Les femmes de la commune de Ngoye ont célébré hier, mardi 8 mars 2022, la Journée mondiale de la femme. Une occasion pour Mme Assemawo Diaw, adjointe au maire de Ngoye de poser leurs doléances.
«Nous voulons plus de considération pour les femmes. Les femmes peuvent faire toutes les tâches que les hommes exécutent. Nous avons exposés des produits de transformation de céréales locales. Tous ce que nous devons importer existe dans notre terroir. Nous remercions la première dame, Mme Mareme Faye Sall qui nous a accompagné dans la formation sur les produits locaux». Et elle poursuit : «nous voulons d’autres formations sur le maraîchage, même si on sait que la qualité de l’eau pose problème».
Et Mme Fatou Tarte, la secrétaire du mouvement Emergence de Ngoye de renchérir : «nous lançons un appel au ministre de la Femme pour qu’elle accompagne les femmes de Ngoye car nous sommes confrontés à un problème de financement et de formation. Nous voulons également être formés sur la gestion financière et administrative mais également la création d’un Centre commercial parce que les femmes, après la récolte, rencontrent beaucoup de difficultés pour écouler leurs produits. Elles sont obligés d’aller à Dakar pour écouler leurs produits».
FAIS DES ENFANTS ET TAIS-TOI
implants, Contraceptifs injectables, pilules, préservatif... Les méthodes de contraception restent assez diversifiées, mais beaucoup de femmes n’osent pas aborder le sujet avec leur conjoint, de peur de faire voler en éclats le foyer
Au Sénégal, comme partout ailleurs dans le monde, les femmes mariées ont le droit de faire leurs propres choix et de décider de faire des enfants ou non, à quel moment et leur nombre. Cependant, la réalité est tout autre. Elles sont confrontées à des obstacles d’ordre financier et structurel pour avoir accès à des produits contraceptifs et notamment à la contraception d’urgence.
Dispositifs intra-utérins, implants, contraceptifs injectables, pilules, préservatif masculin, spermicides et préservatif féminin, méthodes permanentes comme la stérilisation féminine et masculine… Les méthodes de contraception restent assez diversifiées, mais beaucoup de femmes n’osent pas aborder le sujet avec leur conjoint, de peur de faire voler en éclats le foyer. Entre pesanteurs sociales, manque d’autonomie financière, puissance paternelle, les femmes sont souvent obligées de faire des enfants. Bon gré, mal gré !
‘’Vous avez vu mes enfants, on dirait que je les ai tous eus le même jour. Je suis fatiguée d’accoucher sans espacer les naissances. Mon époux ne cesse de m’insulter quand je lui parle de contraception. Pis, il en parle à sa mère qui m’insulte elle aussi. Alors, j’ai ma stratégie pour échapper aux grossesses’’, témoigne Salimata Niane, 16 ans de mariage, six enfants, toutes des filles. Pour éviter d’être une machine de fabrique d’enfants, n’osant plus demander de l’argent pour la contraception, elle avait pris l’option de refuser tout rapport sexuel pendant ses périodes fécondes. ‘’Cela le mettait en colère et il passait la nuit dehors. Mais je devais résister, parce qu’il y va de la santé de nos enfants’’, ajoute la jeune femme.
Compte tenu des limites de cette stratégie, hantée par la possibilité de nouveaux accouchements, Salimata a finalement décidé de prendre de l’argent sur la dépense quotidienne pour se procurer une méthode contraceptive en cachette. Pendant ce temps, son mari, lui, continue de rêver d’un septième enfant, un garçon. ‘’Il me dit de consulter un médecin. Il pense que je n’arrive plus à concevoir. Mais je lui ai dit qu’il faut tout laisser entre les mains de Dieu’’, explique Mme Niane, un brin espiègle.
Rosalie Ndour vit presque la même situation que Salimata. Après le mariage, elle a été contrainte de démissionner de son travail, à cause d’une première grossesse difficile. Pour cette jeune dame qui ne veut pas vivre aux dépens d’un homme, le choix n’a pas été facile. Mais elle n’avait pas le choix, tout en espérant retrouver son poste après l’accouchement. Hélas ! Sept mois seulement après ce premier accouchement, la voilà une nouvelle fois enceinte. Elle décide alors d’abandonner son rêve de travailler pour s’occuper de ses deux bouts de chou. Mais afin de se prémunir et d’assurer un bien-être à sa progéniture, Rosalie a opté pour une méthode contraceptive sans en parler à son mari. Elle se défend : ‘’Je ne suis pas obligée de lui en parler. Il l’a mal pris au début, mais a fini par comprendre. Il faut que les hommes comprennent qu’on n’est pas obligées tout le temps de les consulter sur des choses nous concernant. J’ai le droit de consulter un médecin, quand je veux, car il s’agit de ma santé. C’est la même chose en matière de santé de reproduction. Il y a énormément de femmes qui meurent dans les salles d’accouchement. Il faut que les hommes sachent qu’en refusant aux femmes ce droit d’espacer les grossesses, ils les mettent en danger sans le savoir.’’
A l’instar de Rosalie, Diana Diatta a décidé de faire un break, après deux accouchements acquis coup sur coup. En effet, alors qu’elle était en congé pour la première fois après sept ans de travail, elle a eu son premier bébé. Avant de reprendre le boulot, elle est encore retombée enceinte. Une grossesse très difficile, qui a failli non seulement lui coûter son emploi, mais aussi la vie. Dans la salle d’accouchement, Diana a, en effet, eu des complications. Les médecins lui ont fait une césarienne d’urgence pour récupérer l’enfant. Cela fait maintenant huit ans. Depuis, elle utilise une contraception pour gérer sa carrière. ‘’Les gens doivent savoir que le taux de mortalité maternelle est très élevé. Il est inadmissible que des femmes continuent à perdre la vie en donnant la vie. Il est temps que nous les femmes pensions à nous, à nos carrières professionnelles, entre autres. Aujourd’hui, pour recruter une femme, les sociétés hésitent, parce que tout le monde pense que les hommes sont plus productifs. Pendant que nous donnons naissance tous les ans, les hommes, eux, travaillent. C’est injuste. Nous avons les mêmes droits’’, conseille-t-elle.
‘’Parfois, on oublie que nous avons les mêmes droits que nos époux’’
S’il y a des femmes qui mettent en avant leur propre santé pour justifier leur besoin d’espacer les grossesses, d’autres invoquent leur travail pour se défendre. Aïcha Diop est hôtesse de l’air. Elle a un garçon âgé de 5 ans. Pour le moment, elle ne veut pas entendre parler d’un autre enfant. D’ailleurs, confie-t-elle, son travail ne le lui permet même pas. Et c’est la priorité. ‘’Je ne peux pas associer ce travail avec la maternité. Un enfant suffit. C’est pourquoi j’ai fait une contraception. D’ailleurs, je peux rester des mois sans le voir. Dans la vie, tout est question de choix. On ne doit pas limiter notre avenir au mariage ou à la conception. La femme est libre de ses choix. J’ai des ambitions, une carrière à gérer. A quoi ça sert aussi de faire des enfants si on ne les voit pas ou on les voit rarement ? Tant que mon mari me comprend, le reste je ne gère pas’’, explique Aïsha Diop qui travaille dans une compagnie aérienne arabe.
Et jusque-là, cela semble être le cas. Le mari la comprend, même si lui aurait souhaité avoir plus d’enfants, après neuf ans de mariage. Mais les règles du jeu ont été fixées dès le début de la relation. Ayant rencontré celui qui devait être son mari dans les avions, elle lui a dès le départ fait part de l’importance qu’elle accorde à son emploi. Ce dernier de témoigner : ‘’C’est après notre lune de miel que ma femme m’a informé de son désir d’utiliser des contraceptions. Elle venait de changer de compagnie. Du coup, elle ne voulait pas tomber enceinte et ça se comprend. Aujourd’hui, nous avons un fils de 5 ans. J’en veux d’autres, mais c’est elle qui conçoit et elle est en mesure de savoir ce qui est bien pour sa santé. Moi, je la soutiens’’, précise Abdou Fall, non sans relever que l’accès à la santé de la reproduction est un droit pour la femme et qu’il faut le respecter.
L’argent, le nerf de la guerre
Si Diana a eu le choix, d’autres n’ont pas eu cette chance. N’ayant pas une certaine autonomie financière, elles sont obligées de discuter avec leur conjoint, afin d’obtenir l’argent nécessaire à l’achat des produits contraceptifs. Oureye Lô témoigne : ‘’Juste avant de tomber enceinte de mon dernier enfant, j’étais allée dans un centre de santé pour profiter de la semaine de gratuité de la contraception. Mais je suis arrivée trop tard ; la semaine de gratuité était terminée. J’avais demandé à mon mari de l’argent. Déjà, en temps normal, quand on demande de l’argent pour certaines dépenses, c’est tout un problème. Vous imaginez alors quand c’est pour des produits contraceptifs.’’
A l’instar d’Oureye, Astou Ndiaye, vendeuse de jus de fruits, est elle aussi confrontée aux mêmes difficultés. Si elle avait les moyens de se payer des produits contraceptifs, confie-t-elle, elle n’aurait pas eu autant d’enfants. A 25 ans, mariée à un homme polygame, elle compte déjà six enfants. Elle déclare : ‘’J’ai eu mon premier enfant à 21 ans. Il y a moins d’un an de différence entre les enfants. Ce n’est qu’au quatrième que j’ai connu la contraception. Au début, mon mari s’est opposé en soutenant qu’il me répudierait, si je fais la contraception. Par la suite, quand il s’est rendu compte qu’il devenait de plus en plus difficile de les prendre en charge, il a accepté. Mais il a dit que si je tombais malade à cause de la contraception, j’assumerais toute seule.’’
Ainsi, Astou supporte toute seule les coûts de sa contraception. Avec l’argent qu’elle obtient de la vente de jus de fruits, elle nourrit aussi ses enfants. ‘’La contraception, soutient-elle, coûte cher. Il y a des moments où j’ai des difficultés pour renouveler ma contraception, car je n’ai pas d’argent. Si j’avais eu l’information plus tôt sur la contraception, je n’aurais jamais eu six enfants. Les maris, ici, prennent toutes les décisions de la famille, même sur la contraception. Je souhaite que la contraception soit rendue gratuite.’’
Alors que la question divise la société, que certains hommes rechignent à permettre la contraception à leurs épouses, d’autres estiment que la femme devrait pouvoir prendre ses propres décisions. ‘’Moi, j’ai laissé le choix libre à ma femme. C’est elle qui n’a pas voulu faire la contraception, mais nous avons des naissances espacées. Il faut que les gens comprennent que c’est un droit. La femme, si elle le désire, peut faire le planning familial, même sans l’aval de son mari. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas. J’ai vu un couple se séparer à cause des méthodes contraceptives’’.
Le coût de la contraception
Fatou Fall est sage-femme d’Etat. Elle soutient être témoin d’atteinte aux droits humains ou de violences infligées par les maris aux femmes, parce qu’elles avaient recours à la contraception. ‘’Les hommes, dit-elle, sont souvent en colère lorsqu’ils s’aperçoivent que leur épouse ou des membres de la famille de sexe féminin ont recours à un moyen de contraception… Un d’entre eux est venu me dire une fois : ‘C’est moi qui l’ai épousée. Il faut donc mon autorisation avant qu’elle ne puisse utiliser la contraception.’ Les hommes pensent que la contraception peut être un subterfuge pour l’infidélité’’, renseigne-t-elle.
Selon sa collègue Binta Dème, outre le facteur argent, il y a les normes sociales qui posent aussi problème. ‘’Même dans le cas où elles ont de l’argent, l’autorisation du mari est nécessaire et ce dernier a du mal à donner son accord. Il y a une mère qui utilisait [l’implant] Norplant. Elle est venue au centre pour que l’implant soit enlevé, en disant que son mari s’est opposé à la contraception. Les infirmiers ont discuté avec elle pour lui dire que c’était son choix d’insérer le Norplant. Le lendemain, elle est revenue pour insister afin qu’on le lui enlève. Les infirmiers ont finalement accepté. Après une discussion, elle explique que la situation était houleuse à la maison’’, rapporte Binta.
Embouchant la même trompette, la comptable Jeanine Mendes, 30 ans, trois enfants, raconte une mésaventure qu’elle a failli avoir à cause d’une histoire de contraception. Elle revenait d’une causerie organisée par les femmes de son quartier sur la question, aux Parcelles-Assainies. ‘’Lorsque mon mari a lu les fiches (sur la contraception), il m’a accusée d’avoir utilisé ces méthodes sans son avis. J’ai essayé de lui expliquer comment je les avais obtenues. Il a failli me battre devant les enfants. Il a brûlé toutes les fiches. Pourtant, je travaille, mais comme mon mari n’en veut pas, j’ai laissé tomber. Je préfère utiliser la méthode de comptage de mes menstrues. Je maitrise bien cette méthode. Je suis très soumise’’, confirme Mme Mendes.
Pour leur part, Sylvain Sambou et Abdoulaye Faye imputent certaines réticences à la pauvreté. ‘’La plupart des hommes, précise M. Sambou, sont durs de nature et la pauvreté les rend amers. Quand une femme aborde la question de la contraception, les hommes estiment qu’il s’agit d’une dépense supplémentaire qui s’ajoute à la liste déjà longue des dépenses du ménage’’.
DES ACTRICES DE L'ÉCONOMIE NOCTURNE
Elles commencent leurs journées quand beaucoup reviennent du travail. Elles sont vendeuses de couscous, de sandwichs, de bouillie de mil… Ces dames ont choisi de faire vivre l’économie nocturne, en bravant l’insécurité, les rigueurs du climat
Elles commencent leurs journées quand beaucoup reviennent du travail. Elles sont vendeuses de couscous, de sandwichs, de bouillie de mil… Ces dames ont choisi de faire vivre l’économie nocturne, en bravant l’insécurité, les rigueurs du climat, le confort au prix de faibles revenus.
18 h passées de quelques minutes aux alentours de l’église Saint-Paul de Grand-Yoff. Un pousse-pousse décharge des bagages dans un coin de la rue. Dans les colis, se distinguent des ustensiles de cuisine et des provisions, sous le regard vigilant de Yaye Awa. La dame est vendeuse de sandwichs et vit cette routine depuis 27 ans. Seulement, en cette période finissante du mois de février où Dakar affiche les 18 degrés, les choses ne semblent pas simples pour cette veuve. Emmitouflée dans une tenue traditionnelle avec un pullover noire en dessous, elle tente tant bien que mal de tenir, face à la rigueur du climat.
Ses charges familiales ne lui en laissent pas le choix. ‘’J’ai des enfants à qui je dois gérer la scolarité. Ils ont perdu très tôt leur père et je ne peux me reposer sur personne pour leur prise en charge’’, indique Yaye Awa. Elle commence tous les jours son activité à cette heure avant de regagner tard son domicile. ’’Je suis là à partir de 18 h et il arrive que je travaille jusqu’à 3 h ou 4 h du matin. Et au cours de la journée, je prépare les mets à vendre le soir. Je commence à fonctionner à partir de 11 h, tous les matins’’, explique-t-elle.
Comme Yaye Awa, beaucoup de femmes ont choisi la nuit pour exercer leurs activités et faire tourner la petite économie. Loin des bureaux climatisés ou des grands magasins luxueux, elles participent, à leur manière, au développement de la société et à l’épanouissement de leurs familles respectives. En ces moments de conjoncture où beaucoup peinent à assurer les trois repas quotidiens, ces dames ont eu l’intelligence d’exploiter cela en offrant des dîners chauds à moindre coût.
Toutefois, elles semblent être oubliées par les bailleurs et autres investisseurs. En effet, elles bénéficient rarement, pour ne pas dire jamais de financements ou de soutiens. N’ayant pas, pour la plupart, fait des études, elles ne savent pas par quels moyens contracter des crédits pour développer leurs activités. Celles qui sont informées ont parfois peur de contracter des prêts, à cause des taux d’intérêt jugés exorbitants. Yaye Awa explique, à cet effet, que les intérêts qui leur sont imposés sur ces financements sont insoutenables, ce qui fait qu’elle préfère se débrouiller avec ses propres moyens.
Problématique des financements
Une posture qu’elle partage avec Fatou Kiné, vendeuse de couscous à une intersection, non loin du marché de Grand-Yoff. Elle avoue aussi n’avoir jamais reçu de financement ou une quelconque proposition allant dans ce sens. À quelques minutes de 19 h, la dame, qui vient juste d’arriver sur son lieu de travail, défait ses bagages pour servir ses premiers clients. Son couscous est encore tout chaud. De la petite fumée se dégage de la grande bassine en plastique dans laquelle elle l’a stocké. Fatou Kiné est dans ce commerce depuis cinq ans. Elle tient en même temps un restaurant qui roule jusqu’à 17 h. ’’Nous sommes là tous les jours jusqu’à 00 h, en temps de fraîcheur, alors qu’en période de canicule, on peut aller jusqu’à 1 h du matin’’, informe la jeune mère de famille.
Durant ce dernier week-end qui précède le début du carême chrétien (NDLR : le reportage est réalisé quelques jours avant le début du carême) à Grand-Yoff, des parents se ruent vers les vendeurs de déguisements et autres accessoires pour la célébration de la fête du Mardi Gras. Les allées du marché sont fortement fréquentées ; plus denses que d’habitude. En plus de l’animation assurée par la sonorisation des baffles des commerçants, les moteurs et klaxons des véhicules y ajoutent une touche de charivari. Loin de ce vacarme, Maïmouna et Coumba sont tranquillement installées devant des seaux en plastique rempli de bouillie de mil. La soirée avance ; bientôt 21 h passées et les clients viennent à compte-gouttes, en cette soirée du samedi. Ce soir, la clientèle préfère peut-être les restaurants.
Maïmouna reconnait avoir bénéficié une fois d’un financement de 250 000 F CFA, en 15 ans d’activité. Une somme qu’elle a pu rembourser, mais n’est pas très sûre de vouloir renouveler l’expérience. ‘’Je rechigne à prendre un nouveau prêt, malgré les nombreuses relances du bailleur, parce que les choses ne marchent plus comme avant. Il faut dire qu’on a des promesses de financement qui peinent à être concrétisées’’, dit-elle, tout en se levant de son siège pour servir un client.
Maïmouna indique, en outre, que le prêt lui avait permis de fructifier son fonds et de faire avancer ses activités. ’’Mon financement m’avait permis d’acheter une quantité importante de mil dans mon village natal. Une partie a servi à faire de la bouille pour mon commerce, tandis que j’ai revendu l’autre partie. J’ai pu verser l’argent à temps, tous les deux mois, comme c’était prévu’’, renseigne-t-elle avec fierté.
Avec ces années passées dans ces différents secteurs, il serait judicieux de se demander si nos interlocutrices ont pensé à faire des économies ou des réalisations, afin d’agrandir leur commerce. A ce sujet, Fatou, vendeuse de friandises et autres fruits saisonniers, explique qu’elle n’a pas pu réaliser quelque chose depuis bientôt 20 ans qu’elle tient son commerce. La mère de cinq enfants fait savoir que ses recettes journalières sont divisées en trois parties. Une, dit-elle est réinvestie dans son commerce, l’autre dans les dépenses quotidiennes et le reste est réservé aux tontines et, à terme, cet argent va servir à prendre en charge la famille. ’’Grâce à mon activité, j’arrive à subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille. J’ai été trop tôt orpheline de mère et mon père, qui est finalement décédé aussi, était trop vieux ; le travail était ma voie de salut pour tenir. Je le fais depuis que je suis toute jeune. Je me dis que mon commerce n’est pas assez rentable pour me permettre d’épargner’’, se résigne-t-elle.
Pour Yaye Awa, sa plus grande réalisation avec son commerce est d’avoir assuré l’éducation de ses enfants. Elle a pu les soutenir jusqu’à l’université. ’’J’ai toujours payé leur scolarité. L’un a préféré malheureusement tout abandonner en classe de terminale pour travailler dans la maçonnerie. Il voulait à tout prix me venir en aide. J’ai également perdu mes parents. Donc, je devais aussi prendre en charge mes jeunes frères et tous se fait grâce à cette activité. Quand j’y pense, je n’éprouve aucun regret. Je me dis qu’un jour, les enfants réussiront et ce sera la fin de mon supplice’’, espère-t-elle tout en commençant à désosser son poulet rôti.
Maïmouna, debout, derrière sa table de fortune pour gérer le flux de clients, est d’avis qu’il est simplement impossible d’épargner, dans leur situation. Cela s’explique par les nombreuses obligations familiales et sociales qui font que ce qu’elles gagnent leur suffit à peine. ’’Quand on est marié, on a beaucoup d’obligations. Il faut soutenir le mari et s’occuper de son foyer. Notre argent rentre dans les dépenses familiales. Nous n’avons même pas la possibilité d’épargner. Il arrive que nos recettes ne nous servent qu’à acheter quelques kilogrammes de mil pour assurer la vente du lendemain. Il est très difficile de réaliser des bénéfices, dans ces conditions. Ce travail à lui seul ne nous permet pas de nous en sortir. L’idéal serait d’avoir d’autres activités à côté’’, pense-t-elle.
Ce que semble d’ailleurs bien comprendre Fatou Kiné. La vendeuse de couscous qui allie cette activité à la gestion d’un restaurant a fini par avoir une longueur d’avance sur les autres. En seulement cinq ans dans le milieu, cette veuve a aujourd’hui construit un toit pour ses enfants dans la commune de Yeumbeul (banlieue dakaroise).
’’Aujourd’hui, je peux rendre grâce à Dieu. Avec ce travail, j’ai construit une maison pour mes enfants et ils y logent. Je prends en charge leur scolarité et toutes les autres dépenses familiales qui incombent à un chef de famille. J’avoue que je n’ai pas de répit entre les journées au restaurant et le reste du temps ici. Je sors de chez moi le matin à 8 h pour ne revenir qu’aux environs de 1 h du matin. J’ai tout le temps mal à la tête et à l’hôpital, on m’a dit que c’est à cause du manque de sommeil’’, dit-elle.
En effet, les soucis de santé ne manquent pas chez ces femmes qui bravent quotidiennement le vent et ce climat froid de la nuit à la recherche de gains. Yaye Awa, elle, ressent des douleurs articulaires, car en plus du climat, les choses s’aggravent avec l’âge. ’’Il m’arrive de dormir sur mon commerce et ce sont les clients qui me tirent de mon sommeil. Vous voyez comment j’ai vieilli avec mes cheveux blancs, alors que mon âge n’est pas si avancé que ça’’, raille-t-elle.
’’Il arrive que des gens se baladent avec des machettes ici’’
En plus des questions de santé, ces dames devront également faire face à l’aspect sécuritaire. Grand-Yoff, avec sa réputation, ne rassure guère. Alors, comment imaginer des femmes dans les rues de cette commune jusqu’à certaines heures de la nuit ? A ce sujet, Ya Awa, sur un ton de défiance, montre qu’elle n’a nullement peur de ces ’’délinquants’’.
’’On voit du tout dans la rue, mais moi, je suis née ici et je maîtrise le secteur. Donc, il y a des limites à ne pas franchir, car on se connaît bien. A chaque fois que je vois des choses qui ne sont pas rassurantes ou quand je sens que je suis en danger, j’interpelle la police’’, dit-elle. Il arrive souvent que des gens se baladent la nuit, d’après la vendeuse de sandwichs avec des machettes ou commettent régulièrement des agressions sous leurs yeux.
Fatou Kiné n’a pas la même chance. Elle a été à plusieurs reprises victime d’agression. ’’Mon portefeuille a souvent été arraché ici. Même s’ils n’ont jamais emporté une somme importante d’argent, mais j’y ai souvent perdu tous mes papiers’’. Ce qui meurtrit davantage cette dame résidant à Khar Yallah, c’est l’éloignement de ses quatre enfants. Elle peut, dit-elle, rester 15 jours sans voir sa famille établie à Yeumbeul. Fatou, la vendeuse de friandises, vit, elle, en famille, mais effectue de longues journées partagées entre son commerce et ses obligations domestiques. ’’Après la prière de l’aube, je prépare mes jeunes enfants pour l’école. Je me charge des travaux ménagers avant d’aller faire mes courses pour la préparation du repas. Je profite de ce moment pour préparer mes affaires à vendre. Avant 15 h, je termine et mon repas et mes friandises’’, partage-t-elle.
Nos différentes interlocutrices connaissent toutes l’existence de la journée du 8 Mars, mais n’ont jamais participé aux festivités à cause de leurs activités. Elles ne manquent pas cependant de doléances.
’’A vrai dire, je n’ai jamais participé à la fête, comme le font les femmes. Ce serait bien pour nous de bénéficier de soutiens pour fructifier nos activités. Il faut dire que ce sont les femmes qui gèrent actuellement les familles. Les hommes ont démissionné depuis belle lurette’’, soutient Fatou Kiné. Yaye Awa retient uniquement de cette journée les tissus distribués par les groupements de femmes à crédit. ’’A Grand-Yoff, je pense que nous sommes les grandes oubliées de cette journée. Aucune de nos revendications n’est prise en compte, à l’occasion de cette célébration’’, peste-t-elle. Ce, alors que les vendeuses de bouillie disent n’avoir même pas le temps de regarder la télévision, à plus forte raison d’apprécier la célébration de la Journée internationale de la femme.
par Oumou Wane
NE VOUS PRESSEZ PAS LES FILLES
Qu’on l’accepte, plus aucun métier au Sénégal n’est une chasse gardée pour les hommes. Alors pourquoi rester muselées, transparentes, réduites au silence ?
Chaque année le 8 mars, « Journée internationale des droits des femmes », je suis partagée entre deux sentiments : d’un côté la grande hypocrisie d’une fête agaçante et sans effet et de l’autre, la nécessité, même un seul jour sur 365, de mettre la lumière sur la condition féminine.
Disparités salariales, violences conjugales ou sociales, attitude machiste... Cette journée sert-elle vraiment à améliorer la situation des femmes dans le monde, j’en doute. Mais enfin, si cela me permet d’attirer l’attention des dirigeants africains sur l’un des aspects qui me révolte le plus dans notre culture régionale, je parlerais des mariages forcés et précoces qui maintiennent les jeunes filles dans des conditions de pauvreté et d’impuissance, de leurs droits à l’enfance et à l’éducation volés, de génération en génération… Au Sénégal aussi hélas.
Soyons réalistes et allons droit au but. Je pense qu'il ne faut plus se marier juste pour se marier et pour avoir le statut d’épouse. Combien de rêves de petites filles sont anéantis par des mariages précoces et arrangés. Les mariages précoces, une forme de détournement de mineures, sont des violences faites aux filles en pleine puberté. Selon certaines croyances populaires, les filles mariées ont atteint l’âge adulte et n’ont donc plus besoin d’aller à l’école, la première conséquence de leur mariage est généralement leur déscolarisation. Les mariages précoces cantonnent ainsi les filles dans leur statut inférieur à l’homme et ne leur permettent pas de sortir de la pauvreté. Il s’agit en fait d’un énorme potentiel perdu pour le développement du pays.
Le Code de la famille est donc à réviser à cet effet et les jeunes filles doivent être informées que nombre de femmes au Sénégal et dans toute l’Afrique sont de brillantes entrepreneuses avec des visions prospectives qui dépassent celles des hommes.
Qu’on se le dise, qu’elles soient chefs d’entreprises, médecins, pilotes, conductrices, mécaniciennes, ministres et que sais-je encore, elles ne sont nullement dépaysées dans les milieux dominés par les hommes. D’ailleurs, de plus en plus de femmes s’orientent vers les matières scientifiques et notamment le BAC scientifique.
Qu’on le sache, qu’elles soient agricultrices, infirmières, commerçantes ou qu’elles transforment les produits de la pêche, elles créent partout la surprise, l’admiration et le respect après quelques minutes de pratique au travail.
Qu’on l’accepte, plus aucun métier au Sénégal n’est une chasse gardée pour les hommes. Alors pourquoi rester muselées, transparentes, réduites au silence ?
Je tiens quand même à célébrer la Journée internationale des droits des femmes, car nous ne sommes pas ici dans le folklore de la Saint Valentin. C’est une journée dédiée aux réalisations sociales, économiques, culturelles et politiques des femmes. Et Dieu sait qu’au Sénégal, il y a de plus en plus de femmes leaders, entrepreneures et militantes, des influenceuses sénégalaises qui passent à l'acte et libèrent la parole des femmes.
En 2020, par exemple, elles ont pu obtenir la loi criminalisant le viol au Sénégal. Alors oui, célébrons le leadership féminin et disons bravo à toutes les femmes pour leur engagement. Elles appellent à la préservation de la paix et elles sont les piliers de nos sociétés, l’équilibre de la justice sociale.
Dans notre culture, l'homme a toujours symbolisé, depuis l'indépendance, le pouvoir et la domination. La preuve en est qu'il a toujours occupé majoritairement l'espace du pouvoir. On pourrait aller bien plus loin quant aux accusations susceptibles d’être portées aux hommes, à leur cruauté et aux conséquences de leur brutalité dans le monde entier.
C’est pourquoi je dis, ne vous pressez pas les filles, pensez à vous, à votre bien-être et au rôle social que vous voulez occuper dans ce monde et pas seulement dans votre foyer.
Mais bien sûr si vous êtes certaine d’avoir trouver la bonne personne et que vous êtes en phase sur votre façon de concevoir l’avenir à deux, alors il n’est jamais trop tôt pour être heureux !
Bonne fête à toutes les femmes sur la planète !
Par Moussa SYLLA
FAIRE PROGRESSER LES DROITS DES FEMMES, C’EST FAIRE PROGRESSER LE MONDE
Tous les 8 mars, je lis de nombreuses publications d’hommes exprimant leur admiration envers les femmes. Ces publications disent, en résumé, que la vie de leurs auteurs serait beaucoup moins réussie sans l’apport d’une femme, ce qui est fort vrai.
Tous les 8 mars, je lis de nombreuses publications d’hommes exprimant leur admiration envers les femmes. Ces publications disent, en résumé, que la vie de leurs auteurs serait beaucoup moins réussie sans l’apport d’une femme, ce qui est fort vrai.
En même temps, elles dénaturent le vrai objectif du 8 mars qui est la Journée internationale du droit des femmes et non simplement la journée des femmes. Il ne s’agit pas de dire que quand ma femme était absente, j’avais éprouvé des difficultés en nettoyant mon appartement ou en m’occupant des enfants : tel n’est pas l’objectif. Ma mère est une analphabète ; elle ne sait ni lire ni écrire. Elle parle souvent, avec beaucoup de regret, qu’elle n’ait pas eu l’occasion de faire des études, car elle aurait été une excellente étudiante. Quand je lui parle des sujets de la vie, je suis toujours impressionné par la qualité de sa réflexion ; cela me pousse à dire qu’elle est plus intelligente que moi. Encourager les femmes à ne pas abandonner leurs études, à ne pas se croire inférieures aux hommes du point de vue des capacités intellectuelles, permettrait de faire avancer grandement la cause féminine. Pour les parents, c’est donner les mêmes chances à leurs filles qu’à leurs garçons, comme les inscrire dans les mêmes écoles, soutenir et encourager de façon égale leurs ambitions. Quand les femmes étudient mieux, un pays en profite grandement.
Les Nations les plus avancées sont celles où les droits des femmes sont les mieux respectés parce qu’un Etat ne peut se développer en brimant la moitié de sa population. En faisant cela, il se prive de créativité, d’une manière autre de voir les choses et de talents tout simplement. Cela est une transition pour parler de l’importance pour une entreprise d’intégrer les femmes dans son comité de direction. Aujourd’hui, une entreprise dessert plusieurs marchés. Comment réussira-t-elle à faire croître ses parts de marché si elle n’a dans sa direction que des hommes ? Elle perdra en capacité de réflexion originale et de sortir de sa zone de confort. J’ai lu des études affirmant que lors des crises, les entreprises les plus diverses du point de vue du sexe s’en sortent mieux. Pourquoi ? Tout simplement, il y a une diversité de points de vue, les femmes apportent leur sensibilité et leur manière de voir les choses.
Aussi les entreprises créatives intègrent-elles des femmes dans leurs comités de direction, écoutent et prennent-elles en compte leurs points de vue. Il ne s’agit juste pas d’intégrer une ou deux femmes dans son comité de direction pour donner l’impression que nous respectons la diversité, mais de donner la chance à toutes les femmes compétentes d’exprimer leurs talents. Il y a quelques jours, je rentrais du travail. Coincé dans les embouteillages, j’allumai la radio et tombai sur une chanson d’un artiste célèbre. J’étais choqué d’entendre ces propos : «Si tu as réussi, c’est parce que ta mère a travaillé. Si tu as échoué, c’est parce que ta mère n’a pas travaillé.» On impute à la mère l’échec ou la réussite de son enfant, surtout l’échec. Quid du père absent, négligent ? N’est-il pas coupable ?
Il y a parfois dans les propos des Sénégalais un fond de machisme qui impute tous les mauvais comportements d’un enfant à sa mère. J’ai remarqué que le père a une grande part de responsabilité dans l’échec ou la réussite d’un enfant. .
En Amérique du Nord, on dit que les familles noires sont dans un cercle vicieux à cause de l’absence de père, due au taux d’emprisonnement élevé des hommes noirs. Un papa absent ne veut pas dire simplement un papa qui a abandonné ses enfants. C’est aussi un papa qui ne s’occupe pas d’eux, qui néglige leurs besoins. Quand des enfants ont un tel papa, la probabilité de réussite est moindre que celle d’enfants avec un papa aimant, qui leur offre un modèle solide. Je parlais plus haut de l’importance que les filles continuent leurs études.
En parlant à des femmes, j’ai découvert une chose : elles s’absentaient à l’école lors de leurs périodes menstruelles parce que ne pouvant acheter des serviettes hygiéniques. Récemment, je lisais qu’en France, le gouvernement a décidé d’allouer 5 millions d’euros à la lutte contre la précarité menstruelle. C’est un exemple que doit suivre le Sénégal : rendre gratuite la distribution de protection hygiénique.
La conjoncture est difficile au Sénégal. Beaucoup de familles n’arrivent pas à se nourrir convenablement, à plus forte raison acheter à leurs filles des protections hygiéniques. L’Etat a un rôle important à jouer pour résoudre ce problème : en rendant gratuite la distribution de serviettes hygiéniques, il permettra à ces femmes qui s’absentent à l’école lors de leurs périodes menstruelles d’être présentes. Cela contribuera à diminuer l’absentéisme à l’école et l’abandon des études.
En tant qu’hommes, nous devons comprendre qu’il est dans notre intérêt l’autonomisation des femmes. C’est aussi l’intérêt de la société et du monde. Les femmes apporteront leurs points de vue uniques et permettront une meilleure qualité de décision. Certains Etats l’ont compris et avancent beaucoup plus rapidement. D’autres sont encore dans un machisme rétrograde et se privent de l’apport de la moitié de leur population. Le Sénégal doit faire partie du premier lot. Il doit être un pionnier dans la lutte pour les droits des femmes, afin de leur permettre de s’épanouir, d’exprimer leurs talents et potentiels. Il doit, pour cela, faire tout pour les garder à l’école, inciter les entreprises à leur donner leur chance.
Pour nous, hommes sénégalais, nous devons arrêter d’accuser les femmes de tous les maux de la société, de l’échec de nos enfants, les aider à se développer. Cela est dans notre intérêt : les enfants auront tellement plus de chance de réussite si leurs père et mère sont épanouis et leur donnent des exemples inspirants. Faire progresser les droits des femmes dans le monde, c’est faire progresser le monde. Un certain nombre de mesures institutionnelles peuvent et doivent être prises : garder les filles à l’école, leur donner leur chance dans le monde du travail, combattre les plafonds de verre à leur égard. Pour nous, hommes, nous devons arrêter avec ce vieux fond de machisme qui fait des femmes la cause des échecs des enfants.
PS. : Il y a quelques jours, je relisais le roman Une si longue lettre, écrit par Mariama Ba. Je tombai sur le passage suivant : «Quand la société éduquée arrivera-t-elle à se déterminer non en fonction du sexe, mais des critères de valeur ?» Vivement un tel monde !
Moussa SYLLA
AICHA HENRIETTE NDIAYE, UNE FEMME QUI TISSE SA TOILE DANS LE FOOT
Aicha Henriette Ndiaye est la première femme sénégalaise à intégrer le cercle restreint des instructeurs de la Confédération Africaine de Football
Dans un monde footballistique dominé par les hommes au Sénégal, une femme se distingue et tisse lentement mais surement sa toile. Son nom est Aicha Henriette Ndiaye. Première capitaine de l’équipe nationale féminine de football, elle est aussi la première femme du pays à décrocher le sésame d’instructeur de la Confédération Africaine de Football (CAF). Cette dame est à la tête de l’équipe nationale féminine qui a récemment décroché le ticket qualificatif à la coupe du monde u20 féminine prévue en Août prochain au Costa Rica. Portrait d’une battante qui a comme idole Aline Sitoé Diatta.
Aicha Henriette Ndiaye est la première femme sénégalaise à intégrer le cercle restreint des instructeurs de la Confédération Africaine de Football(CAF). Pour accéder à ce statut obtenu en 2020, la native de Belfort, un quartier de la commune de Ziguinchor, a dû parcourir du chemin. «C’est en 2006 que j’ai démarré mes cours d’instruction de la CAF, sous l’impulsion de l’ancien Directeur Technique National (DTN) du football Mama Sow. Je profite de l’occasion pour lui rendre hommage. Durant 14 ans, j’ai parcouru l’Afrique à la quête du savoir. C’est donc une reconnaissance qui me va droit au cœur», s’enorgueillit Aicha Henriette Ndiaye, coach de l’équipe nationale féminine des moins de 20 ans du Sénégal, récemment qualifiée pour la coupe du monde de la catégorie qui doit se dérouler du 10 au 28 août au Costa Rica.
Le courage et la persévérance sont la devise de la première capitaine de l’équipe nationale féminine du football sénégalais. Sa source d’inspiration est la prêtresse de Cabrousse qui est la résistante la plus connue de la Casamance naturelle. «J’ai l’habitude de dire que je suis la deuxième Aline Sitoé Diatta. Elle est ma référence et je l’affirme partout où je suis. Tous les gens qui m’interpellent à propos de mon abnégation, je leur réponds toujours que je la tire de ma référence Aline Sitoé qui a résisté durant la colonisation, malgré le statut qui était conféré à la femme à l’époque.
La posture qu'elle avait durant la période coloniale, j’essaie de m'en inspirer pour me frayer un chemin dans le monde du football dominé par les hommes», renchérit-elle. Celle que l’on surnomme affectueusement «Harrête» a chopé le virus du football dès sa tendre enfance. Elle a commencé à taper au ballon à Ouakam et s’est ensuite forgée au terrain de football de son quartier de Ziguinchor avec les garçons de sa génération. Puis, elle a rejoint la capitale sénégalaise pour poursuivre sa carrière, faute d’équipe spécifique lui permettant de s’épanouir dans sa passion à Ziguinchor. Elle a d’abord intégré les Gazelle de Dakar où elle a été répérée pour former la première équipe nationale féminine du Sénégal avec des talents d’alors comme Sény Ndir Seck. Elle a aussi joué pour les Aigles de la Médina et les Sirènes de Dakar.
Aicha Henriette Ndiaye a entrainé plusieurs équipes de football dont la plupart des équipes masculines. Elle a d’abord fondé l’école de football Mamadou Marième Diallo à Ziguinchor, à l’époque où elle était joueuse. Ce sont les pensionnaires de cette école de foot qui avaient d’ailleurs péri dans le naufrage du bateau le Joola avec son cofondateur Michel Diatta, ancien international sénégalais et ancien sociétaire du Port Autonome de Dakar.
Après sa carrière de footballeuse, Aicha a entrainé l’équipe masculine de Zig-inter académie, l’ASC Diamalaye dans le championnat national populaire, l’équipe féminine du Casa Sports avant d’hériter des Lioncelles U20 du Sénégal, avec lesquelles elle va participer à la coupe du monde de la catégorie pour la première fois. Elle a aussi guidé les premiers pas de plusieurs footballeurs qui sont devenus aujourd’hui professionnels. Parmi ceux-là, Arial Barnabent Mendy, international sénégalais et sociétaire de Clermont Foot 63, l’international Bissau-guinéen Assane Baldé qui évolue au Portugal et Serges Gomis, ancien de Diambars, actuellement en MLS.
Le rêve d'Aïcha Henriette Ndiaye, c’est d’entrainer un jour l’équipe nationale masculine A du Sénégal. Peut-être que les gens vont trouver ce rêve utopique, mais moi j’y crois. Parce que tous les hommes qui évoluent en équipe nationale masculine A du Sénégal sont issus de mamans et ont été couvés par des femmes, donc ils doivent pouvoir accepter d’être managés par des femmes», clame Aicha Henriette Ndiaye.
Par Khadi HANE
DE GRÂCE, NE ME DITES PAS QUE JE SUIS UNE FEMME
Je me retrouve toujours prise dans un environnement qui me refuse de m’exprimer en tant qu’être humain préoccupé par autre chose que la place de la femme dans la littérature africaine, la situation de la femme dans un foyer polygame, etc.
Les thématiques autour de la femme restent encore aujourd’hui des sujets récurrents. Qu’est-ce qu’être une femme au 21ème siècle ? Cela rime à quoi ?
Rendue officielle en 1977 par les Nations Unies, la journée de la femme, célébrée le 8 mars, chaque année, nous invite à réfléchir à la manière de mieux impliquer les femmes dans les problématiques liées à la vie de tous les jours. La crise climatique pour cette année, la santé publique pour l’année dernière, des thèmes relatifs à l’égalité entre hommes et femmes, pour les années précédentes.
Qu’en est-il de la vision de la femme par elle-même ? Sommes-nous obligées d’attendre que l’on vienne nous dire comment combattre les injustices qui nous sont faites par une société volontairement organisée de façon inéquitable par des hommes et pour des hommes ? Qu’est-ce qui fait que nous sommes des femmes, excepté les attributs physiques qui sont les nôtres, dont nous devons seulement nous servir dans des circonstances dans lesquelles ils nous apportent un plus face aux hommes ? J’aime répondre à ceux qui me réduisent à ma condition féminine que je suis d’abord un individu doté d’un cerveau, fait de boyaux, d’os, de sang et d’eau comme n’importe quels homme ou femme avec qui j’ai en commun le partage de la même sphère humaine.
Être dotée d’une poitrine, fait-il de moi un être incapable d’avoir son propre point de vue quant à la manière dont le monde doit fonctionner ?
Régulièrement sollicitée pour des conférences, des tables rondes, d’autres rencontres plus ciblées avec un public collégien, lycéen, en prison ou auprès d’associations de familles issues de l’immigration, je suis toujours frappée par la constance des thèmes qui me sont proposés, parce qu’on me cantonne à n’être qu’une femme. D’origine africaine. Musulmane. Ces trois caractéristiques censées me définir, je me retrouve toujours prise dans un environnement qui me refuse de m’exprimer en tant qu’être humain préoccupé par autre chose que la place de la femme dans la littérature africaine, la situation de la femme dans un foyer polygame, l’avenir de la femme dans une communauté musulmane, l’excision, le contrôle des naissances, mes ambitions littéraires par rapport à mes consœurs écrivaines non africaines, et j’en passe.
Au même titre que son continent, la femme africaine suscite la même passion chez ceux qui la réduisent à une vision obsolète produite par des préjugés longtemps véhiculés sur elle et plus largement sur toutes les femmes du monde. Être femme n’est pas plus ni moins qu’être un homme avantagé par des décorations physiques naturelles, celles-ci n’altérant en rien sa légitimité dans la conduite des affaires publiques, politiques, économiques et sociales.
Dans la lutte contre toute forme de violence envers tout être humain, quel que soit le genre qu’on lui attribue. Bien évidemment, tout ceci reste ma façon de me projeter dans un monde qui ne me conçoit pas comme je me conçois moi-même. Aucune femme n’étant pareille à une autre, certaines d’entre nous, par volonté ou parce qu’élevées dans un espace qui les a façonnées de telle sorte qu’elles se refusent tout droit de se mesurer à un homme, réfutent l’idée même d’aspirer à autre chose que ce qui leur est laissé. Ce sont celles-là les ennemies des femmes, car ce sont elles qui, par l’éducation qu’elles dispensent à leurs filles, en font de futures femmes opposées à tout changement de l’ordre établi par des hommes. Une question reste ouverte : naît-on femme ou le devient-on par la force des choses ?
Khadi Hane est écrivaine
ENSEIGNANTES EN ZONE RURALE, DES SOLDATES DE LA RÉPUBLIQUE QUI SOUFFRENT LE MARTYRE
Au Sénégal, le métier d’enseignant est un pari bien risqué en monde rural. Il l’est beaucoup plus encore lorsque ce sont des femmes qui l’exercent
Au Sénégal, le métier d’enseignant est un pari bien risqué en monde rural. Il l’est beaucoup plus encore lorsque ce sont des femmes qui l’exercent. Et effectivement, dans les contrées les plus reculées, certaines femmes dispensent le savoir dans des conditions extrêmement difficiles. Des témoignages de femmes enseignantes en disent long sur leurs conditions de travail et d’existence dans les écoles rurales.
Aujourd’hui 8 mars, une journée dédiée à la condition féminine, ce sera la «grande» fête au Grand théâtre de Dakar avec plein de femmes richement vêtues et recouvertes d’or tandis que, au même moment, de pauvres fonctionnaires exercent dans des conditions terribles en milieu rural. C’est le cas de ces enseignantes affectées au fin fond du Sénégal où le «chemin de l’école» est parsemé d’embûches.
Boury Niang, Khady Diouf, Ndèye Khady Faye et Mme Ndiaye se sont rendu compte de cette réalité le jour où elles ont reçu leurs ordres de mission pour rejoindre leurs premiers postes de travail. Quatre collègues enseignantes aux parcours différents mais qui ont toutes servi en milieu rural dans des conditions exécrables. Une situation qui a même affecté l’état de santé de Mme Ndiaye en convalescence depuis plus de deux mois après avoir subi une intervention chirurgicale de à un «polype». Tout a commencé par des saignements qui l’ont conduite au poste de santé, dans la zone de Nioro, où il n’y avait qu’une seule matrone pour toutes les femmes du village. «Lorsque je suis arrivée, elle m’a dit que j’ai fait une fausse couche, et cela m’a étonnée. Elle m’a proposé un curetage pour retirer des débris lié à cet avortement dont elle parlait. Je précise que je n’étais pas enceinte. Mais elle tirait, tirait et n’arrivait toujours pas à enlever ce « truc » qui serait dans mon ventre. J’ai souffert parce que ça faisait trop mal. Finalement, elle m’a dit qu’elle ne comprenait plus, qu’elle n’arrivait pas à enlever l’affaire. Elle m’a libérée. Et comme je ne pouvais pas sortir de la zone sans autorisation, je suis restée là-bas tandis que mon état de santé s’aggravait de jour en jour. J’étais devenue toute pâle, toute blanche car complètement anémiée. Malgré cela, je ne pouvais pas quitter mon poste de travail pour une prise en charge. Finalement, c’est en décembre que j’ai subi une intervention chirurgicale «, confie notre interlocutrice tout en s’indignant du manque de personnel de santé qualifié dans certaines zones où sont affectées des agents de l’Etat en général. Un dénuement en personnel qui lui a failli ôter la vie. Mais si Mme Ndiaye a finalement eu la vie sauve, toutes n’ont pas la même chance qu’elle, hélas. Car, des décès d’enseignantes, il y en a dans la région de Kaolack.
Dans certaines localités, dit-elle, on enregistre quelques fois des décès d’enseignantes au cours de grossesses par manque de suivi ou à la suite de complications. «Les mutuelles de santé sont là, on adhère, on cotise, mais le personnel fait défaut. Par exemple, dans ce poste de santé où je m’étais rendue, il y avait une seule matrone qui, devant prendre à la fois en charge quatre parturientes en travail, intervenait par ordre d’arrivée alors que les niveaux d’urgences ne sont pas les mêmes». D’où le plaidoyer de Mme Ndiaye pour des structures sanitaires adaptées et des personnels qualifiés surtout que «les effets de la grossesse varient d’une femme à une autre selon son organisme».
Thionokh, un village au bout du monde
Hélas, beaucoup d’enseignantes ont déjà une santé fragile à l’image de Ndèye Khady Faye Mme Faye qui dit avoir souffert à Thionokh, dans le département de Ranérou, son premier poste. «Thionokh, c’était un poste de choix réservé aux dames. Le premier jour, je n’ai pas fermé l’oeil de toute la nuit. Ce n’était pas facile. Il n’y avait pas de lumière, on était dans l’obscurité totale, dans une nouvelle famille, loin des parents, et on devait s’adapter. Heureusement que, avec Awa Lô Mme Tall, on a trouvé sur place une équipe pédagogique très soudée. C’est ce qui nous a un peu réconfortées. Parce que, même si on avait une urgence familiale, on ne pouvait sortir que les vendredis. Ma tante maternelle est décédée, et je suis arrivée tard à la maison», se souvient «Dieuwrina» qui avait également en charge un enfant maladif. «Dieuwrina», un surnom que lui ont donnée ses collègues enseignants pour son engagement, son dévouement dans la voie mouride et familiale. Une vraie battante, une dame de fer qui a le sens des responsabilités, surtout pour son sens de la motivation pour le bien-être «familial» à l’école et aussi la nourriture qu’elle servait à ses collègues. C’est la fameuse «popote» pour laquelle chaque enseignant verse une participation symbolique qui varie entre 10 000 francs et 15 000 francs. «Durant ma première année à Thionokh, c’est Mme Sock Nogoye Faye qui se chargeait de la popote, puis Mme Guèye, ensuite Mme Tall avant que je ne prenne la relève après leurs affectations. Je me débrouillais pas mal. Durant les heures de récréation, je partais rapidement m’approvisionner pour le repas du midi que je préparais à la descente à 13 heures, et le diner vers 18 heures. Tous les vendredis aussi, je faisais le linge pour presque tous mes collègues enseignants, jusqu’à 19 heures». Une surcharge de travail à laquelle font face presque toutes les enseignantes qui servent en brousse. «90 % du travail de l’enseignant se fait à la maison. A l’école, tu restes debout de 8 heures à 13 heures pour des enseignements de qualité. Le bureau est juste aménagé pour déposer les affaires. La chaise, c’est pour la récréation. Le manger, on le fait à tour de rôle. A cet effet, on se lève à 5 heures du matin pour le petit déjeuner avant l’école, à la descente, c’est le déjeuner qu’il faut préparer puis le diner le soir. Après, tu te mets à préparer des fiches et à remplir ton cahier journal pendant deux heures pour avoir la signature du directeur. Si tu es une femme mariée, il y a ton homme qui t’attend à côté», témoigne cette maîtresse battante sur le quotidien des femmes enseignantes exerçant en zone rurale pour inculquer aux enfants le savoir. C’est ainsi que ces braves dames planifient leurs journées qui sont presque sans repos. Un vrai sacrifice qui a impacté sur l’état de santé de Mme Faye Ndèye Khady Faye alias « Dieuwrigna ». «Chaque année, je tombais malade, surtout durant les vacances. En 2019, j’avais une classe d’examen, je suis rentrée pour une prise en charge. Mon directeur a signalé ma maladie à notre inspecteur qui a coupé mon salaire pour une durée d’un mois car on me demandait des papiers justificatifs. Ça m’a fait mal, mais j’ai eu quand même le soutien de mes collègues», indique cette brave dame, la première à avoir tenu une classe de CM2 à Thionokh avec un taux de réussite de 99 % de réussite au concours d’entrée en sixième. D’excellents résultats obtenus malgré la «pauvreté» de l’alimentation. «On mange du Mbakhalou Saloum, du domoda kéthiakh ou du domoda guedj», confie sa collègue Boury Niang qui ne cesse de rigoler à propos du «domado kéthiakh pour des salariés».
Fort heureusement, ces courageuses enseignantes avaient cultivé le vivre-ensemble et en commun qui a fait que ces quatre colocataires qu’elles étaient très unies. Ce qui a fait qu’elles n’avaient pas de «difficultés majeures» à Louguéré thioly. Un vivre-ensemble renforcé d’avantage par la survenue des jumeaux de Mme Pouye Khady Diouf (Serigne Babacar et Mame Abdou). Mme Pouye confie d’ailleurs que Mme Ndiaye et Mme Lô l’ont beaucoup soutenue dans ces durs moments à Louguéré Thioly. «Ce sont de gentilles collègues. Quand je préparais mes fiches, elles s’occupaient des enfants. Des fois, Mme Ndiaye portait même Serigne Babacar sur son dos en plein cours. C’était en 2018 et j’étais candidate au CAP. Je faisais les EPS à 16 heures-18 heures. Je ne rentrais chez mes parents que durant les fêtes parce que je ne pouvais pas tout le temps voyager avec les enfants dans certaines conditions», raconte Mme Pouye Khady Diouf. Mais aussi pénible qu’était la vie à Thinokh ou à Louguéré Thioly, c’était le paradis en comparaison de Caak, un village situé sur la route de Vélingara Ferlo où Mme Pouye Khady Diouf fut la première femme enseignante à servir. D’où le nom «Madame Debbo» ou «Madame bou goor bi» comme l’appelaient les habitants du village. Un village sans toilettes. «Si on voulait faire ses besoins, on attendait la tombée de la nuit pour aller se soulager derrière un arbre». Un calvaire que l’infortunée maîtresse a dû supporter pendant une année avant de tomber enceinte à sa deuxième année. Une grossesse gémellaire intervenue alors qu’elle était candidate au CAP. Pour ne rien arranger, Mme Pouye Khady Diouf tenait aussi une classe multigrades (Ce1 et Cm1). Ce n’est finalement qu’au mois de février qu’elle a obtenu un congé. C’est à son retour qu’elle a pu bénéficier d’un redéploiement à Louguéré Thioly.
Des hameaux sans électricité, sans eau, sans toilettes…la galère !
La plupart des écoles de campagne n’ont ni eau ni électricité et sont dépourvues d’infrastructures de base tels que des salles de classes et des toilettes, de personnels de santé qualifiés, de moyens de transport... Beaucoup d’enseignants qui y sont affectés ne sont pas en sécurité et dorment à la belle étoile en temps de chaleur. «J’ai eu à partager la même chambre avec une collègue qui avait une arthrose qui provoquait une paralysie parfois. Ce qui faisait que, certaines nuits, elle ne pouvait même pas sortir. On vivait ensemble à Thionokh. J’étais obligé de lui trouver un seau pour ses besoins. Jusqu’à présent elle est dans la zone. Elle a présenté des papiers, mais on l’a laissée là-bas», raconte avec indignation notre interlocutrice elle qui évoque aussi le cas de cette autre collègue dont la chambre en paille avait pris feu à Nioro.
A Louguéré Thioly, les logements étaient acceptables comparés à ceux de Caak, mais l’eau était une denrée rare notamment l’eau à boire parce que le château d’eau était en panne. «Parfois on déboursait 15 000 francs tous les deux jours pour avoir de l’eau. De l’eau dans laquelle vivaient toutes sortes de bestioles et dans laquelle les habitants faisaient leur bain. On trouvait tout dedans même des peaux de grenouilles... On faisait de la filtration, de la javellisation, on mettait des médicaments déparasitants... On me disait de ne jamais regarder dedans. Qu’il faut boire rek. En tout cas, je l’ai bue pendant cinq mois sans effet immédiat. C’est par la suite qu’on a acheté des seaux à filtre», confie encore Boury Niang. Bien évidemment, en plein Ferlo, le poisson était tout simplement introuvable. Sinon, et si on en trouvait, il fallait débourser 1000 francs pour un tas de trois poissons minuscules. Par contre, de la viande, on en trouvait à gogo et à moindre coût.
Pour rejoindre leur lieu de travail ou assister aux cellules pédagogiques, les enseignantes de brousse parcourent des kilomètres et des kilomètres à pied, en charrettes ou à motos au risque et au péril de leur vie... Elles empruntent des taxis « clandos », des charrettes et des «jakarta», parcourent des kilomètres, bravent la poussière pour aller participer aux cellules pédagogiques. «C’est pourquoi on s’organise de telle sorte que tous les enseignants puissent participer aux cellules parce que c’est important pour eux. On les organise les jours de louma — marchés hebdomadaires—, pour faciliter le déplacement aux enseignants se trouvant dans des zones très enclavées», confie un enseignant qui a servi pendant 10 ans dans la zone de Ranérou. Tout comme les infrastructures de base et ou le personnel qualifié dans les structures sanitaires, le transport reste un grand problème en zone rurale. Les enseignants, particulièrement les femmes, en souffrent. «En 2012, on devait aller en vacances mais on a attendu le jour du départ un véhicule jusqu’à minuit. Brusquement, un camion a débarqué. Tous se sont engouffrés dedans. Je ne voulais pas prendre le camion. J’ai pleuré de Louguéré Thioly à Linguère.
Après juste 5 kilomètres de route, le camion est tombé en panne. Quelques minutes après, il a redémarré pour encore s’immobiliser 15 kilomètres après. J’ai dit à mes collègues ‘Gnaw. C’est bien fait. Parce que je leur avait proposé de rester en leur indiquant que c’était risqué de prendre ce camion mais personne n’avait voulu m’écouter», explique en riant Mme Niang. Mais malgré tout ce calvaire, malgré les problèmes de famille et de santé, malgré la mauvaise alimentation, le manque d’infrastructures sanitaires, l’absence d’électricité, la mauvaise qualité de l’eau — là où on en trouve —, l’inexistence de loisirs etc. ces braves enseignantes restent en brousse ! Sans compter que le poids des tâches domestiques et l’organisation de la vie familiale pèsent sur les «frêles» épaules de ces femmes. Ce qui est parfois très compliqué à gérer avec le métier d’enseignante. Ça pèse, certes, admettent ces femmes, mais elles sont unanimes en disant que c’est gérable aussi. Telle est la femme : elle est le poumon de la famille, c’est sur elles que reposent beaucoup de tâches. Elles sont enseignantes, elles ont non seulement la préparation des cours à faire, mais encore elles ont aussi à faire face aux inspections, au quotidien (travaux ménagers tels que la cuisine) à gérer et à joindre les deux bouts. Les tâches ménagères, elles s’en acquittent toutes seules. Elles n’ont pas de bonnes. Elles s’organisent. Elles planifient les week-ends. Dure, dure, dure, la vie des braves enseignantes en milieu rural ! Le 08 mars devrait leur être spécialement dédié…
MIGRATION INTERNE ET INTERNATIONALE, UNE PRÉSENCE DE PLUS EN PLUS IMPORTANTE DES FEMMES
Les dynamiques de migration interne et internationale au Sénégal sont marquées par une participation accrue des femmes.
En 2018, le Sénégal a réalisé son deuxième rapport sur le profil migratoire, après celui de 2009. Dans cette dernière étude, il est apparu une présence croissante des femmes dans les flux migratoires.
Selon le document, les dynamiques de migration interne et internationale au Sénégal sont marquées par une participation accrue des femmes.
Au niveau interne, la propension à émigrer ne présente pas de différence significative par rapport au sexe, selon les données du recensement de 2013. Mais on note une tendance plus importante des jeunes filles à migrer par rapport aux jeunes garçons, notamment dans les tranches d’âge comprises entre 15 et 29 ans. Le pourcentage de migrantes internes parmi les femmes est de 9,6% contre 8,2% chez les hommes dans la tranche d’âge 15-19 ans. Ce ratio est de 11,6% contre 10,1% dans la tranche d’âge 20-24 ans et de 12% contre 11,3% dans la tranche d’âge 25-29 ans. Au niveau international, les femmes représentent 16% des migrants sénégalais partis à l’étranger au cours de la période 1999-2003 (ESAM II, 2004).
En 2013, la présence des femmes est de l’ordre de 17% parmi les Sénégalais ayant émigré vers l’étranger entre 2008 et 2012 (ANSD, 2014). Avant, les flux de migration internationale féminine étaient dominés par les étudiantes et les femmes parties rejoindre leurs conjoints déjà établis de façon durable. Il s’y est ajouté une émigration de femmes seules, actives et autonomes, à la recherche d’un meilleur statut économique et social. La présence croissante des femmes est l’une des caractéristiques montantes des dynamiques migratoires internationales actuelles.
Par contre la migration de retour constitue une variable mal connue, du fait de l’absence de données adéquates. Globalement, il n’existe pas de système d’enregistrement centralisé des migrants de retour, permettant de déterminer leur nombre exact et leur profil sociodémographique et économique, qui pourrait servir de base de données pour le suivi, l’accompagnement et la création de projet de réinsertion.
ARTISANES DE LA PAIX, MAIS «BANNIES» DES NÉGOCIATIONS
Victimes et couches vulnérables de la crise armées en Casamance, les femmes de la Casamance se sont toujours illustrées dans la résolution des conflits et plus particulièrement le conflit casamançais
Victimes et couches vulnérables de la crise armées en Casamance, les femmes de la Casamance se sont toujours illustrées dans la résolution des conflits et plus particulièrement le conflit casamançais. Une implication qui trouve toute son origine dans des soubassements culturels et traditionnels. Malheureusement, ces artisanes de la paix ont le sentiment d’être «bannies» des négociations. Une mise à l’écart qu’elles déplorent, confortées en cela par le fait que tous les accords signés, sans leur présence, sont tombés dans l’eau.
«Notre implication dans la résolution des conflits et notre engagement dans le règlement des conflits date de très longtemps. Car, dans notre société, la femme a toujours été au devant dans le règlement des conflits. Nous héritons cette casquette d’artisane de la paix des réalités culturelles et traditionnelles de notre région», nous confie Madame Ndeye Marie Thiam Diedhiou, Coordonnatrice de la Plateforme des femmes pour la Paix en Casamance (PFPC). Et de poursuivre : «le conflit en Casamance a éclaté en 1982. En 2000, il y a eu la Résolution 13.25 (des Nation unies – ONU, ndlr). Mais, bien avant, à travers des organisations de femmes ici comme Kagamen, Kabonketor, Usoforal, les femmes du Bois sacré…, nous nous sommes levées pour nous impliquer dans la résolution du conflit. Donc, notre engagement ne date pas d’aujourd’hui», martèle Madame Thiam. A travers de fortes mobilisations, ces femmes de la Casamance, mères et victimes, s’activent constamment dans la recherche de la Paix dans cette partie Sud du pays qui tangue depuis des années entre accalmie précaire et insécurité.
«NOUS DEPLORONS DE TOUTE NOTRE FORCE LE FAIT QUE DES NEGOCIATIONS SE FONT SANS L’IMPLICATION DES FEMMES ET…»
Toutefois, ces femmes qui se sentent exclues des négociations réclament une implication concrète dans celles-ci. «Nous ne sommes pas impliquées. On ne sait pas ce qui se dit, ce qui est en train de se négocier. Qu’est ce qui est en train de se dire ? Si c’est pour nous qu’on négocie, au moins qu’on nous dise ce qui est en train de se faire ; quelles sont les décisions qui sont prises ? Cela nous permettra de mieux orienter notre travail», déplore la Coordonnatrice de la PFPC. Aussi exprime-t-elle toute son amertume sur cette mise à l’écart des femmes dans le processus de négociations. «Nous déplorons de toute notre force le fait que des négociations se font sans l’implication des femmes et des organisations de la société civile. Il est vrai que c’est l’Etat du Sénégal et le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (Mfdc) qui sont en conflit, qui se battent, mais c’est nous, populations, qui subissons les affres de ce conflit». Et Mme Thiam d’insister : «donc, je pense qu’après tout le travail abattu par les femmes, nous avons droit au chapitre. Nous devons être impliquées dans la résolution de ce conflit parce qu’elles (les femmes, ndlr) ont leurs préoccupations qui leur sont propres, leur vécu qui leur est propre et qu’on devrait prendre en compte lors des négociations», souligne la responsable des femmes qui s’activent dans la paix en Casamance qui s’insurgent contre leur non implication dans le discret processus de négociations.
«COMME A BANJUL, OU LES FEMMES ONT FORCE LA PORTE POUR PRENDRE LA PAROLE… NOUS CONTINUONS LE TRAVAIL POUR NOUS IMPOSER»
D’ailleurs, ces mêmes femmes sont d’avis qu’elles sont complétement «bannies» dans les négociations. Et tous les accords signés, sans leur présence, sont tombés dans l’eau. Les femmes, qui ont subi des violences et toutes sortes de brimades, exigent une place centrale dans les négociations. L’heure est au forcing maintenant, semble dire Madame Thiam, qui lance : «nous avons beaucoup travaillé pour que la paix revienne. Néanmoins on n’entend pas leur voix. Les femmes n’ont jamais été impliquées dans la résolution du conflit en Casamance. Résultats, tous les accords qui ont été signés ont été nuls, il n’y a pas eu de débouchés, pas de suivi». La coordonnatrice de la PFPC rappelle que «c’est seulement à Banjul que les femmes se sont imposées. Elles ont forcé la porte pour prendre la parole, alors qu’elles y étaient en tant qu’observatrices. Nous continuons à faire le travail. Et nous allons nous imposer», lâche Madame Thiam.
«DE FAÇON CONCRETE, LE MFDC A COUPE AVEC TOUTES LES ORGANISATIONS DE LA SOCIETE CIVILE, MAIS…»
A la question de savoir si le Mfdc les écoute, Ndeye Marie Thiam Diedhiou répond : «de façon concrète, le Mfdc a coupé avec toutes les organisations de la société civile. Mais je sais qu’il suit les évènements. Il y a des franges les plus accessibles que nous rencontrons souvent. Maintenant, concernant l’Etat du Sénégal, il faut dire qu’à chaque fois que le chef de l’Etat vient en Casamance, il nous reçoit», déclare-t-elle. Aujourd’hui, ces femmes de la Casamance regroupées autour de la Plateforme pour la paix en Casamance (PFPC) exigent leur implication dans le processus de négociations. Et, en ce 8 mars, marquant la Journée international dédiée aux femmes dans le monde entier, un fort plaidoyer sera déroulé par ces femmes. Pour cela, elles comptent sonner la mobilisation non seulement pour dérouler le thème de cette célébration mais aussi en profiter pour interpeller les différentes parties prenantes sur leur implication nécessaire au processus de négociations en Casamance.