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3 avril 2025
Femmes
Texte Collectif
L’IMMUNITÉ MÉDIATIQUE, UN PRIVILÈGE MASCULIN ?
Les médias se font de plus en plus le relais de discours violents et misogynes sur nos corps, nos attitudes, nos comportements et les valeurs que nous sommes supposées incarner et transmettre à notre progéniture
Qui a droit à une immunité médiatique ? L’information est-elle exclusivement masculine ? Comment les représentations des femmes dans les médias contribuent-elles à accroître les inégalités entre les sexes et à imprimer dans les imaginaires féminins et masculins, une image dévalorisante des femmes.
La libéralisation du secteur audiovisuel et la recherche de buzz de la presse en règle générale, accentuent les divisions entre hommes et femmes. Les médias se font de plus en plus le relais de discours violents et misogynes sur nos corps, nos attitudes, nos comportements et les valeurs que nous sommes supposées incarner et transmettre à notre progéniture. Cela se traduit par une essentialisation de la femme sénégalaise respectueuse d’un certain conformisme à l’image de femmes vertueuses dont la qualité est avant tout d’être mère, fille, sœur de personnages illustres de notre histoire. L’on subit l’instrumentalisation exaltée de leur abnégation, de leur soumission, de leur patience, de leur générosité, de leur dévouement qui n’aurait d’autre fonction que de rappeler les « déviantes » à l’ordre et légitimer la domination masculine, en perpétuant une identité féminine figée dans laquelle nous ne nous reconnaissons guère.
La plupart des médias, faits par et pour les hommes, offrent une représentation biaisée des femmes et passent sous silence les oppressions qu’elles subissent. On pense notamment à tous ces articles et émissions télévisées qui, lorsqu’ils décident d’aborder la question des violences faites aux femmes, reproduisent une analyse stéréotypée des situations, sans tenir compte de l’asymétrie du pouvoir entre hommes et femmes et en affichant clairement un parti pris qui perpétue le privilège masculin. Il faut également dénoncer toutes les émissions religieuses qui produisent, à foison, des discours réactionnaires sur les femmes ; celles dans lesquelles des animatrices interrogent des hommes et quelquefois d’autres femmes supposé-e-s savoir ce que les textes religieux prescrivent aux femmes, en matière de soumission à l’ordre moral masculin. Cet angle de traitement de l’information protège les hommes, avec en arrière-plan, l’idée de comprendre leur vécu, sans jamais porter attention aux conséquences de la violence sur les femmes qui la vivent. Il leur est accordé d’office une sorte d’immunité médiatique permettant de les blanchir de tout péché. Rappelons-nous il y a sept ans, une affaire de viol avait défrayé la chronique. Un célèbre journaliste avait été confronté à une jeune femme qui l’avait accusé de viol. Cette affaire renforce ce dont nous parlons aujourd’hui. La quasi-totalité des journaux, radios et sites web avaient participé à blâmer la victime par une sorte de chasse aux sorcières mettant l’emphase sur la victime, en lui reprochant ses comportements jugés non conventionnels. Quant au coupable, après qu’il ait purgé une partie de sa peine de prison, il s’est refait une virginité médiatique. En effet, les médias à sensation mettent souvent davantage la focale sur la victime, en n’hésitant pas à détailler la vie et/ou les agressions subies, le tout accompagné de propos disqualifiants, voire diffamants. A cela s'ajoute une omission des mêmes détails sur les auteurs, leur offrant presque une anonymisation ou transformant certains auteurs de violences en victimes de l’hystérie féminine subséquente. Pour les victimes, le traitement par le buzz, la peopolisation ou la légèreté des termes employés pour parler de ces crimes et situations extrêmement graves par lesquelles elles sont passées ainsi que le sexisme systémique rajouté au sordide, constituent un traumatisme cumulatif. Traumatisme en chaîne, dans un contexte social qui, encore aujourd'hui, impute, aux victimes femmes, la faute de ce qu’elles ont subi. Tout ceci restreint les possibilités pour ces femmes de se relever de telles atrocités. Ce traitement médiatique est aussi désastreux et entravant pour les professionnels de santé, qui faute de pouvoir compter sur un système de prévention et des relais psychosociaux structurés et efficaces, se retrouvent à jouer les pompiers de situations fortement compromises du fait de ces traumatismes cumulatifs auxquels participent bien largement les organes de presse.
Sept ans après cette première affaire, où en est-on ? Le constat est amer. Entre un professeur de philosophie qui fait l’apologie du viol pendant une émission dédiée à la journée internationale des droits des femmes et une femme traitée de folle, car elle a osé parler d’une grossesse contractée hors des liens du mariage, l’on voit que la situation est toujours la même.
Les mobilisations autour des hashtags #Nopiwuma #Doyna #TontonSaïSaï #BalanceTonSaïSaï et plus récemment les sorties sur les réseaux sociaux de Ndella Madior Diouf étaient une belle occasion pour les médias de soutenir les droits des femmes en amplifiant, par une enquête sérieuse, sa voix et celles de centaines d’autres qui vivent une situation similaire ou auraient subi des agressions sexuelles et qui l’ont appelée pour partager leur vécu.
Force est de constater que, depuis l’éclatement de cette affaire, l’angle de traitement des médias demeure sensiblement le même. Les gros titres des journaux dépeignent ces “mauvaises” femmes comme des êtres aux mœurs légères, sans scrupules, de sorte que toute la faute est rejetée sur elles, encore une fois. Le refus de paternité, thème majoritairement traité, donc de responsabilité de l’homme de ses actes, l’est en jetant l’opprobre sur les femmes, et pis même, en faisant intervenir des experts masculins pour la plupart qui viendront expliquer soit d’un point de vue juridique ou religieux une situation qui concerne aussi bien les hommes que les femmes.
Cette démarche n’est nullement cohérente avec le devoir d’informer dans le respect des règles d’éthique et de déontologie. Un travail journalistique sérieux et engagé doit « centrer » les voix des premières concernées. La presse contribue à la socialisation des garçons et des filles, tout en fabriquant et reproduisant des modèles et rôles sociaux. Il serait donc important d’avoir des perspectives journalistiques qui contribuent à démarginaliser les groupes exclus et réduire les inégalités entre les femmes et les hommes à travers des représentations anti-oppressives.
Pour sensibiliser, il faudrait que les médias utilisent des mots plus justes dans la façon de représenter les femmes et qu’ils évitent de minimiser la souffrance des premières concernées par le silence, le sensationnalisme ou encore la banalisation de l’expérience. Un féminicide n’est pas un “drame conjugal”.
Nous proposons que les groupes de presse fassent un travail de fond sur la suppression des stéréotypes, qu’on se questionne sur les choix des invité.e.s, que l’on déconstruise le climat sexiste qui autorise l’expression de propos discriminants sur les plateaux. Une telle démarche ne saurait se faire sans une formation approfondie sur les représentations sexuées des rôles et statuts sociaux et une réflexion sur les préjugés des médias en lien notamment avec la classe, l’origine, les opinions, les choix politiques, l’appartenance religieuse et de réelles stratégies de prise en compte des voix de toutes.
Signataires :
Pr Mame-Penda Ba, UFR Sciences Juridiques et Politiques, Université Gaston Berger Directrice du LASPAD (Laboratoire d'Analyse des Sociétés et Pouvoirs/Afrique-Diaspora)
Dr Selly Ba, Sociologue
Dr Oumoul Khaïry Coulibaly, sociologue et spécialiste genre
Dr Halima Diallo, psychologue sociale et chargée de cours
Dr. Rama Salla Dieng, Lecturer in African Studies and International Development, University of Edinburgh
Ndèye Yacine Faye, Réseau des jeunes femmes leaders d'Afrique de l'Ouest et chargée de communication de Dafa Doy
Mariama Faye, spécialiste en Sciences Sociales, militante des droits des femmes et membre d'Organisations de la Société Civile
Diakhoumba Gassama, juriste, membre des Forum Féministe Sénégalais et Africain et du conseil d'administration de l'Association pour les Droits des Femmes dans le Développement (AWID)
Marame Guèye, Ph.D., Associate Professor of African and African Diaspora Literatures and Gender, Department of English, East Carolina University
Marina Kabou, juriste, doctorante, membre de l’AJS, Coordinatrice du collectif DafaDoy
Ndèye Fatou Kane, études sur le genre, EHESS Paris
Laïty Fary Ndiaye, sociologue, organisatrice communautaire, chercheure associée à l'Institut Simone de Beauvoir (Concordia University) et membre fondatrice du collectif Jàma
Daba Ndione, sociologue
Fatou Warkha Sambe, militante pour le respect des droits de femmes et fondatrice de WarkhaTv
Dr Fatou Sow, sociologue, ancienne chercheuse CNRS/UCAD
Khaïra Thiam, psychologue clinicienne, spécialisée en pathologies psychiatriques et criminologie clinique
Maïmouna Eliane Thior, doctorante en sociologie
MARIAMA BÂ, UNE FEMME ATYPIQUE
Marraine de la Maison d’éducation de Gorée, elle était une romancière dont le mérite est d’avoir exhibé les maux profonds des femmes sénégalaises qui, enfermées dans les coutumes et les exigences socioreligieuses, ont souffert en silence
Un style d’écriture particulièrement fin, une technique de description ahurissante… Toutes les qualités d’une bonne romancière se retrouvent chez Mariama Bâ. Le politiquement correct contraint bien à l’utilisation de l’expression «bête de littérature», mais elle lui va bien. La sensibilité fait des femmes les meilleures descriptrices, dit-on, Mariama Bâ confirme cette considération loin d’être sexiste.
En 52 ans de vie, la lauréate du premier prix Noma (1980) a su marquer la littérature africaine et surtout celle sénégalaise. Elle est née en 1929 et s’est éteinte en 1981. Ses expériences conjugales n’ont pas été un long fleuve tranquille avec trois mariages soldés par des divorces. Ses écrits abordent certains sujets auxquels elle a été confrontée. «Une si longue lettre», publiée en 1979, reste l’œuvre phare de Mariama Ba. Les thématiques liées à la cause des femmes abordées dans ce roman pointent, avec une méticulosité aiguisée, les embarras des épouses dans les foyers sénégalais. Le livre a été traduit en plusieurs langues à travers le monde. De même, «Un chant écarlate» publié, quelques années plus tard, à titre posthume, confirme sa trajectoire prodigieuse.
En effet, la dénonciation de la polygamie et l’injustice subie par les femmes mariées évoquées dans ses romans font croire qu’elle était une féministe sans doute engagée à travers la littérature… En tout cas, elle s’était enrôlée dans bon nombre d’associations féminines en prônant l’éducation et les droits des femmes.
Diplômée en enseignement à l’Ecole normale des jeunes filles de Rufisque, la marraine du lycée de jeunes filles de Gorée a pratiqué le métier d’enseignant près d’une dizaine d’années avant d’être mutée à l’inspection générale d’enseignement.
Mère de neuf enfants, Mariama Ba était fille d’un fonctionnaire d’Etat devenu ministre dans le premier gouvernement sénégalais.
VIDEO
LE CALVAIRE DES JEUNES FEMMES CÉLIBATAIRES AU SÉNÉGAL
La pression sociale se ressent beaucoup plus chez les jeunes filles qui ont tendance à se « jeter » sur le premier venu et sans y avoir mûrement réfléchi du fait de ne plus vouloir entendre : « Pourquoi tu ne te maries pas ? »
Harcelées pour qu'elles se marient, des jeunes Sénégalaises parlent de leur célibat et de la pression qu’elles subissent de leur entourage pour le mariage.
Au Sénégal, le Mariage constitue une vraie pression sociale pour les jeunes célibataires.
Ceci se ressent beaucoup plus chez les jeunes filles qui ont tendance à se « jeter » sur le premier venu et sans y avoir mûrement réfléchi du fait de ne plus vouloir entendre : « Pourquoi tu ne te maries pas ? », « Qu’est-ce que tu attends ? », « il est temps de choisir ? ».
Un reportage de Alassane Dia
LA POLÉMIQUE ENFLE AUTOUR DU FILM "MIGNONNES"
Le long-métrage de la franco-sénégalaise Maïmouna Doucouré qui dénonce l’hypersexualisation des petites filles est au centre d’une violente controverse. Ses détracteurs, qui se radicalisent, l’accusent de « pornographie » et d’« islamophobie »
Jeune Afrique |
Léo Pajon |
Publication 19/09/2020
Sur change.org, une plateforme permettant de lancer des pétitions en ligne, plus de 733 000 personnes ont déjà signé. Leur objectif : retirer le film Mignonnes de Netflix, et poursuivre en justice la réalisatrice, l’équipe du film, les parents des actrices, ainsi que le géant du site de streaming pour avoir diffusé du contenu « inapproprié » impliquant des mineurs.
« Film pédo-pornographique », « dégueulasse », « encourageant la pédophilie »… les commentaires accompagnant la pétition sont particulièrement violents. Des comptes Facebook d’homonymes de la réalisatrice fleurissent d’insultes en anglais : « Prostituée ! (…) Tu vas allez en enfer ! » Plus grave encore, selon nos sources, la réalisatrice et ses jeunes actrices auraient subi des menaces personnelles depuis plusieurs semaines.
Hypersexualisation
En Turquie, le film jugé « islamophobe et pédophile » a été purement et simplement interdit de diffusion. En cause, des images et un sujet jugés tendancieux. L’histoire de Mignonnes est celle d’une fillette de 11 ans qui se lance dans le twerk pour intégrer un groupe de danse dans son collège.
Maïmouna Doucouré expliquait lors de l’avant-première de son long métrage, mi-août, vouloir « dénoncer à travers (son) œuvre l’hypersexualisation des petites filles. » Des spectateurs s’étaient déjà sentis gênés, car le film montre ce qu’il dénonce : des gamines dans des poses lascives. Mais aucun ne remettait en cause les intentions de la cinéaste, ou ne percevait une dimension érotique dans le film qui a reçu en janvier le prix de la meilleure réalisation au Festival de Sundance.
Alors qu’en France la sortie de Mignonnes n’a pas vraiment fait de vagues, une communication particulièrement maladroite de Netflix a mis le feu aux poudres sur les réseaux sociaux fin août. Pour présenter le film rebaptisé Cuties, la plateforme avait utilisé une image racoleuse et écrit un résumé évoquant une petite fille qui « décide d’explorer sa féminité en défiant les traditions familiales. »
Pro-Trump et afroféministes
La polémique est aujourd’hui récupérée politiquement Outre-Atlantique par les ultraconservateurs proches de Donald Trump… La manipulation est d’autant plus profitable que Netflix, qui diffuse les documentaires du couple Obama, est perçu comme pro-Démocrates.
Selon le code de la Famille, les hommes ne font l'objet d'aucune poursuite judiciaire en cas de refus de paternité. Toute recherche de paternité est même interdite. Plusieurs associations appellent donc à une réforme de la loi
Au Sénégal, des femmes relancent le débat sur le refus de paternité, une pratique très courante dans le pays. Selon le code de la Famille, les hommes ne font l'objet d'aucune poursuite judiciaire en cas de refus de paternité. Toute recherche de paternité est même interdite. Plusieurs associations appellent donc à une réforme de la loi.
LES PARTIES PRENANTES MILITENT POUR LA PROMOTION DES DROITS DES FEMMES
Organiser un débat critique sur la place et la nature du discours religieux sur les femmes dans les médias sénégalais, afin d’instaurer un dialogue national, tel est le but de la rencontre organisée par le Panos.
L’institut Panos, à travers son projet «Femmes occupez les médias», a organisé des journées d’échanges les 16 et 17 septembre sur le discours religieux sur les femmes dans les médias. La première rencontre qui s’est tenue hier a porté sur les stéréotypes dont sont victimes les femmes dans le discours religieux médiatique. La rencontre a regroupé des religieux, des journalistes et des responsables des médias confessionnels entre autres.
Organiser un débat critique sur la place et la nature du discours religieux sur les femmes dans les médias sénégalais, afin d’instaurer un dialogue national, tel est le but de la rencontre organisée par le Panos. Pour cette première rencontre dédiée au discours religieux sur les femmes dans les médias, les différents panélistes (hommes de médias, religieux et organisations de femmes) ont abordé le caractère quelquefois discriminant dont les femmes peuvent faire l’objet dans le traitement médiatique. Pour Eugénie Marguerite Aw, journaliste et enseignante au Cesti, il faut une institutionnalisation des questions relatives au genre, car elles revêtent aujourd’hui un caractère éthique et déontologique.
De l’avis de Jules Fotso, coordinateur du projet «Femmes, occupez les médias» à l’institut Panos, la rencontre vient en appoint à deux études menées auparavant et portant respectivement sur le cadre légal et réglementaire des médias confessionnels, mais aussi la régulation du discours religieux dans les médias. Il va plus loin en soutenant que de façon chronique, les émissions religieuses ne font pas parfois l’objet de censure. «La preuve, nous avons mené une étude pour confirmer cette hypothèse sur les discours des religieux dans les médias», poursuit Jules Fotso. Et il a espoir que la rencontre permettra, à terme, de poser les jalons d’un guide pour la pratique médiatique. Autrement dit, il s’agit d’un ensemble de règles de bonnes pratiques que les religieux auront à adopter dans leurs discours.
En outre, une revue critique des mécanismes publics de régulation des médias confessionnels et du discours religieux sur les femmes dans les médias est attendue au sortir de la rencontre. Laquelle permettra aussi de dégager des pistes d’actions sur la pratique d’une éthique professionnelle relative au discours religieux.
LE CODE DE LA FAMILLE FAIT DÉBAT
Des militantes pour la défense des droits des femmes s'insurgent contre ce texte en vigueur depuis 1973. Les articles relatifs à la recherche de paternité et au droit parentaux sont vivement critiqués car ils semblent faire la part belle aux hommes
BBC Afrique |
Ndèye Khady Lo |
Publication 15/09/2020
Des activistes et universitaires appellent à la révision du code de la famille au Sénégal. Il semble exister une unanimité sur la nécessité de réformer le code de la famille. Mais conservateurs et progressistes ne s'entendent pas sur comment réformer ni sur quoi réformer.
Voici quelques articles jugés discriminatoires et injustes par beaucoup de défenseurs des droits des femmes.
Selon le présent code de la famille au Sénégal, seul un homme peut être reconnu comme chef de famille, décidant de quasiment tout. De l'endroit où vit la famille, à comment ou quand établir des documents administratifs à ses enfants, l'homme est le chef suprême de la famille. Il a aussi le choix de ne pas reconnaitre ses enfants, et la recherche de paternité est interdite. Et la femme qui a cotisé toute sa vie pour une retraite si elle décède, rien n'est reversé à sa famille, époux ou enfants mineurs.
Une pétition dénonçant ces disposition du code de 1972 comme une atteinte "discriminative contre les droits des femmes" réunit plus de 5000 signatures en ligne.
"Dans l'intérêt de préserver les droits de la Femme et de l'Enfant, cette pétition s'érige pour réclamer la révision du code de la famille concernant certains articles que nous considérons comme une atteinte discriminative basée sur le genre en défaveur de la femme", indique l'activiste des droits des femmes Bineta Ndiaye, l'initiatrice de la pétition.
Depuis plusieurs années, des militantes pour la défense des droits des femmes s'insurgent contre ce texte adopté en 1972 mais en vigueur depuis janvier 1973. Ces militants soulignent ce qu'elles considèrent comme son caractère dépassé et injuste pour les femmes. En effet, les articles relatifs à la recherche de paternité et au droit parentaux sont vivement critiqués car ils semblent faire la part belle aux hommes.
Le combat de l'Association des femmes juristes sénégalaises (AJS)
Dans le combat pour la révision du code de la famille, l'Association des femmes juristes sénégalaises joue un rôle de premier plan. L'association a siégé au ministère de la Justice dans la commission de révision des textes discriminatoires à l'égard de la femme et de l'enfant. Cette commission a passé en revue pratiquement tous les textes et particulièrement le code de la famille.
"Depuis plusieurs années l'AJS fait de la sensibilisation et du lobbying auprès des autorités et des populations pour la révision de certaines dispositions du code de la famille telles que le relèvement de l'âge du mariage de 16 à 18 ans pour être conforme au protocole additionnel de Maputo signé et ratifié par le Sénégal; mais également pour respecter les prescriptions scientifiques médicales sur l'âge normal du mariage", déclare à la BBC Aby Diallo, commissaire de police à la retraite et présidente de l'AJS.
L'association propose de réviser le Code de la famille en faisant des amendements aux dispositions jugées discriminatoires.
Mais cette volonté réformiste des féministes ne passera pas comme lettre à la poste. Les conservateurs religieux, principalement des musulmans ne voient pas les choses de la même façon.
"Le code de la famille est un code consensuel adopté après d'âpres discussions et de négociations entre l'Etat et les autorités religieuses et coutumières. Sa révision imposera la même procédure. Ensuite, malgré l'évolution de la société, l'influence de la religion est forte et il faudra forcément en tenir compte", relève Aby Diallo.
Le point de vue des religieux musulmans
Le Sénégal est un pays composé de près de 95% de musulmans. Dans les années 1970, des chefs religieux musulmans s'étaient impliqués dans l'élaboration du code de la famille, selon plusieurs sources. Quand le président Senghor a souhaité adopté un code de la famille différent de celui hérité de la colonisation, un regroupement de spécialistes du droit islamique a fait un plaidoyer pour l'adoption d'un code s'inspirant de la religion. Senghor n'approuvera pas cette démarche en raison du caractère laïc de l'Etat.
DJAÏLI AMADOU AMAL, LE COMBAT D'UNE FEMME AFRICAINE
L'auteure camerounaise parle de son nouveau roman doublement primé, “Les impatientes”, publié chez Emmanuelle Collas. Son ouvrage présente ces femmes qui n’en peuvent plus qu’on leur réponde “sois patiente” lorsqu’elles s’indignent face aux injustices
L'auteure camerounaise Djaïli Amadou-Amal vient nous parler de son nouveau roman doublement primé, “Les impatientes”, publié chez Emmanuelle Collas. Son ouvrage nous présente ces femmes qui n’en peuvent plus qu’on leur réponde “sois patiente” lorsqu’elles s’indignent face aux injustices qu’elles subissent.
Découvrez son portrait par Gaël Legras.
MARIAMA BA FAIT CARTON PLEIN AU BAC, AVEC MENTIONS
La maison d’éducation a fait 100 % au Baccalauréat 2020, toutes séries confondues, avec cinq mentions très bien, onze mentions bien, neuf assez bien, et un passable
La maison d’éducation Mariama BA a fait 100 % au Baccalauréat 2020, toutes séries confondues, avec cinq mentions Très bien, onze mentions Bien, neuf Assez bien, et un Passable. Au nombre de 26 candidates, au total, "elles sont toutes passées d’office", exulte la Proviseure Ramatoulaye Sarr Diagne. Jointe au téléphone par emedia, elle se réjouit de voir les nouvelles bachelières rééditer l’exploit de leurs aînées.
"Le secret, c’est déjà de bonnes élèves que nous avons. Et, je pense que la sensibilisation se fait très tôt. Elles sont conscientes qu’elles sont dans un établissement d’excellence, et qu’elles doivent se donner à fond. Les professeurs également font tout ce qu’ils peuvent pour les accompagner. L’administration aussi. Donc, tout est mis en œuvre au niveau de la structure pour les accompagner dans cette réussite parce qu’elles ont du potentiel."
Le contexte lié à la présence du coronavirus a été également pris en compte : "on leur a parlé, (leur indiquant) que cela ne devait pas les déconcentrer. Et elles ont assez vite assimilé la leçon. Donc, elles savent que la panique ne pouvait que leur porter préjudice et elles ont intégré ça assez vite."
Pour le BFEM aussi, signale-t-elle, "on se prépare. On a eu à faire le même travail au niveau de nos candidates qui sont conscientisées et qui sont prêtes. Nous croisons les doigts pour effectivement faire les mêmes résultats." Elles sont au nombre de 35 candidates.
LES FEMMES INVITEES A S’IMPOSER
L’institut Panos Afrique a tenu hier, mardi 8 septembre 2020, un séminaire, dans le cadre son projet «Femmes: occupez les medias!», sur la «Couverture médiatique sensible au genre de la Covid-19»
L’institut Panos Afrique a tenu hier, mardi 8 septembre 2020, un séminaire, dans le cadre son projet «Femmes: occupez les medias!», sur la «Couverture médiatique sensible au genre de la Covid-19». Cette rencontre qui a pour objectifs, entre autres, de sensibiliser les organisations de médias sur les écarts et amener les professionnelles des médias à prendre elles-mêmes des mesures correctives pour lutter contre la désinformation et l’abondance de l’information dans les médias, en s’imposant.
«Nous savons tous qu’en tant de crise, les médias jouent un rôle important. Et, en cette période de Covid-19, leur rôle est devenu plus important. Son apparition était inconnue pour tout le monde, personne ne savait comment s’y prendre aussi bien dans la sensibilisation que dans le traitement. Mais, il faut s’en féliciter car les médias sénégalais ont su jouer un rôle important malgré quelques dérapages notés dans la diffusion sinon la reprise des nouvelles qui créent plus la panique, la désorientation, le fait que les populations ne respectaient plus les mesures barrières», affirme le chef de Division presse et information du ministère de la Culture et de la Communication, Amadou Kanouté. Et de relever que «tout cela a dû être corrigé au fur et à mesure que nous comprenons davantage sa propagation et les mesures barrières».
LA PLACE DES FEMMES N’EST PAS REPRESENTATIVE DANS NOTRE SOCIETE
En ce qui concerne la place des femmes dans les médias, il dira : «nous constatons et déplorons cette place car elle n’est pas représentative des femmes dans notre société». Pour lui, «les femmes ne prennent pas les devants pour s’imposer dans les rédactions. Souvent, elles se contentent des places qu’on leur donne ou alors elles s’intéressent à des sujets qu’on pourrait qualifier de mineurs, même si ce n’est pas toujours le cas. Il appartient aux femmes de s’imposer aussi bien dans les rédactions, d’être plus visible et, en tant que journalistes, de s’intéresser aux femmes leaders. Il y’en a beaucoup dans ce pays ; prendre ces femmes leaders, les mettre devant la scène et essayer d’avoir leur avis sur les questions majeures qui nous occupent aujourd’hui». Eugénie Rokhaya Aw, ancienne directrice du CESTI, abonde dans le même sens. «Je pense que les journalistes font un travail assez remarquable. Ils sont aussi tributaires des sources qu’ils ont, qui, de mon point de vue, ne sont pas forcément les plus fournies, les plus adaptées. Je suis sûre que quand ils veulent aller plus loin sur certaines questions, et qu’on estime que c’est des questions sensibles, en ce moment les portes se ferment». Selon elle, il appartient aux journalistes de regarder comment ils peuvent s’alimenter eux-mêmes parce qu’il y’a un certain nombre de sources qui existent, un certain nombre d’études qui ont été faites par des organisations qui sont reconnues.
Eugénie Rokhaya Aw de souligner que «les journalistes sont également heurtés au fait qu’il y a un certain nombre de perceptions quand on arrive au niveau des communautés qui font que souvent les gens vont dire que c’est des histoires de blancs ; ça n’existe pas. Nous, on n’est protégés pour des raisons religieuses. Les journalistes doivent exercer une parole critique mais qu’ils soient aussi critiques par rapport à l’information qu’ils donnent».
SUJETS CONVENUS ET SOCIAUX
Mieux conseille-t-elle, «il faut considérer ces informations sur la pandémie comme du journalisme scientifique, avec toutes les précautions qui s’imposent, parce qu’on cherche encore un vaccin pour le virus. L’hyper médicalisation de la pandémie, l’information que l’on donne, provoquent la négation du côté des communautés d’autant qu’on travaille dans un contexte où les gens vivent dans l’extrême pauvreté, la précarité. Les gens ont besoin de travailler pour arriver à survivre. Et puis, il y a toute les croyances qui interviennent», avance Mme AW. Et l’ancienne directrice du Cesti de poursuivre : «en ce qui concerne le traitement concernant les femmes, je préfère parler de genre parce que ça me permet de parler aussi de cette relation entre les hommes et les femmes dans la société. On a vu un média annoncer que les femmes comme actrices, c’est 3,6 %, donc moins de 5%. Même s’il y a eu énormément de progrès, de plus en plus de femmes dans les médias, elles restent encore cantonnées à des sujets convenus et sociaux», regrette-t-elle. «Dans notre société, les gens pensent que, comme la pandémie est une question scientifique, ça ne doit pas intéresser les femmes. Il y a beaucoup plus de violence envers les femmes parce que les hommes se trouvent toujours enfermés dans le même espace que les femmes, ils se trouvent dans un espace traditionnellement considéré comme l’espace des femmes, l’espace privé domestique. Ils vont essayer de s’imposer et se défouler sur les femmes» ajoutera-t-elle.
ALLER VERS LA SPECIALISATION
A son avis, «les journalistes doivent se rapprocher des organisations de la société civile pour savoir un peu plus le quotidien des femmes. Ces dernières sont toujours au niveau des marchés ; ce sont elles qui assurent la production vivrière. Donc, il est évident que ça crée encore plus de risque pour elles. Tout cela est dû aux idées reçues. C’est aux journalistes de donner la parole aux femmes et de les rendre beaucoup plus visibles parce qu’elles constituent plus 50% de la population». Quant au président du Conseil pour l’observation des règles de déontologie dans les médias au Sénégal (CORED), il a salué le traitement médiatique de la Covid-19 dans les médias. Toutefois, Mamadou Thior n’a pas maqué de fustiger des dérapages qui ont eu çà et là dans la presse. M. Thior «recommande fortement aux journalistes la spécialisation car ça participe à la bonne maîtrise du sujet. Parce que quand on traite la question de la santé, le journaliste gagnerait à se rapprocher de la Faculté de médecine»