L’aide de camp du président Senghor entre 1962 et 1964, le général Amadou Bélal Ly, a joué un rôle important dans la crise politique qui avait secoué le Sénégal à l’époque. Un livre-témoignage a été lancé samedi, retraçant le parcours de cet homme.
Le véritable tombeau des morts, c’est le cœur des vivants. L’hommage rendu samedi au général Bélal Ly par ses pairs et sa famille confirme cet adage. "Le général Ly a eu beaucoup de mérite. Plus qu’un militaire, il a été le pompier de la République", a déclaré l’ancien ministre et Chef d’état major des armées, général Lamine Cissé.
La cérémonie de présentation et dédicace de l’ouvrage de Mouhamed Abdallah Ly intitulé "Général Amadou Bélal Ly le dernier mot" s’est tenue à la caserne Samba Diéry Diallo. Le livre est un recueil des témoignages de l’aide de camp du président Léopold Sédar Senghor durant les périodes troubles qui ont suivi l’indépendance du Sénégal.
"Il a fait des prouesses dans certaines négociations. Il a été préfet de Kédougou et de Tambacounda et gouverneur de Casamance, avec tout ce que cela voulait dire à l’époque", poursuit le Général Cissé qui a préfacé l’ouvrage. Ainsi, un accent a été mis sur le rôle de pacification que le général Ly a joué, en compagnie du général Jean Alfred Diallo et du major Foster Preira.
L’œuvre qui retrace tout un pan de l’histoire du pays aborde toutefois des contenus qui dépassent les événements de la crise politique de 1962, selon l’auteur. "Il y a le caractère multidimensionnel de l’homme qui est passé de talibé à imam, de soldat de 2ème classe à inspecteur général des Forces armées, Bélal est un homme qui a pratiqué sa vie durant les hautes vertus du soldat", a soutenu Mouhamed Abdallah Ly, chercheur à l’UCAD.
L’auteur trouve que la coïncidence de la parution de son livre avec celui des mémoires de l’ancien président Abdou Diouf est une heureuse tendance qui va profiter à la postérité : "Aujourd’hui ce geste est de plus en plus croissant. Les acteurs-clés de la vie publique souhaitent léguer une partie de l’histoire du Sénégal à la jeune génération", a-t-il déclaré.
LA SAGESSE D’ABDOU DIOUF
À son accession à la tête du Sénégal, le successeur de Léopold Senghor refusa de créer une garde présidentielle composée exclusivement de son ethnie – Il voit aujourd’hui d’un très mauvais œil les partis fondés sur des bases confessionnelles ou ethniques
IBRAHIMA FALL DE SENEPLUS |
Publication 21/10/2014
Abdou Diouf s'est toujours démarqué du sectarisme fondé sur la religion et l’appartenance ethnique. À 79 ans, il ne semble pas près de changer.
Abdou Diouf a peut-être été pour beaucoup dans la crédibilité de l’armée sénégalaise. Il a probablement beaucoup contribuer à éviter au Sénégal ces interminables conflits inter ethniques ou/et religieux source de chaos dans nombre de pays africains.
En effet dans une longue interview parue ce lundi sur le site de l’hebdomadaire français L’Express (lexpress.fr), l’ancien chef de l’État (1981-2000) révèle avoir fait la sourde oreille devant certains de ses pairs- ses aînés à l’époque- qui lui suggéraient, à son accession au pouvoir, il y a plus de 30 ans, de "créer une garde présidentielle composée exclusivement de gens de (s)a tribu". Il se montra catégorique : "D'abord, je n'ai pas de tribu. Ensuite, il existe déjà une garde. Enfin, la plupart de ceux qui me servent au palais de la République sont des Casamançais, en qui j'ai entière confiance."
Cet épisode démontre que le successeur de Léopold Senghor s'est toujours montré prudent face aux questions religieuses et ethniques. Dans ses mémoires, relève le journaliste de L’Express, Diouf raconte "comment il a persuadé Senghor de bannir constitutionnellement tout parti fondé sur des bases confessionnelles ou ethniques".
Sa position sur le sujet n’a pris aucune ride avec le temps. C’est pourquoi, il voit aujourd'hui d’un très mauvais œil l’éclosion en Afrique de partis politiques fondés sur des bases confessionnelles ou ethniques. Il dit : "Je ne fais la leçon à personne. Mais, dans mon pays, ça a marché. Très ami avec Chadli Bendjedid (président de l'Algérie, de février 1979 à janvier 1992), je lui avais suggéré d'agir de la même manière chez lui. Il ne l'a pas fait. Et un parti islamiste- le Front islamique du salut- a gagné les élections. Au Sénégal, quand on parle d'ethnies, c'est sous forme de boutade. On appelle cela la parenté à plaisanterie. J'ai un patronyme à consonance sérère. Les Toucouleurs, les Dioulas, les Mandingues, les Soninkés me considèrent donc comme un esclave. Mais ils le disent sur le ton de la blague, pour évacuer toute tension en la matière."
Le legs de Léopold Senghor
L’accession d’Abdou Diouf à la magistrature suprême a suivi une trajectoire linéaire. Gouverneur, ministre, Premier ministre et président de la République à la faveur de la démission de Senghor. Un legs "écrasant" ? "Non, j'ai vécu des années durant dans son ombre, avec la certitude qu'il m'avait choisi pour lui succéder, répond l’ancien chef de l’État. Je me suis moulé dans la fonction en suivant ses traces. Sur la fin de son ultime mandat, il s'est comme placé en retrait, m'envoyant en première ligne. Quand j'allais, à sa demande et en qualité de Premier ministre, en tournée dans les régions, ai-je appris, il convoquait les gouverneurs et leur livrait cette instruction : ‘Abdou va venir chez vous, je veux qu'il soit accueilli aussi bien que moi.’"
Élu (1983) et réélu deux fois (1988 et 1993), Abdou Diouf a perdu le pouvoir en 2000 à la suite de sa défaite à la présidentielle face à Abdoulaye Wade. Depuis 2003, il est secrétaire général de la Francophonie. À l’heure de quitter définitivement ses fonctions, au détour du prochain sommet de la Francophonie, prévu à Dakar les 29 et 30 novembre prochain, il estime avoir "réalisé les rêves des pères fondateurs" de l’Organisation des pays ayant le français en partage.
Il explique : "L'OIF est une organisation respectable et respectée, qui, en partant de la langue, se bat pour la diversité culturelle et travaille en faveur du développement, de l'éducation, des jeunes et de leur formation, de la promotion des femmes et de l'égalité hommes-femmes, ou encore à l'essor de sociétés civiles solides et influentes."
Et à propos de la "santé de la langue française dans le monde", il se dit également satisfait. "Croyez-moi, elle est bien vivante, clame le Président Diouf. Le nombre de locuteurs francophones augmente, de même que l'effectif des apprenants. Notre grand regret, c'est de manquer de moyens pour répondre à toutes les demandes. Au passage, le continent qui progresse le moins en la matière, c'est l'Europe ; et celui qui assurera l'avenir du français, c'est l'Afrique."
A quelques jours du XVe sommet de la Francophonie, où se retrouveront à Dakar des représentants des 77 pays (57 membres de plein exercice et 20 observateurs), un rappel du rôle que joua Léopold Sédar Senghor dans la création même du concept de francophonie s’impose.
Dans Anglophonie et francophonie , Senghor affirmait : «J’ai regretté, pour ma part, qu’on n’eût pas maintenu, en l’adoptant à nos indépendances, le «Commonwealth à la française» qu’était la communauté. Je le regrette encore aujourd’hui, car les relations entre la France et les pays indépendants d’Afrique -ses anciennes colonies, anciens protectorats et anciens territoires sous tutelle- restent, malgré tout, ambiguës. Ce qui est une mauvaise situation pour toutes les parties.»
La Francophonie s’inscrit donc dans le prolongement de la communauté et des conférences franco-africaines organisées par Georges Pompidou et que Senghor présenta en 1979 et 1980, comme un projet de «communauté organique de la francophonie». Mais quel rôle a véritablement joué Léopold S.Senghor dans la création de l’organisation ?
Mame Birame Diouf, ancien ministre de la Culture, lors de la cérémonie d’ouverture du colloque du Cercle Richelieu Senghor sur Senghor et Francophonie, tenu à Dakar le 29 novembre 2006, rappelait que la Francophonie est, si l’on peut dire, la figure arche type de l’idéal et de l’œuvre «senghoriens».
«C’est le testament qu’il nous lègue, où il nous donne à lire non seulement le monde tel qu’il voudrait qu’il soit, mais aussi les voies et moyens d’atteindre cet idéal. Nous le savons, c’est au moment même où le Général de Gaulle lançait son projet de communauté franco- africaine que Léopold Sédar Senghor se faisait l’avocat d’une francophonie «fille de la liberté et sœur de l’indépendance»», disait- il.
Le projet Francophonie avait identifié, dès l’entame, le refus de la contrainte et toutes les oppressions comme le fondement le plus sûr du dialogue interculturel. Sans perdre de temps, le Président Senghor œuvrera à rassembler les pays adhérant à ces retrouvailles impulsées par un «commun vouloir de vie commune».
Ce fut la création de l’union africaine et malgache, creuset de l’organisation commune africaine et malgache. Dans la revue Esprit, Senghor affirmait que la Francophonie est «un humanisme intégral qui se tisse autour de la terre : [une] symbiose des «énergies dormantes» de tous les continents, de toutes les races qui ne réveillent à leur chaleur complémentaire».
Ce qui fait dire à l’ancien ministre, Mame Birame Diouf, que l’interdépendance, le co-développement et la solidarité des peuples et des nations, dont Senghor s’est fait le chantre n’auraient pu être visés hors d’un contexte de fraternité dans le respect mutuel et le dialogue des cultures. Pour lui, il s’agit là, d’ «une solidarité des esprits facilitant la promotion d’un monde pluriel et garantissant, par cette pluralité même, sa propre durabilité».
Un exemple suffit pour illustrer cette assertion, défendait-il : «Senghor a souvent déploré l’indifférence des intellectuels africains pour leurs propres langues. «Hélas, a-t-il dit, quand, en 1937, dans une conférence à la Chambre de commerce de Dakar, j’ai préconisé l’enseignement des langues nationales, je n’ai trouvé aucun intellectuel pour m’appuyer».»
Greffe de toutes les cultures du monde
Pour l’ancien ministre de la Culture, la Francophonie a permis au Président- poète de résoudre cette difficulté. «Aujourd’hui, l’on ne peut que se réjouir de la multiplicité et de la qualité des programmes d’appui aux langues nationales, développés par les organisations francophones. C’est bien la preuve que nous venons tous à ce lieu de rencontres en sachant qu’il s’agit d’un lieu du «donner et du recevoir» où nous devons nous rendre avec ce que nous avons de plus précieux, notre culture et, d’abord, nos langues», avait-il mentionné.
Non sans omettre d’ajouter que pour Léopold Sédar Senghor, la Francophonie n’est pas une fin en soi. Pour Senghor, rappelait-il, la Francophonie est un exemple. N’a- t-il pas caractérisé son projet en parlant de «Common wealth à la française» ?, s’était interrogé M. Diouf avant de conclure qu’en réalité, la conviction «senghorienne» est que les peuples peuvent toujours trouver, dans la géographie, l’histoire, la culture, des principes qui les feront converger les uns vers les autres.
Et ces lieux et moyens de convergence seront inévitablement entraînés, grâce à l’esprit qui les meut, dans une dynamique de symbiose dont la civilisation de l’Universel.
Bernard Dorin, président d’honneur du cercle Richelieu Senghor de Paris, affirmait d’ailleurs à juste raison que pour Senghor, la Francophonie n’est pas une simple institution, une simple organisation internationale.
«Pour celui qui, avant d’être un homme d’Etat, fut d’abord poète, grammairien et académicien, la Francophonie, c’est avant tout une philosophie, une vision du monde. Père de la francophonie, Léopold Sédar Senghor était en effet un humaniste avant tout. Si ses idées fondamentales sont issues du mouvement d’affirmation noir appelé «Négritude», elles sont également nées des greffes de toutes les cultures du monde», disait-il. M. Dorin de préciser somme toute que pour
Senghor, la Francophonie est aussi, fondamentalement, un projet de développement culturel puisque «le français comme langue représente, au demeurant, une culture de synthèse». «Loin d’uniquement se fonder en un lieu et une culture, comme le voulait la pratique coloniale, la francophonie «senghorienne» se présente plutôt comme une refondation, appelant à la construction de nouvelles bases, à la création d’un nouvel espace collectif», avait-il indiqué.
MACKY SALL FAIT UNE DÉCLARATION À 19H A LEOPOLD SENGHOR
Dakar, 16 août (APS) - Le chef de l'Etat, Macky Sall, fera une déclaration à 19h, à l’aéroport Léopold Sédar Senghor, a appris l’APS auprès de la cellule de communication de la Présidence de la République.
Cette déclaration annoncée du président de la République survient dans un contexte marqué par le décès de l’étudiant Bassirou Faye, lors d’une manifestation d’étudiants de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD).
Le chef de l’Etat revient d’un voyage aux Etats-Unis et en France.
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L'AVION DE WADE A-T-IL ÉTÉ BLOQUÉ À CASA PAR MACKY ?
Poète et écrivain, il est connu à travers toute la Péninsule où ses critiques acerbes contre les politiques discriminatoires en Italie l’ont propulsé sur le devant de la scène. Membre du Pen Club International de Lugano, en Suisse, il est auteur de plusieurs ouvrages publiés en français et italien. Il alterne prose et poésie, ses œuvres font aussi l’objet de thèses universitaires. Son dernier roman préfacé par le maire de Milan vient d’être primé au concours "Il Golfo 2014". Notre compatriote Cheikh Tidiane Gaye, c’est son nom, a reçu ce prix dimanche dernier 6 avril à La Spezia, ville faisant partie de la région de Ligurie. Nous l’avons rencontré pour échanger avec lui.
Le Témoin - On vous présente enItalie comme étant un poète de la Négritude ? Acceptez-vous cette qualification ?
Cheikh Tidiane GAYE -De par mes textes, je défends mes origines, la culture africaine en général et celle sénégalaise en particulier. Le mot Négritude n’appartient point au passé, je crois que nous devrons continuer à mieux le contextualiser et à lui redonner une cadence plus effervescente.
Je n’aime pas l’homologation et aujourd’hui plusieurs mouvements ont tendance à confondre l’intégration à l’interaction des immigrés. Je refuse d’être un "intégré". Mes valeurs ne sont point négociables. Je suis fier d’être noir, d’être africain et sénégalais et je me bats pour me faire respecter. Il faut qu’on s’impose.
La mondialisation est sûrement importante mais n’oublions pas notre identité, élément fondamental qui fera la différence au concert des peuples. La Négritude nous enseigne l’ouverture vers d’autres horizons culturels et nous met en garde de bien préserver ce que nous avons, ce que nous sommes, notre sang, notre essence. Le racisme que bon nombre de nos compatriotes africains vivent en Occident est une raison concrète pour parler de notre identité.
Alors, peut-on dire que vous êtes senghorien ?
Nous sommes tous des fils et petits-fils de Senghor, qu’on le veuille ou non. Il nous a indiqué le chemin, tracé le juste sentier qui nous a mené vers des horizons culturels multiples, riches et diversifiés. Senghor est pour moi le prophète de la mondialisation culturelle. Son projet qui s’est hissé au plus haut sommet des idéologies universalistes est à défendre. L’homme constitue ma lumière, son nom m’encourage et me protège, son parcours m’insuffle courage et force.
Etre senghorien, à mon avis, c’est défendre l’œuvre de ce grand homme, propager ce qu’il a remis et offert au monde comme patrimoine culturel. J’ai eu l’occasion de parler de mon écriture durant les journées d’études organisées l’année dernière à l’université de Montpellier et je ne cesserai de continuer de plaider la cause défendue par nos illustres maîtres de la parole: Césaire, Senghor … Notre cher Sénégal est respecté partout dans le monde grâce à l’image de son fils et premier président de la République. Senghorien, oui je le suis.
Pouvez-vous nous confirmer que vous êtes le premier noir à avoir traduit Senghor en italien ?
J’ai traduit récemment le grand et émérite poète Léopold Sédar Senghor. Je réitère le concept: notre rôle est de divulguer son patrimoine culturel. J’ai publié l’anthologie, donc traduit les poèmes les plus connus. C’est en fait un grand plaisir d’être le premier Africain à traduire ses poèmes en italien. C’est aussi un plaisir de pouvoir traduire d’autres poètes comme Tanella Boni, Nimrod, Marouba Fall, Nafissatou Dia Diouf, poèmes publiés dans l’annuaire mondial de la poésie édité par l’université de Pise en Italie.
Votre dernier roman, préfacé par le maire de Milan, vient d’être primé récemment en Italie du Prix "Il Golfo 2014". Comment avez-vous vécu cette consécration ?
Merci d’abord au jury qui a reconnu mes efforts, je constate avec plaisir que le livre est bien lu. Par ailleurs, j’ai eu l’occasion de le présenter au mois de juillet de l’année passée au département d’italien à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Je pense que le titre en tant que tel est un signe d’encouragement. Le livre est considéré comme un outil pour comprendre les difficultés des immigrés; il aide aussi l’administration, conscientise tout le monde contre ce phénomène qui échappe aux grandes nations coloniales.
Je continue mon travail, je continuerai de chanter ma peau noire, mon pays, ma terre rouge et ensevelie, je continuerai de parler des femmes noires, braves et belles… Je ne cesserai de défendre ma culture. Cette reconnaissance m’insuffle encore du courage, j’espère de nouveau et dans un futur proche publier mon neuvième livre. J’aime le grand poète Gibran qui nous enseigne la persévérance : "C’est quand vous aurez atteint le sommet de la montagne, que vous commencez enfin à monter".
Qu’est-ce qui vous a vraiment poussé à publier ce roman épistolaire et provocateur ?
Le titre est provocateur, certes, mais je tiens à souligner que le poète et / ou l’écrivain a comme mission de prendre position et de défendre ceux qui n’ont pas la possibilité de se faire entendre. L’engagement est fondamental chez l’écrivain. Traduit en français, le titre du livre primé est "Prends ce que tu veux mais laisse - moi ma peau noire". J’ai voulu à travers l’ouvrage traduire ma pensée et définir ma vraie position.
L’immigration est la conséquence de la politique néo- colonialiste imposée par l’Occident. Rien n’a changé : le mépris, le fait de se sentir supérieur envers les Africains, la discrimination sur le lieu de travail, la montée de l’extrême droite dans un bon nombre de pays occidentaux etc. Ce sont toutes ces raisons qui m’ont conduit à publier ce livre. Il s’agissait en somme pour moi de parler des siècles nébuleux de notre cher continent.
Quelles sont les maisons d’édition qui vous ont publié?
J’ai publié "L’étreinte des rimes" avec l’Harmattan Paris en 2012, mon dernier livre avec Jaca Book, une grande maison d’édition italienne, en 2013, quatre ouvrages avec les éditions dell’arco etc… J’ai publié avec deux autres éditeurs.
Vos projets pour le Sénégal ?
Je suis entrain d’étudier la possibilité de mettre sur pied un concours international de poésie (Italie – Sénégal) qui permettra aux poètes de publier leurs ouvrages. Notre pays a du potentiel dans le domaine poétique, il suffit de bien investir pour faire émerger la crème. C’est le rôle de l’Etat mais aussi des privés.
Votre dernier mot ?
Je voudrais féliciter le président de l’Association des écrivains du Sénégal, M. Alioune Badara Bèye, qui fait honneur à notre pays et à tous les écrivains qui ont représenté dignement le Sénégal. Vive la littérature! Vive la poésie!
L'ÉGYPTOLOGUE, DES MISÈRES DE SENGHOR À LA GLOIRE POSTHUME
Près de trois décennies après sa mort, Cheikh Anta Diop est plus que jamais une figure du trésor politique et scientifique du Sénégal. Mais la prise en charge de son héritage multidimensionnel est l'objet de conflits entre ceux qui s'identifient à une “spiritualité” que Senghor a fortement combattue.
Natif de Thieytou, dans la région de Louga, Cheikh Anta Diop a disparu le 7 février 1987. À la fois homme de science doublé d'un homme politique, il a laissé derrière lui un héritage qualifié de multidimensionnel.
Sur le plan scientifique, ''son héritage a connu un sort meilleur parce que toutes ses grandes idées et ses théories sont reprises partout à travers le monde'', estime le Pr Aboubacry Moussa Lam, égyptologue à l'Université de Dakar, rencontré par EnQuête. ''Ce qui reste à faire, c'est de mettre en pratique ses idéaux en allant vers son vœu le plus cher : l'intégration fédérale des pays d'Afrique''.
Héritiers dispersés
Toutefois, si son héritage scientifique a été ''bien géré'', son legs politique semble aujourd'hui être en lambeaux. Le dernier parti qu'il a créé, le Rassemblement national démocratique (RND) en l'occurrence, est aujourd'hui scindé en deux tendances : celle pilotée par le Pr Madior Diouf, et celle animée par le Dr Dialo Diop.
Entre ces deux entités, existent/ont existé d'autres organisations politiques issues de la pensée de Cheikh Anta Diop. Ce sont l'Union pour la démocratie et le fédéralisme (UDF/ Mboolo-mi) du Pr Pape Demba Sy, le Parti pour la libération du peuple (PLP) du défunt Me Babacar Niang, l'ex-Convention démocratique et sociale de Abdou Fall, ex-ministre d'Abdoulaye Wade.
Selon l'égyptologue Aboubacry Moussa Lam, cet éparpillement “reflète la mentalité du Sénégalais qui, (lorsqu'il n'est pas) chef ou n'est pas content, crée sa propre chapelle”.
Pourtant, cette formation politique qu'est le Rnd est le fruit d'âpres combats politiques que Cheikh Anta Diop a menés contre Senghor pour l'instauration du multipartisme au Sénégal. “Il s'est battu jusqu'à ce que son parti qui était dans la clandestinité soit reconnu par le tout puissant Senghor”, rappelle le scientifique.
Un frein nommé Senghor
Des misères, le premier chef d'Etat sénégalais en a beaucoup infligées à Cheikh Anta Diop, affirme le Pr Lam. “Senghor, en passant par les Français, a toujours refusé à Cheikh Anta d'enseigner à l'Université de Dakar''. C'était particulièrement vrai “quand il est revenu au Sénégal en 1960 de la France, du fait de la France mais avec la complicité de Senghor'', confie l'égyptologue.
Rebelote. “Quand Cheikh Anta, après avoir refusé d'aller enseigner les mathématiques et les sciences physiques dans le secondaire, comme le lui avait suggéré l'administration de l'époque, a préféré aller à l'Ifan grâce à l'aide du directeur d'alors, le Pr Théodore Monod (...), il était payé comme licencié ès Lettres alors qu'il avait sa thèse de doctorat d'État”, explique le Pr Lam.
Une tentative de mise au placard qui ne prendra fin que des années plus tard. “Quand l'Université de Dakar est devenue sénégalaise en 1971, Léopold Sédar Senghor, ne pouvant plus prétexter de son appartenance à la France, s'est enfin décidé à reconnaître la thèse de doctorat de Cheikh Anta et à reconstituer sa carrière.” Mais “c'était contraint et forcé” qu'il est devenu “raisonnable”, précise-t-il.
Bataille d'idées
Le bras de fer entre le grammairien et l'égyptologue s'est étendu sur d'autres terrains, intellectuels notamment. “Senghor a toujours essayé de mettre la négritude à la place de ce que Cheikh Anta faisait. Mais il a un peu échoué dans sa tentative de le brimer”, déclare le Pr Lam.
Une vie politique assez mouvementée et une vie scientifique plutôt chargé, Cheikh Anta Diop en a connu. Toute sa vie durant, outre le combat qu'il a toujours mené pour “l'émancipation de la race noire” et la “démocratisation” des pays africains dont le Sénégal dominé à l'époque par le monopartisme, il a toujours lutté pour l'intégration fédérale des pays africains.
“Il a été le premier avec les Nkrumah et autres panafricanistes à théoriser l'Union africaine et l'Etat fédéral d'Afrique noire. Il disait que si on ne le faisait pas, on en pâtirait. L'histoire lui a donné raison aujourd'hui”, croit savoir Aboubacry Lam.
Rageusement fidèle à ses idéaux, dit-il, Cheikh Anta Diop n'a jamais voulu du pouvoir pour le pouvoir. “Son seul tort, c'est de s''être réveillé le premier alors que tout le monde dormait encore.”
DIALO DIOP (SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU RND) : MALGRÉ NOS DISSENSIONS, IL N'Y A JAMAIS EU DE RUPTURE DÉFINITIVE
Les hommes passent mais les idéaux restent. En ce jour anniversaire de la disparition de Cheikh Anta Diop, ses idées panafricanistes sont plus que d’actualité dans un continent meurtri par les conflits et la pauvreté, selon le Dr Dialo Diop, l'un de ses plus fidèles disciples.
Pouvez-vous nous présenter Cheikh Anta Diop?
Il serait un peu difficile de le résumer en quelques mots. C’est un homme à multiples facettes puisque Cheikh Anta est un des derniers grands esprits encyclopédiques du 20e siècle. Il fut forgé par une solide éducation religieuse, intellectuelle et humaniste. Ce savant, chercheur non moins militant au sein de son parti, le Rassemblement national démocratique (RND) dont il était le fondateur en 1976, œuvrait pour l’intégration de l’Afrique. Comme leader politique, il a toujours refusé d’endosser une étiquette politique ou de se définir comme adhérent à tel ou tel courant idéologique importé de l’Occident qui ne corresponde pas à nos réalités socio-économiques.
Pourtant les idéaux et orientations du Rnd sont proches des mouvements de gauche. N’est-ce pas là équivoque ?
Ce n’est qu’un paradoxe de surface. Le Rnd est le concentré de trois courants de nationalistes africains panafricains, de socialistes auto-gestionnaires de Mamadou Dia et d’anciens marxistes dissidents du Pai qui se sont réunis pour réaliser la vision panafricaine du groupe de Casablanca. Il a comme vision politique d’oeuvrer à la libération du peuple de la domination impérialiste néo-coloniale, mais aussi à la reconstruction nationale au profit du peuple africain et l’unité politique du continent sous l’autorité d’un gouvernement fédéral africain.
Mais il a toujours refusé la grande pensée progressiste (communisme) et la lutte des classes, qui est l’essence même des organisations de Gauche. Il a toujours voulu l’émancipation des masses avec la promotion d’une politique de développement nationale et populaire.
28 ans après son décès, qu’est-il advenu de son héritage politique ?
Trois décennies après, nous pouvons dire qu’après des divisions, des séparations et des retrouvailles, différentes familles politiques nées des différentes scissions du Rnd dans les années 80 sont en passe de se retrouver autour des grands idéaux de Cheikh Anta Diop.
Ainsi, la grande famille “cheikhantaiste”, après plusieurs péripéties comme l’exclusion de Mbaye Niang en 1982 pour cause d’activités fractionnistes qui s’en est allé créer le Parti pour la libération du Peuple (PLP), un parti qui va réintégrer le Rnd en 1998, la scission d’UDF∕Mboolo bi de Pape Demba Sy qui a eu lieu lors de la présidence du Pr Ely Madiodio Fall au poste de secrétaire général, après la mort de Cheikh Anta Diop, a été affaiblie.
Malgré ses dissensions qui ne sont que des malentendus, il n'y a jamais eu de rupture définitive sauf pour le cas de Madior Diouf exclu du parti, lors du dernier congrès en 2008, après 16 ans à la présidence du parti...
Au vu de la situation du Rnd, n’avez-vous pas l’impression d’avoir bafoué l’héritage du maître ?
(Il coupe) C’est vrai, des personnes se demandent souvent comment des gens qui réclament l’unité africaine n’arrivent-ils pas à s’entendre. Mais nous avons la conviction que tous les “cheikhantaistes” sincères vont se retrouver dans un grand ensemble panafricain. Il n’y pas de scission par rapport à la pensée qui demeure toujours fidèle aux idéaux du maître.
L’échec des expériences économiques et politiques de Sékou Touré et Kwamé Nkrumah, deux chantres du panafricanisme, n’ont-ils pas brisé l'élan de ce mouvement ?
(Il se rassoit) il ne faut pas oublier que Sékou Touré et Nkrumah ont été combattus par des forces impérialistes qui ont saboté leurs politiques économiques. Dans le cas de la Guinée, la révolution guinéenne a dû faire face à une véritable opération de désorganisation économique avec l’introduction dans le pays de la fausse monnaie à partir des pays frontaliers.
Par ailleurs, si aujourd’hui le Ghana est salué pour son miracle économique, c’est grâce aux réformes de Nkrumah réalisées entre 1959 et 1966. Mais ces échecs sont le symbole de l’impossibilité de construire des espaces économiques viables issus des petits territoires coloniaux, d’où la nécessité d’établir les bases d’une unité sous régionale ouest africaine puis africaine. Et au vu de la situation du continent, je pense que le Panafricanisme est plus que d’actualité.
Pensez-vous que la volonté d’intégration politique et économique de l’Union africaine est une avancée dans la bonne direction ?
(Il acquiesce) Mais ce n’est pas suffisant. Elle doit aller beaucoup plus loin dans l’intégration politique et se départir de l’asservissement intellectuel et politique par rapport à l’Occident. Cette soumission a fait jusqu'ici la promotion de dirigeants peu vertueux qui ont poussé l’Afrique à sa perte. L’Union africaine doit trouver sa propre voie vers l’unité de l’Afrique tout de suite car on tergiverse depuis plus d’une soixantaine d’années.
L’HÉRITAGE EN QUESTIONS...
Sa disparition subite un certain 7 février 1986 avait plongé toute l’intelligentsia africaine dans le désarroi. Mais comme les pyramides qu’il n’a cessé d’étudier, son œuvre et sa pensée défient le temps et les âges.
Les pyramides égyptiennes avaient pour mission de conserver la sépulture des pharaons pour l’éternité! Cheikh Anta Diop, du haut de sa pyramide intellectuelle formée d’une dizaine de livres et de centaines de publications, s’était donné pour mission de combattre l’aliénation des peuples africains longtemps bafoués par la colonisation.
Si ses ‘’reliques intellectuelles’’ et ‘’scientifiques’’ défient le temps et font l’unanimité au sein de la communauté scientifique, son édifice politique s’est effrité au gré des dissensions et intérêts personnels en de nombreuses formations politiques. Toutes se réclament de la pensée panafricaine du ‘’dernier pharaon’’, déclare Dame Babou, journaliste et ancien membre du bureau politique du Plp,.
Si son héritage intellectuel, consacré par la diffusion de ses travaux sur l’Égypte nègre et l’Unité culturelle de l’Afrique comme base du Panafricanisme, lui a survécu, son parti, le Rassemblement national démocratique fondé en 1976, n’a pas résisté aux ambitions personnelles après sa mort en 1986. Et ce, même si les dissensions sont apparues bien avant sa mort avec la scission du Parti pour la libération du peuple dont la plupart sont des anciens du très historique Parti africain de l’indépendance (PAI).
“Malentendu”
''Sur cette affaire, il y a un véritable malentendu, explique Dame Babou. Mbaye Niang n’a jamais mené d’activités fractionnistes. Il s’était seulement opposé à la volonté du Rnd d’entamer la conciliation avec Abdou Diouf qui, pour nous, était la continuation du régime senghorien.'' La pyramide politique de Cheikh Anta Diop était une sorte d’enchevêtrement de groupes d’origines politiques divers qui s’étaient réunis sur une plate-forme minimale.
Cette unité organique avait pour objectif la reconquête de la souveraineté nationale aux mains des néo-colonialistes, la rupture d'avec les modèles occidentaux et le développement national démocratique et populaire, affirme Abdou Fall, aujourd'hui leader du mouvement Alternatives citoyennes, ex-membre du Rnd et de la Convention démocratique et sociale (CDS), dissidente du Plp puis dissoute dans le PDS de Me Wade.
‘’L’addition de diverses opinions et trajectoires a fait la force du Rnd qui, pendant longtemps, a symbolisé l’opposition au parti unique et qui, par ses divisions, a manqué d’être l’une des plus grandes forces politiques au Sénégal‘’, ajoute l'ex-ministre de la Santé.
Quelles sont les origines de cette implosion du Rnd en 6 partis politiques ? L’absence de débats internes propres à tous les partis sénégalais où toute contestation est assimilée à de l’opposition face à la direction du parti, renchérit Abdou Fall. Mais “en vrai visionnaire politique”, Cheikh Anta Diop est l’un des pionniers en ce qui concerne la mise en place de la première coalition de partis politiques au Sénégal, indique-t-il.
A cela, il faut ajouter “la pertinence” de son positionnement qui a toujours refusé les différentes couleurs de la réforme du multipartisme contrôlé que voulait imposer Senghor en 1974, indique Dialo Diop. “Cheikh Anta a toujours prôné une réflexion sur le développement avec des programmes adaptés à nos réalités”, ajoute-t-il.
“Une vision économique”
Sur le ‘’Nil’’ de l’intégration continentale, le bateau Rnd fera face à des avaries qui laisseront quelques débris, mais les éléments primordiaux que sont la proue et le moteur vogueront sans problème vers le destin unitaire, avait confié l'égyptologue à son cousin Moustapha Diop, consultant en Langues nationales. En véritable ‘’scribe’’ de la pensée panafricanisme, il s’était donné pour mission de promouvoir une nouvelle forme d’économie.
‘’L’exploitation capitaliste est la cause de toutes les misères qui ne peuvent cesser qu’avec la suppression totale du colonialisme et du néo-colonialisme‘’, dit-il dans “Alerte sous les tropiques”, un recueil d'articles publiés entre 1946 et 1960 et dans lequel il expose ses thèses sur l’unité économique de l'Afrique. La vision économique du savant était d’œuvrer à la coopération entre les peuples, et non la compétition, afin d’exploiter les réels potentiels de l’Afrique comme le barrage d’Inga (voir photo) pour résoudre les problèmes énergétiques du continent.
Pour Dame Babou, membre du cabinet du Premier ministre Aminata Touré, le développement de l’Afrique passe nécessairement par l’utilisation des langues nationales. ‘’Nous dépensons des milliards de francs pour l’apprentissage d’une langue étrangère alors que les études de Cheikh Anta Diop ont montré que toutes les langues africaines ont une racine commune qu’est la langue égyptienne. Ainsi des voies de convergences peuvent être facilement trouvées autour de grandes langues africaines comme le Swahili ou le Haoussa ’’, se convainc le journaliste.
81 MILLIARDS DE FCFA NECESSAIRES POUR PRODUIRE 900 000 TONNES DE RIZ
PROGRAMME DE RELANCE ET D’ACCELERATION DE LA CADENCE DE L’AGRICULTURE AU SENEGAL (PRACAS)
Si le Sénégal veut atteindre l’autosuffisance en riz, il devra nécessairement dégager 81 milliards de FCfa pour permettre au Programme de relance et d’accélération de la cadence de l’agriculture au Sénégal (Pracas) de produire 900.000 tonnes de riz.
Le Programme de relance et d’accélération de la cadence de l’agriculture au Sénégal (Pracas) a un besoin de 81 milliards de FCfa pour pouvoir assurer l’autosuffisance en riz par une production de 900.000 tonnes de paddy bord-champ pour 2014-2015. Au cours d’un atelier de validation de la stratégie de mise en œuvre de la première année du Pracas, tenu, hier, au Centre de formation aux métiers de l’agriculture (Cifa), situé à Ndiaye (37 km de Saint-Louis), les acteurs du développement rural ont planché sur les voies et moyens de booster la production agricole.
Le delta et la vallée du fleuve Sénégal auront besoin d’une enveloppe de plus de 45 milliards de FCfa pour atteindre les objectifs de production rizicole du Pracas, un nouveau programme de l’Etat qui englobe également le Programme national d’autosuffisance en riz (Pnar), a révélé Amadou Thiam de la Société d’aménagement et d’exploitation des terres du delta (Saed). En présence du représentant du ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural et du directeur général de la Saed, les experts ont passé en revue les enjeux du Pracas. Selon le document présenté par Amadou Thiam, il est prévu d’aménager 90.000 ha dans la vallée pour les besoins de la riziculture (38.000 ha pour la contre saison chaude, 50.000 ha pour l’hivernage, etc.) et dans l’Anambé 3.900 ha et 120.000 ha à la saison des pluies.
Parlant des contraintes notées dans les différentes zones rizicoles du Séné- gal, M. Thiam a cité la dégradation des aménagements et des infrastructures hydrauliques, la vétusté des équipements d’irrigation, l’insuffisance du matériel agricole, des infrastructures de stockage et de conditionnement.
Les préoccupations de la région Nord, relatives au coût exorbitant de l’électricité, à l’insuffisance des aménagements hydro-agricoles, aux difficultés récurrentes à rembourser correctement et entièrement le crédit agricole, à la forte pression aviaire qui annihile les efforts constants déployés par les cultivateurs pour améliorer la production, ont figuré en bonne place dans les doléances formulées au cours de cet atelier national sur le démarrage du Pracas.
Samba Kanté, le directeur général de la Saed, a proposé, pour l’année 2014, le démarrage sans délai, en zone irriguée et dans la vallée du fleuve Sénégal, des travaux de réfection et d’entretien des aménagements, le financement des activités des producteurs éligibles au crédit et l’application de moratoires pour les cultivateurs capables de rembourser le crédit (au cas par cas).
Il a plaidé aussi pour une gestion communautaire des semences en zone pluviale (accès facile des semences au moment opportun), un financement complémentaire des marchés en cours d’exécution, une gestion communautaire des équipements agricoles et une intervention plus marquée de la recherche agricole. M. Kanté a également insisté sur l’arrêt immédiat des importations de riz.
Pour sa part, le conseiller technique du ministre de l’Agriculture, Waly Diouf, s’est réjoui de la tenue de cet atelier national qui a permis à l’ensemble des acteurs du monde rural de faire des propositions consensuelles pour une exécution correcte du Pracas. Lesquelles seront entérinées dans les plus brefs délais par le département de l’Agriculture, a-t-il promis.
LE PEUL QUI DÉFIA SENGHOR POUR RESTER FIDÈLE À DIA
Disparu en fin de semaine dernière, Aboubacry Kane est dépeint comme appartenant à une race d'hommes politiques quasiment en voie de disparition au Sénégal.
L'histoire remonte à 1974. Libéré après 10 ans de prison suite aux événements de 1962, Aboubacry Kane est invité au Palais par le Président Léopold Sédar Senghor. Pour "récupérer le Fouta" et "mieux isoler" son adversaire politique, Mamadou Dia, le président poète, en présence de son directeur de cabinet, Moustapha Niasse, lui dit : "Vous savez, Aboubacry, si Mamadou Dia n'avait pas fait ce coup d'État, on n'en serait pas là…"
Son hôte le coupe net et réplique : "C'est inexact ! Mamadou Dia n'a jamais voulu fomenter un coup d'État. Ce n'était pas son intention. Il en avait pourtant les moyens pour le faire puisqu'il détenait le pouvoir." Piqué par une colère bleue, il se permet d'ajouter ceci : "Si je savais que vous m'avez appelé pour ça, je ne serais pas pas venu." Aboubacry Kane décide alors de quitter la salle.
Mais il est interpellé par un Niasse qui, "surpris", le ramène à de meilleurs sentiments en usant du cousinage à plaisanterie. "Yaw peul nga rek (toi Aboubacry, tu es un Peul !). Pourquoi, tu t'emportes comme ça ?" lui lance l'actuel président de l'Assemblée nationale.
"Loyal et fidèle"
Cette histoire, rapportée par un proche d'Aboubacry Kane, résume la personnalité de cet homme fraîchement disparu. "Loyal" et "fidèle", ce militant du Parti socialiste l'aura été jusqu'à son dernier souffle. Sa proximité avec l'ancien président du Conseil, Mamadou Dia, dont il fut le directeur de cabinet, lui a donc valu une décennie de bagne car il était convaincu de l'innocence de celui que son "ami" Senghor avait accusé de "tentative de coup d'État", puis fait condamner avant de le gracier. Une situation que sa famille a vécue avec stoïcisme. Ibou Kane, son fils : "C'était difficile pour nous, mais nous l'avons supporté parce qu'il a toujours préparé ses enfants à faire face à l'épreuve."
Décédé à 89 ans, Aboubacry Kane a toujours refusé toute compromission durant sa vie, rappellent ses proches. Plus qu'un slogan, l'éthique était, pour lui "une attitude", et l'idéologie "une valeur", souligne Doudou Issa Niasse, député-maire et responsable du Ps. "Il a été un fidèle de Mamadou Dia, mais lorsque ce dernier a créé son propre parti (Ndlr : MSU), il ne l'a pas suivi. Il est resté au Parti socialiste car il croyait aux valeurs du socialisme." Une fidélité qui en fera un homme influent.
Nommé en 1955 conseiller territorial, il devient député de l'Assemblée territoriale deux ans plus tard, passant de secrétaire élu à vice-président. Un poste qu'il occupe jusqu'en 1988, date à laquelle il demande au Président Abdou Diouf de le "décharger" de ses fonctions pour "convenance personnelle". Explication de son fils : "Après plusieurs années passées à l'Assemblée nationale, il s'était lassé. Il avait senti l'usure du pouvoir. Il voulait laisser la place aux plus jeunes." Diouf le nomme président du Conseil d'administration de la Banque sénégalo-tunisienne (BST). En 1999, bis repetita, Kane veut encore se décharger de ses fonctions bancaires à cause du "poids de l'âge". A-t-il alors senti pousser le vent de l'alternance de 2000 ?
En tout cas, Aboubacry Kane, retraité frais, se voit confier les reines du conseil consultatif des sages du Ps. "Quand il y a eu l'alternance, raconte Doudou Issa Niasse, il a tout fait pour relancer le parti en nous encourageant. A l'époque, ce n'était pas évident puisque beaucoup de nos responsables avaient rejoint les prairies bleues. Malgré son âge, il a investi le terrain avec Aïssata Tall Sall à Podor." Pour Aboubacry Kane, la politique, loin d'être un jeu d'intérêt, est un sacerdoce. A ce propos, le maire de la Biscuiterie retiendra de lui cette maxime : "En politique, on ne doit rien attendre de notre parti, mais ce qu'on est prêt à faire pour lui."
Un sachant partir à temps
Même au plus fort de la crise au sein du parti socialiste en 1996, le vieux Kane fait figure de sage. Une crise marquée par la dissidence de Djibo Leyti Kâ qui, en désaccord avec l'élection de Ousmane Tanor Dieng à l'issue du fameux congrès "sans débat", crée un courant de pensée dénommé "Renouveau démocratique". Un acte politique qui oblige la direction du PS, "prise de court", à trancher le débat. Trois positions se dégagent à l'époque. "Ceux qui étaient dans la ligne du parti, ceux qui étaient contre, c'est-à-dire moi et mes camarades, et Aboubacry Kane s'est singularisé en adoptant une position médiane. Alors que ce n'était pas évident de faire face au pouvoir", révèle aujourd'hui le fondateur de l'Union pour le renouveau démocratique (URD). "Malgré tout, il reste mon grand frère, mon ami. C'est un homme digne."
L'ancien chef de l'État Abdou Diouf ne dit pas autre chose. Dans un film documentaire, il estime que Aboubacry Kane a donné à sa génération "une leçon de courage, d'abnégation, de fidélité et de patriotisme". Avant d'ajouter : "Il a toujours été pour moi un aîné et un compagnon dont la fidélité à toutes épreuves fut une source d'inspiration et de motivation dans l'exercice de mes responsabilités politiques et plus particulièrement dans celui de mes charges de président de la République du Sénégal." Autant de vertus qu'il faut peut-être lier à l'enfance du disparu.
Natif de Saldé, département de Podor, Aboubacry Kane, polygame et père d'une "dizaine d'enfants", se fait remarquer en tant qu'étudiant. Très engagé politiquement, il subit alors les "brimades" du régime de Senghor en conflit ouvert avec ses opposants. Enseignant de profession à Podor, il est "affecté arbitrairement" dans plusieurs régions. Des épreuves qui ont pu façonner sa personnalité. L'anecdote qui suit en est une illustration. "Un jour, raconte Ibou Kane, un de ses adversaires résidant à Podor l'appelle et lui demande aide pour évacuer sur Dakar son épouse en grossesse à risque. Sans chercher à comprendre, il demande au Général Jean- Alfred Diallo de dépêcher un hélicoptère qui vient chercher la femme de son adversaire."
Pour la postérité, cet ancien baron socialiste a produit un livre intitulé "Aboubacry Kane, le dernier fils de la Grande royale", paru en juin dernier. Mais il n'aura pas eu le temps de procéder à la cérémonie de dédicace qui était prévue avant la fin de l'année 2013…
Dans la dernière partie de la série audio consacrée aux témoignages de Moustapha Niasse sur Léopold Senghor, l’héritage du premier président du Sénégal. Que devient-il ? Qui en sont les dépositaires légitimes ? La réponse du président de l’Assemblée nationale est un contrepied à ceux qui, nombreux, le considèrent comme le ‘’digne héritier’’ de Senghor. Nous vous laissons découvrir. Mais auparavant, Niasse conte la ‘’belle histoire’’ de la résidence des ‘’Dents de la mer’’, sur la Corniche ouest. Quand l’ancien chef de l’État l’a acquise ? Dans quelles conditions ? Pourquoi cette appellation poétique ?