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3 avril 2025
Santé
CES ANTI-RHUME PROSCRITS
L’Agence sénégalaise de réglementation pharmaceutique (Arp) déconseille aux Sénégalais d’acheter des médicaments anti-rhume susceptibles de provoquer des infarctus ou Avc.
L’Agence sénégalaise de réglementation pharmaceutique (Arp) déconseille aux Sénégalais d’acheter des médicaments anti-rhume susceptibles de provoquer des infarctus ou Avc. Une information exclusive de iRadio qui a livré l’information hier. Cette alerte sur les médicats ciblés est venue de la France. Face à la sensibilité de la question, le l’Etat du Sénégal a vite jugé nécessaire de prendre ses gardes. Toutefois, d’après les informations obtenues par iRadio, le retrait de ces médicaments dans les officines n’est pas encore envisagé. Selon la radio de Groupe E-Media, un communiqué sera incessamment publié pour donner plus de détails sur cette affaire partie pour faire grand bruit. A noter que parmi les missions assignées à l’Arp, figure l’homologation des médicaments et autres produits de santé ainsi que le contrôle de leur qualité avant toute distribution sur le marché.
L’OMS SIGNALE UNE BAISSE DE 31 % DES CAS DE POLIOMYELITE EN AFRIQUE EN 2023
Trois cent quatre cas de poliomyélite ont été recensés dans les pays africains au cours de cette année, contre 438 à la même période de l’année dernière, soit une baisse de 31 %
Dakar, 24 oct (APS) – Trois cent quatre cas de poliomyélite ont été recensés dans les pays africains au cours de cette année, contre 438 à la même période de l’année dernière, soit une baisse de 31 %, a déclaré, mardi, le docteur Matshidiso Rebecca Moeti, directrice régionale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Afrique.
‘’À la fin du mois de septembre 2022, les données faisaient état de 438 cas de poliomyélite’’, contre ‘’un total de 304 cas signalés à la même période de l’année en cours, ce qui équivaut à une diminution de 31 % du nombre de cas […] recensés au cours de ces douze derniers mois’’, a-t-elle signalé.
Mme Moeti a donné ces statistiques à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de lutte contre la poliomyélite.
Elle s’est réjouie de ‘’la diminution du nombre de cas de poliomyélite détectés cette année’’ dans les pays africains.
‘’Mais le moindre cas de poliomyélite représente un cas de trop’’, a prévenu la directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, saluant les avancées ‘’notables’’ de la lutte contre cette poliomyélite. ‘’Notre succès est désormais à portée de main.’’
‘’Cette édition de la Journée mondiale de lutte contre la poliomyélite offre une occasion de réitérer notre engagement à reléguer la poliomyélite au passé, notamment en Afrique’’, a-t-elle souligné.
Matshidiso Rebecca Moeti déclare, par ailleurs, qu’‘’aucun cas de poliovirus sauvage n’a été signalé dans notre région depuis plus d’un an’’.
Elle appelle les Africains à ‘’ne pas dormir sur [leurs] lauriers’’, d’autant plus que ‘’21 pays de la région africaine font face à des flambées épidémiques dues à des poliovirus circulants’’.
L’OMS définit la poliomyélite comme une maladie virale extrêmement infectieuse, qui touche en grande partie les enfants âgés de moins de cinq ans.
DALAL JAMM BIENTÔT ÉRIGÉ EN HÔPITAL DE NIVEAU 4
L’hôpital Dalal Jàmm de Guédiawaye sera bientôt érigé en hôpital de niveau 4. La révélation a été faite, vendredi dernier, par la Directrice générale des Établissements de santé, Dr Fatou Mbaye Sylla lors de la visite des chantiers de ce nouveau projet
L’hôpital Dalal Jàmm de Guédiawaye sera bientôt érigé en hôpital de niveau 4. La révélation a été faite, vendredi dernier, par la Directrice générale des Établissements de santé, Dr Fatou Mbaye Sylla. Elle qui a visité les chantiers du nouveau projet de cet hôpital.
L’hôpital Dalal Jàmm poursuit sa marche vers la pointe du progrès. En tous cas, c’est ce que la Directrice générale des Établissements de santé, Dr Fatou Mbaye Sylla a constaté, vendredi dernier, au cours d’une visite d’état des lieux des chantiers de construction du centre de la santé reproductive. C’est dans ce dernier où sera logé le service de Procréation médicalement assisté (Pma), le centre de greffe de la moelle et les autres chantiers entamés dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19.
Elle a exprimé toute sa joie liée à l’état d’avancement des travaux de construction du bâtiment devant abriter les deux services susnommés. Les travaux, selon elle, sont exécutés à 98% et les équipements sont déjà commandés au moment où d’autres sont déjà en cours d’installation. Elle s’est ainsi félicitée du fait que les deux structures répondent aux normes architecturales. « Avec l’existence de ces nouveaux services, pratiquement tout ce qui se fait à l’extérieur, sur le plan médical, pourra être réalisé ici à Dalal Jàmm », a-t-elle révélé, précisant que l’hôpital Dalal Jàmm sera bientôt érigé en hôpital de niveau 4. Elle a félicité le directeur et son équipe pour l’immense travail abattu jusqu’ici. Elle a laissé entendre que la greffe de la moelle est une spécialité très recherchée. « À plusieurs reprises, des Sénégalais ont sollicité la générosité de la Première Dame ou d’autres mécènes pour pouvoir bénéficier d’une prise en charge à l’extérieur dont le coût varie entre 50 et 100 millions de FCfa », a-t-elle renseigné. Elle a également expliqué qu’au niveau de la santé de la reproduction, des femmes quittent le pays et se rendent au Maroc et en Tunisie pour trouver un remède à leurs problèmes de fertilité. Aujourd’hui, dit-elle, ce service sera bientôt disponible à Dalal Jàmm. « Ce sont deux centres qui sont à la pointe du progrès et pour lesquels des compatriotes déboursent plusieurs dizaines de millions pour pouvoir y avoir accès. Les chantiers seront livrés d’ici la fin du mois de décembre », a-t-elle précisé.
Centre de dialyse et bloc opératoire
Dr Fatou Mbaye Sylla a aussi visité, vendredi dernier, le centre de dialyse de l’hôpital Dalal Jàmm de Guédiawaye qui a une capacité d’accueil de douze lits, avec deux lits destinés à la prise en charge des urgences. Ensuite, elle s’est rendue au niveau du bloc opératoire qui fait partie des services à finaliser. Ici, elle a fait noter qu’il existe cinq nouveaux blocs opératoires ajoutés aux quatre déjà existants et celui qui existe à la maternité. Ce qui donne un nombre de dix blocs opératoires qui répondent aux normes. À l’en croire, ce sont des salles haut de gamme dont l’une est dédiée à la télémédecine. Ce qui signifie qu’il y aura une réduction des délais et des rendez-vous. À son avis, Dalal Jàmm est aussi une référence pour la prise en charge du cancer. Ce qui lui a fait dire que, pour la prise en charge de la chirurgie du cancer, les populations seront satisfaites. A. DIOP
Le centre de traitement des épidémies fonctionnel
Le Centre de traitement des épidémies (Cte) de l’hôpital Dalal Jàmm de Guédiawaye a également été visité, vendredi dernier, par Fatou Mbaye Sylla, Directrice générale des Établissements de santé. C’était le plus grand centre de prise en charge des malades de la Covid-19 lors de la pandémie du coronavirus, avec plus de deux cents patients qui y étaient internés. Mme Sylla a estimé que c’est un Cte bien équipé, qui répond aux normes et qui est occupé par le service des maladies infectieuses au premier. Au deuxième, sont logés l’Orl, l’ophtalmologie, etc. « En cas de nouvelles épidémies, le service (Cte) pourra prendre en charge efficacement les patients », a-t-elle assuré.
Seul le laboratoire peine à être entamé
En ce qui concerne les lots restants, figure l’imagerie médicale. À ce propos, la Directrice générale des Établissements de santé a indiqué que les équipements sont disponibles et qu’il ne reste que l’installation. Dr Fatou Mbaye Sylla a confié qu’il ne reste que le lot Laboratoire pour finaliser définitivement le projet. C’est un laboratoire haut de gamme. Malheureusement, le fournisseur à qui le marché a été attribué n’a pas été capable de faire le travail. Par conséquent, le marché a été relancé dans les procédures normales. Avant la fin de l’année, les attributions et les évaluations seront faites avant la livraison du laboratoire. Dans tous les cas, poursuit-elle, le projet devra être bouclé définitivement en juin 2024. « À part ce laboratoire, tous les autres services sont en train d’être installés et seront mis en service très prochainement », a-t-elle affirmé, non sans préciser que le financement est assuré par l’État du Sénégal, la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (Badea) et la Banque islamique de développement (Bid). A. DIOP
CANCER, LE DEUIL INTERMINABLE DE PROCHES DE PERSONNES DECEDEES
Un octobre pas si rose - Ce sont des histoires fortes, mais aussi terribles, racontées par des proches de personnes décédées de cancer du sein ou du col de l’utérus
Ce sont des histoires fortes, mais aussi terribles, racontées par des proches de personnes décédées de cancer du sein ou du col de l’utérus. Des proches qui témoignent et surtout parlent de leur endurance, des successions d’évènements avec beaucoup de sensibilité et d’émotion sur la tumeur cancéreuse qui, quelquefois, serait, de leurs avis, un «tu meurs» quand le diagnostic est confirmé à un certain stade de la maladie. Après la mort, la douleur reste immense surtout chez les accompagnants.
Perdre un parent, c’est l’une des épreuves les plus douloureuses, les plus déchirantes de la vie. Oumou Kalsoum l’a vécue avec sa mère, morte d’un cancer. «C’est très dur. Elle était ma force. On était très fusionnelles. C’était la femme de ma vie. J’aimerais bien qu’elle soit toujours là. Elle est partie à jamais emportée par une tumeur cancéreuse. J’ai aujourd’hui compris que l’annonce d’une tumeur après un diagnostic posé et confirmé, c’est quelquefois un «tu meurs»! Ce n’est pas une simple plaie découverte. C’est aussi une fin de vie surtout quand la tumeur est béante «, confie notre interlocutrice. Qui a perdu sa «maman de cœur» emportée par une tumeur cancéreuse. Une tumeur qui, selon elle, signifie «tu meurs» quand elle est détectée et annoncée à un certain stade.
Trois années se sont écoulées depuis la mort de sa maman. Malgré ce temps, Oumou Kalsoum est incapable de parler de la disparition de cet être si cher, sa maman, sans que des larmes coulent sur ses joues. Elle pleure encore, et comme un enfant, sa maman qui avait un cancer métastasé incurable et était sous chimiothérapie durant la phase finale de la maladie. «Ma maman, elle est partie au moment où j’avais le plus besoin d’elle, de son soutien», déclare-t-elle en sanglots. Bien que se voulant courageuse dans son témoignage, ses larmes ont coulé toutes seules. Les mois, les années qui ont suivi le départ de sa maman ont été terribles. «Je n’arrive pas à faire le deuil. Je n’arrive pas à avancer dans la vie. J’ai failli perdre mon travail», ajoute-t-elle. Sa douleur est si immense, mais ne peut pas égaler celle vécue par sa mère sur son lit d’hôpital. «Elle a souffert terriblement avant de mourir, et la voir souffrir était trop difficile à supporter. Au début, elle marchait avec une canne. Mais très vite, elle est passée au fauteuil roulant parce qu’elle n’avait plus la force de tenir sur ses deux jambes». Selon toujours Oumou Kalsoum, « le cancer a été fulgurant en moins d’une année. J’ai su qu’elle allait partir d’un moment à l’autre. L’évidence était déjà là. Ce n’était pas facile. J’ai discuté avec elle. Je lui disais que je ne pouvais pas rester en vie sans elle. Elle avait du mal à parler. Elle est restée clouée au lit. C’était une question de jours et de semaines, et pas de mois. La nouvelle est tombée un dimanche vers 10 heures le matin. C’était le 16 octobre 2020 en pleine campagne de sensibilisation et de dépistage du cancer du sein. Un mois qu’on dit rose mais qui restera toujours noir pour moi. Depuis trois ans, octobre rose sonne dans ma tête comme l’anniversaire du naufrage du bateau Le Joola. Si je prends cette référence, c’est parce que j’avais perdu un oncle dans ce naufrage», confie encore Oumou.
Une douleur interminable
Trois ans se sont écoulés depuis qu’elle a perdu sa mère, mais la douleur reste encore vive. « Quand j’imagine les moments passés ensemble avec ma mère, j’ai le coeur lourd. Aujourd’hui, quand je tombe sur l’annonce d’une personne décédée de cancer, ça me fait penser à ma mère. Je l’ais urtout vécu avec la disparition de Momy Dany Guèye. Je me suis dit qu’elle a dû endurer et souffrir. Le cancer ne fait pas de cadeau. C’est des douleurs, des nuits blanches, des journées d’endurance, d’inquiétude, de stress, d’angoisse, de peur...», dit-elle sur la souffrance avec cette maladie, les successions d’évènements et de moments d’angoisse dans l’accompagnement des malades de cancer L’annonce du cancer est toujours un moment traumatisant suivi de douleurs intenables, de pleurs...Une sorte d’expression d’un sentiment de rupture avec la vie d’avant. L’annonce crée un grand bouleversement chez la personne. Une sorte d’éruption émotionnelle surgit. C’est des familles dévastées, tristes... face à l’hospitalisation dans la durée. Un véritable tsunami!
Chaque histoire est différente de l’autre, mais il y a toujours des sentiments un peu similaires qui reviennent dans les témoignages. C’est surtout le stress, l’angoisse, l’inquiétude, la colère... Des sentiments difficiles ou des pensées négatives à estomper. Face à un malade au stade terminal, il est difficile, presque impossible de garder le sourire. C’est une succession de traitements lourds une fois le diagnostic posé et confirmé. «On a beaucoup dépensé dans la maladie de ma sœur. Pour l’opération, on avait sollicité le soutien des bonnes volontés. Il y en a qui ont répondu, mais la somme nécessaire n’avait pas pu être rassemblée. On nous demandait 700 000 francs. Finalement, elle a succombé. Ça m’a fendu le cœur», raconte Fanta toute triste qui déclare que sa sœur est décédée le 23 février dernier, deux ans seulement après la découverte de son cancer. L’opération, c’est pourtant l’espoir pour beaucoup de malades et d’accompagnants pour ouvrir une nouvelle... page blanche. Malheureusement, l’argent reste le nerf.... de la guérison. C’est pourquoi, dit-elle, la nouvelle du décès de sa sœur est tombée comme un drame venant après un autre auquel la famille avait déjà été confrontée. C’est la deuxième fois qu’un de ses membres succombait à un cancer après leur maman. Selon Fanta, sa maman est morte d’un cancer du col de l’utérus tandis que sa grande soeur avait été emportée par un double cancer du sein et du col de l’utérus. « Le médecin nous a parlé de cancer génétique. Il nous disait qu’il y a des familles qui sont à risques. Moi-même j’ai peur d’hériter de ce gêne», s’inquiète-elle. Elle dit avoir eu un malaise vendredi dernier. «Ça m’a alertée. Je suis même allée faire le test, le dépistage. J’attends les résultats », dit-elle tout en croisant les doigts. «Je ne veux pas vivre la souffrance que la famille a endurée avec maman et, surtout, ma soeur. L’annonce était assez violente, difficile... C’était la tristesse, une vie gâchée. C’était assez difficile à encaisser surtout pour quelqu’un qui venait à peine de se marier. La famille est très vite entrée dans le combat, mais c’était très dur», confie-t-elle en ayant du mal à cacher son émotion.
Une fois le diagnostic annoncé et confirmé, c’est la vie de toute une famille qui est bouleversée. Dès lors, rien ne sera plus comme avant. La vie professionnelle des proches est bouleversée. Le cancer, une fois diagnostiqué, devient un handicap pour presque tous les membres de la famille qui sont au courant de la mauvaise nouvelle. Même si ce sont les malades qui portent la maladie et qui la vivent, mais avec tout ce que cela implique comme douleurs et certitude de n’en avoir plus pour longtemps, certaines familles endossent presque tout, de l’accompagnement psychologique au volet thérapeutique en passant par les lourdes dépenses. Dépisté tard, le cancer conduit à un brouhaha mental qui fait sortir toutes sortes d’angoisses et de désespoirs. Une situation traumatisante pour beaucoup de familles. L’émotion continue après, même avec la mort du proche atteint de la maladie car les images horribles de sa souffrance continuent encore de hanter tous les membres de sa famille.
Un journaliste raconte le cancer de sa défunte épouse
Il ne pensait jamais rouvrir cette page des trois années de souffrances et de douleurs intenses de sa défunte épouse. Ce journaliste, rédacteur en chef d’un grand quotidien, nous parle avec une grande émotion d’un combat acharné pendant trois années contre le cancer de sa défunte épouse. « Un mois de juillet 2013, alors que j’étais à la rédaction en train de boucler l’édition du lendemain, je reçois un coup de fil de mon épouse. Elle m’informe qu’elle est de plus en plus gênée par une boule sous son aisselle. J’ai essayé de calmer son inquiétude en lui demandant d’attendre le lendemain pour aller se faire consulter à l’hôpital Philipe Maguilen Senghor de Yoff. Elle a pu dormir tranquillement. Comme elle était ma première épouse, j’ai dormi cette nuit chez la deuxième. Mais je n’ai pas passé une nuit paisible car étant préoccupé par la situation de mon épouse. Le médecin qui l’avait consultée était une sœur. Elle opta pour une prudence en faisant un prélèvement sous l’aisselle qui a été envoyé ensuite à l’Institut Pasteur de Dakar. La nouvelle est tombée plus tard comme un couperet qui fend le cœur. Elle était sans appel. Mon épouse avait le cancer du sein. La nouvelle m’effondra. J’ai versé de chaudes larmes. Elle était plus forte puisqu’elle a tout mis sur le compte de Dieu » raconte notre confrère. Un nouveau combat à mener venait de commencer. Une bataille épique que notre confrère s’est évertué à mener aux côtés de sa défunte épouse. « De juillet 2013 à décembre 2016, ce fut une bataille de trois années contre le cancer. Le combat médical était mené entre les hôpitaux Le Dantec et de Pikine. Le protocole médical établi par les médecins traitant de mon épouse tournait autour de chimiothérapies interminables. Ma femme pris rapidement un coup de vieillesse. Une chute des cheveux, des ongles noircis. Lorsque nous étions ensemble, c’est comme si j’étais accompagné de ma mère. La chimiothérapie, un procédé technique médical fait de produits chimiques devait détruire les cellules cancérigènes. Les douleurs de mon épouse étaient interminables et indicibles. Les comprimés de morphine, une drogue pour calmer la douleur, ne faisaient plus leurs effets. Il m’arrivait même de tripler la dose pour arrêter ses douleurs. Elle ne dormait pas la nuit. Sa féminité avait disparu lorsqu’elle fut obligée de subir une ablation. La facture de ce traitement était très salée. Ma défunte épouse m’a dit un soir que, selon ses calculs, nous étions presque à 5 millions de frs dépensés pendant les trois années de traitement. Les ordonnances les moins salées tournaient autour de 150 à 200.000 frs tous les 15 jours lorsqu’elle devait subir la chimio. Voyant que je courais à gauche et à droite pour son traitement, elle me demanda une fois de la libérer. J’avais haussé le ton en lui demandant de ne plus prononcer le mot divorce. Je lui disais que j’allais me battre jusqu’à sa guérison. Son état de santé ne s’est pas amélioré. Je me résolus à l’hospitaliser au service de cancérologie de l’hôpital Le Dantec dirigé par le Professeur Mamadou Diop. Elle y a été internée dans une grande salle en compagnie d’autres femmes atteintes du cancer. Chaque jour, il y en a qui mouraient. Un soir de juin 2016, le professeur Mamadou Diop m’a fait venir dans son bureau pour m’annoncer la mauvaise nouvelle. On ne pouvait plus rien pour mon épouse qui n’avait droit qu’à des soins palliatifs en attendant la fin. Ce qui est dramatique, c’est que ma défunte épouse continuait à me demander si elle allait s’en sortir. Je lui mentais en disant oui, alors qu’elle était en phase terminale. De cette date où elle a été diagnostiquée cancéreuse — on était en juin 2013—à décembre 2016, j’ai traversé cette période en intégrant que chaque jour la mauvaise nouvelle pouvait tomber. Ma mère et sa grande-sœur passaient la nuit avec elle. Un vendredi matin, ma mère me tapota tranquillement pour dire me demander d’évoquer le bon Dieu. Le décret divin venait de tomber un vendredi de décembre 2016. Ma première épouse venait de décéder d’un cancer du sein. J’avais déjà fait mon deuil. Neuf années après, la douleur constitue encore comme une boule dans ma poitrine ».
LE WAQF S’ENGAGE POUR 100 MILLE ENFANTS
100 mille élèves des «daaras» (écoles coraniques) ont été enrôlés, cette année, dans le programme de la Couverture maladie universelle (Cmu)
100 mille élèves des «daaras» (écoles coraniques) ont été enrôlés, cette année, dans le programme de la Couverture maladie universelle (Cmu). Cette action a été possible grâce à la haute autorité du Waqf. Il s’y ajoute 2500 autres bénéficiaires pris en charge par les mutuelles de Dakar. La cérémonie d’enrôlement s’est déroulée hier, lundi 23 octobre, à l’Institut Islamique.
Désormais, les enfants des «daaras», plus connus sous l’appellation de «talibés» ou «ndongos daaras» pourront désormais bénéficier de soins en cas de maladie dans les différentes structures de santé du pays. Le processus vient d’être enclenché par la haute autorité du Waqf, qui a décidé d’enrôler 100 mille enfants dans le cadre de la Couverture maladie universelle (Cmu) et 700 maîtres coraniques et «ndèye daaras» (marraines des écoles coraniques). L’annonce a été faite, hier lundi, au cours d’une cérémonie d’enrôlement.
Selon le directeur général du Waqf, Racine Ba, toutes les régions du Sénégal sont prises en charge dans les 100 mille enfants touchés. «Je remercie les associations pour le travail collégial fait dans la répartition. J’ai eu l’occasion de les accueillir dans notre siège», a-t-il fait savoir. Et d’appeler «les collectivités territoriales, les hommes publics et autres à s’investir dans la haute autorité du Waqf, pour plus d’actions sociales».
Dans la continuité de cette prise en charge sanitaire des enfants des daaras, l’Union régionale des mutuelles de Dakar a, elle aussi, décidé prendre en charge 2500 enfants dans le cadre de la Couverture maladie universelle. Selon leur représentant, 500 enfants seront pris dans chaque département de Dakar, à savoir Rufisque, Keur Massar, Pikine, Guédiawaye et Dakar.
Au niveau de l’Agence nationale pour la Couverture maladie universelle (AnaCmu), le directeur, Dr Mamoudou Daff, s’est dit très honoré de participer à l’atelier, qui clôture la tournée nationale consacrée à l’enrôlement de 100.000 «ndongos daaras», 10.000 maîtres coraniques, leurs conjoints et enfants ainsi que 700 «ndeyou daaras» dans les 46 départements du Sénégal. «Ce travail minutieux, qui est à mettre sur le compte de la haute autorité du Waqf, en partenariat avec la Cmu et les maîtres coraniques, manifeste, si besoin en est encore, la volonté du Waqf d’accompagner l’écosystème des daaras du Sénégal à disposer d’une assurance maladie à moindre coût», a-t-il déclaré dans son discours.
Et d’ajouter : «cette tournée d’un mois a permis aux parties prenantes de collecter les pré-listes pour l’enrôlement des bénéficiaires cités plus haut. D’ici peu donc, le processus sera achevé et l’ensemble des bénéficiaires pourront accéder aux soins de santé, sans difficulté». Rappelons que selon la Fédération nationale des associations d’écoles coraniques du Sénégal, l’action du Waqf sera désormais pérenne.
ENVIRON 160.000 PERSONNES SONT AFFECTÉES PAR LE TROUBLE DE LA COMMUNICATION AU SÉNÉGAL
Le monde célèbre la journée internationale du bégaiement ce dimanche 22 octobre. A l’occasion, El Bachir Dieng, l’ambassadeur des handicapés vocaux du Sénégal, est revenu sur le sens de cette célébration.
Le monde célèbre la journée internationale du bégaiement ce dimanche 22 octobre. Conférences, ateliers interactifs, expositions et témoignages vont rythmer l’évènement à la Maison de la culture Douta Seck. El Bachir Dieng, l’ambassadeur des handicapés vocaux du Sénégal, revient sur le sens de cette célébration. Selon lui, 160.000 personnes, souffrant de troubles de la communication au Sénégal, ne veulent qu’une chose : vivre dans une société inclusive et bienveillante. Entretien.
Que représente pour vous la célébration de la journée internationale du bégaiement ?
C’est un moment crucial pour sensibiliser le monde à la réalité des personnes qui bégaient. C’est l’occasion de briser les stigmates, de promouvoir la compréhension et l’empathie envers ceux qui vivent avec ce trouble de la communication. La journée vise à encourager l’éducation du public sur le bégaiement, à partager des expériences et des témoignages et à mettre en lumière les ressources disponibles pour aider ceux qui sont touchés. Elle permet également de mobiliser des ressources et des initiatives visant à améliorer la qualité de vie des personnes vivant avec un handicap vocal, en favorisant l’accès à des traitements appropriés, à des programmes éducatifs et à des opportunités professionnelles équitables. En fin de compte, cette journée contribue à créer un environnement mondial plus compréhensif où chacun est respecté et valorisé, indépendamment de son mode de communication.
Quels seront les temps forts de cette célébration au Sénégal ?
Nous avons prévu de nous rencontrer à la Maison de la culture Douta Seck pour des séances de self help (auto-assistance), des conférences, des ateliers interactifs, des partages d’expériences, des témoignages, des séances éducatives, des campagnes de sensibilisation, des discussions publiques et des expositions. L’objectif principal de cet évènement est aussi d’informer, d’éduquer et de réduire la stigmatisation associée au bégaiement, en offrant également un espace où les personnes concernées peuvent partager leurs défis, leurs réussites et leurs stratégies pour faire face au bégaiement. Nous voulons ainsi encourager un soutien mutuel au sein de la communauté.
À combien s’élève le nombre de personnes touchées par le bégaiement au Sénégal ?
Les statistiques indiquent qu’environ 160.000 personnes, au Sénégal, sont affectées par le trouble de la communication.
Est-ce que ce handicap est perçu comme une maladie dans notre pays ?
Non. Et c’est là la source de tous nos problèmes. Il faut comprendre que le bégaiement n’est pas une maladie, mais plutôt un trouble de la communication qui affecte la fluidité et la régularité du discours. Au Sénégal, comme dans de nombreux autres pays, le bégaiement est généralement perçu comme un trouble de la parole et de la communication et non comme une maladie. Cependant, il est important de noter que les perceptions peuvent varier d’une personne à l’autre en fonction de leur niveau de compréhension du bégaiement et de l’éducation reçue sur ce sujet. Voilà pourquoi, l’éducation et la sensibilisation sont essentielles pour changer les attitudes et promouvoir une compréhension plus approfondie du bégaiement en tant que trouble de la communication. En réalité, il s’agit de mobiliser les autorités, ainsi que la population, pour améliorer la prise en charge, favorisant une société inclusive et bienveillante.
Pensez-vous justement que cette journée peut attirer l’attention des autorités dans la prise en charge de vos préoccupations ?
Effectivement. La journée a le potentiel d’attirer l’attention des autorités et de susciter une prise de conscience significative concernant les préoccupations liées au bégaiement. Cette journée offre une plateforme importante pour sensibiliser les décideurs, les professionnels de la santé, les éducateurs et le grand public aux défis auxquels font face les personnes qui bégaient. En mettant en lumière les réalités du bégaiement, les expériences des individus et les obstacles auxquels ils sont confrontés, cette journée peut encourager les autorités à développer des politiques et des programmes spécifiques visant à améliorer la prise en charge, l’éducation et l’inclusion des personnes qui bégaient. La sensibilisation générée par la journée du bégaiement est essentielle pour instaurer un changement positif, promouvoir l’égalité des chances et améliorer la qualité de vie des personnes touchées par le bégaiement.
Existe-t-il des structures dédiées à la prise en charge des personnes souffrant de troubles de la communication ?
Oui. Il existe bel et bien, au Sénégal, des structures dédiées à la prise en charge des personnes souffrant de troubles de la communication. Elles comprennent les centres de rééducation, les cliniques spécialisées en orthophonie, ainsi que des associations. Ce sont des établissements et organisations qui offrent des services de diagnostic, de traitement, de rééducation visant à améliorer leur communication et à mieux gérer les troubles de la communication. Ils ont l’avantage de proposer des séances de thérapie individuelle, des groupes de soutien, des ateliers de gestion du stress liés au bégaiement et d’autres interventions visant à améliorer la qualité de vie des personnes touchées. Il est recommandé aux personnes concernées de se rapprocher de ces structures pour obtenir de l’aide et des conseils adaptés à leur situation.
Quels sont les autres défis de votre association ?
Depuis quelques années, nous faisons des orientations professionnelles pour les nouveaux bacheliers, afin qu’ils puissent s’insérer rapidement dans le monde professionnel, vu qu’on tend vers la digitalisation des métiers et l’automatisation des tâches. Il est nécessaire d’anticiper vers les métiers techniques et numériques. C’est très difficile pour les personnes vivant avec un handicap d’avoir du travail au Sénégal. Nous sommes souvent recalés lors des entretiens d’embauche professionnels. Dans la loi d’orientation sociale, il est clairement mentionné que la situation de handicap ne peut être, en aucun cas, un motif de discrimination pour l’accès à l’emploi. La compétence n’a rien à voir avec le bégaiement. Nous travaillons pour que l’État et les entreprises privilégient l’approche par les compétences lors des entretiens d’embauche.
LES SEINS SANS L’OMBRE DU CANCER
Pour Bes bi, c’est l’occasion de mettre la lumière sur cet organe pair dont l’importance va au-delà de la biologie. Les seins de la femme sont au cœur de l’enracinement culturel, de l’amour filial, de la religion et de la sexualité.
Bés Bi le Jour |
Marly DIALLO |
Publication 21/10/2023
Le cancer du sein ne fait pas que ronger le sein, il lui vole aussi la vedette en cette période d’Octobre Rose. Impossible de faire des recherches sur le sein sans tomber sur le mot cancer. Pour Bes bi, c’est l’occasion de mettre la lumière sur cet organe pair dont l’importance va au-delà de la biologie. Les seins de la femme sont au cœur de l’enracinement culturel, de l’amour filial, de la religion et de la sexualité.
Culture : Un abreuvoir de valeurs et d’amour filial
«Nourrices-mercenaires». Cette expression ne vous est peut-être pas familière. C’est normal parce que l’Afrique est le continent où cette pratique a le moins prospéré. Pendant longtemps en Europe, les enfants nés dans l’aristocratie étaient confiés à des femmes de conditions sociales inférieures. Celles-ci allaitaient et s’occupaient de l’enfant jusqu’au sevrage. Les femmes aristocrates pouvaient ainsi préserver leur corps et leur autonomie. Aussi, en Arabie pré-islamique, les enfants nés à la Mecque étaient confiés à des bédouines du désert. Cela permettait aux enfants de s’adapter à des conditions vie austère, de respirer l’air pur du désert et de parler un arabe authentique non dilué par le caractère cosmopolite de la Mecque. En Afrique, cette pratique était peu répandue. Et pour cause, donner le sein à son enfant est une tradition profondément ancrée. A travers ce geste, la mère ne fait pas que nourrir son enfant. Elle l’abreuve aussi de valeurs. La chercheuse Oumou Ly Kane l’explique ainsi : «Le nourrisson qui tète le sein de sa mère ne boit pas seulement du lait ; il absorbe aussi tout un système parental et social, une appartenance et un ensemble de valeurs, d’obligations et d’interdits». Aussi, ils prolongent et renforcent l’amour filial. Dans l’utérus, la mère nourrit son enfant au moyen du cordon ombilical. Une fois celui-ci sectionné, il y a la peur que le monde extérieur bien moins bienveillant éloigne l’enfant de sa mère. A ce moment-là, les seins prennent le relais et procurent nourriture, amour et réconfort à l’enfant. Donner le sein à un enfant va donc bien au-delà du fait de le sustenter. Ce geste influe sur son enracinement et sa psychologie. C’est l’une des raisons pour lesquelles en Afrique, l’allaitement est rarement délégué à une personne étrangère. Quand la mère tombe malade ou meurt, c’est à l’entourage proche que sera confié l’enfant. La nourrice choisie peut être assistée mais pas rémunérée.
Sexualité : Une érotisation lucrative
Au Cameroun, il existe une tradition appelée «le repassage des seins». Des objets chauffés sont utilisés pour masser la poitrine et empêcher son développement. Cette mutilation moins connue que l’excision vise aussi à entraver la sexualité des femmes. Cette pratique dangereuse reconnait et rejette le caractère sexuel des seins. Bien que largement répandue dans le monde, la sexualisation des seins restait, jusqu’à un passé récent, une réalité taboue confinée à la sphère privée. L’émergence des médias et du divertissement (magazines, films, publicités, pornographie) va s’accompagner d’un recours au corps de la femme comme argument marketing à partir des années 1960. Tout d’un coup, les seins de la femme ont commencé à se retrouver dans l’espace public et dans les foyers par la magie des affiches et de la télévision. Les seins sont affichés de façon suggestive dans des décolletés de plus en plus plongeants. A partir de là, la fonction nourricière du sein est ouvertement concurrencée par sa fonction sexuelle.
Place à la chirurgie d’augmentation mammaire
L’industrie de la lingerie fine en profite pour créer des produits qui embellissent et érotisent la poitrine et réalisent au passage des chiffres d’affaires aussi vertigineux que leurs décolletés. Rien qu’aux États-Unis, le marché des sous-vêtements a rapporté près de 18 milliards de dollars en 2022, rapporte Statista, un organisme spécialisé dans la compilation de données. Peu de données sont disponibles concernant l’Afrique mais on sait que la sexualisation mammaire est aussi répandue sur le continent. De même, la chirurgie d’augmentation mammaire devient de plus en plus populaire. Elle est aujourd’hui la chirurgie esthétique la plus répandue au monde devant la liposuccion, la rhinoplastie, le lifting et l’augmentation du fessier. Toutefois, il persiste en Afrique des peuples pour qui les seins ne sont pas un organe sexuel. Au sein de ces peuples, il n’est pas inhabituel que la poitrine de la femme ne soit pas voilée. C’est le cas chez les Bushmen et les Zoulous en Afrique australe et chez les Massai au Kenya.
Politique : Protester par la nudité
Le 15 février 1961, une femme a commencé à apparaitre torse-nu dans les rues de Léopoldville (Kinshasa). Son nom : Pauline Lumumba. Elle est la veuve de Patrice Lumumba assassiné un mois plus tôt. Elle espère, à travers ce geste, obtenir le droit d’enterrer le corps de son époux. Elle n’obtiendra jamais gain de cause car le corps en question a été délibérément dissout dans de l’acide pour mieux tuer le mythe Lumumba. Cette manifestation est un exemple du recours aux seins de la femme comme moyen de protestation. Cette stratégie mise sur la provocation pour attirer l’attention des médias et du public sur un sujet particulier. Ce phénomène est à la fois rare et redouté en Afrique à cause des croyances à la malédiction de la nudité des femmes. Dans certaines cultures, on pense que voir la nudité d’une femme, surtout si elle est âgée, est source de malédictions. Ainsi, en 2002 au Nigeria, des femmes Igbo ont menacé de se dénuder pour protester contre la pollution pétrolière. Cela a suffi à paralyser le secteur car les travailleurs locaux redoutaient de tomber sur des femmes dénudées. Enfin, deux femmes Prix Nobel de la paix ont eu recours à cette forme de protestation : La Kenyane Wangari Maathai pour s’insurger contre la brutalité policière et la Libérienne Leymah Gbowee pour lutter contre la guerre civile qui déchirait son pays.
Religion : Un trésor à dissimuler
«Est-il acceptable de peindre la Vierge Marie donnant le sein à Jésus ?» Cette question est au centre d’un clash entre la religion et l’art. La première invoque la pudeur tandis que le second prône la liberté d’expression. Le temps semble pencher pour la religion. Alors que la représentation en peinture de la Vierge Allaitant était très populaire au Moyen-âge et au début de la Renaissance, elle est aujourd’hui assez rare. Tout en célébrant les seins des femmes, les religions monothéistes appellent à les couvrir comme on dissimule un trésor. Pour ces religions la fonction nourricière des seins l’emporte sur les autres (sexuelle, politique, sensuelle, etc.). L’Islam comme le Christianisme considèrent l’allaitement comme une obligation morale aux bénéfices innombrables aussi bien pour l’enfant que pour la mère. La Science a donné raison à ces recommandations formulées des siècles plus tôt. L’Oms reconnait que le lait maternel participe à la nutrition, à l’immunité et au bien-être psychologique de l’enfant. Chez la femme, l’allaitement peut protéger contre les cancers du sein et de l’ovaire, le diabète, etc. Au-delà de son rôle nourricier, les seins peuvent aussi créer une relation de fraternité là où il n’existe aucun lien de parenté. C’est ce qu’on appelle la filiation par l’allaitement. En islam, téter d’un même sein suffit à faire de deux enfants étrangers des frères ou sœurs. De même, par l’allaitement, une femme peut devenir mère d’un enfant qu’elle n’a pas mis au monde.
LE SEIN DANS TOUTES SES REPRESENTATIONS
Organe important mais exposé, La journée mondiale contre le cancer du sein a été célébré ce mercredi 20 octobre 2023, en plein Octobre rose.
Bes Bi le Jour |
Marly DIALLO |
Publication 21/10/2023
La journée mondiale contre le cancer du sein a été célébré ce mercredi 20 octobre 2023, en plein Octobre rose. Cette maladie est durement ressentie par les femmes, beaucoup en perdent un ou les deux seins. Bés bi tente de voir cet organe dans toutes ses représentations. La douleur de le perdre, le bonheur de l’avoir, de le préserver. Le sein dans la sexualité, dans la famille, l’éducation, la santé de la mère et de l’enfant, la féminité, la société… Comment discuter des seins avec de parfaites inconnues ? C’est à cet exercice délicat que Bés bi s’est livré avec des étudiantes de l’Ecole supérieure polytechnique de Dakar (Esp). Ces jeunes scientifiques dont certaines sont voilées se livrent sur leurs relations avec cet organe essentiel. Que représente-t-il pour elles ? Prennent-elles des précautions pour le protéger ? Comment les inciter à pratiquer l’autopalpation ?
Octobre rime habituellement avec l’effervescence de l’ouverture des classes à l’Ecole supérieure polytechnique (Esp). Cependant, en cette matinée d’automne, les lieux sont plongés dans le silence et la torpeur d’une journée de canicule. Dans la cour de l’école spacieuse et propre, une végétation généreuse offre de l’ombre aux quelques rares personnes assises sur les bancs. Kadiata Diallo, Assiata Ba et Bineta Ba sont inscrites à un master de Mathématiques. Elles se sont rencontrées dans cet établissement quelques années plus tôt et ont fini par devenir comme des sœurs. Étant toutes les trois voilées, il n’est pas évident d’aborder le sujet qui nous intéresse : les seins. Les premières réactions sont réservées. Puis la dynamique de groupe aidant, la discussion devient plus animée. «Pour moi, les seins sont un magnifique don de Dieu qui va un jour me lier aux enfants que j’aurai InchAllah», déclare Kadiata. «Les seins nous identifient en tant que femmes et participent à notre féminité, qu’on l’affiche ou qu’on la dissimule», renchérit Bineta. Pour Assiata, c’est aussi un organe qui vaut aux femmes des remarques misogynes. «Quand tu as de gros seins, les gens parlent, de même que quand tu as de petits seins. Je trouve cela déplacé d’évoquer les seins des femmes et d’en faire un motif de complexes pour elles», s’indigne-t-elle. L’importance de cet organe étant établi, il est temps de s’enquérir des soins qu’on lui accorde.
L’oubli et la pudeur mis en cause
Toutes les trois se rejoignent sur un point : Elles pratiquent rarement l’autopalpation conseillée pour détecter toute anomalie. La principale explication est l’oubli. «Je n’y pense pas souvent, sauf en ce mois d’octobre avec les constants rappels, je me dis que je vais le faire», reconnait Assiata. «Comme on a des seins toute l’année et pas seulement en octobre, il serait bien de maintenir la sensibilisation pour que ça serve de rappel», intervient Kadiata avec un trait d’humour qui provoque des rires. En attendant, elles promettent de se rappeler entre elles de se livrer régulièrement à cet exercice simple mais crucial. Car, comme elles le reconnaissent à l’unisson, «notre santé et celle de nos proches doivent toujours être une priorité». Un avis que partage Awa Willane.
Une application et des tutoriels sur la pratique de l’autopalpation
Avec une voix bienveillante et une gestuelle posée, la jeune étudiante en Biologie accepte de se joindre à la discussion malgré son apparent empressement à retourner à ses travaux. Pour elle, les seins sont une part importante de la féminité : «Les femmes qui subissent une ablation mammaire sont quelque peu privées d’une partie de leur identité. Ça doit être une grande épreuve». Par mesure de prévention, elle pratique l’autopalpation plus souvent mais pas autant qu’elle le devrait. Elle préconise la poursuite de la sensibilisation tout en soulignant un point important : la pudeur. «Peut-être que la pudeur héritée de notre éducation est la raison pour laquelle on peine à adopter l’habitude de se toucher les seins», suggèret-elle. Sur un ton plus sérieux, Bineta propose l’idée d’une application qui va alerter les femmes à la fin de leurs règles pour leur rappeler de pratiquer l’autopalpation. Une suggestion qui fait consensus à en juger par les réactions d’acquiescement. Aussi, Bineta souligne l’importance d’inclure dans les campagnes de sensibilisation des tutoriels pour savoir exactement comment pratiquer cet exercice pour ne pas passer à côté d’un signe qui aurait dû alerter.
Restaurer la féminité spoliée des survivantes
Quelques instants plus tard, c’est d’un pas résolu que Woré Cissé se dirige vers la sortie. Elle était venue à l’Esp pour se renseigner sur le concours de Génie électrique auquel elle souhaite participer. A tout juste 18 ans, elle affiche une assurance qui lui fait tout de suite adhérer à l’idée de parler des seins. «Par le lait maternel qu’ils procurent, les seins sont d’une importance capitale pour la survie des bébés. Donc, les seins des femmes sont importants pour toute la société», déclare-t-elle. Est-elle une assidue de l’autopalpation ? «Non», répond-elle avec honnêteté. Elle s’empresse de proposer une solution : «Il y a beaucoup trop de contenus inutiles sur les réseaux sociaux. On devrait mettre en avant des informations et rappels plus profitables à la santé et au bien-être.» Si le cancer est détecté suffisamment tôt, il est possible de le guérir sans ablation mammaire. Malheureusement, alors que le cancer du sein est plus rare en Afrique qu’en Europe ou en Amérique, il y est aussi plus dommageable et plus mortel à cause d’un diagnostic plus tardif. L’ablation d’un ou des deux seins devient nécessaire lorsque la tumeur atteint un stade avancé. «Une mastectomie est vécue comme une atteinte à la féminité et à l’estime personnelle des femmes», explique Mme Diarra Guèye Kébé, survivante du cancer et présidente de l’Association Cancer du sein Sénégal. En plus d’être active dans la sensibilisation, cet organisme lève des fonds destinés à l’achat de prothèses mammaires pour des femmes ayant subi une ablation. Pour cette année, l’objectif est fixé à au moins 500 prothèses. Cela ne suffira peut-être pas pour effacer les ravages du cancer sur le corps et l’esprit des survivantes. Cela peut cependant les aider à recouvrer une partie de leur féminité spoliée et de reprendre goût à la vie.
LA SANTE, UN GRAND CORPS MALADE
Le diagnostic fait par le directeur des Etablissements publics de Santé sur la situation des hôpitaux et autres structures est sans complaisance : mauvaise qualité de l’accueil, problèmes de comportement, performance et double emploi…
Le diagnostic fait par le directeur des Etablissements publics de Santé sur la situation des hôpitaux et autres structures est sans complaisance : mauvaise qualité de l’accueil, problèmes de comportement, performance et double emploi…
Les structures sanitaires au Sénégal souffrent des mêmes maux. Elles sont affectées par des problèmes liés à l’accueil et à l’orientation. Partout dans les centres hospitaliers ou les centres de santé, la rengaine est la même chez les patients. La majeure partie des agents publics qui s’activent dans le privé, sont tenus pour responsables de ce mauvais accueil tant décrié dans les structures sanitaires publiques. Pourquoi ? «Le constat est alarmant : 60 à 65 % des travailleurs dans les hôpitaux sont tous dans des structures privées ou détiennent d’une manière illégale, une structure privée, des cabinets paramédicaux ou d’autres sont associés à des structures privées en continuant à servir dans ces structures privées. Pire aujourd’hui, on fait même du commerce à travers la santé. C’est-à-dire on voit des professionnels de santé qui appellent leurs patients à les rejoindre dans ces structures privées», a diagnostiqué Dr Ousmane Dia, directeur des Etablissements publics de santé au ministère de la Santé et de l’action sociale. Il faisait une présentation sur «la problématique de l’accueil dans les structures de santé» à l’occasion de l’Université de l’hivernage du Sutsas.
D’après lui, ce sont des attitudes qui mettent les patients dans des conditions très difficiles. Il donne un exemple qui fait froid dans le dos : «Durant le comité de direction de l’Hôpital général Idrissa Pouye, une femme, qui a souffert du cancer pendant 4 à 6 ans, s’est retrouvée seule avec son petit frère de moins de 30 ans qui souffre aussi d’un cancer. Ils ont dépensé dans des structures privées 3 millions de francs. Aujourd’hui, ils n’ont plus les moyens de se prendre en charge par ces structures. Les soignants ont tout fait avec les moyens en leur possession, mais la maladie ne fait qu’empirer. On a fait tout ce qu’on pouvait, mais la maladie s’est aggravée.» Il ajoute : «Le jeune est maintenant chez lui, il ne peut rien faire, il ne peut pas bouger. Aujourd’hui, il vient chez nous pour qu’on puisse l’aider. Une secrétaire lui dit : «Je dois établir votre dossier, mais je n’ai pas de temps, donnez-moi votre numéro.» Je lui ai dit : «Vous laissez là votre numéro, dans 10 ans, on ne vous appelle pas.».»
La mauvaise qualité du service dans les structures de santé publique s’accompagne parfois dans certaines structures de la mauvaise qualité d’hygiène. «Je suis entré dans un hôpital ce matin (mercredi), mais on m’aurait donné un petit déjeuner, j’aurais refusé de le prendre parce que je sentais une odeur pestilentielle sortir des toilettes», dénonce le directeur des Etablissements publics de santé. «C’est une situation extrêmement pénible que nous vivons aujourd’hui dans nos hôpitaux», dit-il.
Aujourd’hui, le secteur ressemblerait à un grand corps malade. «Notre pays est confronté au double fardeau des maladies transmissibles et des maladies chroniques», souligne-t-il. Sans oublier de relever les difficultés qu’ils éprouvent pour faire face à la riposte. A l’en croire, «ces difficultés sont accentuées par les carences qui sont notées dans les structures publiques de santé» et les mauvais comportements qui affectent l’accueil dans les centres hospitaliers et les centres de santé du pays. «Lorsqu’on vous laisse seul, les mauvais comportements vont à l’encontre du service. L’utilisation abusive du téléphone par les praticiens. Parfois le peu de communication entre le praticien et le malade. Et les abus de toutes sortes auxquels nous sommes confrontés ne sont pas arrêtés. On a tendance à reléguer la qualité des services au second plan. Cela ne fait que causer la colère des agents médicaux. Personne n’est satisfait. Nous sommes confrontés à des comportements qui déteignent sur nous», dit le directeur des Etablissements de santé.
Une enquête faite avant les concertations et qui avait montré le déficit de communication dans certains centres hospitaliers atteste ce problème de la qualité de l’accueil.
«Avec 60% des enquêtés, on parle de la qualité. On dit que ce sont 55% qui sont satisfaits. Sur la question de la possibilité de revenir, ce sont 80% qui disent non et qu’ils préfèrent même aller dans une structure privée», révèle-t-il.
Questions sans réponses
Pour apporter des réponses à cette problématique, Dr Ousmane Dia se pose des questions : «Est-ce que l’accueil et la disponibilité des services sont assurés au niveau du service public ? Les horaires ne sont pas respectés. Le traitement des patients est-il satisfaisant ? La communication entre patient et médecin, entre supérieur et collaborateur est-elle bonne ? Les patients sont-ils satisfaits du service rendu par le personnel ? Quelle initiative pour changer la situation ? Toutes les initiatives mises en œuvre pour améliorer la qualité du service. Est-ce qu’elles ont fourni les résultats escomptés ? Est-ce que l’autorité est satisfaite du travail des employés ? Est-ce que la question de la qualité du service est une priorité au niveau du système de santé ? Plusieurs situations comme ça existent dans nos hôpitaux aujourd’hui.» En tout cas, la situation semble figée. «La plupart du temps, des études ont montré que les problèmes des malades, ce sont d’abord l’accueil et l’orientation. Les erreurs de diagnostic et de médicamentation, les problèmes de communication et surtout l’environnement du travail désorganisé où on ne peut rien escompter de bon de la part de nos prestataires au niveau des structures de santé. Cela induit un double problème de satisfaction des usagers», assure-t-il.
Pour le directeur des Etablissements publics de santé, «la solution c’est la qualité de l’accueil». Et c’est dans ce sens, informe-t-il, «que le ministère de la Santé a mis 14 directives qui devraient normalement permettre d’améliorer sensiblement la qualité du service».
En écho, Mme Bigué Ba Mbodji ne partage pas l’avis que les sages-femmes soient indexées. La présidente de l’Association des sages-femmes demande à ses collègues «de ne pas écouter ce que racontent les gens sur elles». «Mais, il faut faire focus sur votre travail et faire en sorte que chaque femme qui entre dans la maternité avec un enfant vivant dans son ventre puisse en ressortir avec un enfant vivant dans ses bras», conseille-t-elle.
Mballo Dia Thiam, Secrétaire général du Sutsas, a magnifié cette initiative de l’Université de l’hivernage. En dehors des batailles des défenses des intérêts matériels et moraux, ils ont le devoir, dit-il, «de contribuer, par des propositions pertinentes, au développement socio-sanitaire du pays». Cette Université de l’hivernage a été organisée par le Sutsas pour combler le gap de formation pour les agents qui n’ont pas bénéficié de recyclage après leurs études. Ce qui va leur permettre d’explorer d’autres horizons comme les zoonoses, l’accueil hospitalier…
«NOUS FERMONS LES YEUX SUR LES BOURREAUX, LES CRIMINELS QUI VIOLENT LES FEMMES…»
Bigue BA Mbodji, présidente de l’association nationale des sages-femmes se prononce sur l’avortement clandestin
La recrudescence des grossesses précoces chez les jeunes est un des facteurs d’avortements clandestins qui sont de plus en plus fréquents. Lors du 2e forum sur la santé de la reproduction des adolescents et des jeunes, la présidente de l’association des sages-femmes d’Etat du Sénégal a fait un plaidoyer fort pour la prise en charge des victimes de viol suivi de grossesse qui, selon elle, aboutit à un avortement clandestin.
«Nous fermons les yeux sur les bourreaux, les criminels qui violent les femmes et généralement, ils ont une ascendance sur les victimes. Ils sont très proches d’elles et nous, en tant qu’agents de santé, nous les recevons dans un état vraiment lamentable». C’est le cri du cœur de Bigué Bâ Mbodji présidente de l’association nationale des sages-femmes d’Etat du Sénégal, lors du forum sur la santé de la reproduction des adolescents et des jeunes (Sraj) sur le thème ‘’l’avortement médicalisé en cas de viol ou d’inceste’’. Cependant, elle est revenue sur les principales complications de l’avortement. «Ce que nous recevons dans nos structures, c’est d’abord l’infection qui peut se compliquer à une infection généralisée. Il y a aussi l’hémorragie qui constitue la 1ère cause de décès maternels mais aussi les nombreux cas de tentatives de suicide, des cas d’amputation de la jambe», révèle-t-elle. En outre, elle est revenue sur une problématique qui pousse les femmes à pratiquer l’avortement clandestin. «Dans les réseaux sociaux, régulièrement on m’envoie des vidéos où on dit : on fait des offres de service ; au vu et au su de tout le monde, avec des adresses et des numéros de téléphone. Ils offrent des services d’avortement et ils citent les médicaments qui le font», indique-t-elle. Elle ajoute que rien n’est fait ; et une fois qu’une personne l’utilise, on va dire que cette personne sera sanctionnée parce qu’elle ne devait pas utiliser. «Mais est-ce que le travail ne devait pas être fait en amont contre ces personnes-là qui leur donnent ces services et qui n’ont ni compétence, ni légalité encore moins la légitimité de pouvoir leur offrir ces services ?»
«QUAND IL Y A VIOL, LE PREMIER RECOURS, CE N’EST PAS LA STRUCTURE SANITAIRE SI VOUS VOULEZ QUE JUSTICE SOIT FAITE»
L’avortement clandestin est devenu, selon Bigué Ba Mbodji, un problème de santé publique. «Il ne faut pas que l’on se voile la face en jouant à la politique de l’autruche. L’avortement clandestin est un problème de santé publique. C’est une situation qui se vit dans la chair de la personne», dit-elle. Selon elle, on doit se référer à la définition de la santé de la reproduction qui est un état de bien-être physique, moral, mental et social. «Si on se réfère à cette définition de la santé de la reproduction, on pourra savoir que nous devons parler de manière courageuse et efficiente de cette problématique de l’avortement parce que c’est un problème qui est là et qui demande solution ; parce que si l’on ne fait rien, nos filles vont mourir», affirme-telle. Mme Bâ déplore que la femme qui est violée soit toute seule à subir toutes les conséquences. «La femme est violée seule, elle porte la grossesse seule, elle meurt de cette grossesse en cas d’avortement clandestin seule, elle fait face à la justice toute seule. Quelqu’un qui est accusé de viol, s’il n’a pas les moyens, on lui donne un avocat d’office mais la victime est seule», se désole-t-elle. A cet effet, elle souligne qu’elles sont les agents de première ligne que les femmes consultent en cas de viol. «Quand il y a viol, le premier recours, ce n’est pas la structure sanitaire si vous voulez que justice soit faite. Le premier recours est d’aller à la gendarmerie ou à la police, avoir la réquisition et maintenant, les résultats des examens qui seront faits au niveau de la structure de santé pourront être utilisés en cas de procès. Quand on est violée, on se sent sale, souillée, et le premier réflexe est de se laver, se débarrasser de ses habits qui constituent une preuve du viol.»