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5 avril 2025
UN DEVOIR DE MEMOIRE ET DE JUSTICE
Journée de commémoration de l’esclavage - Le 25 mars de chaque année, le monde s’arrête un instant pour honorer la mémoire de millions d’Africains arrachés à leurs terres, broyés par la machine implacable de la traite transatlantique
Le 25 mars de chaque année, le monde s’arrête un instant pour honorer la mémoire de millions d’Africains arrachés à leurs terres, broyés par la machine implacable de la traite transatlantique. Cette journée, lourde de douleur et d’histoire, invite à la reconnaissance du passé, à la réparation du présent et à la construction d’un avenir où dignité et justice ne seront plus des mirages.
A l’époque du commerce triangulaire entre l’Europe, l’Afrique, les Amériques et les Caraïbes, des millions d’Africains furent capturés, embarqués de force sur des navires européens et transportés dans des conditions épouvantables vers les Amériques et les îles des Caraïbes où se perpétuèrent les atrocités. Ces captifs furent réduits en esclavage pour le restant de leurs jours et livrés à la merci de leurs maîtres. Et cette tragédie, que l’humanité peine encore à regarder en face, est au cœur de la commémoration de la Journée internationale des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique des esclaves. Commémorée le 25 mars de chaque année, le Mémorial de Gorée et le Musée des civilisations noires (Mcn) ont organisé à cette occasion, un panel sous le thème : «Reconnaître le passé, réparer le présent, construire l’avenir avec dignité et justice : le Mémorial de Gorée et le Musée des civilisations noires comme engagement panafricain pour Sénégal 2050.» Bakary Sarr, secrétaire d’Etat à la Culture, aux industries créatives et au patrimoine historique, rappelle que «la commémoration de cette journée est longue de douleur et de souvenirs. Et nous ne devons jamais baisser les bras devant cette tragédie qui a été comme la plus grave violation des droits de l’Homme dans l’histoire de l’humanité». Selon lui, le commerce triangulaire a duré des siècles, arrachant des millions d’Africains à leurs terres, les jetant à la merci de leurs féroces maîtres. «Prions, pardonnons, mais sans jamais oublier ce qui s’est passé. Un seul captif aurait été de trop. Ils furent des millions, femmes, hommes et enfants», souligne-t-il, appelant à lutter davantage contre le racisme et les inégalités. «Il nous faut combattre le racisme, les inégalités dont ont été victimes les descendants d’esclaves et les afrodescendants», martèle-t-il.
Le Sénégal, gardien de cette mémoire à travers l’île de Gorée, veut aller plus loin. «Nous devons faire et agir davantage. Le Commissariat général du projet du Mémorial de Gorée œuvre pour que ce projet mémoire vienne combler les manques et occuper la place qui doit être la sienne», insiste le secrétaire d’Etat à la Culture, plaçant cette initiative dans l’axe 4 du Référentiel 2050 du Sénégal dédié à l’engagement panafricain.
Reconnaître, réparer, transformer
Les Nations unies, à travers le Centre d’information des Nations unies (Cinu) basé à Dakar, ont également marqué cette commémoration. Son directeur, Hiroyuki Saito, porte la voix du Secrétaire général de l’Onu, António Gutierrez. «La traite transatlantique des Africains réduits en esclavage a été un crime contre l’humanité dont les répercussions se font sentir à travers les siècles», rappelle-t-il. Ce passé, poursuit-t-il, «loin d’être révolu, continue de modeler les sociétés actuelles, où le racisme systémique persiste, où l’exclusion et la discrimination empêchent les afrodescendants de prospérer». Mais ce silence, qui a longtemps entouré cette page de l’histoire, ne suffit plus. «Pendant plus de quatre siècles, des millions d’Africains ont été enlevés, maltraités et déshumanisés. Ces atrocités étaient fondées sur un mensonge destructeur : le suprématisme blanc. Colonisateurs, entreprises et institutions en ont profité pour amasser des richesses incalculables», explique Hiroyuki Saito. Le diplomate onusien a appelé à une justice réparatrice. «Il est impératif d’établir un cadre de justice réparatrice qui permettra de regarder en face ce chapitre de l’histoire et ses conséquences. Nous devons mettre un terme une fois pour toutes au fléau qu’est le racisme», a-t-il dit en évoquant le choix du thème.
«Nous devons quitter les questions pour les réponses»
Pour Amadou Lamine Sall, Secrétaire général de la Fondation mondiale pour le Mémorial et la sauvegarde de Gorée, la mémoire ne doit pas être qu’un devoir, mais un pont vers l’avenir. «Il nous faut un projet de loi pour aider les 250 millions d’afrodescendants et noirs américains à travers le monde qui veulent avoir la nationalité sénégalaise», plaide-t-il. Une manière, selon lui, de leur permettre de «revenir chez eux et d’y investir», à l’image du Ghana et du Liberia qui ont déjà pris les devants. «Il est temps également que nous réagissions. Et je suis persuadé que ce gouvernement le fera», assure Amadou Lamine Sall. Mais au-delà des lois, il estime que c’est un travail de l’âme qui s’impose. «Nous ne prenons plus le temps d’apprendre, nous ne prenons plus le temps d’écouter. Les épreuves de la vie nous écrasent. Il nous faut nous refonder nous-mêmes. Nous devons quitter les questions pour les réponses. Ce ne sont pas les vivants qui nous réunissent ici, mais ce sont nos morts», regrette-t-il.
LA NOUVELLE MOUTURE D'AMADOU BÂ
Face à la polémique, le député de Pastef/Les patriotes, Amadou Bâ, a apporté des amendements sur la proposition de loi interprétative de la loi d’amnistie
Amadou Bâ, qui a fait des amendements, tente de clarifier sa pensée et le champ d’application de sa proposition de loi interprétative pour essayer de calmer les contestations. Si l’esprit n’a pas totalement changé, trois articles de la précédente proposition (2, 5 et 6) ont été biffés dans le nouveau document qui devrait être soumis au vote le 2 avril.
Face à la polémique, le député de Pastef/Les patriotes, Amadou Bâ, a apporté des amendements sur la proposition de loi interprétative de la loi d’amnistie. Selon le nouveau document, «au sens de l’article 1er de la loi n°2024-09 du 13 mars 2024 portant amnistie, sont exclus du champ de l’amnistie les faits survenus entre le 1er février 2021 et le 25 février 2024, tant au Sénégal qu’à l’étranger, sans lien avec l’exercice d’une liberté publique ou d’un droit démocratique, et qualifiés notamment d’assassinats, de meurtres, de crimes de torture, d’actes de barbarie, de traitements inhumains, cruels ou dégradants, même si ces faits se rapportent à des manifestations, quelle qu’en soit la motivation, et indifféremment de leurs auteurs». Si «la présente proposition de loi ne comporte plus que les dispositions à interpréter, à savoir l’article premier et l’article 3», dans le nouveau document présenté à la Commission des lois le 21 mars, l’article 1er de la loi n°2024-09 du 13 mars 2024 portant amnistie, il faut comprendre les «faits susceptibles de qualification criminelle ou correctionnelle ayant une motivation politique ou se rapportant à des manifestations s’entendent comme des faits liés à l’exercice d’une liberté publique ou d’un droit démocratique, que leurs auteurs aient été jugés ou non».
Par ailleurs, le parrain de cette proposition ajoute dans son amendement qu’au sens de l’article 3 de la loi n°2024-09 du 13 mars 2024, «l’amnistie ne préjudicie ni aux droits des tiers ni aux droits des victimes à une réparation intégrale». Alors que le troisième article stipule que «les articles 2, 5 et 6 sont supprimés du texte de la proposition de loi portant interprétation».
Les articles 2, 5 et 6 sont supprimés du texte de la proposition de loi portant interprétation
Qu’est-ce qui a changé ? Il faut savoir que l’article premier du document initial, qui a soulevé des controverses et des polémiques, était ainsi intitulé : «Sont amnistiés, de plein droit, tous les faits susceptibles de qualification criminelle ou correctionnelle ayant exclusivement une motivation politique, y compris ceux commis par tous supports de communication, entre le 1er février 2021 et le 25 février 2024, tant au Sénégal qu’à l’étranger. Mais les faits se rapportant à des manifestations ne sont compris dans le champ de la loi que s’ils ont une motivation exclusivement politique.»
Que disaient les articles 2, 5 et 6 initialement évoqués dans le premier document ? Respectivement : «L’amnistie entraîne, sans qu’elle ne puisse jamais donner lieu à restitution, la remise totale de toutes les peines principales, accessoires et complémentaires, ainsi que la disparition de toutes les déchéances, exclusions, incapacités et privations de droits attachées à la peine.»
«Les contestations relatives à l’application de la présente loi d’amnistie sont jugées par la Chambre d’accusation de la Cour d’appel de Dakar, dans les conditions prévues par l’article 735 du Code de procédure pénale.»
«Il est interdit à tout magistrat ou fonctionnaire de rappeler ou de laisser subsister sous quelque forme que ce soit dans un dossier judiciaire ou de police ou dans tout document officiel, les condamnations, déchéances, exclusions, incapacités, et privations de droits attachés à la peine effacée par l’amnistie sauf dispositions prévues à l’article de la présente loi. (…)» Au sens de l’article 3 de la loi n°2024-09 du 13 mars 2024, «l’amnistie ne préjudicie ni aux droits des tiers ni aux droits des victimes à une réparation. Egalement, la contrainte par corps ne peut être exercée contre les condamnés ayant bénéficié de l’amnistie, si ce n’est à la requête des victimes de l’infraction ou de leurs ayants droit».
Prévu le 2 avril, le vote de la loi interprétative de la loi d’amnistie continue à charrier des protestations avec l’enchaînement des appels à manifester le jour-j pour faire retirer cette proposition de loi interprétative.
Par Baba DIENG
LE SENEGAL ET L’AES DECONSTRUISENT LA FRANCOPHONIE
Il n’est pas étonnant de voir ces militaires, qui fascinent nos dirigeants contre toute raison, quitter la Francophonie. L’imaginaire sénégalais, et c’est déplorable, a été mobilisé contre cette organisation que nous avons créée
Après avoir quitté la Cedeao au bout d’une passe d’armes, les militaires souverainistes de l’Aes, plus incompétents et avides de pouvoir que les civils, reviennent à la charge contre l’ordre francophone et ses suppôts de l’impérialisme françafricain. Ces militaires dont la seule légitimité émane des baïonnettes, «mus par les idéaux de rapprochement de leurs peuples par la coopération multilatérale fondée sur la promotion de la diversité linguistique et culturelle, et le dialogue des civilisations», ont conjointement décidé de quitter l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif). Dans un communiqué de presse conjoint des ministres des Affaires étrangères du Niger, du Mali et du Burkina Faso en date du 18 mars 2025, ils ont dénoncé les «sanctions sélectives sur la base de considérations géopolitiques» qui leur ont été infligées par cet «instrument politique téléguidé» qu’est l’Oif, depuis l’avènement des différentes transitions (ou intronisations).
Le Niger -il est très intéressant de le rappeler- est un pays fondateur de la Francophonie institutionnelle. Le 20 mars 1970 à Niamey, le poète-Président Léopold Sédar Senghor et ses homologues tunisien, Habib Bourguiba, et nigérien, Hamani Diori, ainsi que le Prince Norodom Sihanouk du Cambodge, décidèrent de mettre en place cette institution. Toujours est-il que le plus illustre des Sénégalais, dans «De la francophonie» -discours qu’il avait prononcé pour le cinquantième anniversaire de la Faculté des Lettres de l’Université Laval, à Québec, le 5 septembre 1987-, précise ceci : «On oublie, trop souvent, le rôle majeur que joua le Général de Gaulle dans la naissance et l’organisation de la Francophonie. Il est vrai qu’homme de culture et de courtoisie, homme de pudeur par excellence, Charles de Gaulle voulut, toujours, laisser les Africains prendre les initiatives, après Brazzaville.» Mais enfin… Au fond, l’idée était de mettre le français (langue que Français et Africains ont en partage) au service du dialogue fécond des cultures et du développement.
C’est le Sénégal, pays fondateur et porte-étendard de la Francophonie, qui a commencé le «boycott» de celle-ci. Lors du dernier sommet à Villers-Cotterêts, les 4 et 5 octobre 2024, le président de la République Bassirou Diomaye Faye avait décidé, vraisemblablement pour des raisons souverainistes (les raisons officielles de cette absence n’ont pas été communiquées), de ne pas y assister. Notre pays, pour la première fois de son histoire, avait décidé de négliger cette grande rencontre où les affaires du monde se discutent, posant ainsi un acte fort de marginalisation de l’organisation. D’une manière générale, nos souverainistes, qui singent parfois les militaires de l’Aes, ont un sérieux problème avec le français -ce vieux saligaud qui souille notre authenticité sénégalaise, sinon africaine, depuis les indépendances. Après le congédiement inélégant des Eléments français au Sénégal (Efs) pour des raisons aussi débiles que fallacieuses, il faut s’attendre à ce que cette langue du maître soit conjurée de notre quotidien. L’irresponsabilité d'Ousmane Sonko - le Premier ministre dont la geste fait ombrage au plus atone des présidents de la République - est allée à un point où nos différends avec la France se règlent sur Facebook...
C’est Mme Yassine Fall, ministre de l’Intégration africaine et des affaires étrangères, et diplomate de petit calibre, qui était chargée de représenter le Sénégal à ce grand rendez-vous. L’on se souvient, avec indignation, de sa cacophonie sur la Francophonie, de son discours inaudible et ignominieux pour notre pays. En plus de baragouiner notre langue officielle, la cheffe de notre diplomatie peine à tenir un seul discours structuré et audible, digne de la grandeur de notre pays. Elle porte difficilement la voix du Sénégal. Celle-ci, à sa décharge, pourrait-on dire, n’est pas si facile à porter du fait de son histoire. C’est le successeur de Antoine de Lévis Mirepoix à l’Académie française qui a eu le génie de faire du Sénégal, petit pays très pauvre, une Nation dont le rayonnement culturel est respecté partout dans le monde. Impossible d’oublier ces mots sublimes de André Malraux, alors ministre français de la Culture, à l’occasion du Festival mondial des arts nègres en 1966 : «C’est la première fois qu’un chef d’Etat [Léopold Sédar Senghor] prend en ses mains périssables le destin spirituel de tout un continent.»
Il n’est pas étonnant, au regard de la conduite anachronique de notre pays, de voir ces militaires, qui fascinent nos dirigeants contre toute raison, quitter la Francophonie. L’imaginaire sénégalais, et c’est déplorable, a été mobilisé contre cette organisation que nous avons créée. Cette posture est indigne de notre pays. Mesurer la grandeur du Sénégal consiste à se dire qu’il doit être présent partout où l’avenir de notre monde se joue, avec ses positions, avec sa grande voix. Notre mission naturelle, facilitée par une diplomatie redevenue conquérante, doit être le renforcement et la promotion de la Francophonie aux fins de poursuivre les idéaux de celle-ci : la promotion de la langue française, la paix, l’éducation, la démocratie, les droits de l’Homme, le métissage, la diversité culturelle, le plurilinguisme, etc. Ce souverainisme ambiant est un anachronisme. Il faut s’attaquer au vrai problème des Sénégalais : l’économie. Pour ce faire, il faut des hommes compétents et républicains, et non des plaisantins qui ne mesurent ni la portée ni la symbolique de leurs fonctions respectives.
lettre d'amérique, par rama yade
POUR UNE AGRICULTURE MADE IN AFRICA
De la pandémie du Covid-19 à la guerre en Ukraine qui a fait flamber les prix des denrées alimentaires et de l’essence, sans parler du changement climatique, l’impact dévastateur de ces crises combinées oblige à repenser l’agriculture africaine
De la pandémie du Covid-19 à la guerre en Ukraine qui a fait flamber les prix des denrées alimentaires et de l’essence, sans parler du changement climatique, l’impact dévastateur de ces crises combinées oblige à repenser l’agriculture africaine.
Le paradoxe africain
Bien avant cela, et comme en témoignaient les émeutes de la faim dans la foulée de la crise financière de 2008, il était déjà étonnant de constater cet insupportable paradoxe qu’avec 60% des terres arables du monde et une capacité à nourrir la planète entière, le continent africain n’arrive pas à se nourrir lui-même.
Selon des données du rapport régional 2023 du Fonds alimentaire mondial consacré à l’Afrique, «près de 282 millions de personnes en Afrique (environ 20% de la population) étaient sous-alimentés en 2022, soit une augmentation de 57 millions de personnes depuis le début de la pandémie du Covid-19. Environ 868 millions de personnes étaient en situation d’insécurité alimentaire modérée ou grave, et plus d’un tiers d’entre elles, soit 342 millions de personnes, étaient en situation d’insécurité alimentaire grave». De fait, l’objectif de la Déclaration de Malabo en 2014, visant à éliminer la faim en Afrique d’ici à 2025, n’a pas été atteint. Il est probable que l’Objectif de développement durable Faim zéro pour 2030 ne le soit pas non plus. Résultat : les chefs d’Etat africains ont dû se doter d’un nouveau plan pour le développement agricole au cours de la prochaine décennie (2026- 2035), lors du Sommet extraordinaire de l’Union africaine à Kampala (Ouganda) en janvier 2025.
Un secteur loin d’être démodé
Bien qu’activité primaire, par opposition aux secteurs secondaire (industrie) et tertiaire (services), l’agriculture est pourtant loin d’être un secteur démodé. Aucun pays n’a pu se développer sans avoir vaincu la faim en son sein. L’agriculture est l’un des principaux leviers de la croissance économique des sociétés agraires. Au Brésil, bien que le Covid ait signé un retour de l’insécurité alimentaire, ce pays était connu pour avoir vaincu la faim au début de la décennie 2000 au point qu’en 2014, au terme de deux mandats du President Lula, le nombre de familles brésiliennes souffrant de la faim était inferieur à 5%. Quant à la Chine, après le désastreux échec du Grand Bond en avant qui coûta la vie à des millions de Chinois au début des années 60, elle a réussi à sortir près de 300 millions de Chinois de la pauvreté entre 1979 et 2005. Désormais, «la Chine nourrit 20% de la population mondiale sur 7% des terres arables de la planète», selon le Programme alimentaire mondial.
En Afrique, l’agriculture représente 35% du Pib du continent et fournit du travail à près de 60% de la population économiquement active. Ces chiffres sont deux fois plus élevés que la moyenne mondiale.
Le sous-investissement chronique des gouvernements
Incontestablement, l’agriculture devrait être au cœur de toute politique de développement. En Afrique plus qu’ailleurs, alors que le continent double sa population tous les trente ans, avec 2, 5 milliards d’Africains attendus en 2050. Or, combien sont-ils les Etats africains qui investissent suffisamment dans l’agriculture ? Seulement une poignée consacre au moins 10% de ses ressources publiques à l’agriculture, comme l’Accord de Maputo les y enjoignait en 2003. Selon des données issues de l’Observatoire mondial des soutiens publics à l’agriculture et à l’alimentation, et de la Fondation Farm, seuls l’Ethiopie, avec 23%, et la Tanzanie, le Kenya, l’Ouganda et le Mali, avec 15%, le font, la moyenne africaine se situant aux alentours de 5-7%. C’est là qu’il faut constater que les crises financières, l’Ukraine ou le réchauffement climatique sont loin d’être des explications suffisantes. Une grande partie de la faillite des politiques agricoles en Afrique sont en Afrique même : la taille des exploitations agricoles, le sous-investissement des gouvernements africains dans leur agriculture, y compris dans la santé des sols, l’élevage, la sylviculture et la pêche, la dépendance à l’aide internationale qui se tarit de surcroît, l’inadaptation des systèmes alimentaires à la concurrence internationale.
«De Dieu jusqu’à caillou»
Alors que les gouvernements, les agences de développement et le secteur privé cherchent des moyens d’augmenter les rendements agricoles et de créer des capacités agricoles africaines plus durables, notamment avec l’Agritech, les chemins de la souveraineté alimentaire ne doivent pas ignorer les spécificités de l’agriculture africaine, et ses atouts agroécologiques, y compris ceux qui nous viennent du passé.
Ainsi, il ne faut pas oublier qu’en Afrique, l’importance de la terre relève de considérations sociales, familiales, voire spirituelles. Le philosophe Mohammed Taleb a démontré que la lutte pour l’environnement est d’abord une lutte sociale et culturelle pour défendre les terres héritées des ancêtres, plutôt qu’un effort pour préserver un stock de ressources, comme dans les pays occidentaux. C’est aussi une lutte enracinée dans les classes populaires. En Afrique australe, la terre est une question éminemment politique. En témoignent les législations toujours en construction relatives au partage de la terre entre les Blancs et les populations noires historiquement victimes de l’apartheid.
Partant de là, le Burkina Faso du Président Thomas Sankara avait engagé une politique de reforestation fondée en partie sur la culture populaire et spirituelle. C’est dans ce pays que les paysans s’illustrent en réhabilitant la technique ancestrale du zaï pour continuer à cultiver sans eau, face aux progrès de la désertification. D’autres réhabilitent des céréales, légumes et fruits d’antan pour combattre la malnutrition et encourager le développement rural. En Afrique, nature et culture ne se sont jamais opposées, cosmogonie ainsi formulée par le Président Léopold Sédar Senghor : «Tout se tient. De Dieu jusqu’à caillou» (Liberté 1, Seuil, 1964).
Les atouts de l’agroécologie
Au moment où les consommateurs sont en quête d’une nourriture plus saine et authentique, l’Afrique a une carte à jouer sur les marchés mondiaux, avec le soutien d’une diplomatie commerciale innovante et offensive. En outre, seules la création de valeur et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement permettront de créer une stratégie agro-industrielle durable et suffisamment diversifiée pour couvrir les besoins des communautés rurales et des zones urbaines à la croissance exponentielle.
On le voit, il ne suffira pas à l’Afrique de suivre les modèles extérieurs, ni même de s’inspirer d’un modèle uniforme dans un continent aux géographies aussi diverses pour libérer son potentiel de production alimentaire. L’agriculture en Afrique sera un modèle de transformation économique si le continent parvient à nourrir les siens, et d’abord les petits agriculteurs, mais aussi à offrir au monde un nouveau modèle écologique.
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LES UNES DE LA PRESSE DE CE MERCREDI 26 MARS 2025
Sud Quotidien, Walf Quotidien, Yoor-Yoor Bi, L'Observateur, Libération, Le Quotidien, Enquête, Vox Populi, L'As, Record, Le Soleil, Le Témoin Quotidien,
Sud Quotidien, Walf Quotidien, Yoor-Yoor Bi, L'Observateur, Libération, Le Quotidien, Enquête, Vox Populi, L'As, Record, Le Soleil, Le Témoin Quotidien,
COMBATTRE LES INEGALITES HERITEES DE LA TRAITE
Le Mémorial de Gorée et le Musée des Civilisations Noires (MCN) ont conjointement organisé une journée de commémoration en hommage aux victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique.
Le Mémorial de Gorée et le Musée des Civilisations Noires (MCN) ont conjointement organisé une journée de commémoration en hommage aux victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique.
Placée sous le thème "Reconnaître le passé, réparer le présent, construire l’avenir avec dignité et justice", cette cérémonie a rassemblé des personnalités politiques, diplomatiques, des chercheurs et des étudiants, unis dans un devoir de mémoire et un engagement panafricain. En plus, le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, soutient « la traite transatlantique fut un crime contre l’humanité dont les répercussions persistent aujourd’hui ».
Modéré par Amadou Lamine Sall, Secrétaire général de la Fondation mondiale pour le Mémorial et la préservation de Gorée, le panel a réuni des intervenants parmi lesquels, M. Iro, directeur du Centre d’Information des Nations Unies (CINU) à Dakar. Il a rappelé l’importance de la mémoire collective et la nécessité de combattre les inégalités systémiques héritées de cette tragédie. Il a également transmis un message poignant du Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, soulignant que "la traite transatlantique fut un crime contre l’humanité dont les répercussions persistent aujourd’hui".
Pour sa part, le ministre secrétaire d’État à la Culture, Bacary Sarr, a insisté sur l’engagement du Sénégal à promouvoir une politique mémorielle forte, notamment à travers le projet du Mémorial de Gorée. "Nous devons agir pour que cette mémoire occupe la place qu’elle mérite, comme le souhaite la communauté internationale et les diasporas africaines", a-t-il déclaré. Il a également mis en avant l’axe 4 du référentiel 2050 du Sénégal, qui place l’engagement panafricain au cœur des priorités nationales.
L’ambassadrice de Colombie, représentante d’un pays marqué lui aussi par l’héritage de l’esclavage, a partagé les initiatives de son pays pour honorer la mémoire des victimes et promouvoir la réconciliation. Elle a salué la collaboration entre la Colombie et le Sénégal dans ce domaine, soulignant l’importance d’une approche globale pour affronter les séquelles de l’esclavage.
Le député Guy Maris Sagna, figure militante, a quant à lui abordé la dimension économique de l’esclavage, dénonçant une "entreprise financière basée sur le travail gratuit". Il a appelé à une déconstruction des discours de légitimation de l’oppression et à un renforcement de l’Afrique pour garantir le respect de ses descendants. "Quand l’Afrique sera forte, ses enfants seront respectés", a-til affirmé.
LE MUSÉE DES CIVILISATIONS NOIRES, UN FOYER DU PANAFRICANISME
Concernant les œuvres de son institution, le directeur général du MCN, Mouhamed Abdalah Ly a présenté les actions concrètes du musée pour perpétuer la mémoire de l’esclavage et promouvoir le panafricanisme. Il a annoncé une exposition majeure prévue pour 2027, en collaboration avec la Smithsonian Institution, qui explorera les dimensions locales et internationales de l’esclavage. "Notre musée est un lieu de réflexion et d’action, porté par l’élan panafricain qui a inspiré sa création", a-t-il expliqué. Des projets comme le centenaire d’Amilcar Cabral ou les débats avec le CODESRIA illustrent cet engagement.
La présence d’élèves et d’étudiants a été particulièrement soulignée, rappelant l’importance de transmettre cette histoire aux générations futures. Des extraits de la déclaration du MCN ont été lus, insistant sur la nécessité d’éduquer les jeunes pour qu’ils s’engagent contre toutes les formes modernes d’esclavage.
VERS UN AVENIR DE DIGNITÉ ET DE JUSTICE
Cette commémoration a été l’occasion de réaffirmer l’importance du travail de mémoire, mais aussi de passer à l’action pour réparer les injustices et construire un avenir fondé sur la dignité. Amadou Lamine Sall l’a ainsi résumé : "Reconnaître le passé, c’est aussi regarder dans le rétroviseur pour mieux avancer"
En partenariat avec des institutions internationales et locales, le Mémorial de Gorée et le MCN continueront à œuvrer pour que cette histoire ne soit jamais oubliée, tout en traçant la voie vers un monde plus juste et fraternel.
LES LIONS RUGISSENT ET SE REPOSITIONNENT
Accrochés samedi par les Crocodiles du Soudan et relégués à la troisième place, les Lions ont rebondi en battant les Eperviers togolais sur le score de 2-0.
Après la déception de Benghazi, le Sénégal se replace dans la course vers la qualification du Mondial en dominant le Togo (2-0) dans le cadre de la 5e journée des éliminatoires de la Coupe du monde. Cette victoire hisse les Lions à la deuxième place du groupe B derrière la RD Congo. Mais lui permet d’engranger de la confiance en attendant les deux confrontations amicales au mois de juin et surtout la suite des éliminatoires prévue au mois de septembre.
L ’équipe du Sénégal a renoué avec la victoire en remportant hier, mardi, au stade Abdoulaye Wade son face-à-face avec le Togo dans le cadre de la 6e journée des éliminatoires de la coupe du monde 2026. Accrochés samedi par les Crocodiles du Soudan et relégués à la troisième place, les Lions ont rebondi en battant les Eperviers togolais sur le score de 2-0.
Pour leur retour devant leur public, les hommes de Pape Thiaw se devraient de montrer un nouveau visage et surtout de convaincre dans le jeu. Les coéquipiers de Sadio Mané n’ont pas tardé à imprimer leur rythme avec un jeu résolument tourné à l’offensive. Mais ils butent rapidement sur une accrocheuse équipe togolaise qui a d’entrée fait monter le bloc. Ils opposent un gros impact physique dans l’entrejeu et gênent les montées de balles sénégalaises. Sur des pertes de balles, les Eperviers mettent en difficulté la défense des Lions et se procuraient une première chaude occasion à la 18e minute. Il a fallu une parade d’Edouard Mendy pour écarter le but. La rencontre s’équilibre. Sur une belle combinaison avec Sadio Mané, Assane Diao, s’offre une occasion franche ( 19e).
Le Sénégal trouvera la faille à la 34e minute suite à un gros travail de Habib Diallo. A la récupération, l’attaquant sénégalais va réussir à s’infiltrer dans la surface pour décale Pape Matar Sarr. Le milieu de terrain des Lions va ouvrir le pied pour marquer d’un tir croisé le premier but sénégalais. Bien lancé, le Sénégal reste sur le même tempo. Habib Diallo rate l’occasion de doubler la marque avec deux situations et occasions nettes où il s’illustre plus par de mauvais choix. Pape Thiaw en profite pour effectuer un réaménagement dans son dispositif. Ilay Camara, titularisé pour sa première sélection au poste de latéral gauche cède sa place à Antoine Mendy, auteur de bons débuts contre le Soudan. Ce dernier va permuter avec Krepin Diatta qui occupe le côté droit. Le Sénégal est dans un temps fort avec une bonne circulation de balles. Le Sénégal multiplie les assauts. Sur une accélération, Sadio Mané hausse le ton et offre à Assane Diao une bonne occasion de scorer. Mais l’attaquant rate le cadre en dévissant son tir (64e min). Les Lions ne lâchent rien puisqu’ils parviennent deux minutes plus tard à faire le break à la 66e sur un coup franc de Lamine Camara dans la surface et que le défenseur togolais a envoyé dans ses propres buts. Le Sénégal gère son avance. Pape Thiaw poursuit son turn over en rappelant Ismaila Sarr à la place de Habib Diallo( 73e min). L’attaquant Boulaye Dia et le milieu de terrain Pathé Cissé rentrent également sur la pelouse respectivement à la place de Sadio Mané et Lamine Camara ( 84e ). Les Lions gardent le contrôle pour assurer leur victoire.
Le Sénégal a terminé la fenêtre de mars sur une belle note. A la fin, il remonte à la 2e place du groupe derrière la Rd Congo, victorieuse de la Mauritanie. Les Lions sont à égalité de points avec le Soudan, tenu en échec par son voisin du Soudan du Sud (1-1).
LE MINISTRE DE LA SANTE FAIT ETAT DE 2000 A 2500 AGENTS NON COMPETENTS
Pour une meilleure prise en charge de la santé, Dr Ibrahima Sy, ministre de la Santé, avec toutes les parties prenantes, a validé hier, mardi 25 mars 2025, la Lettre de politique sectorielle développement 2025-2029 et du Compact santé 2
Le ministère de la Santé et de l’Action sociale (MSAS) a fait état de 2000 à 2500 agents de santé qui n'ont pas la capacité de travailler dans le système de santé. Une annonce faite hier, mardi 25 mars 2025, lors de la validation de la Lettre de politique sectorielle développement 2025-2029 et du Compact santé 2. Des outils qui vont permettre d’améliorer la performance du système de santé sénégalais.
Pour une meilleure prise en charge de la santé, Dr Ibrahima Sy, ministre de la Santé et de l’Action sociale, avec toutes les parties prenantes, a validé hier, mardi 25 mars 2025, la Lettre de politique sectorielle développement 2025-2029 et du Compact santé 2. «Quand on dit transformation systémique, on ne peut pas mettre à l'écart le système de santé parce qu'on sait qu'il y a des réformes à entreprendre pour qu'on améliore la performance de notre système de santé, la gouvernance, la redevabilité» a souligné Dr Sy. Et de renseigner : «tous ces aspects ont été bien intégrés et pris en compte dans la nouvelle Lettre de politique sectorielle 2025-2029 et qui est bien alignée à la Stratégie nationale de développement 2025-2029 où la santé a été identifiée comme une priorité absolue dans le cadre de l'axe 2 qui porte sur le développement d'un capital humain de qualité et équité sociale».
Revenant sur le financement de cette Lettre de politique sectorielle, le ministre compte sur l’implication de l'Etat, des Collectivités territoriales, du secteur privé, la société civile, pour aller vers la mobilisation des financements, des ressources nécessaires, pour mettre en œuvre l'ensemble des composantes qui ont été prévues dans le cadre de cette nouvelle Lettre de politique sectorielle
«Il y aura une nouvelle déclinaison sous forme de programmes et de projets prioritaires dont le relèvement du plateau technique médical, la souveraineté pharmaceutique, la lutte contre les maladies non transmissibles, la réduction de la mortalité maternelle, la digitalisation, l'assurance maladie, la protection sociale qui vont venir une fois que la Lettre de politique sectorielle est mise en œuvre» a-t-il avancé.
MANQUE D'EFFECTIFS
Le ministre de la Santé et de l’Action sociale a fait état de de 2000 à 2500 agents de santé qui n'ont pas la capacité de travailler dans le système de santé. «Je l'ai dit et je vais encore le répéter, on est venu, on a trouvé au niveau du système de santé un personnel pléthorique, une masse salariale que le système de santé ne peut pas soutenir dans le temps. Donc, ce qu'on a eu à faire, à ce jour, c'est un audit du personnel et de la masse salariale. Et on se rend compte qu'au moins plus de 2000 à 2500 agents n'ont pas la capacité à travailler dans le système de santé, ils sont payés par le système de santé», a-t-il avancé. Cependant, le ministre a fait savoir : «il va falloir qu'on règle ce problème et qu'on procède après, de manière intelligente, à un recrutement d'un personnel de santé de qualité, en fonction des besoins réels, pour faire fonctionner effectivement nos structures de santé pour qu'ils arrivent à donner des prestations de qualité à nos patients. Mais cela demande de procéder d'abord à une analyse»
En plus de cette analyse qui sera faite, Dr Ibrahima Sy a annoncé un recrutement de personnel, sans pour autant dire le nombre. «Le recrutement se fera aussi en fonction des besoins réels. Il faut qu'on règle le passif qui est là, des agents qui ne peuvent pas servir le ministère de la santé. Donc, il faut voir comment les redéployer ailleurs mais qu'on puisse avoir une autre assiette de personnes à recruter et qui vont réellement servir le système de santé et d'action sociale».
ILS VALIDERONT LEUR NOUVELLE APPROCHE COLLABORATIVE DANS LES MEILLEURS DELAIS
La normalisation des relations entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) ne devrait pas tarder, estime l’économiste et enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Mor Gassama.
La normalisation des relations entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) ne devrait pas tarder, estime l’économiste et enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Mor Gassama.
Selon lui, ces deux partenaires poursuivent leurs efforts pour parvenir à un consensus sur la situation économique du pays et ses perspectives. Il considère cette démarche comme un « passage obligé pour rétablir la confiance, après les erreurs de communication économique du précédent gouvernement, notamment sur le niveau d'endettement et le déficit budgétaire ».
Il souligne également l’impact de la « dette cachée, estimée à 7 milliards de dollars, soit environ 4 000 milliards de francs CFA, ainsi que des exonérations fiscales représentant entre 6 et 7 % du PIB, jugées obsolètes ou inappropriées ». Pour M. Gassama, « la conjoncture économique actuelle du Sénégal complique les négociations. Les autorités doivent non seulement centraliser la dette – qui reste soutenable – mais aussi mettre en place des mesures correctives ».
L’économiste demeure toutefois optimiste quant à l'issue des discussions et estime que les deux parties finiront par valider leur nouvelle approche collaborative dans les meilleurs délais. Il souligne que l'engagement des nouvelles autorités en faveur de la transparence renforce la crédibilité du Sénégal en tant que partenaire fiable, justifiant ainsi une assistance technique et financière accrue du FMI.
Enfin, il insiste sur le fait que ce partenariat renouvelé devra être fondé sur une confiance mutuelle, particulièrement après la publication du rapport d’audit de la Cour des comptes et la mise en lumière de l’ampleur des irrégularités financières sous le régime précédent.
ENTRE AJUSTEMENT ET TRANSITION !
Le régime en place entend, vaille que vaille, redéfinir ses relations avec l’institution de Bretton Woods afin de gagner en autonomie. En conséquence, cette nouvelle approche collaborative pourrait nécessiter un temps d’ajustement avant de se concrétiser
Le point d’achoppement des tensions latentes entre les nouvelles autorités sénégalaises et le Fonds Monétaire International (FMI) semble résider dans la dépendance aux financements extérieurs, qui limite fortement les perspectives de souveraineté économique du Sénégal. Le régime en place entend, vaille que vaille, redéfinir ses relations avec l’institution de Bretton Woods afin de gagner en autonomie. En conséquence, cette nouvelle approche collaborative entre les parties prenantes pourrait nécessiter un temps d’ajustement avant de se concrétiser
L e partenariat entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) remonte aux années 1970, période durant laquelle le pays a commencé à bénéficier de programmes d’ajustement structurel destinés à pallier ses difficultés économiques. Depuis lors, la coopération entre les deux entités a été marquée par une succession de réformes économiques visant à stabiliser la dette, stimuler la croissance et améliorer la gestion des finances publiques. Cette relation a constamment oscillé entre soutien financier et contraintes structurelles. D’une part, le FMI a contribué à la stabilisation macroéconomique et à la croissance du Sénégal, facilitant par ailleurs l’allégement de la dette et un soutien financier régulier. D’autre part, les conditions strictes assorties à ces prêts ont souvent engendré des tensions économiques et sociales, tout en maintenant une dépendance excessive aux financements extérieurs, freinant ainsi l’émergence d’une pleine souveraineté économique.
Sous le magistère du Président Bassirou Diomaye Faye, redéfinir les relations avec le FMI s’avère une priorité stratégique en vue de concrétiser un projet de souveraineté économique et sociale, décliné dans la vision Sénégal 2050, tout en gérant avec discernement les risques inhérents à une telle transition. En effet, le Chef de l’État et son Premier ministre affichent un objectif clair : réduire la dépendance au FMI et mieux gouverner les ressources naturelles du pays afin de le sortir du cycle de vulnérabilité économique dans lequel il est plongé depuis plus de soixante ans. Toutefois, pour y parvenir, le FMI pose des exigences préalables, parmi lesquelles plusieurs défis majeurs à relever pour assurer la stabilité financière.
Cette volonté de souveraineté économique, bien que légitime, se heurte aux impératifs budgétaires à court terme. Comme l’a souligné le Président Bassirou Diomaye Faye dans son discours du 31 décembre 2024, les marges de manœuvre budgétaires sont étroites, rendant ardue l’application immédiate de certaines réformes ambitieuses. Parmi les mesures envisagées figurent : la réduction de l’endettement sans compromettre les investissements nécessaires au développement ; l’optimisation des dépenses publiques et l’amélioration de la transparence budgétaire ; l’augmentation des recettes fiscales par une meilleure collecte des impôts et taxes ; la rationalisation des emprunts afin d’assurer leur efficience ; la réduction progressive des subventions à l’énergie, dont le coût oscille entre 4 % et 5 % du Produit Intérieur Brut (PIB). Cependant, l’application stricte de ces recommandations pourrait affecter les services publics et l’économie nationale. C’est pourquoi la nouvelle administration s’emploie à trouver un équilibre entre indépendance économique et maintien de la confiance des partenaires financiers. L’enjeu réside dans la capacité du gouvernement à amorcer une transition en douceur, afin de ne pas compromettre l’attractivité du Sénégal aux yeux des investisseurs tout en préservant sa marge de manœuvre budgétaire.
Ainsi, si la nouvelle approche collaborative entre le Sénégal et le FMI se veut ambitieuse et porteuse d’une vision souveraine, sa mise en œuvre nécessitera une gestion rigoureuse et des négociations stratégiques afin d’assurer une transition équilibrée entre rupture et continuité. L’avenir des relations entre le Sénégal et le FMI dépendra donc de la capacité des nouvelles autorités à concilier aspirations nationales et exigences des institutions financières internationales.