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4 avril 2025
Economie
DAKAR FACE À LA COLÈRE DU FMI
Après la confirmation de la dette cachée, le Sénégal s'expose à des sanctions sévères du Fonds, de la suspension d'aide à l'imposition de réformes structurelles. Un précédent qui rappelle le cas mozambicain, privé d'aide pendant huit ans
(SenePlus) - Le Fonds Monétaire International (FMI) a confirmé lundi 24 mars 2025 l'existence d'une dette cachée de 7 milliards de dollars au Sénégal, accumulée entre 2019 et 2024 sous la présidence de Macky Sall, corroborant ainsi les révélations de la Cour des Comptes de février 2025. Face à cette situation, le pays pourrait subir diverses sanctions de la part du FMI, qui dispose d'un mécanisme gradué pour punir les États dissimulant leur endettement réel.
"Le Fonds Monétaire International doit s'assurer qu'un pays a les garanties suffisantes pour rembourser ses traites à l'échéance, ce qui permet à l'institution financière de mettre de nouvelles ressources à la disposition d'autres États. C'est pourquoi une série de sanctions est prévue en cas de fausses déclarations", précise RFI.
L'histoire récente offre deux exemples africains révélateurs de la réponse du FMI à de telles situations.
En 2016, le Mozambique a vu sa "dette cachée de 2 milliards de dollars" dévoilée, constituée de "prêts secrets accordés à des entreprises publiques par des banques privées et dont un demi-milliard de dollars est détourné", selon RFI. La réaction du FMI fut immédiate : l'institution "suspend son aide budgétaire aux autorités de Maputo. Les versements n'ont repris qu'en 2024", soit après huit années de suspension.
Plus proche géographiquement du Sénégal, "au Congo-Brazzaville, une dette cachée de quelque 3 milliards de dollars est mise au jour mi-2017", indique RFI. Cette dette était composée de "pré-financements – et de pots de vins – accordés par des négociants en échange de livraisons de pétrole".
La réponse du FMI fut différente mais tout aussi contraignante : "En avril 2018, après des négociations avec le gouvernement de Denis Sassou-Nguesso, conseillé dans ces négociations par Dominique Strauss-Kahn et Mathieu Pigasse, le FMI conditionne son aide à une série de réformes pour plus de transparence dans la gestion des ressources publiques et pétrolières congolaises", explique RFI.
Le cas sénégalais, avec une dette cachée de 7 milliards de dollars, dépasse en ampleur ceux du Mozambique et du Congo-Brazzaville. Selon les informations de RFI, le pays pourrait donc s'attendre à des sanctions sévères, allant d'une suspension temporaire ou prolongée de l'aide budgétaire à l'imposition de réformes structurelles profondes.
L'inquiétude persiste quant à la capacité du Sénégal à se conformer aux exigences qui seraient imposées. Comme le souligne RFI concernant le Congo-Brazzaville, "la poursuite de ces réformes et la volatilité des cours du brut restent une source d'inquiétude exprimée l'an dernier par l'institution financière".
Pour le Sénégal, dont l'économie comprend désormais une composante pétrolière et gazière en développement, les répercussions pourraient être particulièrement significatives, tant sur les finances publiques que sur la crédibilité internationale du pays.
PAR Ndongo Samba Sylla et Peter Doyle
LE FMI DOIT D'ABORD FAIRE LE MÉNAGE EN SON SEIN
EXCLUSIF SENEPLUS - S'agit-il de ne pas examiner les chiffres de près, de peur que des transactions n'apparaissent publiquement, ce qui aurait pu nuire à l'avenir politique du meilleur ami de la France au Sénégal, Macky Sall ?
Ndongo Samba Sylla et Peter Doyle |
Publication 26/03/2025
Dans sa publication mondiale phare – Perspectives de l’Économie mondiale - publiée en octobre 2024, le FMI prévoyait que l'inflation sur 12 mois au Sénégal en décembre 2025 serait de -13,4 % et de 41,9 % pour l’année d’après. Ces prévisions n'étaient pas fondées. En effet, l'inflation sur 12 mois au Sénégal en décembre 2024 était de 0,8 %, ce qui confirme, si besoin était, que les prévisions du FMI étaient erronées.
Nous avions indiqué à l'époque que cet épisode reflétait une défaillance majeure de contrôle de qualité du FMI concernant ses propres travaux de base. Cependant, nous notions que le problème essentiel n'était pas sa mauvaise compréhension évidente de l'inflation. Nous soulignions plutôt que cette erreur sur une variable macroéconomique aussi centrale n'était que « la partie émergée de l'iceberg ».
En effet, si le FMI s’est fourvoyé à ce point sur un indicateur macroéconomique de base tel que l'inflation sur un horizon aussi court, quelles assurances pourrions-nous avoir qu’il ne s’est pas trompé sur les autres et plus lourdement ?
Un récent audit public des finances publiques de 2019 à mars 2024 nous apprend que la dette publique du Sénégal à la fin de 2023 s'élevait à 18 558 milliards de francs CFA, soit 99 % du PIB officiel, et non 74 % du PIB comme indiqué précédemment.
Une partie de cette dette élevée est due au FMI lui-même uniquement en raison des décaissements liés à son programme avec le Sénégal qui n'auraient pas dû être effectués parce que, sur la base de données correctes, les critères de performance du programme avaient été largement enfreints.
Il ne s'agit pas ici, comme l'a récemment suggéré le chef de la mission du FMI, de « déclarations erronées » de la part du gouvernement sénégalais de l'époque.
Il s'agit plutôt de savoir comment les services du FMI ont pu perdre de vue plus de 20 % du PIB au cours d'un programme intensif avec ce gouvernement, et ainsi mal mesurer les critères de performance.
Le plus gros dans l’affaire est que le FMI n’a pas seulement perdu de vue plus de 20 % du PIB. Il a dû aussi à plusieurs reprises, mission après mission, pendant cinq ans, perdre toute trace de ces sommes à quatre endroits : dans la balance des paiements, dans l'enquête monétaire, dans les comptes nationaux et, bien sûr, dans les comptes publics.
Le fait que le FMI n'ait pas détecté ce problème en temps réel constitue donc un manquement majeur à son obligation de diligence. En effet, à chaque revue de programme avec le Sénégal, les services du FMI étaient tenus de déclarer à tous les actionnaires du FMI, y compris au peuple sénégalais, que les données reflétaient fidèlement les actions du gouvernement de Macky Sall.
Autrement, nous devons nous demander : s'agit-il simplement d'un « manque » de diligence raisonnable de la part du FMI, d'autant plus que le FMI a ignoré les avertissements de l'opposition sénégalaise concernant les fausses déclarations dès 2018 ? Peut-être s'agit-il plutôt d'une décision délibérée de ne pas examiner les chiffres de trop près, de peur que des transactions n'apparaissent dans le domaine public, ce qui aurait pu nuire à l’avenir politique du meilleur ami de la France au Sénégal, M. Macky Sall ?
Quoi qu'il en soit, le chef de la mission du FMI note que le FMI pourra agir « rapidement » pour résoudre les difficultés du Sénégal, dès que les sources des déclarations erronées auront été identifiées.
Tout sauf ça, serions-nous tentés de dire !
En fait, le même problème s'est posé en 2016 au Mozambique lorsqu'il est apparu que la dette publique, en proportion du PIB, était 10 % plus élevée que ce qui avait été confirmé précédemment par le FMI, dans le contexte d'un boom des actifs carbone. De toute évidence, le FMI aurait dû examiner comment il avait pu perdre de vue 10 % du PIB dans les données du Mozambique afin d'éviter qu'une telle situation ne se reproduise. Mais il est rapidement passé à autre chose.
Cette « rapidité du FMI », il est maintenant clair, s'est faite aux dépens du Sénégal.
Ainsi, si, dans la précipitation, le FMI propose maintenant que le Sénégal stabilise son imposante dette publique en s'engageant à atteindre des objectifs élevés d'excédent primaire dans son budget - peut-être 4 % du PIB - un tel conseil n'aurait absolument aucun fondement, tout comme ses projections d'inflation pour décembre 2025 et 2026, et tout comme toutes ses assurances antérieures au fil des ans que les données macroéconomiques pour le Sénégal étaient saines.
Non, le FMI ne devrait pas conseiller ou agir à la hâte. Il devrait d'abord faire le ménage en son sein.
*Ndongo Samba Sylla est économiste sénégalais, Directeur de Recherche à l’International Development Economics Associates (IDEAs).
*Peter Doyle est économiste américain, ancien cadre du FMI et de la Banque d’Angleterre.
LE SÉNÉGAL LÈVE L’INTERDICTION D’EXPORTATION DES GRAINES D’ARACHIDE
Cette décision, qui s’appliquera du 25 mars au 15 juin 2025, intervient après une campagne de collecte jugée "satisfaisante". Toutefois, elle reste encadrée par des conditions strictes afin de préserver l’approvisionnement des huileries locales.
Le gouvernement sénégalais a décidé d’autoriser temporairement l’exportation des graines d’arachide, après une interdiction en vigueur depuis octobre 2024. Cette décision, annoncée par le ministère de l’Agriculture, fait suite à une campagne de collecte jugée satisfaisante, garantissant un approvisionnement suffisant pour les huileries et les semences locales.
La levée de l’interdiction prendra effet du 25 mars au 15 juin 2025, mais ne concernera pas les graines destinées à la semence. Le gouvernement a cependant fixé plusieurs conditions pour encadrer cette réouverture du marché. Les exportations devront respecter les normes de qualité établies par la Direction de la Protection des Végétaux et s’inscrire dans le cadre réglementaire défini par les autorités. Le prix plancher imposé devra être scrupuleusement respecté, et les devises issues des transactions devront être rapatriées conformément aux règles en vigueur. Par ailleurs, chaque expédition devra être justifiée et accompagnée d’un certificat phytosanitaire, exigé avant toute opération.
L’interdiction, instaurée par la circulaire n°01548 du 29 octobre 2024, avait pour objectif d’organiser efficacement la campagne agricole 2024-2025 et de sécuriser l’approvisionnement des industries locales. Selon le ministère de l’Agriculture, cette mesure a permis d’atteindre des résultats satisfaisants en matière de collecte, notamment pour la Société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal (Sonacos), justifiant ainsi un assouplissement des restrictions.
En encadrant strictement cette reprise des exportations, l’État cherche à concilier les intérêts des producteurs, des transformateurs locaux et des exportateurs, tout en préservant la stabilité du secteur arachidier.
ILS VALIDERONT LEUR NOUVELLE APPROCHE COLLABORATIVE DANS LES MEILLEURS DELAIS
La normalisation des relations entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) ne devrait pas tarder, estime l’économiste et enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Mor Gassama.
La normalisation des relations entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) ne devrait pas tarder, estime l’économiste et enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Mor Gassama.
Selon lui, ces deux partenaires poursuivent leurs efforts pour parvenir à un consensus sur la situation économique du pays et ses perspectives. Il considère cette démarche comme un « passage obligé pour rétablir la confiance, après les erreurs de communication économique du précédent gouvernement, notamment sur le niveau d'endettement et le déficit budgétaire ».
Il souligne également l’impact de la « dette cachée, estimée à 7 milliards de dollars, soit environ 4 000 milliards de francs CFA, ainsi que des exonérations fiscales représentant entre 6 et 7 % du PIB, jugées obsolètes ou inappropriées ». Pour M. Gassama, « la conjoncture économique actuelle du Sénégal complique les négociations. Les autorités doivent non seulement centraliser la dette – qui reste soutenable – mais aussi mettre en place des mesures correctives ».
L’économiste demeure toutefois optimiste quant à l'issue des discussions et estime que les deux parties finiront par valider leur nouvelle approche collaborative dans les meilleurs délais. Il souligne que l'engagement des nouvelles autorités en faveur de la transparence renforce la crédibilité du Sénégal en tant que partenaire fiable, justifiant ainsi une assistance technique et financière accrue du FMI.
Enfin, il insiste sur le fait que ce partenariat renouvelé devra être fondé sur une confiance mutuelle, particulièrement après la publication du rapport d’audit de la Cour des comptes et la mise en lumière de l’ampleur des irrégularités financières sous le régime précédent.
ENTRE AJUSTEMENT ET TRANSITION !
Le régime en place entend, vaille que vaille, redéfinir ses relations avec l’institution de Bretton Woods afin de gagner en autonomie. En conséquence, cette nouvelle approche collaborative pourrait nécessiter un temps d’ajustement avant de se concrétiser
Le point d’achoppement des tensions latentes entre les nouvelles autorités sénégalaises et le Fonds Monétaire International (FMI) semble résider dans la dépendance aux financements extérieurs, qui limite fortement les perspectives de souveraineté économique du Sénégal. Le régime en place entend, vaille que vaille, redéfinir ses relations avec l’institution de Bretton Woods afin de gagner en autonomie. En conséquence, cette nouvelle approche collaborative entre les parties prenantes pourrait nécessiter un temps d’ajustement avant de se concrétiser
L e partenariat entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) remonte aux années 1970, période durant laquelle le pays a commencé à bénéficier de programmes d’ajustement structurel destinés à pallier ses difficultés économiques. Depuis lors, la coopération entre les deux entités a été marquée par une succession de réformes économiques visant à stabiliser la dette, stimuler la croissance et améliorer la gestion des finances publiques. Cette relation a constamment oscillé entre soutien financier et contraintes structurelles. D’une part, le FMI a contribué à la stabilisation macroéconomique et à la croissance du Sénégal, facilitant par ailleurs l’allégement de la dette et un soutien financier régulier. D’autre part, les conditions strictes assorties à ces prêts ont souvent engendré des tensions économiques et sociales, tout en maintenant une dépendance excessive aux financements extérieurs, freinant ainsi l’émergence d’une pleine souveraineté économique.
Sous le magistère du Président Bassirou Diomaye Faye, redéfinir les relations avec le FMI s’avère une priorité stratégique en vue de concrétiser un projet de souveraineté économique et sociale, décliné dans la vision Sénégal 2050, tout en gérant avec discernement les risques inhérents à une telle transition. En effet, le Chef de l’État et son Premier ministre affichent un objectif clair : réduire la dépendance au FMI et mieux gouverner les ressources naturelles du pays afin de le sortir du cycle de vulnérabilité économique dans lequel il est plongé depuis plus de soixante ans. Toutefois, pour y parvenir, le FMI pose des exigences préalables, parmi lesquelles plusieurs défis majeurs à relever pour assurer la stabilité financière.
Cette volonté de souveraineté économique, bien que légitime, se heurte aux impératifs budgétaires à court terme. Comme l’a souligné le Président Bassirou Diomaye Faye dans son discours du 31 décembre 2024, les marges de manœuvre budgétaires sont étroites, rendant ardue l’application immédiate de certaines réformes ambitieuses. Parmi les mesures envisagées figurent : la réduction de l’endettement sans compromettre les investissements nécessaires au développement ; l’optimisation des dépenses publiques et l’amélioration de la transparence budgétaire ; l’augmentation des recettes fiscales par une meilleure collecte des impôts et taxes ; la rationalisation des emprunts afin d’assurer leur efficience ; la réduction progressive des subventions à l’énergie, dont le coût oscille entre 4 % et 5 % du Produit Intérieur Brut (PIB). Cependant, l’application stricte de ces recommandations pourrait affecter les services publics et l’économie nationale. C’est pourquoi la nouvelle administration s’emploie à trouver un équilibre entre indépendance économique et maintien de la confiance des partenaires financiers. L’enjeu réside dans la capacité du gouvernement à amorcer une transition en douceur, afin de ne pas compromettre l’attractivité du Sénégal aux yeux des investisseurs tout en préservant sa marge de manœuvre budgétaire.
Ainsi, si la nouvelle approche collaborative entre le Sénégal et le FMI se veut ambitieuse et porteuse d’une vision souveraine, sa mise en œuvre nécessitera une gestion rigoureuse et des négociations stratégiques afin d’assurer une transition équilibrée entre rupture et continuité. L’avenir des relations entre le Sénégal et le FMI dépendra donc de la capacité des nouvelles autorités à concilier aspirations nationales et exigences des institutions financières internationales.
ABDOURAHMANE SARR ÉVACUE LA POLÉMIQUE SUR LA DETTE
Le ministre de l'Économie estime que la controverse sur la sous-estimation des déficits et de l’endettement du Sénégal appartient au passé. Il affirme que le pays s’engage désormais dans la transparence et la bonne gouvernance.
La question de la sous-estimation des déficits du Sénégal et de son endettement est actée, et maintenant, dépassée selon le ministre de l’Economie, Abdourahmane Sarr. Il a réagi mardi, sur X après l’annonce de la dette cachée du pays, faite par les médias français.
« Le Sénégal est un grand pays, non seulement démocratique, mais qui s’est résolument engagé dans la transparence et la bonne gouvernance avec un nouveau leadership politique. La question de la sous-estimation de nos déficits et de notre endettement est actée, et maintenant derrière nous, avec un Sénégal déterminé à honorer tous ses engagements, et à maintenir une dette non seulement soutenable mais dans une trajectoire descendante », a écrit le ministre en charge de l’Economie.
Face à cette situation, Abdourahmane Sarr affirme qu’il ne reste à présent qu’à gérer l’avenir dans la vérité avec les populations et tous leurs partenaires, et dans la responsabilité pour donner corps à l’aspiration à un Sénégal souverain « juste et prospère ».
PAPE MALICK NDOUR DÉNONCE UNE MANIPULATION SUR LA MASSE SALARIALE DE L’ÉTAT
L’ancien ministre met en garde contre une « manipulation comptable » visant à sous-évaluer artificiellement ces dépenses. Il pointe notamment le reclassement de certaines charges sous d'autres rubriques budgétaires.
Dans les prochains jours, le public pourrait être confronté à des annonces sur une prétendue « économie extraordinaire » réalisée sur la masse salariale de la fonction publique. Une présentation que Pape Malick Ndour qualifie de « manipulation pure et simple ».
L’ancien ministre met en garde contre une opération comptable visant à sous-évaluer artificiellement la masse salariale de l’État. Selon lui, depuis le 14 janvier 2025, les lignes budgétaires 666 et 667 – correspondant respectivement aux prestations familiales et à la prise en charge médicale des fonctionnaires – ne sont plus intégrées à la masse salariale, comme c’était le cas sous le régime de Macky Sall. Elles ont été reclassées sous les transferts, entraînant mécaniquement une baisse apparente des dépenses de personnel, mais sans véritable réduction des charges pour l’État.
« Cette manœuvre comptable servira à manipuler l’opinion en donnant une image trompeuse des économies réalisées », alerte-t-il, précisant qu’il préfère prévenir dès maintenant. Il annonce également qu’un extrait de l’exposé des motifs du décret 2025-89, pris le 14 janvier 2025, sera mis à disposition pour étayer ses propos.
Polémique autour du FMI : un appel à la prudence
Concernant les récentes polémiques sur le Fonds monétaire international (FMI), Pape Malick Ndour rappelle que l’institution publie systématiquement un communiqué officiel à la fin de chaque mission au Sénégal. Il promet de livrer son appréciation après la publication de ce document, mettant en garde contre toute tentative de manipulation à travers certains médias.
Il insiste sur le fait que l’interview relayée par Reuters ne mentionne à aucun moment une validation officielle des chiffres par le chef de mission du FMI. « Refusez d’être manipulés par une partie de la presse qui se fait l’écho d’informations biaisées », conclut-il.
SECTEUR RIZICOLE, UNE PROGRESSION FREINÉE PAR LES IMPORTATIONS
L’instabilité des impôts sur le riz importé pourrait influencer les prix et la consommation locale, soulevant des enjeux pour l’autosuffisance alimentaire.
Au Sénégal, ces dernières décennies la production du riz a plus doublé avec une tendance baissière notée des importations en 2023. Les données 2023 publiées par l’agence nationale de la statistique et de la démographie révèlent la participation active de la production du riz dans l’économie du pays. Toutefois, l’instabilité des impôts sur le riz importé pourrait affecter les prix et la consommation locale.
Le secteur rizicole a connu une évolution fulgurante entre 2014 et 2023 au Sénégal. Il s’agit de la production de riz décortiqué, les importations et les impôts sur les importations de riz. Les récentes données de 2023 de l’agence nationale de la statistique et de la démographie, la production nationale de riz a atteint 268 124 millions de FCFA par rapport à 2014 qui était de 116 499 millions de FCFA.
Cette croissance représente une augmentation de 130% en dix ans. Ainsi, une forte progression est observée entre 2019 et 2022 avec un bond de 210.766 à 238.953 millions de FCFA. Cette remonte marque la résultante des efforts du gouvernement pour accroître la production locale à travers des politiques agricole et des investissement de l’irrigation.
Cependant, les importations de riz restent très élevées contrairement à la production. En 2023, les importations au Sénégal sont de 301.996 millions de FCFA alors qu’en 2014, elle était de 205.679 millions de FCFA. Un pic est d’ailleurs observé en 2022 qui atteint 346.788 millions de FCFA.
Malgré l’augmentation de cette production locale, la dépendance aux importations reste toujours élevée. 2022 reste une année record avec une hausse due à des facteurs externes tels que les crises mondiales notamment la hausse des prix du riz, les problèmes logistiques entre autres aspects. Mais la baisse constatée en 2023 est, selon l’Ansd, les bonnes politiques du gouvernement du Sénégal sur la réduction de la dépendance des importations.
En 2022, la hausse des impôts a favorisé la production locale avec une volonté manifeste du Sénégal de taxer les importations qui étaient à 35 160 millions FCFA. Même si la chute de 24.400 millions CFCA pourrait être liée à une politique d’allègement fiscal pour faire face à la hausse des prix du riz importé.
Pour atteindre cette politique d’autosuffisance alimentaire notamment en riz, le Sénégal devrait poursuivre les investissement dans l’irrigation et la mécanisation afin d’encourager la consommation du riz local tout en améliorant sa qualité et sa compétitive. Pour stabiliser l’économie du riz au Sénégal, il faut nécessairement réduire de manière progressive la dépendance des importations.
par Moustapha Dieye
DANS LE BROUILLARD AMNISTIANT
Dans ce pays où chaque alternance efface la mémoire, Pastef tente de naviguer entre promesses de vérité et zigzags juridiques. Abrogation ? Interprétation ? Le nouveau pouvoir cherche sa voie pendant que les familles des victimes attendent justice
À Ndoumbélane, l’histoire n’a pas de mémoire, elle a des archives que les vainqueurs réécrivent à chaque alternance. Dans le pays de Laay Njomboor où les promesses de campagne n’engagent que ceux qui y croient, les besoins en lumière des esprits finissent souvent dans l’obscurité des tiroirs sélectifs de la loi. Pastef, nouveau propriétaire du volant républicain, semble vouloir conjurer cette fatalité et conduire le pays vers la vérité des « crimes de sang ». Mais entre les zigzags d’abrogation, les demi-clignotants de la loi interprétative, et les freinages en urgence de la cohérence, on se demande s’il ne faudrait pas appeler un garagiste constitutionnel pour éviter une panne générale des esprits. En attendant, les familles pleurent, les morts se taisent, et les vivants… tergiversent.
Du tarxiis sémantique pour élucider des "crimes de sang"
La législature Pastef semble tenir à une promesse de campagne majeure : faire toute la lumière sur les crimes dits de sang perpétrés sur le ndoumbélanien. Même si l'ambition est claire, les moyens de sa réalisation n'ont pas fini de faire sourire à cause d'un tarxiis (glissement) sémantique digne d'un babillage de nourrisson. On est passé d'une volonté d'abrogation totale à un proposition de loi interprétative supplément amendement, en passant par une volonté d'abrogation partielle. Rien que ça ! C'est cocasse, mais il ne serait pas vraiment sérieux de s'y attarder au regard du drame convoqué par le sujet, n'est-ce pas ? Parlons-en. Des Sénégalais sont abattus comme des cailles pendant une partie de chasse. D'autres sont persécutés, maltraités et torturés. Personne n'y aurait cru s'il n'y avait un travail de documentation amateur et professionnel des évènements qui ont secoué Ndoumbélane entre 2021 et 2024. Comme pour narguer l'opinion, le Watchacha évoque le besoin de stabiliser le climat social et sortit de sa manche une loi pour oublier. La législature Benno, pour enfoncer le glaive dans la plaie déjà béante, vota ladite loi. C'était aussi bête et grave que cela. Ils n'imaginaient peut-être pas qu'Amadou Njamala, le député trop riche pour être honnête, allait essuyer un revers d'anthologie devant le duo Koromak mooy Ngundu à la présidentielle de 2024, malgré le soutien controversé de son patron, le Watchacha.
Pas de sang, pas de responsabilité
Amadou Ba, le député connaît tout de Pastef, est en train de faire le tour des plateaux pour "éclairer" l'opinion sur le tarxiis sémantique. À demi-mot et avec une curieuse légèreté, il a taillé une sorte d'irresponsabilité aux manifestants au motif que cela se passe ainsi ailleurs et que ces derniers n'ont jamais été inquiétés après les évènements de 2011. Ce qu'il oublie ou omet peut-être, c'est que ces "manifestants" avaient une drôle de manière d'exercer leur droit constitutionnel de résister. En effet, à Ndoumbélane, on a résisté en faisant des courses clandestines à Auchan, saccagé et incendié des commerces, des infrastructures publiques et des bus, des maisons et des véhicules privés, insulté les visages institutionnels de la République, appelé à l'insurrection. On a même bouffé le très délicieux poulet de Me Elhadj Diouf après avoir effectué une ziara razzia à son domicile. La liste des actes de "résistance" n'est pas exhaustive mais il serait inopportun de pondre un mémoire sur la question. D'autant plus qu'il ne s'agit là que d'une simple piqûre rappel, pour tous les esprits qui seraient trop tentés par le démon de l'oubli sélectif.
Déclarez l'état d'urgence, le Premier ministre est ‘‘insulté’’ !
Après les propos de Badara langue de feu à l'endroit d'Amadou Ba connaît tout et Koromak, Le parti aux milliers de cadres, entendez Pastef, et des ministres de la République ont réagi à l'unisson : il est hors de question de continuer d'accepter que Koromak se fasse "injurier." Ce qui est cocasse dans ce mélodrame, c'est que Koromak a n fois adressé les propos qu'il a reçus à des institutions de la République. À l'époque, cela ne dérangeait curieusement pas ces fervents gardiens de l'intégrité de la République et de ses symboles. Mais enfin, ce n'est pas cela le plus important. Ce qu'il faut surtout rappeler, c'est que Koromak est le visage d'une forte institution de la République de Ndoumbélane, le gouvernement. Tous les citoyens, de ce fait, sont tenus de lui accorder la dignité qui est attachée à son statut. La liberté d'expression ne saurait tout permettre et les hommes des médias et les leaders d'opinion devraient témoigner davantage de respect aux oreilles qui les entendent et aux yeux qui les lisent. Ave Ndoumbélane !
LE SENEGAL CONTRAINT DE S’AJUSTER A L’AJUSTEMENT STRUCTUREL
Le Fmi n’entend prendre aucune initiative pour signer un nouvel accord de coopération avec le Sénégal, tant que le pays n’a pas corrigé les chiffres «fallacieux» de l’ancien régime et redressé la barre.
Le Fmi n’entend prendre aucune initiative pour signer un nouvel accord de coopération avec le Sénégal, tant que le pays n’a pas corrigé les chiffres «fallacieux» de l’ancien régime et redressé la barre. Mais pour ce faire, le gouvernement va devoir appliquer les recettes honnies du Fonds et datant des années 1970.
Après les sorties des autorités de l’Etat sur les chiffres falsifiés par l’ancien pouvoir de Macky Sall, le gouvernement est en train de vivre une célébration morose de son premier anniversaire au pouvoir. Ce qui devait être une célébration de joie tourne à l’atonie. Alors que le Sénégalais lambda cherche le diable pour lui arracher la queue, le gouvernement se rend compte qu’il lui faudra encore beaucoup d’efforts pour éviter une crise économique et sociale.
M. Edward Gemayel, chef de la mission du Sénégal, qui a terminé son séjour à Dakar, a annoncé que le Fonds n’entamera pas de discussions avec le Sénégal sur un nouveau programme, tant que le pays n’aura pas pris de mesures correctives sur les «chiffres falsifiés» que l’Igf et la Cour des comptes ont imputés au régime de Macky Sall.
Autrement dit, le gouvernement est mis devant ses responsabilités. En des termes clairs, le gouvernement du Premier ministre Sonko est appelé à prendre des mesures pour combler son déficit et ramener la dette à des taux supportables. Pour ce faire, les recettes des institutions de Bretton Woods sont connues de tous, et ont été pendant longtemps décriées. Même le gouvernement actuel n’a jamais caché sa réticence à se voir imposer des mesures concoctées dans des laboratoires de Washington, de Bruxelles ou d’autres pays occidentaux.
Mais, dans le système économique dans lequel «Diomaye moy Sonko» s’est enfermé, il lui sera difficile d’éviter à son Peuple d’avaler cette pilule.
Déjà, ce qui se faisait peutêtre par stratégie politique va devoir s’appliquer par contrainte économique. Les compressions de personnel risquent de s’accentuer, en attendant que le pouvoir trouve le moyen d’imposer des baisses de salaires à certains de ses partisans. Les subventions sur l’énergie et l’eau devraient suivre, comme ont été gelées les bourses de sécurité sociale. Le prétexte de la réforme du Registre national unique (Rnu) ne tient que pour ceux qui veulent y croire. En réalité, il est difficile à l’Etat de trouver 7 milliards de francs Cfa pour apporter un soulagement à la frange la plus démunie de la population locale, au moment où il avait besoin de quasiment la même somme pour calmer la base politique qui l’a amené au pouvoir, et qui frappait à la porte avec insistance.
Pour le secteur énergétique, le Fmi a toujours préconisé la fin des subventions, en arguant qu’elles bénéficiaient plus aux couches les plus aisées de la population qu’aux personnes démunies. Ces subventions qui, à certaines périodes, sont allées jusqu’à 300 milliards de francs Cfa par an, constituent une grosse charge pour les caisses de l’Etat. Puisque le gouvernement se dit lui-même «contraint» et sans «marge de manœuvre» économique et budgétaire, il n’aura pas besoin qu’on lui indique le chemin de Canossa. Il va s’y rendre de lui-même, et sans doute à pas cadencé. En assumant de lui-même les conséquences de ses actes.
Et c’est à la fin de ce processus de mise en œuvre d’une politique d’ajustement structurel dont le nom sera certainement changé pour ne choquer personne, ou encore moins donner à des détracteurs du genre Abdoul Mbaye ou Thierno Alassane Sall l’occasion de crier victoire disant qu’ils l’avaient annoncé, que le gouvernement pourra reprendre langue avec le Fmi, et négocier un nouveau programme de coopération. Ce qui ne pourra se faire qu’à partir du mois de juin, au plus tôt.
Mais vu que le Fonds n’a pas pour tradition de faire de l’aumône, Edward Gemayel a bien dit hier à la presse sénégalaise, que l’Etat aura le choix de trouver le moyen de négocier un moratoire pour les décaissements déjà opérés dans le cadre du programme annulé à la suite des «révélations» du Premier ministre Sonko. Il ne lui sera pas fait aumône des milliards déjà décaissés, mais les parties trouveront les modalités de remboursement.
Le seul point positif dans cette situation, et pour les semaines à venir, est que le Sénégal va commencer à encaisser petit à petit les dividendes tirés de l’exploitation de ses hydrocarbures.