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6 avril 2025
Politique
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ATTIRER LES INVESTISSEURS AMÉRICAINS
Forum de Saint-Louis - Ouvrir une porte d'entrée, au Sénégal, pour le secteur privé américain - L'investisseur cherche avant tout un partenaire local - Entretien avec René Lake
Le patron de RSL Strategies, Rene Lake, est convaincu que l'investisseur américain n'est pas toujours ce partenaire arrogant qui vient pour imposer ses idées.
Au contraire, ce qu'il faut comprendre selon Lake, c'est que ce dernier a besoin de la validation locale qui est le gage de la viabilité de son projet.
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PAR L’ÉDITORIALISTE DE SENEPLUS, BOUBACAR BORIS DIOP
CE VIEIL HOMME, NOTRE ENFANT…
Wade a desservi Karim, renforcé la cote de popularité de Macky tout en donnant de lui-même une image négative. En somme, trois coups de pierre contre sa réputation et contre la libération de son fils
Boubacar Boris Diop, Éditorialiste de SenePlus |
Publication 24/03/2015
Des analystes pourtant peu suspects de passion partisane continuent à regretter que la Crei n’ait été apparemment réactivée que pour juger Karim Wade. Même si on peut leur reprocher de tenir pour quantité négligeable ses co-inculpés ou d’oublier trop vite les nombreux dossiers déjà instruits, leur trouble mérite la plus grande attention. Il nous rappelle qu’au Senegal l’autorité publique n’a jamais vraiment su quelle attitude adopter à l’égard des auteurs de crimes économiques. C’est peu de dire que ces derniers, du fait de leur forte capacité de redistribution, sont plus souvent admirés que stigmatisés.
Il se raconte du reste, sous forme de blague populaire, qu’à des détenus ordinaires se plaignant des faveurs accordées à ces prisonniers de luxe, un régisseur aurait répliqué, excédé : «Ecoutez, ce n’est pas pareil, vous, vous êtes des voleurs alors qu’eux ont détourné !» Cette complaisance à l’égard de ceux qui dilapident nos maigres ressources s’explique-t-elle par le fait que le même personnel politique se partage le pouvoir depuis l’Indépendance ? L’hypothèse peut être avancée sans risque.
Le plus fascinant, c’est que Me Abdoulaye Wade, alias le «pape du Sopi», a été élu, après une exceptionnelle mobilisation populaire, pour briser ce cercle vicieux de la gabegie et de l’impunité. Quel Sénégalais peut s’en souvenir aujourd’hui sans un formidable éclat de rire ? Sous son règne, le système est devenu complètement fou ! Dès ses premières heures au Palais, il déclare à Idrissa Seck, qui l’enregistre en secret– drôle de gens, n’est-ce pas ?- : «Nos problèmes d’argent sont désormais derrière nous», avant d’ajouter cette phrase hallucinante : «Même les gangsters savent s’en tenir a un strict code d’honneur quand vient l’heure de se partager le butin.»
Il n’est dès lors pas étonnant qu’au cours de ses deux mandats à la tête du pays, on ait eu l’impression d’un gigantesque foutoir financier. Bien des cadres ayant travaillé avec Me Wade, en particulier ceux qui venaient de la Gauche, n’étaient pas des corrompus, loin s’en faut. Mais ceux qui l’étaient ne se sont pas du tout gênés. Les affaires en tous genres– terrains, trafic de devises voire de drogue– ont sans cesse défrayé la chronique et des milliers de gens qui tiraient le diable par la queue, ont amassé en peu de temps une colossale fortune.
Dans un petit pays à l’élite aussi «compacte», tout finit par se savoir, même, et peut-être surtout, ce que les medias choisissent, pour diverses raisons, de taire. Et– ne soyons donc pas si oublieux– Karim Meissa Wade, à la tête de moult ministères stratégiques, était au centre de tout. La justice lui demande depuis juillet 2014 de justifier l’accroissement phénoménal de sa fortune à l’époque où son père était chef de l’Etat. Il n’en a pas été capable et cela lui a valu une peine ferme de six ans et une amende de 138 milliards de francs Cfa.
On peut certes entendre les critiques des ONG des Droits de l’homme qui voient dans la Crei une juridiction d’exception violant les normes du droit international mais on a aussi eu le sentiment que pour ses avocats leur client, lâché par certains de ses prête-noms et complices, confondu sur des points importants, était devenu indéfendable. On les a donc davantage entendus en conférence de presse qu’à la barre du tribunal qu’ils ont du reste finalement boycotté. Il est d’ailleurs difficile de savoir à quoi ont bien pu servir les avocats étrangers supposés plaider en faveur de Karim Wade.
Malgré le gros cafouillage sur le compte de Singapour– un point, il faut le souligner, non pris en compte par le juge Henri-Grégoire Diop–, personne n’a été surpris par le verdict du 23 mars. Il n’y a pas lieu de se réjouir qu’une personne encore dans la force de l’âge soit obligée de rester quatre années en prison mais des dizaines de milliers d’autres Sénégalais purgent la même peine sans que cela n’émeuve personne.
L’avertissement vaut pour tous nos futurs chefs d’Etat. Ce qui arrive à Karim Wade doit leur faire comprendre qu’il est inadmissible et dangereux de détourner les suffrages populaires au profit de sa famille.
L’ex-président Wade, naguère tout-puissant, n’a rien pu faire pour sauver son fils. Il n’a même pas pu trouver un hôtel pour y organiser ce que le politologue Mbaye Thiam a appelé sur Sud FM «la dévolution paternelle du parti». Cela en dit long sur la brutalité de la chute de Wade. Il s’était pourtant montré si agressif à maintes reprises que le pays a eu de sérieuses craintes pour la sécurité des biens et des personnes le jour du verdict. A l’arrivée il y a eu plus de peur que de mal.
Me Wade, conscient de son faible pouvoir de nuisance ces temps-ci, s’y était sûrement attendu et c’est sans doute pour cela qu’il a fait de son fils le candidat du PDS à la présidentielle de 2017. Le projet, c’est de lui faire porter les habits de lumière du prisonnier politique, si populaire que le régime n’aura d’autre choix que de ne pas le maintenir en détention. Est-ce bien sérieux ? En vérité, cela s’appelle raisonner la tête à l’envers.
Tout d’abord, Karim Wade, qui n’a jamais remporté le moindre scrutin, est un binational. On le voit mal renoncer à son passeport français pour briguer les suffrages des électeurs sénégalais. Et au fait, dans quelle langue leur demanderait-il de voter pour lui ? C’est un point central que tout le monde semble avoir oublié. Sauf, probablement, l’intéressé lui-même et son père. Me Wade, qui a affronté tous les présidents, de Senghor à Macky Sall, sait bien ce qu’élection veut dire dans notre pays. Il serait étonnant qu’il entretienne au fond de lui-même la moindre illusion quant aux chances de son fils pour l’élection de 2017.
Il sait bien, pour le dire familièrement, que les carottes sont cuites.
Wade aura en effet tout essayé mais les appels du pied à l’armée n’ont pas eu plus d’écho que sa menace insolite de prendre le maquis. Et pour faire monter la tension, il ne s’est interdit aucune grossièreté à propos de la famille Sall. Ce faisant, il a desservi Karim Wade, renforcé la cote de popularité de Macky Sall tout en donnant de lui-même une image encore plus négative qu’à l’ordinaire. En somme, trois coups de pierre contre sa réputation et contre une cause, la dernière d’un vieux combattant, qui lui tient tant à cœur : la libération de son fils.
Une fin de parcours aussi douloureuse– il est des moments où le vieil homme suscite en effet une vague compassion– rappelle, toutes proportions gardées, celle d’Alboury Ndiaye. La tradition rapporte qu’au soir de sa vie, affamé et au bord de l’épuisement, le Bourba Djoloff fut obligé de voler une écuelle de lait dans l’arrière-cour d’une maison de Dosso, dans l’actuel Niger. Surpris par la propriétaire, il n’eut d’autre choix que de nier avec véhémence. En vain : un enfant l’avait vu en secret, qui témoigna contre lui. Il aurait alors déclaré à son griot : « J’ai été tout-puissant au Djoloff et voilà à quoi je suis réduit. Tout est perdu et je sais que ma fin est proche.»
Alboury Ndiaye, immortalisé entre autres par le dramaturge Cheik Aliou Ndao, a été peut-être le moins ambigu, le moins controversé de nos héros nationaux mais un cruel destin avait pris avantage sur le guerrier errant, panafricaniste avant la lettre. Du célèbre politicien libéral aussi, on peut dire, mais hélas pour de moins glorieuses raisons, que tout est perdu aujourd’hui, même l’honneur.
Il ne lui reste plus qu’à solliciter la clémence de celui dont il a dit tout récemment que jamais il ne serait au-dessus de Karim Wade. Peut-être s’exprimait-il ainsi en surestimant ses capacités à infléchir le cours de la justice. En homme qui a toujours cru au seul rapport de force, il est bien conscient d’être à la merci du régime de Sall. La surenchère verbale va rester de mise pendant quelque temps pour sauver les apparences mais il est très probable qu’il va bientôt jouer, en coulisses, la seule carte qui lui reste raisonnablement : solliciter la grâce présidentielle. Et si Macky Sall venait à céder aux pressions, l’on n’entendra probablement plus parler ni de l’homme Karim Wade ni encore moins du candidat sans peur et sans reproche. On peut supposer qu’il sera aussi oublié des Sénégalais que l’est à l’heure actuelle sa sœur. Le président pourrait être tenté de se montrer magnanime après avoir su se montrer ferme.
Qu’adviendrait-il des Bibo Bourgi et autres Mamadou Pouye, condamnées en même temps que Karim ? La question n’est pas simple car une libération générale ferait désordre dans l’opinion.
Quoi qu’il arrive, gardons-nous de jeter trop vite la pierre à Me Abdoulaye Wade. Ce quasi centenaire au regard perdu, si tragiquement solitaire, c’est nous-mêmes qui l’avons librement enfanté dans l’allégresse générale il y a une quinzaine d’années. Au-delà du sort personnel de son fils, c’est de cela que nous devrons nous souvenir demain et après-demain.
Enlevés le 3 mai dernier à Kaïlou (Ziguinchor) par une faction du mouvement indépendantiste MFDC et emmenés au plus profond de la forêt casamançaise, les démineurs otages font part, pour la première fois, de leurs conditions de détention et exposent leur vœu ardent de rejoindre «le plus tôt possible» leurs familles respectives. Dans la forêt, ils pratiquent la chasse et la pêche. Le journaliste et Reporter d'Image Christian Thiam de SenePlus.Com s'est entretenu avec les otages et plusieurs chefs militaires du MFDC dont César Atoute Badiate. Dans les toutes premières minutes de la vidéo, César Atoute Badiate s'exprime en diola mais les réactions des otages sont toutes en français.
Le voyage est long pour accéder au cantonnement militaire. Après plusieurs heures de conduite, il faut encore plusieurs kilomètres à pied pour accéder à la zone d’influence de César Atoute Badiate au fin fond de la forêt de Casamance. Un fief qui se «trouve bel et bien en territoire sénégalais», comme nous le précise le reporter de SenePlus.Com Christian Thiam qui a effectué ce voyage avec Jean Michel Mathiam un employé de la société sud-africaine Mechem pour qui travaillaient les otages.
Au plus profond de cette forêt, ils sont faits otages depuis le 3 mai 2013, loin de leurs familles, de leurs proches et de leur environnement social habituel. Cet enlèvement porte la signature d'une des factions séparatistes du Mouvement des Forces démocratiques de la Casamance (MFDC) dirigé par César Atoute Badiate.
Depuis que la vie de ces démineurs a basculé, personne ne les avait vu, ni entendu s'exprimer publiquement.
Assis sur des bancs en plein milieu de la forêt, les otages de César Atoute Badiate semblent en bonne forme physique. Pour la première fois, ils ont eu l’occasion de faire part de leurs conditions de vie et leur vœu ardent de retrouver leurs familles respectives.
Tout s’est passé sous l’œil vigilant du chef d’Etat-major du maquis César Atoute Badiate. C’est lui en premier qui prend la parole et s’exprime dans sa langue maternelle, le joola. Fixant droit la caméra, par moments, il expliqué les circonstances de sa rencontre avec Christian Thiam ainsi que l’objet de la visite de ce dernier dans le maquis.
A la suite, du général maquisard, c’est Charles Coly un des otages qui prend la parole. Serein, il confesse que depuis leur enlèvement, ses compagnons et lui n’ont été victimes d’aucune forme de maltraitance, ni de terreur de la part de leurs ravisseurs. En d’autres termes, ils ont été bien traités. Charles parle même de liberté de circuler dans les environs immédiats alors même qu’ils sont retenus comme otages.
«On est libre ici, on se déplace comme on veut»
«Depuis que nous avons été arrêtés, nous n’avons eu aucun problème. On a un peu marché, et cela c’est normal », a-t-il dit. Poursuivant son propos, Charles explique également que même la nourriture n’a jamais été un problème pour eux. «Nous allons à la pêche et à la chasse. On se déplace comme on veut », a-t-il souligné en tentant de se débarrasser des insectes de la brousse qui bourdonnent dans ses oreilles. Personne dans le maquis n’a jamais pointé une arme sur un otage pour lui ordonner d’exécuter une action, assure Charles.
En revanche, ce qui reste pénible et insupportable pour eux, c’est la séparation d’avec leurs familles respectives. «Le seul problème que nous avons, dit-il, c’est qu’on n’a pas nos familles». Doucouré, qui semble le plus jeune des otages qui ont fait face à la caméra, ne semble pas apprécier le propos très apaisants tenu par son collègue Charles.
Et il a tenu à marquer son désaccord, en prenant la parole : «On tient ici des discours pour dire que tout va bien… Mais on sera mieux chez nous», rétorque Doucouré, très ému avec une voix grinçante et empreinte d’émotion. «C’est bien beau de dire oui on n’a pas de problème. Mais nous, nous voulons rentrer chez nous le plus rapidement possible», a poursuivi l’otage.
«C’est très dur de vivre ici »
Gilbert Tendeng corroborant les propos de Charles, se dit persuadé qu’ils n’auront pas de problème. Seulement, reconnait-il «c’est dur de vive ici». Gilbert Tendeng se préoccupe du sort qui leur sera réservé après leur libération du point de vue professionnel. En effet, il craint qu’après leur libération, leurs familles respectives les déconseillent de continuer à travailler comme démineurs pour la société sud-africaine Mechem, parce que cette activité sera perçue comme une activité bien trop risquée.
Pour rappel, ils étaient douze démineurs travaillant pour la société sud-africaine Mechem, à être enlevés par la faction séparatiste du MFDC de César Atoute Badiate. Ils exécutaient tranquillement leur tâche ce 3 mai au soir dans le village de Kaïlou, (département de Ziguinchor), quand les rebelles ont fait irruption et les ont kidnappés.
Le général Badiate qui a commandité ce rapt estime que le gouvernement du Sénégal n’a pas respecter son engagement à arrêter le déminage dans les zones que le chef rebelle considère comme zone contrôlée par le mouvement rebelle.
Le 28 mai 3 femmes faisant partie des 12 démineurs ont été libérées pour des raisons humanitaires après une médiation des autorités de Bissau, de la Croix Rouge, le groupe de réflexion pour la recherche de la paix en Casamance, entre autres acteurs.
Mais auparavant le chef de l’Etat, Macky Sall avait commis, ce que plusieurs observateurs de la vie politique sénégalais avaient considéré comme "une maladresse" en affirmant dans une série d’entretien accordé à l’AFP que les « otages seront libérés », et que ce n’était «pas un problème». Ainsi, le président Sall en minimisant cet enlèvement a peut-être donné l'occasion aux ravisseurs de faire monter les enchères, ajoutent des analystes interrogés par SenePlus.Com.
Depuis 1982 la Casamance, sud Sénégal, fait face à une rébellion indépendantiste qui entrave le développement économique de cette région dû à l’insécurité : braquages, enlèvements, et autres assassinats.
TRADUCTION DES PROPOS DE CÉSAR ATOUTE BADIATE, AU DÉBUT DE LA VIDÉO
"Charles, bonjour à toi et à tes amis. Comme vous le savez, d’habitude nous effectuons des voyages. Et Dieu a fait qu’au cours de notre dernier voyage, avant hier, nous avons eu l’occasion de rencontrer ce monsieur qui voulait voir dans quelles conditions vous vivez.
Il faut dire que cela fait un moment qu'il souhaitait vous rencontrer mais nous avions estimé que n’aviez pas un assez bon moral pour que nous puissions donner une suite favorable à cette demande. Nous avions donc préféré reporter cette rencontre.
Mais comme maintenant vous êtes un peu plus habitués aux conditions de vie ici, j'ai pensé que cette fois-ci, il n'y avait aucun obstacle à ce que vous le rencontriez aujourd'hui. "
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LA COUR DES COMPTES MONTE AU CRÉNEAU
Face aux critiques concernant le récent rapport sur les finances publiques, Aliou Niane, patron de la Chambre de discipline financière, défend la méthodologie et l'indépendance de la Cour. Délais, contradictoire, authenticité : il répond point par point
(SenePlus) - Dans une intervention à la maison d’édition L’Harmattan à Dakar, Aliou Niane, ancien secrétaire général et actuel président de la Chambre de discipline financière (CDF) de la Cour des comptes, a tenu à apporter des éclaircissements concernant le récent rapport sur la situation des finances publiques, objet de vives réactions dans l'opinion.
Face aux critiques et aux interrogations sur la méthodologie et la légitimité du document, M. Niane a souhaité rétablir certaines vérités et défendre l'indépendance de l'institution qu'il représente.
Le magistrat a d'abord abordé la question du délai de production du rapport. "On nous a dit que la Cour avait trois mois pour faire le rapport. C'est vrai, si on regarde le code de transparence", a-t-il reconnu. Cependant, il a souligné que les procédures de la Cour des comptes sont régies par la loi organique 2012-23, qui prévaut sur le code de transparence.
"La loi organique étant supérieure à la loi ordinaire qu'est le code de transparence, nous avons appliqué de façon pertinente les dispositions résistantes, les procédures de la Cour", a-t-il expliqué. Selon lui, il faut "un minimum de trois mois pour faire l'audit, un minimum d'un mois pour avoir les conclusions du parquet et un minimum d'un mois pour faire le contradictoire", rendant impossible la réalisation d'un tel rapport en seulement trois mois.
Concernant le respect du principe du contradictoire, autre point de critique, Aliou Niane a rappelé que "la loi organique sur la Cour des comptes dit que toutes les procédures de la Cour sont écrites et contradictoires". Il a précisé que l'audit sur la situation des finances publiques ne visait pas des personnalités en particulier mais cherchait à évaluer "la situation des finances publiques en temps T".
"On ne s'intéressait pas aux ministres qui se sont succédés au niveau du ministère des finances ou bien au niveau du ministère de l'économie. Ce qui nous intéressait, ce sont les administrations qui ont produit les données et le contradictoire a été respecté avec ces administrations", a-t-il affirmé.
Le magistrat a également réfuté les allégations selon lesquelles le rapport n'était pas signé. "Nous ne pouvons pas faire un rapport qui n'est pas signé", a-t-il assuré, expliquant que les versions publiées sur le site de la Cour ne comportent généralement pas de signatures, comme c'est le cas pour d'autres institutions similaires.
Il a par ailleurs dénoncé la circulation d'un rapport provisoire dont certains se seraient emparés. "Ce qu'ils avaient, c'est un rapport provisoire. Ils n'auraient même pas dû obtenir une copie du rapport provisoire", a-t-il regretté, expliquant que les différences entre ce document et la version finale sont normales et résultent du processus d'élaboration.
Aliou Niane a en profiter pour réaffirmer avec force l'indépendance de la Cour des comptes : "La Cour est indépendante. Elle ne dépend d'aucun pouvoir. Nous ne dépendons pas du pouvoir exécutif et au niveau de la Cour, nous tenons à notre indépendance comme à la prunelle de nos yeux."
Il a rappelé que par le passé, cette indépendance avait déjà été mise à l'épreuve, notamment lors de la publication du rapport sur la gestion des fonds Covid, qui avait également suscité "une levée de boucliers".
"Nous sommes un pouvoir au même titre que le pouvoir exécutif, au même titre que le pouvoir législatif. Nous assumerons notre indépendance jusqu'au bout, quel que soit le pouvoir qui serait en place", a conclu le magistrat, réaffirmant la mission de l'institution comme "sentinelle des finances publiques" au Sénégal.
OBJECTION AVEC MIMI TOURÉ
De l'assainissement des finances publiques aux perspectives offertes par le pétrole, la haute représentante du chef de l'État trace les contours d'un « Sénégal apaisé » un après l'élection de Diomaye Faye
Aminata Touré, haute représentante du président Bassirou Diomaye Faye, a livré une analyse approfondie de la situation politique et économique du Sénégal lors de son passage dans l'émission "Objection" de Sud FM ce dimanche.
À l'occasion des 65 ans d'indépendance du pays, l'ancienne ministre a mis en avant les progrès "impressionnants" réalisés depuis 1960, citant notamment l'augmentation de l'espérance de vie de 41 à 65 ans et l'atteinte de la scolarisation universelle, avec une progression particulièrement notable des filles dans l'éducation.
Concernant la gouvernance actuelle, Mme Touré a défendu avec force l'approche du président Faye axée sur "l'assainissement des finances publiques" et "la discipline budgétaire". Elle a évoqué la découverte d'une dette "cachée" de 4000 milliards FCFA "qui n'était pas répertoriée dans les comptes publics", affirmant qu'il est essentiel de "savoir où cet argent est allé".
"Ce que j'ai compris, c'est que le président appelle nos concitoyens à comprendre sa démarche", a-t-elle expliqué, soulignant que la transparence financière est désormais "non négociable" pour l'exécutif.
Sur le plan judiciaire, l'ancienne Première ministre a défendu les réformes annoncées issues des assises de la justice, estimant que "la justice joue un rôle central dans notre démocratie". Elle s'est montrée favorable à l'activation de la Haute Cour de Justice pour juger d'anciens responsables si nécessaire, affirmant que "ce n'est pas parce qu'on est président qu'on n'est pas justiciable".
Mme Touré a également soutenu la stratégie économique du gouvernement, centrée sur "la résilience" et "le développement endogène". Elle a détaillé plusieurs initiatives, notamment "la coopératisation du milieu rural" visant les jeunes sur 15.000 hectares, insistant sur la nécessité de "créer de la richesse locale" et de "compter davantage sur nous-mêmes".
"Notre avenir est ici", a-t-elle lancé à l'adresse de la jeunesse sénégalaise, tout en évoquant les perspectives offertes par l'exploitation prochaine du pétrole et du gaz qui "va permettre d'élargir le champ des possibilités".
Questionnée sur le débaptisage récent de l'avenue Charles de Gaulle au profit de Mamadou Dia, elle s'est réjouie de cette décision, la jugeant "tout à fait normale" pour honorer "un grand patriote", et l'inscrivant dans "la trajectoire de la souveraineté" défendue par l'actuel régime.
"L'espoir est permis après une année de gestion des nouvelles autorités", a conclu Aminata Touré, reconnaissant que "le contexte n'est pas facile" mais estimant que le Sénégal est "sur la bonne voie".
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LA SOUVERAINETÉ VOLÉE DES NATIONS D’AFRIQUE FRANCOPHONES
Derrière les cérémonies d'indépendance se cache un arrangement anticonstitutionnel. L'économiste Ndongo Samba Sylla démontre comment le contrôle de la monnaie par la France a transformé une indépendance de façade en une dépendance structurelle qui perdure
Selon l'économiste Ndongo Samba Sylla, la décolonisation des pays d'Afrique francophone cache une réalité méconnue : elle s'est déroulée de manière anticonstitutionnelle. Dans une analyse détaillée présentée lors d'une conférence sur l'indépendance économique, il révèle que la France, prise de court par le mouvement d'indépendance après le départ de la Guinée en 1958, a contourné l'exigence constitutionnelle d'un référendum pour libérer les territoires du régime de la communauté franco-africaine.
"C'est une histoire qu'on ne raconte jamais", souligne l'économiste. "Nos États sont même nés anticonstitutionnels, ce qui explique certaines tares qu'on retrouve dans les pays d'Afrique francophone."
L'élément central de cette indépendance de façade reste le franc CFA. Initialement "Franc des Colonies Françaises d'Afrique", rebaptisé plus tard "Franc de la Communauté Financière Africaine" en Afrique de l'Ouest, cette monnaie représente selon Sylla "l'exemple le plus vivide du fait que nous ne sommes pas indépendants".
Contrairement aux autres zones monétaires coloniales (sterling, portugaise, belge) qui ont été démantelées après les indépendances, permettant aux nouveaux États de battre leur propre monnaie, la zone franc a perduré jusqu'à aujourd'hui. Les accords de coopération signés par Michel Debré avec les homologues africains stipulaient clairement : "Vous aurez l'indépendance politique, mais sans souveraineté."
Des documents historiques cités par l'économiste montrent que ce système était conçu sciemment pour préserver les intérêts français. Pierre Moussa, administrateur au ministère des Finances français, écrivait déjà dans les années 1950 que la France avait besoin de ses colonies pour "acheter des matières premières sans dépenser de dollars" et utiliser leurs surplus commerciaux pour son propre développement.
Le philosophe Raymond Aron confirmait en 1959 que "ce qui compte, c'est le maintien de la zone franc" et que les relations économiques entre la métropole et ses colonies étaient comparables à celles "entre Paris et Marseille".
Plus troublant encore, un rapport américain de 1963 commandé par John F. Kennedy qualifiait ce système de "néocolonial" et "totalement anachronique", prédisant sa disparition prochaine. Même d'anciens économistes en chef de la Banque mondiale ont reconnu en privé que "le CFA pénalise le développement économique de ces pays".
L'économiste explique le cercle vicieux entretenu par ce système : le franc CFA, surrévalué, favorise les importations plutôt que les exportations. Pour créer du CFA, ces pays doivent d'abord accumuler des devises étrangères, mais étant structurellement déficitaires en raison même de ce système monétaire, ils doivent les emprunter.
"Un pays qui ne peut pas ordonner à sa propre banque centrale de créditer le compte d'État a le statut d'une colonie ou d'une collectivité locale", rappelle Sylla, citant l'économiste britannique Win Godley.
Pour Ndongo Samba Sylla, la solution est claire : "Il est impossible de développer un pays dans le cadre du système CFA." Il préconise l'établissement de monnaies nationales souveraines, rappelant qu'"aucun État ne peut jamais manquer de sa propre monnaie" et que "tout ce qu'un pays peut faire lui-même, il peut le financer lui-même".
Cette souveraineté monétaire devrait s'accompagner d'un contrôle effectif des ressources naturelles pour financer les importations nécessaires et d'une diplomatie économique permettant des échanges dans les monnaies nationales.
"La monnaie c'est important, mais ce n'est pas suffisant", conclut-il. "Ce qui compte, c'est la planification économique, le projet social derrière. Le franc CFA a été élaboré pour l'économie coloniale. Si vous voulez une économie diversifiée, si vous voulez mobiliser votre créativité, il faut vous débarrasser du franc CFA."
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AMADOU BA LÈVE LE VOILE SUR SA RELATION AVEC ABDOULAYE WADE
L'ancein Premier ministre dresse le portrait d'un dirigeant visionnaire, républicain et souverainiste, dont l'influence sur les politiques économiques et la gouvernance du Sénégal se fait encore sentir aujourd'hui
Amadou Ba a livré un témoignage éclairant sur sa collaboration avec l'ex-président Abdoulaye Wade lors de la présentation du livre "Wade, mille et une vies" de Madiambal Diagne, ce samedi 5 avril.
Dans son intervention, l'ancien Premier ministre a souligné comment Wade l'avait nommé Directeur général des impôts et domaines sans même le rencontrer, illustrant la confiance accordée à ses ministres et son approche méritocratique.
"J'ai serré la main du président Wade deux ans après ma nomination comme directeur général des impôts et des domaines," a révélé Ba, précisant que cette nomination s'était faite "sans me connaître, sans chercher à me voir."
L'ancien candidat défait à la présidentielle a également évoqué son rôle crucial dans l'élaboration du Code général des impôts actuel du Sénégal, suite à une présentation remarquée au Groupe consultatif en 2007 qui avait impressionné "Gorgui".
Sur le plan de l'éthique politique, Ba a partagé un moment significatif pendant les élections : "Entre les deux tours, Wade m'a dit 'Jeune homme, tu es un fonctionnaire, je veux que vous restiez républicain jusqu'au bout'," concernant la délivrance de quitus fiscaux aux candidats.
Amadou Ba a aussi joué un rôle déterminant dans les négociations pour le départ des forces françaises en 2009-2010, sous l'autorité d'un Wade décrit comme "souverainiste" mais pragmatique.
L'influence de Wade sur les politiques économiques ultérieures, notamment le Plan Sénégal Émergent avec son accent sur les infrastructures, a également été soulignée par l'ancien Premier ministre, qui a confié avoir été "inspiré" par la vision économique du président Wade.
"Maître Wade aura beaucoup inspiré l'ancien président mais aussi tous ceux qui avaient le privilège de le côtoyer," a conclu Amadou Ba, rendant hommage à l'homme d'État et à l'auteur Madiambal Diagne pour son travail biographique.
Les belles feuilles de notre littérature par Amadou Elimane Kane
ABDOULAYE ELIMANE KANE OU LA MÉMOIRE DENSE DE BEAUTÉ
EXCLUSIF SENEPLUS - La philosophie « sauvage », riche de 400 pages, est un formidable témoignage de l’histoire du Sénégal du XXème siècle, de la culture peule et de la pensée philosophique africaine dans une démarche globale et plurielle
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
Plonger dans les mémoires d’Abdoulaye Elimane Kane est un vrai délice, une véritable immersion littéraire au sens plein du terme. Récit autobiographique, le livre est aussi un formidable témoignage de l’histoire du Sénégal du XXème siècle, de la culture peule et de la pensée philosophique africaine dans une démarche globale et plurielle. Un vrai délice donc ! Car au-delà des qualités esthétiques et littéraires, la voix d’Abdoulaye Elimane Kane est truculente, profonde, universelle, drôle et jamais prétentieuse. Abdoulaye Elimane Kane nous entraîne sur le chemin de sa vie fascinante, de l’enfance à Dakar et sur les rives du fleuve Sénégal, puis de l’âge adulte, celui de l’université Cheikh Anta Diop jusqu’en France, une véritable épopée « nomade » qui nous offre des images vives de notre histoire, de notre culture.
Abdoulaye Elimane Kane possède de grandes qualités de conteur, l’histoire particulière qui est la sienne est aussi la nôtre tant il sait enrichir sa langue dans des détails qui nous emportent sur des terres lointaines mais pourtant si familières, celles de l’enfance, de la vallée du fleuve Sénégal, du Fouta Tooro, des quartiers de Dakar ou encore l’exploration des berges parisiennes, autant de lieux épiés et croqués avec une précision confondante. Tous les endroits qu’Abdoulaye Elimane Kane traverse, il les habite pleinement et les trace avec sa plume de belle manière, à la fois sensible, captivante et pittoresque.
Homme de lettres, de culture et de philosophie, Abdoulaye Elimane Kane sait rendre passionnantes toutes choses dans ce récit, alternant entre ses souvenirs personnels et une histoire plus vaste de plusieurs territoires, de cultures multiples qui appellent à une réflexion absolue qui est de déchiffrer la nature de l’être, cet humain incarné par son environnement, son éducation, ses initiations intimes, ses voyages, ses choix, ses doutes et ses joies. Tout est profondément humanité au cœur de ce voyage littéraire et sincère. Avec une étonnante facilité, Abdoulaye Elimane Kane aborde de nombreux sujets qui imprègnent la culture sénégalaise : la dynastie des familles, les rapports sociaux, la religion, les castes, la spiritualité, les croyances, les traditions ancestrales, l’héritage colonial, les valeurs de justice, la vie politique, puis plus largement le savoir, l’éducation, la transmission, la mémoire, autant de problématiques qui nous questionnent inlassablement.
Ainsi nous pouvons parcourir ce livre comme un guide pédagogique qui dit notre histoire, notre géographie, notre société avec une parfaite acuité, une intelligence fine et une élégance dans le style qui nous révèle la générosité du regard d’Abdoulaye Elimane Kane.
Construit en deux parties, le récit est un formidable document qui nous permet de revivre les faits de l’histoire coloniale, de la période des indépendances et celle de notre société contemporaine. Si la première partie intitulée Le plaisir d’apprendre et d’enseigner, est tout un programme, où l’on suit les étapes de l’enfance, des études, de la vie universitaire et enseignante d’Abdoulaye Elimane Kane, la seconde, intitulée Les chemins de la vie, s’attarde plus volontiers sur la réflexion philosophique et politique, longuement murie par l’âge et l’expérience. Encore une fois, la grande Histoire rencontre l’intérieur de l’homme et c’est une alchimie littéraire qui nous séduit totalement.
Le début de la seconde partie, consacrée au nomadisme « naturel » d’Abdoulaye Elimane Kane et à la description des modes de déplacement au Sénégal, en Afrique, en Europe et en Asie sont comme autant de chroniques savoureuses du temps, des territoires explorés, de la société avec ses contradictions et ses tourments. En filigrane, il y est aussi question de son passé d’homme politique, de quelques aventures diplomatiques et d’échanges avec le vaste monde.
De ces nombreux déplacements qui forment comme des chemins de lumière sur la carte du globe, il reste un voyage qu’Abdoulaye Elimane Kane évoque avec délicatesse, c’est celui de la création littéraire. Il dit que le plus beau voyage reste celui de la pensée, de la fiction reconstruite à partir d’un réel fantasmé, de l’invention fondatrice des mondes, de ces terres inconnues qui se forment au gré de l’inspiration. Au fond, c’est aussi un récit qui possède des qualités poétiques car cette descente au cœur de notre culture, d’un temps qui a disparu, laisse des images symboliques dans notre regard de flâneur littéraire.
Pour le long chapitre consacré à la politique, là aussi nous nous retrouvons dans un moment d’histoire particulièrement vif, ponctué de faits détaillés qui permettent de mieux comprendre la vie politique sénégalaise et plus particulièrement la période du mandat d’Abdou Diouf. De ses responsabilités ministérielles, Abdoulaye Elimane Kane dresse un portrait toujours honnête et enthousiaste révélant un homme portant infatigablement des valeurs de justice et le sens de la république.
La philosophie « sauvage » riche de 400 pages se termine par l’évocation de l’asthme chronique dont souffre Abdoulaye Elimane Kane et de ses nombreuses contraintes. Cela lui permet d’évoquer les frontières de l’inconscient humain entre le plaisir et l’ennui, le désespoir et l’euphorie, les racines et l’identité, la vie et la mort, l’histoire singulière et universelle des hommes.
L’univers littéraire d’Abdoulaye Elimane Kane est si riche, si puissant que rien ne vous empêche de (re)lire ses ouvrages de fiction qui tracent aussi de très beaux et émouvants voyages.
Amadou Elimane Kane est écrivain, poète.
Philosophie « sauvage ». La vie a de longues jambes, éditions Sénégal L’Harmattan, collection Mémoires et Biographies, N°14, Dakar, 2014
Sur le terrain diplomatique comme sur les pelouses, le patron de la FSF vient de subir sa plus cuisante défaite. L'homme qui a mené le Sénégal vers son premier titre continental se retrouve aujourd'hui isolé sous le nouveau régime
(SenePlus) - À la tête de la Fédération sénégalaise de football (FSF) depuis 2009, Augustin Senghor traverse actuellement une période difficile. Sa récente défaite électorale au sein des instances internationales met en lumière des relations complexes avec les nouvelles autorités sénégalaises, comme le rapporte Jeune Afrique dans une analyse approfondie de la situation.
Le 12 mars dernier, Augustin Senghor a subi un revers cinglant lors de l'élection des représentants africains au conseil de la FIFA. Avec seulement treize voix récoltées, il a été éliminé dès le premier tour du scrutin, comme le souligne Jeune Afrique. Les conséquences ne se sont pas fait attendre : "Le lendemain, il décidait de démissionner de son poste de 1ᵉʳ vice-président de la Confédération africaine de football (CAF), qu'il occupait depuis mars 2021", précise le magazine panafricain.
Pour justifier cette décision tout en conservant son siège au Comité exécutif de l'instance, Senghor avait déclaré sans ambages : "Je ne peux pas continuer à diriger des gens qui m'ont battu dans les urnes". Une phrase qui reflète l'amertume du dirigeant face à ce qu'il considère comme un manque de loyauté au sein même de l'organisation continentale.
Si certains observateurs pointent un manque d'entretien de ses réseaux africains, l'absence de soutien franc des autorités sénégalaises n'est pas passée inaperçue. Comme le note JA, "il n'a pas reçu un soutien franc et massif des autorités, contrairement à d'autres candidats africains pour un poste à la FIFA très convoité".
L'enjeu dépassait pourtant largement la simple ambition personnelle du dirigeant. Avec une rémunération annuelle de 240 000 euros par an pour un mandat de quatre ans, ce poste représente également "une manière de renforcer l'influence d'un pays, notamment sur son continent d'origine", rappelle le magazine.
Ferdinand Coly, ancien international sénégalais, confirme cette lecture dans les colonnes du journal : "Ce n'est pas l'entente parfaite. Je n'inventerais rien en disant que les rapports entre Senghor et l'ancien régime, incarné par Macky Sall, étaient plus fluides. Et je ne vous apprendrais rien non plus en vous disant qu'au Sénégal, mais pas seulement, le politique a tendance à regarder de près les affaires du football."
Le "camouflet Cissé", comme le qualifie Jeune Afrique, illustre parfaitement cette détérioration des relations. Le 2 octobre 2023, le départ d'Aliou Cissé, sélectionneur des Lions de la Teranga depuis février 2015, avait été "perçu comme relevant d'une décision politique".
Alors que la Fédération souhaitait prolonger le contrat du technicien champion d'Afrique en 2022, Khady Dième Gaye, ministre des Sports, avait annulé cette prolongation, "officiellement en raison des résultats en baisse et des critiques d'une partie des supporters".
Un dirigeant de club cité par Jeune Afrique affirme : "Tout le monde avait bien compris que cela venait d'en haut, c'est-à-dire du chef de l'État [Bassirou Diomaye Faye] ou de son entourage. La ministre n'aurait jamais pris cette décision toute seule."
Cette source anonyme pointe également les affinités politiques passées du président de la FSF : "Il est de notoriété publique que Senghor était proche de Macky Sall, sans pour autant être membre du parti présidentiel [...] Alors, évidemment, quand un nouveau pouvoir arrive, les choses peuvent changer."
Les relations se sont encore tendues en août 2024, lorsque la ministre des Sports a demandé des comptes à Augustin Senghor concernant les bilans financiers de l'équipe nationale pour 2022 et 2024. Face à cette requête, le président de la FSF avait répondu par écrit en rappelant à Khady Dième Gaye "que les budgets de ces compétitions sont arrêtés par les services du ministère des Sports, soumis au ministère des Finances, et exécutés exclusivement et en totalité par le ministère de tutelle".
Malgré ces tensions, le bilan sportif d'Augustin Senghor à la tête de la FSF reste remarquable, avec cinq titres continentaux : la CAN en 2022, le Championnat d'Afrique des nations (CHAN), la CAN des moins de 20 ans et des moins de 17 ans en 2023, et cinq des six dernières CAN de beach-soccer.
À cela s'ajoutent les qualifications pour les Coupes du monde 2018 en Russie et 2022 au Qatar, marquant le retour du Sénégal sur la scène mondiale après une longue absence.
Ferdinand Coly confirme ce constat : "C'est un excellent bilan sportif. Il y a aussi eu des améliorations au niveau des infrastructures, du championnat national. Mais les gens sont partagés : certains souhaitent qu'il continue, d'autres veulent du changement."
Alors que l'élection à la présidence de la FSF est prévue pour août prochain, l'avenir d'Augustin Senghor reste incertain. D'après Jeune Afrique, "des rumeurs laissaient entendre qu'Augustin Senghor n'avait pas l'intention de briguer un cinquième mandat". Toutefois, le magazine précise que "l'intéressé ne s'est jamais exprimé officiellement sur la question".
Dans ce contexte politique tendu, et malgré un bilan sportif éloquent, la question se pose : Augustin Senghor parviendra-t-il à maintenir son influence sur le football sénégalais face à un nouveau pouvoir qui semble déterminé à marquer sa différence avec le précédent régime ?
par Salla Gueye
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LE CIRQUE DES NOUVEAUX ILLUMINÉS
Cette mise en scène où des hommes, alignés derrière un imam, prient en wolof, avec les sourates du Coran traduites approximativement, voire de façon risible, et des gestures frôlant l'irrespect, interroge sur l'évolution religieuse dans ce pays
Les images choquantes et dégradantes qui déferlent sur les réseaux sociaux n’ont échappé à personne : une scène grotesque où des hommes, alignés derrière un imam, prient en langue wolof.
Cette mise en scène où les sourates du Saint Coran sont traduites de manière approximative, voire risible, et accompagnées de gestuelles qui frôlent l’irrespect, interroge profondément sur l’évolution de la religion dans notre pays. Cette farce religieuse, loin d’être une exception, s’inscrit dans une série d’événements qui témoignent d’une tendance inquiétante au Sénégal : l’exploitation du divin par des individus sans scrupules, prêts à tout pour asseoir leur pouvoir et se faire une place sous le soleil des croyants. Ce n’est donc pas la première fois que de telles scènes surgissent, mais cette fois-ci, l’humiliation semble aller plus loin. Il y a quelques années, une autre scène tout aussi dérangeante a fait la une : des individus vêtus de blanc, membres d’une secte menée par un certain Habib Diawané, avaient été arrêtés en plein « tawaf » autour de la Grande mosquée de Touba. Les exemples de tels « illuminés » sont nombreux au Sénégal : Zeyda Zamane, Omar Diop, Al Hassan Mbacké Rouhou Lahi Daba de Kolda… des faux prophètes qui ont tous tenté de se frayer un chemin dans la sphère publique avec des discours creux et des promesses aussi fallacieuses qu’absurdes.
Tous ces prétendus envoyés de Dieu ont voulu briser les fondements mêmes de notre foi, en s’attaquant à la pureté des enseignements du Saint Coran. Ces nouveaux prédicateurs ne respectent rien de sacré. Ils se réapproprient la foi à leur manière, pour mieux manipuler une population souvent en quête de réponses face aux difficultés de la vie quotidienne avant d’être démasqués au grand jour. Le cas Koukandé, cet illusionniste devenu célèbre sur la toile grâce à ses prétendus pouvoirs mystiques, en est un exemple parfait. Cet homme, qui avait juré de fendre l’Atlantique un premier jour de l’an, a vu ses ambitions démasquées et ses escroqueries mises à jour. Mais même après sa condamnation, son nom continue d’être associé à un culte de la personnalité sur les réseaux sociaux. Ce n’est plus simplement une question de charlatanisme : il s’agit d’une manipulation médiatique, un cirque où la foi devient une marchandise à vendre. Aujourd’hui, un nouveau cap semble être franchi.
Avec la complicité de certains médias, Koukandé, toujours aussi insubmersible, semble s’aventurer dans un domaine encore plus dangereux : celui des chants religieux.
Dans une tentative pour s’attirer la sympathie des croyants, il s’attaque désormais à des hymnes sacrés, comme le « Xilaassu Zahab » de Seydi El Hadji Malick Sy, pour les altérer et les dénaturer. Cette manœuvre n’a rien de spirituel : c’est une tentative délibérée de manipuler les émotions des croyants, de « fendre » leur cœur pour mieux se faire une place dans leur esprit. Ce phénomène n’est pas seulement une menace pour la pureté de notre foi, mais il soulève également de nombreuses questions sur la responsabilité des autorités religieuses, des médias et de la société en général.
Pourquoi permet-on à ces individus de se dévoiler sous des airs de dévotion, alors que leurs actes et leurs discours ne sont que le reflet d’une manipulation éhontée de la croyance ? Qu’attendons-nous pour mettre fin à cette dérive qui transforme la foi en un business juteux pour des opportunistes sans scrupules ? Il est grand temps de se poser les bonnes questions, de revenir aux fondements de notre foi et de rappeler, avec force et conviction, que la religion n’est ni un spectacle, ni une marchandise à vendre. Il est urgent de protéger notre héritage spirituel et de mettre un terme à l’exploitation de la naïveté des croyants. Le Sénégal mérite mieux que ces charlatans, ces faux prophètes et ces faiseurs de miracles. Il est temps de rappeler que la foi, ce n’est pas un jeu.