mercredi au théâtre du Châtelet a été agitée par des partisans d'Ousmane Sonko, qui ont exprimé leur soutien en criant des slogans tels que "Libérez Sonko !" ou encore "Macky Sall le dictateur". Youssou N'Dour, qui a longtemps été ministre aux côtés du président sénégalais, a été directement visé par ces protestations. Malgré cela, le chanteur reste serein et affirme avoir l'habitude de ce genre de perturbations, qui sont également courantes au Sénégal. Il souligne néanmoins que ces incidents sont regrettables pour les spectateurs et les jeunes artistes présents sur scène.
Interrogé sur de potentielles nouvelles perturbations, Youssou N'Dour se montre confiant et affirme qu'il ne se préoccupe pas de ces éventualités. Il se voit comme un homme de paix et se dit prêt à donner la parole à ceux qui souhaitent s'exprimer, tout en respectant les autres spectateurs. Concernant l'emprisonnement d'Ousmane Sonko, le chanteur préfère ne pas commenter les décisions de justice, mais exprime son souhait que le leader politique s'en sorte. Il évoque ensuite ses aspirations politiques et sa possible candidature aux prochaines élections présidentielles au Sénégal en février prochain.
Youssou N'Dour rappelle qu'il avait déjà présenté sa candidature en 2012, mais qu'elle avait été refusée. Il souligne son indépendance vis-à-vis de Macky Sall, après avoir travaillé à ses côtés pendant douze ans, et affirme qu'il est prêt à voler de ses propres ailes. Fort de son expérience et de sa connaissance approfondie du pays, il estime que sa candidature suscite des craintes chez les autres acteurs politiques. Il se positionne comme un candidat capable de répondre aux besoins de la jeunesse en termes d'emploi, de rectifier les relations avec les pays riches pour établir des partenariats équilibrés, et de représenter l'Afrique dans son ensemble.
Enfin, l'interview aborde brièvement une directive française qui avait demandé la suspension de toute collaboration avec des artistes du Burkina Faso, du Mali et du Niger, suscitant l'indignation de Youssou N'Dour. Finalement, cette directive a été rectifiée par le président Macron et la ministre de la Culture, rassurant ainsi les artistes concernés. Youssou N'Dour souligne l'importance de la solidarité entre les artistes africains et la nécessité de promouvoir une coopération culturelle internationale.
Le spectacle "Birima", conte musical créé par Youssou N'Dour et son guitariste Pape Oumar Ngom pendant la pandémie de Covid-19, a été présenté en première mondiale au théâtre du Châtelet. Le chanteur envisage également une tournée internationale dès l'année prochaine. Après le spectacle, il retournera à Dakar, sa ville de résidence, et prévoit de sortir un nouvel album prochainement.
PENCS DE DAKAR : UN PATRIMOINE MENACE DE DISPARITION
Avec une population de plus de quatre millions d’habitants (projections 2023 de l’ANSD), l’ancienne presqu’île du Cap-Vert est aujourd’hui une mégalopole cosmopolite qui se modernise à un rythme effréné.
La presqu’île du Cap-Vert, du nom donné autrefois au terroir qui correspond à l’actuelle région de Dakar, était par le passé peuplé essentiellement de lébous, lesquels étaient communément surnommés ‘’Borom Ndakarou’’ (les propriétaires de Dakar). Le pays lébou était alors divisé en 12 pencs, ces places publiques où la communauté se retrouvait pour discuter, légiférer, juger ou célébrer mais qui, aujourd’hui, ont tendance à disparaitre sous la pression d’une urbanisation galopante.
Avec une population de plus de quatre millions d’habitants (projections 2023 de l’ANSD), l’ancienne presqu’île du Cap-Vert est aujourd’hui une mégalopole cosmopolite qui se modernise à un rythme effréné.
Les anciennes demeures léboues ont été pour la plupart vendues, tandis que d’autres sont devenues presqu’invisibles en raison de la modernisation de la ville.
‘’Il ne reste que quelques maisons authentiques qui passent presque inaperçues au milieu d’immeubles et autres constructions modernes au niveau de Dakar-Plateau’’, explique Diossy Mbengue, un notable du penc de Mbot.
Il indique que la plus grande partie de cette surface bâtie appartenaient aux lébous et que certaines maisons ont été vendues pour des questions d’héritage.
D’autres familles léboues ont donné leurs propriétés en bail, dans la plupart des cas à des commerçants, en particulier les Libano-syriens.
‘’Les pencs actuellement à Dakar Plateau comme à la Médina sont envahis par les marchés et ont tendance à disparaitre en tant que patrimoine’’, fait remarquer l’écrivain Abdou Khadre Gaye, président de l’Entente des mouvements et associations de développement (EMAD).
A la Médina, le constat est le même, dit-il, se réjouissant du fait que le penc de Santiaba, siège de la collectivité léboue, fait partie des quelques pencs qui ont conservé une partie de leur authenticité.
‘’Toutes les réunions et autres activités de la collectivité léboue se déroulent au penc de Santhiaba en raison de sa configuration qui offre une cour très large’’, explique Matar Diop, djambour de Dakar et l’un des trois djambour de Mbakeuneu.
Un peuple originaire du Nil
Jadis, les lébous vivaient sur la partie côtière de la région de Dakar, qui va du Plateau à Ouakam, ainsi qu’à Ngor et Yoff. Dakar-Plateau était la zone la plus densément peuplée, où la communauté léboue avait établi résidence autour de ‘’penc’’.
Pour comprendre l’histoire de ce peuple traditionnellement pêcheurs, ‘’il faut d’abord remonter assez loin dans le temps’’, indique Abdou Khadre Gaye. ‘’L’historien Cheikh Anta Diop nous dit que cette population est venue des rives du fleuve Nil, en Egypte’’, confie le président de l’EMAD.
Né au penc de Thieudème, à Dakar Plateau, Abdou Khadre Gaye est passionné par l’histoire de ses aïeux.
‘’C’est au 5ème siècle, avec l’occupation de l’Egypte par les Perses que les populations se sont déplacées et les lébous en même temps’’, révèle-t-il.
D’après lui, les lébous sont passés par la Mauritanie, les royaumes du Tékrour et du Walo, au nord du Sénégal. C’est au moment où Ndiadiane Ndiaye, le premier roi du Djolof fonda en 1360 le grand Djoloff, qu’ils ont pactisé avec lui pour venir s’installer dans son royaume.
Ils quittèrent ce royaume sous le règne d’un roi dictateur et sanguinaire et vinrent s’installer dans la presqu’ile du Cap-Vert, car refusant d’être réduits en servitude.
‘’Au niveau de la presqu’île du Cap-Vert, le premier village fondé s’appelait +Moukhère+ et le centre du village se trouvait au niveau du site actuel du Stade Léopold Sédar Senghor’’, déclare avec ardeur Abdou Khadre Gaye.
C’est selon lui une épidémie de la maladie du sommeil qui a provoqué l’éclatement du village, dont les habitants se scindèrent en trois groupes.
“Le premier groupe a fondé le village de Yoff qui a donné naissance à Ouakam, ensuite à Ngor. Ces trois villages constituent un trépied que l’on appelle +tank+ (pied en wolof). Les lébous disent +fii le tankk yèm+ [C’est ici la fin de la terre]’’, explique-t-il.
Le deuxième groupe a créé le village de ‘’Bègne’’, dont l’emplacement est situé vers Hann-Bel Air. Ce village n’existe plus aujourd’hui.
Le troisième groupe a fondé le village de Soumbédioune. C’est lors d’une réconciliation à la suite d’une querelle interne entre les habitants de Bégne et Soumbédioune, que les 12 pencs formés.
Bataille pour l’occupation de Dakar-Plateau
Selon des documents historiques, les premiers villages avaient été établis sur la Pointe de Dakar. Mais les Français voulaient s’installer dans cette zone, qu’ils considéraient comme étant plus habitable et, qui plus est, se trouve près de la mer et offrait une vue imprenable.
Ils ont alors commencé à déguerpir les lébous pour les réinstaller sur les dunes de sable situées à l’époque au-delà de la rue Vincent. L’année 1914 fut une année cruciale, avec l’apparition d’une épidémie de peste.
‘’Certains dignitaires disent que cette épidémie a été inventée pour donner l’occasion de déguerpir les pencs’’, révèle Diossy Mbengue, notable et natif du penc de Mbot.
Selon le président de l’EMAD, c’est à cette occasion que le colonisateur créa le ‘’village de ségrégation’’ de la Médina.
Il explique que l’actuelle avenue Malick Sy, bordées alors de filaos, constituait la zone tampon séparant deux mondes : la ville française et la ville autochtone.
Pour forcer les lébous à quitter leurs villages, les colons n’hésitaient pas à envoyer de exécutants de basses œuvres pour mettre le feu aux cases.
Certains habitants acceptèrent de partir. Six pencs s’installèrent ainsi à la Médina, avant qu’une révolte des populations n’éclate.
‘’Les lébous ont des autels domestiques qu’on appelle ‘’Khamb’’ situés sur le site de l’actuelle école Bibi Ndiaye et les colons voulaient mettre le feu à ces ‘’khamb’’, relate-t-il.
‘’Armand Angrand [maire de Gorée en 1928 et de Dakar en 1934] nous raconte dans son livre qu’il y avait 5000 personnes au niveau de l’actuelle avenue Lamine Guèye angle Faidherbe, armées jusqu’aux dents pour dire si vous mettez le feu à une seule case, nous mettrons le feu au palais du gouverneur’’, déclare, ému, l’écrivain Abdou Khadre Gaye.
Le gouverneur d’alors ainsi que le député Blaise Diagne et le guide religieux El Hadj Malick Sy se rendirent sur les lieux pour décanter la situation.
‘’Abdou Aziz Sy Al Amine nous a raconté que ce jour-là, El Hadj Malick Sy a fait un aller-retour pieds nus entre la zone où avaient eu lieu les émeutes et le palais du gouverneur, sans s’en rendre compte’’, raconte-t-il.
Il s’agit ainsi, précise-t-il, du premier incident qui fit reculer les colons dans leur entreprise de déguerpissement des lébous.
Un deuxième évènement dissuadera de nouveau le colon, selon Diossy Mbengue. A l’époque, dit-il, Farba Paye était le Jaaraf du penc de Mbot. On le surnommait le commandeur des abeilles.
‘’Il avait un pouvoir mystique énorme tiré d’un long séjour passé à Ouakam pour y apprendre le Coran mais surtout la sorcellerie’’, raconte Diossy Mbengue.
‘’Lorsque les brûleurs de cases sont arrivés à Mbot, ils l’ont trouvé au niveau de l’arbre penc. Il a refusé de quitter les lieux. Une dispute éclata et il sortit sa hache. Quand il y a eu cette querelle, il a frappé un coup de hache sur l’arbre et au lieu de sève, c’est du sang qui en est sorti. Alors, les brûleurs de case eurent peur’’, raconte le vieux Diossy Mbengue.
Selon lui, ‘’c’est cet arbre qui abritait l’armée d’abeilles. Donc, il a fait ses incantations et les abeilles sont sorties en une grande nuée. Les brûleurs de cases, qui étaient sur des chevaux, se sont alors enfuis’’, poursuit-il.
Quand El hadj Malick Sy prédisait la reconquête du Plateau
Le troisième évènement fut la première Guerre mondiale, qui éclata en 1914. L’éclatement de ce conflit avait détourné l’attention des colons vers d’autres préoccupations, se souviennent les notables lébous.
Mais compte tenu du fait que six pencs étaient déjà installés à la Médina, témoignent-ils, El Hadj Malick Sy a demandé aux habitants d’y rester, prenant exemple sur le Prophète Mohamed (PSL), qui a quitté la Mecque pour Médine avant de revenir, plus tard, pour la reconquérir.
D’après Abdou Khadre Gaye, le guide spirituel avait alors déclaré : ‘’Je vous prédis que vous allez revenir reconquérir les terres de Dakar Plateau.’’
‘’Et effectivement, Blaise Diagne a été élu à cette même période premier député noir africain à siéger au Palais Bourbon. Ensuite, il a continué les transactions et les populations ont été dédommagées et on leur a redonné leurs terres du Plateau’’, explique-t-il.
Il souligne que c’est El Hadj Malick Sy qui donna le nom de Médina au village de ségrégation. ‘’Le village devait s’appeler Ponty-ville, en hommage au gouverneur William Ponty, présent à Dakar au moment des émeutes et qui est décédé quelque temps après’’, renseigne Matar Diop, un notable lébou.
Il indique que c’est à partir du village de ségrégation que sont nés six pencs : Santiaba, Mbakeuneu, Thieurigne, Diécko, Ngaraf et Kaay Ousmane Diène.
‘’Mbakeuneu est le premier penc qui s’est installé en 1914 à la Médina et qui a donné naissance au penc de Santiaba. Mais nous sommes tous liés par les liens de parenté, car les lébous se mariaient entre eux’’, renseigne-t-il.
‘’Il y a également six penc à Dakar-Plateau : les penc de Mbot, de Gouye Salaan, Thieudème, Yakk Dieuf, Hock [qui n’existe pratiquement plus, mais qui a donné naissance à Fann Hock] et Kaay Findew’’, souligne Matar Diop.
Chaque penc renvoie à une famille fondatrice
Selon l’écrivain Abdou Khadre Gaye, chaque penc renvoie à une famille bien déterminée, laquelle est sa fondatrice. Il en est ainsi des ‘’pencs Thieudème et Kaay Findiw’’ reliés à la famille Mbengue et du penc de ‘’Mbot’’, qui renvoie à la famille Paye.
Le penc ‘’Yakk Dieuf’’ relève de la famille Samb, et ‘’Hock’’ de celle des Guèye. Le penc de ‘’Santiaba’’ doit son existence aux Diop, tandis que ‘celui de ’Thieurigne’’ est relié aux Ndoye. ‘’Diécko et Ngaraaf’’ renvoient à la famille Diagne.
Les pencs ‘’Mbakeuneu, Kaay Ousmane Diène et Gouye Salaan’’ renvoient respectivement aux familles Mbaye, Diène et Dione’’, explique l’écrivain.
Il regrette aujourd’hui que les pencs, qui représentent un patrimoine historique, tendent à disparaitre.
‘’Les espaces sont laissés à l’abandon et ont tendance d’année en année à se détériorer et pour pouvoir les conserver, on devrait les préserver comme un patrimoine national’’, plaide-t-il.
En attendant, Abdou Khadre Gaye se bat corps et âme au quotidien pour conserver ce patrimoine et faire aussi revivre la culture léboue à travers ses écrits et l’association qu’il préside.
Il précise que le ‘’Festival Mémoire des pencs’’, organisé tous les ans, entre dans le cadre de ce combat pour la préservation de ce patrimoine matériel et immatériel.
L’écrivain projette aussi de sortir l’année prochaine un nouveau roman ‘’Le rêve du baobab’’.
‘’C’est l’histoire d’un jeune qui va à la découverte de sa ville natale qu’il ne connait pas. Une occasion pour raconter l’histoire des pencs et des légendes lébous’’, explique l’auteur.
UNE RÉÉDITION DE MÉMOIRE CORRECTIVE EN LIBRAIRIE
L’Harmatan Sénégal vient de publier en deux tomes le livre ‘’Mémoire corrective’’, une galerie de portraits de personnalités de plusieurs pays et de divers milieux professionnels, rédigés par le journaliste et écrivain Pape Samba Kane entre 1987 et 1996
L’Harmatan Sénégal vient de publier en deux tomes le livre ‘’Mémoire corrective’’, une galerie de portraits de personnalités de plusieurs pays et de divers milieux professionnels, rédigés par le journaliste et écrivain Pape Samba Kane entre 1987 et 1996.
Les textes publiés par l’éditeur sénégalais l’avaient été dans le journal satirique Le Cafard libéré, dont Kane, analyste politique, essayiste, poète et romancier, était le directeur de publication.
Le premier tome (346 pages) comprend une centaine de portraits, le second (366 pages) en compte environ 90.
Papa Samba Kane a fait les portraits de ‘’visages emblématiques de la vie nationale’’, selon son défunt confrère Mame Less Camara, le préfacier dudit volume.
En lisant Kane, ‘’on a comme l’impression de se promener dans une sorte de galeries des portraits de ceux dont les propos et les actes font l’objet, depuis si longtemps, de toutes les attentions des médias sénégalais’’, a remarqué Camara, décédé en avril dernier.
‘’Le trait du portraitiste, tour à tour moqueur, tendre, complice ou féroce – sans jamais être ni méchant ni vulgaire – donne une dimension supplémentaire à ces hommes et femmes’’ auxquels s’est intéressé le journaliste, a ajouté Mame Less Camara.
‘’Tout cela est décrit dans un style qui renouvelle le portrait en tant que genre rédactionnel’’, auquel l’auteur a donné ‘’des titres de noblesse’’, a écrit le préfacier, lui-même objet d’un portrait publié le 1er septembre 1994 par Le Cafard libéré.
Un livre d’‘’une immense richesse’’
‘’Le portrait, en tant que genre journalistique, est aujourd’hui déserté’’, constate l’ancien ministre Mamadou Diop Decroix, dans la postface de l’un des tomes.
Il estime que ‘’Pape Samba Kane montre à suffisance l’intérêt que peut avoir ce genre de témoignage pour l’histoire’’.
‘’En un mot, cet ouvrage […] montre éloquemment que le très talentueux Pape Samba Kane est certainement le grand maître du portrait et […] du portrait satirique, genre qui suppose une double maîtrise : celle du portrait et celle de la satire, adossées à celle de la langue’’, commente le professeur Djibril Samb, lauréat de la médaille d’argent de l’Académie française.
Le second tome, dont il signe la préface, ‘’est d’une immense richesse’’, a reconnu M. Samb, notant que les personnes portraiturées viennent d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et d’Europe, une diversité à retrouver également dans le premier volume du livre.
Le journaliste Mamadou Amat juge que ‘’les deux ouvrages sont l’aboutissement de dix années d’animation régulière de ce qui fut la rubrique phare de l’hebdomadaire satirique de la grande époque, cette période des audacieux pionniers de l’expansion de la presse indépendante’’.
Le livre ‘’Mémoire corrective’’, enrichi des œuvres des dessinateurs Oumar Diakité, dit Odia, et Alphonse Mendy, ‘’permettra aux plus jeunes […] de se faire une meilleure idée de certains grands événements de la dernière décennie du XXe siècle’’, ajoute Amat dans la postface du second tome.
NDER, DANS LES MÉANDRES DE L'OUBLI
Plus de 200 ans plus tard, l’usure a eu raison des stigmates de la bataille de Nder et donc du sacrifice de ces héroïnes. L’ancienne capitale du Walo n’a que son aura tant la localité est dépourvue d’infrastructures
Situé au fin fond du département de Dagana, le village de Nder est inscrit en lettres d’or dans l’histoire du Sénégal grâce à l’épopée des femmes qui se sont consumées par le feu dans une case pour échapper à la captivité des Maures Trarza. Plus de 200 ans plus tard, l’usure a eu raison des stigmates de la bataille de Nder et donc du sacrifice de ces héroïnes. L’ancienne capitale du Walo n’a que son aura tant la localité est dépourvue d’infrastructures. Ce qui n’enlève en rien la fierté des femmes de Nder, reconnaissantes de leurs aïeules héroïnes qui ont forgé en elles, le culte du travail mais aussi le sens de la personnalité.
« Talatay Nder ! » Ces deux mots dépassent largement les frontières du Sénégal. Ils rappellent la mort collective de braves femmes de cette contrée enfouie au cœur du Walo. En 1820, elles ont préféré s’immoler par le feu dans une case pour échapper à la captivité des Maures Trarza. Par cet acte de bravoure, ces femmes, avec à leur tête la « Linguère » Fatim Yamar Khouraye, épouse du « Brack », ont honoré Nder et le Sénégal tout entier. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis cette belle épopée. Aujourd’hui, dans ce village, la vie est calme, morose. Et un visiteur qui y met les pieds pour la première fois aura du mal à croire que ce village a marqué l’histoire du Walo, du Sénégal. Et de fort belle manière !
Perdu dans le fin fond du Walo, le village de Nder, ressemble à un mirage au milieu d’un désert. Aucun panneau n’indique la position de cette ancienne capitale du Walo. Y accéder relève d’un exercice délicat tellement la piste est cabossée. Le corridor latéritique est rouge par endroit, sablonneux au niveau des virages. Il s’élance sur près de 17 kilomètres à partir du bitume qui s’arrête au village de Colonat. Avec la pluie de la veille, des nids-de-poule jonchent la route sur cette terre argileuse. Le paysage est verdoyant, décoré de cours d’eau verts avec des hameaux disparates et des champs.
Après plusieurs minutes de manœuvre, Nder se dévoile enfin. Le visiteur est frappé par les grandes concessions, la succession de cases, de quelques maisons en dur. Au milieu des cours, le sol est bien tamisé et des tentes en paille servent de cuisine.
Une case en forme de musée, pas encore fonctionnelle, des concessions en bois, une pauvreté extrême… En nous rendant au site où les femmes de Nder se sont donné la mort il y a 203 ans, notre attention est attirée par un groupe de femmes autour d’une borne fontaine. Des bouteilles d’huile vides de 20 litres et des seaux sont disposés sur les lieux. En voyant le photographe prendre des images, les femmes se pressent pour décrire leur calvaire, mais refusent de parler devant le micro. « Vraiment nous sommes fatiguées de venir acheter de l’eau tous les jours », lâchent-elles, la mine dépitée. « Vous avez tous entendu parler de Nder avant d’y venir. Certainement vous êtes surpris de trouver la localité dans cette situation malgré toute son aura. Même s’il y a quelques avancées, le village devait avoir un autre visage, mais, il n’y aucune trace de développement ici », confie Mamadou Thioye, notable qui connaît par cœur l’histoire du village.
Une dame embouche la même trompette sur un ton bourru : « on dirait que l’effort de ces ancêtres guerrières n’est pas récompensé ». « Vous voyez ce que nous vivons par vous-mêmes, je ne peux pas parler. Il faut s’adresser aux autres », dit la gérante de la borne fontaine qui était en train de remplir un seau avec un tuyau.
Prétextant qu’elle n’habite plus Nder depuis son mariage, Issère Thioye, venue en vacances chez ses parents, se résigne à être la porte-parole du moment, après quelques moments d’hésitation. La jeune dame regrette le statut de la localité où tant de femmes se sont sacrifiées. « Les femmes de Nder ne méritent pas une telle peine au regard du rôle qu’elles ont joué dans l’histoire. Elles sont mortes pour ce terroir, mais regardez où nous en sommes aujourd’hui. Nous avons énormément de difficultés, mais la pire c’est avec l’eau. Il n’y a pas de branchements sociaux dans les maisons. Il n’y a que deux fontaines. Nous sommes obligées d’acheter l’eau tous les jours. La bouteille nous revient à 20 FCfa et le seau à 10 FCfa », confie-t-elle sous les acquiescements des autres dames.
Alors qu’elle échangeait avec nous, une vieille dame, marchant difficilement, arrive avec trois bouteilles sous l’aisselle droite et une quatrième à la main droite. « Je suis malade depuis plusieurs jours, mais je suis obligée de venir chercher de l’eau moi-même, sinon je n’en aurais pas, car je n’ai personne pour m’aider », dit-elle. Le même spectacle s’offre à la seconde borne fontaine.
Pendant que des femmes cherchent le liquide précieux, un groupe d’hommes assis sur une natte discutent à quelques encablures. Parmi eux, le chef du village. Casquette vissée sur la tête, lunettes noires, Abdoulaye Diaw, briefé par Issère Thioye, prend congé de ses compagnons et se dirige vers nous. Informé de l’objet de la visite, il enfile une veste sur son tee-shirt malgré la chaleur accablante pour nous conduire au site où a eu lieu le sacrifice mémorable. Un musée y est érigé.
Une histoire, mille versions
« Talatay Nder » ou l’histoire des femmes de Nder qui, en 1820, se sont immolées dans une case pour éviter la captivité est entrée dans l’agenda des organisations de lutte des droits des femmes. À la veille de chaque 8 mars, cet événement survenu, il y a plus de 200 ans, est célébré. S’il a été rapporté que les femmes avaient pour bourreaux des maures Trarzas, Mamadou Thioye affirme que les assaillants étaient plutôt les hommes de l’Almamy du Fouta.
D’après lui, l’histoire de « Talatay Nder » est partie d’une femme toucouleur venue du Fouta avec son mari. Le couple avait fait escale à Nder. « Les guerriers du Brack, submergés par la beauté de la dame se sont dits que le mari n’en était pas digne. Ainsi, ont-ils tendu une embuscade au mari et l’ont enseveli. La femme a été ensuite conduite à la cour royale et elle est devenue reine », relate-t-il.
Et de poursuivre : « alors que les gens du Fouta cherchaient le couple, un maure qui a assisté à la scène est allé le raconter à l’Almamy du Fouta qui a décidé d’attaquer Nder sur le coup. Le maure lui a dit que c’était trop risqué en lui suggérant d’attendre le moment propice afin d’obtenir la victoire ».
À l’en croire, le jour tant attendu est arrivé lorsque le « Brack » s’est rendu à Saint-Louis sur invitation du Gouverneur de l’Aof. « Le Brack était parti avec quelques guerriers. Sur place, il ne restait que quelques hommes. Chaque matin, ils se rendaient à la pêche mais aussi veillaient sur les femmes. Le maure en a profité pour informer l’Almamy ». Celui-ci a décidé de passer à l’attaque. « À la vue de la poussière, les femmes ont réalisé qu’il s’agissait d’un danger. Ainsi, ont-elles enfilé les tenues de guerre de leurs époux. Après une rude confrontation, les assaillants ont fui », avance toujours M. Thioye. Qui poursuit : « les femmes ont décidé de les poursuivre. Malheureusement, la casquette de l’une d’elles est tombée. Ses tresses flottaient et les assaillants se sont rendu compte que leurs adversaires étaient des femmes. Se sentant touchés dans leur égo mâle, ils ont décidé d’attaquer à nouveau pour éviter le déshonneur. Après de violents combats, les femmes étaient à cours de munitions car elles n’avaient plus de poudre. Ainsi, la « Linguère » a-t-elle fait comprendre aux autres qu’elles risquaient la captivité et qu’il était préférable de mourir que d’être esclaves. La suite, narre M. Thioye, « après concertations, elles ont mis à l’abri les femmes castées et une princesse de la cour royale, nommée Seydané du fait de son état de grossesse. Le reste a mis le feu à la case du roi. Elles ont commencé à entonner des chants jusqu’à ce qu’elles soient consumées complètement par le feu. Les hommes en voyant les flammes ont quitté le fleuve mais c’était trop tard… »
Toujours d’après notre « historien », lorsqu’il a été informé, le « Brack » a voulu se venger de l’Almamy. « Tous les deux se sont donné rendez-vous à Dialawaly, entre Dagana et Mbilor où ils se sont livrés à une rude bataille et l’Almamy a pu se sauver malgré la mort de son cheval », renseigne Thioye. Avant de conclure avec assurance : « c’est la vraie histoire de Nder. Évidemment, il y a plusieurs versions et certains affirment même que le combat, c’était entre Nder et les Maures. Pour raffermir les relations entre les Maures et les Walo-Walo, le Brack avait donné en mariage sa fille au roi Trarza, Mouhamed Amdel. Leur fils s’appelle Yeli. »
CINÉMA SÉNÉGALAIS, LA STRUCTURATION EST UNE URGENCE
e président du Réseau des entreprises sénégalaises de production audiovisuelle et cinématographique (RESPAC), Oumar Sall a souligné, mardi, l’urgence de la structuration du cinéma sénégalais pour aider à son développement.
Dakar, 19 sept (APS) – Le président du Réseau des entreprises sénégalaises de production audiovisuelle et cinématographique (RESPAC), Oumar Sall a souligné, mardi, l’urgence de la structuration du cinéma sénégalais pour aider à son développement.
‘’Aujourd’hui, nous avons des urgences méconnues par la gouvernance actuelle de la cinématographie et de l’audiovisuelle et qui touchent la structuration du secteur. Les gens ne comprennent pas les priorités des acteurs’’, a-t-il dit lors d’une rencontre de partage avec des partenaires financiers.
Selon lui, ce réseau des entreprises sénégalaises de production audiovisuelle et cinématographique dont la mission est de porter la défense de ses membres et de leurs sociétés, travaille pour avoir un environnement sain afin de maitriser le cadre macroéconomique et avoir une industrie cinématographique et audiovisuelle et un écosystème favorable.
‘’Le RESPAC, c’est la défense de nos entreprises, de la création, de l’emploi. Nous avons un outil, le Fonds de promotion de l’industrie cinématographique et audiovisuel (FOPICA) et nous ne remercierons jamais assez le chef de l’Etat pour l’avoir alimenté, mais il y a un gros problème de rationalisation et de structuration et de pérennisation de ce fonds’’, a fait savoir Oumar Sall, par ailleurs directeur général de ‘’Cinékap’’ , une maison de production qui a remporté deux Etalons d’or de Yennenga, en 2013 et en 2017, avec les films ‘’Tey’’ (2012) et ‘’Félicité’’ (2017) du réalisateur Alain Gomis.
»Le cinéma sénégalais est en otage depuis un an. (…) on laisse les problèmes de structuration pour en faire un cinéma événementiel’’, a t-il déploré.
Il a dénombré de nombreux chantiers sur lesquels il est urgent de travailler aujourd’hui, à savoir, la mise en place de financements innovants, d’un fonds de garantie ou d’une agence de crédit d’impôt.
‘’Il faut qu’on accompagne le capital humain pour permettre une formation et une professionnalisation du secteur’’, a t-il plaidé.
»Nous réfléchissons sur les démarches à adopter pour rendre nos voix audibles avec les Gafam (l’acronyme des géants du web) afin qu’ils participent au financement du cinéma. Le respect des quotas pour les films nationaux dans les salles de cinéma implantées ici, le problème de la distribution, de l’exploitation des films, et l’employabilité sont également des urgences, car le cinéma est un métier digne », a dit le président du RESPAC qui annonce pour bientôt l’organisation des assisses des industries cinématographiques et audiovisuelles.
Les producteurs Mokhtar Ndiouga Ba, Magui Awadi, Djibril Dramé et le distributeur Ousseynou Thiam membres de ce réseau ont abondé dans le même sens ‘’pour la survie » de l’entreprise cinématographique.