Paris, 5 mai 2015 (AFP) - Un garçon est né dans la nuit de lundi à mardi à bord d'un vol Air France reliant Dakar à Paris, ont indiqué à l'AFP la compagnie aérienne et un passager présent à bord de l'appareil.
Le vol AF 719 a décollé de la capitale sénégalaise à 23h31 (heure locale et GMT) en direction de Paris-Charles de Gaulle, où il a atterri à 06H21 locale (04H21 GMT), a indiqué Air France.
"Environ une heure après le décollage, il y eu une annonce du pilote, demandant d'une voix très calme s'il y avait un médecin un bord", a raconté Jean-Louis, qui était assis à l'avant de l'appareil, en classe économique.
"La maman devait être à l'arrière de l'avion", a estimé cet utilisateur régulier de la ligne Paris-Dakar, ajoutant n'avoir "entendu aucun bruit, ni de la maman ni du bébé".
Ce n'est qu'après une courte sieste qu'il a "entendu un passager dire qu'un bébé était né à bord", grâce au "bouche à oreille (qui) a fait son chemin de l'arrière de l'appareil vers l'avant". L'annonce officielle est finalement venue du cockpit peu avant l'atterrissage, déclenchant des applaudissements nourris des passagers.
Jean-Louis a ensuite vu monter à bord "une demi-douzaine de personnels des services médicaux d'urgence, ainsi que quelqu'un de la PAF [police aux frontières, ndlr]", mais n'a pas vu le nouveau-né, sans doute sorti par une des portes arrière du Boeing 777 tout juste entré dans la flotte d'Air France le 1er mai.
La compagnie a précisé qu'un passager médecin avait prêté main forte à l'équipage, "formé pour ce genre d'événement" et qui "dispose du matériel nécessaire à bord". La dernière naissance sur un vol Air France remonte à 2011 et la société envisage "d'offrir un petit cadeau à la mère et au bébé".
Aéroports de Paris, dont le service médical d'urgence a pris en charge la mère et l'enfant à leur arrivée à Roissy, a indiqué à l'AFP que "le papa a récupéré sa petite famille au sol" et que "tout le monde se porte bien".
BORIS N’EST PAS CHARLIE
Il proteste "énergiquement" contre l’attribution d’un prix à l’hebdomadaire satirique français lors du "Pen World Voices festival", ce mardi à New York
Boubacar Boris Diop n’est pas Charlie. Dans une lettre adressée à la directrice exécutive du Pen American Center, Suzanne Nossel, l’écrivain sénégalais le fait savoir. Invité au Pen Wolrd Voices Festival, prévu ce mardi à New York, Boris assure qu’il "participer(a) avec plaisir" à l’événement.
Cependant, s’empresse-t-il d’ajouter, il "protest(e) énergiquement" contre l’attribution, au cours de cette manifestation, d’un prix à Charlie Hebdo.
Dans la lettre que nous vous proposons ci-dessous in extenso, l’éditorialiste de www.SenePlus.Comexplique sa position. Laquelle est partagée par plus de 200 auteurs, qui ont décidé de boycotter la cérémonie de remise de la distinction à l’hebdomadaire satirique français.
LA LETTRE DE BORIS
Boubacar Boris Diop
Ecrivain, Dakar (Senegal)
A
Madame Suzanne Nossel
Directrice exécutive du PEN American Center
New York (Usa)
Paris 30 avril 1994
Madame,
J'ai été invité, en tant qu'écrivain sénégalais, au PEN World Voices Festival de cette année 2015.
J'y participerai avec plaisir pour échanger pendant une semaine avec les autres auteurs présents à New York.
Mais comme vous le savez, la controverse fait rage en ce moment au sujet d'un prix que le PEN American Center envisage de remettre le mardi 5 mai 2015 à l'hebdomadaire français Charlie Hebdo. Six de mes collègues ont publiquement exprimé leur rejet d'une telle distinction et je tiens par la présente lettre à joindre ma voix à la leur pour protester énergiquement contre la décision du PEN American Center.
Je l'ai dit et écrit au lendemain des attentats contre Charlie Hebdo : les caricatures grossières et insultantes de ses dessinateurs sèment la haine dans les cœurs et causent plus de tort à la liberté d'expression sainement comprise qu'elles ne la servent. Ces excès ne justifient en aucun cas la froide élimination de dessinateurs par une bande de fanatiques mais je continue à ne pas me reconnaître dans le nihilisme à la fois puéril et dangereux de cet organe de presse.
Il est dès lors de mon devoir de vous dire, en votre qualité de Secrétaire exécutive du PEN American Center, que les journalistes de cet hebdomadaire ne sauraient être mes héros et que la soirée de gala qui leur sera consacrée n’a pas sa raison d’être.
Bien cordialement,
Boubacar Boris Diop (Sénégal)
MÉDECINS MILITAIRES EN COLÈRE
AUGMENTATION DE SALAIRES DANS L’ARMÉE ET LA GENDARMERIE
Quatre jours seulement après l’application du décret portant amélioration des conditions de vie et de travail des officiers, sous-officiers et élèves officiers militaires et de la gendarmerie, les médecins militaires ruent dans les brancards. Ils crient au scandale et dénoncent la mesure qui ne les prend pas en compte. Vont-ils ranger les blouses ou faire fi de leur droit de réserve ? Les jours à venir nous édifierons.
À peine signé par le Président Macky Sall, le décret portant hausse des pécules des écoles militaires, de la solde spéciale et de l’indemnité de charge militaire et portant création d’une indemnité de responsabilité ou de commandement, d’une prime d’astreinte et d’une prime de qualification, des voix se font entendre dans la grande muette. Laissés en rade par cette mesure, des médecins militaires commencent à râler et à crier au scandale. Selon nos informations, les médecins militaires qui ont un rang de colonel pour la plupart ont été zappés par ce décret. Pourtant, dans leurs rangs il y a des agrégés de médecine (avec un niveau d’études équivalant à Bac+12) des doctorants contrairement à certains officiers qui n’ont que des diplômes d’écoles militaires équivalant à Bac+5) qui ont pourtant bénéficié des largesses du chef de l’Etat.
Responsables et chefs de services dans les hôpitaux (ils sont une trentaine à l’hôpital Principal) les médecins militaires ne comprennent pas ce qui a motivé la décision du président de la République. Ils trouvent injuste et discriminatoire le traitement de Macky Sall à leur endroit. «A la lecture du décret, on ne peut qu’être indigné. Si l’exhaustivité a été recherchée au point de prendre en compte les personnels navigants, les ingénieurs entre autres, on ne peut pas accepter de ne pas voir y figurer les médecins du service de santé des armées. Si la qualification fait partie des critères, les officiers de santé ne peuvent être exclus des ayants droit», pestent les blouses blanches militaires. Une part belle a été faite aux titulaires du Brevet de l’École de guerre. Ce qui montre que ce sont les fantassins qui ont rédigé le décret.
«Comment peut-on ignorer à travers cette mesure les médecins militaires», s’interroge un toubib rencontré dans le hall d’un hôpital. Traitement injuste et inégalitaire Cette situation risque de déteindre sur les relations entre les médecins militaires et le Chef d’Etat major général des Armées (Cemga) Mamadou Sow. À en croire nos sources, le Général Sow n’a pas une grande considération pour ce corps militaire depuis sa nomination. Qu’est-ce qui explique cette attitude ? Mystère. Ce dont ils sont certains, c’est que le Cemga n’a jamais prononcé le nom des médecins militaires. Le Général Mamadou Sow, selon nous sources, déclare souvent : «(…)
VOUS AUTRES ETRANGERS QUI VIVEZ PARMI NOUS»
Les primes de qualification encouragent les officiers titulaires de diplômes obtenus dans des écoles d’enseignement militaire supérieur. Ces officiers qui bénéficient aujourd’hui de ces primes, ne sont pas plus méritants que ceux de la santé. «Ce sont les derniers des promotions des écoles militaires d’enseignement supérieur. Leur niveau d’étude n’arrive pas à la cheville de celui des médecins militaires qui comptent des agrégés dans leurs rangs». Nos informateurs sont d’avis que le mal va plus se faire sentir chez les hommes de troupe. Toujours à la première ligne d’attaque sur le théâtre des opérations, les hommes de troupe ne savent plus à quel saint se vouer face à cette «discrimination». Toutefois, selon des sources dignes de foi, cette hausse des salaires des officiers qui devrait être appliquée depuis le 1er avril dernier, va être difficilement applicable cette année du fait du diktat des bailleurs de fonds (Fmi et Banque mondiale).
Les pelures d’orange servent plus qu’on ne le pense. La preuve en est que les industriels se ruent vers les vendeurs d’oranges pour s’en procurer. Un petit métier qui nourrit bien son homme.
C’est la saison des oranges locales. Il suffit juste de faire un tour dans les artères de la ville de Dakar pour le remarquer. L’orange est un fruit convoité par les Sénégalais. Les pousse-pousse ou tables d’oranges sont à tous les coins de rue. C’est dire donc que le produit marche bien en cette période. Epluchée ou entière, l’orange se vend aussi bien en gros qu’en détail entre 25 et 100 francs Cfa. L’orange locale est accessible à toutes les bourses. Mais ce n’est pas que le fruit qui remplit les poches des petits vendeurs qui s’adonnent à ce business. Les pelures aussi rapportent bien. Ils sont, en effet, vendus à des industriels qui les utilisent dans les produits cosmétiques. Le sac de 50 kg est ainsi vendu entre 1000 et 1500 francs Cfa.
Avant, la finalité des ces pelures d’orange suscitait beaucoup de curiosité. De telle sorte qu’on se demandait pourquoi les vendeurs rangeaient si précieusement les pelures sur leurs pousse-pousse. Certains pensaient même qu’il s’agissait de simples déchets organiques. Maintenant ils réservent en réalité le zeste à une nouvelle «vie». Industrielle celle-là.
Aly Diallo fait partie de la communauté des vendeurs d’oranges. Nous l’avons rencontré au quartier Grand-Médine (banlieue dakaroise). C’est un commerce qu’il tient à chaque saison des oranges locales et il n’est plus à présenter aux alentours. Car, c’est lui qui ravitaille presque tout le garage du parking dit «Tally bou bess», nous a-t-on indiqué. Diallo, comme l’appellent ses clients, donne des détails sur ce business : «Je garde les épluchures, car je me fais de l’argent avec. Je vends le sac à 1000 francs Cfa à des gens qui viennent les ramasser. Et ils les utilisent comme parfum pour des produits cosmétiques. Je peux vendre jusqu’à 2 sacs de 50 kg par jour. Pour vous dire combien ça peut être rentable».
A quelques encablures de Diallo, le décor reste le même chez ces autres vendeurs d’oranges qui sont en général des ressortissants guinéens. Assis sur une chaise blanche en train de discuter avec le vendeur de fruits à côté, cet homme est un professionnel du métier. Vendeur d’oranges depuis 1997, Demba Kane explique qu’il peut «vendre jusqu’à 3 sacs par jour. Ça me permet de faire plus de bénéfices. Les pelures ont d’autres vertus et il y a des gens qui les rachètent pour les utiliser comme additifs dans d’autres produits».
Aussi, renseigne-t-il, «nous les vendons à des usines qui fabriquent de la boisson, du parfum, des produits cosmétiques. Avec les épluchures d’orange, je peux même tuer les moustiques. Je prends une petite quantité que je mets sur du charbon allumé et aucun moustique ne traîne plus dans les parages».
Sur l’avenue Bourguiba, vers le carrefour Castors, se trouve Mamadou Ly, également vendeur d’oranges. Il a souligné que le zeste d’orange sert à beaucoup de choses. «Cela nous procure de l’argent. Parce qu’il y a des gens qui viennent vers nous pour le racheter et aller le revendre dans les usines. Ils débloquent 1000 francs pour un sac qui fait 50 kg», a-t-il conformé, notant par ailleurs qu’«ils ne m’ont jamais dit le nom des usines». «Mais je sais qu’avec ses épluchures, ils feront du jus, de la boisson dans l’industrie alimentaire et du lait de corps pour ce qui de l’industrie cosmétique», a-t-il fait savoir.
Sous le couvert de l’anonymat, cet homme rencontré sous le pont du Cices, se frotte les mains. «Depuis des années, je connaissais le business de ses pelures d’oranges, mais je n’ai jamais voulu en parler aux autres. Parce que poursuit le vendeur qui fait le tour de la ville pour récupérer des sacs de zestes les vendeurs d’orange, chaque jour j’en récupérer au minimum quatre sacs. Et cela me rapporte beaucoup d’argent. En tout cas, je ne me plains pas. Je me fais beaucoup de bénéfices».
En outre, l’utilité des pelures d’orange et leurs vertus sur la santé, ne sont plus à démontrer, comme le note le site eclc.be et HYPERLINK "http://www.just-health.net/Eating-Orange-Peels.html"eating orange peels.
«ON N’EST PAS ENCORE AU-DELA DU SEUIL CRITIQUE»
SERIGNE MBAYE THIAM, SUR UN EVENTUEL REPORT DES EXAMENS
En dépit de deux mois de grève dans le système éducatif qui reprend à peine son cours normal, un report des examens de fin d’année n’est pas encore à l’ordre. C’est ce qu’a indiqué, hier, le ministre de l’Education nationale, Serigne Mbaye Thiam qui n’exclut cependant pas, après évaluation, des corrections.
Après plus de deux mois de perturbation dans le système éducatif due aux grèves des syndicats d’enseignants qui viennent récemment de trouver un accord avec l’Etat, du moins pour la majorité d’entre eux, on s’attend à un réaménagement du calendrier des examens scolaires, surtout dans le moyen secondaire. Mais pour le ministre de l’Education nationale, qui présidait, hier, la seconde revue sectorielle du Programme d’amélioration de la qualité de l’équité et de la transparence de l’éducation et de la formation (Paquet-Ef), cette nécessité ne se pose pas au vu des comptes rendus qui ont été faits.
«Je pense qu’avec la reprise, il y a 10 jours de cela, j’avais tenu une réunion avec les 16 Inspecteurs académiques pour voir l’impact de la grève sur le temps d’enseignement. Ce qui a été indiqué, c’est qu’on n’est pas encore au-delà du seuil critique», a indiqué Serigne Mbaye Thiam. «Car, dit-il, 86% des enseignants qui avaient observé la grève l’avaient observée dans un intervalle de 1 à 15 jours. Et il fallait au-delà de 15 jours pour entrer dans le seuil critique».
«Avec la reprise, nous allons procéder à une deuxième évaluation de ces pertes d’enseignement et nous aurons si besoin prendre les mesures correctives». «Mais, en tout cas, de cette première évaluation faite, il n’y avait pas un seuil critique. La grève a été observée de façon différenciée selon les zones. Et on a constaté qu’au niveau des classes d’examen les perturbations n’ont pas été importantes», a soutenu le ministre de l’Education nationale.
POURQUOI DES SENEGALAIS SONT REFOULES DU NIGERIA MALGRE LA CARTE D’IDENTITE NATIONALE
LIBRE CIRCULATION DANS L’ESPACE CEDEAO
Jacques Ngor SARR (Envoyé spécial) |
Publication 05/05/2015
Entrer au Nigeria sans passeport pour un Sénégalais est devenu maintenant très risqué. Les autorités nigérianes, sans état d’âme, ont expulsé, uniquement, dans la ville d’Abuja, une vingtaine de Sénégalais malgré leur pièce d’identité. L’ambassade du Sénégal au Nigeria qui a fait la révélation à travers le conseiller dudit ambassadeur en l’occurrence Moustapha Seck, a sonné l’alerte et demandé aux Sénégalais qui veulent migrer de prendre leur précaution.
ABUJA, Nigeria - Les Sénégalais qui veulent émigrer au Nigeria sont avertis. La carte d’identité nationale ne suffit plus pour garantir un séjour dans ce pays pour un ressortissant sénégalais malgré le protocole de la Cedeao sur la libre circulation des personnes. Le passeport est devenu obligatoire pour prétendre avoir un permis de séjour. C’est à défaut de ce document qu’une vingtaine de Sénégalais, résidents dans la ville d’Abuja, ont été expulsés durant l’année 2014- 2015. Les autorités de l’ambassade du Sénégal au Nigeria que nous avons rendu visite à leur résidence à Abuja ont déclaré, par la voix du conseiller de l’ambassadeur Moustapha Seck, qu’il y a beaucoup de Sénégalais qui ont été refoulés parce qu’ils n’ont pas de passeport.
M. Seck explique : «La majeure partie de nos compatriotes que nous recevons ici, voyagent avec des pièces d’identité. Actuellement, ils ont de sérieux problèmes parce que le Nigeria n’est plus ce qu’il était dans une dizaine d’années. Les autorités sont beaucoup plus vigilantes surtout avec le problème de Bokou Haram. Il y a des contrôles partout, des opérations coups de poings. Si on vous prend sans passeport, on te refoule. La carte d’identité ne suffit pas pour avoir un permis de séjour». Pourtant le diplomate rapporte que l’ambassade a donné toute les informations nécessaires aux associations des Sénégalais existantes, mais le problème, précise-t-il, reste entier.
Interpellé sur le protocole de la Cedeao qui garantit la libre circulation des personnes dans l’espace Cedeao, il souligne que : «Ici, c’est un système anglophone, les autorités ne croit qu’au passeport ». C’est la raison pour laquelle, il conseille aux Sénégalais de se munir de leur passeport et de suivre les procédures demandées aussi bien au poste de police, à la frontière qu’au niveau de l’aéroport. Et c’est à ce niveau, renseigne-t-il:«Qu’on vous donne un permis de séjour pour trois mois avant de prétendre à un permis de séjour de deux ans auprès des autorités nigérianes». Toutefois le diplomate précise qu’à part ce problème, les Sénégalais vivent en paix au Nigeria.
«BAMBA DIEYE A SUBI UN CHOC TERRIBLE EN PERDANT SES DIGNITES DE MAIRE ET DE MINISTRE»
La sortie incendiaire de Cheikh Bamba Dièye contre le président de la République a suscité, hier, une vive réaction de la part de la coalition «Macky 2012» qui vilipende le leader du Front pour le socialisme et la démocratie/Benno jubël (Fsd/Bj).
Les propos musclés tenus dans nos colonnes par le chef de file du Fsd/Bj à l’endroit du chef de l’Etat n’ont pas laissé insensibles les alliés de la première heure de ce dernier, regroupés dans «Macky 2012».
Par la voix de son porte-parole, Mohamed Diagne, ladite coalition dit, d’emblée, comprendre «la réaction» de l’ancien premier magistrat de la ville de Saint-Louis.
«Il a subi un choc terrible en perdant subitement, et dans une même séquence temporelle, ses dignités de maire et de ministre. Il fallait s’attendre de sa part que des perturbations émotionnelles le conduisent à verser dans des déclarations malheureuses et dans les énormités», martèle M. Diagne.
Avant de s’interroger : «Comment Cheikh Bamba Dièye qui a remplacé son père, on ne sait par quelle alchimie démocratique, peut nous convaincre qu’il est contre le principe de la dévolution monarchique du pouvoir ? Comment peut-il exclure le Président Macky Sall, très spéciale victime du processus de dévolution monarchique, de la lutte contre ce phénomène que Wade a voulu instaurer dans le pays ?».
Sur sa lancée, le porte-parole de la coalition «Macky 2012» de fulminer : «Tous les Sénégalais qui ont choisi le Président Macky Sall ne sont pas amnésiques. On s’attendait à ce que Cheikh Bamba Dièye dressa un bilan exhaustif et objectif de son séjour dans le gouvernement en s’appesantissant sur son propre apport en termes de valeur ajoutée face aux attentes des Sénégalais dans les secteurs que lui a confiés le président de la République. Au contraire, c’est le Président Macky Sall qui lui a fait confiance qui récolte une volée de bois vert. À quoi a servi à la République du Sénégal sa présence dans le gouvernement du Président Macky Sall ? C’est ça la question, et on attend la réponse».
«C’est lui le 'bana-bana', lui qui veut nous vendre du faux»
Pour Mohamed Diagne, «ce qui demeure constant, c’est que le Pse qu’il critique, a été soumis à l’appréciation de bailleurs rigoureux, qui l’ont validé, et qui ne vont certainement pas mettre des disponibilités financières aussi conséquentes dans un programme fallacieux».
«Enfin, il faut que Bamba Dièye nous dise, quand et où il a surpris le président de la République en train de faire du ‘Wax waxeet’ en revenant sur son engagement de réduire la durée de son mandat. Sur la question, tout le monde a entendu le président de la République. C’est lui le ‘bana-bana’, lui qui veut nous vendre du faux. La réduction du mandat est devenue un débat d’opinion, et les Sénégalais sont libres d’apprécier et de donner leurs avis sur une proposition qui ne le lie aucunement».
Le porte-parole de «Macky 2012» s’en est également pris aux partis qui se réclament de la gauche. «Les organisations de la gauche qui s’attaquent à la transhumance ne sont pas contre ce phénomène, mais plutôt contre le Président. Pourquoi attendre que le Président se prononce sur cette question pour lever des boucliers. Notre coalition en parlait depuis 2013. Ils étaient où ? La vraie transhumance est une transhumance de groupe, et ces partis de gauche font dans cette transhumance», assène M. Diagne.
PAR MAMADOU WANE
TERGIVERSATIONS
Le Sénégal a déjà perdu beaucoup de son influence ces dernières années. Car, en développant une politique non agressive, pacifiste jusqu’à la lie, il a déserté ses propres sphères d’influences au profit d’Etats comme le Tchad
Le feuilleton Karim Wade comme figé dans un bloc de glace, c’est l’intervention ‘’Jambaar’’ en Arabie Saoudite, confirmée hier par le ministre des Affaires étrangères parlant au nom du chef de l’Etat, qui vient occuper la place. On ne parle plus que de cela.
Et les experts, spécialistes en tout, comme on en trouve à la pelle au Sénégal, sortent de l’ombre pour décortiquer, dénouer, disséquer ce qui est présenté comme une erreur monumentale du Sénégal. Les pourfendeurs de l’envoi de troupes ne manquent pas d’arguments et les égrènent bien. Il y a risque d’enregistrer des représailles de terroristes sur la terre sénégalaise, si nous franchissons ce Rubicond.
Autre argument, les pays voisins ne comprendront pas qu’on envoie autant de troupes en Arabie Saoudite, alors que le Mali pays plus que frontalier, ombilical, n’a pas eu un tel clin d’œil. C’est dangereux, notre armée nationale risque d’enregistrer des pertes humaines à l’image de celles enregistrées lors de la première opération militaire du Golfe, en 1991. Une vraie soupe chinoise. Mais se pose-t-on les bonnes questions ?
Les Etats n’ayant en effet que des intérêts malgré toute la belle littérature sur les amitiés multiséculaires, la question principale ne devrait-elle pas consister à demander l’intérêt que le Sénégal tire de cet engagement ?
Qu’est-ce qu’on y gagne donc ?
Qu’est-ce que ça rapporte à court, moyen et long terme ?
La formulation n’est pas du tout... mercenaire. C’est la même musique qui accompagne toutes les guerres, qu’on y mette les formes ou pas. Comment comprendre que les Etats-Unis perde de ‘’précieux’’ soldats dans le désert du Golfe, qu’on les explose en Afghanistan, si ce n’est parce que l’Amérique a une bonne intelligence de ses intérêts presque ‘’sacrés’’.
L’intelligence est de servir ces intérêts-là sans que la société civile, surtout pas la presse, ne vienne jeter du sable dans ce couscous-là... Et même pour la France, comment comprendre que ce pays vienne faire la guerre aux ‘’terroristes’’ jusqu’à nos frontières, perde des soldats dans le lointain désert du Sahel, si ce n’est pour défendre ses intérêts bien stratégiques ?
L'Assemblée nationale française a été assez ‘’sage’’ pour bénir à l’unanimité l’opération Serval, engagée le 11 janvier 2013 par le président François Hollande pour chasser les islamistes qui occupaient alors le nord du Mali. Mieux, sa prolongation a été approuvée par 342 voix contre zéro au Palais-Bourbon, alors que l'UMP a voté, avec des réserves.
Est-ce donc mal de défendre les intérêts de son pays ? Si faire la guerre au Yémen peut permettre à un pays comme le Sénégal de côtoyer les grandes puissances de ce monde, de compter dans le festival des ‘’pays importants’’, pourquoi ne pas y aller ?
Si cela peut permettre de s’équiper pour rendre notre armée plus forte, pourquoi donc devrait-on rester dans une posture de neutralité ? Cette guerre étant en réalité un bras de fer entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, que pèse donc notre partenariat avec la terre de Khomeiny ?
Quelles sont les retombées réelles des ‘’fiançailles’’ mi-figue mi-raisin entre le pays des Ayatollah et nous ? L’Arabie Saoudite peut-elle faire mieux ? Ce sont là des questions qui méritent d’être posées. Le Sénégal a déjà perdu beaucoup de son influence ces dernières années. Car, en développant une politique non agressive, pacifiste jusqu’à la lie, il a déserté ses propres sphères d’influences au profit d’Etats comme le Tchad et même le Niger.
Les lenteurs enregistrées dans notre engagement au Mali nous ont d’ailleurs valu quelques problèmes avec le Président IBK. Dans cette affaire, il est question de jeter une échelle sur ce que nous voulons en tant qu’Etat. Qui voulons-nous être ? Il ne s’agit pas de perdre sa dignité comme Me Wade l’a fait avec la Libye, engageant sa personne et son statut de chef d’Etat dans une opération honteuse de liquidation physique d’un homme qui a beaucoup fait pour l’Afrique, malgré ses pulsions souvent sanguinaires. Bref...
Bien avant les Indépendances, le Sénégal a joué sur la scène internationale un rôle phare grâce à son armée qui ne manque ni de courage ni d’expertise. Les anciens combattants revenus de guerre ont été de bons catalyseurs dans la conquête de la souveraineté nationale. Le Sénégal indépendant a fréquenté bien de théâtres d’opération, sur tous les continents ces 50 dernières années. En 1991, le Sénégal a perdu 92 militaires dans le crash d'un C-130, alors qu’on était à la fin de la guerre.
Cette tradition ‘’guerrière’’ doit survivre, malgré la tendance de plus en plus affirmée de notre société à ne point chercher d’histoire à personne. L’Etat a le devoir de s’occuper avec tous ses moyens des victimes et de leurs familles, comme les pays cités en référence le font si bien, mais il ne sert absolument à rien de ‘’parquer’’ nos troupes dans les casernes, de les cantonner entre les parcours sportifs, réfectoires et messe. Ça donne des excroissances...
Une Armée doit pouvoir faire la guerre ; la sieste peut attendre. Et le fait de penser qu’en restant cloîtré dans son pays, on échappe au terrorisme est illusoire. Aucun pays au monde n’est à l’abri du terrorisme. Youssou Ndour devrait à nouveau nous chanter... Wommat !
Post scriptum : Un petit sondage dans les casernes, pour savoir qui est pour ou contre cette opération, peut révéler de grosses surprises, tant nos soldats veulent mouiller la tenue. N’est-ce pas plus digne pour nos jeunes que de se noyer dans la Méditerranée, qui mérite bien d’être rebaptisée... mer rouge ?
KHALIFA SALL VISE TRÈS HAUT
Le maire socialiste de la capitale saisit la Cour suprême à propos de l'emprunt obligataire de la mairie de Dakar
Suite et pas fin de l’affaire de l’emprunt obligataire de la maire de Dakar qui a alimenté la polémique entre le maire socialiste, Khalifa Sall,et le Pouvoir. A en croire nos sources, l’affaire a atterri depuis la semaine dernière devant la Cour suprême qui doit trancher ce différend.
Un différend parti de l’opposition du gouvernement par le biais de son ministère de l’Economie et des Finances d’autoriser à la mairie de Dakar un emprunt obligataire de 41,8 millions de dollars, soit 20 milliards de francs Cfa.
Autorisée par les membres du Conseil municipal de Dakar, réunis le lundi 6 mars dernier en session extraordinaire, cette opération devait être lancée dans l’espace de l’Union monétaire ouest africaine (UMOA) avec le soutien de la Fondation Bill Gates et de l’USAID. Cette dernière organisation, qui jouit d’une bonne crédibilité, devrait participer dans les garanties de l’emprunt à hauteur de 10 milliards de francs Cfa, soit la moitié de l’opération; le reste devant être remboursé à hauteur de deux milliards de francs Cfa par an par le Budget de la mairie.
Par la suite, l’Etat n’a pas donné le quitus à Khalifa Sall aux yeux de qui il s’agit tout simplement d’un blocage mû par des raisons politiciennes. Mais le gouvernement, par la voix de son argentier, le ministre des Finances, lui avait opposé des arguments techniques, voire juridiques et financiers. D’après le ministre Amadou Bâ, l’argument de la continuité institutionnelle de la ville de Dakar ne saurait tenir.
Parce que tout simplement, l’autorisation donnée au maire d’émettre sur le marché financier un emprunt obligatoire émane d’une délibération faite le 6 mars 2014. Or, la ville de Dakar actuelle n’existe juridiquement que depuis l’entrée en vigueur du décret 2014-830 du 30 juin 2014 portant sa création.
Par conséquent, cette délibération est devenue caduque à cause du décret du 30 juin 2014, car étant antérieure à la création de la ville.
La bataille qui se limitait jusque-là sur le plan politique avec des sorties médiatiques de part et d’autre, est devenue juridique.
"LE SÉNÉGAL N'A PAS DE POLITIQUE MIGRATOIRE"
NDIORO NDIAYE, PRÉSIDENTE DE L’ALLIANCE POUR LA MIGRATION, LE LEADERSHIP ET LE DÉVELOPPEMENT
Pr Ndioro Ndiaye, ancien ministre socialiste, spécialiste des questions migratoires, entretient Le Quotidien sur l’intensité des vagues migratoires vers l’Europe. Présidente de l’Alliance pour la migration, le leadership et le développement qu’elle vient de créer à son départ de l’Organisation mondiale de la migration (Oim), elle estime que l’Europe ne peut pas fermer ses portes parce qu’elle a besoin de ressources humaines de bonne qualité qui foisonnent en Afrique.
Pourquoi le choix de la migration comme domaine d’intervention ?
J’ai été attirée par la création d’une organisation internationale, africaine d’abord, mais aussi vers l’Europe et qui travaille sur les questions que je maîtrise le mieux : la migration. Avant, j’étais dans le développement et le leadership. C’est la raison pour laquelle j’ai créé l’Alliance pour la migration, le leadership et le développement (Amld), qui est une plateforme de ressources humaines de plusieurs calibres et de plusieurs niveaux.
Les séniors, qui sont plus libres, regardent le travail de loin, mais encadrent de petits noyaux de jeunes, soit des jeunes chercheurs, soit des programmes managers, des assistants de programmes, qui sont intéressés par ce que je fais, qui viennent travailler et qui sont payés aussi à la mesure de mes propres moyens.
Une fois les problèmes identifiés, ce groupe se met au travail, élabore des programmes sous la supervision des séniors qui sont les leaders des différentes sections. Il y a une section migration, une section leadership et une section développement. Souvent, les uns et les autres interfèrent dans le travail de chacun parce qu’il y a des moments où des compétences multiples sont requises pour faire une activité. Toujours est-il qu’on s’entend très bien, on travaille au fur et à mesure que les opportunités se présentent.
Pour la migration par exemple, on a eu à travailler sur la migration transfrontalière, on a eu à aider la Cedeao à formuler un certain nombre de manuels pour aider la société civile et les populations qui traversent les frontières à mieux maîtriser ce qui est requis, c’est-à-dire les identités, les documentations de voyage correctes, mais aussi à identifier les structures normales auxquelles on s’adresse lorsqu’on a une faille quelque part.
Par exemple, si un Sénégalais se retrouve dans un pays limitrophe et que le délai de permission de séjour est passé, il faut qu’il sache à qui s’adresser pour, soit avoir une prolongation de son séjour soit retourner chez lui. Mais également dans ce même travail, la société civile a voulu attirer l’attention des populations sur le fait que celles-ci ont des droits.
Et ces droits doivent être respectés par les officiers de l’émigration qui ne sont pas seulement les policiers ou les douaniers, c’est également les agents de santé et les autres personnes qui interviennent dans un même poste de douanes pour vérifier les différents statuts des personnes qui traversent la frontière.
On a aussi accompagné la Cedeao sur la gestion multiple et concomitante, c’est-à-dire une gestion de personnels de migration de deux pays qui partagent la même frontière. Ça aussi, c’est nouveau dans la manière de penser. L’Uemoa a été la première à essayer cela, la Cedeao aussi tente de le faire et je pense que c’est ça l’avenir.
Votre travail ne se limite certainement pas seulement à formuler des indications pour la Cedeao ou l’Uemoa. Et la place des gouvernements dans tout cela ?
Oui justement, on a aussi interpellé certains gouvernements dont le nôtre sur la nécessité et l’urgence de créer une politique migratoire. Le fait de s’occuper de la diaspora, c’est une excellente chose, personne n’en disconvient. Cependant, on pense que c’est une petite partie du problème qu’il est important d’appréhender et de connaître. Mais une politique migratoire est beaucoup plus large, plus inclusive, plus multisectorielle, plus pluridisciplinaire et sa gestion doit être interministérielle.
On ne peut pas tout simplement dire qu’on a créé un ministère chargé des Sénégalais de l’extérieur ou dire qu’on a créé une direction de la Diaspora, pour croire qu’on a une politique migratoire. Certes, c’est mieux que rien, mais ce n’est pas suffisant et ce n’est pas ce qui est demandé. Si on veut avoir des réponses aux questions migratoires qui se posent à un pays, il faut une structure interministérielle.
Que cette structure ne soit logée ni au ministère des Affaires étrangères ni au ministère de l’Intérieur ni au ministère des Finances, parce que tous ces ministères sont partie prenante dans la gestion de la migration. Le ministère de la Femme, qui gère l’Enfance, celui qui gère les Finances, parce qu’il y a le problème des transferts de fonds, le ministère de la Culture, le ministère de la Santé, tous ont pied dans un comité inter ministériel qui adresse le problème des mouvements de populations et de migration. C’est un manque criard dans notre establishment et dans notre arsenal pour donner les réponses qu’il faut aux problèmes migratoires.
Il faut dire aussi que la migration a beaucoup évolué. D’abord, le profil du migrant a changé. Ce n’est plus un ouvrier même spécialisé qui, à la faveur d’un évènement, se retrouve dans un pays étranger et essaie de s’établir et de gagner sa vie. Non seulement, c’est des personnes qualifiées, bien structurées, bien éduquées, mais en même temps, ce type de personnel moyennement compétent dans la hiérarchie et la classification des métiers et également des non instruits.
Vous avez des gens qui n’ont aucune instruction de base, qui ne parlent pas la langue du pays où ils veulent aller, qui ne connaissent pas la culture du pays qu’ils veulent investir, si bien qu’il y a des problèmes de préparation qu’on appelle d’orientation culturelle. Parce qu’on doit préparer les gens qui partent à la langue, mais aussi aux us et coutumes, aux lois de ce pays-là.
Et on doit aussi insister sur leurs devoirs par rapport à ce pays. Il y a beaucoup de problèmes dans la gestion de la migration qui ont une émergence dans le cadre normal ou usuel que l’on emprunte lorsqu’on parle de migration. Et ce n’est pas pris en compte correctement. L’un des problèmes les plus urgents que je souhaiterais que nos pays adressent, c’est les défis sécuritaires liés à la sécurité des personnes...
Je prends l’exemple du Sénégal. On a eu à proposer, même avant de quitter l’Oim, de créer un lien entre le ministère de la Santé de l’époque, en logeant un loster où les gens de ce ministère identifient les techniciens, mais également les enseignants, les médecins, toutes spécialités possibles qui vivent à l’étranger et qui sont susceptibles d’offrir une partie de leur temps à ajouter de la valeur à ce que le ministère peut avoir comme ressources humaines au niveau endogène.
Je crois que c’est une plus-value à exploiter. Cela peut se faire à la santé, mais également au niveau de l’éducation nationale. On a créé le programme Mida (Migration pour le développement en Afrique), qui met à la disposition des pays pendant des périodes courtes de l’expertise qui manque aux pays et une fois que le travail est effectué, ces femmes ou garçons peuvent retourner dans leur pays d’accueil et continuer le travail. Donc être ici et là sans perdre ses droits, sans perdre toute la possibilité d’épanouissement qu’on a ici et ailleurs, la où ils sont en migration. C’est un défi dans une bonne gestion de la migration, parce qu’on ne peut pas fermer les portes.
L’Europe ne peut pas fermer ses portes, parce qu’elle a besoin de ressources humaines de bonne qualité qui foisonnent en Afrique. Regarder d’abord au niveau le plus élevé, toute l’intelligentsia africaine, qui évolue dans les structures qui participent à la décision dans les pays développés, je ne parle même pas des Etats-Unis, mais je parle du Canada, de l’ensemble de l’Europe, cette intelligentsia-là, la valeur qu’elle apporte à l’évolution de ce pays.
C’est quelque chose que personne ne facture, il n’y aucune facturation, qu’elle soit financière, sociale, ou économique globalement et encore moins politique. Il faudrait s’y pencher parce que les deux plateaux de la balance sont là, que l’un l’emporte par rapport à l’autre, tout dépend des gouvernements.
C’est pour ça que ce dialogue entre pays d’accueil et pays d’origine et pays de transit, y incluant les migrants eux-mêmes, est quelque chose à redessiner. Ce n’est plus le concept du coup de développement parce qu’on a vu ces limites, on a également vu les limites de la gestion sécuritaire de la migration qui est le Frontex, par exemple.
Et même si la création de Frontex a réglé une partie des problèmes de l’Europe, c’est-à-dire que Frontex a donné bonne conscience aux gouvernements européens, qu’ils ont fait quelque chose pour se protéger parce qu’aussi ils devaient donner un déclic et un signal fort à leurs populations et à leurs électeurs, ça il ne faut pas le perdre de vue.
Même s’ils sont dans leur rôle de protéger leurs frontières, ils ont repoussé les frontières naturelles du sud de la Méditerranée. Ce n’est plus la frontière nord de la Libye, c’est la frontière sud, c’est l’Afrique au sud du Sahara, ils ont repoussé les frontières de l’Europe vers les pays qui sont limitrophes aux pays du Maghreb. C’est important de le voir et le schéma est très clair. Donc, il faut que nous ayons un dialogue franc qui puisse déboucher sur un partenariat égalitaire.
Donc, il y a énormément à dire sur la migration, un champ extraordinaire et des potentiels pour rendre positive la migration elle-même, pour rendre positif tout le processus migratoire, pour enlever toutes les scories qui y sont greffées, parce que le problème de trafic des êtres humains, d’armes, de drogues, de fondamentalisme religieux, tout cela a pénétré dans le processus migratoire.
Et c’est faute d’avoir un signal qui dit aux personnes concernées qu’on a compris, qu’on est en train de surveiller et qu’on ne se laissera pas faire. On a beau avoir des services de douanes efficaces qui sanctionnent, qui identifient, mais la drogue circule, le blanchiment d’argent circule et bien entendu, les traites des êtres humains et les enfants.
A propos de ces enfants, on a vu des centaines parmi eux dans les embarcations vers l’Europe. Quel commentaire cela vous inspire ?
C’est ce que je disais plus haut, à propos du profil migratoire qui a changé. J’ai lu quelque part effectivement qu’il y a eu 348 enfants qui ont atterri sur les bords de Lampedusa. Mais enfin, parce que ces enfants sont mineurs, ils bénéficient d’une certaine magnanimité de la part des lois européennes et maintenant les gens le savent.
Comment on peut mettre dans des bateaux des mineurs non accompagnés ? On n’avait j’aimais vu ça avant. Mais il y a eu beaucoup de similitudes entre ce qui s’est passé en Europe des années auparavant et ce qui se passe maintenant en Afrique.
L’Asie a aussi eu cette vague de mineurs non accompagnés et cette vague de boat people avec des problèmes que l’on a connus en Asie du Sud-Est, mais ils essayent autant que faire se peut d’adresser cela en créant des corpus, des groupes, et nous on appelle ça des dialogues ou des processus de coopération régionaux.
Vous avez réussi à identifier beaucoup de problèmes avec l’Amld. Mais dans l’urgence, qu’est-ce qu’il faut faire pour pallier ce problème d’émigration clandestine ?
J’ai eu un entretien hier (l’entretien a eu lieu le vendredi 1er mai dernier) avec des collègues chercheurs, des activistes également. Et ce qui est sorti le plus souvent dans notre langage à nous tous, c’est le manque de cadre de concertation. C’est qu’il est extrêmement urgent que le gouvernement, la société civile, les chercheurs, les gens de l’académie, mais également d’autres centres puissent s’asseoir autour d’une table et débattre de cette question.
Le Consortium de recherches économiques et sociales (Cres) a fait une réunion extraordinaire la semaine dernière. Et il faudrait que les conclusions puissent sortir très vite, que le gouvernement puisse s’en saisir pour que cela lui apporte un peu d’oxygène dans ce qu’il va faire pour la gestion de la migration. Il est sorti non seulement la constitution de ce comité interministériel qu’on veut être effectivement équidistant de l’ensemble des ministères qui ont pied dans la gestion de la migration. Et avec les moyens qu’il faut, qu’on crée une structure qui soit capable de délivrer quelque chose en lui donnant les moyens pour produire des résultats parce qu’elle doit rendre compte.
Ça, je crois que c’est le b.a-ba. Une fois que c’est fait, il faut aussi déclencher et initier un processus qui nous amène à la formulation de politique migratoire. Je sais que le ministère de l’Economie, des Finances et du Plan loge actuellement une cellule qui travaille à la formulation d’une politique migratoire. Mais imaginer une politique migratoire que vous formulez en quatre ans. En quatre ans, toutes les données auront changé. Donc, à quoi ça sert ?
Alors que ce sont des structures qui phagocytent énormément d’argent parce qu’il faut des experts qui doivent être payés. Je suis convaincue que le Sénégal a beaucoup de mal à trouver un partenaire qui puisse lui financer cela.
Mais une fois le financement fait, la notion d’urgence pour délivrer un produit qui soit utilisable dans l’immédiat et pour changer la donne pour laquelle on a créé la structure, c’est ça qui manque. Il faut également que ces jeunes qui travaillent depuis quatre ans sur la formulation d’une politique migratoire nous disent ce qu’ils ont fait, qu’ils rendent compte à la population, aux chercheurs et que leurs produits soient mis sur une table pour que les gens puissent voir ce dont il s’agit dans le but d’identifier ce qui est bon ou mauvais. On n’est loin de l’action.
L’Europe est en train de s’organiser pour prendre des mesures contre l’émigration. Mais de l’autre côté, personne n’entend les dirigeants africains. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Deux choses : d’abord, l’Europe est dans son droit le plus absolu. Je pense qu’on reçoit chez soi que celui qu’on veut, avec les lois et les règles qu’on a parce qu’il faut de l’ordre. Maintenant, pourquoi l’Union africaine (Ua) est muette ? Elle n’est que le reflet de ce que sont nos pays.
Quand il s’agit de problèmes migratoires en particulier, on a accompagné la commission en charge des affaires sociales que l’Ua a formulées dans sa politique migratoire. C’est un document stratégique de politique migratoire avec tout ce qu’il faut. Il devait être repiqué par chaque pays et recentré en fonction des besoins et des exigences des pays.
Malheureusement, rien n’a été fait parce que les pays ne veulent pas. Donc, au lieu de jeter l’anathème sur l’Ua, pour une fois, c’est aux pays qu’il faut s’en prendre. Je crois qu’ils ont des intérêts parce que certains n’ont pas envie de garder ces jeunes, car ils n’ont pas de réponses à leurs préoccupations, surtout celle de l’emploi. C’est la raisons pour laquelle ils ferment les yeux.
D’autres, parce que la pression sociale est telle que ces pays poussent un ouf de soulagement. Ce que nous osions suggérer pourtant ici, je crois qu’on a essayé de le faire. Mais je ne suis pas au courant des résultats que cela a donné. Il s’agit de créer un dialogue sous-régional par cercles concentriques. Que les pays, par exemple, qui partagent les mêmes frontières se mettent autour d’une table et à plusieurs niveaux. Ce dialogue peut ne pas être contraignant, mais doit déboucher sur quelque chose de pratique, c’est-à-dire une ou deux recommandations pratiques que les pays doivent faire pour marcher graduellement vers la résolution des problèmes.
Ebola est l’exemple le plus patent. Rien n’empêche que les ministères de la Santé de la sous-région se retrouvent pour travailler sur la migration, comme Ebola, dont la gestion est liée à la mobilité des populations. Il y a les problèmes de sécurité. Donc, c’est une occasion qu’on a. Les différents ministres de la Défense ou les différentes forces de sécurité peuvent également discuter des problèmes de cette nature.
Il s’y ajoute des dialogues selon les structures qui sont concernées pour aboutir à un résultat que l’on doit maintenant rendre cohérent avec la politique nationale de développement et essayer quelque chose qui me paraît intéressant parce que cela a marché au Ghana, dans beaucoup de pays de l’Afrique Australe, tels que l’Afrique du Sud. C’est le fait de prendre le problème migratoire et essayer de l’ouvrir. Et les différents secteurs que je viens de nommer par rapport à la gestion d’une politique migratoire méritent d’être intégrés dans les documents de réduction de pauvreté.
Ça peut être des documents stratégiques pour le développement, de stratégie économique, le Pse, etc. C’est comme le problème de la femme ou du genre, il faut ouvrir l’ensemble des secteurs et intégrer de manière harmonieuse cette problématique à l’intérieur.
Si on le fait, on pourra savoir quelle est la force de la migration pour changer les indicateurs. Si dans un secteur comme celui de l’enseignement ou de l’éducation, vous y mettez les valeurs ajoutées que les intellectuels ou les gens de la diaspora peuvent apporter à un programme national, on peut très bien calculer la différence. Ceci dit, il y a aussi des aspects négatifs de la migration qu’il faut que ces structures prennent en charge.
Le problème de la migration est régulier. Moi, je ne parle pas de migration clandestine parce qu’elle est irrégulière. Elle ne se fait pas dans les normes. Ceux qui n’ont pas de papiers, ils ne sont pas réguliers. Ils sont clandestins quand ils arrivent dans un pays d’accueil, sans être identifiés et acceptés dans ces pays-là. Donc, on ne peut encourager cela. Il faut que dans une politique migratoire, quelle qu’elle soit, que la partie éducation des populations soit prise en compte. Ici, tous les chercheurs connaissent les zones à fort potentiel migratoire, c’est-à-dire les régions, les villages.
Alors, pourquoi le ministère ou les ministères qui sont en charge de ces secteurs de la migration ne développeraient pas un programme au plan national qui interpellerait ces populations-là pour développer ensemble des programmes de formation, d’information ?
Et on leur donnerait des outils pour se forger un projet migratoire correct qui puisse leur apporter quelque chose. Parce qu’il faut aussi leur montrer qu’aller dans l’irrégularité ne leur rapporte rien, sinon c’est la mort et des conditions de vie très difficiles que personne ne leur souhaite. Tout cela concourt à faire comprendre aux gens que la migration est un phénomène difficile, a fortiori celle dite irrégulière.
Vous semblez remettre en cause ce qui est en train de se faire ici au Sénégal par rapport à la gestion de la migration. Qu’est-ce que vous auriez proposé à la place de ce qui se fait ?
Non, je ne remets pas en cause ce que le gouvernement est en train de faire. Je dis que ce n’est pas assez. Faire ce qu’ils font ne veut pas dire qu’ils ont une politique migratoire. Ils n’y a pas de politique migratoire dans le pays en tant que telle.
Maintenant, ce que je suggère, c’est le cheminement vers une politique migratoire. Il s’agit donc de travailler vite d’abord pour créer ce cadre de concertation dans le but de formuler une politique migratoire avec toutes les personnes requises pour parler aux gens et pour veiller à la reddition des comptes, qui devrait accompagner le suivi évaluation.
Parce qu’ici les gens ne rendent pas compte par rapport à ce qu’ils font ?
Non, parce qu’ils sont dépendants certainement de disponibilité. Qu’on ne se voile pas la face, on n’a rien sans rien. Si on n’a pas de budget conséquent, on est obligé d’attendre le bon vouloir, souvent des bailleurs. Je ne sais pas dans quelles conditions les gens du ministère de l’Economie, des Finances et du Plan ont en charge la formulation de cette politique migratoire, mais je suis convaincue qu’il y a des arrêts liés aux problèmes de financements. Ce n’est pas normal. On ne peut formuler une politique migratoire en quatre ans.
Vous avez plus ou moins plaidé pour un gouvernement participatif, est-ce à dire que vous théorisez la transhumance au nom de l’intérêt international ?
(Eclats de rires) C’est le mot à la mode : la transhumance. Moi, je trouve que les gens sont très sévères par rapport aux politiciens, politiciens de partis, je veux dire.
Parce qu’il y a d’autres formes de politiciens ?
Oui, il y a des politiciens d’Etat et ces gens ne font pas de la politique de parti. Si on ne fait pas de la politique de parti, on est libre d’aller où on veut. Le problème de la transhumance en réalité, les gens qui en parlent et qui veulent absolument focaliser l’attention du public làdessus, c’est qu’ils ne font pas de différence entre la politique d’un gouvernement mis en œuvre par les membres d’un même parti politique et celle mise en œuvre par des affiliés à plusieurs partis différents.
Mais je suis désolée, un seul parti ne peux plus gouverner ce pays, on a perdu cette notion depuis la fin du régime du Président Senghor (1er président de la République du Sénégal) et un petit peu avec Abdou Diouf (son dauphin). C’est en réalité Diouf qui a ouvert la possibilité d’une majorité présidentielle élargie et a invité les autres, parce qu’il n’était pas normal que seulement les gens qui etaient du Parti socialiste ou sympathisants du P.S soient dans le gouvernement, pour gouverner un pays qui est aussi multipolaire que le nôtre.
Donc, je pense que la théorie de la transhumance ne tient pas, quand on se met dans l’optique d’une gouvernance d’Etat qui doit être inclusive.
Maintenant, que je sois Ps ou a Apr ou Afp, ou Pds, et que je négocie avec le gouvernement en place pour venir faire ma contribution, c’est la politique d’un gouvernement que je mets en œuvre, même si je suis dans un parti politique, j’assume et je négocie pour que mes convictions soient prises en compte autant que faire se peut dans les programmes gouvernementaux mis en œuvre.
Je pense que l’on se détourne de l’essentiel, ceci est un faux débat. Et ceux qui le maintiennent, veulent entretenir la confusion dans la tête des gens. Si les partisans d’un parti souhaitent rejoindre un gouvernement, mais ils sont libres de le faire à condition qu’ils viennent discuter de la plateforme gouvernementale, du programme gouvernemental et qu’ils donnent leur point de vue eux, en tant que partis politiques.
Cela dépendra du chef de l’Etat, qui peut dire que c’est en harmonie avec ce que nous voulons faire au plan du gouvernement, parce que le gouvernement, ce n’est pas l’Apr, qui le conduit, ce sont des gens, qui sont sélectionnés pour leurs compétences et qui doivent répondre aux besoins de la population. Donc là, que je sois du Pds ou de l’Afp ou du Ps, si je viens dans un gouvernement, si mes vues en tant que Ps, ou quoi que soit, ne me permettent pas de rester, mais je n’y reste pas.
Maintenant, pour ce qui est de la transhumance entre les partis, c’est-à-dire pour quelqu’un qui était au Ps et qui va à l’Apr, oui c’est de la transhumance politique mais cela aussi, il faut accepter que les gens soient libres de le faire. Ce n’est pas parce qu’on est Ps aujourd’hui, qu’on doit mourir Ps ; pensez juste aux périodes antérieures ou immédiatement post indépendance, toutes les alliances qui se faisaient et se défaisaient au gré des intérêts périodiques et personnels.
On peut croire et militer dans un parti à un moment donné et mais il arrive que l’on cesse d’y croire, ne plus s’y retrouver, ça aussi, il faut que les gens aient la liberté de le dire et de le vivre sans que l’on ne vous jette l’anathème à tout bout de champs.
Vous êtes toujours militante du Ps?
Oui, je suis toujours du Parti socialiste, j’ai toujours ma carte.
Donc, on peut croire que Madame Ndioro Ndiaye est prête à aller répondre à un appel de Macky Sall ?