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5 avril 2025
Opinions
par Abdou Sene
JUSTICE : ILS NE DOIVENT PAS ÊTRE NOMMÉS
Si l’Humanité est arrivée à générer des sociétés organisées, c’est parce que l’Homme aspire naturellement à la justice, en tant que principe philosophique et moral
Lorsque l’Homme arrête de pratiquer la justice, il perd son rang de maître du règne animal. Pire, il incarne le mal dans ce règne parce que les autres espèces animales ne sont pas mues par l’intention de nuire ou par des intérêts superflus et égoïstes mais par la volonté de vivre. Ils peuvent paraître injustes et violents parce que tout simplement poussés par la Nature. Par l’instinct de conservation.
Si l’Humanité est arrivée à générer des sociétés organisées, c’est parce que l’Homme aspire naturellement à la justice, en tant que principe philosophique et moral. Des groupes d’individus ont pu donc cohabiter et interagir grâce à un minimum consensuel de justice. Cette dernière étant un idéal à poursuivre sans relâche. La justice est donc le ciment de la coopération inter-humaine - au sens de Noha Harari dans Une brève histoire de l’Humanité - qui a propulsé l’Homme au sommet du règne animal.
Par ailleurs, l’être humain animal est déchiré entre deux aspirations souvent en conflit, pour ne pas dire antinomiques : la volonté de puissance à la Nietzsche et la volonté de justice à la Saint Thomas d’Aquin. Dans ce contexte mental, l’Homme expose souvent une de ses plus grandes faiblesses, à savoir l’égoïsme. Dominant, il accomplit sa volonté de puissance, dominé, il a envie de justice. Sauf pour les individus dont la vertu transcende la nature. A la formation des premières civilisations, l’Homme devait donc trouver un principe social lui évitant que ce déchirement naturel fasse partir sa société en lambeau. Ce principe était la justice.
Et c’est en abordant cette dialectique par la justice que l’Homme a montré tout son génie. Depuis la formation des premières sociétés humaines, il a fait de la justice un principe central dans l’administration de la cité. Par nécessité. En effet, l’histoire montre que toute société où règne l’injustice à ciel ouvert est vouée à la ruine. Le philosophe disait que la civilisation n’est qu’un vernis couvrant un océan de barbarie. Il suffit que ce vernis - dont la principale composante est la justice - craquelle pour que jaillisse l’horreur ou/et la chute du prince.
L’histoire des peuples est jonchée d’illustrations de cette assertion. J’invite à revisiter : les causes de la révolution française de 1789 alimentée par l’injustice que le tiers état subissait de la part du clergé et de la noblesse ; l’origine de la révolution des torodos de 1776, qui ont pris le dessus sur la dynastie Denianké pour réparer des injustices, grâce à Thierno Souleymane Baal et ses partisans ; l’histoire de la chute de l’empire du Djolof du fait de la révolte et de la victoire sur son empereur, en 1549, du jeune Amary Ngoné Sobel pour sauver l’honneur de son père, Lamane Déthié Fou Ndiogou Fall, et du Cayor, victimes des caprices impérieux ; les causes de la chute/fuite du tyran Daou Demba, 6ème Damel du Cayor ; et plus récemment, dans les vingt dernières années, la décomposition de certains pays à travers le monde à cause d’injustices sociales et/ou politiques. En remontant plus loin dans le temps, jusqu’à la Première Période intermédiaire de l’Egypte (entre le 22ème et le 21ème siècle avant notre ère), on peut trouver des récits de révolution sociale semant l’anarchie, notamment contre la justice. Aussi, le proverbe oriental qui stipule qu’un roi sans justice est une rivière sans eau prend-t-il tout son sens.
Les juges
La justice comme principe fondamental - mais très complexe - de la vie en société civilisée, requiert, pour son exercice, que la société forme des experts en la matière. C’est pour cela d’ailleurs, que la science juridique fait partie des premières disciplines enseignées dans les premières universités au monde. C’était une demande sociale, or le concept d’université a été créé dans le but de produire du savoir au service de la communauté. Cependant, il faut se rendre à l’évidence que, s’il existe x% de citoyens de peu de vertu dans une société, on peut s’attendre à ce que ce pourcentage soit le même pour ses étudiants de peu de vertu en sciences juridiques, comme dans toutes les autres disciplines. Néanmoins, le juge étant idéalement et philosophiquement le gardien de la vertu dans une société, un filtre très serré doit impérativement être appliqué lorsqu’il s’agit de choisir, parmi les diplômés des facultés de droit, l’élite qui doit être portée à la tête de la magistrature d’un pays.
Saint Thomas disait : nous ne sommes pas déclarés justes du fait que nous connaissons droitement quelque chose. Effectivement, il faut certes être pétri de compétences en sciences juridiques pour juger, mais aussi et surtout armé d’une vertu largement au-dessus de la moyenne pour mériter d’être hissé au rang de juge de la société. Des juges de peu de vertu et/ou de compétences ne doivent en aucun cas être nommés à la tête de la magistrature dans une société civilisée. Juger une société est une mission trop sérieuse et trop complexe pour être exercé par « Monsieur ou Madame n’importe qui ».
A cet égard, dans toutes les sociétés, il faut prôner l’aristocratie de la vertu et de la compétence afin d’exaucer le fameux vœu du mathématicien-philosophe-théologien du 17ème siècle Blaise Pascal qui disait : Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste.
Abdou Sene est Professeur de mathématiques appliquées à l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane (ex UVS).
par Sonny Sarr
ALLUMEZ LES LAMPES QUI ÉCLAIRENT LES TÉNÈBRES AU CŒUR DU PAYS DE LA TÉRANGA
Décennie après décennie, qu’est ce qui a changé depuis le début des conflits dans les pays pauvres d’Afrique ? Que des décennies d’anarchies ! Comment retrouver la paix pour de bon ?
A mon pays dont la situation nécessite une prise en charge politico-socio-économique pluridisciplinaire et urgente, à toutes les filles et à tous les fils du pays de la Téranga.
L’histoire n’a pas de sens, certains leaders sont parfois créateurs de confusions et de chaos.
Le ciel s’assombrit à nouveau sur le territoire. De mémoire, c’est une situation inédite avec un silence insupportable sur la problématique la plus complexe et la plus conséquente, sur la redoutable tumeur déstabilisatrice qui secoue le pays de la Téranga. La lutte contre la redoutable tumeur ne peut pas être assurée par un seul ou quelques pilotes ou groupe de personnes.
L’insécurité est le "cygne noir" le plus redoutable contre le développement d’un pays quelconque, contre l’amélioration des conditions de vie des populations, mais pas seulement.
Dans mes pensées, je ne suis sûr de rien, je doute, mais je voudrais éviter également de parler parce que les faits sont difficiles à prouver puisqu’il n’y a pas de réponse pour expliquer mon désarroi. Wagane choisirait ainsi de garder le silence devant l’absurde et le mystère demeurera entier !
Mais comment garder le silence alors que le pays bascule dans une situation destructrice de vies et de biens. Les émeutes les plus violentes éclatent dans tout le pays, entrainant la mort de dizaines de jeunes, le pillage de supermarchés, le vandalisme des domiciles et le saccage des édifices publics et privés.
Des victimes meurent bruyamment. La sécurité des personnes et des biens est préoccupante. Des scènes de malheur, des tragédies, des pleurs. Le monde regarde le pays de la Téranga, les égos et les haines n’engendrent que des douleurs. A cause de la peur, du silence et des menaces, personne n’en parle tandis que d’autres ont pris à nouveau l’avion pour un voyage lointain.
Cette situation m’émeut profondément, ébranle mes pensées. Pas de mots pour évoquer ma douleur !
Agité et fragmenté, justice chahutée, l’État du pays se dégrade. Comment en sommes-nous arrivés là ? Qu’ont-ils fait pour avoir à nous faire vivre cet écueil ?
En cette douloureuse circonstance pour toute la communauté sénégalaise meurtrie, les appels internationaux à la retenue et au calme sont unanimes. Tous les acteurs sont invités à privilégier les voies du dialogue pour surmonter toutes leurs divergences. Cela permettrait d’éviter de provoquer des réactions de colères.
Le pays de la Téranga est connu comme étant l’endroit le plus paisible de la zone proche de tensions politiques et d’insécurité causées par des décennies de conflit, un pays caractérisé par une parfaite symbiose multiculturelle et multiethnique.
Par ailleurs, d'une manière générale, à ce jour, le monde est encore confronté à une crise mondiale complexe et interdépendante, où les inégalités de richesse s’aggravent, où le risque d’inflation est sans précédent avec des taux d’intérêt qui augmentent constamment en raison de la guerre russo-ukrainienne, où les prix de l’énergie et des denrées alimentaires ont cru de façon exponentielle.
Dans plusieurs régions et territoires du monde, des affrontements armés sont en cours, avec des centaines de millions de personnes déplacées. Aucune armée, aucune organisation multilatérale - internationale - régionale - nationale ou bien privée, ne contrôle ce qui arrive certains pays marqués par des attaques destructrices de vies et de biens. Il faut condamner fermement tout esprit d’autosacrifice non miséricordieux.
Dans mes conversations sur les tensions en Afrique, pour l’apaisement et la sécurité dans les pays, Pierre me disait, dans un restaurant, à Shanghai, que :
« L’intérêt supérieur de la patrie doit être au dessus de tout. Les conflits armés doivent s’arrêter. Les conflits contre l'injustice, la faim et la pauvreté doivent détoner. Le renforcement des capacités des vaillantes forces de défense et de sécurité est vital pour surmonter les menaces à la paix, à la stabilité et à la cohésion des peuples. Les kalachnikovs et les uniformes en treillis ne devraient pas diriger un pays ou un territoire. Le distingué rôle d’une armée républicaine, loyale et professionnelle, est de sécuriser, de stabiliser et de protéger la cité, pas de gérer la cité. L’armée n’est pas préparée à diriger la cité, elle doit se focaliser dans ses nobles et exaltantes missions régaliennes. Pour l’intérêt des nations en proie à des tensions politiques et sécuritaires, les autorités de transition devraient accélérer les processus de transfert de pouvoir et accompagner le retour des civils intègres au pouvoir. »
La problématique du renforcement de la démocratie républicaine et du rétablissement de l’état de droit a une importance capitale. Un pays sans état de droit et sans démocratie est un pays qui sera toujours confronté aux tempêtes, ses pilotes connaitront un cycle de gouvernance alambiqué et éphémère, sa population et son économie traverseront une crise sans précédent.
Le visage d’un pays sans état de droit et sans démocratie est pitoyable, et est comme une jungle dans laquelle règne la loi du plus fort. C’est un univers où les pilotes les plus populaires se versent singulièrement, par les cris d’orfraie, à la victimisation, à de graves accusations vis-à-vis à des tiers, à la chasse aux sorcières.
Néanmoins, certains leaders politiques à l’ère africaine ne sont pas bien préparés pour diriger la cité. Un leader bienveillant soucieux du bien-être des populations devrait suffisamment s’ourdir avant même d’avoir engagé la conquête du pouvoir. Il devrait d’abord quérir de connaissances approfondies des préoccupations de développement de son peuple et apprendre l’art de piloter la cité.
Mais, le président poète Léopold Sédar Senghor ne disait-il pas que : « l’émotion est nègre, la raison est hellène. »
Or, la raison devrait prévaloir. En termes de choix de pilote pour la cité, un rendez-vous citoyen capital, l’électeur doit faire la distinction entre la raison et l’émotion. Ce noble choix doit être détaché de l’émoi suscité par tout combat politique. Il doit se faire sans aucune distinction de position géographique ou d’ethnie, de religion ou de confrérie, de race ou de caste, de genre ou de couleur de peau, de classe sociale ou d’éducation.
Il doit, enfin, se reposer sur une proposition ou un projet de vision claire et d’un programme ambitieux pour l’amélioration du bien-être des populations.
Oui, les espoirs s’érodent. Les femmes et les jeunes sont fatigués. La force de la jeunesse devrait pousser le pays à avancer avec courage, à être en mouvement vers le chemin d’une meilleure place dans le monde.
Beaucoup de leaders africains vivent constamment des situations d’urgence des besoins notamment, dans le domaine de la réalisation des infrastructures qui induit des investissements importants, tandis que les conditions de vie de la population ne sont pas améliorées, il n’y a pas de véritables ruptures pour soutenir le bien-être et le progrès des peuples. Des sacrifices immenses, un éternel recommencement.
Décennie après décennie, qu’est ce qui a changé depuis le début des conflits dans les pays pauvres d’Afrique ? Que des décennies d’anarchies ! Comment retrouver la paix pour de bon ?
De nos jours, avec les tensions géopolitiques et le réchauffement climatique, les chemins du développement deviennent de plus en plus étroits. Pour la justice sociale, il est nécessaire de stimuler la paix et de trouver des solutions concrètes et durables pour améliorer la vie quotidienne des populations. Mais comment ?
Il faudrait promouvoir la paix en évitant tout acte qui pourrait écorner la démocratie légendaire de notre cher pays dont nous sommes tous fiers.
Ce n’est que dans la paix qu’un pays ou un terroir quelconque parviendra à vaincre la faim et la pauvreté et à escompter le développement durable, mais pas seulement.
Les lourdes mésintelligences ralentissent le processus de développement d’un pays quelconque et si rien n’est fait, les mêmes causes produiront toujours les mêmes effets. De toute façon, les pourvoyeurs de divergences et les voleurs de derniers publics, même si c’est cent cinquante euros (150€) par mois, ne laisseront pas de souvenirs riches mais plutôt des souvenirs durablement désobligeants avec beaucoup de regret.
Il faudrait éviter une sorte d’absence généralisée d’espoir d’une société plus juste, plus équilibrée, d’une société de justice et de paix. Il y va de la responsabilité de chacun d’éviter, au nom de la dignité humaine, des troubles dans le pays. Chacun doit appeler sa responsabilité de veiller à la bonne marche des affaires de la cité.
De même, les jeunes du pays, les véritables forces vives de la nation, devraient participer au dialogue, au dialogue de la paix pour contribuer à l'éclairage des ténèbres au cœur du pays de la Téranga.
par Mame Oumar MBAYE
RÉPONSE À MARY TEUW NIANE
Complot contre le Peuple !!! Encore des grands mots pour ne pas dire gros mots ! Quel complot ? Et quel Peuple ? Les 17 millions de sénégalais ? Arrêtez ! Ayons le courage de dénoncer Ousmane Sonko et arrêtons de tout mélanger !
Complot contre le Peuple !!! Encore des grands mots pour ne pas dire gros mots ! Quel complot ? Et quel Peuple ? Les 17 millions de sénégalais ? Arrêtez ! Ayons le courage de dénoncer Ousmane Sonko et arrêtons de tout mélanger ! Le pays est en danger et vous continuez à nous rabâcher les oreilles avec de la politique politicienne. Encore une fois, cette histoire n’a rien de politique, c’est vous les politiciens qui l’avaient traînée sur ce terrain par simple haine envers un homme. Macky Sall n’a rien à voir avec ce qui s’est passé au tribunal. Comment pouvez-vous continuer à essayer de mettre nos institutions à genoux dans le seul but de servir les desseins sombre d’un individu. Que voulez-vous faire de ce pays ? Sincèrement !!!
Arrêtez de vous cacher derrière des principes auxquels vous ne croyez même pas pour sauver un homme par la faute de qui tout est arrivé et continue d’arriver. En vertu de quoi la candidature de Macky Sall doit être une raison pour mettre notre pays à feu et à sang ? Le Sénégal est un pays stable démocratique et qui, grâce à son président, a commencé à toquer aux portes de l’émergence. Pourquoi aujourd’hui des gens tapis dans l’ombre tels Satan et sa progéniture sont-ils en train de tout mettre en œuvre pour le déstabiliser ? Encore une fois Arrêtez !!!
*LII DARA DIAROUKO WAYE ADOUNA DAFAYE DIEKH ET NOUS RENDRONS TOUS COMPTE À ALLAH LE TOUT PUISSANT.*
Par Babacar Ndaw FAYE
CHERS COMMISSAIRES, VOUS PERMETTEZ ?
C’est avec plusieurs heures de retard que nous avons pu regarder, ce matin, la vidéo du point de presse de la police nationale ; le ministre des télécommunications ayant décidé la veille, de nous priver d’un de nos principaux outils de travail : Internet
C’est avec plusieurs heures de retard que nous avons pu regarder, ce matin, la vidéo du point de presse de la police nationale ; le ministre des télécommunications ayant décidé la veille, de nous priver d’un de nos principaux outils de travail : Internet. Même si la notification et la justification de cette forfaiture sont intervenues après sa mise en œuvre, tel n’est pas l’objet de notre propos. Ici, il est question de cette sortie de la police qui nous laisse avec beaucoup plus de questionnements que de réponses. Mais saluons d’abord qu’elle ait enfin décidé à se prêter à cet exercice de prise de parole, ce n’est tellement pas fréquent sous nos tropiques qu’on se demande la motivation de celui d’hier. Mais on ne va pas faire la fine bouche : on en redemande, avec plus d’entrain. Car hier, en un tout petit quart d’heure, en français et en wolof, par deux responsables différents, avec quelques sombres projections, la police a rapidement expédié les sujets qu’elle voulait aborder. Comme un os à ronger envoyé le temps d’aller s’occuper d’autre chose. Comme un air de diversion. Circulez, plus rien à voir.
Sauf que ça ne marche pas comme cela, chers commissaires. Avec tout le respect qui vous est dû, nous attendions de vous davantage d’éléments pour éclairer notre lanterne sur une situation qui nous inquiète tous, que la répétition d’éléments de langages déjà balancés à profusion par des responsables politiques de la mouvance présidentielle. « Les manifestants sont infiltrés », « il y en a qui sont motivés par autre chose », « ce sont des scènes de pillages »… et tutti quanti. C’est enfoncer des portes béantes.
Chers commissaires, ce que nous attendions de votre sortie, au-delà des auto-glorifications, c’est une réponse aux accusations de tortures dans vos geôles et surtout, une tentative d’explication sur les citoyens utilisés en boucliers humains et violentés à coups de casques et de tête de fusil. C’est de nous dire par quelle logique un enfant a pu servir à vos hommes, de bouclier contre une pluie de pierres.
Chers commissaires, ce que nous attendions de votre précieuse sortie, c’était surtout une explication sur les troublants rapports de bons voisinage entre vos hommes et les supposés brigands dont vous avez justement projeté des extraits d’images lors de votre expéditif point de presse. Vous les soupçonnez d’être des malfaiteurs avec des armes de guerre et autres pistolets automatiques, certains avec une maîtrise qui vous interroge, d’autres avec une non maîtrise qui vous inquiète. Soit. Mais ce qui nous inquiète et nous interroge, nous autres pauvres civils, c’est la franche collaboration que l’on voit sur les extraits - des mêmes images - que vous n’avez pas diffusés, entre vos hommes et ces éléments non identifiés qui visent et tirent en direction des manifestants, les pourchassent avec vous, jusque dans leurs derniers retranchements.
Chers commissaires, ce que nous voulons savoir, au delà de l’identité de ces OTNI (objets tuant non identifiés), c’est pourquoi il est devenu si fréquent de voir vos troupes s’acoquiner avec des hommes armés de gourdins et de machettes, souvent à bord de pickups qui n’appartiennent pas aux forces de défense et de sécurité ?
Ce que nous voulons savoir et que nous attendions de votre sortie qui aurait dû durer beaucoup plus qu’un tout petit quart d’heure, c’est qui a tiré sur les 16 victimes officiellement recensées par vos soins ? Avec quelles munitions ? Si ce sont les vôtres, quelle est la procédure engagée ? Le cas contraire, que devrions-nous retenir ?
Chers commissaires, à Sacré-Cœur, lors du regrettable incendie contre le domicile de l’ancien ministre des Sports Matar Ba, des séquences de vidéos montrent un de ses proches, qui serait son fils selon des témoignages, accompagné d’autres civils armés, tirer maladroitement en direction de supposés assaillants, en étant à côté de forces de défense et de sécurité. Êtes-vous en sous-effectif au point de devoir vous accommoder de tels renforts ? Cautionnez-vous la présence de nervis dans votre tâche de maintien de l’ordre ? Êtes-vous, tout simplement, infiltrés comme le seraient les manifestants ?
Chers commissaires, malgré les infiltrations supposées dans un camp ou dans l’autre, le seul constat qui sied à ce jour est que toutes les victimes jusqu’ici dénombrées par vos soins, sont des civils. En passant, prompt rétablissement à votre brave collègue, Pierre Malou, qui, à vous croire, même en situation de légitime défense, aurait refusé d’utiliser son arme contre les manifestants. C’est ce que nous attendons de vous, chers Commissaires.
Par Madiambal DIAGNE
OUSMANE SONKO VEUT UNE GUERRE CIVILE ET ALIOUNE TINE L’A THEORISEE
Dans quel pays au monde un citoyen peut-il menacer devant les caméras de télévision, de tuer le chef de l’Etat démocratiquement élu ou d’envoyer 200 mille manifestants pour le déloger du Palais et rester dormir chez lui ?
Pour sauver sa tête, s’éviter de payer le prix de ses turpitudes dans le lupanar de Sweet Beauté, Ousmane Sonko avait adopté la stratégie du «après moi le déluge», selon laquelle personne ne devrait lui survivre. On peut dire que cette stratégie lui a réussi, mais seulement en partie, car s’il a été épargné d’une condamnation pour viol, il n’en a pas moins écopé d’une condamnation de deux ans d’emprisonnement ferme pour «corruption de la jeunesse». Ni la plaignante, Adji Sarr, ni la défense ne pourraient se satisfaire totalement de la décision. Seul le ministère public peut s’estimer heureux d’avoir pu sauver son dossier. Le représentant du Parquet a eu l’idée, à la fin de son réquisitoire de feu, lors du procès du 22 mai 2023, de tendre une perche au Tribunal en faisant des réquisitions demandant subsidiairement une condamnation pour corruption de personne âgée de moins de 21 ans. Le pouvoir de Macky Sall peut également se satisfaire d’une décision de condamnation car un acquittement aurait été un séisme tellurique et donnerait des ailes à Ousmane Sonko.
Dans l’absolu, la décision de Justice aurait pu être lue comme une bonne sentence, au vu des éléments de preuve présentés devant le prétoire, si et seulement si l’accusé principal avait comparu devant la barre pour se défendre des graves accusations. C’est une première dans les annales judiciaires que les juges se substituent à un accusé jugé par contumace, pour lui trouver des éléments d’excuse ou de disculpation, ou même des circonstances atténuantes. Le principe jurisprudentiel reste de condamner systématiquement le contumax, d’autant que la règle est de reprendre le procès une fois qu’il se sera constitué prisonnier ou se sera fait arrêter dans le cadre de l’exécution de la décision. C’est en quelque sorte l’application du principe que «nul ne plaide par procureur». En d’autres termes, c’est là que se trouve le côté bancal de la décision rendue par le juge Issa Ndiaye et ses assesseurs de la Chambre criminelle. On peut ainsi considérer que les bravades, menaces et défiances de Ousmane Sonko ont quelque part eu un effet dissuasif à l’endroit des juges. En effet, il lui a été permis et accordé ce qui n’a jamais été admis pour un justiciable devant aucun prétoire dans le monde. En outre, la Chambre criminelle, qui devra avoir à juger l’affaire à nouveau, s’est lié les mains. En cas de nouveau procès, donc en présence de l’accusé Sonko et de sa défense, si elle devait entrer en voie de condamnation, elle ne pourrait pas se dédire et/ou avoir la main plus lourde que lors du premier procès. Quelle serait la cohérence de trouver des excuses à un fugitif qui ne s’est pas défendu, et ne pas les lui reconnaître finalement quand la personne arriverait à les invoquer elle-même devant la barre, entre autres moyens de défense ?
Assurément, les juges, aidés par le Parquet, ont fait l’effort d’anticiper sur un éventuel nouveau procès en décidant d’une disqualification. Je reste cependant persuadé qu’en l’état des preuves présentées devant la barre et qui n’établissent indubitablement que des actes de conjonctions sexuelles, sans qu’on ne puisse en avoir le cœur net sur leur caractère forcé ou consenti, la sagesse d’un juge lui impose de ne pas entrer en voie de condamnation pour l’infraction de viol. Seulement, l’effort transcendantal qui a permis aux juges de disqualifier les faits, leur aurait aussi permis, dans un autre sens, de condamner pour viol.
Au demeurant, la condamnation pour «corruption de jeunesse» par des actes sexuels dans un lieu de débauche est infâmante et avilissante pour Ousmane Sonko qui aspire à devenir président de la République. Le déballage sordide devant le prétoire, de ses ébats sexuels, des récits torrides qui se retrouvent jusque dans les smartphones de ses concitoyens, feront de lui un drôle d’aspirant au poste de chef d’Etat. Nous écrivions : «Si en 2024, Ousmane Sonko a la chance de devenir Président du Sénégal, ce sera fatalement une auto-humiliation pour son Peuple qui aura la honte de voir les ébats sexuels ou les images de l’anatomie intime du premier des citoyens dans les smartphones de ses compatriotes. Il sera «un Président à poil» (chronique du 23 mai 2022).» Franchement, si l’homme manque autant de scrupules pour continuer de chercher à diriger son Peuple, on peut ne pas désespérer que dans un sursaut de dignité et de respect pour eux-mêmes, ses compatriotes s’éviteront l’humiliation de faire de lui le premier d’entre eux. C’est le plus grand revers de Ousmane Sonko, car il s’était juré que les violences et menaces empêcheraient la tenue d’un procès public. Il aura appris, et surtout ses avocats auront appris à leurs dépens que l’on ne peut pas, sans frais, défier la Justice. La présence ridicule de ses avocats lors du rendu du délibéré du 1er juin 2023, pour demander une réouverture des débats, alors qu’ils avaient décidé de boycotter l’audience de plaidoiries de la semaine précédente, constitue un cinglant aveu de leur fourvoiement. La supplique désespérée de Me Ciré Clédor Ly, qui demandait un renvoi pour «aller chercher (son) client et le faire comparaître de gré ou de force», était tout aussi pathétique. Le procureur Abdou Karim Diop a pu persifler en leur lançant : «Vous êtes des plaisantins.» Les avocats s’étaient résignés à plaider à travers les colonnes des journaux et les plateaux de télévision. On voit bien que Ousmane Sonko a toujours dirigé ses avocats et non le contraire ! Ainsi a-t-on pu mesurer la gueule de bois de Me Bamba Cissé après le prononcé du verdict.
Un autre enseignement du procès est qu’il aura permis au public de faire le constat des mensonges répétés de Ousmane Sonko, avec la fable d’un complot orchestré par Macky Sall pour écarter un adversaire politique. Pas une fois, en dépit de la longueur et de l’exhaustivité des débats devant la barre, la thèse d’un prétendu complot n’a été évoquée pour être étayée. Au contraire, ce qui a été discuté et mis en lumière, reste les écarts et faiblesses d’un homme qui s’appelle Ousmane Sonko. C’est dire que des mères et pères de famille, des magistrats, des officiers de police et de gendarmerie, des députés, des ministres, un président de la République et son épouse, des journalistes et des avocats ont été faussement accusés ! Sans scrupule…
Macky Sall dos au mur
Le pays n’en a pas pour autant fini avec cette affaire, encore moins d’avoir à déplorer ses conséquences tumultueuses. Le ministre de la Justice, Ismaïla Madior Fall, a enfoncé des portes ouvertes en soulignant «qu’une décision de Justice est faite pour être appliquée». Douterait-il de l’application du verdict condamnant Ousmane Sonko ? On peut le croire car si l’Etat était dans ces dispositions, il aurait arrêté Sonko depuis très longtemps ; ce n’est pas l’occasion qui a manqué. Au contraire, il a été épargné, contrairement à ses lieutenants. En vérité, on n’a jamais vu un homme appeler autant à l’insurrection et au meurtre sans jamais être inquiété. De simples velléités insurrectionnelles et de menaces de mort, de surcroît assumées publiquement, contre des magistrats et des personnes détentrices de l’autorité de l’Etat, ont, toujours et dans tous les pays, été sanctionnées, réprimées, à plus forte raison quand de telles menaces ont été suivies d’effets dramatiques. Depuis mars 2021, Ousmane Sonko et son parti, Pastef, sont entrés dans une logique insurrectionnelle, de déstabilisation de l’Etat et des institutions républicaines. Leur projet de semer le chaos n’est plus à démontrer. Si on avait encore besoin de s’assurer que ce parti est anarchiste et anti-républicain, la preuve est désormais définitivement faite. C’est dans ce sens que nous n’avons eu de cesse de tirer la sonnette d’alarme, jusqu’à une chronique du 15 février 2023 dans laquelle nous enjoignions les autorités de l’Etat «d’arrêter Ousmane Sonko avant qu’il ne soit trop tard». En effet, «les bonnes raisons ne manquent véritablement pas pour empêcher Ousmane Sonko de tout se permettre.(…) Ses multiples appels à l’insurrection, suivis d’effets violents et sanglants, avec leur bilan macabre de personnes tuées, ou les appels à empêcher la tenue des élections législatives de 2022 devraient le mener en prison ; tout comme les outrages aux magistrats, les bravades, le discrédit des institutions publiques, les insultes et injures, mensonges et attaques contre des personnes investies de l’autorité de l’Etat (Justice, police, Armée, gendarmerie). Le parti Pastef finance ses activités politiques en violation flagrante de toutes les règles légales et démocratiques.
Tous ces faits sont des motifs légitimes qui enverraient tout autre citoyen dans les liens de la détention ! Dans quel pays au monde un citoyen peut-il menacer devant les caméras de télévision, de tuer le chef de l’Etat démocratiquement élu ou d’envoyer 200 mille manifestants pour le déloger du Palais et rester à dormir chez lui ? Dans quel pays au monde un homme politique donnerait-il l’ordre à son chauffeur de foncer sur un barrage de police et rentrer tranquillement chez lui ? (…) Qu’on se le tienne pour dit, à chaque pas que l’Etat reculera, Ousmane Sonko et ses affidés avanceront de trois pas pour piétiner allégrement l’Etat de Droit. (…)».
Ces lignes sont plus que jamais pertinentes au vu des conséquences du verdict judiciaire condamnant Ousmane Sonko. Macky Sall et son gouvernement sont rattrapés par leur attentisme ou stratégie de pourrissement. Ils ne peuvent plus reculer d’un demi-pas. A force de différer la confrontation, ils finissent par être dos au mur. Si Ousmane Sonko reste impuni, il deviendra illégitime de continuer de s’en prendre à tout autre citoyen. La Justice a fait sa part du boulot, il appartiendra aux autres institutions de s’acquitter de la leur. Aucun faux-fuyant ou alibi ne saurait plus prospérer.
Les oeuvres du tandem Sonko-Tine
De toute façon, avec Ousmane Sonko, on doit savoir à quoi s’en tenir. Il n’a jamais caché son jeu ou n’a point cherché à avancer masqué. Il ne fait pas mystère de sa volonté de déloger Macky Sall du pouvoir par la violence et la force, et on peut bien croire que rien ne le détournera de cet objectif. Il le mettra en œuvre, à la limite de ses possibilités. Aussi se plaît-il à compter le maximum de morts et de dégâts. Il a clairement laissé entendre qu’il y aura de nombreux morts et dans un cynisme sidérant, il dit à ses sbires que «si vous mourez, vos mamans enfanteront à nouveau» ou que «pour (l)’arrêter, Macky Sall devra se salir les mains» (de sang). On ne peut pas être plus clair dans des intentions de semer le chaos et de mettre le pays sens dessus dessous. C’est dans cet esprit qu’on peut relever que la plupart des morts décomptés ne peuvent être des victimes des Forces de défense et de sécurité qui ont déjà payé un trop lourd tribut. Des manifestants sont armés et ont été aperçus en train d’ouvrir le feu. Combien de fois avons-nous alerté sur l’engagement de maquisards de tous acabits aux côtés de Ousmane Sonko ? Si on voulait éviter de ramasser des corps, on n’y aura malheureusement pas réussi. La stratégie de chercher à installer le chaos est en œuvre. Il cherche à déclencher une guerre civile et on doit entendre les évocations, allusions audibles et répétées de Alioune Tine depuis le 23 janvier 2023. Il avait aussi brandi le spectre de la Cour pénale internationale contre Macky Sall. Serait-il anodin que cette rhétorique soit amplifiée après que Ousmane Sonko a taillé bavette avec Salif Sadio quelques jours auparavant (5-6 janvier 2023)? Mieux, c’est après son déjeuner, autour d’un bol de «ceebu yap», bien médiatisé, avec Alioune Tine que Ousmane Sonko a osé, à partir du terrain de l’Acapes aux Parcelles Assainies de Dakar, entonner cette rhétorique de menace de guerre civile.
Au demeurant, une dizaine de morts de trop ont été dénombrés la semaine dernière et le décompte macabre ne semble pas terminé. Force est de dire que le bilan est déjà trop lourd et tout porte à croire qu’il le sera davantage, et pour cause ! Les autorités de l’Etat se sont laissé déborder et ne semblent pas avoir bien pris la mesure de la situation. En mars 2021, l’Etat pouvait avoir l’excuse d’avoir été pris par surprise, ou d’avoir plus ou moins sous-estimé le danger et les menaces et velléités de violences. Le temps laissé à Ousmane Sonko, suite à des atermoiements entre la plainte de Adji Sarr et sa comparution effective devant les enquêteurs, lui avait permis de se préparer et d’élaborer des stratégies et actions insurrectionnelles néfastes. Par la suite, le rapport de forces a pu être inversé et la vigilance a été de rigueur. Ainsi, plus d’une fois, Ousmane Sonko a été interpellé et conduit, sans coup férir, par les Forces de sécurité jusqu’à la destination de leur choix. Toutes les dispositions avaient fini par être prises pour que la quiétude soit revenue dans la ville les jours de comparution en Justice du leader du parti Pastef. L’erreur fatale aura été de lâcher du lest quand il a annoncé qu’il ne comparaîtra pas à son jugement. Avec une certaine désinvolture qui frise la naïveté, les autorités de l’Etat avaient en quelque sorte trouvé la chose commode, croyant qu’il n’y aurait plus de confrontation dès l’instant que la personne refuse de se présenter devant ses juges. Dans ce petit calcul, qu’on n’hésiterait pas trop à qualifier de lâche et qui a pu inciter à ne pas délivrer une ordonnance de prise de corps, on s’imaginait qu’une condamnation devenue une fatalité passerait comme lettre à la poste. C’était franchement avoir une courte vue car qui pouvait croire que Ousmane Sonko allait se laisser conduire comme un agneau à l’autel du sacrifice ? Ainsi, retiré en Casamance, il a pris le temps d’organiser ce qu’il a lui-même appelé le «Tchoki final» (Ndlr : ultime combat). Tout le ban et l’arrière-ban de ses affidés, jusqu’aux rebelles indépendantistes et autres forces obscures, ont été appelés en renforts. Des informations sur cette mobilisation ont été partagées à travers les réseaux sociaux avec des centaines de «combattants» qui avaient pris d’assaut, avec armes et bagages, les bateaux pour rallier Dakar, lieu clairement indiqué par leur chef de guerre comme le théâtre du combat final. Des mesures avaient-elles été prises pour empêcher ou endiguer cet afflux de jeunes vers Dakar, qui achetaient au vu et au su de tout le monde des armes blanches ? A-t-on contrôlé les passagers des bateaux qui ont fait la navette entre Ziguinchor et Dakar les derniers jours, pour s’assurer que des armes à feu n’avaient pas été transportées ? L’agenda du procès a été fixé par l’Etat, et donc les autorités avaient toute la latitude de se coordonner pour ne pas donner l’impression d’avoir été surprises par les effets induits. La coupe est plus que pleine et les dégâts matériels et humains s’amoncellent, même si on peut toujours se consoler qu’aucune cible névralgique ou stratégique de l’Etat n’ait pu être atteinte et que les troubles sporadiques sont principalement le fait de badauds et d’autres nervis payés et encouragés ou d’opportunistes pilleurs qui se servent allègrement. Est-ce une stratégie ou une tactique policière dite de «l’encerclement», qui consisterait en quelque sorte à chercher à épuiser les manifestants, à en arrêter le maximum ainsi que leurs meneurs, afin d’isoler davantage Ousmane Sonko avant d’aller le chercher ?
par Ndiaga SYLLA
DE "23 JUIN" À "JUIN 23" !
Les facteurs explicatifs de la crise que traverse le Sénégal.
Les facteurs explicatifs de la crise que traverse le Sénégal.
1. La crise de confiance aux institutions.
2. Le discours d’endoctrinement des masses délivrés par des leaders politiques.
3. La passivité de l’État dans l’attente des procès en dépit de l’incitation à l’insurrection.
4. Le timing du traitement des contentieux politico-judiciaires et la mauvaise perception du dernier verdict par l’opinion.
5. Le suspense sur un 3e mandat du Président sortant.
6. La propension à rendre des adversaires inéligibles.
7. Les préjugés et présupposés sur les facilitateurs du dialogue politique et la déficience dans la prévention et la résolution des conflits.
8. L’indécente cohabitation entre une pauvreté extrême et un luxe insolent.
9. Une jeunesse éveillée mais désœuvrée et exigeante.
10. Les appétits suscités par les ressources pétrolières et gazières.
Voilà des facteurs explicatifs de la crise que traverse le Sénégal.
Que Dieu préserve le Sénégal.
Vive la République !
par Boubacar Boris Diop, Felwine Sarr et Mohamed Mbougar Sarr
CETTE VERITE QUE L’ON NE SAURAIT CACHER
EXCLUSIF SENEPLUS - La situation en cours résulte de la dérive autoritaire du président. L’hubris d’un pouvoir qui emprisonne ou exile ses opposants les plus menaçants, réprime les libertés et tire sur son propre peuple avec une révoltante impunité
Boubacar Boris Diop, Felwine Sarr et Mohamed Mbougar Sarr |
Publication 04/06/2023
Les événements en cours exigent de chacun qu'il prenne ses responsabilités. Nous affirmons que la situation que vit actuellement notre pays résulte de la dérive autoritaire du président Macky Sall. En 2012, notre confiance l'a placé à la tête de l'État sénégalais. Mais mû par son désir de se maintenir à tout prix au pouvoir, il s'est promis de « réduirel’opposition à sa plus simple expression ». Le président Macky Sall a ainsi semé les graines de la discorde et de la violence dans notre pays. Sa responsabilité devant le peuple sénégalais est sans appel. L'Histoire retiendra que c'est lui qui nous a entraînés dans cette crise politique sans précédent, fragilisé notre tissu social et affaissé nos Institutions. Il a de surcroît imprudemment libéré les monstres qui sommeillent en chaque groupe humain et qu’il convient de toujours brider par une pratique de la justice, de l’égalité des citoyen.ne. s et de la paix sociale.
Si nous en sommes arrivés là, c'est parce que nous, le peuple sénégalais, n'avons pas assez réagi quand le régime en place s'est mis à traquer les militants et les cadres de Pastef en plus bien évidemment de son leader, Ousmane Sonko. Il y a pourtant eu des signes avant-coureurs - que nous n'avons hélas pas su décrypter - de cette campagne de répression systématique et sans précédent au Sénégal.
Depuis quelque temps, en effet, tous ceux qui osent élever la voix contre une troisième candidature du président sortant en font immédiatement les frais. Peu à peu, les interdictions de marches pacifiques sont devenues la règle ; les arrestations et emprisonnements arbitraires se sont multipliés. Dans un tel contexte de brutale fermeture de l'espace politique, les procès aux verdicts ubuesques et la séquestration illégale d'un dirigeant de l'opposition en sont venus à paraître d'une inquiétante banalité.
La nature socratique du verdict du procès d’Ousmane Sonko a fini par convaincre que ce n’était pas la manifestation de la vérité qui était visée, mais bel et bien l’élimination d’un opposant politique dans la perspective des prochaines élections présidentielles. Elle pose surtout le problème de notre appareil judiciaire dont la fragilité et la fébrilité sont apparues au grand jour.
En vérité nous sommes tous témoins, depuis plusieurs mois, de l’hubris d’un pouvoir qui emprisonne ou exile ses opposants les plus menaçants, réprime les libertés (notamment celles de la presse) et tire sur son propre peuple avec une révoltante impunité. Nous sommes aussi tous témoins des errements d’un État désireux de rester fort à tout prix - ce prix fût-il celui du sang, de la dissimulation, du mensonge -, oubliant qu’un État fort est un État juste, et que l’ordre se maintient d’abord par l’équité.
A cette réalité brute, l’appareil idéologique du régime en place a répondu que rien ne se passait ; et que ceux qui se trouvaient en prison étaient des individus qui avaient contrevenu aux règles, violé la loi, ou mieux, n'avaient pas respecté les règles de l’État de droit. Par un étrange renversement de perspective, ceux qui ont affaibli et décrédibilisé les Institutions de la République - notamment la Justice, devenue partisane -, les mêmes qui ont rompu l’égalité des citoyens devant la loi, sont ceux qui s’en proclament les gardiens.
Aux citoyen.ne.s dénonçant cet état de fait, on oppose une batterie de chefs d’inculpation allant de la diffusion de fausses nouvelles au discrédit jeté contre les Institutions, en passant par l’appel à l’insurrection, pour justifier l’appareil répressif mis en place contre eux. Par ces actes, c’est toute la conscience démocratique de la société civile sénégalaise qui est réprimée, sommée de rentrer chez elle et de baisser pavillon. Ce désir d’instiller la peur chez les citoyens et d’inhiber ainsi toute velléité de protestation par le langage et le discours a cependant quelque chose de profondément anachronique : les Sénégalais.e.s sont attachés à leur liberté de parole et ils n’y renonceront pas.
Un autre déni majeur est celui de la demande de justice sociale et de justice contentieuse de la part d’une jeunesse qui représente 75 % de la population sénégalaise. Cette jeunesse, en plus de manquer de perspectives, n’a pas d’espace d’expression politique et voit ses rêves d’une société plus équitable hypothéqués. Nous voyons enfin des populations, déjà précaires et laissées à elles-mêmes, aux prises avec les problèmes élémentaires du quotidien le plus rude. Elles observent avec tristesse et impuissance la frénésie accumulatrice d’une caste qui s’enrichit illicitement, cultive un entre-soi indécent et répond, quand on l’interpelle ou lui demande des comptes, par le mépris, la force ou, pire, l’indifférence. Une caste que rien ne semble plus pouvoir affecter, ni la misère sociale, ni sa propre misère morale : voilà le drame.
Aujourd’hui, comme hier, le langage, lieu primal de la lutte de la vérité contre le mensonge, demeure fondamental. La première des compromissions consiste à ne pas nommer ce qui est, à l’esquiver, à l’euphémiser, à le diluer par des tours de passe-passe sémantiques, ou à tout bonnement travestir la réalité. La première des oppressions qui nous est faite est d’avoir tenté par moult opérations de nous obliger à prendre le mensonge pour la vérité. Pour cela, l’appareil idéologique de l’État a tourné à plein régime en produisant des discours ayant pour objectif de voiler le réel.
Nous tenons à alerter à travers cette tribune sur l'usage excessif de la force dans la répression du soulèvement populaire en cours. Symbole de la violence de l’État contre la société, cette répression prend aujourd'hui une forme nouvelle et particulièrement inquiétante. Il s'agit, ni plus ni moins, de la "dé-républicanisation" des forces de défense et de sécurité auxquelles ont été intégrées des milices armées opérant au vu et au su de tous. En agissant de la sorte, le régime actuel est en train de faillir à son devoir de protéger le peuple sénégalais.
Une autre dimension de l’oppression est le gouvernement par la violence et la peur que le régime actuel a méthodiquement mis en œuvre depuis un certain temps. L’intimidation des voix dissidentes, la violence physique, la privation de liberté ont été une étape importante du saccage de nos acquis démocratiques.
Nous n’ignorions pas, après 1963, 1968, 1988, 1993, 2011 et 2021, que l’histoire politique du Sénégal charriait sa part obscure de violence. Mais de toutes les convulsions qui ont agité l’histoire moderne de notre pays, celle qui se déroule sous nos yeux nous semble être la plus simple à résoudre et, par ce fait même, la plus tragique en ses conséquences actuelles. Il suffirait qu’un homme dise : Je renonce à briguer un troisième mandat qui déshonorerait ma parole d’homme, mon pays et sa Constitution, pour que la colère qui s’exprime dans les rues sénégalaises en ce moment même, sans disparaître tout à fait, s’atténue. Cet homme, c’est le président de la République. Qu’il annonce que les articles L29, L30 et L57 du Code électoral seront révisés, que le parrainage sera aboli afin de rendre les élections inclusives et que tous les prisonniers politiques et d’opinion seront libérés pour que la tension baisse, et que la paix ait une chance de revenir.
La vague de violence qui secoue le Sénégal depuis plusieurs jours n’est pas seulement liée à une conjoncture politique passagère : elle est aussi structurelle, profonde, ancienne. Elle traverse tous les pans de la société sénégalaise, et traduit une foi perdue dans l’État de droit ainsi que le désir d’une plus grande justice (sociale), que garantirait un pacte démocratique renouvelé. Toute la question est de savoir si le pouvoir actuel a encore le temps, la latitude, la volonté de mettre un terme à une spirale de violence dont il nous semble qu’il est, tout compte fait, le principal responsable. La voie royale vers une paix durable est cependant dans la réhabilitation de la Justice et dans l’édification, cette fois-ci, d’une société véritablement démocratique. Il s’agira après la tempête, de refonder le pacte Républicain, de construire d’authentiques contre-pouvoirs, de reformer en profondeur nos Institutions, de sortir de notre hyper-présidentialisme afin de ne plus conférer à un seul individu un pouvoir sans limites et sans contrôle.
par l'éditorialiste de seneplus, pierre sané
L’APOLOGIE D’OUSMANE SONKO
EXCLUSIF SENEPLUS - Pastef est l’expression d’un refus de la perpétuation d’un système néocolonial et d’un État piégé dans le paradigme néolibéral, incapable de répondre aux aspirations légitimes des populations
Dans son Apologie de Socrate, (défense de Socrate), Platon nous relate la mise à mort de Socrate par les citoyens d’Athènes, ce qui en fait, était une tentative futile de mise à mort de la philosophie.
Lors de son fameux procès pour « corruption de la jeunesse », Socrate conclut son plaidoyer en disant (nous rapporte Platon) « c’est cela qui me fera condamner si vraiment je suis condamné : non pas Mélétos ni Anytos, (les 2 plaignants) mais la calomnie et l’envie du grand nombre, qui ont déjà fait condamner beaucoup d’autres hommes de bien et qui, je pense, en feront condamner encore ; il n’y a pas à craindre que cela s’arrête à moi. » Les défenseurs de la justice et de la vérité qui suivront Socrate sont donc prévenus…
Socrate termine après sa condamnation à mort en reprochant aux juges qui ont voté pour ladite sanction d'avoir ainsi négligé leurs responsabilités et ruiné la réputation de la cité. Puis il montre aux juges ce qu'il estime être la vérité : s'il a perdu le procès, ce n'est non pas la faute des actes qu'il a commis, mais bien la faute des juges qui ont voté pour le condamner, car ils n'ont pas su porter un jugement juste.
Si le procès de Socrate fut l’un des procès politiques les plus connus, 2 500 ans d’histoire moderne ont vu défiler nombre de grandes figures dans les prétoires. De Jésus Christ à Nelson Mandela, de Jeanne d’Arc aux procès de Moscou et de Dreyfus à Mamadou Dia.
Denis Salas dans son Histoire de la justice définit le procès politique comme « un procès criminel d’un adversaire politique pour des raisons politiques. Ajoutons, pour compléter le tableau, que le juge est sous contrôle, la procédure purement arbitraire, la punition quasi certaine. L’usage de la justice permet avant tout d’éliminer des rivaux par une sorte de pédagogie de l’effroi. C’est le cas dans la monarchie absolue, les empires et les régimes totalitaires. Tout souverain, pour conforter sa toute-puissance, peut faire appel à cette force d’élimination et de dissuasion. »
Quid du procès d’Ousmane Sonko ? Il coche toutes les cases de la définition ci-dessus.
Est-il besoin d’élaborer ?
Ousmane Sonko est attrait devant la barre pour répondre d’allégations de menaces de mort et de viols répétitifs, ce dont il est acquitté, puis, par un tour de passe-passe il est sanctionné pour un délit pour lequel il n’était pas poursuivi.
Où est l’enquête ? Où est l’instruction ? Où sont les preuves irréfutables ? Où est le débat contradictoire ? De plus, on organise sa non-comparution en le séquestrant chez lui et en ne lui faisant pas parvenir de convocation, tout ceci bien entendu pour priver ses avocats de leur droit de faire appel, en le rendant contumax par force.
Régime totalitaire ?
Bien entendu, mais il faut y ajouter un qualificatif qui est incontestablement la marque de fabrique du régime de Macky Sall : l’incompétence ! Même quand il s’agit de monter un complot et un procès qui au moins respecte les formes !
Et après ça les tenants du pouvoir ont le toupet de gémir, dès que la rue gronde :« État de droit ! » ou « force restera à la loi !» (À dire vrai à destination des investisseurs étrangers et autres agences de notation.) Car nous Sénégalais savons que les arrestations massives et illégales se multiplient, que les prisons sont pleines, que 16 morts ont été déjà décomptés au moment où j’écris ces lignes (3 juin 2023), l’internet bloqué, les plateformes digitales suspendues, des chaines de télévision privées de signal et que les militants et cadres de Pastef sont pourchassés.
Comment en est-on arrivés là ?
La réponse est à chercher dans cette terrible déclaration de Macky Sall qui marquera à jamais l’histoire de la démocratie sénégalaise : « Je réduirai l’opposition à sa plus simple expression. » (Déclaration infâme s’il en est surtout venant de la bouche d’un président d’une République démocratique). Voilà le programme politique que le président sénégalais Macky Sall avait dévoilé à ses concitoyens lors d’une conférence de presse à Kaffrine le 16 avril 2015. Ce jour-là Macky Sall avait rendu public sa détermination à mener une guerre sans merci contre la démocratie en dépit des dispositions constitutionnelles garantissant les droits de l’opposition.
Après s’être débarrassé de Karim Wade et de Khalifa Sall il pensait qu’Ousmane Sonko serait une proie facile et procédait promptement à sa radiation de la fonction publique et en orchestrant une campagne impitoyable de diabolisation (la calomnie mentionnée par Socrate) :
Salafiste, wahhabite, terroriste, sécessionniste, sexiste, ethniciste etc. Et j’en passe !
Campagne accompagnée de brimades de toutes sortes, de violences physiques, d’interdiction de sortie du territoire, de séquestrations, de complots, etc. pour aboutir à ce verdict honteux, déclencheur d’une colère populaire prévisible.
Or mille mensonges ne résistent pas à une vérité : Ousmane Sonko est aujourd’hui l’homme politique sénégalais le plus populaire, avec ses qualités et ses défauts (nul n’est parfait), incarnant les espoirs d’une génération de plus en plus impatiente et à la tête d’un parti symbole de la montée en puissance d’une classe moyenne patriote et en demande de ruptures. Pastef est l’expression d’un refus de la perpétuation d’un système néocolonial et d’un État piégé dans le paradigme néolibéral, incapable de répondre aux aspirations légitimes des populations. Pastef est aujourd’hui le parti le mieux organisé avec une direction collégiale compétente et déterminée et qui au fil de ses combats suscite un espoir qu’il serait dangereux de crucifier.
En vérité ce n’est pas Sonko qui dérange mais plutôt le programme de gouvernement du parti. Il suffit de lire Solutions le livre programme signé par Ousmane Sonko et nous invitant au débat autour d’un diagnostic sans concession de l’État, de l’économie et de la société et proposant des solutions de ruptures qui forcément inquiètent tous ceux qui bénéficient et abusent du statu quo.
En le lisant et le relisant, j’y ai décelé une réincarnation de la pensée et de l’action de Mamadou Dia. Oui, Pastef s’appuie sur notre passé politique pour nous proposer une sortie de l’impasse dans laquelle nous nous trouvons.
Oui Je suis Pastef. Oui je rejoins Pastef ce jour.
Quant à Macky Sall, il doit comprendre que le 3e mandat n’est pas un dû auquel il lui plairait de renoncer si on le lui demande « respectueusement ». Quelle arrogance ! Quelle cécité ! Il n’y a pas plus terrible fléau que l’injustice qui a les armes à la main.
Comme disait Platon dans Gorgias « le plus grand mal à part l’injustice serait que l’auteur de l’injustice ne paie pas la peine de sa faute »
Macky Sall devra être jugé d’une manière ou d’une autre et tôt ou tard !
Pierre Sané est ancien SG d’Amnesty International
par Nioxor Tine
RÉSISTER À L’INJUSTICE, NOTRE DEVOIR À TOUS
Les forces de défense et de sécurité semblent être infiltrées par des hommes-liges de l’autocrate en chef et des centaines de nervis hors de contrôle, disposant d’armes à feu, dont ils ont d’ailleurs fait usage contre des manifestants
Les émeutes meurtrières qui ont émaillé ce premier "week-end prolongé" de juin, ont été déclenchées par la lecture du verdict inique dans le procès de l’affaire Sweet Beauty. Similaires à celles de février-mars 2021, elles sont symboliques à plus d’un titre et riches d’enseignement. Elles étaient prévisibles et annoncées depuis plusieurs mois, au moins depuis le meeting de Keur Massar.
Droit à la résistance
Il est remarquable, à cet égard, que ces évènements surviennent, encore une fois, en cette saison printanière, qui tend, dans la symbolique politique, à être de plus en plus associée à la liberté, cette liberté que le pouvoir apériste n’a eu cesse de brimer, depuis son avènement malencontreux, il y a un peu plus de onze ans.
Cette révolte populaire est également survenue à la veille du premier anniversaire de la confirmation par le Conseil des "faux sages" de l’invalidation de la liste des titulaires de Benno, fait inédit dans l’histoire électorale mondiale et très révélateur du degré élevé d’animosité au sein de la classe politique sénégalaise.
Depuis lors et malgré le revers électoral cinglant qu’elle a subi lors des législatives du 31 juillet de l’année dernière, la coalition présidentielle a fait montre d’encore plus d’agressivité envers l’opposition, alors que les résultats du scrutin indiquaient plutôt d’aller vers le dialogue, à travers une concertation nationale délibérative.
Nous n’en voulons pour preuves que l’installation chaotique de la quatorzième législature et le blocage du fonctionnement du Parlement par son Président-marionnette, dévoué au clan présidentiel et illégitime, car ayant usurpé la station qui devait revenir à la tête de liste de Benno Bokk Yakaar.
Par ailleurs, la persécution judiciaire féroce, dont le leader du Pastef fait l’objet depuis des années, ainsi que la traque impitoyable des militants de son parti et l’interdiction de ses activités politiques (Nemeku Tour, caravane de la liberté…) laissaient augurer d’un clash aussi inévitable que salutaire.
C’est donc, en toute bonne conscience, que les militants du Pastef ont toujours revendiqué leur droit à la résistance, valable en tous lieux et en tout temps, mais encore davantage dans le cadre de régimes autoritaires comme le nôtre, peu soucieux des droits et libertés.
Enfin, ce soulèvement de la jeunesse, au lendemain de l’ouverture du pseudo-dialogue tardif de Benno (prétendument national), a le mérite de démasquer la fourberie du régime du président Macky Sall.
Préalables du dialogue non satisfaits
En effet, les résultats d’une concertation similaire organisée, quatre années auparavant, le 28 mai 2019, étaient très décevants et avaient clairement mis en évidence la boulimie de pouvoir, qui animait le clan présidentiel. De fait, il n’avait été noté aucune mesure forte en matière de réformes institutionnelles et de fiabilisation du processus électoral, alors qu’on venait de sortir d’élections très controversées et discriminatoires, du fait de l’éviction de plusieurs candidats soit par le parrainage, soit en utilisant le levier judiciaire.
On a plutôt observé des manœuvres politiciennes, notamment le débauchage de figures de proue de l’opposition, particulièrement le candidat arrivé deuxième aux dernièes présidentielles. Le remaniement de la Toussaint 2020 allait consacrer non seulement l’entrée de deux ministres du parti Rewmi dans le gouvernement, ainsi que la nomination de Mr Idrissa Seck à la présidence du C.E.S.E, mais aussi le limogeage simultané d’éminentes personnalités du parti au pouvoir.
Ces manœuvres tortueuses témoignaient déjà de cette volonté de confiscation du pouvoir par le président actuel, qui cherchait à affaiblir l’opposition, comme il se l’était toujours promis, dans le même temps, où il faisait le vide autour de lui, en écartant les personnalités potentiellement présidentiables de son camp.
Depuis lors, certains secteurs de la coalition présidentielle, surtout les militants de l’APR, organisent régulièrement des opérations téléguidées de soutien à la candidature de leur président à un troisième mandat illégal et illégitime. Or, il n’y a pas droit, non seulement, parce que depuis 2001, les dispositions de notre Constitution prévoient une limitation du nombre de mandats présidentiels à deux, mais aussi parce que M. Macky Sall lui-même a initié un référendum, en mars 2016, qui a confirmé cette disposition.
Et pourtant, il continue de tenir le peuple en haleine, en refusant de trancher la question et en faisant croire qu’il aurait le droit à un deuxième quinquennat, sollicitant même l’avis de juristes français proches des milieux d’extrême-droite.
Il est clair, que cette volonté de briguer un troisième mandat, ajoutée à une détermination à écarter le candidat de l’opposition le plus populaire des prochaines élections présidentielles, représentant le challenger le plus sérieux au prochain candidat de la majorité présidentielle contribuent à créer une atmosphère peu propice au dialogue.
C’est ce qui justifie un sursaut citoyen massif qui a abouti à la mise sur pied d’une plateforme des forces vives dénommée F24, pour s’opposer à la troisième candidature de M. Macky Sall et à l’instrumentalisation de la justice pour éliminer des candidats. En outre, elle exige la libération des centaines de détenus politiques et l’organisation d’élections transparentes et inclusives.
Curieusement, le régime de Benno Bokk Yakaar, qui prétend décrisper le climat politique a empêché à cette plateforme citoyenne poursuivant de nobles objectifs démocratiques, de tenir son dialogue du peuple, ce qui ne peut que vicier davantage l’atmosphère sociopolitique.
L’exacerbation de la crise politique sévissant dans notre pays depuis plusieurs mois, provoquée par le verdict de la parodie de procès sur l’affaire Sweet Beauty est en train de se manifester par un climat quasi-insurrectionnel, qui fait l’objet de déni de la part des autorités de notre pays.
Perversion du modèle démocratique sénégalais
Plusieurs observateurs évoquent, depuis des années, l’existence d’un projet autocratique élaboré par un clan centré sur le noyau constitué par la famille présidentielle.
Plusieurs faits objectifs semblent étayer cette assertion, comme des formes inédites de maintien de l’ordre, qui font penser à des dictatures sud-américaines ou plus près de nous, à des autocraties pétrolières d’Afrique centrale.
Les forces de défense et de sécurité semblent être infiltrées par des hommes-liges de l’autocrate en chef et des centaines de nervis hors de contrôle, disposant d’armes à feu, dont ils ont d’ailleurs fait usage contre des manifestants. A ce propos, on ne peut pas ne pas penser au contrat d’équipements militaires destinés au ministère de l’Environnement et qui avait été révélé par une enquête des journalistes de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project.
Autre décision caractéristique souvent prise par les régimes autoritaires en Afrique ou ailleurs, la coupure du signal internet, pour empêcher une coordination optimale des activités de résistance et gêner la collecte des informations sur les crimes et atteintes aux libertés et droits humains.
Face à ce qui est devenu une évidence, à savoir la mise sous le boisseau des normes démocratiques, certains membres de l’élite bien-pensante poussent des cris d’orfraie devant le soulèvement des jeunesses urbaines avec leurs regrettables dégâts collatéraux. Ils choisissent de se mettre à équidistance entre le bourreau et la victime, soit pour se positionner comme médiateurs ou pour délivrer, d’un ton docte, des sermons moralisateurs et démobilisateurs, ce qui est le plus sûr moyen de pérenniser l’injustice.
On a envie simplement de leur demander : où étiez-vous donc, ces onze dernières années ?
Où étiez-vous quand le président de la République jetait à la poubelle l’inestimable œuvre du vénérable Amadou Mahtar Mbow, synthèse des travaux de la Commission nationale de Réforme des Institutions et des Assises nationales ? Les conclusions et recommandations issues de ce processus participatif, ayant l’onction de larges secteurs populaires, devaient remédier à la mal-gouvernance ambiante, renforcer l’Etat de droit, approfondir la démocratie grâce à une séparation effective des pouvoirs et raffermir nos souverainetés économique et politique.
Bien au contraire, on a vu une évolution progressive du régime de Macky Sall, porte-étendard autoproclamé de valeurs démocratiques et républicaines vers une autocratie pétrolière, voire une dictature barbare et impitoyable.
C’est au peuple de trancher !
En disqualifiant le crime de viol, la magistrature couchée n’a fait qu’entériner le verdict populaire déjà arrêté, quelques jours après le début de la cabale de Sweet Beauty, quand le gynécologue et l’inspecteur chargé de l’enquête ont émis de sérieuses réserves face aux sornettes d’une soubrette aliénée, prête à pactiser avec le diable pour quelques centaines de dollars. Ces doutes sont devenus des quasi-certitudes, après les révélations officieuses d’un rapport occulte de la gendarmerie, qui aurait établi la réalité du complot contre le leader du Pastef.
Néanmoins, la jeunesse patriotique a su patienter jusqu’à la fin de la procédure pour laisser exploser son indignation et sa colère, qui a pu malheureusement donner lieu, çà et là à des actes de vandalisme n’épargnant pas leurs proches et parfois même autodestructeurs.
Mais ces actes regrettables sont infiniment moins dommageables à la communauté nationale que les pratiques de banditisme institutionnel et de prédation des ressources nationales auxquelles se livrent quotidiennement les délinquants à col blanc qui constituent le vivier naturel de la bourgeoisie bureaucratique.
Pour remettre la vie politique de notre pays sur les rails, il faudra trouver ou même inventer les moyens juridiques de réhabilitation du leader du Pastef, qui devra être libéré de toutes ces pièges judiciaires, que des ennemis politiques machiavéliques et une justice enchainée ont mis sur son chemin prometteur.
Il s’agira ensuite de capitaliser sur les grands moments de résistance que nous vivons actuellement, pour arracher au régime apériste agonisant et dénué de perspectives, des victoires décisives pour la restauration de nos valeurs démocratiques et la refondation institutionnelle.
Cela suppose que l’opposition politique et la société civile puissent canaliser et encadrer le mouvement spontané de résistance populaire contre la gouvernance autoritaire et arbitraire du pouvoir actuel, par l’organisation de véritables concertations nationales inspirées des Assises nationales.
Les préalables incontournables sont, comme stipulés dans les documents de F24, la renonciation de l’actuel chef de l’Etat à sa troisième candidature, la libération sans condition de tous les détenus politiques et la participation de tous les citoyens remplissant les conditions à des élections présidentielles transparentes et inclusives.
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IL Y A DES VALEURS UNIVERSELLES
POINT DE MIRE SENEPLUS - Dame Babou rejetette cette idée féodale qui consiste à vouloir tout ramener à des questions identitaires - Le terrorisme intellectuel religieux doit être contré dans ce pays
Il y a un peu plus d'un an, Dame Babou rejetais cette idée féodale qui consiste à vouloir tout ramener à des questions identitaires. Le terrorisme intellectuel religieux doit être contré dans ce pays.
Le journaliste et analyste politique mettait en lumière les dangers du sectarisme religieux qui prend de l'ampleur au Sénégal. Il metait également l'accent sur le fait que le gouvernement participe de facto à l'expensioins de ce terrorisme sectariste.
Aujourd'hui cette intervention de Dame Babou est bien d'actualité. Ecoutez le au micro d'Alassane Samba Diop