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3 avril 2025
Economie
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ATTIRER LES INVESTISSEURS AMÉRICAINS
Forum de Saint-Louis - Ouvrir une porte d'entrée, au Sénégal, pour le secteur privé américain - L'investisseur cherche avant tout un partenaire local - Entretien avec René Lake
Le patron de RSL Strategies, Rene Lake, est convaincu que l'investisseur américain n'est pas toujours ce partenaire arrogant qui vient pour imposer ses idées.
Au contraire, ce qu'il faut comprendre selon Lake, c'est que ce dernier a besoin de la validation locale qui est le gage de la viabilité de son projet.
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AIR SÉNÉGAL ET AIBD, DES PATIENTS AU PRONOSTIC VITAL ENGAGÉ
Le gouvernement dresse un tableau alarmant des deux sociétés nationales de transport aérien. Le Premier ministre exige des audits approfondis, notamment sur des contrats classés "secret-défense" ayant englouti 200 milliards FCFA
L’aéroport international Blaise Diagne (AIBD SA) et la compagnie nationale de transport aérien Air Sénégal SA ont été dépeintes, jeudi, lors d’une réunion interministérielle axée sur leur situation financière, comme des sociétés “à l’agonie”, des ”patients au pronostic vital engagé”, des ”malades”, du fait de “graves difficultés financières”.
Il ressort d’un document compilant les décisions prises par le Premier ministre, Ousmane Sonko, que ”des enjeux critiques persistent dans les deux entités”.
AIBD et Air Sénégal font face à de ”graves difficultés financières menaçant leur pérennité et leur capacité à jouer pleinement leur rôle dans l’économie du pays”, relève ce document final.
Le gouvernement a rappelé que, depuis sa création en 2018, l’Etat a injecté dans la compagnie nationale Air Sénégal près de 181 milliards FCFA.
”Pourtant, elle fait aujourd’hui face à une dette dépassant 118 milliards FCFA, après avoir enregistré des pertes successives de 89 milliards FCFA en 2022 et 57 milliards FCFA en 2023”, indique le document lu par le ministre secrétaire général du gouvernement, Ahmadou Al Aminou Lô.
En outre, ajoute M. Lô, plus de 100 milliards FCFA ont été dépensés en locations d’avions, alors que ”le plan d’actions de relance de la compagnie, initié en 2022, n’a finalement été réalisé qu’à hauteur de 5%”.
Faisant l’”état des lieux”” concernant Air Sénégal, le ministre secrétaire général du gouvernement pointe ”des défaillances managériales”.
Le Premier ministre veut voir plus clair dans les contrats secret-défense à l’AIBD
Le document révèle que la société AIBD SA ”se trouve aujourd’hui dans une situation critique”.
En guise d’exemple, son budget pour l’exercice 2024 avait été fixé à 23 milliards FCFA pour des ressources propres ne s’élevant qu’à 6 milliards FCFA, déplore-t-il.
“Cette dérive s’explique notamment par une explosion des effectifs, passés de 275 agents en juin 2021 à 983 en 2024”, indique la même source.
Les autorités font remarquer que les 200 milliards FCFA issus de la Redevance pour le développement des infrastructures aéroportuaires (RDIA), destinés au développement du hub aérien, ”ont été consommés à travers des contrats classés secret-défense, dont la justification reste à établir”.
Le Premier ministre a insisté pour que la lumière soit faite sur ces contrats classés secret-défense par des audits ”approfondis” menés par les corps de contrôle. Le chef du gouvernement soupçonne en effet des abus.
Il a demandé d’emblée d’auditer les marchés et le personnel de l’AIBD, d’annuler les contrats non essentiels et de rationaliser les dépenses.
En outre, relève le gouvernement, ”aucune évaluation n’a été faite, dans le sens de la revoyure de la convention de concession liant AIBD SA au concessionnaire de l’exploitation de l’aéroport Blaise de Diagne de Dakar, la société LAS (LIMAK/AIBD/SUMA)”.
Le gouvernement a assuré de la nécessité de réévaluer cette convention avec le gestionnaire de l’AIBD et reste engagé pour une reprise en main, dans un moyen terme, dans le cadre de sa politique de souveraineté.
SONKO EXIGE DES COMPTES AVANT LE DÉCOLLAGE DU TRANSPORT AERIEN NATIONAL
"Des avions qui ne décollent pas" malgré 180 milliards de francs CFA investis: Ousmane Sonko ordonne des audits rigoureux d'Air Sénégal et de l'AIBD, qualifiés de "symboles de la gestion catastrophique" de l'ancien régime
La relance de l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD SA) et d’Air Sénégal SA, deux sociétés nationales de transport aérien dans une situation difficile, ne peut se faire sans des audits “approfondis”, a déclaré jeudi, le Premier ministre, Ousmane Sonko.
“Il est important que nous sachions ce qui s’est exactement passé (dans la gestion d’AIBD et d’Air Sénégal) et d’en tirer toutes les conséquences en termes de reddition des comptes”, a-t-il notamment insisté.
Ousmane Sonko estime, en effet, qu’on ne peut mettre “plus de 180 milliards de francs CFA” dans la compagnie aérienne et se retrouver avec “des avions qui ne décollent pas”.
Le chef du gouvernement présidait un conseil interministériel sur la situation des deux sociétés, au Building administratif. Une réunion à laquelle ont pris part les ministres en charge des Transports aériens, des Forces armées, de l’Intérieur, du Travail, de l’aménagement du territoire, du Tourisme, les représentants de leurs collègues des Finances et de l’Economie ainsi que du secteur privé national.
“La vision et les orientations stratégiques que vous avez présentées aujourd’hui ne souffrent d’aucune contestation solide, c’est un bon document pour relancer et sauver le secteur (aérien)”, a-t-il dit, saluant la présentation faite par le directeur général de Air Sénégal, Tidiane Ndiaye, et celui d’AIBD, Cheikh Bamba Dièye.
Le Dg de Air Sénégal, Tidiane Ndiaye, a fait observer que sur les 8 avions de la compagnie, 4 sont cloués au sol.
Une “vaste entreprise de prédation”
Le Premier ministre a ordonné, face à cette “vaste entreprise de prédation” autour d’Air Sénégal et d’AIBD, “de faire des audits de la gestion des deux sociétés”.
“Il faudra identifier et sanctionner (les responsables de ces manquements), sinon ça ne servira à rien”, a dit le chef du gouvernement, rappelant que ces deux entités du secteur aérien sont des “symboles de la gestion catastrophique” de l’ancien régime.
Ousmane Sonko a aussi souligné la nécessité de mettre les corps de contrôle sur les audits d’Air Sénégal et d’AIBD. Il a demandé également que des audits internes soient faits par les tutelles technique et administrative.
UN AN APRÈS, L'ESPOIR S'ÉRODE
Ils avaient fait tant de promesses." Cette phrase d'un jeune moto-taximan résume le sentiment mitigé de certains. Si la jeunesse reste fidèle au tandem Diomaye-Sonko, l'impatience grandit face à une précarité qui s'aggrave et des changements qui tardent
(SenePlus) - Selon un reportage du Figaro, la défiance monte contre le tandem Diomaye-Sonko, un an après leur élection triomphale à la tête du pays. Malgré des promesses de changement radical, les résultats tardent à se concrétiser face à l'héritage d'une économie dégradée.
Dans les rues de Dakar, la désillusion se fait sentir. "Je suis très déçu", confie au journal Ibrahima Fall, un jeune moto-taximan de 25 ans. "Ils avaient fait tant de promesses mais elles n'ont pas été tenues. Où est le projet qu'on nous a vendu ?", s'interroge-t-il. Comme de nombreux jeunes Sénégalais, il espérait qu'un vent nouveau soufflerait sur le pays avec l'arrivée au pouvoir du duo Bassirou Diomaye Faye - Ousmane Sonko, élus il y a un an après une campagne éclair et une libération de prison neuf jours avant le scrutin.
Le nouveau gouvernement pointe régulièrement du doigt l'héritage laissé par l'ancien président Macky Sall. D'après le reportage du Figaro, un récent rapport de la Cour des comptes révèle que "le déficit s'élèverait en 2023 à 12,3%, contre 4,9% annoncés et la dette à 99,67% du PIB", des chiffres bien plus alarmants que ceux communiqués par l'administration précédente.
Le premier ministre Ousmane Sonko, figure charismatique du pouvoir, a lancé un ambitieux "plan Sénégal 2050" visant à "augmenter le revenu par tête de 50%, et à rendre le pays moins dépendant de l'aide extérieure", rapporte Le Figaro. Des mesures concrètes ont été prises : "la baisse des prix de certains produits de première nécessité, la fin des accords de pêche avec l'UE, l'installation du pool financier judiciaire chargé de lutter contre la corruption", ou encore le lancement d'un "New Deal technologique".
Pourtant, ces initiatives peinent à convaincre une population impatiente de voir des résultats tangibles. "La vie est chère. Les loyers sont chers. Les soins sont chers. Les jeunes n'ont pas de travail, je ne vois pas où est le changement", déplore Ibrahima Fall.
Le tandem au pouvoir conserve néanmoins un fort soutien parmi la jeunesse. "On est tous pour Sonko", affirme un groupe de jeunes rencontrés par Le Figaro lors du ndogou, la rupture du jeûne du ramadan. "On est confiant, le pays va changer", ajoute Sylvestre Vaz, un trentenaire travaillant dans le secteur bancaire, qui tempère : "Il faut d'abord tout mettre en règle, changer la pourriture, et ensuite on fera les réformes".
Pour l'opposition, rassemblée au sein du Front pour la défense de la démocratie et de la république (FDR), le bilan de cette première année est sans appel : un "échec à tout point de vue", avec des "atteintes à la démocratie et à l'État de droit" qui se multiplient, selon les propos rapportés par Le Figaro.
Babacar Ndiaye, analyste politique chez Wathi, un think-tank sénégalais, souligne dans l'article qu'"il va falloir que les ruptures s'accélèrent", tant sur la question de la reddition des comptes que pour les principales réformes. D'autant que la situation économique se détériore : fin février, l'agence de notation Moody's a dégradé la note souveraine du Sénégal à B3 avec une "perspective négative".
Sur le terrain, la précarité s'aggrave. Yacine Demba, responsable associative de 29 ans, témoigne de l'augmentation des besoins : son association a dû aider 58 familles cette année contre 30 l'an dernier. "Les gens ont de plus en plus faim. Il suffit d'aller sur le terrain pour s'en rendre compte", assène-t-elle.
Entre espoirs déçus et confiance persistante, le tandem Diomaye-Sonko dispose encore d'un capital de sympathie, mais le temps presse pour concrétiser les promesses de changement.
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LA MARQUE SONKO À LA PRIMATURE
Alors que le Sénégal s'apprête à célébrer son 65ᵉ anniversaire d'indépendance, cette première année du chef de Pastef à la Primature marquera l'histoire comme celle d'une rupture assumée et d'une gouvernance axée sur la souveraineté et l'avenir
Un an après sa nomination comme Premier ministre du Sénégal par le Président Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko a imposé sa marque à la tête du gouvernement. Tour d'horizon d'une année marquée par des réformes audacieuses et un style de gouvernance inédit.
"La souveraineté a un prix," martèle régulièrement le Premier ministre. Cette signature idéologique s'est concrétisée à travers plusieurs initiatives fortes, à commencer par la mise en place d'une commission de relecture des contrats conclus dans les secteurs stratégiques. "Nous avions pris l'engagement ferme de revenir sur ces différents accords pour les rééquilibrer dans le sens de l'intérêt national," affirme Sonko, balayant au passage les critiques qui l'accusaient de vouloir "tout raser".
Des foules en liesse l'accueillent à chaque déplacement. De Dakar à Saint-Louis, de Louga à Matam, Ousmane Sonko cultive un lien direct avec la jeunesse. "Nous n'avons pas dit que nous réglerons tous les problèmes en un jour, mais je puis vous assurer que chaque seconde sera exclusivement consacrée à trouver des solutions pour vous," promet-il aux jeunes, ajoutant avec conviction : "Nous n'accepterons plus que nos ressources naturelles soient pillées pour nous laisser la pauvreté et le chômage."
L'ambitieux programme des "autoroutes de l'eau" illustre la vision transformatrice du gouvernement. Ce projet phare prévoit "le grand transfert du lac de Guiers vers le triangle Dakar-Thiès-Mbour incluant une branche vers Touba" et devrait "régler définitivement les préoccupations hydrauliques des populations."
Dans le domaine numérique, le Premier ministre a fait adopter une loi sur les start-ups pour "positionner le Sénégal comme un hub en Afrique de l'Ouest", exhortant les jeunes talents: "Nous sommes cette génération qui refuse de confier à d'autres nations la construction de son avenir numérique."
Le gouvernement Sonko a également marqué l'histoire en commémorant dignement le 80ᵉ anniversaire du massacre de Thiaroye 44. "Une graine est semée pour le passé d'une société, pour son présent mais surtout pour son futur," a déclaré le Premier ministre lors de cette journée mémorielle du 1ᵉr décembre 2024.
La révélation de l'état catastrophique des finances a constitué un autre temps fort. "Plus de 2.500 milliards ont été dépensés ces dernières années sous le sceau du secret défense," a dénoncé Sonko lors d'un face-à-face inédit avec la presse. Des irrégularités confirmées par le rapport de la Cour des Comptes publié en février 2025.
Sur la scène internationale, le Premier ministre a privilégié l'Afrique pour ses premières visites officielles, marquant ainsi sa vision panafricaniste. Au Mali, il a fermement dénoncé l'embargo imposé précédemment : "Sous notre régime, ces genres de pratiques ne pourront jamais prospérer et personne ne passera par le Sénégal pour déstabiliser un pays frère."
Après un an de gouvernance à un rythme soutenu, le Premier ministre reste déterminé malgré les défis : "Nous devons tous faire notre introspection et gérer les choses avec beaucoup plus de rigueur. Sous ces conditions, je peux vous assurer que tous ensemble, nous allons relever ce pays, parce que nous ne pouvons pas échouer."
LA NOUVELLE DOCTRINE DE TRUMP FRAPPE L'AFRIQUE DE PLEIN FOUET
Plusieurs pays africains se retrouvent piégés dans un arsenal de tarifs douaniers punitifs. Le Lesotho et Madagascar, avec des taux respectifs de 50% et 47%, figurent parmi les nations les plus lourdement taxées au monde
(SenePlus) - Donald Trump a instauré ce mercredi 2 avril 2025, un régime tarifaire fondamentalement nouveau, imposant un tarif de base de 10% sur toutes les marchandises importées aux États-Unis, quelle que soit leur provenance. Cette mesure de base est complétée par des "tarifs réciproques" plus élevés pour environ 60 pays que l'administration Trump considère comme traitant injustement les États-Unis.
Selon une clarification ultérieure de la Maison Blanche rapportée par le New York Times, les pourcentages présentés dans les tableaux incluent à la fois le tarif de base de 10% et le tarif réciproque additionnel. Par exemple, l'Union européenne fera face à un tarif total de 20%, composé du tarif de base de 10% plus un tarif réciproque de 10%. Pour la Chine, le tarif total de 34% comprend le tarif de base de 10% plus un tarif réciproque de 24%.
Ces tarifs réciproques, entrés en vigueur le 9 avril, sont calculés selon une formule spécifique : l'administration prend le taux tarifaire global qu'elle estime être appliqué par chaque pays (incluant les barrières non tarifaires comme la manipulation monétaire), puis applique la moitié de ce taux sur tous les produits importés de ce pays.
Seuls le Canada et le Mexique sont exemptés de ces nouvelles mesures pour le moment, bien qu'ils soient encore soumis à des tarifs antérieurs de 25%.
Le New York Times souligne que la majorité des nations visées par ces tarifs réciproques sont des économies pauvres et en développement. Le document de huit pages distribué aux journalistes par l'administration révèle que certaines des nations les plus pauvres du monde - comme le Soudan du Sud, le Burundi et la République centrafricaine - ainsi que des pays en pleine guerre, notamment le Soudan, figurent sur cette liste.
Dans ce nouveau contexte commercial, plusieurs pays africains se retrouvent particulièrement affectés:
Le Lesotho fait face à l'un des taux les plus élevés au monde avec un tarif réciproque de 50%, résultant de l'estimation par l'administration Trump que ce pays applique l'équivalent de 99% de tarifs et autres barrières commerciales contre les États-Unis.
Madagascar suit de près avec des tarifs américains de 47%, en réponse aux 93% de barrières estimées. Ces chiffres placent ces deux pays parmi les plus pénalisés globalement, aux côtés de Saint-Pierre-et-Miquelon (50%) et du Laos (48%).
D'autres pays africains font également face à des tarifs réciproques substantiels:
Myanmar (Birmanie): 44% en réponse à des barrières estimées à 88%
Sri Lanka: également 44% pour le même niveau de barrières
Mauritanie: 40% contre des barrières évaluées à 80%
Falkland Islands: 41% suite à une estimation de 82% de barrières
Syrie: 41% en réponse à 81% de barrières estimées
Iraq: 39% contre 78% de barrières
En revanche, de nombreux pays africains maintiennent des relations commerciales plus équilibrées avec les États-Unis et ne feront face qu'au tarif de base de 10%:
De nombreux petits États insulaires africains sont également dans cette catégorie
Comme le rapporte le New York Times, ces mesures tarifaires ont stupéfié de nombreux observateurs par leur ampleur. Bien que des tarifs élevés étaient attendus, le niveau annoncé dépasse les prévisions. Ces mesures vont probablement forcer certaines productions à revenir aux États-Unis, mais également augmenter les coûts pour les consommateurs et fabricants américains, tout en déclenchant des guerres commerciales sur de multiples fronts.
L'administration Trump a également présenté un plan permettant aux Américains de déduire les paiements d'intérêts sur les prêts automobiles de leurs impôts, mais uniquement si la voiture est fabriquée aux États-Unis. Cette mesure est présentée comme une compensation pour les prix plus élevés des automobiles résultant des tarifs, bien qu'il ne soit pas clair combien d'Américains pourront réellement bénéficier de cette déduction fiscale, de nombreux Américains à faible revenu ne payant déjà pas beaucoup d'impôts sur le revenu.
Cette nouvelle structure tarifaire risque d'exacerber les difficultés économiques de certains pays africains déjà fragiles. Les experts en commerce international soulignent que ces mesures pourraient entraver les efforts de diversification économique du continent et compromettre les tentatives d'amélioration des infrastructures commerciales.
Selon certains analystes, la méthode de calcul des "autres formes de tricherie" par l'administration Trump, notamment la manipulation monétaire et les autres barrières commerciales, est particulièrement problématique pour les économies africaines. Ces pays disposent souvent de moins de ressources pour contester ces évaluations dans les forums internationaux comme l'Organisation mondiale du commerce.
Les pays comme le Lesotho, dont l'économie dépend fortement des exportations textiles vers les États-Unis, pourraient être particulièrement vulnérables à ces nouvelles mesures. Madagascar, avec son secteur émergent d'exportation de vanille et d'autres produits agricoles, pourrait également voir ses perspectives de croissance considérablement réduites.
Il est particulièrement préoccupant, comme le souligne le New York Times, que des pays parmi les plus pauvres du monde ou en proie à des conflits armés figurent sur cette liste, ce qui pourrait aggraver des situations humanitaires déjà précaires.
OUSMANE SONKO, UN AN APRÈS
Le chef de Pastef fête son premier anniversaire à la primature en gardant la posture combative qui l'a propulsé au pouvoir. Portrait d'un Premier ministre clivant, entre accusations d'autoritarisme et dévotion quasi-religieuse de ses partisans
(SenePlus) - Cela fait tout juste un an qu'Ousmane Sonko occupe le poste de Premier ministre du Sénégal. Selon Jeune Afrique, qui dresse son portrait à l'occasion de cet anniversaire, l'ancien opposant n'a rien perdu de son intransigeance et continue de former "un duo efficace" avec le président Bassirou Diomaye Faye.
Le 24 mars 2024 restera gravé dans l'histoire politique du Sénégal. Ce soir-là, comme le rapporte Jeune Afrique, Ousmane Sonko découvre sur l'écran de son ordinateur que son protégé Bassirou Diomaye Faye vient d'être élu président de la République. "Bon. C'est plié", lâche-t-il simplement avant de l'appeler pour le féliciter.
Le magazine nous plonge dans l'atmosphère de cette soirée historique : "Rentré de Ziguinchor, où il a voté, Ousmane Sonko n'a pas encore rejoint le QG de la coalition 'Diomaye président', à l'hôtel Azalaï. C'est depuis son domicile de Keur Gorgui qu'il apprend la nouvelle." Malgré l'euphorie ambiante, l'ambiance est teintée d'une certaine gravité. Un proche confie au journal : "C'est difficile d'extérioriser cette joie. Comme lorsqu'on franchit la ligne d'arrivée après une longue course. Le bonheur de la victoire est atténué par la douleur et l'épuisement. Beaucoup de gens sont morts avant d'en arriver là."
Dix jours plus tard, Bassirou Diomaye Faye prend ses fonctions et nomme immédiatement Ousmane Sonko Premier ministre. "Ce sera la toute première décision du nouveau président, mais elle a été actée entre les deux hommes bien avant leur victoire", précise JA.
Un an après, le Premier ministre a imposé son style à la tête du gouvernement. D'après le magazine, "dans un pays autrefois marqué par l'hyper-présidentialisme, le chef des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité (Pastef) n'est pas venu faire de la figuration."
Son bureau situé "au neuvième étage du building administratif Mamadou Dia, situé en face du palais présidentiel", est toujours le dernier éclairé tard dans la nuit. Jeune Afrique décrit un chef de gouvernement qui centralise tous les dossiers : "Au sein du gouvernement, tout passe par lui. Tous les audits, lancés depuis avril 2024 arrivent sur son bureau. Idem pour les projets prioritaires des ministères, dont les budgets sont systématiquement réévalués à la primature par une task force dédiée."
Sonko a également imposé une politique de rigueur dans l'administration. "Dans les ministères et dans l'administration, le Premier ministre veut aussi une rationalisation des dépenses : véhicules, carburants, avantages...", rapporte le journal, qui cite l'un de ses conseillers : "On parle de rationalisation, mais à la primature, c'est l'austérité." Cette politique se traduit concrètement : "Ousmane Sonko n'hésite pas à annuler les déplacements de ministres lorsqu'il les juge superflus, et à limiter la taille des délégations à 3 ou 4 personnes."
Si le tandem Sonko-Diomaye continue de fonctionner harmonieusement, c'est grâce à une répartition des rôles bien établie. Selon Jeune Afrique, Ousmane Sonko est "omniprésent sur la scène nationale" et "de toutes les batailles", qu'il s'agisse de "fustiger la présence militaire française dans le pays" ou d'"accuser l'administration précédente d'avoir maquillé les comptes publics et dissimulé une dette de 7 milliards de dollars."
"D'une actualité à l'autre, c'est lui qui prend les coups et la lumière des projecteurs", observe le magazine, qui cite Ousmane Barro, conseiller spécial du président : "Jamais un Premier ministre n'a mis un président de la République aussi à l'aise."
Cette complémentarité n'empêche pas Ousmane Sonko de conserver son caractère bien trempé. Jeune Afrique rapporte que "là où ses adversaires et certains observateurs le disent 'têtu', 'immature', 'incapable d'écouter ses conseillers', ses proches décrivent un Premier ministre 'fonceur', voire 'bagarreur'." Il reste "tranchant" selon ses proches, "même avec nous !", précise un cadre du Pastef. Pour le conseiller du président, "il est comme ça, on ne va pas le changer", tandis qu'Ayib Daffé, président du groupe parlementaire Pastef, défend : "Ce n'est pas parce qu'il est devenu Premier ministre qu'il doit s'embourgeoiser ou diluer son discours."
Derrière cette première année marquée par les audits et la dénonciation de la gestion précédente, Ousmane Sonko doit désormais faire face à d'importants défis économiques. Dans ce contexte difficile, le magazine observe que "la multiplication des audits a rendu les investisseurs frileux et ralenti l'économie." Un constat partagé par l'opposition, notamment par le député Thierno Alassane Sall, qui déclare à Jeune Afrique : "Vu l'euphorie qui a suivi leur élection, ils auraient dû adopter ces mesures dès le début. Les Sénégalais auraient pu y adhérer. À présent, il est trop tard. Ils sont devenus otages de leur démagogie."
Mais comme le souligne Jeune Afrique, "accuser l'ancien chef de l'État ne suffit plus : il faudra désormais que le Premier ministre prouve aux Sénégalais que la souveraineté nationale et la transparence, dont il a fait la colonne vertébrale de son programme, peuvent leur permettre de vivre mieux."
Malgré ces défis, l'entourage du Premier ministre reste confiant. Ousmane Barro, conseiller du président, confie : "Il y a encore beaucoup d'audits en cours. Quand ce sera terminé, on aura une idée de l'ampleur du problème. Le Sénégal a créé des riches sans pour autant créer de la richesse. Nous voulons mettre fin à cette économie de rente et au banditisme d'État."
Et pour expliquer la popularité intacte d'Ousmane Sonko auprès de ses partisans, un proche livre à Jeune Afrique cette confidence révélatrice : "Les gens pensent qu'on est des fanatiques, parce qu'ils ne comprennent pas : il n'est pas un leader politique comme les autres. Ce qu'il fait, ce n'est pas pour le pays, c'est un acte de dévotion envers Dieu. C'est pour ça que ses partisans l'appellent Mou sell mi [le saint, en wolof]."
L'APR CONTRE-ATTAQUE AUPRÈS DU FMI
L'ancien parti au pouvoir a formellement saisi le Fonds pour contester ce qu'il qualifie "d'allégations mensongères" du gouvernement actuel concernant une prétendue dette cachée. Il n'exclut pas de poursuivre sa démarche jusqu'à Washington si nécessaire
Le Fonds monétaire international (Fmi) a accusé réception de la lettre de l’Alliance pour la République relative à la dette cachée dont fait cas le rapport de la Cour des comptes et contestée par le régime sortant. L’information est de Hamidou Anne, membre du Secrétariat exécutif national de l’Apr, qui renseigne que son parti est dans l’attente d’une réaction du Fmi au sujet d’une rencontre avec les responsables de l’institution financière pour démonter les arguments avancés par le régime actuel, avec des preuves à l’appui selon lui.
La lettre de l’Alliance pour la République (Apr) adressée au Fonds monétaire international (Fmi) relative à la dette cachée sous l’ancien régime a fait l’objet d’un accusé de réception de la part du Fmi. C’est Hamidou Anne de l’Apr qui donne l’information au sujet de cette lettre envoyée au Fmi pour «contredire» les allégations contenues dans le rapport de la Cour des comptes faisant état de «dette cachée». «Il y a eu d’abord des premiers contacts qui ont été très positifs et rassurants. Et puis la lettre a été bien envoyée et bien reçue par le Fonds monétaire international. Nous sommes en contact et nous sommes en attente d’une réponse définitive afin, avec nos experts économiques et techniciens, de nous rendre au bureau du Fonds monétaire international à Dakar avec 150 kg de documents et rapports divers à notre disposition pour tenir cette séance de travail avec des responsables du Fonds», a fait savoir, hier sur la Rfm, Hamidou Anne. Ce dernier revient sur le processus ayant trait à l’envoi de cette lettre au Fmi et les motivations qui expliquent la nécessité de l’adresser à l’institution financière.
«Nous avons, en toute responsabilité, saisi le Fmi, par lettre, le 26 mars dernier, pour présenter des débuts de preuves sur les allégations mensongères du gouvernement. Et nous avons sollicité une réunion de travail avec les responsables du Fonds à Dakar afin de présenter nos preuves factuelles qui contredisent les allégations du gouvernement», mentionne Hamidou Anne. Des documents publics comme aussi des documents confidentiels à l’attention du Fonds monétaire international figurent parmi ces données-là, selon M. Anne.
«Mais dans le cadre d’une séance de travail sereine, sérieuse et responsable», a-t-il précisé.
Le membre du Secrétariat exécutif national de l’Apr affirme que les responsables de l’Apr n’excluent pas d’aller à la rencontre des responsables du Fmi à l’étranger. «S’il le faut, nous ne nous arrêtons pas seulement au représentant résident du Fonds à Dakar. Nous sommes aussi disposés à organiser une mission à Washington pour rencontrer les dirigeants du Fonds», indique-t-il. Déjà, une liste de cette délégation devant se rendre à Washington est établie, si l’on suit les explications de Hamidou Anne. «Au-delà de la lettre, nous avons aussi envoyé aux responsables du Fonds, la liste de la délégation déjà disponible, avec un partage équitable et respectable des responsabilités afin d’organiser et tenir cette séance de travail là», a dit le responsable de l’Apr.
L’Alliance pour la République reste suspendue à la réponse du Fmi
«Le Fmi a accusé réception de la lettre de l’Alliance pour la République et de la liste de la délégation que nous avons soumise, et nous sommes en attente de la réponse définitive du Fonds pour tenir la séance de travail», souligne M. Anne, qui vient d’intégrer les instances de l’Apr. Il avait auparavant réagi par rapport à la polémique de la dette dite cachée par le précédent régime. Le néo-apériste réfute cette thèse et accable le Premier ministre Ousmane Sonko qui, selon lui, a «sciemment mis en danger la souveraineté nationale de par ses accusations grossières».
«Dans une entreprise constante visant à salir l’ancien régime et à nuire à la réputation du Sénégal, le gouvernement sort de son chapeau une nouvelle accusation ridicule de «dette cachée»», disait-il, avant de poser une question : «Comment peut-on cacher une dette de 7 milliards de dollars dont les créanciers existent, dont le remboursement est effectif et dont les montants sont traçables dans des comptes à la disposition de tous les corps de contrôle ?» «Dans cette polémique», le Fmi, «qui n’a aucun moyen de confirmer ou d’infirmer l’encours de la dette du Sénégal, ne valide rien et contribue à établir un constat en pointant «l’incompétence» des tenants du pouvoir en leur imputant «la responsabilité de la dégradation de la note du Sénégal». «Le Sénégal est désormais l’otage du Fmi, avec des conséquences sociales graves pour nos concitoyens, notamment les plus précaires. Avec l’abaissement de la note souveraine, la suppression annoncée des subventions et la cure d’austérité en cours, le Sénégal voit sa crédibilité et sa signature ruinées par des incompétents dont la seule volonté est de justifier leur immobilisme par une diffusion de la haine et du ressentiment vis-à-vis du président Macky Sall et son régime», releve t-il.
Intellectuel et écrivain, Hamidou Anne, qui vient de rejoindre tout dernièrement l’Apr, a animé des chroniques dans le journal Le quotidien, entre autres.
LE FRANC CFA BIENTÔT RELÉGUÉ AU PASSÉ ?
"Le Franc CFA n'est plus adapté à nos ambitions" : le Sénégal, par la voix d'Aminata Touré, annonce la fin programmée d'une monnaie controversée au profit de l'Eco, tandis que les préparatifs s'accélèrent au niveau régional
Un an après l'élection du président Bassirou Diomaye Faye, la question de la souveraineté monétaire s'impose comme un enjeu majeur au Sénégal et plus largement en Afrique de l'Ouest. Aminata Touré, haute représentante du chef de l'État et ancienne Première ministre sénégalaise, n'y est pas allée par quatre chemins lors d'un entretien accordé à Russia Today (RT) en français. « Le Franc CFA, de toute façon, ça va bientôt être, à mon avis, de l'histoire ancienne, parce que ce n'est plus adapté aux ambitions de nos économies », a-t-elle déclaré sans ambages.
Cette position s'inscrit dans une dynamique régionale plus large. Depuis plusieurs années, de nombreux dirigeants ouest-africains plaident pour une indépendance monétaire accrue, estimant que le Franc CFA, héritage de l'époque coloniale, constitue un frein à leur développement économique et à leur souveraineté politique.
Face à cette volonté de changement, l'alternative se dessine progressivement autour de l'Eco, projet de monnaie unique porté par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao). Le Sénégal figure parmi les soutiens actifs de cette initiative.
Aminata Touré a d'ailleurs réaffirmé la détermination du gouvernement sénégalais à voir cette monnaie se concrétiser rapidement : « C'est pour ça que la Cédéao réfléchit sur la question pour que, dans les meilleurs délais, cette monnaie qui s'appellerait l'éco verrait le jour ».
Le 12 novembre 2024 a marqué une étape significative dans ce processus, avec la tenue de la 3ème réunion du Comité de Haut Niveau pour le lancement de l'Eco. Abdoulaye Diop, président de la Commission de l'UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine), y a participé activement.
Cette rencontre virtuelle, présidée par Wale Edun, ministre de l'Économie et des Finances de la République Fédérale du Nigeria, a rassemblé plusieurs hauts responsables régionaux, dont Adama Coulibaly, ministre ivoirien des Finances et du Budget etpPrésident du Conseil des ministres de l'UEMOA.
Les membres du comité ont notamment échangé sur « les modalités pratiques de sélection des pays candidats à l'Union monétaire », point crucial pour déterminer quels États pourront intégrer ce nouveau système dès son lancement.
Ont également été abordés « le projet d'Acte additionnel relatif à la participation des États membres à l'Union monétaire, les coûts, les sources et les modalités de financement de la mise en œuvre des réformes et des institutions nécessaires au lancement de l'ECO ».
Ce Comité de Haut Niveau, mis en place en 2023 par les chefs d'État de la région, a précisément pour mission de « proposer les modalités pratiques pour le lancement de l'ECO ». Il réunit des acteurs clés du paysage économique ouest-africain : le président du Conseil des ministres de l'UEMOA, les ministres des Finances de Cap-Vert, du Ghana et du Nigeria, les présidents des Commissions de la CEDEAO et de l'UEMOA, ainsi que les gouverneurs de la BCEAO et des Banques Centrales de Cap-Vert, du Ghana et du Nigeria.
Si la volonté politique semble désormais affirmée, les défis restent nombreux. Le projet de l'Eco a déjà connu plusieurs reports. Initialement prévue pour 2020, son adoption a été repoussée à plusieurs reprises en raison de divergences économiques et politiques entre les pays membres de la Cédéao.
L'hétérogénéité des économies concernées, les différences de niveaux de développement et les intérêts parfois divergents constituent autant d'obstacles à surmonter pour aboutir à une monnaie commune viable.
Les conclusions des récents travaux du Comité de Haut Niveau seront présentées lors de la prochaine Conférence des chefs d'État et de gouvernement de la CEDEAO, où pourraient être prises des décisions déterminantes pour l'avenir monétaire de la région.
En attendant, les propos d'Aminata Touré résonnent comme un signal fort : pour le Sénégal, l'ère du Franc CFA touche à sa fin, et celle de l'autonomie monétaire se profile à l'horizon.
Par Chérif Salif SY
LE FMI À L’ÉPREUVE DES CRITIQUES
Les fausses notes du Fonds révèlent une culture de l'impunité. Ses projections erronées sur l'inflation au Sénégal et l'absence d'enquête sur les erreurs commises au Mozambique illustrent un système où les échecs ne génèrent ni corrections ni sanctions
Depuis sa création en 1944, le Fonds Monétaire International (FMI) a été un acteur central de la gouvernance économique mondiale, mais aussi la cible de critiques persistantes. Ces remises en cause, particulièrement vives depuis l’avènement des programmes d’ajustement structurel (PAS) dans les années 1980, interrogent sur sa légitimité, son efficacité et ses priorités géopolitiques. En Afrique, ces critiques se cristallisent autour d’un modèle d’ajustement perçu comme unilatéral, déconnecté des réalités locales et au service d’intérêts extérieurs.
Contrairement à une idée répandue, le fonds ne produit pas lui-même les statistiques nationales des États membres. Son travail consiste à analyser les données fournies par les gouvernements, à en évaluer la cohérence et à élaborer des projections dans le cadre de ses programmes de surveillance ou d’assistance financière ainsi que pour la publication de ses « perspectives annuelles ». Cette nuance, essentielle pour appréhender ses limites et ses responsabilités, invite à réexaminer les critiques récentes à son égard, notamment dans le cas du Sénégal, sous un angle plus équilibré.
1. Les ajustements structurels : un modèle uniforme aux conséquences dévastatrices Les programmes d’ajustement structurel (PAS), emblématiques du « consensus de Washington », ont imposé aux économies africaines un triple carcan : austérité budgétaire drastique, privatisations massives et libéralisation forcée des marchés. Conçues comme des remèdes universels aux déséquilibres macroéconomiques, ces mesures ont fréquemment aggravé les crises qu’elles prétendaient résoudre. La réduction abrupte des dépenses publiques, présentée comme un gage de rigueur, a précipité l’effondrement des services essentiels – santé et éducation en tête – tout en approfondissant la paupérisation de la société. Au Sénégal, dès les années 1980, les PAS ont engendré une contraction économique durable, avec sept années de croissance négative sur les seize années qui ont suivi l’accès à la souveraineté internationale. Loin de stimuler un développement inclusif, ces politiques ont enfermé les États dans un cycle de dépendance : entre 2019 et 2023, le Sénégal a vu sa dette publique bondir de 74 % à 99 % du PIB, selon le récent rapport de la cour des comptes, en partie à cause de décaissements du FMI conditionnés à des critères de performance mal évalués. Parallèlement, la suppression des subventions agricoles et l’ouverture précipitée aux importations ont sapé les bases productives locales. En Côte d’Ivoire et à Madagascar, les PAS ont accentué la spécialisation dans l’exportation de matières premières, fragilisant les industries naissantes et verrouillant les économies dans un rôle de pourvoyeurs de ressources brutes. 2. Une gouvernance asymétrique au service des puissances historiques Le système de quotes-parts, hérité des accords de Bretton Woods en 1944, institutionnalise la domination des économies occidentales : les ÉtatsUnis et l’Europe détiennent collectivement plus de 45 % des droits de vote au FMI, contre moins de 5 % pour l’ensemble de l’Afrique subsaharienne. Ce déséquilibre structurel se traduit par des pratiques discriminatoires. Alors que des pays comme la Grèce ont bénéficié de marges de manœuvre lors de la crise de la dette de 2010, les États africains se voient imposer des conditionnalités strictes, même face à des chocs exogènes majeurs tels que les pandémies ou les catastrophes climatiques. Cette asymétrie nourrit des conflits d’intérêts patents : lors de la crise financière asiatique de 1997, les plans de sauvetage du FMI ont priorisé le remboursement des créanciers occidentaux, sauvant des banques étrangères au détriment des populations locales, précipitant des récessions profondes et des émeutes sociales. Par ailleurs, l’opacité des négociations entre le FMI et les gouvernements africains, souvent conduites sans consultation des parlements nationaux ni de la société civile, alimente un sentiment d’ingérence économique. Ce déficit démocratique, couplé à une concentration du pouvoir décisionnel entre les mains des pays riches, perpétue un néocolonialisme financier où les intérêts des créanciers priment sur les besoins des populations. 3.Un héritage social délétère et l’étouffement des alternatives Les programmes d’ajustement structurel (PAS) ont systématiquement alimenté une spirale d’inégalités et d’affaiblissement démocratique, comme en attestent plusieurs décennies d’expériences continentales. Au Sénégal, les coupes budgétaires imposées entre les années 1980 et 1990 ont drastiquement réduit l’accès aux services de santé et d’éducation, creusant un fossé socioéconomique entre zones urbaines et rurales (un apartheid silencieux sanctionné par les conditionnalités du FMI). Ces mesures d’austérité ont égale ment servi de catalyseur à des crises politiques aiguës : en Jamaïque, durant les années 2010, l’application rigide des PAS s’est traduite par une augmentation de 20 % du taux de pauvreté, provoquant des mobilisations sociales historiques contre le pouvoir en place. Parallèlement, le FMI a ignoré les modèles de développement alternatifs, pourtant éprouvés en Asie de l’Est, où l’interventionnisme étatique et une libéralisation progressive ont permis une croissance inclusive. Ces approches, jugées incompatibles avec l’orthodoxie néolibérale, ont été écartées au profit de réformes standardisées, privant les économies africaines de trajectoires adaptées à leurs réalités locales. 4. Des erreurs stratégiques récurrentes et une culture de l’impunité Le FMI cumule les critiques pour son incapacité persistante à anticiper les crises et à adapter ses prescriptions aux réalités complexes. Son aveuglement analytique historique, illustré par l’impréparation face à la crise des subprimes (2008) et à la débâcle asiatique (1997), découle d’une sous-évaluation systématique des risques liés à la financiarisation des économies (une lacune méthodologique dénoncée par des experts internes et externes). Les projections erronées, comme celles concernant l’inflation au Sénégal (-13,4 % prévu en 2025 contre 0,8 % réel fin 2024), révèlent des déficiences chroniques dans le traitement des données, malgré des alertes répétées sur leur fiabilité. Ces approximations s’inscrivent dans un cadre plus large d’irresponsabilité institutionnelle : le FMI ne rend aucun compte des impacts socio-économiques de ses programmes, comme en témoigne l’absence d’enquête approfondie sur les erreurs commises au Mozambique en 2016, où 10 % du PIB en « dette cachée » avaient été ignorés. Cette impunité systémique, protégée par son statut juridique, perpétue un cercle vicieux où les échecs ne génèrent ni corrections ni sanctions, fragilisant davantage les pays déjà vulnérables. 5 - Une légitimité érodée et des réformes en demi-teinte Malgré les critiques persistantes, les réformes engagées par le FMI peinent à restaurer sa crédibilité, tant elles évitent les remises en cause structurelles. La démocratisation limitée de sa gouvernance en est l’illustration : la révision des quotes-parts en 2010 n’a pas corrigé la surreprésentation des économies occidentales, qui conservent un monopole sur la direction générale, marginalisant l’Asie et l’Afrique malgré leur poids économique croissant
La persistance de l’austérité comme réponse universelle souligne cette inertie : après la pandémie de Covid-19, le FMI continue d’exiger des excédents budgétaires drastiques, à l’image du projet controversé visant à imposer au Sénégal un surplus primaire de 4 % du PIB en 2024 (un objectif inatteignable pour un pays déjà étranglé par une dette représentant 99 % de son PIB).
Enfin, les alternatives progressistes portées par la société civile, telles que la taxation des transactions financières ou l’annulation des dettes illégitimes, sont systématiquement écartées au profit d’une orthodoxie néolibérale. Ce refus d’innover, malgré l’urgence climatique et sociale, confirme l’emprise des logiques de marché sur l’institution, au détriment d’un multilatéralisme réellement inclusif.
“Si les critiques structurelles à l’égard du FMI – gouvernance archaïque, austérité dogmatique, responsabilité éludée – restent pleinement légitimes, elles ne sauraient occulter la co-responsabilité des élites africaines dans l’échec des réformes. Des exceptions notables, comme le Botswana des années 1990 ou le Rwanda post-2000, démontrent que des États visionnaires peuvent négocier avec le FMI des ajustements socialement inclusifs, combinant rigueur budgétaire et investissements prioritaires dans l’éducation ou la santé. À l’inverse, dans des contextes marqués par la prédation des ressources (Angola, Congo Brazzaville), les PAS ont souvent servi de caution à des politiques clientélistes, soulignant combien l’absence de volonté politique locale peut pervertir même les outils techniques les mieux conçus. Ainsi, l’émancipation économique de l’Afrique exige une double exigence : une réforme radicale du FMI pour rompre avec le néolibéralisme autoritaire, et une refondation des pactes sociaux nationaux, où les dirigeants assumeraient enfin leur devoir de reddition envers les peuples plutôt qu’envers les créanciers.
SOURCES ET RÉFÉRENCES
Remarque : Certains documents internes du FMI cités (exemple : certains rapports sur le Mozambique ou le Sénégal) ne sont pas accessibles au public, mais ont été évoqués dans des audits nationaux ou des travaux de chercheurs affiliés à l’institution. Les analyses critiques s’appuient sur des études universitaires et des rapports d’ONG reconnus pour leur expertise sur les politiques publiques africaines.
1. Banque mondiale (1981). Rapport sur les ajustements structurels en Afrique subsaharienne. Document de travail sur les impacts socio-économiques des PAS.
2. FMI (2016). Évaluation ex post du programme mozambicain : le cas de la dette cachée. Rapport interne non publié, mentionné dans les audits publics de 2017.
3. Sylla, N. S. & Doyle, P. (2024). Erreurs de projection et opacité : le cas du Sénégal. International Development Economics Associates (IDEAs).
4. Stiglitz, J. (2002). La Grande Désillusion. Fayard. Analyse critique des conditionnalités du FMI et de la Banque mondiale.
5. Cour des comptes sénégalaise (2024). Audit des comptes publics 2019-2023. Rapport officiel commandité par le gouvernement sénégalais.
6. Oxfam International (2020). L’austérité, un choix politique : impacts des PAS sur les services publics en Afrique. Rapport sur les coupes budgétaires en santé et éducation.
7. Nkrumah, K. (1965). Le Néocolonialisme, dernier stade de l’impérialisme. Réflexions prémonitoires sur la dépendance économique postcoloniale.
8. Nations Unies (2021). Rapport sur la dette insoutenable en Afrique. Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED).
9. Mkandawire, T. (2005). “Maladjusted African Economies and Globalization”. African Development Review. Critique des politiques d’ajustement et alternatives.
10. FMI (2010). Réforme des quotes-parts : enjeux et limites. Document de réflexion sur la gouvernance institutionnelle.
11. Hussain, I. (1999). La Crise asiatique de 1997 : échecs et leçons pour le FMI. Brookings Institution.
12 Guttal, S. (2007). “La Mondialisation des inégalités”. Focus on the Global South. Analyse des impacts des prêts conditionnés.
13. Ghana Statistical Service (1995). Effondrement des subventions agricoles postPAS. Étude de cas sur la désindustrialisation.
14. Transparency International (2018). Corruption et opacité dans la certification des dettes publiques. Rapport annuel sur l’Afrique de l’Ouest.
15. Pigeaud, F. & Sylla, N. S. (2018). L’arme invisible de la Françafrique. La Découverte. Décryptage des liens entre politiques françaises et conditionnalités du FMI.
16. CNUCED (2023). Pour un New Deal financier africain. Plaidoyer pour l’annulation des dettes illégitimes.
17. FMI (2023). Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne. Données sur la croissance post-Covid et l’endettement.
18. Médicins Sans Frontières (1990). Impact des PAS sur les systèmes de santé en Côte d’Ivoire. Témoignages et données sanitaires.
19. Rodrik, D. (2006). “Goodbye Washington Consensus, Hello Washington Confusion?”. Harvard University. Critique des modèles économiques uniformisés.
20. African Union (2022). Stratégie de développement alternatif pour l’Afrique. Proposition de mécanismes régionaux d’ajustement.