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5 avril 2025
Opinions
Par Dr. Adama Aly PAM & Gorgui Wade Ndoye
ALLONS-NOUS DEVENIR UN PAYS SANS MEMOIRE ?
Les évènements en cours dans notre pays sont d’une tristesse infinie. En plus des vies inutilement sacrifiées, nous assistons à la destruction des Archives ce qui est une atteinte au cœur de la nation sénégalaise.
Le Sénégal éternel, notre beau pays que nous désignons fièrement sous le nom de pays de la Teranga, notre Sunugaal offre aujourd’hui un visage balafré : le sang de nos enfants coule, nos universités sont fermées, des bibliothèques et archives incendiées, des biens publics et privés détruits, accès à Internet et aux réseaux sociaux limité ! Notre pirogue tangue dangereusement en eaux troubles. Cette terre qui nous a vu naitre et qui nous gardera dans ses entrailles pour l’éternité vit des moments très difficiles et il est de notre devoir à tous de tirer sur la sonnette d’alarme et d’appeler à la paix des esprits et des cœurs. Le devoir de notre génération est de transmettre aux générations à venir après nous d’un Sénégal de paix et de prospérité.
Les évènements en cours dans notre pays sont d’une tristesse infinie. En plus des vies inutilement sacrifiées, nous assistons à la destruction des Archives ce qui est une atteinte au cœur de la nation sénégalaise. Se relever après une perte totale de mémoire est une mission presque impossible. En effet, les Archives sont la mémoire des institutions et des peuples. Ces vieux papiers, conservés depuis longtemps par des générations de sénégalais, ne sont « pas que de vieux papiers, mais des vies d’hommes, de provinces et de peuples ». Les archives ne sont pas « d’immenses cimetières », mais des lieux où chacun peut retrouver la trace « des expériences, des aventures, des menaces et des drames » de la société. Elles sont indispensables à la « continuité de la conscience humaine », à la bonne gouvernance et à la continuité de l’action gouvernementale. Sans Archives, il ne saurait y avoir d’Etat moderne. Sans Archives il n’y a pas de planification, pas de reddition des comptes ni de capitalisation des expériences. L’étymologie du mot Archives du grec arkhè signifie à la fois le commandement et le commencement. On gouverne avec des Archives et on ne peut comprendre le passé qu’en ayant une lecture rétrospective des faits à travers les traces justifiant les prises de décision et des motivations des acteurs.
Voir les archives de la Faculté des Lettres de l’Université de Dakar, les pièces d’état civil conservées dans les mairies et les archives de beaucoup d’institutions publiques réduites en cendres est une image insoutenable et d’une tristesse infinie. Ce drame va coûter cher à plusieurs générations de sénégalais et d’Africains ayant fait leurs humanités à Dakar. La perte de 200 000 dossiers administratifs d’étudiants ayant fréquenté la Faculté des Lettres de 1957 à nos jours. Ces dossiers renseignent sur les parcours, les objets d’études entrepris par plusieurs générations d’étudiants. Ils gardent également la trace des procès-verbaux d’évaluation des travaux scientifiques dont certains sont signés de la main du professeur Cheikh Anta Diop. !
Cette perte sera lourde de conséquences. Beaucoup de diplômés de cette faculté payeront pendant longtemps les frais de ce drame. Dans le cadre des processus de recrutement, des Organisations internationales procèdent à la vérification des diplômes des candidats. Il sera désormais impossible de répondre à ces demandes et les candidats verront filer des opportunités. Par ailleurs, cette situation fera les beaux jours des faussaires et des détenteurs de faux diplômes qu’il sera désormais impossible d’authentifier. En plus des faux médecins, des faux pharmaciens, nous serons bientôt submergés par de faux diplômés de la Faculté des Lettres.
Il est urgent d’ériger les défenses de la paix par le dialogue dans l’esprit des Sénégalaises et des Sénégalais. “Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix”. Nous ne pouvons renier les principes fondamentaux de l’idéal démocratique si chèrement acquis par les luttes et les sacrifices de nos devanciers et de le substituer à la violence et à la destruction par le feu et par l’épée. La liberté et la paix fondées sur la conscience de soi sont ce que nous avons de plus cher.
La politique de réarmement moral et du désarment des esprits passe par la reconstruction de notre mémoire abimée et par le rapprochement des cœurs et des esprits. Il nous faut faire recours aux valeurs de Ngor, Jom, Kersa et de Teranga que nous ont laissé nos ancêtres.
L’Etat doit désormais donner aux institutions patrimoniales (Les Archives nationales & à la Bibliothèque nationale) les moyens nécessaires à la préservation et à la valorisation de la mémoire de la nation. Nous avons les moyens et les ressources humaines nécessaires pour relever ce défi avec les nouveaux outils technologiques de notre époque. Notre pays a formé depuis plus de 50 ans à l’Ecole de Bibliothécaires, Archivistes et Documentalistes (à quelques mètres du sinistre) plus de 5000 archivistes et bibliothécaires africains qui sont sur tous les continents, dans toutes les Organisations qui participent à la préservation et à la valorisation de la mémoire du monde.
Nous avions tous été heureux d’assister à l’acquisition et au retour des photographies de Serigne Touba Xadim Rasul au Sénégal. Cela a été possible parce que quelque part elles ont été protégées contre l’usure du temps et la folie des hommes. Tâchons d’être dignes de notre devoir de préserver les sources de notre glorieuse histoire et donnons-nous les moyens de transmettre à notre descendance nos archives et notre patrimoine. Ancrons notre action quotidienne dans l’amour et la paix de notre cher pays. Gardons-nous de vendre l’héritage que nous ont laissé nos parents pour ne pas compromettre notre présent et celui de l’avenir de nos enfants.
par Demba Moussa Dembélé
LE TEMPS DE LA TYRANNIE
Jamais les prisons sénégalaises n’ont été aussi pleines de prisonniers politiques. Résister pour le respect des libertés individuelles et collectives. Résister pour la restauration de l’Etat de droit
Le régime à l’agonie et ses mercenaires ont déclenché une campagne de terreur visant tous ceux qui s’opposent à la troisième candidature illégale et illégitime de Macky Sall et les membres du parti Pastef-les Patriotes dirigé par Ousmane Sonko. Cette campagne de terreur a entraîné un recul démocratique sans précédent et de graves violations des droits humains au Sénégal.
L’effondrement de l’Etat de droit
En février 2021, plus d’une centaine d’universitaires sénégalais avaient publié un document sur la crise de l’Etat de droit dans notre pays. C’est un fait que sous le régime actuel, la séparation des pouvoirs, qui est le fondement de l’Etat de droit, n’existe plus. L’exécutif, en l’occurrence le président de la République, a domestiqué les autres pouvoirs législatif et judiciaire. L’Assemblée nationale n’est qu’une simple chambre d’enregistrement des projets soumis par le Président et son gouvernement. Quand il ne peut plus la contrôler, comme c’est le cas présentement avec la poussée de l’opposition après les législatives de juillet 2022, il essaie de la paralyser Un fait dénoncé par les députés de l’opposition.
L’un des piliers de l’Etat de droit est la Justice. Les universitaires cités plus haut, soulignent que « l’Etat de droit exige la soumission totale de l’Etat au droit ». Ce qui veut dire que la Justice ne doit pas accepter d’être au service de l’Exécutif. Elle doit être indépendante et traiter tous les citoyens sur le même pied d’égalité. Ce faisant, elle consolide l’idéal démocratique et renforce la confiance des citoyens. Mais quand la Justice donne l’impression d’être au service de l’Exécutif, elle tend à perdre sa crédibilité et suscite la défiance des citoyens.
Sous le régime de Macky Sall, il y a eu des cas où la Justice a été instrumentalisée pour écarter des adversaires politiques. Khalifa Sall et Karim Wade en ont été les premières victimes. Ousmane Sonko risque de les rejoindre. Ses avocats et une grande partie de l’opinion disent que le verdict rendu le premier juin confirme la thèse du complot visant à l’écarter de la course à la présidentielle. Par ailleurs, le traitement inégal entre les citoyens proches de l’opposition et ceux du pouvoir renforce les soupçons de partialité de la Justice au sein de l’opinion. Les arrestations tous azimuts de militants ou sympathisants du parti de Ousmane Sonko semblent le confirmer.
Le Sénégal ; une prison à ciel ouvert.
Jamais les prisons sénégalaises n’ont été aussi pleines de prisonniers politiques. Pour un oui ou un non, les gens sont cueillis par la Police ou la Gendarmerie, parfois avec des méthodes indignes d’un pays qui se dit démocratique, et envoyés en prison pour plusieurs mois. Les journalistes ne sont pas épargnés. Papa Alé Niang était la première victime de cette répressive aveugle, Serigne Saliou Guèye, Pape Ndiaye et bien d’autres viennent allonger la liste. Les femmes journalistes ou non ne sont pas épargnées non plus. Même des femmes enceintes ont été envoyées en prison.
Les arrestations de journalistes traduisent un net recul de la liberté d’expression et celle de la presse. Cela a été confirmé par le mauvais classement du Sénégal récent de Reporters sans frontières (RSF).
Aujourd’hui, tous ceux qui s’opposent à la troisième candidature de Macky Sall ou soutiennent l’opposition sont en danger. C’est pourquoi le Sénégal est devenu une vaste prison à ciel ouvert. Il est l’un des pays africains ayant le plus grand nombre de prisonniers politiques. Une véritable honte pour notre pays !
Confronter la tyrannie
Les acquis démocratiques conquis de haute lutte et au prix d’innombrables sacrifices ont été perdus sous le régime actuel. L’obsession avec la troisième candidature illégale et immorale a entrainé la violation flagrante des principes les plus élémentaires de l’Etat de droit. La politique de terreur est en train de restreindre l’espace démocratique comme une peau de chagrin.
Mais aucun peuple ne peut accepter de courber l’échine face à la dictature. Face à la tyrannie, le peuple n’a d’autre choix que de résister. Résister pour défendre les acquis démocratiques en danger. Résister pour le respect des libertés individuelles et collectives. Résister pour la restauration de l’Etat de droit Face à l’injustice, c’est le droit inaliénable de tout peuple de défendre ses droits.
par Ass Malick Mbaye
DE L’OBLIGATION ET DE LA NÉCESSITÉ DE RÉSISTER JUSQU’AU BOUT
Macky Sall a l’ambition de fouler au pieds tout ce sacrifice et ces années de lutte et nous ramener à l’époque d’avant les indépendances
Le Sénégal est à la croisée des chemins. Le peuple est appelé à choisir entre la résistance à la tyrannie du régime de Macky Sall par devoir de préserver les acquis démocratiques et de maintenir la paix et la stabilité sociale dans notre pays ou l’abdication par peur qui découle d’une forte campagne d’intimidation par le même régime.
Dans la grande échelle des valeurs, le courage est supérieur à la peur et la lâcheté ! La Liberté est supérieure à la servitude. La dignité est supérieure à l’avilissement et à l’abaissement. Macky Sall et son régime ont fait le choix historique, délibéré de transformer le Sénégal d’un régime démocratique garantissant liberté d’expression et de mouvement, paix et stabilité à un régime autoritaire, dictatorial qui agit brutalement contre son peuple pour éliminer toute velléités d’opposition à leurs ambitions.
Macky Sall a été élu avec 65% des suffrages (1) en 2012 sur la base d’un programme dont quelques-uns des points saillants ont été les suivants :
La réduction du mandat présidentiel de 7 à 5 ans y compris celui pour lequel il a été élu. En avril 2012, à peine élu, lors de sa première adresse à la nation, il déclarait : “Déjà, comme vous le savez, j’ai décidé de ramener à 5 ans le mandat de 7 ans pour lequel je suis élu sous l’emprise de l’actuelle Constitution”
La limitation du mandat présidentiel á deux termes consécutifs. Il réitéra sa volonté de la réduction immédiate de son mandat. Le citant, il disait à l’époque : “Il faut qu’on comprenne, en Afrique aussi,qu’on est capable de donner la leçon, et que le pouvoir ce n’est pasune fin en soi”. Dans la même lancée il disait: “je tiens également àce que les dispositions constitutionnelles limitant l’élection duprésident de la République à un mandat de 5 ans, renouvelable uneseule fois, soient verrouillées, sans possibilité de modifications.” (2) (3)
La réduction des prix des denrées de premières nécessité
La mise en place d’un programme massif de 500.000 emplois à terme de son premier mandat de 7ans (extrait de son programme de campagne Yoonu Yokkuté - Le Chemin du veritable Développement)
Le respect et la séparation des pouvoirs et le renforcement des institutions
Un gouvernement sobre et vertueux: réduire le train de vie de l’Etat, maintenir le nombre de ministres à 25 maximum, assainir le budget de l’Etat, éviter la gabégie, etc. (3)
Que sont devenues ses promesses 11 années plus tard et à la veille de ce qui doit être son dernier mandat?
Sa promesse de réduire le mandat de 7 ans pour lequel il a été élu á 5 ans n’a jamais été tenue
Sa promesse de limitation du mandat présidentiel à deux termes
consécutifs est complètement oubliée. Il est entrain de manigancer pour faire un troisième mandat
Sa promesse de gouvernement sobre et vertueux avec un nombre limité de ministres et d’agents du gouvernement s’est révélé être un mensonge. La nomination sans limite de ministres conseillers et de ministres d’Etat sans portefeuille s’est établie comme pratique normale et banale. C’est d’autant plus grave que ces ministres conseillers sans portefeuille ont quasiment les mêmes avantages et privilèges que les ministres “normaux” en plein exercice! Ceci pèse énormément sur le budget déjà colossal de l’Etat et contredit ses ambitions d’assainissement budgétaire
Sa promesse de réduire le prix des denrées de premières nécessitée ne s’est pas réalisée. Jamais n’ont été les prix aussi élevés. Le pouvoir d’achat des sénégalais est largement affaibli, installant une précarité insoutenable chez la majorité des citoyens ! Ceci entraine de facto l’insécurité et la promiscuité en tout genre
La création de 500.000 emplois n’a pas eu lieu comme promis. En lieu et place la jeunesse est en train de vivre son pire cauchemar. Au moment où j’écris cet article (05.06.2023) on en est à 16 morts et 500 arrestations selon les sources officielles (6). La plupart de ces victimes sont dits être des jeunes (voire des mineurs selon certaines sources). Leur seul crime est de vouloir exprimer leur déception et manifester leur désir de changement et leur aspiration à un Sénégal plus juste !
A défaut de tenir ses promesses électorales, Macky Sall a enclenché une campagne d’intimidation et de séquestration jamais connue dans notre pays.
Ses opposants politiques et les membres de la société civile qui osent élever la voix contre ses dérives sont immédiatement arrêtés ou assignés à résidence avec la complicité de la justice qui s’est totalement mise au service du régime en place. Les preuves sont multiples et visibles à tous les niveaux.
A cela s’ajoutent les détournements de deniers publiques, malversations et corruption en tout genre par les membre de son gouvernement et de son clan.
J’en cite seulement quelques exemples ci-dessous :
Mamour Diallo, nommé par décret en 2015 directeur national des impôts et domaines a été accusé en 2018 par l’ex-inspecteur de la même organisation Ousmane Sonko pour des faits supposés de "transactions immobilières et de détournement de deniers publics" (TF 1451/R) portant sur un montant de 94 783 159 000 F Cfa.
Une commission d’enquête parlementaire dont les membres sont tous des militants de l’APR avait alors “blanchi” Diallo. Pourtant l’Office National de Lutte contre la Fraude et la Corruption cite l’affaire dans son rapport 2018-2022 (4)
Greenpeace Afrique cite le rapport de l’OFNAC, par rapport à la délivrance par le ministère des pêches et de l’économie maritime d’une lettre de garantie dite « promesse de licence de pêche » à des navires en phase de naturalisation. Pourtant, cette pratique n’est prévue, ni par la loi 2015-18 du 30 juin 2015 portant Code de la pêche maritime Sénégalaise, ni par une disposition réglementaire habilitant l’autorité concernée à procéder de la sorte (4)
Le maire de Sindia Thierno Diagne a été épinglé pour un détournement
de fonds publics d’un montant de cinquante-quatre millions de francs CFA, dans l’affaire de lotissement Sindia-Ndombo pour la Coopérative d’habitats SONATEL. Ceci est également cité dans le même rapport de
l’OFNAC
Les détournements des fonds COVID estimés à plusieurs milliards est le dernier d’une série de détournements de deniers publiques et autres faits de corruption perpétrés par le régime de Macky Sall. Aucune action n’a été prise jusqu’à ce jour, malgré les promesses du procureur de la République Amady Diouf (7)
Il s’y ajoute la présence vérifiée et confirmée de milices armés à qui on semble avoir donné l’ordre de tirer sur les populations civiles qui sont en train de manifester leurs désaccords conformément à la loi ! Il y a en ce moment quelques vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux qui confirment ces allégations. Il semblerait que le régime se serait préparé à toute éventualité qui pourrait aller jusqu’à une situation de guerre civile. Nous prions Allah de nous en préserver !
Le Sénégal malgré sa pauvreté, s’est toujours illustré par la maturité politique de ses citoyens qui ont toujours veillé minutieusement à préserver sa stabilité sociale. Macky Sall apparement a l’ambition de fouler au pieds tout ce sacrifice et ces années de lutte et nous ramener à l’époque d’avant les indépendances.
Nous nous devons de lui résister jusqu’au bout car s’il réussit, il plongera le Sénégal dans une période sombre de terreur. Nous nous devons de lui résister jusqu’au bout car il y va de notre liberté, notre bien-être et de l’avenir de nos enfants et petits-enfants.
Un Etat dans un mauvais Etat. Ce n’est plus une colère contre un régime ni un soutien à Sonko. C’est bien du grand banditisme. On pille des magasins de petite et grande surface. Comme des « baaraa gnind », on porte fièrement des sacs de riz volés
Un Etat dans un mauvais Etat. Ce n’est plus une colère contre un régime ni un soutien à Sonko. C’est bien du grand banditisme. On pille des magasins de petite et grande surface. Comme des « baaraa gnind », on porte fièrement des sacs de riz volés. Et certains en rient. On ose même penser affronter les machettes du foirail pour avoir son mouton. Ce ne sont que des moutons de panurge ! La meute qui profite des émeutes. Ainsi va le Sénégal qui commence à recevoir des messages de la communauté internationale jusque-là « réservés » à certains pays. La risée…
Par Malick GAYE
LA PAIX, LE DIALOGUE, LA RECONCILIATION ET LA STABILITE SOCIALE RESTENT UN IMPERATIF POUR LE SENEGAL
La paix est le chemin de l’espérance face aux obstacles et aux épreuves, elle est aussi un bien précieux, un objet pour l’espérance auquel aspire toute l’humanité.
La paix est le chemin de l’espérance face aux obstacles et aux épreuves, elle est aussi un bien précieux, un objet pour l’espérance auquel aspire toute l’humanité. Espérer la paix est un comportement humain qui renferme une tension existentielle ; c’est pourquoi même un présent parfois pénible « peut être vécu et accepté s’il conduit vers un terme et si nous pouvons être sûrs de ce terme, si ce terme est si grand qu’il peut justifier les efforts du chemin ». De cette façon, l’espérance pour la paix est la vertu qui nous met en chemin, qui nous donne des ailes pour aller de l’avant, même quand les obstacles semblent insurmontables.
Notre communauté humaine porte dans sa mémoire et dans sa chair les signes des conflits qui se sont succédé avec une capacité destructrice croissante, et qui ne cessent de frapper spécialement les plus pauvres et les plus faibles. Aussi, des nations entières peinent à se libérer des chaînes de l’exploitation et de la corruption, lesquelles alimentent haines et violences. Aujourd’hui encore, autant d’hommes et de femmes, d’enfants et de personnes âgées, sont niées face à la dignité, à l’intégrité physique, à la liberté, y compris religieuse, à la solidarité communautaire et à l’espérance en l’avenir. De nombreuses victimes innocentes portent sur elles le supplice de l’humiliation et de l’exclusion, du deuil et de l’injustice, voire même les traumatismes de l’acharnement systématique contre leur peuple et leurs proches.
Les terribles épreuves des conflits civils et internationaux, aggravées souvent par des violences sans aucune pitié, marquent pour longtemps le corps et l’âme de l’humanité. Tout conflit ou difficultés sociales, en réalité, est un fratricide qui détruit le projet même de la fraternité inscrit dans la vocation de la famille humaine.
Les problèmes d’ordres politiques économiques ou sociales, nous le savons bien, commencent souvent par l’intolérance à l’égard de la différence de l’autre, qui renforce le désir de possession et la volonté de domination. Elle naît, dans le cœur de l’homme, de l’égoïsme et de l’orgueil, de la haine qui pousse à détruire, à enfermer l’autre dans une vision négative, à l’exclure et à le faire disparaître. Les conflits internes sur le plan politique, économique ou social se nourrissent de la perversion des relations, d’ambitions hégémoniques, d’abus de pouvoir, de la peur de l’autre et de la différence perçue comme un obstacle ou comme une privation de liberté indispensable pour certaines couches.
Il est paradoxal, que « notre monde vit la perverse dichotomie de vouloir défendre et garantir la stabilité et la paix sur la base d’une fausse sécurité soutenue par une mentalité de crainte et de méfiance qui finit par envenimer les relations entre les peuples et les populations et empêcher tout dialogue possible. La paix et la stabilité internationales sont incompatibles avec toute tentative de construction sur la peur de la destruction réciproque ou sur une menace d’anéantissement total ; elles ne sont possibles qu’à partir d’une éthique globale de solidarité et de coopération au service d’un avenir façonné par l’interdépendance et la coresponsabilité au sein de toute la famille humaine d’aujourd’hui et de demain ».
Toute situation de menace alimente le manque de confiance et le repli sur soi. Le manque de confiance et la peur renforcent la fragilité des rapports et le risque de violence, dans un cercle vicieux qui ne conduira jamais à une relation de paix. En ce sens, la dissuasion reste une sécurité illusoire.
Dans un contexte de manifestation débordante pour notre pays le Sénégal, de troubles dans plusieurs sens sur le plan sécuritaire, avec des gaspillages et des pillages de biens appartenant à autrui, d’affrontement entre les forces de défenses et de sécurités et les manifestants, nous montre que notre responsabilité citoyenne nous interpelle à suggérer un trait d’union qui va incarner les possibilités de dialogues et de réconciliations entre le pouvoir et l’opposition mais aussi entre le pouvoir et une frange de la population surtout sa jeunesse pour un avenir meilleur car le Sénégal est et doit toujours rester un modèle de démocratie pour l’Afrique de l’ouest et pour le monde entier.
Il est tant que des personnes dignes de ce nom très crédibles et porteur de voix se lèvent portant et constituant un seul groupe, fort et unis, très objectif composées de toutes les couches sociales, civils, citoyennes, religieuses, culturelles, et professionnelles pour mener cette médiation entre les concernés et trouver une solution avec les acteurs en conflit pour sauver notre pays car il est temps de passer à la vitesse supérieure pour l’émergence de notre pays.
La responsabilité de tous étant interpellée, il est tant de s’unir pour la même cause car ayant un dénominateur commun qui est la victoire de notre chère pays le Sénégal.
La paix et la dignité naissent à l’instant où l’ambition et l’arrogance sont fossoyeurs, il y a des menaces de paix faisons le nécessaire pour l’éradiquer.
PAR AMADOU LAMINE SALL
NON MON PAYS N’EST PAS UN PAYS MORT !
Dans ce pays « chacun ici est un héros avant de naître » Tant qu’il y a le ciel il y a toujours l’espoir qu’un oiseau y passe….
Dans ce pays « chacun ici est un héros avant de naître »
Tant qu’il y a le ciel
il y a toujours l’espoir qu’un oiseau y passe….
C’est ce matin que je l’ai appris depuis Rabat la ville printanière…
Rabat est ensoleillé Dakar en deuil
et mon cœur est en larmes comme un glauque ciel d’hivernage…
Pourtant mon pays n’est pas un baobab nocturne
une herbe noire une fleur froide
un fruit anémique une terre agenouillée
Mon pays n’est pas une route coupée
une chaussée pourrie au ciel boueux
Mon pays n’est pas dans l’urgence des vautours
il est dans la foulée des tigres et le lion a encore la mâchoire qui brûle
et le ventre en flammes
Mon pays n’est pas un pays mort
mais elle est pourtant morte la mémoire jadis souriante
mort le sang dans la case des hommes venimeux
et le rêve de ceux qui ont cru dompter l’alphabet court nu dans les rues
et les enfants ne jettent même plus des pierres à ce lambeau de rêve…
Mon pays n’est mort que dans la hâte de ceux qui marchent avides
sur les chemins de mirages les yeux embués et l’horizon cupide…
Mon pays n’est mort que chez les fils de l’impatience
les fils malicieux de la politique
les sidéens du pouvoir dans
la malaria et le paludisme des urnes les fils arqués et maudits de la politique fétide
les bergers à venir mais si fatigués déjà comme
de vielles peugeot des années de jazz
Mon pays n’est mort que dans les rois asséchés et
les princes des oracles qui mûrissent le trône avant le maïs et l’arachide
les terrasses d’or avant la paille de chaume des toits du Sine des baraques et taudis des banlieux
la chaise de satin avant le tabouret de termitière…
Mon pays n’est mort que dans les fils surdoués des feux de
brousse qui dévorent jusqu’aux refuges des lépreux aux portails fastes
des banques…
Ce pays mon pays n’est mort que chez les morts d’avant les lampes
car elles arrivent elles arrivent les grandes lampes
arrivent les fauteuils de soie les canapés de laine dans les taudis de Pikine Guédiawaye Ganaw-Rail
arrivent les rideaux rouges et pourpres
arrivent les bronzes rares les toiles des enfants d’Oussouye
les livres des enfants du Fouta
arrivent les sourates les chants grégoriens les libations de Tivaoune Touba Yoff-Layène Médina-Baye Ndiassane…
arrivent les femmes les hommes d’un siècle nouveau
d’un temps d’espérance…
Mon pays n’est pas un pays mort
malgré les fourmis et les fatigues les cafards les sommeils lents les réveils taraudés
les souliers usés
les chaussettes frelatées soumises aux faims des rats les orteils au vent…
Mon pays n’est pas mort malgré les
journaux aux manchettes de fin du monde…
Mon pays n’est pas un pays mort
malgré les cuisines vides dans la solitude d’un oignon
d’une pomme de terre verdâtre comme d’un méchant quolibet…
Mon pays n’est pas un pays mort
une cargaison puante…
Mon pays est une marée haute d’épices et d’encens
il vit ce pays se tourne et se retourne et danse et pleure et chante
dans l’angoisse pourtant infinie que dorlote une foi infinie
que consolent une cloche un minaret le regard velouté d’une maman infinie…
Mon pays n’est pas un pays défunt
il ne porte comme la vie que les pas lourds d’un soldat endeuillé
d’un policier blessé
d’un enfant amputé
Mon pays comme la vie ne porte que
le sourire au gingembre
d’une femme que la beauté honore…
Il est bien debout mon pays grave beau et fort…
Mais il est vrai que les fleurs quoique belles meurent toujours un soir
ou est-ce un matin je ne sais plus…
mais reste toujours le parfum qu’elles ont laissé et puisse ce parfum habiter
la nostalgie des cœurs
irriguer le vertige
être le remontoir de nos vies
nourrir l’avenir sinon…
sinon elles seront vraiment mortes
pour toujours les fleurs que
l’on croyait immortelles
mortes pour rien
mort aussi le triomphe du jour de gloire et l’oubli monstrueux alors se lève tragique comme une tendresse décapitée
une malédiction brutale dressée comme une lance…
Mon pays n’est pas un pays mort
mon pays n’est pas un murmure
son peuple au front d’étoiles et à la bouche de sel
est un océan qui ne s’annonce plus
une mer haute féconde navigable
pour toutes les fraternités du monde…
Pourtant des enfants sont tombés sous des balles aux yeux clairs sans lunette des officiers sont tombés surpris par des balles traîtresses
c’etait en mai
c’était en juin
il faut vite en oublier l’année maudite…
Des femmes et des hommes sont rentrés à la maison et ont mis leur mémoire dans des tiroirs qu’ils n’ouvriront plus jamais…
Je voulais crier
mais ne pouvais pas crier…
je cherchais la Vérité parmi mille vérités et ne pouvais la trouver…
l’odeur de la bête pourrie était tenace
le vent de son chemin sûr
la boussole facile
mais pas une trace de la bête…
je cherchais où ranger ma colère
mais je n’avais plus en moi d’armoires vides…
J’ai prié alors Dieu de me parler pour trouver la juste voie entre le prince haletant le peuple en colère et les autres tous les autres ivres du trône infect…
Dieu m’a répondu qu’Il n’avait pas le temps qu’IL était en Ukraine
qu’IL ne trouvait pas d’hôtel
que la nuit tombait que des villes brûlaient qu’il était déjà minuit…
Je voulais crier
mais un poète ne crie pas il chante il chante… mais comment chanter la mort le sang…
Mon pays n’a pas autant pleuré depuis Jésus depuis Mohamed…
Je voulais crier
la démocratie me faisait signe d’une main amputée des quatre doigts
derrière une porte défoncée et des murs brûlés
elle avait les fesses dénudées le corps tremblant le visage démaquillé
mais les seins debout et ardents
chauds comme un bon pain un matin de froid glacial…
Elle me demandait un vêtement pour se couvrir
elle avait les pieds nus et gercés
elle m’empruntait des chaussures et moi il y a bien longtemps que
je ne portais même plus de chaussures
c’est la faim qui me préoccupait
le courage des ouvriers le cri des paysans et mon beau pays qui brûlait…
Des amis me suppliaient de dire à la démocratie
derrière cette porte défoncée que je ne pouvais rien pour elle
qu’il fallait plutôt attendre les juges
et les juges repassaient leur toges avec des feuilles d’or
et les rayons des lambris de leur palais leur servaient de fer à repasser…
Je voulais crier
mais je ne pouvais pas crier
alors pour crier j’ai fait ma valise
j’y ai rangé précieusement avec un gros rat noir et affamé
le livre de la Constitution
la liste des juges
la photo du bâtiment de la Cour Constitutionnelle
la photo du palais présidentiel et celle de l’Assemblée Nationale…
Quand j’arriverai je lirai ce qu’il en reste de la Constitution
de la liste des juges
de la photo du bâtiment de la Cour
du Palais
de l’Assemblée
peut-être alors je pourrais secourir la démocratie
cette femme nue
appelant au secours
derrière la porte défoncée aux murs soudain pailleté de pourpre…
Pourtant
puisse la pirogue rester la pirogue
le fleuve le fleuve
puisse le phare fidéliser le sommet des Mamelles
que la patrie dise la patrie le khalam le khalam
puisse ce peuple à tête de sourates et de psaumes ce peuple de foi glaneur de paix
renaître en fleurs
puisse-t’il ne pas fêler nos rêves
raréfier le pain le sel
retarder les aurores
Pour un jour
le Sénégal peut avoir peur
pour un jour
le Sénégal peut avoir honte
mais jamais ce pays ne périra
tant qu’il restera
quelque part un
bout de ciel
un lambeau de minaret le mirage d’une croix…
Et je suis parti
habiter le pays de la prière et du silence
ce pays des prophètes que j’aime…
Là-bas m’a-t-on dit il n’existe point de drapeaux rouges ni de chars ni de fusils ni de prisons rien que des jardins de Dieu…
Là-bas je pourrais crier sans que personne ne me fasse taire
brûler ma modeste
chaumière
faire mal à mes enfants chéris
couper le signal des libertés faire croire que la mort est un « ours qui danse »avec une jeunesse éméchée…
Pourtant
malgré les mots les cris les peurs la mort la douleur l’interrogation chacun sait ici pour quoi nous serons toujours vivants et
le Sénégal toujours vainqueur…
Demain
bien vite
reviendra le Soleil
il reviendra pour
avoir signé un
pacte sacré avec les ancêtres
pour que jamais le cercle de feu ne cerne la montagne
par Cheikh Ahmadou Bamba Ndiaye
MENSONGES À CIEL OUVERT
Le Sénégal doit reconnaître avec humilité qu’il n’a jamais été une démocratie, cette « vitrine » ou « exception africaine ». Notre façon de faire la politique est violente, bestiale, directement héritée de l’oppression coloniale
Il arrive un moment où un peuple doit faire son examen de conscience. Se dépouiller de toutes les apparences pour faire face à son visage.
Le Sénégal a atteint ce moment critique où, avec humilité, il doit reconnaître qu’il n’a jamais été une démocratie, cette « vitrine » ou « exception africaine ». Notre façon de faire la politique est violente, bestiale, directement héritée de l’oppression coloniale. L’État voit en ses citoyens des sujets, des proies. Toute opposition est une ennemie à abattre, une voix discordante « à réduire à sa plus simple expression ».
Léopold Sédar Senghor, que ses compatriotes français veulent nous ériger en modèle parce qu’il a perdu sa vie à les révérer, a infligé les pires traitements à ses opposants. Malgré ses airs de poète raffiné, il n’a pas hésité à priver Cheikh Anta Diop de sa vocation d’enseigner à l’université ni à emprisonner Mamadou Dia à Kédougou durant 12 ans (après une amnistie, puisque la condamnation était à vie). Dia, qui était pourtant l’alter ego de Senghor, a perdu la vue en prison. Aussi, les manifestations sous Senghor étaient couramment réprimées dans le sang : 40 morts officielles en 1963, après des élections où le candidat unique s’est fait élire à « 100% des voix » ; au moins 3 morts au mois de mai 1968 ; des cas réguliers de torture, notamment sur les élèves, les étudiants et les militants anti-impérialistes du Parti africain de l’indépendance et d’Ànd Jëf. Sans gêne, Senghor se défendait de la sorte durant ses 20 ans de règne : « Les manifestants ont attaqué la police. » Un prétexte, un mensonge, devenu le refrain de ses successeurs.
Abdou Diouf, plus brutal que Senghor, se fendra d’un « Force reste à la loi ». Les crimes non-élucidés sont légion durant ses 20 ans de règne également. Le directeur de la sécurité publique, le commissaire Sadibou Ndiaye, a été retrouvé mort en 1987 au sortir d’une réunion avec le secrétaire général de la présidence Jean Colin, en marge de la suspension de toute la police nationale (6 665 policiers au total) suivie de la radiation de 1 265 policiers. En mai 1993, c’est au tour de maître Babacar Sèye, vice-président du Conseil constitutionnel, d’être assassiné (criblé de balles dans sa voiture) au lendemain des élections présidentielle et législatives. D’innombrables cas de tortures et d’exécutions extrajudiciaires dans le conflit en Casamance (né en décembre 1982) ont également été enregistrés, surtout à partir de 1990, année de naissance de la lutte armée par le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc). Enfin, l’opposant Wade sous Abdou Diouf était un locataire régulier de la prison. Il s’y était réveillé au lendemain des élections de 1988, marquées par des fraudes massives. Abdou Diouf avait alors décrété l’état d’urgence et s’était employé à traquer ses opposants durant trois années de crise.
Malheureusement, ce même Abdoulaye Wade a fait de la prison un passage obligé pour ses propres opposants, dont son ancien Premier ministre Idrissa Seck. Pis, celui qui a fêté ses 97 ans il y a quelques jours, a donné naissance à Macky Sall qui, selon moi, est le pire de tous nos présidents.
Laissons les faits parler d’eux-mêmes.
Contrairement à Senghor, Macky Sall n’a pas eu le malheur d’être élevé sous l’ère coloniale. D’une famille modeste (avec un père gardien et une mère vendeuse de cacahuètes, devant lui permettre de mieux comprendre la réalité du pays), il est né dans un Sénégal indépendant, où il a effectué presque toute sa scolarité. À l’image d’Abdou Diouf, il a eu le privilège d’occuper plusieurs hautes fonctions avant d’accéder à la magistrature suprême. Tour à tour, Macky Sall aura été : ministre de l’Énergie, ministre de l’Intérieur, Premier ministre, président de l’Assemblée nationale. Normalement, il est difficile d’avoir une meilleure préparation.
Mais les atouts gâchés de Macky Sall ne s’arrêtent pas là. Le contexte de son élection à la tête du pays en 2012 en a fait un homme censé ouvrir une nouvelle ère pour notre Nation. Après les manœuvres constitutionnelles de maître Wade, hélas cautionnées par un Conseil constitutionnel qui ne s’est toujours pas remis de sa décision, le Sénégal a sanctionné Wade par les urnes. Après avoir enterré au moins 6 morts lors des manifestations contre son troisième mandat. C’est au prix de ces sacrifices ultimes que Macky Sall est devenu président de la République. C’est pour que le Sénégal ne soit la propriété d’aucune personne, d’aucune famille, d’aucune coalition, que nous l’avons élu. C’est pour que nos droits fondamentaux soient respectés que nous nous sommes battus.
À l’époque, Macky Sall a juré être conscient de tout cela : « Je serai le président de tous les Sénégalais (…) L’ampleur de cette victoire aux allures de plébiscite exprime l’immensité des attentes de la population, j’en prends toute la mesure. » Puis, il s’est mis à faire tout le contraire. Dans une constance inouïe, n’ayant de nom que le mépris.
En mars 2016, Macky Sall a proposé aux Sénégalais un référendum à 15 points. Habituellement organisé autour d’un seul point, sous forme de question fermée (oui ou non), un référendum est en soi un exercice politique compliqué dans la vie nationale. L’organiser autour de 15 points, tout en étant conscient que le taux d’analphabétisme est de 54,6% et que 70% de la population ne parlent pas la langue officielle, relève d’un esprit trompeur. Dépeçant sa réforme constitutionnelle, Macky Sall se réfugie derrière le Conseil constitutionnel pour se dérober à son engagement, pris en février 2012 et maintes fois réitéré à travers le monde, de faire un mandat de 5 ans au lieu d’un mandat de 7 ans. En mars 2015, exactement un an avant son revirement, il s’adressait ainsi aux média nationaux et internationaux : « Avez-vous déjà vu un président réduire son mandat ? Moi, je vais le faire (…) Les gens doivent voir qu'en Afrique nous sommes capables de donner l'exemple pour montrer que le pouvoir n'est pas une fin en soi. »
En faisant campagne pour son référendum de 2016, Macky Sall a fait le tour du pays en martelant un nouvel engagement. Jamais, au grand jamais, la réforme constitutionnelle n’allait lui permettre d’envisager un troisième mandat. En 2017, voici les propos qu’il a tenus au Burkina Faso, pays qui venait de chasser le dictateur Blaise Compaoré du pouvoir : « Je suis à mon premier mandat qui finira en mars 2019. Nous avons, il y a un an, engagé une réforme majeure de la Constitution par voie référendaire pour justement arrêter le débat. » Il les réitérera en 2019, dans sa biographie publiée pour la campagne présidentielle : « Et me voici de nouveau devant vous en vue de solliciter votre confiance pour un second et dernier mandat. » Ce même homme, dont la parole est censée être la plus crédible de tout le pays, est en train de se dédire, comme l’avait fait Abdoulaye Wade. S’adressant au journal français L’Express en mars 2023, il affirme avoir reçu la garantie du Conseil constitutionnel que son premier mandat était « hors de portée » de la réforme constitutionnelle de 2016. Autrement dit, son premier mandat ne compte pas.
Seulement, le reniement de Macky Sall est encore plus tragique. Interpellé sur la question, dans un débat qui n’aurait jamais dû avoir lieu une nouvelle fois au Sénégal, Macky Sall a eu recours, le 31 décembre 2019, au « ni oui, ni non ». À moins d’un an de la prochaine présidentielle, il estime, à ce jour, n’avoir aucun compte à rendre à la Nation sur ce sujet. Il nous fait comprendre que sa volonté de simple élu prime sur la Constitution et que ses dernières envies priment également sur sa parole donnée : « Sur le plan juridique, le débat est tranché depuis longtemps. Maintenant, dois-je me porter candidat pour un troisième mandat ou non ? C’est un débat politique, je l’admets. Je n’ai pas encore apporté ma réponse. J’ai un agenda, un travail à faire. Le moment venu, je ferai savoir ma position, d’abord à mes partisans, ensuite à la population sénégalaise. » À un moment, il a menacé de sanctionner tout membre de son parti qui parlerait de troisième mandat. En octobre 2019, Sory Kaba, alors directeur général des Sénégalais de l’extérieur, a été le premier démis de ses fonctions pour avoir tenu ces propos sur RFM : « Notre Constitution oblige le président de la République à ne pouvoir faire que deux mandats. Ce qui est clair, il est dans le dernier mandat et la Constitution lui interdit d’en faire un troisième. » Par la suite, ses ministres, professeurs, camarades de parti, ont continué à parler du sujet, sans être inquiétés. La raison se trouve dans leurs propos ci-dessous.
Doutant de la pertinence de la limitation des mandats, Mahammed Boun Abdallah Dionne, ancien Premier ministre de Macky Sall, avancera : « Les pays où il n’y a pas de limitations sont beaucoup plus nombreux que les pays où au niveau de l’exécutif il y a une limitation. » Sans surprise, l’argument est faux. Néanmoins, il est conforté par le ministre d’État Mbaye Ndiaye : « Aucune loi n’interdit au président Macky Sall d’être candidat à la prochaine élection présidentielle. Le mandat de 5 ans est le premier par rapport à la limitation constitutionnelle des mandats. Par conséquent, rien ne s’oppose à ce que Macky Sall se présente, s’il le veut, à la présidentielle de 2024. » Racine Talla, directeur général de la télévision nationale, ira plus loin : « Si Macky cherche à renoncer au troisième mandat, nous allons lui tordre le bras. »
Ce 31 mai 2023, voulant se croire au faîte de son pouvoir, Macky Sall a lâché à la figure des Sénégalais ces mots : « Si vous ne voulez pas que je me présente à un troisième mandat, il faut me le demander, avec la manière. » Par « demander », il faut entendre « quémander ».
Ainsi parle et gouverne Macky Sall, enfermé dans une logique permanente de démonstration de force. À l’heure où s’inscrivent ces lignes, plus de 500 personnes (activistes, anonymes, médecins, militants, journalistes, politiques…) croupissent en prison. Comme Senghor avant lui, il sait humilier ses opposants en les dépossédant de ce qu’ils ont de plus intime : leurs vocations respectives. Ousmane Sonko est chassé des impôts et domaines. Capitaine Oumar Touré est radié de la gendarmerie. Serigne Saliou Gueye est enfermé et accusé d’usurper la fonction de journaliste ; lui qui a été journaliste durant plus de 20 ans.
À raison, les Sénégalais ne croient pas aujourd’hui à la justice de leur pays. Celle-ci a été utilisée pour broyer les opposants Khalifa Sall et Karim Wade (que je n’essaie d’absoudre), tandis qu’au même moment, Macky Sall se vantait en août 2014 devant Jeune Afrique : «Vous serez surpris par le nombre de dossiers auxquels je n'ai pas donné suite. » Après nous avoir fait perdre 7 ans pour soit disant traquer les milliards mal acquis par Karim Wade, après nous avoir fait perdre beaucoup d’argent avec de multiples commissions rogatoires, après avoir jeté à la poubelle l’arrêt de la Cour de justice de la Cédéao du 22 février 2013 et les constations du Comité des droits de l’Homme de l’ONU du 8 novembre 2018 jugeant la présomption d’innocence de Wade fils et son droit à un procès équitable violés, Macky Sall a libéré son détenu, dans des conditions opaques. Aucune explication ne nous a été fournie : tout ce que nous savons est que Karim Wade est en exil au Qatar depuis sa libération. Inéligibles, Karim Wade et Khalifa Sall n’ont pu prendre part à la dernière présidentielle de 2019. Sans l’onction de Macky Sall, ils sont condamnés à rester spectateurs à la présidentielle de février 2024.
Cette façon de vaincre sans les règles de l’art est devenue une inélégance systémique ces dernières années. Tout le monde savait que le nom d’Ousmane Sonko, principal opposant dans le pays, était sur le tableau de chasse de Macky Sall. Personne n’osait imaginer que pour l’abattre, une histoire mal inspirée de « viols répétés avec menaces de mort » allait être répandue dans le pays. Durant deux longues années, avec l’appui des médias d’État et des médias occidentaux, plumes empoisonnées de l’impérialisme, son nom a été souillé. Alors même que l’officier en charge de l’enquête a déclaré que son procès-verbal a été modifié, sur demande du procureur, et qu’il a fait l’objet de pressions de sa hiérarchie. Alors même que le pays a attendu tout ce temps la naissance de l’enfant qu’à plusieurs reprises la plaignante a dit porter. Alors même que l’immunité du député Ousmane Sonko a été levée dans une précipitation douteuse (en 15 jours contre deux mois attendus quand il s’est agi de lever l’immunité des députés El Hadji Mamadou Sall et Boubacar Biaye, membres du parti présidentiel, impliqués dans une affaire de trafic de passeports diplomatiques). Alors même que ses manifestations politiques étaient régulièrement interdites. Alors même que les forces de l’ordre ont maintes fois arrêté l’opposant, disparu avec lui dans la nature, avant de l’assigner en résidence surveillée tandis que ses avocats se faisaient gazer. Alors même qu’il avait déjà été accusé d’intégriste, de terroriste, de rebelle…
Tout cela s’est passé au Sénégal, où dans un équilibrisme coupable, l’on a voulu mettre Macky Sall, le détracteur, et Ousmane Sonko, le persécuté, dans le même panier. Pis, des esprits se prétendant « régaliens », « légalistes », silencieux devant les supplices infligés à l’opposant, se sont plu à lui reprocher de ne pas s’être présenté à une justice de laquelle il a eu toutes les raisons de douter. Sans défense, Ousmane Sonko a été acquitté des grotesques accusations de « viols répétés et menaces de mort », mais a quand même été condamné à deux ans de prison ferme pour « corruption de la jeunesse ». Condamnation suffisante pour le rendre, lui aussi, inéligible à la prochaine présidentielle de 2024.
Plus que le temps, ce sont des vies et de la dignité humaines que le Sénégal a perdues ces dernières années. Trop de vies humaines. 29 depuis le début de cette seule affaire de « viols ». Chaque corps de citoyen gisant sur Internet ou ramassé dans la rue désacralise la vie et nous fait régresser de plusieurs millénaires. Chaque homme de tenue qui brutalise son compatriote, ou prend la fuite sous la pluie des cailloux, fissure notre contrat social. Chaque adulte, politique ou dignitaire religieux, qui prend la parole pour faire les louanges de Macky Sall ou lui conseiller d’envoyer « des coups » ou « l’artillerie nationale » à Ousmane Sonko trahit notre contrat intergénérationnel. Dans un pays, un continent, où on assimile l’âge au respect et à la dignité, il a été violent, triste, de constater que ceux censés « guider » la Nation sont les plus prêts à la faire exploser.
En attendant que nous enterrions nos morts, Macky Sall se met en scène dans un énième « dialogue national » organisé pour isoler Ousmane Sonko et sauver les apparences vis-à-vis de ses interlocuteurs internationaux. Notons que la moyenne d’âge des 6 premières personnes à s’exprimer est de 61 ans et que Macky Sall s’est contenté d’ouvrir les « échanges », se faisant représenter par Moustapha Niasse pour la suite. Le ministre de l’Intérieur, lui, devra être en train de chercher les motifs des décès lors des manifestations. Le 16 mai dernier, il a affirmé que Pape Amadou Keïta est mort d’une blessure à l’arme blanche, tout en insinuant que les manifestations « sont souvent le terrain de prédilection d’individus malveillants qui en profitent pour commettre des agressions… » Quelques heures plus tard, l’autopsie réalisée à l’hôpital Idrissa Pouye de Grand Yoff constatait une mort causée par un « projectile ayant complètement traversé ». Comment être étonné de retrouver le faux dans les déclarations d’un ministre sénégalais ? En mars 2021, sur France 24, Malick Sall, ministre de la Justice, n’avait-il pas osé dire à la face du monde que « ce sont des lutteurs privés de leur passion qui ont manifesté dans les rues de Dakar » ?
Plus que les lutteurs, les « étrangers » sont régulièrement pointés du doigt par le gouvernement. « En tout état de cause (…), assure le ministre de l’Intérieur, il y a de l’influence étrangère. » Même son de cloche chez le directeur de la sécurité publique Ibrahima Diop et chez le ministre du Tourisme et des Loisirs Mame Mbaye Niang. Ce dernier s’enflammera : « Je ne parle pas de ces scènes de pillages ni de cette racaille et de certains serpents qui viennent de l’étranger pour déstabiliser notre pays. Eux, ils doivent être combattus par la nation tout entière et particulièrement la jeunesse de notre pays. » Ils sont les dignes héritiers de Senghor qui, en 1963, avait juré que les violences dans les manifestations étaient l’œuvre « des chômeurs, dont la plupart n’étaient pas des Sénégalais. »
Mais une équation impossible à résoudre attend Macky Sall et son ministre de l’Intérieur : comment organiser au Sénégal une élection présidentielle crédible à laquelle Ousmane Sonko ne participerait pas ? Cet opposant a le droit de soumettre sa candidature aux Sénégalais. C’est à nous, citoyens, électeurs, qu’il revient la prérogative de sanctionner sa candidature, positivement ou négativement, selon le niveau de confiance de chacun. Ce n’est ni le travail de Macky Sall ni celui de sa justice que de trier ou de présélectionner les candidats pour nous. Malgré toutes les déceptions que symbolise Macky Sall, nous l’avons enduré. Nous avons suffisamment été dignes pour le laisser finir ses mandats. À présent, qu’il fasse ses valises et nous laisse pour de bon. Nous avons un pays devenu fou : où la police se sert d’un enfant comme bouclier humain. Nous avons un pays en lambeaux : avec la promotion d’insulteurs publics et d’individus épinglés par l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption ; avec l’inflation à 11% et le coût du loyer à Dakar ayant augmenté de 200% en huit ans ; avec 4 départements vivant actuellement dans l’insécurité alimentaire ; avec un taux de chômage estimé à 22,9% au dernier trimestre de 2022 selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie ; avec 90% des travailleurs sans protection sociale. Nous avons un pays assisté : empoisonné à l’aide internationale et pendu aux bottes de la France, si bien que, le 9 janvier 2022, nous n’avons pas eu honte de nous mettre dans ses rangs pour asphyxier le Mali frère. Bref, nous avons un pays à construire.
Dans la construction de ce Sénégal, il n’est pas question d’accorder une confiance aveugle à qui que ce soit. Les aspirations de notre Nation sont notre unique lanterne ; ses échecs, nos seules blessures ; et sa détermination à mieux vivre, notre seule force. Si élu, Ousmane Sonko se transforme en une déception, devient Macky Sall, il trouvera sur son chemin notre Nation. Immortel, le Sénégal le restera jusqu’au Jour du Jugement dernier.
PAR A.M.S
LA PRÉSIDENTIELLE 2024, SEULE ESPÉRANCE DE CETTE JEUNESSE QUE NOUS AVONS CORROMPUE
ce système ou l’ascenseur social est en panne et maintenu au sous-sol, corrompt chaque jour notre jeunesse et ne nous différencie aucunément du colon oppresseur
Il est tellement triste de le reconnaitre, mais, il est encore bien plus dur de le dire ; pire encore de l’écrire quand on connait le poids du masslaa et du sou toura dans notre culture !
Oui notre jeunesse est de plus en plus corrompue et utilisée par ses ainés, ses parents, ses grands parents de tous bords politiques et surtout des classes économiques supérieures. Nous sommes tous coupables de cette même peine de 2 ans fermes d’emprisonnement pour les faits de corruption de la jeunesse. Nous nous le tenons pour dit dorénavant, la justice de ce pays n’a pas besoin de retenir ce délit comme chef d’accusation pour nous en condamner.
On serait même tenté de dire « alhamdoulilah » si dans la réalité, stopper cette corruption de la jeunesse qui insidieusement mais surement ne lui laisse aucune porte de sortie ni chance de salut, était le but de ce procès de la honte. Mais malheureusement, cette jeunesse est loin d’être le souci de ceux qui ont plaidé, ou requis la peine, ou donné le verdict, ou influencé le procès. Cette jeunesse, et bravo à nos enfants, elle a bien compris que le condamné pour corruption de la jeunesse n’est pas celui à qui elle doit sa situation de précarité et de désespoir. Et nous nous devons d’entendre l’expression sans équivoque de son désaccord avec ce verdict rendu par la justice sénégalaise et qui en ce 1er juin 2023 a fait dégrader la note AAA du Sénégal en matière de démocratie et de justice.
Ces jeunes ont en effet bien compris pourquoi ils n’y arrivent pas.
Ma bouteille à la mer lors des élections législatives semble s’être perdue et n’avoir jamais atteint le destinataire tellement la belle mer dakaroise a été polluée par nos misères morales, nos valeurs travesties, et toutes les autres formes de pollution physiques que nous ne cessons de lui jeter et ensuite tenter de la parer d’aménagements budgétivores en guise de ravalement de façade. Nous essayons ainsi de mieux cacher la misère de ces jeunes qui tous les jours en vagues matinales, ou au crépuscule, se rendent sur les plages pratiquer du sport ; suppliant ainsi notre cher mer d’apaiser leur désespoir ou à défaut de faire d’eux le prochain Sadio Mané.
Dans cette bouteille j’implorais une relecture de la situation sociale et économique de notre pays et sollicitais une meilleure prise en compte des demandes de notre jeunesse afin que nous n’arrivions pas à une révolte populaire. Je titrais que la cohabitation politique serait la seule alternative pour apaiser une jeunesse impatiente d’attendre février 2024. J’avais à ce moment-là, largement sous-estimer la remarquable faculté de prestidigitation qui a conduit à la majorité à une voix, assurant ainsi à la coalition présidentielle le perchoir. Mais montrant clairement à qui ne l’avait pas encore compris que tout ne tenait plus qu’à un fil.
C’est donc dans une incertitude totale que ce feuilleton de l’élection législative s’est terminé par la démission du parti de sa cheffe de file dans la campagne pour la majorité parlementaire. Episode qui au demeurant n’est toujours pas clos, mais ceci n’est pas notre sujet aujourd’hui.
Aujourd’hui nous traitons de corruption de la jeunesse, cette jeunesse victime du système et qui a perdu tout espoir de se voir gravir les marches sociales parce que retenue au niveau le plus bas. Elle se heurte à ce plafond de verre d’une épaisseur telle que toutes les pierres jetées ne peuvent briser, qu’aucune marche pacifique ne peut repousser et que seuls ceux d’en haut peuvent décondamner. Ceux d’en haut, dans un pays en voie de développement c’est le gouvernement et son chef essentiellement, mais c’est aussi tous ces acteurs du système qui sont complices par leur silence et par l’appât des contrats juteux qui leur permettent de faire partie du Sénégal d’en haut sans être « haut fonctionnaire » ou « politicien de carrière ».
Oui nous devons oser le dire et l’assumer, nos jeunes ont compris le système et en sont corrompus bien plus qu’on ne le croit. Ils savent que pour devenir riche dans ce pays, il faut dans la majorité des cas être coupable de détournement de deniers publics ou arroser fortement pour qu’on ne t’asphyxie pas avec un redressement fiscal. Ils ont compris que si leur papa ou maman ou oncle ou tante n'est pas haut placé alors ils doivent finir major de promotion pour prétendre à un emploi décent et même avec cette grande prouesse, ils vont finir sous les ordres de la fille ou du fils à papa jadis pas dut tout brillant à l’école. Tous les autres n’ayant pas été primés au concours général, viendront, pour les plus chanceux, gonfler les rangs de la classe moyenne en cours de paupérisation qui ne cesse de s’agrandir au Sénégal.
Cette classe des « moins pauvres » donc, ne peut se payer d’autre logement qu’un appart construit sur le toit de la maison familiale ou un modeste logement social de 3 pièces sur une demie parcelle de 150m2, au beau milieu de nulle part dans la banlieue dakaroise sans route ni éclairage. Elle va se découvrir victime d’un promoteur aux bras longs à qui jamais on imposera un minimum de viabilisation et qui les lâchera seuls face aux inondations et autres soucis d’assainissement en toute impunité au vu et au su de toutes les autorités responsables !
Si d’aventure cela peut rassurer la classe moyenne, le Sénégal d’en haut ; est maintenant lui aussi victime d’escroquerie immobilière et foncière par les plus haut positionnés et se retrouve aussi bâillonné car victime consciente et consentante du système, comme dirait l’autre, le voleur volé.
Ceux parmi ces jeunes qui légitimement aspirent à quitter leur petit appartement mal éclairé et bruyant pour vivre dans les quartiers huppés de la corniche ou dans un bel appart au plateau ou ailleurs, se voient avec pour seule alternative l’entrée en politique ou la pratique d’activités illégales capables de leur faire gagner de l’argent rapide tel le loto et autres nombreux bets qui corrompent de plus en plus de jeunes. Oui ce système ou l’ascenseur social est en panne et maintenu au sous-sol, corrompt chaque jour notre jeunesse et ne nous différencie aucunément du colon oppresseur. Bien au contraire nous confirmons encore une fois cette bien triste réalité qui est que le peuple sénégalais a tout simplement changé de bourreau mais n’a pas encore obtenu la pleine jouissance de ses ressources naturelles.
Ce pétrole et ce gaz qui redonnent l’espoir à notre jeunesse
Oui c’est bien de cela qu’il s’agit, de nos ressources naturelles exploitées depuis toujours par une minorité puissante au détriment de la grande majorité pauvre. Et ce n’est pas parce qu’elle est locale, qu’elle est plus légitime à se garder la plus grande part et jeter des miettes au peuple qui croule sous le poids des grosses factures énergétiques, du loyer exorbitant et du panier de la ménagère devenu hors de prix. Bien évidemment nul n’ignore que les ficelles sont tirées de l’occident en général et de la France en particulier, qui on l’a tous compris essaie de ne pas perdre sa place de partenaire privilégié du pays et non d’un individu. Là non plus n’est pas le sujet du jour.
Nous allons donc revenir sur cette jeunesse corrompue qui exige une justice dans le partage des revenus du pétrole et du gaz que tout sénégalais qui sait lire a pu estimer et en apprécier l’abondance à travers les nombreux articles de presse en ligne sur le sujet. Cette jeunesse voit aisément, les nominations partisanes, par alliance ou familiales qui se font autour de cette découverte souterraine sensée changer leurs vies. Ce pétrole et ce gaz, sont l’espoir de cette jeunesse, ils arrivent comme une perche envoyée par le bon Dieu pour les libérer de cette misère dont ils pensaient que seules les pirogues pour Lampedusa auraient pu les sortir. Cet espoir venu du ciel, ils ne le confieront qu’à quelqu’un qui a gagné leur confiance. Quelqu’un qui ne nommera pas un proche à la présidence de la société nationale de pétrole fut il le meilleur dans le domaine parce que c’est anti déontologique et
que ça renvoie un mauvais signal.
Ces richesses de notre sous-sol sensées nous sortir de la pauvreté, cette jeunesse, veut et va se battre pour que le partage ne soit pas selon la loi Pareto des 80/20 qui dans son hideuse interprétation capitaliste attribue à la minorité des 20%, environ 80% des richesses. Cette loi Pareto, la jeunesse ne compte la laisser triompher encore cette fois et est déterminée à faire ce qu’elle peut avec ses moyens. Ce sont malheureusement la protestation et les manifestations violentes, qu’elle oppose au silence de leurs parents et ainés préoccupés par la dépense quotidienne dans ce combat effectivement sans sursis.
Nous avons tous, sans exception, été condamnés à perpétuité dans cette prison du stress économique où la vie chère nous consume à petit feu. Déguisée en cancers divers ou autres maladies chroniques comme le diabète ou l’hypertension artérielle si ce n’est le malaise cardiaque, et tout ceci, dans une précarité de soins des plus effarantes. Ce n’est surement pas une excuse recevable mais cela peut aider à donner un début d’explication du pourquoi notre jeunesse se retrouve obligée de se battre violemment. Elle assiste impuissante au rassemblement de tous ces ingrédients qui petit à petit sont en train d’être mis ensemble dans la préparation de la future gestion opaque de notre pétrole et notre gaz.
Si dans cette phase de sélection des ingrédients, il paraissait évident la mise en place d’un mécanisme de gestion transparente et inclusive de ces ressources à venir, de la sélection des prestataires internationaux pour leur exploitation, et de la signature des contrats y afférents, alors qui que puissent être les candidats à l’élection présidentielle de 2024, jamais un Sénégalais n’aurait été prêt à leur sacrifier sa vie ni à mettre en danger celle de ses frères.
Malheureusement cette jeunesse corrompue par ce système le connait que trop bien et a même eu à fermer les yeux sur la souffrance d’une des leurs ; jeune masseuse entrainée dans les tribunaux pour une affaire dont elle ne comprendra malheureusement jamais les tenants et les aboutissants mais seulement obnubilée par les millions promis et brusquement devenus 600 mille francs, moins de mille euros.... On trouvera rarement une aussi éloquente illustration des effets induits de la pauvreté et du désespoir.
Si cette jeunesse n’était pas corrompue, elle n’aurait jamais gonflé les rangs des partisans d’un homme politique empêtré dans une affaire de mœurs fut il de loin le meilleur de tous les potentiels candidats. Elle aurait plutôt cherché à préserver une des leurs de cette corruption dont malheureusement une multitude de nos filles sont victimes. Elles sont nombreuses à succomber au piège de tous ces prédateurs publiquement connus et ayant déjà été condamnés sans que cela ne les tue de honte ni ne les empêche de reprendre le micro en public. Cette affaire sweet beauté, c’est juste un pami la pléthore d’instituts de massage ou de beauté de Dakar sur lesquels nos autorités ferment les yeux ou du moins ne les ouvrent que si l’accusé est un adversaire déclaré.
Il ya réellement un besoin urgent et impératif de changements structurels
Notre seul moyen d’éradiquer cette corruption de la jeunesse est de lui redonner foi au système, foi en ses institutions et en sa justice. Cette jeunesse se remettra dans les rangs au seul espoir de perspectives meilleures avec des programmes concrets qui donnent de la place au travail, à l’apprentissage et à la résilience pour gravir les échelons. Cette jeunesse veut avoir une école publique qui donne le choix de s’orienter vers un lycée professionnel dans toutes les régions du Sénégal, qui garantisse un diplôme de BEP puis BTS de valeur, qui garantisse un métier noble et porteur en phase avec le stade de développement économique de notre pays. Il s’agit de fournir un nombre critique de professionnels du BTP, de techniciens de laboratoires, de l’agro-industrie, d’infirmiers, etc. Certains réclament des universités qui forment plus de médecins, plus d’ingénieurs, plus de pharmaciens, plus de biologistes, plus d’astronautes, plus de data scientist.
Notre Sénégal regorge de jeunes qui ne demandent qu’à travailler et apprendre mais que malheureusement le système a poussé au gorgorlou après les avoir abandonnés dans des daaras où les parents trop pauvres pour les nourrir les ont déposés à l’âge de 3-4 ans après la naissance du 3ème petit frère. Ils en sont sortis adolescents lorsque devenus trop grand pour qu’on leur donnât encore des pièces dans les rues qui les accueillent de l’aube au crépuscule. Cette jeunesse corrompue entièrement par les faits qui sont à l’opposé des textes entérinés et annoncés en grande pompe mais qui n’ont pas aidé ces enfants talibés à retrouver leurs foyers. Cette jeunesse corrompue ompte tous ces ados et jeunes adultes déscolarisés et sans métiers, victimes de la mauvaise gestion de l’éducation nationale qui constituent aujourd’hui cette bombe humaine prête à exploser à chaque scandale politique.
Malheureusement tous les bords politiques tentent de l’instrumentaliser. Ils oublient cependant que ne peut pas faire sortir la jeunesse dans la rue qui veut mais qui peut. Celui-là qui aura gagné sa confiance et son respect...
Cette jeunesse a aussi très bien compris cet autre jeu de dupe auquel s’adonne une bonne partie de l’opposition bien camouflée et ne faisant que le strict minimum pour exister. Cette opposition très souvent transhumante ou entre deux chaises, opportuniste à souhait, attend patiemment du leader de Pastef qu’il fasse le combat contre le 3ème mandat, au risque de sa propre éligibilité. Et une fois le combat terminé, ils essaieront de profiter du boulevard ainsi formé par la défection de l’un et/ou l’autre entre les 2 ans fermes de prison et la non-candidature. Ces opposants tous membres actifs du système et pour qui devenir président est une plus la consécration de plus de 30 ans de carrière politique qu’une mission de service public, les jeunes les ont identifiés et en aucun cas ne vont en faire leur roi.
Ils oublient qu’en 2012 la jeunesse avait opté pour un homme de 51 ans face aux velléités de Wade de rempiler au terme de ses 2 mandats, et qu’en 2024, leur idole aura tout juste 50 ans. Et que celui qui veut se faire une place dans ce flou politico-constitutionnel devrait s’assurer qu’il n’a pas plus de la cinquantaine et/ou n’a jamais profité du système.
Ce système tout entier avec ses députés de tous bords a failli dans son rôle de parent en premier puis dans son rôle d’autorité en charge de l’éducation, de la sécurité, de l’économie, du développement, de l’agriculture, de l’élevage, de l’Energie, de la formation professionnelle, de l’emploi, de la femme et de la jeunesse. Tous ces manquements dans l’exercice des fonctions régaliennes dis-je, sont responsables de la corruption de notre jeunesse. Les vrais coupables n’ont eux pas reçu d’assignation à comparaitre ni n’ont été condamnés pour corruption de cette jeunesse là.
Cependant aucun chèque à blanc n’est signé à qui que ce soit
En effet si cette confiance que la jeunesse accorde à son leader venait à se perdre pour des raisons évidentes de non tenue des promesses, de manque de probité, de non-droiture, d’injustice et de mépris de son peuple, cette même rue reviendrait alors comme un boomerang à la charge contre l’allié qui aura déçu. Puissions-nous ne pas avoir à revivre cela.
C’est pourquoi, nous lançons un cri du cœur au projet, à l’espoir de cette jeunesse, au messie, à l’homme providentiel, quelque soit le nom qui lui est donné, qu’il reflète et matérialise ce qu’il suscite d’attentes et d’espérance pour nos jeunes. Notre pays est à un tournant où il n’y a plus de place pour la fourberie ni pour les promesses électorales non tenues. Notre pays a besoin à sa tête d’un patriote sincère choisi par son peuple sur la base de son langage direct et sans détours. Punissant les malversations des dirigeants en charge du bien public. Nos jeunes veulent accorder leur suffrage à celui qui ne va taire aucun scandale financier et qui n'aura de cesse de les traquer afin que les fonds soient rendus à la nation.
Bref nos jeunes ont choisi de mourir pour celui qui en premier aura une politique de rupture avec ce système dont ils ne veulent plus. Alors qui que vous soyez et quels que soient ceux qui vous entoureront ou vous accompagneront, tachez de ne pas les décevoir en mettant à nouveau les conditions d’une situation identique à celle contre laquelle ils sont sortis en masse à chaque fois et se battent en vain depuis de trop nombreuses années.
Positionnez cette jeunesse en priorité absolue et faites de ses doléances vos objectifs principaux. Apportez ainsi votre contribution significative à l’affranchissement de cette jeunesse africaine. Permettez-lui par vos promesses tenues de connaitre la dignité des fils des grandes nations libres et démocratiques en marche vers son développement équitable.
Devenez celui qui redonnera au Sénégal cette place de premier de la classe dans la diplomatie africaine qu’il vient de perdre après qu’un chœur à l’unissions ait exprimé à notre place ce Nostra maxima culpa qui ne nous honore pas du tout.
Construisez-nous avec toutes les forces vives, un Sénégal nouveau sans discriminations flagrantes, sans cloisonnement, où tout le monde mange à sa faim et peut se loger décemment, où l’on n’expose pas de façon éhontée ses biens mal acquis et où la jeunesse ne serait plus de corrompue.
Dieu protège nos enfants !
par Abdoul Aziz Gueye
SÉNÉGAL : RÉVOLTE CAMUSIENNE ET RÉVOLUTION SARTRIENNE
Depuis trop longtemps, les maux jetés dans le ventre du volcan, faut il s’étonner que ce dernier entre en irruption ? Le peuple veut faire sonner le gong de la Révolution. Il sort de sa “servitude volontaire”
L’évidence est toute faite, nul ne pourra y échapper. Le mot a longtemps été tus, enfoui dans l’inconscient collectif. Aujourd’hui le refoulement n’est plus possible, ils le savent, ils en sont conscients. Des bruits assourdissants, menaçants, presque inconnus à ce foyer jadis de la paix, font peu à peu taire tam-tam et rires. Les nuages ont troqué leur blancheur de perle d’antan contre un gris de spleen. Ils font naître aux yeux des rivières et dans les gorges des brumes Et les pluies ne sont plus, qu’ éclats de bombes et balles perdus, cocktails enflammant et odieuses injures. Au vent, se mêlent les cris d’une hordes de mécontents, de partisans, de loups affamés de vérité et de droits. Les temps ont changé …
Est-ce un mauvais décor théâtral ? Ou la révolte éclatera ?
Le peuple s’est redressé ; il a dit non aux carcans, à la chicote mais surtout, et avant tout au mensonge. Son intellect, sa force bafoués, il a choisi d’ôter sa muselière, ses sangles et ses cache-œil.
Il se révolte. Il est presque camusien, car il a également changé le cours de son esprit. Il est sorti dehors, dans les rues, comme un seul Homme. Sang et violence sur fond de soucis politiques, sont en réalité, les conséquences des maladies sociales et injustices gangrenant depuis beaucoup trop longtemps la nation. Ceux qui sont dehors, braves et méprisés, critiqués mais déterminés, ce sont les rejetons de la Teranga. Ils ont faim, ils ont soif, ils sont volés ou privée de leur dignité, de leurs droits, de la liberté qui sied a tout être humain. Ce n’est au nom de personnes que les faits sont ; cela est plutôt au nom de la Justice.
Depuis trop longtemps, les maux jetés dans le ventre du volcan, faut il s’étonner que ce dernier entre en irruption ? Considérés comme des animaux, ils se comportent comme tels, en macaques avides de destruction car étant la seule option, décidés à faire entendre les cris de leurs estomac , de leurs âmes, à faire résonner les echos du vide de leur main, privée de leur dû.
J’accuse. J’accuse de tous les maux, de tous les crânes éclatés, des feux allumés, des membres par les balles percées, non pas les dirigeants, les pillards, les corrompus, le roi ou les destructeurs … Non, ils sont tous innocents. Les coupables, les vrais, ceux sont les accumulateurs de papiers, les porteurs de robes blanches et noires, d’autoproclamant “guides” mais qui ne sont qu’adeptes du rien et de l’érotisme intellectuel. « Muets et cois », malhonnêtes et spectateurs volontaires. Ils ont failli, tous à leur rôle ; qui est celui de l’intellectuel. Les seuls partis devant être pris par celui ci sont celui de l’honnêteté, de l’appel à la réflexion et non de l’inertie. Ne savent-ils pas qu’une épée est suspendu au dessus de leur têtes ? Que leur conscience bientôt se transformera en fardeau ? Ne savent-ils pas que leur silence ne s’inscrit pas dans le néant, mais plutôt qu’il annonce leur position, qui est celle de la masturbation, de la prostitution intellectuelle ? Ils font une ablation de ce qui les détermine. Mais que sont-ils ont alors, sans conscience ? Animaux ! Rien de plus. Nous leur parlons de solidarité avec les oppressés, et ils nous parlent politiques et inconscience. Ce sont des aptères dont l’existence mérite d’être remise en cause, car alors quel sens ? Question existentielle … Et cette Justice, toujours la plus nue des complices, renforce la bêtise et la destruction .
Mais par une quelque grâce, nous pouvons nous passer d’eux. Ainsi, peuvent t’il continuer à être courtisanes, à exploiter les pauvres âmes, enfants et adultes, à se murer dans le silence de leur salon, de leur églises, dans le tohu-bohu de leur palais, construits au seul jeu d’apparence opéré dans leurs mosquées, aux vols dans les trésoreries.
Maintenant, faite attention au remuement des lèvres, c’est le même mot qui revient constamment, incessamment : révolution.
Le peuple veut faire sonner le gong de la Révolution. Il sort de sa “servitude volontaire”. Ce n’est plus qu’une impression. Elle fait trembler la terre de ses pas tonitruants. Elle n’a pas que la violence comme front ; elle est de partout, physique comme intellectuelle. Quoi qu’il en soit, elle est marquée du fer de la violence. L’inévitable, l’inarretable. C’est elle qui détermine l’évolution ou l’effondrement d’un État, d’une nation. C’est le point de non retour, certes déplorable mais inévitable.
A la querelle sartrienne et camusienne nous mettons fin ; la révolution doit être précédée de la révolte. Il n’y a pas sécularisation, mais plutôt union . Car c’est d’abord la “revendication par [les] Hommes de la justice dont on [les] prive» qui a fait descendre dans les rues, en colère, cette marée humaine. Et c’est en changeant radicalement nos esprits, en laissant pénétrer la lumière de la plus douloureuse des manières qui soit, en démontrant notre puissance de frappe qui est celle du peuple, mais surtout, en étant mû uniquement de b onne foi que le Graal nous appartiendra. Ensemble, parlant d’une même voix, d’un même Esprit, fils du brassage de nos volontés communes, marchant d’une même jambe vers l’unique direction qu’est le bien, d’un même coeur mû de bonne foi, nous seront enfin alors un peuple, ayant un but et une foi. Que nul ne redoute l’inévitable. Fuir la révolte et la révolution est similaire à la fuite face à la mort ou à la négation même de soi, de sa dignité d’homme. Absurde et vain. La révolte tout comme la révolution sont des humanismes. N’est-ce pas du chaos qu’est naît la lumière ? N’est-ce pas le but de la lutte que d’atteindre la paix ? Alors notre bien commun naîtra de ce que nous ferons les prochains jours. Choisissez la révolte, choisissez la révolution, peu importe, car tous ces chemins mènent à la libération. La lutte est d’abord intellectuelle et spirituelle. Dites non ; non pas d’une manière nihiliste, mais avant de dire Oui. Oui aux droits, oui à lalLiberté, oui à une nation sénégalaise prospère. Dénoncez, écrivez, accusez, pointez … La victoire sera notre. Et que nul n’oublie que, “ […] la révolte ne mourr[at] qu’avec le dernier homme”.
par Zacharia Sall
J’ACCUSE
c’est l’échec de nos dirigeants, la faillite de Macky Sall et de son gouvernement qui ont donné lieu à ces événements ayant entrainé plus d’une dizaine de morts et de blessés
Les violences qui secouent depuis quelques jours le Sénégal montrent encore une fois que trop d’injustice appelle à la violence, au sang non point condamnable, mais légitime. Il faut en effet dire qu’en temps de violation des droits et libertés des individus, seule la violence demeure l’adversaire de taille de l’injustice.
Et rien de nouveau dans mon propos, car nous savons tous que lorsque le peuple étouffe sous le regard de ses dirigeants inertes, auteurs de forfaitures, de combines et de magouilles pour paraphraser le grand Kéba Mbaye, s’assister lui-même avec le peu d’énergie et de pouvoir qui lui reste devient dès lors la seule issue, l’unique solution à ses maux.
Le peuple sénégalais l’aura très bien compris, ce même peuple qui a confié son âme et son destin à un homme qui fait de l’iniquité sa marque politique.
En réalité, ceux qui ont l’esprit et la mémoire dans le passé ; ceux qui se souviennent d’hier - et Macky Sall n’en fait hélas plus partie - savent que le combat des Sénégalais est plus que légitime en ce sens qu’elle s’inscrit dans le cadre de ce que le peuple sénégalais a toujours eu comme éthique tatouée au devers de son âme depuis Senghor jusqu’à celui qui nous sert de président tyran et violeur des droits de ses citoyens : ne jamais redevenir l’esclave d’un homme aussi puissant soit-il. Ne jamais regarder inerte un homme subir une injustice, peu importe, sa provenance. Car l’inertie et l’injustice conduisent dans ce cas au sang et aux ténèbres.
Rappelons qu’en 1962 Senghor a accusé à tort Mamadou Dia de coup d’État ; en 1968 la révolte universitaire a porté la voix du peuple sénégalais souverain ; en 1973 Blondin Diop a été arrêté puis assassiné par le gouvernement de Senghor à cause de ses positions et de sa liberté de pensée; et en 2011, l’opposition et la société civile sénégalaise se sont réunies demandant le départ du président Abdoulaye Wade au nom de la justice etc.
Et encore, c’est au nom de la justice que le peuple sénégalais se réunit dans la rue depuis quelques jours. Car ces événements ont en commun une évidence puante ne devant plus apparaître sous les tropiques du Sénégal, c’est-à-dire, l’injustices et la surdité des dirigeants sénégalais face aux demandes du peuple, la gabegie de nos hommes politiques, l’iniquité des élus du peuple et le marasme patriotique de ceux-là même qui ont pour rôle et responsabilité de verser dans la conscience de chaque citoyen un amour infini de la patrie.
Conséquemment, c’est l’échec de nos dirigeants, la faillite de Macky Sall et de son gouvernement qui ont donné lieu à ces événements ayant entrainé plus d’une dizaine de morts et de blessés. Et ce nombre ne cesse d’augmenter.
Mais puisqu’à chacun sa responsabilité, ces émeutes légitimes sont la manifestation d’un refus de voir la même histoire d’injustice se répéter chez nous. Le peuple sénégalais ne veut plus voir un autre Mamadou Dia ou un autre Blondin Diop à travers la personne de Ousmane Sonko. Par ricochet, les sénégalais se lèvent pour dire au président Macky Sall, à la justice sénégalaise instrumentalisée et à son gouvernement ceci : « Nous ne vous laisserons point être les héritiers des mauvaises pratiques politiques de Senghor, de Diouf et de Wade. »
Et puisqu’à l’heure de la vérité, il faut savoir accuser les combineurs, j’accuse alors Macky Sall d’être à l’origine de toute cette violence au Sénégal. Chaque souffle qui tombe et chaque goutte de sang qui appelle la mort trouvent réponse dans son ambition machiavélique et anti-démocratique.
J’accuse Macky Sall d’instrumentaliser la justice sénégalaise et de chercher à empêcher un homme (Ousmane Sonko) de se présenter aux prochaines élections présidentielles du Sénégal. Car il lui suffit d’écouter son peuple pour arrêter toute cette situation qui n’honore aucunement le Sénégal. Il en a le pouvoir, mais que décidera-t-il ?